Ines Labiadh, cheffe du département « Justice Environnementale » au Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux (FTDES) estime que la politique de l’enfouissement des déchets d’enterrement adoptée par la Tunisie est un « crime contre l’environnement ».
Dans une interview accordée à Africanmanager, elle a souligné que la situation environnementale est « catastrophique » et nécessite une intervention urgente de l’État. Interview :
Comment évaluez-vous la situation environnementale dans la région du Grand Tunis, principalement au niveau des déchets ?
La situation environnementale ne cesse de se détériorer, et c’est une question qui n’est pas contestée, étant donné que l’état des routes, de la voirie et la prolifération des déchets de toutes sortes confirment la détérioration de la situation environnementale dans les gouvernorats de l’Ariana, Manouba et Ben Arous.
La région du Grand Tunis comprend 38 communes, et la prolifération des ordures, de la saleté sont devenues un sujet préoccupant qui nécessite des solutions urgentes.
Il est bien dommage que les déchets s’entassent dans les rues principales de la capitale, devant les maisons, au bord des routes et qui ont envahi les espaces verts. Il y a des déchets alimentaires, industriels, médicaux (…).
La Tunisie a chuté de 25 places en matière de pollution environnementale. Qui assume la responsabilité de cette dégradation ?
Les problèmes de pollution sont causés par plusieurs facteurs, dont le plus important est l’absence de culture environnementale parmi les citoyens. Nous avons atteint le stade de « normalisation avec la pollution » et nous nous accommodons aisément du fait de jeter les déchets et les immondices sur la voie publique.
D’autre part, on constate que la politique générale de l’Etat n’a pas placé le dossier environnemental parmi ses priorités sous les gouvernements successifs en Tunisie ces dernières années, et donc il n’y a pas d’orientation en matière de prise de conscience et de sensibilisation.
La politique générale de gestion des déchets adoptée par la Tunisie est-elle efficace ?
La stratégie nationale de gestion des déchets est entachée de plusieurs problèmes et insuffisances, car le traitement des déchets ménagers se fait par remblayage, ce qui est une mauvaise politique en raison de ses répercussions négatives.
La méthode de remplissage des décharges est un crime à tous égards, nécessitant des solutions urgentes, en particulier avec le volume croissant de déchets.
Le gouvernement doit trouver rapidement une solution à la décharge de Borj Chakir, qui reçoit quotidiennement la plus grande quantité de déchets, soit 3 000 tonnes.
Quelles sont les propositions du Forum pour résoudre le problème des déchets et mettre fin à la dégradation de l’environnement ?
Le Forum tunisien des droits économiques et sociaux a mené une expérience pour attirer ce que l’on appelle les « Berbacha » et les inclure dans le programme d’économie sociale et solidaire, mais l’expérience n’a pas continué et nous avons été confrontés à de nombreux problèmes.
Concernant le recyclage et la valorisation des déchets, certains acteurs cherchent à mettre «des bâtons dans les roues » et veulent monopoliser les déchets et les recycler.
Le Forum propose de créer des unités de tri au niveau de chaque commune, et la solution idéale serait que le dossier environnemental s’inscrive dans la stratégie de l’État et qu’il élabore des plans d’action à ce sujet tout en injectant les fonds nécessaires à la mise en œuvre des programmes.
Quelles sont les zones les plus polluées ?
Les grandes villes, comme les grands gouvernorats de Tunisie, les gouvernorats de Sfax et Sousse…Elles sont les zones les plus polluées.
En revanche, on constate que les régions du Sud sont les moins polluées, notamment les gouvernorats de Tataouine et Gafsa.
Dans les villes côtières et dans d’autres gouvernorats, la nature reçoit divers types de déchets, notamment des déchets industriels et médicaux, des eaux usées et des eaux déversées dans la mer et les vallées…
Quel est l’impact de la situation environnementale sur le climat d’investissement ?
Travailler à l’amélioration de la situation environnementale contribuera à bâtir une économie prospère et à attirer des investisseurs dans divers secteurs.
Nous avons enregistré des cas de réticence des investisseurs dans certaines zones en raison de la détérioration de l’environnement et de la propagation des déchets sur la voie publique, semblable à ce qui s’est passé précédemment avec une délégation d’investisseurs qui s’est rendue dans le gouvernorat de Béja(…).