Visiblement, le gouvernement ne sait plus à quel saint se vouer pour esquisser une perspective crédible aux convulsions qui broient le pays. En se fendant d’une loi de finances- certes encore à l’état de projet- qui matérialise les mesures « douloureuses » dont il agitait la menace depuis un peu plus d’un an, il entre de plain-pied dans une logique dont personne, encore moins lui-même, ne pourrait prévoir l’issue. Qu’elle ressortisse à une vue fiscale sommaire, cela est incontestable. Mais que s’y ajoutent des aléas dont on n’avait sans doute pas tenu compte lors de l’élaboration de la loi de finances 2018, cela frise le dramatique. Le premier d’entre eux a essentiellement trait au prix du baril de pétrole. Le gouvernement a basé son scénario sur un cours de 53 dollars, alors que de l’avis quasi unanime, il est appelé à tourner autour de 60$ le baril. On ignore comment il va s’y prendre sans devoir négocier des révisions déchirantes. D’autant que le coût de la compensation des carburants a grimpé des 650 millions prévus à 1300 MDT fin 2017. Et ceci ne devrait pas aller sans faire mal au portefeuille du citoyen avec l’augmentation acquise des tarifs de l’électricité de 5% et du gaz de 7%. Et ce ne sera qu’un début, car le gouvernement, dans son document d’orientation remis aux partis politiques, exprime la nette intention de suivre une politique d’ajustement permanente pour atténuer l’impact des cours du pétrole sur l’équilibre budgétaire.
En tout cas, il va falloir beaucoup de courage pour forcer le destin à l’enseigne d’une conjoncture économique si désastreuse à laquelle semble devoir se joindre un climat social plus proche de l’agitation que d’autre chose nourrie par une inflation indestructible scotchée au taux de 5,7% et sans doute plus bientôt et que le ministère du Commerce vient d’avouer ne pas pouvoir la ramener à 3,7% comme le prévoit le budget économique 2017, compte tenu du glissement continu du taux de change du dinar par rapport aux devises étrangères et de la hausse des coûts de production.
Conjuguée aux mesures fiscales en préparation, la courbe ascendante du coût de la vie va encore s’accentuer avec de nouveaux prélèvements obligatoires telle que la contribution générale de solidarité à laquelle seront assujettis aussi bien le cotisant aux caisses sociales que les entreprises, en attendant les énormes changements qui vont entacher les pensions auxquelles vont avoir droit les nouveaux retraités qui vont faire valoir leur droit à la retraite à partir de 2018, et qui seront amputées de 10 points.
La crise n’a pas surgi de nulle part
Nul ne peut nier que les réformes sont nécessaires nonobstant les injonctions du Fonds monétaire international, si décriées. Et il est vrai que les choses ne devraient nullement être gardées en l’état. Mais il est évident que la crise où qu’elle ait frappé n’a pas surgi de nulle part. En temporisant de la manière qu’ils l’ont fait, les gouvernements qui se sont succédé en Tunisie depuis 2011, ont tout fait pour que la situation revête la gravité qui est actuellement la sienne. Au point que celui de Youssef Chahed s’est retrouvé les mains et poings liés pour s’engager, indiscutablement à son corps défendant, dans la spirale vicieuse de l’imposition à outrance dont il ne peut pas se cacher, même dans la feuille de route qu’il a élaborée pour ses politiques et stratégies à l’horizon 2020.
Par bien des côtés, cependant, ce cap vers l’avenir semble en peine de réaliser les résultats dont il a l’ambition. D’abord, Le gouvernement entend maintenir le déficit public et extérieur à des niveaux soutenables et soutenus par la maîtrise de l’inflation. Il y a ensuite la réforme structurelle des finances publiques articulée autour de la consolidation des ressources fiscales sur le court et le moyen terme. Enfin le paquet de réformes dont le gouvernement affirme qu’elles ne pourront pas aboutir si elles s’exceptaient de toucher la fonction publique, les caisses sociales et les entreprises publiques. S’y ajoute la stabilisation de la dette publique autour de 70% du PIB en repensant la stratégie de l’endettement et de l’accès aux marchés financiers en Tunisie et à l’étranger.
De toute évidence, pareil programme, irréprochable sur le papier, devra être jumelé à des dispositifs et mécanismes où l’aléa social et politique est une donnée essentielle qui, mal maîtrisée, pourrait faire capoter toute l’architecture conçue. D’autant que la puissante organisation syndicale, l’UGTT, semble traîner les pieds voire marquer une franche opposition à maintes réformes sur lesquelles le gouvernement compte crucialement pour mener à son terme ses stratégies de redressement.








