« Le marché de change tunisien restera sous tension jusqu’aux élections et les pressions baissières sur le dinar demeureront prépondérantes jusqu’à l’éclaircissement de l’horizon électoral », a indiqué Moez Labidi, universitaire et expert en économie dans une étude rendue publique, ce lundi, 14 juillet 2014, par l’intermédiaire en bourse, MacSa
Moez Labidi est allé plus loin, faisant remarquer qu’il est peu probable que les résultats des élections arrivent à inverser le trend baissier observé sur le dinar, expliquant que les scénarios les plus plausibles plaident pour une coalition au pouvoir en 2015. Ce qui impose, selon lui, la recherche d’un compromis entre deux ou plusieurs formations politiques pour gouverner le pays. « Avec des coalitions fragiles, les compromis ne peuvent être que boiteux, l’attentisme primera de nouveau sur l’action audacieuse et le dinar restera encore sous pression », a précisé Moez Labidi, soulignant, cependant, que l’élection confortable d’un parti qui disposerait d’une très large majorité, ou d’une coalition très solide, ne semble pas être à l’ordre du jour. Un scénario peu probable en Tunisie, mais qui est très proche du cas indien, selon ses dires.
Il a expliqué, en outre, que la dépréciation de la monnaie tunisienne n’est pas uniquement imputable à un déséquilibre entre l’offre et la demande de devises sur le marché de change, soulignant l’existence d’une importante explication structurelle liée à la dégradation de la balance courante dont le déficit a atteint les 4.6% du PIB au cours des cinq premiers mois de 2014 contre 3.9% pour la même période de 2013.
Derrière le creusement de ce déficit courant, il y a certes les retombées de la crise de la dette souveraine européenne. Mais, il y a surtout, selon Moez Labidi, les perturbations encaissées par le secteur productif, notamment minier, et aussi la chute des recettes touristiques. Cependant, les causes profondes résident essentiellement dans l’essoufflement de la compétitivité de l’économie tunisienne et la faillite de tout un modèle de développement. « Un modèle dont le « choc de la Révolution » a révélé ses principales limites », a-t-il dit, soulignant que les marges de manœuvre de l’autorité monétaire s’avèrent très minces.
Selon lui, la BCT, manifestement préoccupée par la dégradation des paiements extérieurs, attend impatiemment une reprise plus soutenue et un retour au bercail pour l’inflation. Une inflation, dont le trend est devenu très inquiétant aujourd’hui : 5.7% en juin contre 5.4% en mai et 5.2% en avril.
Au sujet de la loi des Finances Complémentaire de 2014, l’expert a indiqué que cette loi montre, sur certains aspects, plusieurs signes positifs en matière de lutte contre l’évasion fiscale, le secteur informel, … Toutefois, il reste « très sympa » avec les grands lobbys du banditisme organisé, et encore très pénalisant pour les salariés, surtout des couches moyennes. « Malgré ses limites, la LFC de 2014 demeure une loi ambitieuse au niveau du texte, qui n’attend qu’une action audacieuse pour atteindre ses objectifs stratégiques », a-t-il dit.
Toutefois, pour remédier à la situation, il a reconnu que la Tunisie n’a pas assez de marge et que la priorité des priorités est de rétablir la souveraineté de l’Etat à travers la fermeté dans l’application de la loi (circuit de distribution, respect de l’environnement, aménagement du territoire, ….).
« C’est une bataille qu’il faut absolument gagner pour améliorer la productivité et engager au plus vite une dynamique de réforme capable à court et moyen terme, de remettre la Tunisie sur le sentier de la croissance inclusive », selon ses dires.
A long terme, il s’agit de faire de la Tunisie une économie d’innovation plus compétitive, et du coup, une base de production plus attractive. « C’est uniquement dans cette perspective qu’on pourrait espérer ramener le solde courant en dessous de 3% du PIB, limiter le dérapage des ratios d’endettement, sortir les réserves de change de la zone d’inconfort et permettre au dinar de retrouver un trend haussier ».
Moez Labidi a indiqué, sous un autre angle, que le « choc de la Révolution » et son cortège de manque de visibilité institutionnelle a fortement pénalisé la monnaie tunisienne. Dégradation du climat des affaires, besoins croissants en devises étrangères enregistrés chez certaines entreprises publiques, chute des recettes touristiques et des IDE, et blocage de l’appareil productif dans certains secteurs stratégiques, ont accentué la dégringolade du dinar.
Ces éléments conjoncturels ne sont que la face apparente de l’iceberg. Les raisons profondes de la faiblesse de la monnaie nationale se loge du côté des fondamentaux. Et ce ne sont pas les mesures cosmétiques qui pourraient épargner de nouvelles secousses pour la monnaie tunisienne.
Et de souligner, dans le même ordre d’idées, que ni une dévaluation compétitive, ni le recours à l’endettement ne sont des solutions viables pour corriger une fragilité structurelle. Certes, les facilités d’accès au capital étranger, offertes aujourd’hui, restent déterminantes pour amortir des chocs conjoncturels, mais inefficaces pour inverser une lourde tendance baissière sur le dinar, selon ses dires.
Face à l’essoufflement de la compétitivité de l’économie tunisienne, l’expert en économie a appelé à engager un travail en profondeur dès aujourd’hui. « La Tunisie est forcée de grignoter davantage dans la chaîne de valeur de l’industrie mondiale. Avec des exportations à faible valeur ajoutée, elle ne pourra jamais espérer échapper au déficit structurel de sa balance courante, ni stopper la dépréciation de sa monnaie », a-t-il dit.
Kh.T








