AccueilLa UNEAprès l’attentat terroriste du Bardo, doit-on parler d’une réconciliation nationale ?

Après l’attentat terroriste du Bardo, doit-on parler d’une réconciliation nationale ?

« La réconciliation veut dire travailler ensemble pour rectifier l’héritage de l’injustice passée », avait dit Mandela, figure emblématique de la paix.

Le grand problème dans ce genre de processus de réconciliation, c’est de trouver l’équation qui assure la complémentarité entre les logiques, les mécanismes et les méthodologies d’approche. La justice, dans tous les pays qui ont vécu des transitions politiques, avait son mot à dire, mais, parallèlement, d’autres juridictions s’installent pour répondre aux revendications et attentes de ceux qui ont subi des dépassements que la justice ordinaire ne peut satisfaire. Ce processus, qui est appelé justice transitionnelle, a sa philosophie, ses procédures et sa logique propres.

Mais le plus grand danger qui risque de bloquer la marche de ces processus, c’est de voir leur complémentarité pervertie. Un retard dans l’installation de la justice transitionnelle, comme cela a été le cas en Tunisie, qui n’a permis à l’Instance Vérité et Dignité(IVD) de se mettre en place qu’en juin 2014, peut altérer le référentiel moral, politique et juridique du processus.

D’ailleurs, après le 14 janvier2011, et en l’absence d’un tel processus, plusieurs figures olitiques et hommes d’affaires ont été arrêtés dans un contexte marqué par la confusion juridique et des surenchères politiques, mais ont finalement été relâchés après avoir passé des mois en prison, dépassant même le délai légal de détention provisoire. La justice qui les a arrêtés, a fini par les blanchir, ce qui est de nature à administrer la preuve de l’absence de dépassements ou de crimes commis contre le peuple et la Patrie.

Quatre ans se sont écoulés depuis les évènements du 14 janvier, 5 gouvernements ont été constitués et 3 présidents de la République ont gouverné le pays, mais la tension sociale et politique a empêché la Tunisie de décoller en raison justement de la méfiance envers les politiques qui a pesé sur les consciences individuelles en raison du manque d’une stratégie d’ « assainissement » de la réalité politique.

Un pays où 120 entreprises ont fait l’objet d’expropriation, plus de 300 personnes interdites de voyage dont plus de 80 hommes d’affaires et plus de 200 personnes ayant occupé des fonctions ministérielles et administratives sous l’ancien régime, ne peut pas avancer comme si de rien n’était.

Ces affaires qui n’aboutissent pas risquent de prolonger la crise de confiance qui touche un pays qui s’autodétruit pour satisfaire les caprices de certains politiciens, où les administrations publiques, les secteurs des banques et de l’énergie sont paralysés parce qu’ils visés par un discours populiste ouvrant la porte à des chantages de nature « politique », devenant un outil de marquage de territoire pour les politiciens.

L’Instance Vérité et Dignité(IVD), qui fait partie de ce paysage délétère, annonce qu’elle reçoit quotidiennement une centaine de plaintes, dont le nombre total a atteint à ce jour, 9039. Evidemment, l’IVD est une instance constitutionnelle, et a un rôle à jouer dans la liquidation des legs de la période qui a précédé la révolution, mais elle a sa logique et sa méthodologie propres pour s’acquitter de sa mission qui ne font pas l’unanimité dans la classe politique et la société civile. Or, aborder les dossiers épineux surgis depuis le lendemain de l’autonomie interne du pays en juin 1955, dans un cadre qui ne répond pas aux normes du consensus national, ne fera qu’accentuer la confusion et le désarroi au sein de l’opinion publique.

Les événements du 14 janvier étaient une réaction populaire spontanée à la dépréciation du niveau de vie et à la corruption qui a atteint des niveaux alarmants, creusant encore davantage le fossé entre régions et classes sociales et déclenchant une colère foudroyante dont l’ancien régime a fait les frais.

A côté des raisons socio-économiques qui ont poussé le peuple à la révolte, les gouvernants de l’ancien régime ont, sans doute, commis des dépassements, principalement politiques, qui sont le résultat d’erreurs stratégiques qui ont accéléré la déroute politique du régime déchu.

D’aucuns voit dans l’opération terroriste du « mercredi noir», qui a touché au cœur la souveraineté nationale, et l’une de ses institutions majeures et qui a déjà condamné la saison touristique à l’échec, le résultat de la politique de tolérance et même de désinvolture pratiquée par les deux gouvernements de la Troïka (ceux de Jebali et Laarayedh), favorisant indirectement la montée du terrorisme et l’affaiblissement des structures sécuritaires, selon des observateurs.

La situation étant ce qu’elle est devenue à l’heure actuelle, y a-t-il lieu de parler d’une réconciliation nationale, comme le veulent ceux qui assument une responsabilité dans la détérioration de la situation dans le pays, et sur le plan économique et sur le plan sécuritaire ? Il serait dès lors dans l’ordre des choses d’envisager des poursuites judiciaires contre les vrais responsables, à savoir ceux qui ont blanchi et soutenu le terrorisme. Que la justice dise son mot en faisant la distinction entre les « suspects » au titre de la période qui a précédé et celle qui l’a suivie, en un mot de 1987 à 2014.

Que justice soit faite !

Issam khemakhem

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