Chiffres de Sigma Conseil
Chiffres de Sigma Conseil

Tous ceux qui y croyaient dur comme fer auraient été stoppés net et renvoyés sine die, au moins aux Législatives. Douches froides pour Abdelkerim Zbidi, Youssef Chahed et Abir Moussi surtout. Cette dernière avait pourtant bien ciblé son ennemi et la partie de l’électorat sensible à cette cible, les anti-Ennahdha. L’avocate en aura pour ses frais, avec le score, presqu’humiliant de 5,1 % des moins de 3 millions de votants qui ont daigné se déplacer. Elle entraînerait dans sa douloureuse chute toute la caste des Destouriens qui l’avaient rejointe en rangs dispersés.

  • 1ère grosse claque aux Centristes et Destouriens

Avec l’impression qu’il donnait d’y être tiré par le bout du nez, sa mauvaise communication et son accent sahélien, Zbidi aura finalement fait tomber dans l’eau les espoirs de toute une région, qui avait misé sur lui pour reconquérir le symbole du pouvoir, et faire accéder les Centristes au pinacle.

Tout aussi sûr de l’emporter, une assurance qu’il expliquait par l’expérience, Youssef Chahed s’en retourne à son poste de chef de gouvernement. Les sondages de sortie des urnes (7,5 % selon Sigma, et 8,71 selon Emrhod), n’auraient finalement pas démenti ceux d’avant campagne électorale, qui l’avaient presque toujours placé à la 5ème place, sinon plus bas. Il ne devrait s’en prendre qu’à ses conseillers et son entourage de chef de gouvernement.

Chiffres d’Emrhod Consulting
Chiffres d’Emrhod Consulting

Les Centristes avaient fait le choix, délibéré, de se la jouer en solo, de manière égoïste et égocentriste, discutant un temps, mais finissant par se faire des ennemis de leur propre famille centriste. Des personnalités, comme Chahed, Said Aïdi, Yassine Brahim, Abdelkerim Zidi, Selma Elloumi ou Néji Jalloul, toutes des petites têtes qui ont fait les grosses têtes, jusqu’à se retrouver, pour certains, au plus bas des pâquerettes avec des scores carrément humiliants. Tous, s’ils s’étaient réunis ou alliés, l’un d’eux aurait remporté haut la main le premier tour, s’il ne se serait pas trouvé en face d’un concurrent facile à battre grâce à l’unité le courant centriste. Au final, le courant centriste aura pris la plus grosse claque de sa vie, presque comme Ettakattol qui ne s’en était plus remis.

Même déperdition pour la Gauche, qui a préféré, elle aussi, se présenter en rang dispersé, entre le vieux routard Hamma Hammami et le jeune aventurier Mongi Rahoui, avec 0,74 % selon Emrhod, et un petit 1,27 % pour Hamma Hammami qui restera l’éternel chômeur. La Gauche aura ainsi reçu sa 2ème grosse claque après 2014 sur les Présidentielles.

  • La Tunisie dit à Abbou, Makhlouf et El Hamdi, qu’elle n’aime pas les «révolutionnaires»

En ne lui accordant que 3,38 % des votes, les urnes semblent vouloir signifier à Mohamed Abbou le refus de la population de toute lutte contre la corruption, tout aussi bien de la manière dont elle a été jusque-là menée, que du mode, plus frontal et brutal, que l’ancien CPR proposait de la conduire. C’est certainement sa femme Samia qui sera la plus déçue. Elle ne sera pas 1ère Dame de Tunisie. Mais y a-t-elle vraiment cru ?

Renvoi aussi à ses chères études de l’apprenti révolutionnaire et anti-européens Seifeddine Makhlouf. L’avocat n’a pas fait impression lors du Grand débat, et n’espérait certainement pas avoir les petits 3,79 %. Idem pour l’autre «révolutionnaire » Hachemi El Hamdi qui pourrait rester l’éternel recalé jusqu’à la fin des temps. La Tunisie aurait ainsi clairement signifié son refus de tout mouvement révolutionnaire ou même contre-révolutionnaire. L’autre conclusion de ces résultats de sortie des urnes, c’est la confirmation de la baisse de popularité du mouvement Ennahdha, qui voit son corps électoral s’effriter, et perd tellement du terrain qu’elle se retrouve à espérer de rester à la seconde place, si le recomptage des voix par l’ISIE lui donnait raison. Celle-ci lui a cependant retiré tout espoir, en le classant 3ème avec 13,2 %, derrière Nabil Karoui avec 15,4 % et Kais Saïed en tête avec 18 % des voix suite au dépouillement des 75 % des procès-verbaux.

  • Des enseignements à tirer et des profils à affiner pour le 2ème tour de la Présidentielle

Tous en tireront-ils les conclusions qu’il faut ? Pas sûr ! Il reste pourtant à toute la tendance centriste la chance (la tiendront-ils ?) de se regrouper, et ce n’est pas possible, les listes étant déjà faites, ou de former un prochain groupe parlementaire, qui restera cependant en proie au tourisme parlementaire ! Y arriveront-ils ? Il est pourtant un fait que les prochaines législatives, qui se dérouleront entre les deux tours de la Présidentielle, risquent réellement de chambouler encore plus le paysage politique tunisien et de créer encore la surprise, celle qui ramènera la démocratie tunisienne au point de départ d’avant les élections. Une situation où les trois pouvoirs (Législatif + l’Exécutif) resteront en guerre pour ne faire que répéter les 5 dernières années de la 2ème République.

En attendant, la Tunisie d’après le 1er tour de la Présidentielle anticipée s’est réveillée groggy. Un de ses possibles présidents de la République est archi-inconnu et évite de beaucoup parler et de clarifier ses positions sur l’islamisme. Des bruits de réseaux sociaux lui prêtent un chef de campagne, fils du fondateur de Hizb Ettahrir, plus proche des terroristes que d’’Ennahdha. D’autres lui prêtent des connivences avec Ennahdha. Peut-être était-ce dans une logique de pré-campagne pour le second tour de la Présidentielle. Lui il ne dit mot. L’autre candidat à Carthage est un magnat des médias, toujours en prison. De lui, les réseaux sociaux disent que c’est un Robin des Bois, d’autres un Berlusconi à la tunisienne et d’autres encore que c’est une «mère Theresa» à la façon islam. Pour qui votera le Tunisien ? Il ne le sait toujours pas !

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