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Tunis : Bouchebka entre défaillance du renseignement et dérapage de la communication syndicale

La lutte contre le terrorisme, c’est connu, est une guerre de longue haleine. C’est aussi une guerre du  renseignement. Ce dernier a ses raisons que la raison ignore, en ce sens qu’il n’obéit pas à une logique terrienne. Cela pourrait, peut-être, expliquer ce qui pourrait s’apparenter à une grave défaillance sécuritaire.

En effet, comme nous l’avions écrit, les terroristes de la phalange d’El Qaida, Okba Ibn Nafaa qui a par la suite revendiqué la responsabilité de l’attaque terroriste de Bouchebka dans le gouvernorat de Kasserine, avait poussé «le défi», jusqu’à l’annoncer quelques heures avant le passage à l’acte. Il était 23 heures 35 minutes, lorsque le compte twitter  d’un dénommé «Almarid l’Algérien» envoyait un tweet  en guise de «message aux autorités sécuritaires tunisiennes» annoté d’un «#Tunis/Kasserine » comme pour indiquer le lieu de l’opération, annonçant de façon « énigmatiquement » claire que «RDV dans quelques instants si Dieu le veut». Quelques heures plus tard, c’est un groupe au nombre jusque là indéterminé qui intercepte un groupe de douaniers rentrant de mission et les arrose de balles.

  • Un tweet qui pose problème

Ce tweet pose problème. On est en effet en droit de nous demander ce que fait la cellule de suivi des traces et mouvements de la nébuleuse terroriste sur la toile du Web. N’a-t-elle pas vu le tweet ? Si oui, pourquoi n’avoir averti personne et n’avoir pris aucune précaution ? Sinon, c’est plus grave car tout le monde sait que les sites Internet, les pages fb et les comptes Twitter de cette nébuleuse terroriste constituent le meilleure moyen de les suivre et même d’en être informé. Certains Etats ont formé des spécialistes pour cela et des agents capables de déchiffrer leurs codes et vouloir gagner cette guerre passe par là !

Réagissant à ce tweet, le président du bureau exécutif du syndicat des agents de la douane, Mohamed Ghodhbane, a indiqué à Africanmanager que «les terroristes ont annoncé leur opération avant de la mener contre les agents douaniers et c’est très dangereux. Il y a une grande faille au niveau du système de renseignement. On aurait dû déployer un grand renfort sécuritaire autour de la région qui a été visée par les terroristes. Je considère que le manque  de la coordination entre les différentes unités sécuritaires (armée, garde nationale, agents de sécurité …) a facilité les opérations lâches des  terroristes» nous a-t-il dit. Le tweet pose en effet problème, d’autant que son traitement relève du comportement des services de renseignement, de leurs limites ou de leurs contraintes.

  • Des déclarations syndicales qui posent plus de problèmes

 Au-delà de cette affaire, c’est un autre aspect de l’affaire de Bouchebka comme tant d’autres affaires terroristes, que nous voulons ici évoquer. Il s’agit non pas du traitement par les médias des informations relatives à ces opérations (il faudrait, avant de le leur reprocher, que le ministère de l’Intérieur balaie devant sa propre porte), mais de l’interaction des organisations syndicales avec ces évènements. Exemple, ce dérapage médiatique dans cette déclaration du SG des sous-officiers de la Douanes sur une radio, où il donnait certains détails, inutiles et surtout démobilisants pour des forces de sécurités, police, garde nationale et forces douanières, qui sont  engagées dans une guerre de longue haleine contre les terroristes, dont le premier objectif est justement de saper le moral de leur adversaire. Sinon, à quoi servirait de dire que deux agents avaient pris la fuite devant leurs agresseurs ? N’est-ce pas informer (sans le vouloir certainement) les terroristes, que les douaniers ne disposaient pas d’assez de munitions, que de dire qu’ils avaient pris la fuite pour  manque de munitions ?

Ce qui est certain, c’est que les syndicaliste, bien qu’ils fassent bien les affaires et les choux gras  des médias par leurs déclarations, doivent désormais savoir tenir leur langue. Ils doivent aussi savoir mieux maîtriser leur communication, sinon se taire. En attendant, les ministres des Finances, autorité tutelle directe de la Douane, et de l’Intérieur qui est le responsable direct de toutes les opérations anti-terroristes, doivent rencontrer les syndicats  pour les sensibiliser à cette question. Toute guerre contre le terrorisme ou contre toute autre force conventionnelle, doit reposer sur une stratégie de communication. Celle-ci doit être unifiée et s’appliquer à toutes les forces et à toutes les composantes de la Nation. Dans une guerre, déraper, c’est «merder » et «merder» c’est faire gagner l’adversaire !

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