AccueilLa UNETunis : les vocations controversées de l’UGTT!

Tunis : les vocations controversées de l’UGTT!

« Travail, liberté, dignité nationale», tel est le slogan de la Révolution tunisienne, mais également le cri déclencheur de la révolution dans le monde arabe.

Que l’on se rappelle tous, grève générale qui a été décrétée par l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), à Sfax le 13 janvier 2014, était l’étincelle qui a fait aboutir cette révolution, et le moteur qui a mis en branle toutes les manifestations organisées par la suite dans tous les gouvernorats de la République, et surtout celle organisée devant le ministère de l’Intérieur à l’Avenue Habib Bourguiba, endroit devenu emblématique de la Révolution du jasmin.

L’UGTT est la première force syndicale du pays. Elle fédère de nombreuses tendances politiques et catégories sociales, comptant presque 800 mille adhérents, dont 380 mille dans le secteur public et se composant de vingt-quatre (24) unions régionales et dix-neuf (19) organisations sectorielles.

Ce concentré de contre-pouvoir a vu son rôle se développer au fil des jours. Dans des tournants historiques, l’UGTT se voit confier des missions politiques. Depuis les années 1970, elle devient le cadre d’activités qui débordent de syndicalisme pur et simple, dans la lutte que mènent les forces vives du pays pour la démocratie et le bien-être. La saga révolutionnaire de décembre 2010- janvier 2011, consacre ce rôle et lui donne plus d’ampleur et de consistance. Et au moment où le constat se fait, en 2013, que le processus de transition se grippe, c’est l’UGGT qui s’associe avec la Ligue Tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) , l’Ordre des avocats tunisiens et l’UTICA, pour rectifier la marche et proposer un gouvernement apolitique de compétences, en janvier 2014, afin de trouver des solutions aux problèmes socio-économiques et sécuritaires dans une période cruciale dans l’histoire du pays.

L’évolution du rôle de l’UGTT, précédemment évoquée, se traduit aussi par sa participation dans le rassemblement des différents acteurs politiques et personnalités indépendantes afin d’éviter aux mouvements populaires de sombrer dans le radicalisme qui ne tient pas compte de la réalité du pays.

Le fruit de cet interventionnisme syndical dans la vie publique a, certes, permis à la Tunisie d’éviter des déraillements et de dérapages qui se sont produits dans d’autres pays du printemps arabe, et qui auraient coûté cher au pays. Mais surtout il a mené à bon port des mouvements qui n’étaient pas évidents au départ. Le sit-in Erra7il, qui s’est opposé à l’hégémonie de la Troïka (Ennahdha – Takatol – CPR), et les luttes contre les dérives de pouvoir des gouvernements de Hamadi Jebali et Ali Laarayedh, etc.

Mais les bienfaits du syndicalisme tunisien et de l’activisme civil ont leur revers de la médaille, et sont actuellement contestés par la société tunisienne, qui commence à voir dans les syndicats un symbole d’une nouvelle hégémonie (taghaoul) qui prend littéralement le pays et l’institution économique en otage.

Trois grèves des enseignants des établissements secondaires ont été orchestrées par l’UGTT en seulement 4 mois, soit à peu près une grève par mois, au temps où le besoin se fait sentir d’une révolution culturelle et pour le renforcement des systèmes éducatif et académique.

Les accusations d’alimenter la déstabilisation du pays, ont pris de l’ampleur surtout, le 8 décembre 2014, à la suite de la grève générale qui a été décrétée par le corps des enseignants du secondaire, qui a provoqué, pour la première fois dans l’histoire de la Tunisie, le report de la semaine des examens (semaine bloquée) et créé une panique générale chez les parents et les élèves, qui ont réagi par des grèves contre leurs enseignants!

Toute cette contestation était organisée, à quelques semaines de la prise de fonction du nouveau gouvernement, malgré les signes de bonne volonté affichée par les nouveaux élus pour trouver des solutions. Et malgré la situation chaotique que vit le pays, le syndicat de l’enseignement secondaire observe de nouveau une grève de deux jours, les 17 et 18 février 2015, et menace de nouveaux mouvements de nouvelles protestations jusqu’à ce que le gouvernement cède à ses revendications.

Nul ne conteste le droit de grève, un droit constitutionnellement reconnu selon l’article 36 de la constitution de 2014, et consigné dans le code du travail.

Toutefois, ce droit a été soumis à des conditions de légalité, conformément aux articles 376 et suivants. Les dispositions mettent à la charge des employés et des employeurs une obligation de règlement des conflits collectifs par voie de négociation, et ce à plusieurs stades, et interdisent l’imposition de la grève à ceux qui refusent de la faire.

Ethiquement parlant, une grève ne doit pas affecter les intérêts communs des Tunisiens, spécialement des enfants comme c’est le cas de la grève, de ce mardi 17 février 2015, qui a privé les élèves de la faculté de se concentrer sur leurs études, quelques semaines avant les examens du deuxième semestre.

L’une des thèses les plus solides, explique ces « déraillements » du syndicalisme par le fait que les organisations syndicalistes se seraient consacrées, durant ces 2 dernières années, à l’activisme politique et auraient essayé de se positionner sur la scène politique, au détriment des demandes de sa base, des syndicalistes, et de ses instances de la centrale syndicale. Ce qui aurait poussé l’UGTT à observer ces mouvements pour garantir l’adhésion de sa base et exercer une pression sur les services publics en guise de démonstration de force.

Les organisations syndicales constituent, sans aucun doute, la garantie d’une équité socio-économique, un cheval de Troie aux yeux des travailleurs, une forteresse aux yeux des défenseurs des droits de l’Homme et des politiciens et un refuge pour les victimes de l’injustice des pouvoirs publics, mais elle doit également faire preuve de responsabilité, en privilégiant l’intérêt du citoyen et en consacrant la primauté de la loi.

L’UGTT, en tant que force d’équilibre dans le pays et forteresse des mouvements sociaux , sera-t-elle réellement capable de se débarrasser de ce populisme qui fait surface depuis 2011 et de présenter un véritable projet économique et social, digne de ce peuple qui a scandé le fameux slogan, devenu universel, « Travail, liberté, dignité nationale » ?

Issam Khemakhem

- Publicité-

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Réseaux Sociaux

108,654FansJ'aime
480,852SuiveursSuivre
5,135SuiveursSuivre
624AbonnésS'abonner
- Publicité -