AccueilInterviewInterview: Le ministre des TIC's expose ses projets...et les écueils y associés!

Interview: Le ministre des TIC’s expose ses projets…et les écueils y associés!

Le digital et les TICs ont gagné une place très importante dans  la vie du Tunisien  et sont devenus une composante indispensable que ce soit dans le monde professionnel  ou dans  notre vie  de tousn les jours.

Il ne faut, surtout pas, nier que la digitalisation a changé les manières de travailler, de communiquer et de vivre en général notamment avec l’arrivée de la crise pandémique Covid-19, d’où la nécessité de développer une stratégie nationale afin de suivre le rythme mondial.

De cela et de bien d’autres thématiques, il a été question de l’interview que le ministre des Technologies de la communication,  Nizar Ben Neji, a accordée à Africanmanager. Entretien :

– Quels sont les obstacles qui entravent la mise en place de la  stratégie  de la digitalisation en Tunisie  et quels sont vos projets afin d’y remédier ?

On a commencé au sein du ministère par la mise en place et la mise à jour de la stratégie nationale digitale.

On a commencé par définir les axes, les ramifier et rajouter d’autres axes annexes afin de la compléter.

Le premier axe qu’on a jugé essentiel de développer, était le cadre juridique et qui représente un obstacle majeur si on n’arrive pas à le mettre à jour.

En effet, on ne peut pas développer la technologie ou le secteur digital avec des textes obsolètes, manquants ou bien avec des textes qui sont éparpillés et qui ne sont ni homogènes ni cohérents entre eux.

Pour ce faire,  on a commencé, dans un premier temps, par réviser le code de télécommunication pour réguler l’activité télécom. Dans un deuxième temps, on a décidé de rédiger un code numérique, dont le but est de rassembler les textes qui sont éparpillés dans un seul code du numérique afin de bien réguler le secteur digital et l’activité en relation avec l’IT.

Malheureusement, en Tunisie, il y a beaucoup de cybercrimes qui ne sont pas sanctionnés par la règlementation en vigueuer, et on a découvert qu’il ‘ a des textes essentiels qui manquent comme le cadre juridique de la cybercriminalité.

Donc, il était nécessaire de mettre en place un cadre juridique pour la cybercriminalité afin de compléter la pile de textes et pour incriminer les cybercrimes, mais aussi pour cadrer l’investigation numérique légale. Il faut noter qu’un autre texte concernant la classification des données entre secret et top secret est déjà en cours.

– Vous avez parlé du cadre juridique, est ce qu’il est suffisant à lui seul ?

Justement, pour l’application des textes, il faut un cadre institutionnel complet et cohérent.

Donc, il est aussi important d’avoir un gouvernement piloté par les données (data-driven government).

C’est vrai que nous avons des agences et des entités qui sont sous la tutelle du ministère des Technologies de la communication mais nous avons détecté qu’il y a une entité importante manquante qui est l’observatoire du numérique, OTN (Observatoire tunisien du numérique). C’est pour cela qu’on a commencé à préparer la création de cet observatoire dont le process est actuellement en cours.

Le rôle de cet observatoire est de collecter les données qui concernent notre secteur, pas uniquement les données télécom, mais tout ce qui concerne le secteur IT. Ainsi, on aura un tableau de bord qui va aider les décideurs à avoir une vision plus claire sur le secteur, par rapport à l’évolution du secteur, ses problèmes et pour pouvoir planifier pour le futur. Ces tableaux de bord vont aider les décideurs à décider au bon moment, sur la base des données scientifiques et des figures concrètes.

Il est à noter que seulement 14 ministères, en Tunisie bénéficient d’un observatoire, le reste n’en possède pas, y compris le nôtre.

Le projet de la création de l’observatoire tunisien du numérique (OTN) sera présenté lors  de  la prochaine réunion ministérielle pour approbation.

Par ailleurs, on a travaillé sur l’élaboration de la stratégie nationale de l’intelligence artificielle avec une boîte spécialisée appelée TFS. Un projet qui a duré 6 mois durant lesquels elle a effectué des réunions avec toutes les parties prenantes (les observatoires sectoriels, les startups, les entreprises, les ministères et le centre national d’informatique) pour réaliser enfin un document de stratégie nationale d’intelligence artificielle. Ce document est en cours de révision pour faire sortir une version finale publiable avec un plan d’action contenant un ensemble d’actions qui sera mis en place dans la prochaine période.

Le but c’est d’avoir un gouvernement piloté par les données.

