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Kaïs Saïed à Africanmanager : «Pourquoi tenir les Présidentielles tant qu’il y a un candidat consensuel?»

Alors que le mouvement Ennahdha vient de jeter un pavé dans la mare en proposant de choisir un candidat national consensuel pour les prochaines élections présidentielles, bien des données sont en train de changer sur l’échiquier politique tunisien. Ceux qui sont contre ne sont pas du petit nombre, voyant dans cette initiative une tentative du parti islamiste de les écarter de facto du scrutin, n’ayant pas de candidats qui puissent faire jeu égal.

Le professeur de droit constitutionnel, Kaïs Saïed, interrogé à ce sujet par Africanmanager, va plus loin et se pose la question de savoir quelles sont les partis qui doivent trouver un consensus autour de ce candidat consensuel, eu égard au fait que certains partis politiques ont une représentativité très faible au sein de l’Assemblée nationale constituante. Il rappelle, au demeurant, que les partis politiques ont été créés dans leur majorité après les élections du 23 octobre 2011 tandis que d’autres sont devenus des membres actifs dans le Dialogue national alors qu’ils ont une représentativité minime au sein de l’ANC.

Au final, si le consensus autour d’un candidat est formé, l’opération électorale sera uniquement de pure forme, prévoit le constitutionnaliste qui conclut à l’inutilité de ce scrutin dans la mesure où le candidat est déjà choisi. Bien encore, cette initiative fait du parti qui en est l’auteur le centre de gravité et l’électeur tunisien sera dans ce cas le grand perdant puisqu’il sera absent du processus électoral.

Questionné sur la décision de Rached Ghannouchi de soutenir toute candidature consensuelle aux présidentielles y compris celle de BCE, Kais Saïed , tout en se gardant de juger les intentions et en s’interrogeant sur l’intérêt des accords passés par les partis politiques, a estimé que , pour la Tunisie, l’essentiel réside dans un pouvoir national capable de répondre aux demandes des jeunes et de faire face à la crise économique et sociale qui se dégrade de jour en jour. Il n’en a pas moins épinglé le mode de scrutin retenu pour les prochaines élections, qui s’il s’avérait être le même que celui du scrutin de 2011, pourrait être à l’origine de plusieurs dépassements. Il a souligné que le nomadisme parlementaire avec la migration des constituants d’un parti à l’autre, apporte la démonstration qu’ils n’ont pas tiré de leçons de l’échec de la première expérience électorale qu’a connue la Tunisie en 2011, et qu’ils s’inscrivent toujours dans la lignée de la même pensée politique.

Au sujet de ses griefs à l’encontre de l’actuel président de la République, Moncef Marzouki, il a souligné qu’il lui reproche de « ne pas bien étudier les conséquences de ses déclarations et de ses positions » ajoutant qu’un homme d’Etat doit prendre en considération ce qui pourrait être engendré par les décisions qu’il est amené à prendre tout en sachant prévoir. Les décisions doivent prendre en considération aussi toutes les équilibres, a-t-il affirmé, reconnaissant toutefois que l’homme politique peut commettre des fautes tant qu’il est au pouvoir, rappelant celle de Moncef Marzouki appelant à rompre les relations diplomatiques avec la Syrie. En un mot comme en cent, le rendement de Moncef Marzouki a été en deçà des attentes des Tunisiens et il a été à l’origine de multiples réserves, a-t-il dit.

Sur l’organisation des élections avant la fin de l’année en cours, Kais Saied a fait remarquer que la loi électorale relative aux rendez-vous électoraux n’est pas encore approuvée, mais la tenue des élections reste toujours l’otage de la situation économique, sociale et politique que pourrait connaître le pays.

Le plus important, a-t-il indiqué, est le taux de participation des Tunisiens aux élections et ce n’est plus la date, rappelant le grand nombre des indécis révélé par les sondages d’opinons ou encore observé dans la rue.

Quelle que soit la date de la tenue des prochaines élections, la prochaine période va connaître des tiraillements politiques et des échanges d’accusations entre les différents partis politiques, ce qui va impacter les campagnes électorales.

Concernant enfin sa candidature aux prochaines élections présidentielles, il a affirmé que ce n’est pas sa tasse de thé, sauf si l’intérêt général du pays l’exige, parce que le problème n’est pas un poste, un siège ou une fortune mais plutôt un projet. Et de souligner, au passage, qu’il prend les sondages d’opinion avec prudence même s’il monte dans les intentions de vote.

Khadija Taboubi

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