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Monsieur le Président,
Je reviens une fois de plus sur le dossier de l’énergie, en raison de son importance stratégique capitale, afin de soulever trois points que je juge urgents et qui appellent, de votre part, des décisions fermes et sans équivoque.
Premièrement : pourquoi interdire au citoyen le stockage de l’énergie solaire ?
Dans toutes les nations qui s’engagent résolument dans la transition énergétique, les particuliers sont encouragés à acquérir des batteries de stockage afin d’atteindre une autonomie électrique, comme l’illustre d’ailleurs la photo jointe. Chez nous, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) interdit cette pratique tout en se plaignant, dans le même temps, de son déficit financier. Quelle logique y a-t-il là-dedans ?
Si un déficit et des pertes existent réellement, chaque citoyen devenu énergétiquement indépendant allège mécaniquement le fardeau de la société, réduit ses investissements en production et en transport, et constitue donc, in fine, un gain net pour elle et pour l’État, et non un fardeau.
Par conséquent, nous exigeons l’ouverture d’une enquête immédiate afin d’identifier et de sanctionner les responsables de cette décision d’interdiction. Nous appelons également la Cour des comptes à réaliser un audit exhaustif et transparent des performances de l’Agence nationale de maîtrise de l’énergie (ANME), ainsi que de la gestion des fonds prélevés sur chaque facture d’électricité des citoyens au titre de la « contribution à la transition énergétique ». Les résultats de cet audit doivent être rendus publics.
Deuxièmement : de quel droit le surplus d’électricité est-il confisqué sans contrepartie ?
Est-il concevable qu’un citoyen produisant plus d’électricité qu’il n’en consomme voie son excédent saisi gratuitement par la compagnie nationale ?
Si l’on comparait cette situation à celle d’un agriculteur dont l’État confisquerait l’excédent de récolte sans indemnité, pour le revendre ensuite à un autre citoyen, tout le monde y verrait un vol caractérisé et une atteinte flagrante au droit de propriété. En quoi les deux situations diffèrent-elles donc fondamentalement ?
S’approprier le surplus électrique du citoyen sans aucune rémunération juste et équitable ne saurait être interprété comme un encouragement aux énergies renouvelables ; il s’agit bel et bien d’une mesure qui freine l’initiative privée et ébranle durablement la confiance dans les politiques publiques de transition énergétique.
Troisièmement et enfin : est-il raisonnable de maintenir le privilège de l’électricité gratuite à vie ?
Les agents et cadres de la STEG bénéficient encore, à ce jour, de l’électricité gratuite à vie. Un tel privilège encourage la surconsommation et constitue un fardeau financier que supporte seul l’ensemble de la collectivité nationale.
Par ailleurs, de tels avantages heurtent frontalement le principe d’égalité entre les citoyens et posent un problème fondamental de bonne gouvernance et de saine gestion des deniers publics. Un employé ou un cadre d’une entreprise publique perçoit un salaire en contrepartie de son travail ; cela ne lui confère en aucun cas un droit à des avantages viagers financés par l’argent du peuple.
Si l’on généralisait cette logique, il faudrait que l’eau devienne gratuite à vie pour les agents de la SONEDE, les soins médicaux pour tout le personnel hospitalier, le transport pour les employés des sociétés de transport public, et les télécommunications pour les personnels des opérateurs historiques… Un système qu’aucun État responsable ne saurait tolérer ni supporter financièrement.
Monsieur le Président,
La réforme profonde du secteur de l’énergie n’est plus une simple option ; elle est devenue une nécessité nationale impérieuse. Chaque jour qui s’écoule sans une réforme courageuse est un jour de plus où l’on gaspille les capacités de l’État et où l’on décourage les citoyens qui aspirent à contribuer à une Tunisie plus souveraine et plus sûre sur le plan énergétique.
Puisque l’édification de l’État ne se fonde pas sur les privilèges mais sur la justice et l’équité, nous sommes prêts à assumer, avec responsabilité, ces circonstances exceptionnelles. En attendant, nous comptons sur vous, Monsieur le Président, pour des décisions fortes, immédiates et à la hauteur des enjeux.
*Sami Remadi, président de l’Association Tunisienne pour la Transparence Financière (ATTF)









