BCE dans un discours électoral, pour le compte de Nidaâ. Piques, clins...

BCE dans un discours électoral, pour le compte de Nidaâ. Piques, clins d’œil et appels du pied

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Il ouvre son discours sur un verset du Coran, comme un clin d’œil aux égarés et enfants prodigues qui avaient quitté le «paradis » de Nidaâ Tounes, pour y retourner. Suivra une longue digression sur l’histoire de la création de son parti politique en 2012, dont il dit avoir été bâti sur 4 piliers qu’il énumèrera sous forme de piques, clins d’œil et appels du pied.

«Le premier est Destourien et personne ne nous donne de leçons sur notre appartenance au Néo-Destour et au Bourguibisme et surenchérit sur nous à ce sujet». Le message était manifestement destiné à Abir Moussi et son parti Destourien. Une manière de lui rappeler qu’elle ne peut s’accaparer cette tendance politique, dont elle fait un des piliers de son parti. Se lève alors la première vague de l’appel à se candidater, par un «le peuple veut Béji de nouveau», auquel BCE répond par un geste de la main qui pourrait vouloir dire, soit «parlez toujours», ou «peut-être».

  • BCE ménage Ennahdha et courtise la Gauche

Le second pilier, selon le président honoraire de Nida Tounes qui avait oublié qu’il était chef de tout l’Etat et aurait dû refuser l’étendard de Nidaâ à ses côtés avec le drapeau national et s’en tenir à un simple petit discours protocolaire, est «le pilier syndical qui a toujours été en première place». Un appel du pied à l’UGTT pour demander son appui et lui rappeler qu’il avait toujours été à ses côtés, tant dans les revendications salariales que dans sa demande d’écarter Youssef Chahed du gouvernement. Il ne faut pas oublier que le syndicat ouvrier avait maintes fois dit et assuré qu’il restera concerné par les élections. D’où l’appel du pied de BCE au syndicat et le pilier syndical de son parti dont il a parlé dans son discours de presqu’une heure de temps.

Le 3ème pilier, ce sont les indépendants, sur lesquels BCE, qui parlait par ailleurs au pluriel, passera rapidement, se contentant d’un «ils sont les bienvenus», pour passer vite au 4ème pilier qui est la Gauche. Les trois derniers piliers décrits par le fondateur de Nidaâ sonnaient ainsi comme des appels à rejoindre ses rangs, dans un discours qui n’avait, visiblement, rien à voir avec celui d’un chef d’un Etat de tous les Tunisiens, qu’ils soient de Nidaâ, des indépendants ou de la Gauche, tous par ailleurs, théoriquement anti-Nahdha et contre son projet politique et sociétal. Certains, comme la Gauche de Hamma Hammami, sont même connus pour être carrément anti-Nahdha.

  • Même le Coran, pour lui donner raison

Un discours, en fait, rassembleur certes, mais autour de son propre parti qui représenterait l’intérêt national et l’antre du centrisme dont se revendiquent d’autres partis adversaires, comme le «Badil » de Mahdi Jomaa ou Tahya Tounes de Youssef Chahed. BCE se permettra même le luxe de citer le Coran à propos du Centrisme dont son parti se voudrait le représentant, seul capable de «défendre les citoyens et le Centrisme», affirmait-il de son parti dont il disait qu’il n’est pas comme les autres, «avec des gens venus défendre seulement leurs intérêts». Le chef de l’Etat «oubliait manifestement que les problèmes de 8 ans de Nidaâ Tounes ont été créés par une seule personne, son propre fils», commentait pour nous un observateur, qui se dit indépendant, de la scène politique.

BCE aura finalement oublié un 5ème pilier, sur lequel reste bâti Nidaâ, comme en témoigneront certains passages de son discours partisan. Ce pilier oublié est la relation avec Ennahdha. «Tous les espoirs restent (…) sur ce congrès et surtout le rôle qui est le sien après ce congrès, pour rassembler toutes les forces du Centre, pour qu’on puisse faire face aux courants qu’il faut, sans que j’en dise plus». Force est de constater que tous les partis politiques se sont déjà positionnés en tant qu’adversaires d’Ennahdha. Nidaâ aussi, mais BCE la ménage dans son discours au moins à deux reprises, et refuse de la citer nommément. Il en a même loué sa «bonne chance, sa bonne gestion et sa bonne direction» pour avoir su garder intact son bloc parlementaire. C’était en fait pour rebondir sur une victimisation de son parti, «cible de tout le monde», a-t-il dit, par les débauchages d’autres partis et expliquer son impuissance à maîtriser la gestion parlementaire de l’activité gouvernementale.

