Lors d’une conférence de presse, tenue dimanche dernier à Sfax, l’ancien secrétaire général du mouvement Ennahdha, Hammadi Jbali a annoncé qu’il s’emploie actuellement à constituer un «Front politique et civil» pour défendre les libertés qui sont, selon lui, menacées en Tunisie.
A priori, l’initiative de l’ancien chef de gouvernement de la Troïka est à saluer. Sauf qu’à entendre le même Jbali, la même semaine, se confier à Mosaïque FM que «les régimes autoritaires instrumentalisent les corps sécuritaires et armés ainsi que les médias et la magistrature pour asseoir leurs pouvoirs », on serait en peine de le croire. L’initiateur dudit front politique et civil précise ensuite ses malveillantes intentions, en ajoutant que «ce système mis en place par l’ancien régime doit être démantelé progressivement». Il convient alors, avant d’applaudir à cette initiative qui ne vient pas d’un homme de droit, mais d’un ancien prisonnier politique issu d’une formation dont les mains ne sont pas complètement propres et dont le chef spirituel défend toujours une confrérie déclarée par tout le monde organisation terroriste, de rappeler les bienfaits de Hammadi Jbali avec la presse, une des libertés fondamentales et l’unique acquis de la révolution de 2011.
Quelques semaines après la formation de son gouvernement, Hammadi Jbali, SG d’Ennahdha lançait, en effet, une campagne média contre la presse et annonçait des nominations au sein des principaux médias publics, pour assurer une «bonne» couverture médiatique de ses activités de nouveau chef de gouvernement. Il est suivi en cela par le chef de son parti. Rached Ghannouchi accuse les journalistes de manque patriotisme et demande la publication de «la liste noire» pour mettre ces journalistes au pilori. Il est aussitôt appuyé aussi par son ministre des Droits de l’homme [Notez bien la fonction] qui insulte la presse et la traite, devant sa base à Bizerte, de «torchon». Il «critique» les journalistes [aimera-t-il certainement dire], mais à sa manière (Voire notre article).
C’est aussi, sous son gouvernement qu’un membre de son parti commençait son prêche du vendredi à la Kasbah par ce «Nous vous ordonnons de frapper les médias». L’appel à la violence d’Ellouze contre les médias est aussitôt relayé, comme dans un consentement collectif, par un «Allahou Akbar (Dieu est Grand)». C’est aussi sous le gouvernement de Hammadi Jbali, lui-même condamné sous Ben Ali pour un article de presse dans le journal Al Fajr d’Ennahdha, que son conseiller politique Lotfi Zitoun, homme de médias comme il aime s’en vanter, lançait la campagne anti-médias «Ikbis» [Traduisez : Serrez la vis. Voire notre article]. Le 6 juillet 2012 au micro de Shems FM encore, il en voulait à la presse tunisienne de faire office d’opposition radicale. «Le paysage média ne contient pas de reliefs politiques au sein des médias tunisiens, nécessaires au processus démocratique. La tendance qui prévaut actuellement au sein des médias est celle du rôle de l’opposant, parfois radical», disait alors le conseiller politique de Hammadi Jbali.
De quelle liberté parle-t-il donc à défendre, celui qui avait été l’un des premiers défonceurs de la première des libertés qui est celle de la presse ? Et à voir le palmarès de ce défonceur des médias, on se demande bien qui pourrait rejoindre ce «Front», manifestement dégarni de toute bonne volonté pour la presse et les médias ?
A quoi rime donc cette nouvelle lubie d’un ancien apparatchik du parti islamiste qui soutient toujours les Frères musulmans et qui refuse toujours, comme l’avait dit en colère il y a quelques semaines à la Radio nationale tunisienne, son président Rached Ghannouchi, d’admettre ses erreurs lorsqu’il était dans une opposition par la violence contre Ben Ali ? Jbali serait-il devenu le nouvel «électron libre» et plateforme de lancement de ballons d’essai d’Ennahdha à l’image d’Abdelfattah Mourou ? Alors, «chauve qui peut» !
Khaled Boumiza








