Tunisie : HBHK An II. Heureux, comme un DG de BNA (Vidéo)

Tunisie : HBHK An II. Heureux, comme un DG de BNA (Vidéo)

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Issu du secteur privé où il était DGA de l’UIB jusqu’en décembre 2015, Habib Ben Hadj Kouider (HBHK) est, depuis cette date, à la tête de la BNA (Banque Nationale Agricole), poste qu’il a remporté de haute lutte et au terme d’un appel à candidature du ministère des Finances du temps de Feu Slim Chaker. Ayant déjà contribué au plan de sauvetage de l’UIB qui a conduit la banque à bon port, et banquier depuis plus de 30 ans passés principalement dans le financement de l’entreprise, Ben Haj Kouider était venu restructurer une banque en mauvais état et il semble y avoir réussi, ou sur la bonne voie de le faire, au vu d’un résultat de la BNA qui fait record. Interview :

 Les résultats de la banque pour l’exercice 2017 sont depuis quelques temps officiels et définitifs. Quelles ont été les niches qui ont permis une si importante hausse du résultat ?

Nous considérons que le cru 2017 a été un bon cru. C’est l’an II de la transformation de la banque. Dans cette transformation, il y a un volet chiffres et un volet transformation pure et dure, au niveau du process, de l’organisation et de la culture d’entreprise. L’avantage d’avoir de bons chiffres, c’est de pouvoir travailler dans la sérénité. Pour 2017, je pense que l’équipe de la BNA, son personnel, ses partenaires sociaux, son conseil d’administration, ont tous évolué dans la même direction et dans le même sens, ciblé le même objectif et réussi à réaliser une très bonne année 2017. C’est pour nous, une année record, tant au niveau produit, qu’au niveau du résultat et au niveau des chantiers qui ont été ouverts. Nous avons pratiquement progressé sur tous les éléments du PEB (produit d’exploitation bancaire), à savoir principalement les intérêts et les commissions, avec des taux de progression conséquents. Au niveau du résultat, je me dois d’abord de rendre à César ce qui lui appartient et qui est notre portefeuille historique et l’exploitation proprement dite qui est la partie récurrente de la banque. Nous atteignons ainsi, à quelque chose près, les 199 MDT de résultat, dont 92 MDT qui proviennent de la cession d’actions (Ndlr : la SFBT). Mais, avec 109 MDT qui proviennent de l’activité récurrente de la banque et qui constitue un record historique pour la BNA qui n’a jamais dépassé les 55 MDT de résultat. Nous sommes très contents, surtout que cela va nous permettre de continuer notre plan de transformation issu du Full-Audit. Nous surperformons aussi le Business Plan présenté aux actionnaires et j’espère que nous continuerons à le faire pour les années prochaines.

Ce trend haussier des résultats semble aussi continuer, à en croire les indicateurs du 1er trimestre 2018 !

Très juste. Nous venons en effet de clôturer le premier trimestre 2018 et nous enregistrons une croissance, comparativement aux chiffres de 2017, une croissance au-delà de 26 % pour le PNB, ce qui est très important pour nous et réconfortant pour le reste de l’exercice en cours. Je dirais aussi que c’est en phase avec ce que nous avions observé sur le second semestre 2017. Au niveau des charges opératoires, nous faisons pratiquement le même niveau, sauf que cette fois nous avons introduit le quart de la dotation sur les fonds de garantie. Nous avons cependant une bonne progression du PNB qui augure, nous l’espérons, d’une bonne année 2018.

 Comment se sont comportés les principaux ratios de la banque, comme celui de l’exploitation de liquidité ou surtout des NPL ?

Pour le ratio de solvabilité, nous sommes à pratiquement 8 % pour le «Tier One». Au terme de l’exercice 2015, nous étions à peine sur la norme prudentielle de 7 % [Ndlr : Le ratio Tier one (ou Tier 1) exprime le degré de solvabilité d’une banque. Plus cette capacité est grande, plus la banque est solvable. Le ratio Tier 1 est le rapport entre d’une part, les fonds propres (capital + réserves), et d’autre part les actifs de la banque] et à peine à 10 % sur le ratio de solvabilité générale. Aujourd’hui, nous sommes à plus de 12 % sur le ratio de solvabilité globale. Cela veut dire que la banque, qui n’a pas été recapitalisée par les pouvoirs publics, faut-il le rappeler, a compté sur son propre portefeuille d’actions qu’elle a utilisé à bon escient pour couvrir les risques antérieurs.

