Le dinar tunisien dégringole face au dollar, battant, pour la première fois, le record jamais atteint de 2.010 dt, et ce durant la matinée du 11 mars 2015. Une descente aux enfers qui a soulevé une très vive inquiétude. Dans une déclaration à Africanmanager, l’ancien ministre des Finances, Houcine Dimassi a expliqué cette tendance de dépréciation de la monnaie nationale face à la devise américaine par deux facteurs, à savoir la persistance de l’inflation et les grands déséquilibres de la balance commerciale résultant du creusement du déficit commercial et la baisse de la compétitivité de l’économie nationale. S’y ajoutent des faits conjoncturels dus à la chute des exportations du secteur des carburants bruts mais aussi à la baisse des exportations du secteur des mines et dérivés. Ces deux secteurs ont un rôle très important au niveau de la balance commerciale voire à celui de la parité de la monnaie nationale.
Il a, dans ce cadre, appelé à la nécessité de juguler cette baisse à travers la mise en place de mesures urgentes et immédiates ainsi que de réformes surtout au niveau des finances publiques, recommandant, toutefois, de ne pas rééditer les mêmes erreurs commises au cours des trois ou quatre dernières années.
L’ancien ministre a, sous un autre angle, dénoncé le fait de procéder à des augmentations salariales dans une conjoncture où l’économie pâtit d’un très faible taux de croissance.
S’agissant de l’augmentation des prix des matières premières et des produits de base à la lumière de la dépréciation du dinar face au dollar, Houcine Dimassi a appelé à l’urgence d’agir sur la production pour maîtriser les prix et éviter leur flambée.
Quant à Moez Labidi, universitaire et conseiller économique, il nous a fait savoir que la dépréciation du dinar résulte d’une forte appréciation du dollar plutôt que de la sienne propre.
« Sur le marché international, une confirmation de reprise américaine aux Etats-Unis a été observée alors que, du côté européen, il existe des doutes sur semblable évolution », a indiqué Moez Labidi, expliquant que le sursis de 4 mois accordé à la Grèce risque aussi de ne pas apporter des réponses positives aux difficultés structurelles de ce pays.
Il a expliqué que la politique monétaire expansionniste de la BCE qui consiste à injecter 60 milliards d’euros chaque mois jusqu’à septembre 2016 risque aussi d’être pénalisante pour l’euro alors que la parité euro/dollar a atteint un record de baisse jamais atteint depuis 12 ans.
Tout cela alimente l’inflation en Tunisie et engendre une hausse des prix des produits importés notamment les matières premières et des produits de base importés sachant que ces biens sont libellés en dollar. Cela limitera aussi, selon lui, les effets bénéfiques de la baisse du prix de pétrole. En outre, on peut s’attendre à une hausse des prix, selon ses dires.
Rappelons à ce propos que sur le marché de change international, le 10 mars 2015, l’euro a chuté à son niveau le plus faible face au dollar depuis près de 12 ans, plus précisément depuis avril 2003, à 1.0693 dollar vers 18h50 GMT, pour terminer vers 21h00 GMT à 1,0698 dollar, contre 1,0853 dollar le 9 mars 2015 (22H00 GMT).
L’euro est plombé par le lancement, le 9 mars 2015, du programme de rachats d’actifs de la Banque centrale européenne (BCE) contre la déflation, qui atteindra 60 milliards d’euros par mois jusqu’à fin septembre 2016, soit une enveloppe globale de 1.140 milliards d’euros, jusqu’à ce qu’un ajustement durable soit mis en place pour atteindre l’objectif de contrôle sur les prix dans la zone euro.
Khadija Taboubi