– Quel est le rôle du ministère dans l’accélération de la transition digitale et quelles sont les mesures mises pour aider le citoyen à s’adapter à cette transition ?

Bien évidemment, le rôle du ministère est fondamental dans ce sens.

En fait, parmi les axes les plus importants dans notre stratégie, on trouve l’inclusion numérique et financière où on cible directement le citoyen.

Par rapport à l’inclusion numérique, il y a deux points très importants : premièrement ; c’est doter l’utilisateur final de l’équipement qui va lui permettre de se raccorder au réseau, et deuxièmement, fournir une connexion Internet à un coût raisonnable.

Pour ce qui est de l’inclusion financière, il faut  mettre à la disposition du  citoyen les moyens de paiements électroniques  requis.

Il y a lieu de citer l’exemple de la Poste tunisienne qui est en train de développer des solutions de paiement comme l’application D17. Ces solutions de paiement vont permettre au citoyen de payer de manière électronique les services qui sont en ligne ou même les services normaux (on peut payer avec D17 même au magasin).

Il y a aussi les banques qui ont développé, en collaboration avec la Banque centrale, des établissements de paiement pour diversifier les entités qui offrent des solutions de paiement électronique.

Il s’agit d’inciter la banque centrale à donner rapidement l’autorisation aux opérateurs pour pouvoir développer le mobile paiement.

Sachant que nous n’avons que 30 % seulement de la population qui sont bancarisés, cette solution trouve toute son importance donc dans le sens où elle permet à n’importe quelle personne de payer en ligne même si elle n’a pas de compte bancaire, uniquement, en utilisant son porte-monnaie électronique.

On a déjà eu l’autorisation de la part de la Banque centrale, et cette solution est en train d’être développée chez les 3 opérateurs téléphoniques, d’ici début 2023, cette solution sera opérationnelle.

-Le citoyen tunisien se plaint  souvent  de la complexité et de la lenteur des procédures administratives, avez-vous pensé à trouver des solutions dans ce sens ?

Cette question nous incite à parler des projets de la transformation digitale de l’administration.

En effet, il ya trois types de services :

— Service G to G (Goverment to Goverment) ; qui permet de connecter et de faire circuler les données entre les administrations.

Dans ce sens, on doit évoquer deux choses importantes, la première dont on n’a jamais parlé, c’est le réseau national inter administration RNIA, qui est en train d’être élargi pour atteindre tous les ministères et toutes les administrations. Aujourd’hui, on est en train d’intégrer le ministère de la Justice dans ce réseau et à chaque fois on rajoute et on raccorde d’autres, ce qui est très important car les informations ne vont plus circuler sur Internet, mais à travers un réseau privé.

La deuxième, c’est l’interopérabilité, grâce à laquelle, les informations peuvent circuler facilement entre les administrations et le citoyen n’a plus besoin de ramener à chaque fois des papiers d’une administration à une autre (exemple les extraits de naissance).

On œuvre, également, à l’élargissement de ce service où à chaque fois on en rajoute un document.

— Service G to B (Goverment to Business), come c’est l’exemple de l’application Tuneps qui est considérée comme l’application e-GOV la plus développée dans cette catégorie G to B.

Grâce à ce système, les appels d’offres se passent à travers une plateforme où les entreprises peuvent proposer leurs appels d’offres signés d’une manière électronique.

— Service G to C (Goverment to Client) ; malheureusement, les services proposés par l’Etat dans cette catégorie sont jusqu’à l’heure actuelle informationnels, et ne sont pas transactionnels,  c’est à dire qu’il n’y a pas d’interaction avec le citoyen, comme par exemple la prise de RDV de la visite technique, ou prise de RDV de EVAX.

Récemment, on a commencé à développer un peu ces services avec le système EVAX où on a pu accorder, pour la 1ère fois, un document administratif en ligne reconnu par la loi avec un cachet électronique visuel CEV pour des millions de citoyens.

Il est à noter que les diplômes tunisiens sont désormais munis d’un cachet électronique visuel (tous comme le pass sanitaire et les extraits de naissance) pour limiter les falsifications des diplômes et bannir les copies conformes à l’original.

-Le 3 août dernier, vous avez annoncé le lancement d’un nouveau projet intitulé mobile ID, pouvez-vous expliquer davantage son utilité ?

Grâce à ce nouveau projet Mobile ID, on peut développer les services G to C (goverment to Client).

