AccueilLa UNETunis-Marche contre le terrorisme : Nouveau ratage du Front Populaire

Tunis-Marche contre le terrorisme : Nouveau ratage du Front Populaire

La marche nationale et internationale contre le terrorisme, organisée dimanche, a bien réussi. Les observateurs ont expliqué ce succès par le souci des participants de manifester dans la modestie et l’anonymat. Ces manifestants voulaient passer un seul message indiquant que le pays est uni dans son combat contre le terrorisme.

Ce constat fait voler en éclats un des principaux arguments invoqués par le Front Populaire (FP) pour ne pas s’associer à la marche. Il voulait, justement, que chaque formation politique mette en avant ses slogans propres, ce qui aurait amené à des querelles et abouti à l’échec de la manifestation.

Il faut reconnaître que cet argument n’était pas le seul à être avancé par le FP pour ne pas participer à la marche républicaine contre le terrorisme. Mohamed Jmour, membre de la direction du FP, a affirmé que sa formation refuse de manifester côte à côte avec les parties de la troïka « impliquées dans le terrorisme » et qui ont facilité sa prolifération. Mais il y ajoute un argument bizarre. Il s’agit du refus du FP de manifester aux côtés des leaders français qui ne sont toujours pas excusés aux Tunisiens pour tout le tort qu’ils leur ont fait subir durant la période du protectorat.

Hamma Hammami avance des arguments similaires, mais il donne l’impression de les développer. Ne pouvant cacher sa gêne envers l’incompréhension de l’opinion publique des positions du FP, et l’accumulation des malentendus sur plusieurs sujets, le porte-parole officiel du FP appelle, d’abord les Tunisiens à comprendre la position du FP, qui a décidé de boycotter la marche. Et tout en tenant à cette position, il rappelle que les parties politiques aux côtés desquelles sa formation est appelée à manifester ont soutenu le terrorisme en Tunisie et participé aux assassinats politiques contre Chokri Belaid et Mohamed Brahmi. Il en conclut que cette manifestation n’est qu’une « marche hypocrite où feront bon ménage victimes et bourreaux ». Il nuance toujours son propos, en soulignant que cela ne signifie guère que le Front est contre l’unité nationale, et qu’il importe en tout premier lieu de demander des comptes à ceux qui sont impliqués dans la prolifération du terrorisme avant de parler de réconciliation nationale.

Il évoque la duplicité des leaders internationaux qui soutiennent les terroristes dans des certains pays (en Syrie) et les stigmatisent sous d’autres cieux (Tunisie).

Ce qui peut être relevé, c’est que le FP s’est accommodé, ces derniers temps, d’un radicalisme et d’un refus de se mêler à toute initiative politique qui vient des autres partis politiques, surtout que par malheur, il n’a en face de lui que des formations « de droite », « du centre » ou bien liées à un courant religieux ou simplement ayant un rapport avec l’ancien régime.

En refusant de participer à la marche républicaine du dimanche 29 mars 2015, le FP commet un nouveau ratage. Cette position n’a pas étonné, car elle s’inscrit dans la même lignée des autres précédentes. Au deuxième tour des présidentielles, le FP a laissé la liberté de choix de vote à ses électeurs et militants, dans le cadre d’un étrange : « NI NI ». Le FP , et dans un souci de nuance, a appelé à barrer la route au candidat du mouvement islamiste d’Ennahdha sans le citer (mais qui, en fait, n’était autre que Moncef Marzouki), et annoncé qu’il ne pouvait soutenir la candidature de Béji Caïd Essebsi , vu que sa formation politique rassemble beaucoup de « personnes ayant fait partie de l’ancien régime », ce qui pourrait compromettre l’avancée de plusieurs dossiers vitaux pour le FP, comme celui des assassinats politiques et de la justice sociale. De surcroît, NidaaTounes n’avait toujours pas, selon le FP, clarifié sa politique vis-à-vis d’Ennahdha.

Quelques semaines plus tard, le FP décline l’offre de participer au gouvernement, et sa position négative vis-à-vis d’une composition qui comprenait beaucoup de figures de la gauche tunisienne, sans aucun islamiste, pousse Habib Essid, dans le but d’élargir la base parlementaire de son équipe, à une alliance avec Ennahdha.

Et le FP, qui n’arrive plus à trouver les termes de l’équation qui lui permettent de valoriser son statut de troisième force du pays, ni à bien se positionner pour faire l’arbitre entre les forces au sein du parlement, choisit de faire cavalier seul.

Déjà, au moment où le peuple tunisien était sous le choc de l’opération terroriste du Bardo, le porte-parole officiel du FP, Hamma Hammami, évoque le problème de la dette du pays et demande aux créanciers de laTunisie de l’annuler. Et au moment où le peuple a manifesté son union et affiché sa volonté de faire une marche pour stigmatiser le terrorisme, le FP annonce qu’il ne s’y associe pas.

On peut toujours rappeler aux militants du FP que la pureté idéologique dont ils se réclament ne peut avoir de valeur que dans la lutte quotidienne avec et contre les forces de droite, centristes et modérées et en mettant en valeur et en développant les thèses révolutionnaires qui les motivent. Au lieu de cela, les dirigeants (et peut-être les militants) du FP ont malheureusement choisi une autre démarche qui assimile la compromission politique à une maladie de la peau qui peut être contractée par le contact physique des formations politiques honnies et vilipendées.

Ils peuvent se prévaloir d’une vision plus claire que les autres, d’une certaine cohérence dans les idées que leurs concurrents n’ont pas forcément, mais ils ne doivent oublier que le poids des formations politiques est déterminé par les urnes. Or, eux, ils n’ont recueilli que 15 députés sur un total de 217.

Aboussaoud Hmidi

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