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Tunisie : Une « nouvelle bataille de Bizerte ». Elle fait rage entre les Etats-Unis, la France et la Chine

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Situé au cœur de la Méditerranée, l’ancien port de la ville de Bizerte est l’enjeu d’une bataille âprement disputée par la France, ancienne puissance coloniale, les États-Unis et la nouvelle puissance émergente agressive, la Chine, selon le directeur-rédacteur en chef du groupe Capitol Intelligence, Peter K Semler, dans un article repris par le site ” Asia Times”.

Cette nouvelle lutte entre les trois puissances se concentre sur celui d’entre les trois qui développera et contrôlera le port en eau profonde de Bizerte, déjà au cœur de la nébuleuse du réseau de câbles sous-marins de fibre optique reliant les États-Unis / Europe avec l’Asie et le Moyen-Orient.

L’ancien président américain Barack Obama a décrété en la formalisant l’importance stratégique de la Tunisie pour les Etats-Unis en la désignant comme allié majeur non membre de l’OTAN, lors de la visite d’Etat du président tunisien Béji Caïd Essebsi aux Etats-Unis le 21 mai 2015.

Les relations politiques et économiques croissantes entre les Etats-Unis et la Tunisie, soutenues par des milliards de dollars accordés par les Etats-Unis et l’Union européenne, ont conservé leur intensité jusqu’au moment où la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a fermé l’ambassade US en Tunisie et a émis une interdiction générale aux ressortissants américains d’y voyager, dans une réaction épidermique suite à l’assassinat de l’ambassadeur américain en Libye, Christopher J Stevens, à Benghazi, le 11 septembre 2012.

La Tunisie, qui connaissait jusque-là un boom économique avec des hôtels bondés de dirigeants et de PDG d’entreprises américaines et de multinationales, a été du jour au lendemain livrée à elle-même aussitôt que Clinton avait effectivement déclaré le pays «  zone interdite » pour les entreprises occidentales, créant ipso facto une opportunité de marché pour les entreprises chinoises continentales.

Le « péril chinois »

Le port de Bizerte est maintenant pris dans une rivalité entre les Etats-Unis et la Chine, le président Donald Trump réaffirmant son leadership géopolitique contre l’agressive initiative de la Route de la soie du président chinois Xi Jinping, qui a vu la Chine prendre pied dans des zones stratégiques comme Djibouti, dans la Corne de l’Afrique et le port du Pirée en Grèce, membre de l’OTAN.

Ali Belakhoua, le député, élu de Bizerte au Parlement, a déclaré à Capitol Intelligence qu’il était tombé sur un groupe de cadres représentant des entreprises publiques chinoises qui lui ont dit qu’ils envisageaient d’investir dans le port de Bizerte. L’intérêt de la Chine pour le développement d’un port en eau profonde à Bizerte a également été confirmé par le Dr Kamal Ben Amara, candidat du mouvement Ennahdha au poste de maire de Bizerte lors des élections municipales qui auront lieu en mai. Il a souligné que les entreprises chinoises ont déjà fait une offre formelle pour développer et moderniser le port. En fait, Capitol Intelligence a consulté une “lettre d’intention” de groupe Yuanda Commercial Financial Investment pour développer un port de “troisième génération” à Bizerte.

Les inquiétudes de l’’administration Trump

L’administration Trump ne fait que commencer à s’inquiéter du fait que si elle ne bouge pas sur Bizerte, elle sera laissée sur le carreau par des entreprises chinoises contrôlées par le gouvernement  comme à Djibouti et en Grèce. En fait, Belakhoua et Ben Amara sont à l’origine d’un appel à un jumelage entre les villes portuaires américaines de Baltimore, Maryland, et Bizerte. L’objectif de ce partenariat est d’acquérir des connaissances sur le partenariat public-privé qui a permis au port de Baltimore de devenir le principal port américain de haute mer « Panamax » (accessible par le canal de Panama).

Alors que les Etats-Unis et la Chine se disputent le développement du port de Bizerte, la France fait de son mieux pour éviter tout développement à Bizerte susceptible de menacer la position commerciale de son principal hub méditerranéen, le port de Marseille. “Les Français sont en quelque sorte comme un mari trompé qui ne veut pas que son ex-femme sorte avec quelqu’un d’autre”, a déclaré un responsable du fonds souverain de Singapour qui gère le port de Voltri (Gênes), en Italie. L’entreprise de construction américaine qui pourrait remporter le contrat de réaménagement de Bizerte avec le soutien financier de l’Overseas Private Investment Corporation (OPIC) est Bechtel Corporation. Lors d’un récent forum au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), le PDG de Bechtel, Brendan Bechtel, un jeune de 34 ans, a déclaré que la plus grande société de construction américaine avait été exclue des dix premières entreprises.

La nébuleuse du réseau de câbles sous-marins

Cependant, c’est ce qui se passe dans les eaux troubles de Bizerte qui déclenche également une bataille triangulaire entre les États-Unis, la Chine et la France. Bizerte est située dans un hub crucial du réseau de câbles sous-marins à fibre optique Europe-Asie qui couvre la quasi-totalité de l’Europe vers l’Asie et le Moyen-Orient. L’un des opérateurs des câbles sous-marins est Sparkle, une filiale de l’italien TIM (alias Telecom Italia), qui a été effectivement reprise par le propriétaire français de Vivendi, Vincent Bolloré.

L’administration Trump a déjà exprimé sa préoccupation au gouvernement italien, demandant des garanties que l’Italie, et non la France, exercera la totalité du contrôle voix et données transitant par les câbles sous-marins. Les inquiétudes de la Maison Blanche, en particulier celles du conseiller à la sécurité nationale HR McMaster, seront encore plus vives au cas où la Chine tenterait d’exploiter le réseau de communication une fois implantée à Bizerte. Une bataille franco-américaine fait également rage           autour du nouveau conseil d’administration de Telecom Italia, avec l’activiste et fondateur du fonds spéculatif américain Elliott Management, Paul Singer, exigeant des sièges au prochain Telecom EGM.

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