La Banque Centrale de Tunisie a tenu ce mercredi une conférence de presse suite à réunion du Conseil d’Administration de la BCT, le 30 décembre 2022, où il a été décidé, pour la troisième fois en 2022, d’en relever le taux directeur de 75 points de base à 8%.
Le Gouverneur de la banque des banques, Marouane El Abassi, en présence de directeurs généraux, a fourni des précisions sur la situation macroéconomique, évoquant une « année 2023 difficile avec une croissance limitée à 1,8% ».
Le ministre de l’Economie et de la Planification, Samir Saïed, avait prédit un taux d’inflation de 10,5% pour cette année. Selon El Abassi, nous irons au-delà, jusqu’à 11%. Il a lancé un appel pour que l’on s’attelle sans plus tarder aux réformes, à l’effet de corriger la trajectoire des indicateurs macroéconomiques, négatifs majoritairement.
Le taux d’inflation devrait donc atteindre 11%, en 2023, avant de baisser à 8,9% en 2024 et à 7% en 2025, contre 8,3% sur toute l’année 2022, selon ses propos.
El Abassi a défendu la hausse des taux d’intérêt, indiquant qu’il s’agit d’un mécanisme qui permet de maîtriser l’inflation à moyen et long terme. « Lorsque le taux d’inflation atteint des niveaux élevés, nous adoptons l’augmentation du taux d’intérêt comme un mécanisme qui permet le contrôle de l’inflation à moyen et long terme, et la Banque centrale a deux objectifs principaux: maintenir la stabilité des prix et la stabilité financière », a-t-il rappelé.
Pour évoluer, il faut consommer tunisien
El Abassi a indiqué que l’augmentation du taux directeur à 8% était nécessaire et dictée par la conjoncture économique et financière.
« Le taux d’investissement et celui de l’épargne sont à des niveaux faibles et cela rejaillit automatiquement sur le taux de croissance. On parle d’une stagflation… Une inflation en raison de l’impact persistant de la crise ukrainienne et des difficultés conjoncturelles et structurelles », a-t-il précisé.
Il a, par ailleurs, estimé que l’exportation des phosphates n’est pas concrètisée ou ne se fait pas correctement, pareillement pour celle du pétrole. «L’année 2023 ne sera pas meilleure, le service de la dette extérieure s’élèverait à 11.2 MD, contre 8.9 MD en 2022. (…) Pour évoluer, il faut résoudre les problèmes liés au phosphate et au port de Radès », a-t-il dit
« Une chose est sûre… pas d’investissements… pas de croissance », a-t-il affirmé.
Et pour évoluer, il faut consommer tunisien, investir en Tunisie et démocratiser le paiement digital. Nous avons un projet fintech au sein de la BCT et nous sommes en train d’avancer, et actuellement nous œuvrons pour la signature d’une convention avec le ministère des Finances pour digitaliser les vignettes. Nous travaillons principalement en partenariat avec la Banque Mondiale sur des projets de restructuration des PME» a-t-il poursuivi.
La nouvelle loi de change et la libéralisation du dinar
Le Gouverneur a, en outre, qualifié la politique monétaire adoptée par l’institut d’émission d’ « efficace », d’autant plus qu’elle a « réussi à garantir des avoirs nets en devises respectables et à contrôler le taux de change du dinar », dont la valeur s’est dépréciée face au dollar de 20% en 2017 et 2018.
Il a souligné que la nouvelle loi sur les changes ne conduirait inévitablement pas à l’ouverture de soldes en devises pour tous les Tunisiens.
Il est prévu que la nouvelle loi sur les changes sera appliquée dès cette année, avec comme objectif de contribuer à améliorer le climat des affaires pour stimuler l’initiative et conquérir les marchés étrangers, en fonction de l’équilibre économique pour l’année 2023.
Selon le document du projet d’équilibre économique de cette année, des efforts seront menés en particulier pour surmonter les obstacles rencontrés par les institutions et le secteur des entreprises en termes de transactions en devises, à travers la concrétisation des réformes pratiques.
Ces réformes comprendront notamment la révision des délais, la simplification des procédures d’ouverture de comptes en devises pour les investisseurs et l’accréditation des courtiers agréés résidents en tant que garants des banques étrangères et des succursales ouvertes à l’étranger, permettant ainsi la mise en œuvre du financement requis par les institutions traitant avec les marchés étrangers.
Les nouvelles procédures de change permettront la mainlevée des transferts d’argent retournés sous le titre d’abandon de commandes et de retour de marchandises dans le cas où les opérations d’exportation ne seraient pas terminées, et l’annulation du solde des transferts d’argent en raison d’une erreur ou d’une indisponibilité dans le compte bancaire ou d’un problème dans le processus de paiement électronique.
Des incitations seront également mises en place pour encourager les investisseurs à déposer leurs économies et leurs revenus auprès des banques tunisiennes, ainsi qu’à attirer le secteur informel par des voies de financement formelles. Le nouveau cadre de change comprendra des incitations pour les banques à attirer l’épargne et les transferts de devises à des conditions préférentielles uniformes.
Discussions avec le FMI : Phase de négociations
Le Gouverneur a indiqué qu’il souhaite la conclusion de l’accord entre le FMI et la Tunisie.
« Pourquoi n’est-on pas passé devant le FMI, Eh bien pour diverses raisons telles que la loi de finances ! », a-t-il révélé. « Il y a eu toujours une politique monétaire et c’est normal, c’est ce qu’on apprend en premier en économie, l’augmentation des taux ne seront pas observables tout de suite », a-t-il fait savoir. Et après le Covid, la guerre ukrainienne a produit un effet d’autant plus impactant pour la Tunisie, selon ses propos.
D’après les données de la BCT, le TMM est passé de 6.24%, en moyenne, en 2021 à 6.78% en 2022, en hausse de 54 points de base, alors que l’inflation a augmenté de 5.7% à 8.3% durant ladite période, soit une augmentation de 2.4 p.
Le taux d’intérêt réel s’est enfoncé en 2022 à un niveau historiquement bas, de -2% en moyenne (-2.5 en novembre 2022), soit le plus bas niveau enregistré depuis des décennies.