Je voudrais à ce stade préciser que lorsqu’on parle de l’utilisation du portefeuille, il y a eu aussi, par cette utilisation, une perte d’opportunité, dans la mesure où ce portefeuille nous rapportait, bon an mal an quelque 10 MDT de bénéfices. La BNA n’a ainsi pas bénéficié de la capitalisation de l’Etat. Elle a vendu une partie de son portefeuille et a réduit des produits qu’elle avait. Mais c’est cela le coût de cette capitalisation.

Au niveau des créances classées (NPL), on est aussi descendu de 22,6 % pour les NPL hors fonds budgétaires à 16,72 %, bien loin donc des 18 % du Business Plan. Nous aurons ainsi gagné 5 à 6 points en seulement deux exercices, ce qui est énorme en matière de créances classées. Mieux, nous n’avons pas arrêté de qualifier le risque par la classe qui lui sied et nous continuons à assainir notre portefeuille, pour remettre la banque sur des bases financières plus solides et structurellement saines.

 Pour le résultat net, beaucoup de banques tunisiennes ont fait de l’argent grâce au BTA. Est-ce le cas de la BNA et que représentent ces bons de trésors dans le bénéfice 2017 ?

Très faible, dans la mesure où notre portefeuilles BTA est à 90 % en tant que portefeuille d’investissement. Il n’y a donc pas une incidence d’actualisation des flux ou des produits sur le compte d’exploitation de la banque. La contribution des BTA est donc relativement faible à la BNA.

 An II donc de la restructuration de la BNA et vous ne distribuez toujours pas de dividende. Quand comptez-vous rémunérer vos actionnaires ?

Rappelons d’abord, que le propre d’une restructuration est d’asseoir la banque sur des bases structurellement saines. Il y a donc lieu de consolider le socle financier, sachant que nous n’avions pas profité d’une capitalisation publique. Dans ce cas, la distribution de dividendes avec sortie d’argent de la banque deviendrait quelque peu problématique. On a pourtant décidé de tenir compte de la patience du marché et de la confiance de nos actionnaires, en décidant de la distribution d’action gratuites, une nouvelle pour dix anciennes, comme nous en a donné l’autorisation notre conseil d’administration. On récompensera ainsi cette sage stratégie des actionnaires qui restent avec nous dans le capital, leur offrant des actions gratuites qu’ils peuvent monnayer sur le marché, sachant qu’entre le début de l’année 2016 et le début 2018, l’action BNA dépasse les 14 DT, contre 8,7 DT il y a une année. C’est là une marque de reconnaissance du personnel de la banque, de ses partenaires sociaux, de son Conseil d’administration et du comité de direction de la banque, pour le marché financier et nos actionnaires.

Comme vous, le reste du secteur semble faire toujours plus de bénéfices chaque année. Comment peut-on expliquer cela dans une conjoncture de crise, économique et financière qui dure depuis quelques années ?

Je pense qu’il n’y a pas de crise financière. Simplement crise économique, dans le sens où on n’a pas les bons niveaux de croissance économique …

 … Il y a pourtant, vous en convenez, crise de liquidité sur la place financière !

C’est, en fait, un peu lié. Lorsque la trajectoire économique n’est pas dans une trajectoire élevée et accentuée, l’entreprise qui ne gagne pas assez d’argent à injecter dans son cycle d’exploitation, a tendance à accélérer le recours au crédit, d’où l’augmentation du concours des banques et d’où la hausse du concours de refinancement de la BCT. Et forcément, l’augmentation des crédits avec un bon profil de risque, augmente la rentabilité des créanciers et donc des banques. Il ne faudrait cependant pas que cela perdure. Sinon, le modèle s’écroulerait, dans le sens où l’entreprise, chaque année rattrapée par des problèmes de croissance économique, pourrait avoir des difficultés de remboursement et ses créanciers de recouvrement.

 Donc, le crédit devient plus cher et ce sont les banques qui en tirent le plus profit !

Ce n’est peut-être pas le mot le plus adéquat. Les profits sont faits pour être réinjectés dans la sphère économique. La banque n’est pas un investisseur dans la pierre ou dans les situations de rente ou dans un portefeuille d’actions, mais investisseur dans l’économie du pays. Je dirais donc que, plus les banques gagnent de l’argent, mieux c’est pour l’économie du pays. Ce n’est donc pas une perversion, mais un cycle normal de l’économie. C’est aux banquiers d’essayer, d’abord, d’être à l’écoute de l’entreprise, et ensuite, de faire attention à certains profils et crédits et conseiller le client, soit de ne pas y aller ou de réduire la voilure pour certains concours.

 

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