AccueilLa UNELa «relative timide» réponse de l'Occident au 25 juillet expliquée par Brooking

La «relative timide» réponse de l’Occident au 25 juillet expliquée par Brooking

Les pays occidentaux ont été relativement timides dans leur réponse à l’état dexception proclamé le 25 juillet par le président de la République Kais Saied. Ils n’ont exercé qu’une pression rhétorique sur la Tunisie. Cette hésitation s’explique en partie par la crainte de ce qui pourrait se passer si l’Occident exerçait des pressions plus fortes sur Saied, qui pourrait se tourner vers l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pour obtenir une aide étrangère, explique « The Brooking Institution » qui estime  que l’Occident ne devrait pas pousser trop fort pour le dialogue et la démocratie, de peur de perdre la Tunisie au profit du Golfe.

Étant donné l’ampleur de sa situation critique, la Tunisie aura probablement besoin de l’aide occidentale même si elle en reçoit du Golfe. Dans cette optique, l’Occident ne devrait pas seulement poursuivre sa pression sur Saied pour qu’il rétablisse la démocratie et organise un dialogue inclusif, mais l’intensifier. De plus, l’Occident devrait pousser directement les pays du Golfe à abandonner les conditions plus toxiques qui pourraient être attachées à leur aide, comme la dissolution de certains partis politiques, préconise le think tank basé à Washington.

Un peu plus de trois  mois après le 25 juillet, Saied s’est enfin penché sur la principale préoccupation des Tunisiens : l’économie chancelante. Le défi immédiat consiste à trouver les 3,5 milliards de dollars nécessaires pour couvrir les salaires du secteur public et les remboursements de la dette de cette année. Le mois dernier, le gouverneur de la banque centrale, Marouane Abbasi, a mis en garde contre « une pénurie aiguë de ressources financières extérieures » pour y parvenir.

Il est difficile de voir comment la Tunisie peut réunir ce montant sans aide étrangère, note Brooking. Le secteur du tourisme n’est pas près de s’améliorer, compte tenu de la pandémie. Saied a initialement proposé une autre réconciliation avec les hommes d’affaires soupçonnés de corruption, grâce à laquelle ils pourraient éviter les poursuites en finançant des projets dans l’intérieur négligé de la Tunisie, mais rien ne s’est encore matérialisé. Les procès des fonctionnaires accusés de corruption ont progressé lentement, et ne constituent pas une solution rapide à la crise de liquidités de la Tunisie. Saied a récemment proposé de sévir contre l’évasion fiscale et de réduire les dépenses, mais ni l’une ni l’autre de ces mesures ne suffira probablement.

La « mansuétude » du FMI !

Il existe deux sources principales de financement étranger pour la Tunisie, et toutes deux sont assorties de conditions implicites ou explicites, souligne l’auteur de cette analyse, l’expert en affaires tunisiennes Sharan Grewal. . La première, à laquelle la plupart des gouvernements tunisiens ont eu recours, avant et après la révolution de 2011, a été les prêts du Fonds monétaire international (FMI). Ces crédits exigeraient probablement « un plan de réformes pour s’attaquer aux subventions, à la masse salariale élevée du secteur public et aux entreprises publiques déficitaires. » Dans la pratique, le FMI a souvent détourné le regard au cours des dix dernières années, continuant à accorder des prêts à la Tunisie malgré son manque de progrès sur ces fronts. Il est peu probable que cela change, étant donné l’ampleur de la crise tunisienne. Mais ce qui semble avoir été ajouté aux conditions du FMI, c’est que Saied doit présenter « une feuille de route politique qui inclut un large dialogue politique et social ». Les gouvernements occidentaux ont également poussé Saied à organiser un dialogue et à rétablir la démocratie.

L’autre source potentielle d’aide étrangère proviendrait de pays du Golfe comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Ces deux pays ont été de fervents partisans de la prise de pouvoir de Saied et – comme beaucoup d’autres pays – ont envoyé des fournitures médicales considérables pour faire face à la crise du COVID-19 en Tunisie. Mais des milliards de dollars d’aide, au même titre que ce que ces pays du Golfe ont donné à l’Égyptien Abdel-Fattah el-Sissi après son coup d’État de 2013, c’est une autre affaire, et il faudrait probablement que Saied prenne des mesures contre les partis politiques en Tunisie, en particulier ceux de l’extrémité islamiste du spectre.

La dissolution des partis politiques n’est pas, hors du champ des possibilités, pense Grewal. Un nombre non négligeable de partisans de Saied ont appelé publiquement à la dissolution d’Ennahdha, et Saied lui-même a fait pression sur les autorités pour trouver des irrégularités dans les élections de 2019 qui pourraient justifier leur dissolution.

La Tunisie semble courtiser à la fois le Golfe et le FMI. Dès sa nomination le mois dernier, la cheffe du gouvernement Najla Bouden a fait allusion à un nouveau train de réformes, déclarant que la « priorité de son gouvernement est d’équilibrer les finances publiques et de procéder aux réformes économiques nécessaires ». Le mois dernier, des responsables tunisiens ont révélé qu’ils étaient en « discussions très avancées avec l’Arabie saoudite et les Émirats pour remplir les caisses de l’État ».

Une fausse dichotomie

Il peut être tentant de considérer ce choix comme une bifurcation : la Tunisie choisira soit l’aide de l’Occident, soit celle du Golfe, et ce choix mettra la Tunisie sur la voie du rétablissement de la démocratie ou de la consolidation de l’autocratie. Dans cette logique, l’implication politique pourrait être que l’Occident n’insiste pas trop sur la démocratie, de peur de pousser Saied à choisir le Golfe. Le moment où la Tunisie a révélé qu’elle négociait avec le Golfe, immédiatement après la condition du FMI d’organiser un dialogue, semblait presque intentionnel, comme un stratagème pour amener le FMI à assouplir ses conditions.

Mais ce point de vue serait inexact. L’Occident et le Golfe ne sont pas nécessairement des sources de financement alternatives. L’Égyptien Abdel-Fattah el-Sissi a reçu 12 milliards de dollars de fonds du Golfe à la suite de son coup d’État de 2013, mais il a quand même courtisé et obtenu un prêt du FMI en 2016. En Tunisie également, il est peu probable que le Golfe puisse résoudre les problèmes économiques du pays pour toujours – même s’il parvient à combler le déficit budgétaire cette année, la Tunisie finira par retourner au FMI. Avec le Golfe enlisé dans le soutien des forces contre-révolutionnaires en Egypte, en Libye et au Soudan, ce retour pourrait survenir plus tôt que prévu. Sachant cela, l’Occident devrait redoubler sa pression pour la démocratie et le dialogue, et non l’abandonner, estime Brookings.

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