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Tunisie : L’Etat se ressaisit. Comment et à quel prix ?

Un sursaut de l’Etat ! C’est ce qu’il importe de retirer essentiellement de la dernière réunion du Conseil des ministres. Le parole-parole officiel  du gouvernement, Khaled Chawkat, a en effet affirmé que « L’Etat ne restera plus les bras croisés, en regardant les sites de production vitaux et stratégiques à l’instar du phosphate paralysés ». Une situation qu’il qualifie de « terrorisme économique » exercé en cette conjoncture délicate que connaît le pays. Aujourd’hui, a-t-il relevé, la Tunisie a plus que jamais besoin de travail et d’effort pour promouvoir la productivité. Il a toutefois assuré que le gouvernement s’engage à respecter les dispositions de la Constitution en termes de protection des droits à la grève et de manifester et de garantie des libertés publiques sans que cela n’affecte la production.

C’est sans doute la première fois depuis son investiture que le gouvernement affirme aussi solennellement et  fermement qu’il va sévir contre les entraves à la production, principalement industrielle. Il lui était arrivé par moments, en termes voilés ou en alternant pédagogie et conseil qu’il n’assisterait pas en spectateur passif aux mouvements de protestation qui freinent l’activité économique et celles générant des richesses pour le pays et recettes pour l’Etat. Il faut entendre par là à titre principal les entraves et les obstacles dressés par les grévistes et les manifestants dans le bassin minier et ceux qui paralysent l’activité de transport du phosphate. Des mouvements qui ont un effet dévastateur sur la trésorerie des sociétés qui y opèrent et plus encore sur la balance commerciale du pays, causant des pertes estimées à des milliards de dinars.

A vrai dire, si l’activité dans le bassin minier s’ordonnait à bon escient et à l’abri des menées de divers ordres  qui la mettent en permanence à mal, l’économie du pays s’en  porterait évidemment moins mal et l’Etat aurait beaucoup moins recours à l’endettement pour arrondir ses fins de mois, payer sans la moindre crainte ses salariés et même financer des projets créateurs d’emplois. Les gouvernements qui se sont relayés depuis la Révolution n’ont pas osé trancher  le nœud gordien  et décréter  des mesures fermes et sans concession pour ramener l’activité à son statu quo ante. Celui d’Habib Essid, à ce jour, n’a pas été en reste. Et il est conforme à la logique de penser qu’en déclarant que rien ne sera comme avant, il donne la nette impression qu’il est dos au mur, que telle est l’unique option disponible pour remettre en marche la machine, aussi bien dans le bassin minier qu’ailleurs, où, il est vrai, les répercussions sont moins désastreuses.

Toutefois, on ne pourra pas s’interdire, les choses étant ce qu’elles sont, de s’interroger si le gouvernement est en mesure d’aller au bout de sa logique et sévir contre les entraves à la production dans les secteurs stratégiques. Pourra-t-il en fait s’affranchir de cette attitude des « mains tremblantes » dont il est souvent accusé pour montrer de quoi il est capable ? Pourra-t-il braver les tollés que sa nouvelle démarche ne manquera pas de soulever auprès des défenseurs et des avocats du droit de grève et des libertés individuelles, même s’il a pris soin d’affirmer qu’il entend « respecter les dispositions de la Constitution en termes de protection des droits à la grève et de manifester et de garantie des libertés publiques sans que cela n’affecte la production » ? Aura-t-il recours à la réquisition, un procédé qui a rarement fait ses preuves et qui s’est révélé lamentablement inefficace dans certains grèves ayant touché des secteurs stratégiques, notamment celui du transport ? Et puis et surtout, quels moyens il entend mettre en œuvre pour faire entendre raison aux ceux qui entraveraient les activités dans les secteurs stratégiques ou du moins les dissuader de s’y livrer alors que les forces de sécurité et de l’armée sont occupées à des missions autrement plus vitales pour l’invulnérabilité du pays et la sécurité nationale ?  Le gouvernement légiféra-t-il par décrets ou sollicitera-t-il de le faire par décret-loi, dispensant le Parlement d’un concours dont il n’a sans doute nulle envie ?

Autant de questions qui doivent être présentes à l’esprit pour que la nouvelle approche du gouvernement soit frappée du sceau de la crédibilité et qu’elle ne finisse pas en eau de boudin.

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