Présidentielle : Deux populismes à l’épreuve du second tour !

Présidentielle : Deux populismes à l’épreuve du second tour !

par -

Le premier tour de l’élection présidentielle en Tunisie peine à livrer ses secrets et les vrais raisons qui ont fondé les votants à porter leur choix sur deux candidats, le professeur de Droit constitutionnel, Kais Saied, et le publiciste Nabil Karoui, que la presse internationale présente sous les traits de parfaits inconnus. Il est vrai qu’ils étaient embusqués quelque part, mais ils n’ont jamais fait mystère de leurs ambitions présidentielles, et sont, au demeurant, soupçonnés d’y travailler en tissant leurs toiles à la sourdine.

La surprise a été d’autant plus retentissante venant de deux politiciens irrévélés. Et à une enseigne telle que “Saied ni Karoui n’appartiennent pas à l’establishment, ni ne sont proches de l’armée ou même des syndicats ouvriers forts”, fait remarquer le quotidien britannique « The Independent ». Il n’en note pas moins qu’ils ont réussi à éliminer des politiciens poids lourds qui étaient liés soit à l’ancien régime, soit aux islamistes, y compris le chef du gouvernement sortant, deux de ses prédécesseurs, le ministre de la Défense et un ancien président de la République.

Saied est un « conservateur social qui a cherché à faire cause commune avec les jeunes tunisiens qui font pression pour le changement. Plus curieusement, les électeurs ont soutenu Karoui, un homme d’affaires controversé qui est enfermé dans une cellule de prison pour évasion fiscale et et blanchiment d’argent ». Les deux candidats ont prouvé que mener de grandes campagnes traditionnelles pour gagner des voix dans le monde arabe n’est plus d’actualité. Le message du peuple était fort et clair : ils veulent du changement.

Le nouveau “soulèvement politique” en Tunisie érode les espoirs de l’Ennahdha (le plus grand mouvement islamiste) et des fanatiques laïques post-révolutionnaires, tout en fixant de nouvelles règles pour le jeu politique.

Deux populismes antinomiques

Surtout, Saïed et Karoui représentent deux formes de populisme presque diamétralement opposées, estime, pour sa part, le think tank « Brooking Institution ». La vocation intellectuelle de Saïed et son programme de “pouvoir au peuple” attirent une foule plus jeune et plus instruite, en particulier les révolutionnaires désabusés. En effet, les sondages de Sigma Conseil suggèrent qu’il a obtenu de meilleurs résultats parmi les personnes ayant un diplôme d’études universitaires et les jeunes qui votent pour la première fois. Karoui, en revanche, obtient de bons résultats parmi les anciens électeurs de Nidaa Tounes ainsi que parmi les électeurs pauvres et ruraux, en particulier ceux qui ont bénéficié de son programme de charité. Selon les sondages, Karoui a gagné près de 41 % des électeurs n’ayant pas reçu d’éducation formelle, et 30 % des électeurs n’ayant reçu qu’une éducation primaire, ajoute le think tank.

Bien que les résultats des élections soient un bouleversement majeur pour l’establishment, ils fournissent également des leçons importantes pour l’avenir. L’établissement avait été considérablement divisé créant ainsi une occasion pour deux candidats qui ne s’en réclament pas d’arracher les deux places du second tour.

Mais la plus grande surprise de cette élection a peut-être été la mauvaise performance d’Ennahdha, le parti islamiste qui a joué un rôle dans chaque gouvernement élu depuis la révolution de 2011. Les observateurs spéculaient régulièrement que la machine électorale d’Ennahdha pouvait régulièrement générer de 20 à 30 % de l’électorat, mais son candidat, Abdelfattah Mourou, n’en a recueilli que 11 % dimanche. Si leur piètre performance se répète lors des élections législatives, et si leurs dirigeants décident que leurs nombreux consensus et compromis sur le rôle de la religion et sur les objectifs de la révolution sont à blâmer, cette défaite pourrait avoir des implications majeures sur la façon dont le parti se positionne pour l’avenir, prévoit The Independent.

Une nouvelle élite politique arabe !

L’élection présidentielle tunisienne s’inscrit dans un nouveau mouvement majeur qui secoue les régimes arabes stagnants. Les gens du Moyen-Orient semblent prêts à s’offrir une toute nouvelle élite politique. Il peut y avoir un manque d’expérience pour diriger l’État, mais les gens se concentrent sur de nouveaux visages et de nouveaux agendas, relève The Independent.

Les généraux complaisants et les islamistes ont été enfermés dans leur ballet mutuel pendant si longtemps que la deuxième vague du printemps arabe est passée presque inaperçue. Ils sont incapables de comprendre ou d’aborder les changements profonds mais silencieux qui commencent à définir les sociétés arabes.

En 2018, les indépendants ont dominé les élections municipales tunisiennes. Cela a ouvert la voie à un nouveau style de politique non partisane au pays. Aujourd’hui, on a deux politiciens relativement inconnus au second tour des élections présidentielles, et plus encore, il est probable qu’un groupe similaire de politiciens obtiendra de bons résultats lors des élections législatives prévues le mois prochain.

AUCUN COMMENTAIRE

Laisser un commentaire