AccueilLa UNEL'Administration «mammouth dysfonctionnel peu en état de remplir son office»!

L’Administration «mammouth dysfonctionnel peu en état de remplir son office»!

La courbe est incontestable. Le nombre de fonctionnaires en Tunisie a augmenté de façon exponentielle, doublant presque depuis la révolution. L’un après l’autre, les gouvernements successifs ont utilisé les emplois publics pour apaiser le mécontentement de la population. « Travail, liberté et dignité » ont été les revendications clés incessantes de la jeunesse tunisienne frustrée par la corruption généralisée et le manque d’opportunités. Le droit de travailler dans la dignité et de recevoir un salaire équitable étant inscrit dans la constitution, les gouvernements ont été mis sous pression pour créer des emplois.

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La rhétorique n’a pas changé d’un iota. Mais, en  l’absence d’un plan économique solide et d’un État-providence, des légions de personnes ont été recrutées dans les administrations publiques non pas en fonction d’un besoin, mais en réponse aux manifestations pour l’emploi et la justice sociale. Kamel Ayadi, ancien ministre du secteur public, cité dans un article de «Global Voices», a déclaré que les gouvernements recrutaient à tour de bras  pour acheter la « paix sociale ».

En plus de répondre à la demande d’emplois, le recrutement dans le secteur public a également été utilisé pour d’autres motivations politiques partisanes. Beaucoup ont été accusés- en particulier le parti islamiste Ennahdha – d’avoir recruté massivement parmi leurs partisans et leurs fidèles pour assurer leur consolidation du pouvoir. Après des décennies d’oppression, la titularisation des fonctionnaires a été considérée par les nouveaux dirigeants post-révolution comme une juste réparation et une compensation pour leur exclusion passée. La plus forte augmentation du nombre d’embauches dans le secteur public a eu lieu pendant le règne de la « Troïka » entre 2011 et 2014, dirigée par Ennahdha. Selon l’Union tunisienne de la neutralité du service public et de l’administration (UTSPNA),  « quatre-vingt-dix pour cent des recrutements dans le secteur public sous la Troïka ont été faites sur la base d’orientations partisanes, régionales ou familiales. » Des ambassadeurs et des consuls, des gouverneurs, des magistrats et des cadres dans des domaines stratégiques tels que les médias, la sécurité et l’informatique ont été recrutés parmi les partisans du parti, selon les rapports. Autant dire comme il est souvent convenu que « les politiciens successifs ont contribué à aggraver la corruption. Ils ont transformé l’administration en un mammouth dysfonctionnel incapable de remplir ses missions primaires. Des mesures populistes à courte vue sui servent d’ingrédients à un désastre. »

Détérioration des services publics et augmentation des salaires

Sous la pression de la puissante UGTT,  rappelle le site « Global Voices », l’augmentation incontrôlée du nombre de fonctionnaires s’est doublée d’une hausse des salaires. Selon une étude de l’Institut national de la statistique (INS), les salaires ont augmenté de 23,18 % entre 2011 et 2015, la plus forte augmentation ayant eu lieu sous la Troïka en 2013. Cette combinaison a conduit à une forte augmentation de la masse salariale publique dans un budget de l’État déjà à bout de souffle. L’augmentation des effectifs et des salaires ne s’est cependant pas traduite par de meilleures prestations, bien au contraire. La plupart des services publics (éducation, santé, sécurité, etc.) se sont détériorés. Le secteur privé y pourvoit avec des écoles et des hôpitaux privés en plein essor, à un prix inabordable pour la plupart des Tunisiens.

Ce qui est le plus problématique, ce n’est pas tant la taille que les performances de l’administration. Non fondées sur les besoins, les compétences et le mérite, la productivité et l’efficacité ont chuté. En 2015, une étude de l’Association tunisienne de lutte contre la corruption a révélé que l’absentéisme dans le secteur public était alarmant et que les fonctionnaires ne travaillaient effectivement que huit minutes par jour en moyenne. Les Tunisiens ont perdu confiance dans les institutions publiques. Une consultation nationale menée par l’Instance Nationale de Lutte Contre la Corruption en 2020 a montré que 87,2 % des Tunisiens pensent que la corruption a sérieusement augmenté et 28,5 % ont déclaré avoir vécu au moins une situation de corruption en 2020.

La  classe politique, dans sa  majorité, et des citoyens s’accordent à dire que le secteur public n’est pas viable et doit être réformé de toute urgence. Il y a eu de nombreuses tentatives de réforme, mais sans réelle percée. Comme dans d’autres secteurs, la Tunisie a été lente  à la détente dans la prise de  des mesures, reportant ou faisant un pas en avant et deux pas en arrière au profit de quelques-uns, et entravant le changement au détriment de la majorité. Les bailleurs de fonds internationaux ont contribué à cette dégringolade économique, ce qui fait qu’aujourd’hui, la Tunisie recherche de toute urgence un prêt de sauvetage auprès du FMI. Dans une région instable et dans un pays aux portes de l’Europe, les priorités des donateurs ont été de consolider la transition démocratique, même au prix du maintien à flot d’un système économique défaillant et dysfonctionnel. Cela a eu un effet pervers, créant un cycle non vertueux de financement non proportionnel au progrès économique qui, à long terme, mine la transition démocratique au lieu de la soutenir, conclut le site « Global Voices ».

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