AccueilLa UNETunisie : la classe politique, un fiasco magistral !

Tunisie : la classe politique, un fiasco magistral !

Il est déprimant de voir l’establishment politique en Tunisie, singulièrement les partis, pulvériser une à une et systématiquement les incalculables chances de faire du pays ce qu’il est censé devenir six années pleines et entières après une révolution subite, certes, mais massivement célébrée comme un tournant copernicien chargé d’aspirations, d’attentes et d’espoirs. Aux aurores de cet An 7 de la Révolution, le peuple réalise que rien de tel n’a été réalisé. Au contraire, il n’en a récolté que désillusion, mécomptes, désespoir, davantage de chômage, et plus encore de pauvreté et d’inégalités.

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Il est vrai qu’il s’y greffe une bonne dose de liberté, mais une liberté mal comprise et mal exercée au point de devenir un sauf-conduit pour bien des dérives et parfois d’outrageuses atteintes à l’autorité de l’Etat, par moments, incapable de pourvoir à ses missions, avec des gouvernements qui battent des records d’éphémérité, autant sinon plus que ceux de la 4ème République en France, sans léguer à leurs successeurs un héritage sur les lequel ils pouvaient capitaliser. Un fiasco magistral dont est tenue est coupable en premier et dernier ressort une classe politique qui incarne tout ou quasiment ce qu’il ne faut pas faire en matière de chose publique. Corollaire de cette déconfiture, les Tunisiens, surtout les jeunes d’entre eux, se désintéressent royalement et comme jamais de la politique.

Le dernier sondage Sigma livre à cet égard des conclusions effarantes : ceux qui ne se rendront pas aux urnes pour les élections législatives et présidentielles constituent 19% du collège électoral, et 22,3% pour les Municipales. Pis encore, ceux qui ne savent pas encore s’ils vont voter et si oui pour qui, sont encore infiniment plus nombreux : 67,7% pour les Présidentielles et les Législatives et 77,3% pour les Municipales. Des chiffres qui témoignent d’une tendance qui n’est pas si nouvelle que cela : Les Tunisiens tournent le dos à une certaine manière de faire de la politique et ont la conviction qu’aujourd’hui, il ne se passe rien, qu’il n’y a rien d’intéressant et d’utile à attendre des partis politiques comme des institutions de l’Etat. D’autant que l’offre politique peine à se réorganiser, se cantonnant dans des foires d’empoigne où chacun défend ses intérêts et guère ceux du pays, se révélant dans une coupure entre la politique et les citoyens.

Un entre-soi en vase clos

En fait, le monde politique s’est regroupé dans une forme d’entre-soi en vase clos, coupé de la société, aggravé par une absence de renouvellement des hommes, une perte de confiance généralisée dans les organisations partisanes et une marginalisation progressive de l’engagement politique sain, net et sans bavure. C’est que les partis, de tout bord qu’ils soient, ne jouent pas leur rôle de production d’idées, de valeurs, de programmes, cultivant, en revanche, une mauvaise image, un déficit de crédibilité, un manque d’idéologie définie, une absence d’éthique, trahison et transhumance. Et puis et surtout, les idées sont reléguées au second plan, pour autant qu’elles existent.

Une commedia dell’arte

Paradoxalement, c’est ailleurs que dans les sphères naturelles de l’exercice du pouvoir, prioritairement les plateaux de télévision et les stations radio dûment squattés, que les hommes et femmes politiques donnent toute l’étendue de leurs « talents » non pour expliquer le bien-fondé de leurs convictions et des projets, hypothétiques du reste, qu’ils portent, mais pour s’en prendre à l’autre, adversaires et hommes d’Etat confondus, délirer sur tous les tons, et finalement lasser er même déprimer ceux qui les regardent et écoutent. Des inepties débitées à longueur de journée et de soirée dont rien ne transperce sauf des algarades, des avanies et toujours des querelles de clocher. Dans cette commedia dell’arte, ils sont épaulés par des commentateurs politiques et autres chroniqueurs, qui ne s’exceptent pas de leur faire la courte échelle du haut de leurs analyses parfois aussi violentes qu’insipides qui, in fine, n’ajoutent pas grand-chose au débat public. Les uns et les autres en prendront sérieusement pour leur grades, par ailleurs surestimés tant les faits les prennent en défaut.

La politique, qui plus est dans un pays en transition démocratique, n’est nullement cela. Elle commande l’existence de partis forts et responsables, qui savent ce qu’ils ont à faire et où aller… ,vers les allées du pouvoir, ce qui est une ambition légitime, mais autrement, c’est-à-dire par le biais d’une force de proposition et de conviction, d’une crédibilité inentamable et d’une symbiose, voire d’une relation fusionnelle avec ceux qui les ont choisis, et partant le peuple. Un profil auquel ne cherchent pas répondre les partis politiques, surtout les deux premiers d’entre eux, Ennahdha qui a les yeux rivés sur le pouvoir, local pour commencer, et Nidaâ Tounès, empêtré dans un long générique de fin.

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