La dégradation de la note du secteur bancaire par l’agence de notation Standard & Poor’s continue de faire des vagues parmi les analystes tunisien lesquels font grief au gouvernement de retarder les réformes, une des raisons ayant poussé cette agence à réviser à la baisse la note de la Tunisie pour son Banking Industry Country Risk Assessment (BICRA).
L’expert-comptable, Fayçal Derbel nous a déclaré que la dégradation de la note du système bancaire tunisien par les agences de notation était attendue et elle est loin d’être surprenante pour plusieurs raisons dont principalement l’absence d’une amélioration au niveau de certains indicateurs traduisant la performance du secteur bancaire notamment le ratio des créances classées lesquelles qui semblent se situer à plus de 16% ou encore le ratio des liquidités qui constitue un véritable indicateur pour la relance du secteur.
Fayçal Derbel a évoqué, en outre, l’absence de mesures concrètes au niveau des réformes notamment en termes de redressement des banques publiques dont l’une affiche des fonds propres négatifs, ce qui constitue, selon lui, une défaillance de taille qui pénalise lourdement le secteur.
« Alors que des banques dans d’autres pays comparables à la Tunisie à l’instar du Maroc sont en train de finaliser le processus de passage à Bâle III, la plupart de nos banques ne se sont pas encore conformées aux exigences de Bâle II», a-t-il dit.
Il a, sous un autre angle, précisé que le retard observé dans le vote des dispositions régissant la société de gestion d’actifs (AMC) ou encore celui portant sur la recapitalisation des banques publiques expliquent en grande partie le retard dans la mise en œuvre des mesures d’assainissement et par la même le classement attribué par les agences de notation.
Standard & Poor’s (S&P) a, dans son dernier rapport, dégradé la note du système bancaire Tunisien pour son BICRA du groupe 8 au groupe 9. Cette dégradation, selon l’agence, intervient suite aux risques que présente le système bancaire tunisien et qui ont augmenté en raison de retards accumulés dans la mise en œuvre des réformes, pointant du doigt la recapitalisation des banques publiques et la création d’une société de gestion d’actifs.
A vrai dire, le secteur bancaire tunisien souffre depuis toujours d’une crise structurelle sans précédent. Cette crise s’est aggravée dans la foulée de la chute du régime de Ben Ali où les failles sont devenues plus claires que jamais. Une crise renforcée par l’absence de réformes et de mesures adéquates de nature à émettre des signes de reprise positifs sur le secteur. Il y a lieu de rappeler l’interview du gouverneur de la Banque centrale tunisienne (BCT), Chedly Ayari accordée à la radio nationale où il a affirmé que les difficultés rencontrées dans l’adoption des réformes exigées par les institutions financières internationales, n’ont pas permis à l’Etat de profiter des financements mis à sa disposition dans le cadre des emprunts contractés auprès de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Une affirmation qui confirme, entre autres, que cette dégradation ne peut pas passer inaperçue et sans effet sur la situation économique et financière du pays.
Par ailleurs, les besoins de financement nécessaires à la recapitalisation des banques publiques (STB, BH et BNA) sont évalués à un 1 milliard de dinars dont 800 millions de dinars destinés à la Société tunisienne de Banque (STB).
C’est à ce propos déjà que l’un des experts économiques a, dans une déclaration récente à Africanmanager, appelé à cesser de recapitaliser des institutions défaillantes et de se concentrer sur une réelle politique de redressement et un plan de sauvetage pour le secteur bancaire tunisien.
Plusieurs bailleurs de fonds à l’instar du FMI ont sommé souvent les responsables tunisiens d’engager les réformes nécessaires à la reprise du secteur bancaire, mais en vain. Aucune des réformes exigées n’a été concrétisée. Toutes sont bloquées au niveau de l’Assemblée nationale constituante (ANC) que ce soit la recapitalisation des banques publiques, la refonte du code d’investissement ou encore la loi sur le Partenariat Public Privé (PPP) et le système de faillite.
Khadija Taboubi








