Tunisie-Attentat d’Ain Soltane : Les Tunisiens restent sur leur faim !

Tunisie-Attentat d’Ain Soltane : Les Tunisiens restent sur leur faim !

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Convoqué dans l’urgence pour une réunion extraordinaire, le Conseil national de sécurité a siégé ce mardi pour débattre des circonstances qui ont entouré l’attentat terroriste d’Ain Soltane qui a fait 6 martyrs et 3 blessés parmi les forces de la Garde nationale. Le président de la République, Béji Caïd Essebsi, avait promis hier en se rendant au chevet des blessés, qu’il éclairera la lanterne du peuple tunisien sur ce qui s’est passé, n’étant pas , selon ses dires, cachottier mais fermement acquis à la transparence et peu porté à « dire n’importe quoi ».

Suspendus à ce qui allait sortir de cette réunion annoncée au son de trompe, les Tunisiens ont eu droit à un communiqué aux accents sibyllins faisant état de discussions sur « les mesures et précautions à prendre pour se prémunir davantage contre tout ce qui pourrait porter atteinte à l’invulnérabilité du pays » en insistant sur les moyens de « renforcer les capacités logistiques et opérationnelles des forces de sécurité et de l’armée et d’améliorer davantage les conditions de travail des corps armés tout en garantissant la prise en charge totale de leurs familles ».

Une communication partie en sucette !

La communication sur cette réunion serait-elle partie en sucette ? On a bien des raisons de le penser. D’autant plus que l’opinion était tenue en haleine dès qu’elle a appris la nouvelle de l’embuscade, à l’affût de la moindre information sur ce qui s’est effectivement produit, sur le déroulé des faits, leur configuration logistique et opérationnelle et la gestion sécuritaire de l’accrochage. D’autant plus encore qu’il n’a été fait état d’aucune décision ni mesure qui aurait instruit les Tunisiens de la réalité des choses et de ce qui va être entrepris pour en éviter la répétition.

On comprendrait fort bien que rien ne doive être dit ou dévoilé s’agissant de développements et éléments ayant trait à la sécurité nationale et qu’il faille attendre la conclusion des investigations en cours, mais la gravité de l’attentat terroriste et ses implications commandent que l’Etat rassure concrètement les citoyens moins par des professions de foi et des cris de vengeance et d’affirmations solennelles que la situation est sous contrôle que par des décisions qui rassérènent et convainquent. Le rôle de l’Etat n’est-il pas d’expliquer à ses citoyens, certes dans les limites des impératifs dictés par la sécurité, ce qu’ils ont besoin de savoir, au moins pour mesurer l’étendue de ce qu’ils sont en train de vivre et ce qui les attend. Dès lors, il ne serait pas totalement impertinent qu’ils se           ruent vers d’autres sources d’informations, essentiellement les réseaux sociaux avec tous les risques qu’ils induisent, notamment une désinformation charriant des nouvelles distordues, incomplètes ou carrément fausses.

Les experts mondiaux rassurent

Ce qui est tangible et frappant, c’est que l’embuscade d’Ain Soltane vient mettre fin à une relative accalmie qui s’est poursuivie plus de deux années durant. Malgré les craintes d’un retour à une période plus violente, l’analyste Aaron Zelin du Washington Institute, situant l’attaque dans son contexte, n’y voit pas la première salve d’une offensive plus vaste, statistiquement au moins, affirmant que le groupe terroriste qui a revendiqué l’attentat est sur le déclin. «Il y a eu trois attaques l’an dernier, cinq l’année d’avant et six en 2015. Il est vraiment un peu trop tôt pour commencer à y voir beaucoup plus que des pertes en vies humaines, immédiates et tragiques », a-t-il dit au site « The National ».

Un autre expert de stature internationale, le chercheur Matt Herbert, auteur du rapport «L’Insurrection dans les régions frontalières de l’ouest de la Tunisie », fait remarquer dans un entretien accordé au quotidien « Le Monde » que « il n’y a pas eu d’attaques spectaculaires dans les grandes villes depuis mars 2016, mais il y a toujours des violences ponctuelles dans les régions de l’ouest du pays ».

Il a ajouté que «cette zone frontalière [celle de Ghardimaou], comme le reste du pays, a vu le système sécuritaire être profondément bouleversé par la révolution de 2011. Avec la chute de l’ancien régime, les forces de sécurité ont temporairement perdu leur capacité de surveillance et de contrôle de ce qui se passait dans cette zone sensible du nord-ouest. Elles l’ont aujourd’hui en grande partie retrouvée. AQMI a profité de ce moment de flottement. Par ailleurs, c’est un territoire montagneux, très difficile à contrôler pour le gouvernement, et qui offre à l’inverse à des groupes armés d’importantes possibilités pour se cacher ».

« On ne peut pas parler d’échec »

Matt Herbert ne pense pas que l’attaque de dimanche signifie que la réponse des autorités tunisiennes à ces menaces est un échec », affirmant que « le gouvernement tunisien a fait d’importants progrès dans sa lutte contre le terrorisme. Les forces de l’ordre bénéficient de meilleurs équipements, formations et soutiens. La stratégie globale bénéficie surtout d’une plus grande coordination entre l’armée, la garde nationale et la police ».

En guise de solution, Matt Herbert estime que «le gouvernement regarde la région dans sa globalité : pas seulement en termes de contre-terrorisme, mais qu’il prenne aussi en compte les questions de développement».

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