Tunisie : Vendons Tunisair !

Tunisie : Vendons Tunisair !

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Il y a quelques jours, la compagnie nationale Tunisair touchait le fond, et risquait même de fermer l’aéroport pour un long moment, des suites d’une dispute entre pilote et technicien. Ils en étaient même venus aux mains, pour une histoire d’uniforme et plus précisément pour une histoire de galons sur les manchettes de l’uniforme. Un honteux pugilat, devant lequel même le commissaire de l’aéroport ne voulait pas intervenir.
Depuis, les deux employés ont été convoqués par la justice et la compagnie aurait pris la décision de porter plainte contre tout employé qui entreprendrait une action qui empêcherait ses avions de s’envoler dans des conditions normales de sécurité.

Cet incident, une première dans les annales aériennes internationales et tunisiennes, n’en reste pas moins le dernier des signes d’une complète détérioration du climat social dans une entreprise déjà dans d’inextricables difficultés financières et où le ratio de main d’œuvre, à 265,5 employés par avion, crève le plafond et où le ratio masse salariale sur chiffre d’affaire, quoiqu’à 19 %, représentant le 3ème poste de charge, reste la seule marge de manœuvre.

Ce grave incident intervient en plus alors que pointent les premiers signes d’une reprise touristique, qui devrait être la manne pour Tunisair. Mais voici que «les professionnels du secteur estiment que les tensions sociales dans la compagnie aérienne nationale pourraient être un obstacle qui empêche d’atteindre l’objectif de cette année d’attirer six millions de touristes». C’est ce que rapportait ce mardi 14 mars 2017 le site «Arabisklondon», sur la base de déclarations de Mohamed Ali Toumi. Selon la même source, le directeur de la Fédération tunisienne des agences de voyages ne cache pas son inquiétude quant à l’effet de la perturbation répétée de Tunisair sur la saison touristique de cette année. Al-Toumi pense que «les efforts déployés par les professionnels et les millions dépensés par le gouvernement dans des campagnes publicitaires pourraient être gaspillés avec de nouveaux arrêts des vols en raison de différends entre pilotes et techniciens». Le danger, imminent, est donc là.

⦁ Un Etat rétif au financement et qui prend intérêts en cas de garantie !

Pour nombre d’observateurs, ce n’est pas demain la veille que cette atmosphère se stabilisera. Ces observateurs avancent en guise d’explication tout le climat social du pays où, pour un oui ou pour un non, les grèves font légion (comme pour celle du secteur de l’éducation pour demander, non plus une nouvelle augmentation salariale, mais le départ d’un ministre, dans un pays où l’UGTT devient plus forte que le GUN – Gouvernement d’Union Nationale). D’ailleurs, les grèves ne se comptent plus chez Tunisair Technics. Personne, en Tunisie, ne peut arrêter une grève, aussi dangereuse soit-elle pour l’économie du pays, et les syndicalistes sont intouchables et solidaires. L’avenir proche en donnera les preuves chez Tunisair.
Cela, à côté d’un Etat, actionnaire majoritaire avec 64,86 % du capital de la compagnie, mais qui reste rétif à mettre la main dans la poche pour sauver son bien de la faillite. Pour le Benchmark, la compagnie marocaine RAM est à 53,94 % propriété de l’Etat et à 44,10 % entre les mains du «Fonds Hassan II». Sauf que l’Etat marocain n’a jamais manqué de mettre la main à la poche pour soutenir sa compagnie et le dernier plan de redressement de la RAM en est témoin. Ce n’est pas le cas de l’Etat tunisien. Précisons ici que Tunisair, qui est un des plus gros employeurs (7700 selon les derniers chiffres), n’émarge pas sur le budget de l’Etat, puisqu’elle a ses ressources propres qui font son propre budget. Et même lorsque l’Etat donne sa garantie à Tunisair pour aller s’endetter, le ministère tunisien des Finances est rémunéré pour cette garantie.

⦁ Et pourquoi ne pas privatiser !

Tout cela fait dire à beaucoup d’observateurs que l’une des solutions pour remettre de l’ordre dans les affaires de Tunisair pourrait être de la vendre ou, plus politiquement correct, d’en changer la gouvernance. Pour beaucoup en effet, Tunisair entre les mains d’un privé ne serait pas arrivée à ce point de difficultés financières et de déliquescence sociale. Ils n’ont pas complètement tort, bien que l’incapacité de l’Etat à faire prévaloir l’intérêt économique du pays sur la raison syndicale soit aussi valable pour le secteur privé dans la conjoncture actuelle. Véritable vache à lait sociale, pour les syndicats comme pour les députés qui demandent des prix spéciaux, Tunisair sera difficilement vendable.

Beaucoup pensent tout de même qu’un changement de gouvernance ou, pour utiliser le mot qui fait peur, une privatisation partielle devrait être possible. L’Etat tunisien pourrait au début vendre en bourse les 7,8 % des deux caisses sociales, elles-mêmes (CNSS et CNRPS) en grande difficulté financière. Dans un second temps, l’Etat pourrait se suffire de la minorité de blocage, qui lui permettrait de garder la main sur Tunisair sans le poids de la pression sociale, et céder le reste à un partenaire stratégique à qui pourrait être confiée la gestion.
L’Etat tunisien aura alors auparavant à débourser l’équivalent de 250 à 300 MDT pour un plan de restructuration, mais fera certainement l’économie de toute une entreprise dont la capitalisation boursière a chuté de 149,7 MDT en 2012 à 64,78 MDT l’année dernière, et ce n’est pas près de s’arrêter.

Tunisair entre de meilleures mains, l’Etat pourrait s’occuper des autres filiales, tout aussi déglinguées et qu’il faudra redresser et pourquoi pas privatiser ensuite. Ferait aussi l’économie des pertes du secteur touristique qui souffre déjà de l’incapacité de Tunisair à suivre les besoins de l’économie, ainsi que l’économie de plusieurs Millions DT qu’il serait amené injecter dans une entreprise qu’elle ne contrôle plus, socialement parlant. Une perte de contrôle qui pourrait amener Tunisair au Crash, lequel l’attend au tournant de l’Open Sky, même s’il ne concernera pas, pendant les 2 ou 3 premières années, l’aéroport de Tunis Carthage. Plus solides, les prochains concurrents la pousseront à jeter l’éponge par les baisses de prix qu’ils feront et que Tunisair ne pourra pas tenir par ses 7700 employés, ses filiales qui font grève et ses agents qui se battent à bord ! Il devrait, pour échapper à ça, écouter les voix de la raison.

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