C’est parti pour le purgatoire des eurobonds

C’est parti pour le purgatoire des eurobonds

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Différée de plusieurs mois, la sortie de la Tunisie sur le marché financier international, devenue inéluctable, se fera en ces derniers jours du mois d’octobre, dans des conditions toujours aussi défavorables. Il s’agit de lever des eurobonds d’une valeur de 867 millions d’euros, soit l’équivalent d’un milliard de dollars. Sous bien des rapports, le lancement de cet emprunt obligataire souverain ne sera pas de tout repos, ayant été précédé d’une notation décernée par Moody’s, qui tout en confirmant la note B2 l’a assortie de la perspective négative aussi bien pour l’Etat tunisien que pour cinq banques majeures du pays.

Déjà pénalisée par un B2 qui la place dans la catégorie au bas de la catégorie spéculative, la Tunisie devra passer par le purgatoire du taux d’intérêt, impérativement élevé que décréteront les bailleurs de fonds, même si le décaissement par le Fonds monétaire international de la quatrième tranche de son crédit a ouvert la voie vers l’émission du milliard de dollars, sans pour autant atténuer les rigueurs de sa rémunération.

C’est que la notation de Moody’s, à l’égal de tous ses pairs, est une information cruciale pour déterminer le taux d’intérêt dont l’émetteur devra s’acquitter sur les marchés de capitaux, dans la mesure où l’un et l’autre sont inversement corrélés. Cela signifie que plus la note de l’émetteur est faible, plus ses conditions d’accès aux marchés sont difficiles et les taux d’intérêt auxquels il doit se financer sont importants, les investisseurs exigeant une prime de risque élevée. Ces titres sont de fait moins liquides c’est-à-dire, ne peuvent s’échanger facilement entre investisseurs, le risque de défaut étant omniprésent.

Epée de Damoclès

Ce qui interpelle tout autant tient à la perspective négative attribuée par l’agence de notation, attestant des anticipations sur l’évolution de la solvabilité des émetteurs. Et cela prend les allures d’une épée de Damoclès faisant peser un risque de dégradation ultérieure de l’émetteur, si sa situation économique et financière ne s’améliore pas (inversement pour une perspective positive).

En étant labellisée sous la signature B2, la Tunisie se trouve dans le monde du high yield (obligations à haut rendement), et la principale conséquence de son basculement dans la catégorie junk bonds est de réduire la base des investisseurs pouvant investir dans ses obligations. En effet, la plupart des investisseurs institutionnels, et notamment les plus importants comme les fonds de pension, les caisses de retraite, les assureurs,… ne peuvent généralement prendre des positions sur les titres high yield. Ils ne doivent en effet investir que sur des titres relevant de la catégorie d’investment grade, d’où le nom de cette catégorie.

Mais il n’y a pas que cela, le passage dans la catégorie spéculative entraîne un renchérissement du coût de financement. Plus la note de crédit est faible, plus l’émetteur est considéré comme risqué, et plus il doit offrir une prime par rapport aux taux de référence (généralement ceux des emprunts d’Etat). Cette prime rémunère le risque.

Risques d’inflation et de change

En fait de risque, il y en a d’autres que la Tunisie n’est pas en état d’éviter, comme celui associé à l’inflation, car en acceptant un taux à l’achat de son obligation, on prend le pari que son investissement sera rentable dans les prochaines années. Seulement, une forte inflation peut représenter un danger si celle-ci se met à dépasser le rendement. De plus, pour lutter contre l’inflation, les taux d’intérêts ont tendance à augmenter, ce qui va faire baisser la valeur de l’obligation.

S’y ajoute le risque de change en ce sens que comme tout investissement en devise étrangère, le rendement de l’obligation va dépendre du cours de cette devise par rapport à la monnaie tunisienne. Si cette devise est plus forte à l’échéance de l’obligation, le remboursement sera supérieur à l’investissement, mais l’inverse est aussi vrai.

La priorité du gouverneur de la BCT

Dans une récente interview à « Central Banking » le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Marouane El Abassi, à affirmé que la préservation des réserves en devises revêt une importance croissante pour l’institut d’émission alors que le pays se débat avec des déficits extérieurs importants et une monnaie affaiblie. «Ma première priorité est de préserver les réserves pour couvrir les importations de base dont notre économie a besoin», a-t-il déclaré.

«Je ne suis pas concentré sur un seul chiffre : 70 jours, 90 jours. L’important est d’avoir les bonnes politiques et de meilleurs fondements dans l’économie réelle », a-t-il dit. «Des exportations plus fortes dans le secteur textile, une croissance du tourisme et des envois de fonds plus importants, voilà le moyen de stabiliser le taux de change et de préserver les réserves», a déclaré le gouverneur. «Tant que les doubles déficits restent élevés, avec un déficit de la balance courante de 10,4% du PIB en 2017 et un déficit budgétaire de 6,1% du PIB, la stabilisation du taux de change n’est pas une priorité pour la banque centrale», ajoute El Abassi.

Il estime que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour remédier à ces déséquilibres et faciliter le redressement de l’économie, condition préalable à un dinar plus fort.

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