En effet, le mobile ID qui représente la première identité numérique en Tunisie  est une application qui permet un accès simplifié et sécurisé à l’espace citoyen où on peut trouver des documents administratifs et où on peut effectuer des procédures en ligne à travers le portail.

On vient de commencer petit à petit avec l’extrait de naissance et on est en train de travailler avec l’Agence Tunisienne du Transport Terrestre pour rajouter tout ce qui concerne la carte grise et le permis de conduire.

Il ya une autre étape qui était  en cours de réalisation et qui consiste dans la création d’une boîte email pour chaque citoyen à l’instar des autres pays du monde, comme l’Estonie par exemple[ Ndlr : C’est chose faite, le service a été lancé ce vendredi 21 octobre].  Il s’agit d’un canal de communication bidirectionnel entre le citoyen et l’administration, car jusqu’au jour d’aujourd’hui, on, se limitait  aux SMS qui informent, tout juste, le citoyen et qui sont dans un seul sens.

Toute transition a besoin d’une bonne préparation au niveau de l’infrastructure, alors quelles sont les avancées dans ce sens et notamment au sujet de l’élargissement de l’étendue de la fibre optique en Tunisie ?

En ce qui concerne l’infrastructure, elle comprend 3 axes importants:

– La couverture des zones blanches.

– L’élargissement de la couverture du réseau de la fibre optique.

– L’amélioration de la capacité d’hébergement.

En fait, à part le projet RNIA, il y a le projet de la couverture des zones blanches. Dans ce contexte, on vient de clôturer un projet avec le groupe Tunisie Télécom où on a pu couvrir 164 établissements scolaires répartis sur 94 délégations et 15 gouvernorats ainsi que 59 centres de soins étatiques avec une population cible au nombre de 180 mille citoyens.

On a déjà effectué 2 visites pour 2 écoles qui étaient récemment couvertes, une à Ouedhref au gouvernorat de Gabès et l’autre à Ain al Naga à Kalâat Senane au gouvernorat du Kef.

Concernant  l’élargissement du réseau de fibre optique, on a un grand projet intitulé « EDUNET »,  qui tend à connecter 3307 écoles avec de la fibre optique, sur 4 ans.

Ce projet EDUNET vient dans le cadre du projet  « GOV TECH » financé par la Banque mondiale.

Par rapport à l’amélioration de la capacité d’hébergement, on a visé les centres informatiques sectoriels comme le CNTE  (Centre National des Technologies en Education), CIMS (Centre Informatique du Ministère de la Santé), le département informatique du ministère de l’Intérieur. Ceci est très important dans le sens où l’amélioration d’un secteur passe directement par l’amélioration de sa capacité d’hébergement pour pouvoir héberger des applications qui peuvent être utilisées à l’échelle nationale ; tel est le cas du CNI (Centre National de l’Informatique) et avec la même capacité d’hébergement avec un centre de back up distant là où toutes les données peuvent être basculées en cas de problème, ce qui garantit la sécurité des informations.

– Quid de la sécurité des informations et sachant que vous êtes expert en sécurité informatique ou cybersécurité, qu’avez-vous planifié pour ce volet avec l’importance qu’a prise Internet dans la vie personnelle et professionnelle ?

La sécurité informatique ou la cybersécurité passe par plusieurs points, on a tout d’abord le texte juridique. Le fait d’avoir un cadre juridique qui incrimine les cyberattaques et les cybercrimes, c’est important, et pas uniquement pour la sécurité mais aussi pour attirer les investisseurs étrangers dans le domaine IT. Lorsque l’investisseur trouve un cadre juridique qui le protège ailleurs et ne le trouve pas en Tunisie, il ne va pas choisir la Tunisie.

Actuellement, on est en train de réviser (stade avancé) le cadre juridique de la cybersécurité qui va mettre à jour les tâches de l’Agence nationale de la sécurité informatique.

Deuxièmement, on a visé le développement du rôle de l’ANSI, à travers:

La labellisation des hébergeurs et des fournisseurs de service Cloud sous 2 Labels selon la nature des données et la criticité du service : un Label G-Cloud (Government-Cloud, pour les applications gouvernementales) et un  Label N-Cloud (National-Cloud, pour les sites normaux)

Cette labellisation trouve toute son importance dans le sens où elle permet de garder les applications et les données  sur le territoire tunisien.

Troisièmement, on va aider les entreprises tunisiennes à se faire auditer, qui est une procédure assez chère (en s’inspirant du programme du ministère de l’Energie).

