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Rassemblement de la Kasbah : Les Nahdhaouis ne se bousculaient pas au portillon !

Les grands efforts logistiques, médiatiques, et matériels déployés par Ennahdha pour réunir 1 million de personnes au rassemblement d’Al-Kasbah, n’ont abouti au bout du compte qu’à 25.000 participants. Rached Ghannouchi qui veut se prévaloir d’un patriotisme fédérateur, recommandant à ses militants de n’agiter que le drapeau national, ne s’est pas empêché de comparer le sit-in de samedi à la « conquête de la Mecque. »

On est donc en face d’un mouvement aux abois, qui s’essouffle et renvoie des signaux contradictoires dans une opération de séduction de l’opinion publique qui dicte d’avoir recours à d’autres procédés.

Cette maladresse, qui rappelle bien d’autres, intervient au plus fort de la contre-offensive, lancée, ces derniers jours par Ennahdha dans le but de sortir par le haut de la crise dans laquelle elle se débat.

Le premier volet de cette contre-offensive était médiatique .Les représentants d’Ennahdha sur les plateaux de télévision et les antennes radio , insistent à longueur de journée sur la légitimité , et les dangers de transposer le schéma égyptien en Tunisie .Ils ont bien profité de la confusion qui a régné un moment chez le pays frère , et des premières hésitations de l’Union Européenne , surtout des Etats-Unis dans leur appui aux nouvelles autorités égyptiennes .Mais la déception devient grande devant la détermination des responsables égyptiens à aller jusqu’au bout de cette nouvelle expérience , et du revirement des Européens et Américains qui reconnaissent, désormais, le nouvel état de fait .

Déjà, dès l’apparition de ces premiers signes, le discours nahdhaoui commence, contre toute attente, à user d’un ton conciliant, appelant à l’unité et la concorde nationale. Ces déclarations n’en sont pas moins teintées d’intransigeance , d’arrogance , et de propositions désuètes ; mais à la fin de chaque débat, on décèle des remords et presque des excuses de la part des intervenants nahdhaouis , comme si ces impertinences étaient devenues une tare rédhibitoire ou relevaient d’une époque révolue dont ils ne peuvent point s’affranchir.

On se rappelle les déclarations de Mohammed Ben Salem dans lesquelles il annonçait que le poste de chef de gouvernement est négociable , prenant ainsi le contrepied de son chef Rached Ghannouchi , qui disait , avant quelques heures ,que le maintien d’ Ali Laârayedh à son poste est une ligne rouge .

Pour pallier aux insuffisances de sa campagne médiatique new-look, qui bat de l’aile, Ennahdha a eu recours à de nouveaux visages qui se sont employés à développer ses thèses , tout en prétendant être indépendants : il s’agit de Radhouane Masmoudi , Skander Rekik ,et Hachmi Hamdi , en plus de ce qui reste de la troïka .

Le deuxième volet de cette contre-offensive consistait à tenir, samedi après-midi, une « journée d’information », sous l’égide du chef de gouvernement, pour parler de la stratégie de lutte contre le terrorisme .

Le communiqué officiel, se rapportant à l’évènement, mentionne la présence de présidents et des représentants de partis politiques et d’organisations professionnelles . Cette réunion à laquelle manquaient , pourtant, l’UGTT et les partis Al- Joumhouri, Al-Massar, Nidaa Tounes , le Front populaire et l’Alliance démocratique , apparait davantage comme un rattrapage de la part du parti islamiste dans le dossier du terrorisme dont il a longtemps nié l’existence , qu’un cadre de débat.

Les observateurs relèvent qu’il est difficile d’accorder crédit à une telle initiative , à laquelle assistait le très controversé ministre des Affaires religieuses Noureddine Khadmi , justement parce que la lutte ouverte qui s’engage actuellement contre le terrorisme ne pouvait avoir lieu au moment où les anciens responsables nahdhaouis étaient actifs au ministère de l’Intérieur ( le dernier Tahar Boubahri a été limogé vendredi 2 août).

Le troisième volet consistait à organiser le même samedi 3 août, le grand rassemblement de la Kasbah, pour défendre la légitimité.

Afin de faire réussir ce rassemblement, Ennahdha n’a pas lésiné sur les moyens : bus réquisitionnés, SMS envoyés à une très large échelle .Les Imams ont galvanisé les fidèles et les ont incités à participer à ce rendez-vous. Les organisateurs ont servi des plats gratuits de l’iftar et distribué à volonté, eau et boissons.

Etant convaincu qu’il jouait une des dernières cartes, pour se maintenir au pouvoir, le parti Ennahdha a voulu prendre à témoin l’opinion arabe et internationale, en cédant les droits de rediffusion du show à plusieurs chaînes qui voulaient le transmettre.

Malgré ces efforts, la présence n’était pas si abondante et on était loin des 200.000 annoncés. Le nombre avoisinait le dixième de ce chiffre (entre 20 et 25.000), très en deçà du million claironné.

Ce chiffre modeste, contraste avec les moyens déployés, mais concorde avec les 4 autres rassemblements auxquels a appelé Ennahdha, au cours des 6 derniers mois.

La première fois, c’était le 9 février , en guise de réplique aux funérailles grandioses de Chokri Belaid organisées la veille . Ce rassemblement était un fiasco, et pour y remédier, Ennahdha a appelé, pour le samedi suivant (le 16 février2013), à un nouveau rassemblement auquel ont participé des militants nahdhaouis du pays entier. Le nombre était tout aussi modeste, mais ce qui a créé l’évènement, ce n’était pas tant le nombre, mais les diatribes de Rached Ghannouchi contre les velléités réformistes au sein de son parti (essentiellement Hamadi Jébali et Abdelfattah Mourou ) , et les philippiques de Sihem Badi contre l’opposition .

Les deux fois suivantes étaient, également, à une semaine d’intervalle , mais en rapport cette fois avec la destitution de Mohammed Morsi, début juillet .Le rassemblement projeté pour le 6 juillet, a tourné à l’échec , et a été transformé en sit-in devant l’ambassade d’Egypte . Le suivant, conçu pour compenser cet échec a été programmé pour le 13 juillet, n’a pas attiré les grandes foules .Mais ce qui créé l’évènement cette fois, c’était les funestes menaces de Sahbi Atig appelant au piétinement de tous ceux qui s’opposeraient à la légitimité d’Ennahdha ( youstabahouna ) .

L’échec de tous les appels au rassemblement lancés par Ennahdha , durant les 6 derniers mois ,trouve son origine dans le recul de sa popularité et la lassitude de ses militants .En face , l’élan populaire crée une nouvelle dynamique , en élargissant les rangs , affinant les mots d’ordre , et structurant les initiatives .Ainsi les grands sit-ins Arrahil du Bardo constituent-ils l’aboutissement d’une logique qui a retrouvé sa consistance après les déconvenues des périodes précédentes .

Les nahdhaouis rassemblés, samedi, à la Kasbah ne pouvaient donc pas renverser le cours des évènements caractérisé par la chute de popularité de leur mouvement, l’inefficacité de ses structures et son isolement politique.

Et même la campagne médiatique presqu’improvisée et menée avec hésitation par les cadres nahdhaouis , a produit un effet inverse ,après les déclarations de Ghannouchi qui dévoilent ses plans d’islamiser la Tunisie qui se dresse contre lui , la comparant à Kouraich .

Aboussaoud Hmidi

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