Tunisie : L’ATB, une banque qui distribue des bénéfices depuis 15 ans

Tunisie : L’ATB, une banque qui distribue des bénéfices depuis 15 ans

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Rien ne prédestinait cet homme de gauche, au début de carrière à la BCT mais qui en garde toujours quelques senteurs au cœur, à entrer dans l’antre même du capitalisme et devenir DG d’une des plus grandes banques privées tunisiennes.

Ferid Ben Tanfous était DG à la BCT, PDG de la BDET et de l’UTB en France, de la BNA et depuis 17 ans à la tête de l’ATB (Arab Tunisian Bank), une longévité qui a conféré beaucoup de stabilité à la banque qui est ainsi l’une des rares à distribuer depuis 15 ans des dividendes.

Avec Africanmanager, il a parlé de la situation de la banque, de ses résultats, de son positionnement, expliquant surtout le dernier important provisionnement. Interview :

AM : La banque vient de clôturer l’exercice 2017 avec un PNB en croissance. Quels ont été globalement les leviers qui ont rendu possible cette croissance, malgré la crise économique et financière en Tunisie ?

Ferid Ben Tanfous : Le PNB de l’ATB a enregistré une hausse de 11,3% en 2017, passant de 212 à 236 millions TND. Le PNB de l’ATB est réparti de manière sensiblement égale entre la marge d’intérêts, le revenu du portefeuille bons du trésor, le gain de change et le revenu du portefeuille investissement. Cette diversité des leviers de croissance a permis à la banque de maintenir un rythme continu de croissance annuel moyen de 9% au cours des 10 dernières années. C’est essentiellement cette diversité des sources de nos revenus qui a mis l’ATB à l’abri des turbulences économiques que connaît le pays depuis 2011.

Pourquoi l’ATB a-t-elle choisi de provisionner, au risque de mécontenter ses petits actionnaires ?

Nous comprenons qu’il soit légitime pour un petit actionnaire d’être mécontent d’une baisse du bénéfice. Seulement, il convient de rappeler que l’ATB est l’une des rares banques de la place à distribuer annuellement des dividendes depuis plus de quinze années et sans jamais faire défaut à ses actionnaires. Une distribution qui, d’ailleurs, confirme le statut du titre ATB comme valeur d’investissement et non de spéculation, puisque le Titre ATB offre l’un des meilleurs Dividend Yield du secteur avec un taux de 5,45% en 2017.

Certes, le résultat net de l’ATB en 2017 a enregistré une baisse par rapport à 2016, mais c’est une baisse due exclusivement à un effort exceptionnel de provisionnement (+60% par rapport à la dotation nette de 2016) et à la nouvelle contribution conjoncturelle de l’impôt sur les sociétés. Autant dire que les indicateurs d’activité de la banque continuent à progresser significativement avec une hausse de 12,3% des concours bruts à l’économie et de 14,8% des dépôts de notre clientèle. Les fondements du développement futur de la banque sont là, et elles sont bien solides.

L’effort de provisionnement est avant tout un effort de prudence en vue du renforcement des fondements d’un développement durable de la banque. Nous analysons l’évolution de notre environnement économique, nous tirons les leçons des plus importants indicateurs, et agissons en conséquence.

Quelle est la position de la banque en matière de financement de l’économie et dans quelles niches en particulier ?

L’ATB est un acteur majeur de l’économie nationale avec un volume global d’encours brut crédit de 4425 millions TND en croissance de 12.3% par rapport à 2016. A l’ATB, nous appliquons une stratégie de diversification et des risques crédits entre Retail et Corporate. L’ATB est de par son historique, une banque au savoir-faire Corporate largement reconnu par le secteur et apprécié par nos clients. En nous adressant à ce segment, nous veillons au respect de normes strictes de répartition des risques, nous pouvons nous targuer d’un côté, d’une offre qui adresse l’ensemble des secteurs économiques, et de l’autre côté, d’une politique de répartition qui fait qu’aucun secteur ne dépasse 6% de l’ensemble des engagements de la banque.

Comment se sont comportés les principaux ratios de la banque, notamment celui de la liquidité, de risque et celui des NPL ?

Le respect des normes prudentielles est une composante stratégique majeure pour l’ATB. Nous veillons dans notre gestion à respecter scrupuleusement les ratios prudentiels, nous avons terminé l’année 2017 avec un ratio de liquidité de 94,46% contre un taux minimum de 80% exigé par la BCT en 2017. Le ratio de solvabilité 2017 a atteint 10,86%, soit un taux supérieur à la limite minimale de 10%.

Notre taux de NPL reste largement inférieur la moyenne sectorielle. Le taux de couverture des créances classées par les provisions et agios réservés est également largement supérieur à la moyenne sectorielle.

Quel est le degré de dépendance de l’ATB vis-à-vis de la BCT en matière de refinancement et d’injection de liquidités ?

Les tensions sur les liquidités bancaires ne sont pas spécifiques à une banque en particulier ; le besoin de refinancement est endémique pour l’ensemble du secteur. Nous agissons quotidiennement pour réduire le recours à la BCT ; nous agissons à travers notre politique commerciale pour augmenter nos dépôts clientèle ; nous agissons aussi à travers le marché financier par l’émission de titres obligataires ; nous agissons enfin en nouant en garantissant l’éligibilité organisationnelle et financière de notre banque aux ressources spéciales proposées par les bailleurs de fonds internationaux à travers les lignes de crédit extérieures.

Ne pensez-vous pas que le bénéfice à distribuer doive surtout s’appliquer au bénéfice d’exploitation et exclure celui des BTA ?

Les bénéfices provenant des BTA ne sont pas une manne immorale pour être ainsi pointés du doigt. Les mécanismes monétaires à l’origine de ces bénéfices sont les fondements de l’activité bancaire en Tunisie et à travers le monde. Ces bénéfices sont les résultats d’une activité bancaire ordinaire, ils englobent un ensemble de charges et risques qui leur sont inhérents et que les banques doivent gérer et supporter. En outre, c’est une contribution des banques au financement de l’économie nationale à travers le financement de dépenses publiques. Il me semble injuste de sanctionner les actionnaires des banques avec ce type de réflexions infondées.

Quelle sera, en quelques points, votre feuille de route pour le prochain exercice que l’ATB engage déjà avec PNB en hausse de 12 MDT ?

La banque entame en 2018 son cinquième plan de développement stratégique « Ambitions 2020 ». Ce plan comporte un ensemble de projets structurants touchant tous les échelons de l’activité et l’organisation de la banque.

Nous entamons ainsi une transformation qui renforcera la place centrale du client dans notre organisation. Nous ambitionnons grâce aux compétences et au dévouement du personnel ATB de conquérir des nouvelles parts de marché en accentuant l’innovation, rehaussant encore plus la qualité de nos services et en diversifiant encore plus nos activités autant horizontalement que verticalement.

Comment pourrait-on, selon votre expérience dans le domaine bancaire, expliquer que les banques tunisiennes fassent autant de bénéfices et que des ratios, tels que celui des dépôts de la clientèle soient en continuelle augmentation, dans une conjoncture locale de crise économique et financière ?

Les banques tunisiennes affichent actuellement de bons résultats, mais il faut rappeler qu’après la révolution, il y a eu des banques qui ont affiché des résultats négatifs, plusieurs banques ont réalisé des augmentations de capital (depuis 2011, on a enregistré une augmentation de +0,961 Milliards TND pour les banques cotées) pour se restructurer et renforcer leurs fonds propres. Après ces mesures, il est normal que les banques repartent sur des bases solides, réalisent des bénéfices et paient leurs impôts.

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