Tags Posts tagged with "cash"

cash

par -

La Banque Centrale de Tunisie (BCT) a déjà entamé ses consultations pour la mise en place d’un processus de réduction de l’argent liquide dit “de-cashing”. Les objectifs étant de promouvoir l’inclusion financière, consolider les ressources du système bancaire, assurer une meilleure allocation des ressources financières au profit de l’économie organisée et lutter contre les activités informelles et les pratiques illicites.
Dans une interview accordée à l’agence TAP, Ahmed Al Karam, président du directoire d’Amen Bank et président de l’Association professionnelle tunisienne des banques et des établissements financiers (APTBEF), explique pourquoi il est temps de muter vers un monde financier digital en Tunisie et évoque ses chances de réussite.

Pourquoi, d’après vous, la Tunisie doit muter, aujourd’hui, vers un monde de transactions financières digitales ?

Ahmed El Karam : La mutation vers un monde digital n’est pas spécifique à la Tunisie, elle est planétaire. Les évolutions technologiques qui sont en train de marquer la planète grâce, principalement, à l’apparition des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazone) sont en train de créer de nouvelles capacités et de nouvelles aptitudes technologiques qui changent totalement le comportement économique et même social des différents agents économiques. Je vous donne en exemple la Chine, deuxième puissance économique mondiale et premier pays en terme de commerce intérieur. Dans ce pays, plus de 50% des transactions se font d’une manière digitale, sans utilisation ni du chéquier, ni de billets de banque.

En Tunisie, nous gagnerons à réduire la monnaie fiduciaire, dont l’encours a plus que doublé en passant de 5 milliards de dinars à fin 2010, à environ 11 milliards de dinars aujourd’hui.
C’est un montant très élevé qui fait qu’une grande partie de la liquidité ne rejoint jamais les circuits économiques officiels et donc ne transite pas par les banques. Ça veut dire aussi qu’une grande partie des transactions ne permettent pas de garantir la traçabilité et la connaissance des mouvements de fonds. Nous ne pouvons pas savoir le sort, la finalité et l’utilisation de cette énorme liquidité. Ainsi, la Tunisie devrait lutter, d’urgence, pour que cette liquidité regagne les circuits officiels. La Banque centrale a ouvert ce chantier et s’en occupe d’une manière sérieuse.

D’après vous, quelles sont les raisons de l’augmentation de la masse des paiements en cash en Tunisie ?

Ahmed El Karam : A mon avis, l’augmentation exagérée des paiements en cash est due à trois facteurs essentiels. Primo, l’économie informelle qui n’a pas besoin de moyens de paiements modernes, puisqu’elle s’accommode de l’opacité des flux fiduciaires. Cette économie représente, d’après les experts, plus de la moitié de l’économie nationale. Aussi, on peut affirmer que la moitié de la monnaie fiduciaire émise par le système monétaire est accaparée par l’économie informelle. Cette manne financière ne profite pas aux banques et ne sert pas le financement transparent de l’économie. L’urgence est d’agir pour que cette économie informelle regagne l’économie organisée.

Secundo, l’existence de près de quatre millions de Tunisiens qui n’ont pas de comptes bancaires. Il faut travailler pour développer l’inclusion financière, afin d’intégrer dans l’économie moderne une grande partie de la population qui n’utilise ni le compte, ni le chèque, ni la carte bancaire. L’APTBEF a des idées intéressantes à ce sujet et tâchera de les appliquer avec la Banque centrale et les autres organismes concernés, pour mettre en marche une ambitieuse stratégie d’inclusion financière.
Il faut parallèlement développer l’inclusion digitale, car il ne suffit pas d’avoir un compte bancaire. Il faut l’utiliser au moyen de règlement par carte, et, de plus en plus, par téléphone portable. Mais, pour cela, il faut des solutions de paiement électroniques modernes, efficaces, sécurisées, garantissant l’interopérabilité et assurant la facilité l’utilisation.

Tertio, l’absence de développement du commerce électronique en Tunisie. A un moment où toute la planète en fait la base des règlements des transactions commerciales, la Tunisie est malheureusement très en retard. Le commerce représente une part insignifiante du commerce organisé. Il faut dire qu’il nécessite, en fait, une forte logistique, des magasins de stockage ultra-modernes, des moyens de transport efficaces, des solutions de paiement en ligne sûrs, des applications informatiques intelligentes, etc…

Pourquoi ne pas engager des discussions avec les grands opérateurs internationaux du commerce électronique tels que les leaders mondiaux que sont Amazone pour le monde occidental et Ali baba pour la Chine ? L’objectif est de développer d’une manière rapide le commerce électronique, afin de faire profiter l’économie de ses nombreux avantages, dont notamment la promotion des exportations et les échanges avec l’extérieur. C’est un gisement d’affaires à l’international qui échappe aux entreprises tunisiennes. Cela sans oublier les économies de charges, la sécurité des opérations et la rapidité de leurs exécutions. Le commerce électronique réduit sensiblement les préférences pour la monnaie fiduciaire.

