AccueilLa UNESaied & Sissi, un binôme en voie d’articulation!

Saied & Sissi, un binôme en voie d’articulation!

Entre la Tunisie et l’Egypte, il règne depuis quelques mois un bel esprit de camaraderie ponctué de témoignages de soutien réciproque que ne se font pas faute d’échanger leurs présidents, Kais Saied et Abdelfattah al-Sissi, à la moindre occurrence, bonne ou mauvaise, politique ou autre. La dernière en date a été la formation du nouveau gouvernement tunisien, une occasion saisie par le Caire pour exprimer sa « confiance dans la capacité du nouveau gouvernement tunisien à faire face à tous les défis dans le cadre de la solidarité populaire sous la direction avisée du président tunisien Kais Saied », selon un communiqué du ministère égyptien des Affaires étrangères.

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Mais l’acte manifestement fondateur de cette affinité remonte au 25 juillet 2021, date à laquelle le président tunisien a proclamé l’état d’exception en vertu duquel a été limogé  le chef du gouvernement alors en place et suspendu le Parlement présidé jusque-là par le chef du mouvement islamisye Ennahdha, Rached Ghannouchi. Le président  égyptien a été le premier sinon parmi les premiers chefs d’Etat à s’en féliciter et à y apporter son soutien.

Revenant à la charge, le 6 octobre, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue tunisien , il a affirmé que «  ces mesures permettraient de créer un meilleur avenir pour le peuple tunisien ». « Elles apporteront la stabilité à la Tunisie », a-t-il  déclaré  ajoutant que son pays était prêt à apporter tout le soutien nécessaire à la Tunisie.

Le soutien d’al-Sissi au dirigeant tunisien, selon les observateurs, est jusqu’à présent politique et symbolique. « La Tunisie a besoin d’un soutien réel, les parties étrangères utilisant ses dettes accumulées comme une carte de pression », a déclaré à Al-Monitor Laila Hammami, une ancienne candidate à la présidence tunisienne.

Sissi était au cœur du soulèvement soutenu par l’armée contre le régime des Frères musulmans en Égypte à la mi-2013, un an seulement après l’arrivée au pouvoir de l’organisation islamiste, qui a des retombées dans presque tous les pays arabes.  « L’Égypte a un problème avec toutes les organisations extrémistes car elle les considère comme une menace pour sa sécurité nationale », a déclaré Mounir Adeeb, un éminent chercheur égyptien sur l’islamisme. « L’Égypte déploie son expertise dans la lutte contre ces organisations dans d’autres pays ».

Saied est-il « encadré » par Sissi ?

Saied s’est rendu en Égypte près de trois mois avant de prendre ses mesures contre le mouvement Ennahdha, ce qui amène certains à deviner qu’il est encadré par al-Sissi, note Al-Monitor qui évoque aussi une « apparente nversion des rôles dans le fait que la Tunisie copie l’expérience égyptienne anti-Frères musulmans ».

L’Égypte a été le premier pays à contracter la contagion du printemps arabe à partir de la Tunisie, suivie par la Libye voisine, puis la Syrie et le Yémen. Aujourd’hui, la Tunisie semble tirer une leçon de l’Égypte en matière de lutte contre l’islam politique.

D’une certaine manière, cela montre que les développements sur la scène politique tunisienne peuvent prendre une dimension régionale. Les puissances régionales favorables à l’islam politique réagissent avec colère – même de manière voilée – à ce qui se passe en Tunisie, et celles qui s’opposent à l’islam politique soutiennent Saied.

Pour l’Égypte, selon les analystes locaux cités par la même source, la Tunisie est une question de sécurité nationale. « Il existe de nombreuses similitudes entre les deux pays », a déclaré à Al-Monitor Said Sadek, professeur de sociologie politique à l’Université allemande du Caire. « Les conditions politiques en Tunisie peuvent compliquer la situation en Libye, notamment avec les tentatives attendues des Frères libyens de rester sur la scène le plus longtemps possible. »

L’affaiblissement politique des Frères musulmans en Tunisie peut se répercuter sur la branche active du même mouvement en Libye. Selon certains rapports, la confrérie tunisienne a offert un soutien solide à son homologue libyenne au cours des dernières années, notamment en lui fournissant du matériel.

La Libye est un casse-tête sécuritaire pour l’Égypte depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, qui a fait sombrer le pays d’Afrique du Nord dans le chaos, puis dans la guerre civile. Les autorités égyptiennes affirment que la frontière commune avec la Libye est devenue un point névralgique de la contrebande, notamment d’armes destinées aux terroristes de l’État islamique qui combattent l’armée égyptienne dans le Sinaï.

En juin 2020, Sissi a tracé une ligne rouge autour de la majeure partie de l’est de la Libye, menaçant d’intervenir militairement dans le pays si des milices soutenues par la Turquie y pénétraient.

Echange de bons procédés !

C’est apparemment la raison pour laquelle le président égyptien a soutenu les mesures prises par le président Saied le 25 juillet. Sissi a envoyé son ministre des affaires étrangères, Sameh Shoukry, à Tunis huit jours plus tard pour promettre un soutien total.

Au cours des mois qui ont suivi la visite de M. Saied au Caire, l’Égypte a tenté d’apporter son soutien à la Tunisie, notamment en lui envoyant une aide médicale pour lutter contre les infections croissantes au COVID-19.

La Tunisie, membre non permanent du Conseil de sécurité, a rendu la pareille en soutenant l’Égypte dans son conflit avec l’Éthiopie au sujet de son barrage sur le Nil, notamment en rédigeant une résolution en vue d’un accord juridiquement contraignant.

Néanmoins, la dernière promesse de soutien de Sissi à Saied suscite des spéculations sur ce qu’il peut offrir au président tunisien alors que son pays s’enfonce davantage dans ses crises politique et économique.

L’évolution de la situation en Tunisie suscite également l’inquiétude de la communauté internationale. « La Tunisie a grandement besoin du soutien égyptien, étant donné le poids régional de l’Égypte », estime-t-on. « L’Égypte peut utiliser ce poids pour aider la Tunisie à obtenir des prêts et un soutien financier d’autres pays. »

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