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mardi 11 août 2020
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Ghannouchi à la manœuvre aux fins d’un « cabinet des curiosités » !

Le mouvement Ennahdha n’a pas attendu que s’estompe l’euphorie de sa victoire directe dans les Législatives et celle, par procuration, à la Présidentielle, pour s’atteler à la formation du prochain gouvernement comme l’y enjoint l’article 89 de la Constitution. Des consultations informelles ont été engagées mais ne semblent pas aller dans l’intérêt bien compris de toutes les parties. Les vainqueurs du scrutin parlementaire étant si divers et hétéroclites, leurs conditions et demandes participent fatalement plus d’un inventaire à la Prévert que d’une vue où feraient bon ménage le possible et le souhaitable.

Quelques craintes se font jour de voir des courants chez l’état-major du parti islamiste succomber au tropisme identitaire qu’Ennahdha avait, un temps, cultivé avant de s’accommoder à sa manière du consensus que lui avait proposé feu Béji Caïd Essebsi d’un partage du pouvoir, en choisissant un chef du gouvernement n’appartenant pas au premier parti vainqueur des élections législatives. Une parenthèse, plus précisément une embardée que le parti de Rached Ghannouchi ne serait pas enclin à rééditer comme  semble le souligner son porte-parole, ce vendredi, en affirmant que son parti se trouve « en face d’une situation qui lui dicte d’assumer ses responsabilités contrairement à d’autres qui se dérobent aux leurs ». Plus explicite encore, il a souligné que « la victoire aux élections législatives commande que le gouvernement soit formé par le mouvement Ennahdha, sous sa présidence et sa responsabilité ». Ce qui ne dispense pas, selon ses dires, de « nouer un partenariat sur la base d’un programme économique et social ».

Des portefeuilles contingentés

Difficile d’en comprendre autre chose qu’une configuration du pouvoir où Ennahdha serait seul maître à bord , avec alentour, un composé de partis au prorata de leurs poids politiques mesurés par des portefeuilles ministériels contingentés selon les nouveaux équilibres à instaurer et les positionnements des uns et des autres. Ce ne serait pas une sotte idée, sachant que tout le monde ou quasiment a intérêt à ce que le gouvernement se forme coûte que coûte, et surtout à ce qu’il n’y ait pas d’élections législatives anticipées. Auquel cas, les sièges gagnés, et pas toujours de haute lutte, risqueraient alors de changer de main et tomber dans l’escarcelle d’autres listes, et chassant hors de l’hémicycle leurs très fugaces et précaires occupants du moment.

Une frayeur que le mouvement Ennahdha ne peut pas manquer d’intégrer dans ses tactiques de négociation avec ses futurs partenaires et pourrait s’en servir comme monnaie d’échange pour infléchir leurs positions dans un sens plutôt que dans l’autre. Au demeurant, il semble déterminé à imposer le cap qu’il juge le plus commode et qui réponde le mieux à son agenda. Par le truchement du président du conseil de la Choura, Abdelkrim Harouni, Il a signifié, ce dimanche, que le gouvernement « sera formé sur la base d’un programme visant à relever les défis économiques et sociaux, à lutter contre la corruption, à préserver le pouvoir d’achat des citoyens, à stimuler l’emploi et à renforcer la sécurité ». Point de gouvernement fondé sur la logique des quotas politiques et il n’y aura impérativement lieu que d’établir un programme commun avant de distribuer les portefeuilles ministériels et de choisir les ministres.

Le pire des scénarii

On ne pourra pas être plus clair alors qu’au rang des partenaires potentiels, certains font la fine bouche en réclamant des portefeuilles pour l’essentiel régaliens, d’autres revendiquent la présidence de la Primature – affront suprême à Rached Ghannouchi soupçonné de vouloir y mettre la main- et enfin quelques-uns qui exigent carrément un gouvernement à dominante apolitique en termes de partis. Seulement, la question qui se pose dans toute son acuité est de savoir si Ennahdha a les moyens de sa politique, ne pouvant pas compter, pour une raison ou une autre, sur le soutien de Tahya Tounès, dont le secrétaire général vient d’annoncer qu’il n’est pas concerné par la formation du gouvernement, ou sur celui de Qalb Tounès exclu du casting au même titre que le Parti destourien libre. Ce qui, en fin de compte, se traduit par une arithmétique parlementaire qui ne peut en aucun cas fonder Ennahdha à se prévaloir du nombre de voix nécessaires pour prétendre former un gouvernement, ni même un cabinet des curiosités dont les membres sont glanés d’ici et d’ailleurs, chez les indépendants et de minuscules formations politiques, avec l’hétérogénéité qui s’y attacherait. Ou alors ce serait le pire des scénarii, les élections anticipées tant redoutées pour l’architecture politique même du pays, et bien plus encore pour son économie, sa situation sociale … et le reste.

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