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Tunisie : Le petit discours de Jbali et le cri d’alarme de Bouchammaoui

L’édition 2012 des «Journées de l’entreprise», ouverte, ce vendredi à Sousse, par le chef du Gouvernement, aura été, en partie, fidèle à sa réputation de grand meeting annuel des décideurs économiques tunisiens. Cela bien qu’elle ait semblé réunir cette année plus de «seconds couteaux» que de PDG et de chefs d’entreprise de premier ordre. Cette nouvelle édition a, cependant, détonné, par son sujet au cœur de cette nouvelle édition, presqu’en dehors du temps. La Tunisie vit, en effet, des circonstances particulières dues à l’après révolution, une relance économique difficile, une situation politique des plus incertaines et une situation sociale des plus tendues et des plus inquiétantes pour l’investissement.

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«L’entreprise et l’investissement» est en effet le thème de la 27ème édition des Journées de l’Entreprise, cela alors que l’investissement est toujours en panne et que toute la conjoncture qui le marque et le détermine, est loin d’être claire, parfois même pas dans les têtes des nouveaux dirigeants qui, non seulement évitent d’en parler et lorsqu’ils le font, c’est avec des bribes d’informations, toujours dans le vague, beaucoup d’analyse où l’état des lieux économiques l’emporte de loin sur les solutions et les réponses qu’attendaient les milieux d’affaires de la part des décideurs politiques de l’économie tunisienne.

Deux petits mots et puis s’en va !

Le premier à prendre la parole dans le premier panel, sera un expert de la Banque mondiale pour parler de l’état de la compétitivité de l’entreprise tunisienne. Il démontera devant un Ridha Saidi, (Conseiller économique du chef du Gouvernement) impassible, que l’entreprise tunisienne n’est plus compétitive, contrainte par des facteurs comme «l’instabilité politique, le manque de formation et de qualification, l’accès au financement, l’électricité, la corruption, la règlementation du commerce extérieur, le taux d’imposition fiscale, le transport et la législation du travail». «Pour une économie orientée vers l’export, il s’agit de lever les contraintes logistiques, notamment par la simplification des procédures, la mise au point de nouveaux instruments financiers et non financiers permettant une réduction des risques perçus par les institutions financières et l’appui non financiers aux entreprises et enfin l’employabilité de la main d’œuvre », proposera l’expert financier de la Banque Mondiale. Autant de contraintes que le gouvernement Jbali tarde ou se trouve incapable à lever pour des raisons sociales et politiques et autant de possibles réponses à la crise économique tunisienne qui semblent bien loin des préoccupations politiciennes du gouvernement tunisien de transition.

Ridha Saidi évoquera, comme pour expliquer ce qui semble être des évidences, la conjoncture spéciale, et donnera un petit aperçu, ponctué d’Inchallah, des chantiers de réformes de son gouvernement. Il finira, en quelque sorte, par rendre le tablier, en renvoyant l’assistance au discours de son patron, Hammadi Jbali.

Lors de son discours, volontairement non improvisé, lu en langue arabe et parfois émaillé de fautes de syntaxe, le chef du Gouvernement fera une excellente analyse de l’état des lieux économiques de la Tunisie sous son ministère. «Nous comptons sur votre compréhension de la conjoncture », dira le chef du Gouvernement qui oublie cette fois que le «Rasmel Jabene» comme il a l’habitude de le dire et qu’il ne saura donc composer avec cette situation, même s’il la comprend.

A l’exception de l’énoncé des grands principes sur lesquels travaillera son gouvernement, Jbali ne donnera cependant aucune solution ou une ébauche de solution pour ces problèmes. Un discours économique, trop court, presqu’insipide, qui a laissé toute l’assistance économique des journées de l’entreprise sur sa faim et où les seuls trois chiffres ont été ceux de 3,4 % de croissance pour les 9 premiers mois 2012, le 3,5 % attendu pour l’ensemble de l’année et le taux de chômage qui est revenu de 18,9 à 17,6 % cette année. « Je repars tout aussi perplexe sur les perspectives de la situation économique, que lorsque j’étais venu », nous confie un banquier qui préfère ainsi écourter sa visite à Sousse. Comme lui, Hammadi Jbali quittera, lui aussi, Sousse après ce petit discours.

Le cri dans le désert de Wided Bouchammaoui !

La seule voix de la raison, était quand même venue de la patronne de l’UTICA, Wided Bouchammaoui qui se rappellera certainement toujours, avec le sourire, de ce modérateur français qui la traitait de «Première Dame de Tunisie». Commentant la cascade de lapsus de cette première journée de l’IACE, un des présents dira que «On aura eu, ainsi, un nouveau chef de l’Etat et une nouvelle première Dame» !

Wided Bouchammaoui aura pourtant été la seule intervenante de la première matinée des journées de l’entreprise, qui aura mis dans le mille et aura ainsi remis le thème de la journée dans le vrai contexte, ce contexte où il s’agissait pour l’entreprise de résoudre, en priorité, des problématiques générées par la situation politique instable de la Tunisie. Pensant certainement à la profusion des sit-in, la présidente du patronat tunisien appellera ainsi à «inclure le droit du travail dans la Constitution, pour qu’on puisse le défendre devant les tribunaux ». Evoquant la montée des grèves et autres mouvements sociaux, Wided Bouchammaoui annonce, certes sans aucun détail, la signature, le 14 janvier prochain, d’un «Pacte social » entre l’UTICA et l’UGTT. Elle demandera aussi, même sans trop y croire à voir le sourire jaune qu’elle arborait en lançant sa demande, d’endiguer le commerce parallèle. Pensant enfin à tous ces politiciens qui ignorent royalement l’économie, Bouchammaoui demande «la déclaration de l’état d’urgence économique» et la création d’un «haut Comité de l’économie». Aucun commentaire de la part du Conseiller économique du chef du Gouvernement, présent qui a entendu ces demandes. Aucune réplique de la part de Hammadi Jbali qui a certainement été briefé par son Conseiller, avant de prononcer son petit discours !

Khaled Boumiza.

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