A votre avis, combien de temps prendra ce processus de digitalisation pour se mettre en place en Tunisie ?

Ahmed El Karam : Je suis convaincu que cela peut aller très vite. D’une part, l’évolution s’accélère et parait jour après jour irréversible et d’autre part, les opérateurs en Tunisie ont la volonté et la capacité de se lancer dans l’aventure du développement du paiement électronique. Les solutions techniques sont là, les opérateurs sont prêts et les banques sont disposées à aider et à financer. Nos ingénieurs maitrisent convenablement la technologie et si la volonté politique se manifeste et avec force, tout peut aller très vite.

Est-ce qu’il existe dans le pays, l’infrastructure adéquate pour mettre en place cette option ?

Ahmed El Karam : Je pense réellement que nous avons une infrastructure matérielle et humaine dans ce domaine. La Tunisie recèle de compétences ayant une maîtrise confirmée de la technologie. Comme je l’ai déjà dit, la Poste, les banques et les opérateurs téléphoniques sont prêts et motivés pour jouer leur rôle et assumer leur responsabilité. La réussite de ce processus volontariste de modernisation des moyens de paiements ne peut que profiter à toutes les parties concernées et au développement et à la modernisation de l’économie tunisienne.

Combien va coûter ce processus de de-cashing ?

Ahmed El Karam : Le gain est considérable, étant donné que le coût de traitement des billets de banques est énorme en termes de fabrication, de manipulation, de conservation, de comptage, de transport, etc… sans parler du risque d’introduction de faux billets et de la fraude qui peuvent accompagner la manipulation des billets et monnaies. Ces coûts vont disparaitre avec le remplacement de l’argent liquide par la généralisation du paiement électronique. Les ordinateurs vont dialoguer entre eux. Certes, il y aura des risques, mais ils coûtent largement moins que ceux rattachés aux billets de banques. Je ne vois que du positif dans la disparition de la monnaie fiduciaire, à l’exemple de la Suède où l’argent liquide a totalement disparu. Cela prouve qu’il y a des solutions techniques et que l’expérience peut réussir en Tunisie, à condition de suivre une démarche volontariste et efficace.

L’absence de l’argent liquide peut aussi aider à lutter contre le terrorisme et le blanchiment d’argent ?

Ahmed El Karam : Bien sûr que ça va aider à lutter contre le terrorisme et le blanchiment d’argent. Les billets de banques qui n’entrent pas dans le circuit bancaire, peuvent être utilisés pour financer le terrorisme, blanchir des ressources provenant de la fraude, de la contrebande, de la corruption et d’autres actes criminels. C’est un vrai trou noir. C’est pour cela qu’il faut arrêter cette manne mafieuse dès le départ et agir vite pour que les billets émis se négocient dans les circuits officiels, avant de céder la place au paiement électronique.

Comment accélérer ce processus de de-cashing, d’après vous ?

Ahmed El Karam : Je crois que la BCT a pris déjà une initiative très louable. Elle a lancé sérieusement, les discussions à ce sujet et procédé à la création de commissions multidisciplinaires de réflexion et de proposition associant tout le monde: l’administration, les banques, les opérateurs techniques et les sociétés de “FINTECH”.
Dans quelques jours, il y aura un débat intense sur le sujet pour aller plus dans les détails. Je suppose qu’un rapport sera présenté aux autorités gouvernementales et c’est à ces dernières de parrainer ce rapport et de le mettre en application. A mon avis, toute réforme impliquant des changements profonds a plus de chance de réussite, si les responsables s’y engagent à plein temps. Mais, il ne faut pas que le souffle des réformes se perde dans la pression du quotidien ou dans les dédales de la routine administrative.

Il y a lieu de désigner une structure pour mettre en place le programme de réformes qui sera retenu, tout en la dotant des capacités nécessaires pour convaincre les parties concernées. Elle doit disposer des pleins pouvoirs pour coordonner et mettre en application les actions arrêtées.

Puisque c’est une démarche d’inclusion financière, est ce que vous avez associé les établissements de micro-finance ?

Ahmed El Karam : La micro-finance est un canal essentiel d’inclusion financière, C’est grâce aux 650 000 clients qui ont traité avec les structures de micro-finance qu’on arrive à donner une amorce de culture financière à des populations exclues des services bancaires. Oui, nous avons pensé à la micro-finance, car c’est un canal à développer pour ses effets positifs pas seulement comme instrument d’inclusion financière, mais surtout pour ses retombées sur le développement régional et la création de l’emploi surtout pour les diplômés du supérieur.

En quelle année, d’après vous, l’argent liquide va disparaitre en Tunisie ?

Ahmed El Karam : Je pense que ça ne doit pas dépasser l’année 2020, à condition de servir cette ambition par une volonté politique réelle et des outils très précis. Il faut faire vite pour que les 4 millions de tunisiens qui n’ont pas de comptes bancaires en soient dotés rapidement. Il faut aussi le faire d’une manière audacieuse pour que le commerce électronique se développe, pour atteindre 20 voire à 30% du commerce total. Il faut également, développer les paiements via les téléphones portables en faisant adhérer toutes les parties concernées à des solutions garantissant principalement l’interopérabilité.

