Rached Ghannouchi a accordé, dimanche soir, une interview au journal belge Le Soir , dans laquelle il affirme, que Ali Larayedh sera reconduit au poste de chef de gouvernement , invoquant l’esprit et la lettre de la loi sur l’organisation provisoire des pouvoirs publics , et l’accord toujours en vigueur de la troïka . Par cette position , Rached Ghannouchi , fait preuve d’un remarquable esprit de suite, d’autant que, samedi , soit 24 heurs plus tôt, mais sur un ton beaucoup moins soigné , il avait évoqué le maintien de Ali Laârayedh à son poste comme une ligne rouge ) , et ce ,lors du rassemblement de la Kasbah .
Cherchant à banaliser l’assassinat du député de la constituante (ANC) Mohammed Brahmi , et réduire son effet sur l’effervescence politique que vit le pays , le chef d’Ennahdha souligne que ce genre de tragédie peut arriver , même dans les pays hautement sécurisés . Et, comme pour clore la discussion sur le sujet, il rétorque à l’intervieweur avec un ton cynique, que la situation exigerait, donc, d’adopter une loi imposant la chute du gouvernement, chaque fois qu’il y a assassinat politique . Passant à un autre registre, il conclut que faire tomber le gouvernement serait un message très positif adressé aux terroristes qui veulent changer le mode de vie des Tunisiens .
Revendiquant un statut double , Il réaffirme , d’abord, comme chef de parti politique ,son attachement au dialogue avec les salafistes pour les pousser à intégrer le processus politique , eux qui « empruntent le mauvais chemin », selon son expression : puis il fait miroiter ,comme chef de coalition au pouvoir, l’usage de la contrainte du fait que l’État a le monopole de la violence légitime ,reprenant à son compte ce qu’ont réalisé les gouvernements précédents en la matière , n’éludant même pas celui de Ben Ali , assurant qu’ils n’ont pas été laxistes , et ont combattu le terrorisme y compris en emprisonnant et en tuant.
Au sujet de l’issue de la crise politique, il parle toujours au nom de l’alliance au pouvoir : la troïka , et indique qu’ils sont disposés à renoncer à des ministères dans la mesure où d’autres courants et partis politiques se joignent à un gouvernement qui serait le plus large possible. Les partis pressentis sont l’Alliance démocratique, Al Jomhouri, et Tayar Al Mahaba de Hachemi Hamdi. Et Ghannouchi de réserver des phrases élogieuses à l’égard de Hamdi qui défend la légitimité, se bat contre ceux qui appellent à un coup d’État, et affiche, également, des positions contre la violence , et de conclure qu’il est normal qu’Ennahdha lui envoie un message positif.
La participation de Nidaa Tounès à cette équation politique est plus hypothétique et le lecteur s’aperçoit qu’elle est évoquée, sous forme de principe, en réponse à une question claire de la part du journaliste. » Tout est sur la table. Tout est possible », finit-t-il par répondre.
Soulignant que le refus de l’opinion publique de pousser le pays dans le vide a été derrière l’échec la dissolution de l’ANC , Ghannouchi se déclare favorable à un gouvernement élargi , annonçant que son parti réfléchit même à l’idée d’un référendum où les Tunisiens se prononceraient sur la poursuite ou non du processus transitoire où le pays est aux cent derniers mètres .
Il écarte la possibilité de présenter un candidat nahdhaoui aux prochaines présidentielles, et pour deux ou trois prochaines élections encore, dit-il , laissant entendre que ce poste reviendrait à un des prochains alliés de son parti . Ennahdha qui se contenterait du poste de chef de gouvernement, ayant réellement tous les pouvoirs, évitera, par ce choix, d’apparaître comme un partenaire qui veut accumuler tous les pouvoirs en cette période transitoire . Ce que Ghannouchi veut présenter comme un cadeau à un de ses prochains alliés, est en fait un ciblage par lequel le parti islamiste prend ce qui vaut et laisse aux autres ce qui l’est moins . Et l’expérience de Moncef Marzouki et du CPR moribond n’en est qu’une marquante illustration.
Aboussaoud.H








