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Tunisie :  »Le financement de la PME est l’affaire de toutes les banques », dixit Souhir TAKTAK

Souhir TAKTAK, PDG de la BFPME a déclaré que cette institution financière, toute seule, ne pourra pas financer les PMEs. Pour répondre convenablement aux besoins des PMEs tunisiennes, il est nécessaire d’avoir une meilleure collaboration avec tous les acteurs spécialisés. De même, la mise en place de certaines conditions demeure plus que jamais utile pour relever ce défi. Interview.

Comment évaluez- vous les résultats de la BFPME ?

Si l’on veut évaluer correctement les résultats de la BFPME, on doit prendre en considération le fait que le financement des PMEs et en particulier les créations demeure toujours un créneau risqué, et ce dans toutes les économies du monde. C’est pour cela que les banques publiques spécialisées dans le financement de l’investissement et en particulier celles orientées vers la PME nécessitent un soutien gouvernemental, sous une forme ou une autre (augmentation de capital après une certaine période d’activité, subvention d’équilibre, mise en place de fonds de garanties adéquats couvrant une partie du risque, …).

De ce fait, les pertes cumulées enregistrées actuellement par la BFPME s’expliquent facilement après 10 ans d’activité au cours desquels il n’y a eu qu’une seule augmentation du capital (celle de 2008).

C’est pour cette raison, que nous avons mené des efforts assidus et considérables pour repositionner la banque et la doter des moyens humains et matériels requis pour son développement, tout en s’appuyant sur le cumul de notre expérience en matière d’assistance des promoteurs, et de financement de la PME en Tunisie.

Au niveau de la qualité du portefeuille, nous sommes en train de suivre les normes prudentielles en la matière, en provisionnant les crédits risqués, selon des critères bien déterminés.

Nous avons essayé, d’autre part, d’évaluer les réalisations de la banque à travers les indicateurs de performance, réalisés tout au long de nos 10 années d’existence.

Et pour le taux d’approbation ?

Le taux d’approbation des projets est malheureusement très bas . Il est estimé actuellement à 20 %,

Que devriez-vous faire pour améliorer le taux d’approbation ?

L’amélioration du taux d’approbation passerait essentiellement par l’amélioration de la qualité des projets déposés à la BFPME, ce qui sous entend aussi un effort supplémentaire de la part des structures qui assurent l’accompagnement des promoteurs durant la phase de réalisation de leurs business plans (entre acteurs publics, privés et intervenants dans le cadre de programmes initiés par des organismes internationaux dans le cadre de la coopération internationale. Le renforcement de l’écosystème de l’accompagnement des promoteurs nous permettra d’avoir des business plan d’une meilleure qualité, d’où par induction une amélioration du taux d’approbation.

Il est à signaler que la BFPME participe fréquemment aux différents salons, séminaires, ateliers et autres qui s’intéressent au thème de l’entrepreneuriat et de la création d’entreprises. Et ce, en coordination avec plusieurs partenaires à l’instar de la CONECT, l’UTICA, Réseau Entreprendre, les pépinières d’entreprises ou d’autres structures destinées à l’entreprenariat.

Il s’agit d’une étape très importante et primordiale surtout que l’entrepreneur devrait être convenablement formé et encadré. Son accompagnement pour la préparation de son business plan et les aides fournies à propos des spécificités des secteurs ciblés et des régions visées sont les points focaux de cette phase.

A part cette collaboration avec ce type d’organismes, la BFPME entretient un partenariat étroit avec les Banques commerciales, les SICARs ainsi que les agences qui gèrent des fonds publics de soutien aux fonds propres (principalement l’APII et l’APIA).

Nous voulons travailler en synergie avec tous les acteurs agissant dans la sphère de la PME pour converger vers un programme efficace pour la promotion des PME en Tunisie et la création d’emplois pérennes. C’est une démarche stratégique qui prendra en considération le fait que notre banque ne finance pas le cycle d’exploitation, mais uniquement les investissements matériels et immatériels des PME.

Quels sont vos objectifs ?

Nous sommes entrain de se concentrer sur le suivi de nos indicateurs de performance qui se traduisent par la maîtrise du risque tout en s’orientant vers le renforcement du système de garantie de la PME, à travers l’élargissement du champ d’intervention de la SOTUGAR pour le faire coïncider avec le même champ que celui de la BFPME.