Nous avons la chance d’être un pays de jeunes où l’utilisation des nouvelles technologies de l’information est banalisée. Nous sommes devant un dossier où la seule difficulté concerne l’économie informelle. C’est le seul facteur qui peut retarder une réalisation rapide des objectifs ambitieux dans le domaine de la généralisation du paiement électronique.

TAP

par -

Chedly Ayari, Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), a présidé, aujourd’hui vendredi 20 octobre 2017 au siège de la Banque, une réunion de travail ayant pour thème « réflexion sur  la réduction du cash (de-Cashing) dans l’économie : Etat des lieux, enjeux et feuille de route ». La réunion a regroupé les représentants de la Présidence du Gouvernement et des Ministères concernés, ainsi que les parties prenantes des systèmes et moyens de paiements, en l’occurrence les représentants des banques (APTBEF), la Poste Tunisienne, les Douanes, les gestionnaires des systèmes de paiements, les opérateurs des télécom, le Patronat et l’Organisation de défense du consommateur (ODC).

Dans son intervention introductive, Ayari a précisé que cette action s’inscrit dans le cadre d’une stratégie nationale de promotion de l’inclusion financière, de la consolidation des ressources du système bancaire, d’une meilleure allocation des ressources financières au profit de l’économie organisée et de la lutte contre les activités informelles et pratiques financières illicites, et ce, «à travers la réduction du cash dans l’économie et le développement et la promotion des systèmes et moyens de paiements électroniques et de la finance digitale». A cet égard, le Gouverneur a insisté sur le rôle de la BCT et des opérateurs techniques et financiers pour entreprendre des actions urgentes concernant la rationalisation des paiements cash et l’optimisation des systèmes et moyens de paiements scripturaux. Toutefois, a-t-il ajouté, cette démarche n’est pas du seul ressort de l’autorité monétaire, mais se doit d’être appuyée par des réformes et actions à mener concernant le cadre légal et règlementaire, les politiques économiques et sécuritaires et l’ensemble du climat des affaires.

Une approche nationale, donc, qui s’articule autour de trois principaux axes . D’abord, l’amélioration de l’écosystème des paiements existant et la promotion des moyens de paiements électroniques modernes, ensuite le développement de l’épargne et la consolidation des ressources du système financier et enfin le renforcement de l’arsenal légal et règlementaire de lutte contre l’économie informelle.

Ainsi, et afin d’impulser le processus de « de-Cashing » il a été décidé au terme de cette réunion de lancer ; sous l’égide d’un comité de pilotage ; quatre commissions de réflexion à même de préparer une feuille de route portant sur les mesures et actions concrètes adossées à un calendrier de mise en œuvre des recommandations.

Le Comité de pilotage des Paiements aura pour rôle la Coordination et le  suivi du plan d’action global de « de-Cashing ». Il sera présidé par la BCT et composé des représentants des principales autorités de tutelle et des opérateurs techniques et financiers.

Quant aux quatre commissions, ils se présenteront comme suit :

  • Une Commission d’optimisation des paiements électroniques existants, qui se penchera notamment sur la révision des termes et conditions, procédures et tarifs des paiements électroniques, l’amélioration de la qualité et la disponibilité des services de paiement et de la distribution  des moyens de paiement.
  • Une Commission de développement des moyens des paiements aura pour rôle la mise en place d’un plan d’action visant l’extension du domaine des paiements électroniques. Son action aura pour objectif la diffusion et la généralisation des terminaux de paiement électronique (TPE) et autres points de paiements électroniques dans tous les points de vente de biens et services des organismes publics  et du secteur privé.
  • Une Commission de mise à niveau de la digitalisation des services financiers: elle œuvrera à étendre l’utilisation des services financiers mobiles (SFM) pour en faire un outil de paiement varié reposant sur une vaste affiliation d’opérateurs publics et privés. Elle se penchera, également, sur le sujet de l’interopérabilité qui doit être fonctionnelle sur les plans technologique  et  commercial.
  • Une Commission d’orientation sur le rôle de l’Etat dans la promotion d’une culture financière qui favorise le «decashing» par l’exigence du règlement de certains biens et services publics ou les paiements par l’Administration via les moyens électroniques.

Par ailleurs, une réflexion sera lancée prochainement sur la « crypto-monnaie » visant à mettre en place une stratégie nationale et arrêter les choix qui s’imposent vis-à-vis de ce moyen de paiement d’avenir.

 

Le meilleur des RS

Dans un récent statut sur sa page officielle, l’économiste Ezzeddine Saidane dit «Non, ce n’est pas vrai, il n’y a pas de reprise économique»....

INTERVIEW

Le président de la Conect (Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie), Tarek Cherif, a accordé à Africanmanager une interview exclusive dans laquelle il a...

AFRIQUE

Le bilan de l'attaque d'une mosquée vendredi à Bir al Abed, dans le nord du Sinaï en Egypte, atteint désormais 200 morts, selon un...

Reseaux Sociaux

SPORT