Dans une interview accordée à Africanmanager, Belgacem Sabri secrétaire d’Etat chargé des Affaires de la migration et de l’intégration sociale a déclaré que « la nouvelle stratégie nationale migratoire, élaborée à la lumière des attentes des expatriés vise à défendre leurs droits tout en les associant activement aux transitions politiques et économiques du pays. Il a d’autre part indiqué que les efforts se poursuivent afin de réviser les accords conclus avec les pays européens en ce qui concerne l’assouplissement des procédures relatives à l’octroi de visas. Interview :
Quelles sont les recommandations adoptées lors du premier forum économique des Tunisiens à l’étranger, organisé le 20 août ?
Les recommandations tablent autour d’une série de mesures, à commencer par les mesures incitatives pour encourager la diaspora tunisienne à s’inscrire dans la dynamique du Plan quinquennal 2016/2020.
Il s’agit essentiellement d’informer cette communauté sur la possibilité d’investissement au niveau local, régional et national tout en mettant en relief les autres mesures que le gouvernement est en train de mettre en place afin de faciliter l’investissement. Ces mesures seront complétées par le code d’investissement, qui est actuellement à l’étude à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).
On s’emploie aussi à informer nos ressortissants sur les contacts qu’on est en train de mener avec les banques et les autres organismes d’appui pour faciliter l’accès aux crédits bancaires.
D’autres propositions ont été avancées au sujet du secteur bancaire. D’ailleurs, l’accent a été mis lors de la tenue de ce forum économique sur l’importance de créer la Banque de la Poste comme c’est le cas au Maroc. C’est important surtout que la poste est connue par sa pénétration régionale d’autant plus cette proposition permettrait à cette dernière d’avoir son système bancaire.
Parlons un peu de la stratégie élaborée par votre département. Quelles en sont ses grandes lignes ?
La stratégie nationale migratoire tourne autour de 5 objectifs prioritaires.
Le premier objectif vise le renforcement de la gouvernance en matière de gestion des migrations dans le but d’améliorer les institutions qui les accompagnent. A ce titre, l’intérêt s’est focalisé sur la mise en place d’un dispositif de coordination des divers ministères et organes concernés par les migrations (MAS, MAE, MI, Douane, ATCT et ministère de l’Emploi) et sur le renforcement de la culture de la concertation avec les représentants de la diaspora et les associations de la société civile tout en développant les connaissances relatives aux migrations.
Ceci passera par le renforcement de l’Observatoire National de la Migration, et ce, pour générer une base de données précise et scientifiquement établie de l’état des lieux des migrations. Ajoutons à cela le développement d’une plateforme nationale sur les études et les recherches relatives aux migrations et sur les bases de données.
Le deuxième objectif a trait à la protection des droits et des intérêts des migrants tunisiens tout en renforçant les liens avec la mère-patrie. C’est la raison pour laquelle la formation des attachés sociaux sera renforcée pour être mieux adaptée aux divers contextes socioculturels des pays d’accueil et des espaces culturels. S’y ajoute l’amélioration des services rendus aux TRE.
Le troisième objectif touche le renforcement de la contribution de la migration au développement socio-économique au plan local, régional et national. D’ailleurs, un intérêt sera porté aux programmes d’insertion des migrants dans le tissu économique national et à l’apport de la migration au développement socio-économique.
Des initiatives de coopération décentralisée pourraient être promues avec les représentants élus des régions qui accueillent les migrants tunisiens, et ce, dans le dessein de soutenir les efforts de développement économique.
Le quatrième objectif est celui de la promotion de la migration légale des Tunisiens tout en prévenant la migration illégale. Il s’agit de fournir aux migrants potentiels les informations nécessaires sur le marché du travail du pays de destination afin de leur assurer une meilleure insertion dans l’environnement du travail. La prospection des possibilités de travail à l’étranger sera soutenue par une dynamisation des intermédiaires de l’emploi publics et privés aussi bien en Tunisie que dans les pays d’accueil.
Le dernier objectif sera bien évidement la protection des droits des migrants étrangers et des demandeurs d’asile. En effet, la migration interne est un nouveau phénomène qui continue de prendre de l’ampleur. Plusieurs migrants libyens, syriens et d’autres palestiniens veulent s’installer en Tunisie. Toutefois, ces derniers se sont trouvés handicapés par l’absence de textes législatifs reconnaissant aux migrants le droit de résidence, du travail et d’asile politique. C’est pourquoi des efforts sont déployés pour développer un support législatif consacrant les droits des migrants en permettant leur insertion dans le tissu économique et social.
Quel est le nombre exact des étrangers ayant demandé l’asile en Tunisie ?
Sincèrement, on n’a pas des chiffres bien déterminés.On a demandé au ministère de l’Intérieur de nous fournir le bilan détaillé de non Tunisiens installés en Tunisie, mais malheureusement, on a reçu le nombre d’entrées et des sorties et non pas celui du stock. C’est pourquoi la détermination du nombre des non Tunisiens demeure l’un des objectifs de la stratégie mise en place dans le cadre de l’observatoire national de la migration
Quelle serait la date de l’achèvement de la stratégie nationale migratoire ?
C’est stratégie est prête au niveau de notre secrétariat d’État. Elle a déjà été envoyée à tous les partenaires pour la discuter dans le cadre de la première réunion de l’Observatoire et des ministères concernés. Elle a été aussi envoyée aux partenaires internationaux et à l’association internationale chargée de la question migratoire. Nous attendons leurs recommandations.
Donc, cette stratégie est finalisée et elle passera bientôt en Conseil des ministres pour validation. D’ailleurs, on a commencé à opérationnaliser cette stratégie qui sera déclinée en un plan d’action pour les 6 prochaines années, et ce, à travers la transformation des objectifs stratégiques en objectifs intermédiaires.
Qu’en est-il de la simplification des procédures relatives à l’octroi de visa pour certains pays européens ?
Notre objectif pour l’étape actuelle est de revoir tous les accords qui parlent entre autres de l’assouplissement des procédures de l’octroi des visas. A ce propos, on a essayé de contacter plusieurs ambassades étrangères en Tunisie et nous attendons mieux au niveau de cette question.
C’est important surtout que la majorité des accords signés auparavant ne sont pas à la hauteur de nos attentes, car une grande majorité des Tunisiens désirant obtenir un visa se heurte encore à plusieurs problèmes. C’est le cas notamment des étudiants et des personnes voulant rejoindre leurs familles à l’étranger..
Je pense que ce dossier n’est pas en train d’avancer au rythme souhaité. Et c’est la raison pour laquelle on essaye en coordination avec le ministère des Affaires étrangères de défendre leurs intérêts dans le sens d’un assouplissement beaucoup plus important.
Avez-vous constaté une réaction positive de la part de certains responsables européens à l’instar des Français ?
On est en train de mener une série de contacts réguliers avec la plupart des ambassadeurs européens. D’ailleurs, on vient de recevoir le commissaire européen d’immigration et on a saisi cette occasion pour passer notre message. En effet, nous souhaitons un effort de plus visant la facilitation des procédures, mais aussi la préservation des droits et ds intérêts des Tunisiens, notamment ceux voulant rejoindre les pays européens.