À mon avis, l’accent sera davantage mis, lors de la prochaine phase, sur la qualité du portefeuille et sur le degré de couverture du risque. Ces deux volets auront un impact sur les résultats futurs de la banque.

C’est un travail important qui nous attend et c’est pour cette raison que nous sommes en train de diversifier nos partenariats et nos produits, à travers notamment le prêt participatif accordé au nom du promoteur avec des conditions avantageuses (taux d’intérêt= 0 %).

Est-il possible d’atteindre ces objectifs ?

La BFPME toute seule ne pourrait pas  financier les PMEs. Elle  doit avec la sotugar faciliter l’accès des PME au financement  des banques  à travers  la garantie des crédits,le cofinancement des crédits d’investissement et l’offre de nouveaux produits notamment les prêt participatif qui peut financer l’investissement immatériel et le  besoin en fonds de roulement. Tout le monde  doit savoir que cette banque de l’Etat ne peut être qu’un acteur parmi d’autres pour financer les PMEs tunisiennes. En effet, le financement de l’économie est l’affaire de toutes les institutions financières.

Pour ce faire, il  faut travailler et assurer certaines conditions comme l’élargissement de la garantie  SOTUGAR, le  renforcement du travail de partenariat avec les SICARs, tout en consolidant les ressources adéquates offertes par l’Etat.

Votre lecture pour les dispositions mentionnées dans le projet de loi des  finances complémentaire pour l’exercice 2015, récemment adopté par l’ARP ?

Les dispositions mentionnées dans cette loi des finances sont complémentaires. En effet, un intérêt s’est focalisé sur la consolidation du système de garantie.

Cette garantie est orientée à l’ensemble des établissements bancaires. C’est une réforme importante visant à inciter non seulement la BFPME, mais surtout les banques classiques à intervenir dans le financement des PME, sans demander de garantie réelle externe, et à contribuer davantage à la promotion du développement régional.

A ce propos, des fonds ont été mis en place pour amorcer l’investissement, tout en couvrant tous les secteurs. De même, un autre fonds a été mis en place au profit des SICARs régionales et de la CDC pour qu’il soit investi dans les régions, à travers la création de nouveaux projets.

De toute façon, je pense que cette LFC 2015 vient renforcer l’investissement d’une manière générale, malgré que le secteur commercial demeure toujours écarté du champ des incitations de l’Etat.

L’augmentation du capital de la BFPME est-elle suffisante pour atteindre les objectifs fixés ?

C’est une décision fortement encourageante pour la BFPME, d’autant plus qu’elle s’inscrit dans le cadre d’une vision globale qui fera transformer la BFPME en une véritable banque des régions. Cette mesure nous pousse à multiplier les efforts, tout en assurant une meilleure collaboration avec nos divers partenaires.

 Qu’en est-il du programme de restructuration mis en place par le gouvernement depuis 2014 ?

Ce programme a déjà démarré les demandes de 70 entreprises ont  été acceptés et  des experts ont été désignés. Ces experts seront chargés de préparer les plans de restructuration des PME ciblées par le programme  leur nombre sera de 200 selon le budget alloué au programme.

Ce programme a créé une dynamique très intéressante au niveau régional, dans le cadre d’une totale transparence vis-à-vis de nos partenaires. Ceci a démontré que l’État est au service des projets qui passent par des difficultés.

En effet, un nombre assez important de PME tunisiennes a connu une période difficile à la suite des retombées économiques et sociales de la Révolution Tunisienne de 2011. Ces difficultés concernent notamment la durée de réalisation du projet, les dégâts subis suite  aux  revendications sociales et la perte de marchés.

Face à cette situation, le Ministère des Finances, en partenariat avec la BFPME, la SOTUGAR et les SICARs régionales, a mis en place un Programme National d’Appui aux PME qui passent par des Difficultés Conjoncturelles, d’une enveloppe globale de 100 millions de dinars, inscrite au Budget Complémentaire de l’Etat au titre de 2014. Ce programme vise à toucher 200 PME créatrices d’environ 5000 postes d’emploi, via le sauvetage, en particulier, des PME en difficultés économiques depuis la Révolution Tunisienne de 2011. Il est basé sur cinq mécanismes de financement qui sont  le mécanisme de diagnostic d’accompagnement et d’assistance, le mécanisme de renforcement des fonds propres, le mécanisme du crédit participatif, le mécanisme du crédit bancaire d’investissement et le mécanisme de garantie.

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