Avec son visage poupon et sa licence en Gestion et Marketing, on donnerait volontiers le bon Dieu en confession à cette élue de Nida Tounes, plébiscitée en mars dernier «Femme d’influence 2015», lorsqu’elle promettait six millions de touristes pour l’exercice 2015. Il faut pourtant avouer que cette fille d’industriel et femme d’un éminent ophtalmo, n’a pas de chance.
Le mardi 17 mars 2015, elle affirmait à l’agence de presse italienne ANSA, que «la Tunisie est entièrement sécurisée pour les visiteurs » et que «il n’y a pas de problème de sécurité en Tunisie et tout est sous contrôle ». Une seule journée plus tard, c’est l’attaque du Bardo avec ses 24 morts et 45 blessés.
Le 15 juin 2015, des professionnels français du tourisme rencontraient la ministre du Tourisme à Tunis. Présent entre autres à cette réunion, qui s’était même terminée par une photo souvenir à l’entrée du ministère, le PDG d’Easyvoyage avait suggéré de proposer comme projet aux Tunisiens de «créer un pays sûr et propre». 11 jours plus tard, c’est l’attentat terroriste de Sousse, ses 39 tués et toutes les défaillances sécuritaires qu’il avait mises à nu, comme en témoignera plus tard même son chef de gouvernement.
Depuis, les opérations terroristes se succèdent en Tunisie, la dernière à Bouchebka et juste avant à Sousse. Toutes se retrouvent parfois en bonne place sur les colonnes des médias étrangers et essentiellement français. Des opérations qui rendront encore plus difficile la tâche de la ministre du «tous risques».
- Elle tablait sur 6 millions. Elle en aura juste pour ses frais
Presque 6 mois jour pour jour après sa nomination à la tête du département du tourisme, la ville tunisienne est toujours aussi sale et les sites touristiques sont toujours, presqu’ aussi peu sûrs qu’avant l’attentat de l’Impérial. La preuve en a été apportée par les dernières déprogrammations de la destination Tunisie par au moins quatre des plus importants TO. Des mesures dont la ministre et tout le gouvernement Essid ne semblaient pas capables d’obtenir la levée.
Rencontrée la semaine dernière en marge d’une réunion avec les ministres du Transport et de la Santé sur la nouvelle politique de «partenariat économique, éthique, avec l’Afrique», elle nous raconte la rencontre avec le chef du gouvernement, des présidents de Thomas Cook international et le premier responsable de TUI. «Ils soutiennent la Tunisie, mais ne peuvent pas lever les interdictions de voyager émises sur la Tunisie » dit-elle sous forme de constat irréversible. Mais toujours aussi viscéralement optimiste, elle ajoute que «mais il va y avoir une reprise à partir de septembre prochain».
Interrogée sur son évaluation de la situation du secteur après Sousse, elle rappelle que «nous, on tablait sur 6 millions de touristes pour l’année 2015. On sera à moins que cela. Ce sera une année difficile» se bornera-t-elle à nous répondre en évitant de donner des chiffres. Elle esquive ensuite pour nous parler de son programme pour redresser la situation, sujet qui lui semblait manifestement plus important que de s’attarder sur l’état des lieux.
- Du déjà vu, mais qui sait !
Ce programme sentait pourtant le «déjà vu». Elle nous parlait en effet de «la qualité de la formation par une restructuration, une modernisation et une mise aux normes des ces structures. Elle s’attarde sur la reconstruction de l’image de la Tunisie, comme étant une destination de tourisme de très haute qualité et non plus de tourisme de masse, pour faire face à la concurrence de la Tunisie, nous dit sa volonté de travailler sur le côté culturel et historique pour diversifier le produit touristique tunisien et en profite pour annoncer la prochaine mise en place d’un système de bonne gouvernance et d’un reclassement de certains hôtels».
Une simple revue des déclarations de tous les ministres du tourisme qui l’ont précédée et même les documents de tous les plans stratégiques d’avant et d’après la révolution, démontrera pourtant que ces différents axes ont été toujours à l’ordre du jour de tous ses prédécesseurs à ce poste. Force est pourtant de constater que peu de tous ces programmes successifs ont été ou pu être appliqués. Les professionnels du tourisme français l’ont assez bien expliqué, parfois avec trop de franchise, à la ministre le 15 juin dernier.
- La 5ème roue de la charrette.
En excellente politicienne, Selma Rekik reste inébranlablement optimiste et rebondit avec toujours quelque chose à dire, même lorsque son secteur semble à genoux et au bord de l’asphyxie. Elle se félicite ainsi, lors de notre rencontre, de l’arrivée des touristes des pays du voisinage, en admettant tout de même que les arrivées massives, des libyens [ndlr : des réfugiés et non des touristes, dont les dépenses tiennent compte de cette contrainte politique] et des Algériens, n’a pas résolu la crise du tourisme de cette année. Elle ne manque pas, à l’occasion, de mettre en exergue le tourisme local et s’est quasiment offusquée lorsqu’on lui rappelle qu’il est la 5ème roue de la charrette. «On s’est intéressé de manière plus intense au tourisme local. En Tunisie, il a toujours occupé une part de marché de 10 %», dit-elle avec une conviction qui ne semblait pas feinte et dit même sa volonté de le développer. Force est, là aussi, de constater que l’actuelle conception du tourisme en Tunisie ne correspond point aux spécificités de la demande locale. Les professionnels l’ont clairement dit, même si leurs déclarations ont été enveloppées dans de bonnes intentions et de bonnes résolutions de changer. Le touriste autochtone attendra pour cela que «la poule ait des dents». Un programme d’action qui n’apporte donc rien de nouveau. Mais peut-être qu’il n’y a rien de mieux à faire et que «c’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes» !









Cette femme est une atba