Tunisie : Les finances en dehors des clous…pour longtemps encore !

Tunisie : Les finances en dehors des clous…pour longtemps encore !

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Dans son interview, le 18 septembre à la chaîne wataniya, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, s’est montré comme agacé que le gouvernement tarde à faire connaître son «Plan de relance économique et sociale à l’horizon 2020 », pourtant ficelé et totalement prêt. La cause semble avoir été entendue et la Kasbah s’y emploie depuis hier en commençant par ce qui est jugé unanimement urgentissime, nommément le déficit budgétaire, lequel moyennement épongé, pourrait délester le gouvernement d’un faix si énorme et pesant qu’il déteint sur l’ensemble de l’architecture de fonctionnement de l’Etat et du développement du pays.

Défini comme la situation où les recettes de l’État sont inférieures à ses dépenses, il devrait s’élever à la fin de l’exercice en cours à 6% du produit intérieur brut, alors que la norme universellement convenue est de 3%. Le gouvernement entend le ramener à 4,9% en 2018 dans la foulée des réformes, surtout fiscales, dont il a commencé l’élaboration et bientôt la mise en œuvre, pour redresser ses finances et alimenter ses ressources. Cela signifie que le gouvernement doit trouver assez de liquidités sous forme de nouveaux emprunts auprès des institutions domestiques et les bailleurs de fonds étrangers. Et ce sont ces derniers qui posent problème en ce sens qu’ils serviront à couvrir les emprunts antérieurs arrivés à échéance, et ce faisant, générer ce qu’on appelle un effet boule de neige. La Tunisie se retrouve encore une fois dans cette logique, surtout vis-à-vis du Fonds monétaire international, dont chaque tranche du crédit de 2,9 milliards de dollars donne des tourments au gouvernement, alors que leur déboursement a valeur d’une bouffée d’oxygène pour les finances publiques autant que pour la position commerciale extérieure du pays en termes de réserves en devises singulièrement.

Les vertus cachées du déficit budgétaire

Pourtant, et cela on omet souvent de le souligner, le déficit budgétaire, diligemment géré comme le ferait un bon père de famille, a tout pour procurer des avantages et des dividendes énormes. Le premier d’entre eux est de stimuler la croissance et l’emploi dans une économie en proie à de graves difficultés et même à celle en récession, ce qui n’est présentement pas le cas de la Tunisie dont le taux de croissance n’a pas stagné ni reculé durant au moins deux trimestres, depuis un temps. Mais le plus funeste grief dont elle est « coupable », est que ce sont toujours les dépassements des dépenses prévues qui l’habillent en rouge. Et ses gouvernements successifs n’ont jamais réussi à ralentir la progression de ces dépenses, même si la solution idoine tient à leur réduction nette.

Sur ce registre, ces gouvernements en font des tonnes. Passons sur ceux de la Troïka et leurs largesses en matière de recrutements aussi prolifiques qu’incongrus, et bornons-nous aux écarts budgétaires de celui de Youssef Chahed où le déficit budgétaire n’est pas appelé à sortir des clous avant trois années pleines et entières, si jamais le Plan de relance économique et sociale allait à son terme à l’abri du moindre aléa ou accès d’agitation sociale.

Une succession de cahots et d’écarts

Le premier cahot majeur qui pulvérise, plusieurs fois plutôt qu’une, les prévisions du gouvernement dûment consignées et actées dans sa loi des finances, est cette dichotomie entre ce qu’il pense pouvoir faire et ce qu’il essuie en bout de course et plus fréquemment en chemin. Pour 2017, par exemple, il a prévu que les dépenses allouées au secteur public notamment au paiement des salaires de la fonction public augmenteront de 4,1% pour toute l’année. Peine perdue, puisque à fin juillet, elles se sont envolées à 11,4%, un écart d’environ 7% dont on ne sait pas encore comment le gouvernement va s’y prendre pour le combler. S’y ajoutent les recettes non fiscales prévisionnelles qui n’ont pas été recouvrées, du moins les deux-tiers d’entre elles : 789 MDT sur un total de 2195. Idem pour les recettes provenant de la vente des biens confisqués. Là encore, c’est la portion congrue. Prévues pour générer 200 MD, le gouvernement n’y a vu que du feu : aucun liard, zéro millime, autant que pour les dons extérieurs.

Le tableau se noircit encore avec les revenus des participations des sociétés publiques qui n’ont pas dépassé, durant les sept premiers mois de l’année, les 19 MD, alors qu’on tablait sur des recettes à hauteur de 220 MD pour 2017. Pis encore, la LF 2017 ciblait la réalisation de revenus provenant de la commercialisation de carburants de l’ordre de 500 MD, à fin décembre. En juillet, on n’en a collecté que 200 MD. Mais le plus pénible, ce sont les prévisions erronées relatives au remboursement des intérêts de la dette. La Tunisie a remboursé 1502 MD jusqu’à fin juillet, alors que les estimations dans la LF tablaient sur un total d’intérêts à payer pour 2017, de 2215 MD. Ceci est dû notamment au phénomène de la dépréciation du dinar par rapport aux devises étrangères, notamment l’euro et le dollar, surtout que l’emprunt étranger constitue la principale composante des sources de financement. En fait, depuis le début de l’année jusqu’au 19 septembre courant, le dinar a chuté de 18% par rapport à l’euro, et de 10% par rapport au dollar.

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