  • Je ne veux plus être président. Mais qui sait !

Manœuvrier politique, BCE n’oubliera pas de parler de sa candidature, lorsqu’il affirmera que «nous sommes aujourd’hui dans une orientation électorale », après avoir certifié n’avoir jamais mis les pieds chez Nidaâ, «par respect à l’Etat et à la Constitution». A sa manière, lorsqu’il veut dire des choses sans les dire. «Tout est entre les mains de Dieu le Tout-Puissant. Je voudrai vous dire, en toute franchise, que je n’ai pas envie de candidater… Pas envie. De toutes les façons, chaque chose en son temps. La Constitution me donne droit à un autre mandat. Moi, je n’en ai pas envie. De toutes les façons, la Constitution a fixé les délais d’annonce de la candidature. On attendra donc ces délais». Plus «Bajboujien, tu meurs».

L’actuel chef de l’Etat aura ainsi dit, à ceux qui attendaient cela, qu’il ne candidatera pas. Mais, il ne l’aura pas dit d’une manière tranchée et définitive, ce qui lui procurerait l’alibi de revenir, sans reproches aucuns, sur ses paroles lorsque viendra le moment constitutionnel de le dire de manière officielle.

Il se moquera des sondages, par une petite mimique phonétique, «car je connais la vérité », dit-il, pour évoquer, à sa manière, l’accusation d’héritage à son fils de son propre parti. L’évocation de cette problématique, qui a été à l’origine de tous les problèmes de Nidaâ, de ses premières fissures et de son éclatement, aura cependant été faite en noyant le poisson. Dans son discours, qui n’avait manifestement aucun lien avec l’Etat, BCE prononcera une seule fois le mot «héritage», pour le noyer ensuite sous un flot d’autres mots à propos du 21ème siècle, de la lutte contre l’analphabétisme et de Bourguiba, de la démocratie, de la gratuité de l’éducation, de l’émancipation de la femme tunisienne et de son livre à propos de Bourguiba qui n’a pas été cité par un journaliste …

  • Où est passée la colère de BCE contre Youssef Chahed ?

Dans tout ce long discours, parce qu’il était partisan par excellence, les observateurs attendaient les piques de BCE au chef du gouvernement et chef de Tahya Tounes, Youssef Chahed. BCE n‘en décochera presqu’aucune. Il mettra même en valeur la participation de son gouvernement à la réussite du Sommet arabe. Et à la surprise générale, comme il le pressentait d’ailleurs et le disait même, le président honoraire de Nidaâ Tounes se fait l’avocat de la réintégration du chef du gouvernement dans les rangs de Nidaâ. Il est vrai que Youssef Chahed, dont l’appartenance à Nidaâ avait été gelée, n’a jamais annoncé clairement sa démission alors que ses proches lui créaient un parti politique propre. «C’est le fils de Nidaâ et je vous demande de le réintégrer ; je sollicite, dès maintenant, votre accord à ce propos». Pour l’instant, Hafedh CE a dit qu’il ne sera pas contre, Néji Jalloul a dit que la question ne sera pas posée au congrès et Ons Hattab a dit que la commission de réglementation le fera. Youssef Chahed et ses partisans et Tahya Tounes gardent pour l’instant le silence.

En attendant, personne ne comprendra le sens de ce «vœu pieu» de Béji Caïed Essebssi, alors que tout le monde était au courant de la profonde discorde entre les deux têtes de l’Exécutif et avait vu et entendu les maintes piques qu’il lui destinait à chaque occasion et la dernière était le 20 mars 2019. Les proches de Youssef Chahed y verront une tentative de discréditer son rival par rapport à ses frères d’armes au sein de Tahya Tounes. D’autres y verront une dernière tentative du fondateur de Nidaâ Tounes de récupérer ses soutiens et de fédérer toute la tendance politique centriste, pour bien contrer le seul ennemi, électoral, qui est le parti islamiste d’Ennahdha.

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