Composite de fondation, le parti Nidaâ Tounès n’a pas pu résister à la tentation de sécession qui est en train de le frapper de plein fouet. Sa mosaïque de courants politiques au départ grégaires : Destouriens, gauchistes, syndicalistes pour l’essentiel, a vite fait, à l’exercice de la pratique politique, de se refonder en clans par endroits irréconciliables, mais tous habités par une tyrannique pulsion de s’emparer des centres de décision au sein du parti.
L’élection de Béji Caïd Essebsi à la magistrature suprême du pays a fait le reste en aiguisant les appétits et en conférant des marges plus libres à la faveur desquelles les uns et les autres pensent pouvoir arriver à leurs fins. D’autant plus que le chef de l’Etat, de par son statut de président de tous les Tunisiens et d’arbitre suprême, s’est, dès l’abord, placé à égale distance de tous les partis politiques du pays et a fortiori des tendances qui s’expriment au sein du sien propre. Et il vient de le réaffirmer à une délégation du « groupe des 32 » qu’il a reçue, mercredi, au palais de Carthage, tout en disant son vif souci que les militants de Nidaâ Tounès soient attachés à l’intérêt supérieur du pays et retiennent le dialogue comme meilleur mode de résolution des crises.
Pourrait-on demander autre chose à un président de la République qui se veut au-dessus de la mêlée et qui tient à le rester, même si le parti dont il est le fondateur s’enlise, et de plus en plus, dans la pire crise qu’il ait eu à affronter. La charge qu’il occupe le lui commande mais ne lui interdit guère de professer des fois intimant aux antagonistes d’œuvrer à se reconnaître dans les valeurs républicaines, de privilégier la concertation, de faire en sorte que leurs dissensions n’aient pas d’incidence sur l’ordonnance générale politique du pays et surtout de ne pas perdre de vue l’intérêt suprême de la Nation.
Renvoyés ainsi dos à dos, les clans en bisbille au sein de Nidaâ Tounès devront sonder d’autres biais, sauf celui de continuer à s’étriper alors qu’ils appartiennent au premier parti du pays, ce qui leur dicte des responsabilités toutes particulières et décisives. C’est cette vérité qui semble animer certains « sages » de Nidaâ Tounès dont il est dit qu’ils sont en train, d’abord, de calmer le jeu, pour devoir ensuite amener les « belligérants » à composition. Des informations commencent à circuler à cet égard selon lesquelles les dissidents du « groupe des 32 » envisageraient de renoncer à leur démission du groupe parlementaire, laquelle deviendra effective dès la fin de cette semaine.
La voie de la négociation est en train d’être déblayée avec l’Instance constitutive du parti dans le but de résoudre le problème qui se pose entre les deux factions, a ainsi assuré l’un des dissidents, Mohamed Troudi alors que sa collègue, Bochra Ben Hmida a indiqué que le groupe annoncera bientôt ses décisions en fonction des résultats des pourparlers entre les deux parties.
Sur ces entrefaites, un des caciques de Nidaâ Tounès, Faouzi Elloumi, a proposé l’organisation d’élections internes, permettant aux adhérents du parti d’exprimer leurs opinions librement, et ceci, pense-t-il, ne peut être que bénéfique au parti en y instaurer une démocratie durable. Selon lui, l’organisation d’élections internes pourrait être la meilleure solution aux problèmes de Nidaâ Tounès.
Le secrétaire général de Nidaâ tounès, Mohsen Marzouk, lui, se propose de lancer une « initiative de la dernière chance » pour la réunification du parti, avertissant que « si son initiative échouait, toutes les options seraient sur la table pour lui-même et pour tous les dirigeants qui en sont les initiateurs ».
Aux termes de cette initiative, le bureau exécutif est la seule instance habilitée à prendre les décisions, tous ceux dont il aura été établi qu’ils ont pris part aux actes de violence à Hammamet et à l’attaque contre le bureau exécutif devront être exclus immédiatement du parti, et enfin une commission neutre sera mise en place pour la préparation du congrès qui devra être électif. Si cette initiative atteignait ses objectifs, les députés seraient appelés à retirer leur démission, a assuré Mohsen Marzouk.
Nidaâ Tounès aura-t-il la ressource d’éviter l’explosion dont les ingrédients n’ont de cesse de s’agglomérer depuis des semaines ? C’est à l’aune de la réponse qui sera apportée à cette interrogation que sera tracé le devenir de ce parti créé ex nihilo par son fondateur pour le porter au pinacle des nouvelles institutions du pays. Pour s’y maintenir et tenir son rang de parti prépondérant, ses dirigeants devraient cesser de s’inventer rituellement de perpétuels ennemis, pour, au contraire, s’inventer de perpétuels et constructifs compromis. N’est-ce pas là justement l’arme ultime des formations politiques hétéroclites contre les démons de la discorde ?








