Plus de 137 mille entreprises économiques ont fermé leurs portes depuis 2020 jusqu’à nos jours et 500 mille autres sont au bord de la faillite, à cause de la situation économique difficile que connait la Tunisie, a déclaré le président de l’Organisation nationale des entrepreneurs, Yassine Gouia, à African Manager.
Il a ajouté que le chiffre d’affaires des entreprises principalement les PME a reculé de 70%, tandis que 30% d’entre elles ne sont plus en mesure de payer les salaires de leurs employés et travailleurs.
« Ces chiffres, comme on le voit, sont alarmants et de nature à susciter l’inquiétude et à lancer un cri d’alarme pour intervenir au plus vite et sauver ces entreprises du naufrage, a-t-il souligné.
Il a noté que la conjoncture économique mondiale et les prévisions des institutions financières internationales concernant le ralentissement de la croissance économique à l’échelle mondiale suite à la guerre entre la Russie et l’Ukraine et ses répercussions sur la hausse des prix des carburants auront de graves retombées sur l’activité économique en Tunisie. D’autant que le pays peine encore à surmonter les effets de la pandémie de Covid-19.
La Tunisie est confrontée également à la menace d’une inflation galopante dont le taux a dépassé 9% en septembre, a poursuivi Yassine Gouia qui a indiqué que le pays entre, ainsi, dans un état de stagnation inflationniste caractérisé par la flambée des prix, un faible rendement économique, une augmentation du chômage et des majorations salariales non productives. Les entreprises économiques se voient ainsi contraintes d’augmenter les prix à la production de manière a garder les postes d’emplois et réaliser des marges bénéficiaires à même d’assurer leur pérennité.
Le président de l’Organisation nationale des entrepreneurs a estimé que le contexte actuel confirme que les entreprises opérant dans les divers secteurs et domaines sont au bord « d’une crise étouffante et d’un effondrement total » face à l’ascension croissante des cours des matières premières, et des pénuries de certaines de ces matières, outre la régression du pouvoir d’achat du citoyen.
Il a appelé l’Etat à intervenir pour améliorer les circuits de distribution, assurer les produits de base et contrôler les lignes de production, tout en soutenant fortement l’exportation afin de renforcer les avoirs en devises.
Il a appelé également la Banque centrale de Tunisie à intervenir auprès des autres établissements bancaires afin de refinancer les entreprises et les aider à sortir de la crise.
« Lobby bancaire »
« En Tunisie, nous faisons face à un lobby bancaire qui ne sert pas les intérêts des entreprises ni ne remplit aucun rôle pour les protéger de l’effondrement », a dit Yassine Gouia, jugeant que « les banques ne répondent pas aux exigences de l’étape de peur des risques qu’elles pourraient encourir si l’entreprise ne réussit pas à sortir de la crise ».
Les banques, a-t-il dit, ont choisi d’adhérer au financement des besoins de l’Etat et ont mis tout leur argent sous forme de prêts pour son compte, ce qui leur a permis de se développer et de réaliser d’importants profits.
Elles ont ainsi opté pour la politique du gain facile, a-t-il ajouté alors qu’elles proposent aux entreprises des crédits à des taux d’intérêts exorbitants, a, encore, affirmé le président de l’Organisation nationale des entrepreneurs.
Les chèques sans provisions
D’après lui, les entreprises économiques ont été, également, obérées par le problème des chèques sans provisions et les redevances élevées sur l’usage des chèques.
Il s’est déclaré opposé aux peines privatives de liberté infligées aux entrepreneurs pour de tels faits, estimant qu’il eut été plus indiqué de trouver une autre alternative et de permettre au chef d’entreprise de poursuivre son activité et s’acquitter de ses dettes.
Yassine Gouia pense que les banques sont « complices » et sont responsables de l’augmentation de ce types d’affaires judiciaires puisqu’elles fournissent des carnets de chèques sans protéger ni accompagner les jeunes entrepreneurs contre les risques.
Selon les chiffres de la BCT, les banques ont refusé, au cours d’un seul mois, 350 mille chèques sans provisions.
Gouia a admis qu’il y a une hâte dans le recours aux chèques sans penser aux conséquences, comparant les chèques à une bombe à retardement dont la responsabilité est partagée.
Dans ce même ordre d’idées, il a révélé que le nombre des affaires judiciaires relatives aux chèques sans provisions déférées devant les tribunaux atteint deux millions tandis qu’elles totalisent le tiers des personnes en prison.
Il a plaidé pour la suppression de la peine privative de liberté dans les affaires de chèques sans provisions, réclamant des banques la fixation de critères pour l’octroi de carnets de chèques ou la transformation de cette procédure par l’octroi de prêts appropriés à titre de financement.
Yassine Gouia a déploré que les établissements bancaires appliquent le principe du profit même dans les chèques sans provisions, à travers les redevances perçus sur l’opération de communication d’avis à ce sujet. Les gains collectés par les banques par ces opérations ont atteint 35 millions dinars.
Le nombre des personnes recherchées dans le cadre des affaires de chèques sans provisions s’élève à 450 mille personnes et jusqu’à fin septembre, 12 mille chefs d’entreprises ont fui le pays par craintes de poursuites judiciaires.
S.B.H








