L’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) a, dans son dernier rapport, dégradé la note du système bancaire Tunisien pour son Banking Industry Country Risk Assessment (BICRA) du groupe 8 au groupe 9. Une dégradation qui, bien qu’elle ne soit pas surprenante pour un pays comme la Tunisie qui n’a cependant ménagé aucun effort pour redresser et reformer le secteur bancaire, demeure sujette à controverse.
Dans une déclaration à Africanmanager, l’expert financier bancaire, Achraf Ayadi a expliqué que cette dégradation est un indicateur de méfiance et un signal négatif aux investisseurs et aux parties internationales sur la situation des banques publiques tunisiennes en termes de solidité et de crédibilité.
Il a, dans ce sens, appelé à cesser de recapitaliser des institutions défaillantes tous les ans et commencer à les redresser correctement. « Recapitaliser et créer une société de gestion des actifs pourris n’est pas la seule et unique voie », a-t-il déclaré appelant à fusionner les actifs de qualité des banques concernées autour d’un noyau dur de compétences expérimentées et reconnues, pour créer une grande banque nationale qui est aussi une voie crédible. « Dans un pays comme la Tunisie, une telle locomotive du développement régional et national aiderait à sortir du marasme actuel. Les responsables politiques et économiques sont frileux. Ils gagnent du temps pour ne pas faire de vagues et ne pas risquer leurs carrières », a-t-il expliqué.
Selon lui, cette dégradation qu’il a qualifiée d’ « humiliante » n’est pas le seul prix que la Tunisie payera pour leur attentisme. « N’oublions pas que les recapitalisations sont ponctionnées sur les deniers d’un Etat en fort déficit avec le risque d’accroître la pression fiscale sur les citoyens en conséquence », a souligné Achraf Ayadi, faisant remarquer qu’il est temps de prendre de vraies décisions et de projeter l’ensemble du secteur bancaire dans l’avenir.
« Pas de changement dans le Bicra d’ici 12 mois »
Intervenant ce jeudi sur l’une des radios privées, Mohamed Damak, analyste en charge des institutions financières tunisiennes chez Standard & Poor’s, également responsable mondial de la finance islamique, a expliqué, de son côté, que le Bicra qui permet de déterminer le risque du système bancaire est le point de départ pour toute notation d’institution financière.
Par ailleurs, il a précisé que la révision du score est due au retard significatif en termes de mise en place de réformes dans le système bancaire notamment la recapitalisation des banques publiques et la création de l’“Asset management company”, qui peut réduire un tant soit peu la pression sur le système bancaire via le transfert d’une partie des créances du secteur touristique.
Mohamed Damak a, par ailleurs, fait remarquer que vu que les perspectives sont stables, l’agence ne s’attend pas à ce que le Bicra change d’ici 12 mois.
Le rapport de Standard & Poor’s a souligné que cette dégradation vient suite aux risques que présente le système bancaire tunisien qui ont augmenté en raison de retards accumulés dans la mise en œuvre des réformes, pointant du doigt la recapitalisation des banques publiques et la création d’une société de gestion d’actifs.
Selon le rapport, les retards ont entraîné une hausse de la distorsion du marché, vu que la Banque centrale de Tunisie a autorisé les banques du secteur public à poursuivre les opérations en dépit d’une violation prolongée du ratio minimum de fonds propres. Une des raisons ayant poussé Standard & Poor’s à considérer la tendance sur le risque économique et de l’industrie en Tunisie comme stable.
Les notes S&P des banques tunisiennes restent cependant inchangées pour quatre banques , à savoir la Banque de l’Habitat, la Banque Tuniso-Koweitienne, la Banque de Tunisie et des Emirats et l’Arab Tunisian Bank (ATB).
Khadija Taboubi