Concernant les projets relatifs à la sécurité des données, on cite le projet E-Iblegh, qui est une plateforme lancée en mai 2021 permettant au citoyen de signaler n’importe quel problème rencontré sur l’espace cybernétique.

Ce site redirige automatiquement les requêtes vers les entreprises concernées pour pallier cette faille détectée.

Il y a aussi un autre projet de l’ANSI en cours, qui s’appelle Bug-Bounty, qui est un projet inspiré de de Facebook permettant de canaliser les hackers ou les pirates sur internet tout en étant récompensés lors du signalement d’une faille détectée au lieu de l’utiliser pour le piratage.

– Comment pouvez-vous positionner votre ministère dans l’accélération de la transition digitale surtout en ce qui concerne la coordination avec les autres ministères ?

Le ministère travaille d’une manière croisée avec les autres ministères comme le ministère de l’Emploi avec lequel on a effectué le projet SKILL’Up permettant le recyclage vers les métiers du numérique.

Les formations sont réalisées par notre ministère au sein de l’STT (Smart Tunisian Technoparks) qui assure la partie logistique.

La partie financement est assurée par le ministère de l’Economie et de la planification.

L’identification des bénéficiaires se fait par le biais du ministère de l’Emploi.

On a aussi un autre projet qui concerne l’élaboration d’un référentiel pour les métiers du numérique spécialisés dans la cybersécurité (auditeurs, administrateurs de la sécurité, les responsables de la sécurité des systèmes d’information RSSI). Il sera publié dans un mois. Ce référentiel permet d’harmoniser et de synchroniser les formations des universités avec les offres d’emplois existantes sur le marché.

En outre, on est en train de collaborer avec le ministère de l’Enseignement supérieur et  de la recherché scientifique pour créer des mastères co-construits dans les facultés qui sont en cotutelle avec notre ministère, à l’exemple de ISET’com et SUP com. Le programme de ces mastères est défini aussi bien de la part de la faculté que de l’entreprise avec la participation des experts dans la formation afin de s’adapter au marché de l’emploi.

Avec le ministère de l’Education, on a aussi un nouveau projet qui permet de définir les compétences digitales à enseigner au primaire et au secondaire.

On offre aussi des formations destinées aux fonctionnaires afin de renforcer leurs capacités et compétences.

S’agissant de la culture digitale, notre ministère est en train de la diffuser par l’usage en parallèle avec les projets qu’on est en train d’exécuter. En effet, nous avons entre 6 et 7 millions d’analphabètes digitaux en Tunisie, ce chiffre grimpe à 16 millions en France, malgré qu’il soit un pays développé.

Par rapport à la diffusion de la culture digitale, on a le programme « Ichmilni » de Tunisie Télécom qui permet de diffuser la culture digitale dans les zones desservies et qui sont récemment couvertes par le réseau de télécommunication.

-La culture de l’entrepreneuriat et surtout de l’entrepreneuriat digital en Tunisie est en train de se développer d’une année à une autre, pouvez-vous nous expliquer le rôle du ministère dans ce sens, notamment dans l’accompagnement des Startups ?

Pour encourager et accompagner les startups, le ministère a lancé, depuis 2019, le programme Startp’Act.

En effet, ce programme a permis à 773 startups d’être labellisées dont 19 Labels ont été octroyés en ce mois d’octobre courant.

Ce programme permet aux startups de bénéficier de certains avantages comme l’exonération des impôts, pour garantir le succès aux startups et minimiser le risque d’échec pendant les premières années.

Nous vous dévoilons aussi une idée de projet intitulé Startup’Act 2.0, pour la rétention des startups où on va remédier aux insuffisances du premier programme. Cette nouvelle version sera améliorée avec beaucoup plus d’avantages pour retenir les startups qui ont tendance à migrer vers d’autres pays après quelques années puisqu’elles ne bénéficieront plus des avantages accordés après 8 ans.

Pour ce qui est de l’environnement de l’entrepreneuriat digital, il y a un projet de réaménagement des techno-parcs et des cyber-parcs qui sont répartis partout en Tunisie. Dans ce projet, on vise à augmenter leurs capacités d’hébergement et à diversifier les services et les prestations offerts pour les entrepreneurs. Ce projet sera réalisé en coordination avec la GIZ et sera lancé à Monastir.

Le ministère travaille toujours d’une façon transversale en collaboration avec tous les ministères et est impliqué dans tous les projets qui ont un aspect digital.

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