Lorsque nous l’avions rencontré, il reconnaissait sans aucune peine et s’esclaffait de rire lorsque nous lui rapportions les médisances sur l’Alzheimer dont il serait atteint. Il était complètement serein par rapport à tout ce qui se dit, de nouveau, sur son possible remplacement et souriait lorsqu’on lui rappelait son lien avec le président de l’ARP. Il affirmait, sans vouloir aller dans les détails «qui n’intéressent personne», que son salaire n’a jamais été augmenté.
C’est ainsi que nous avions trouvé Chedly Ayari, le jeudi 8 septembre 2016, pour parler de la situation économique du pays en général et de la situation financière de la BCT en particulier. Une rencontre qui intervient alors que le FMI se prépare à débarquer en Tunisie pour une nouvelle Revue de l’économie tunisienne qui déterminera le décaissement de la nouvelle tranche de la «Facilité de Caisse Elargie (FCE)» d’un montant total de 2,9 milliards DT sur 4 ans. Une Revue dont la réussite serait déterminante aussi pour le retour des IDE.
La rencontre d’Africanmanager avec Chedly Ayari intervient aussi alors que le gouverneur de la BCT et la nouvelle ministre des Finances se préparent à la réunion annuelle de la Banque Mondiale à New York où la situation, économique et financière, sera à l’ordre du jour et même déterminante pour la prochaine loi de finance et pour le budget de 2017, puisqu’elle requiert la réussite de la mission du FMI pour le déblocage de la prochaine tranche de 620 500 MDT de crédits (319 M $).
– Une période de grâce pour Youssef Chahed de la part du FMI ?
«Nous sommes à 121 jours d’importation, en réserves de devises, sans apports extérieurs et grâce à une ingénierie intérieure. Le dernier transfert fait en faveur de la Tunisie a été celui du FMI il y a plus de quatre mois [ndlr : le 24 mai 2016] et d’un montant de 319 Millions de dollars», commence par annoncer, sans fierté mais non sans satisfaction, le Gouverneur Chedly Ayari.
A propos du FMI, le gouverneur de la BCT nous annonce qu’une mission de revue de l’économie tunisienne devrait se faire au courant du ce mois d’octobre 2016. «Si la revue est concluante et qu’ils estiment que la Tunisie est réellement dans une dynamique de réforme, tel que le stipule l’accord du nouveau programme d’appui, le FMI soumettra un projet de déboursement».
Et lorsque nous lui demandons s’il y a des chances que cette nouvelle revue soit concluante, surtout que le FMI avait été ferme sur la diminution des charges salariales pour ne représenter que 10 % du PIB d’ici l’année 2020, il affirme que cela va être négocié, avant d’expliquer que «il y a aussi le facteur de la survenance d’un certain nombre de paramètres importants et qui n’existaient pas lorsqu’on avait pris ces engagements, à la tête desquels l’installation d’un nouveau gouvernement, d’une nouvelle approche et d’une nouvelle équipe…, des éléments qui ont été toujours pris en compte par nos bailleurs de fonds». [Ndlr : Ce fut aussi le cas avec le gouvernement de Mehdi Jomaa, mais qui est parti sans rien faire à ce sujet]
La pluie a déjà voté Chahed, le FMI lui donnera-t-il une période de grâce en partant d’un préjugé favorable en faveur du nouveau gouvernement ? «Cela est susceptible de nous donner plus de souplesse dans la négociation» se limite à dire le gouverneur de la BCT, qui sera certainement le premier à recevoir la délégation du Fonds pour sa revue de l’économie tunisienne. «On pourrait alors souhaiter que le calendrier d’aménagement de nos engagements puisse être remanié», précise encore le Gouverneur Ayari.
– Les Business Plans des banques publiques, prêts et bons
Au FMI cependant, il n’y avait pas que la baisse de la masse salariale qui inquiétait les négociateurs avec le Gouvernement tunisien. Entre autres, il y avait aussi la préparation des business plan (BP) des 3 banques publiques, étape essentielle dans le processus de restructuration car cela donne une idée, claire et détaillée, sur les perspectives à l’horizon 2020 et qui était même susceptible de remettre en cause le principe de la revue financière.
A ce sujet, le Gouverneur de la BCT annonce que «tout a été fait et déjà envoyé au FMI il y a deux jours», avant d’ajouter que «cela a été la Croix et la bannière et pas facile à faire», comme pour expliquer le retard de ces BP et de terminer affirmatif que «ils [ndlr : les BP] sont bons, ont été faits de manière prudente par les cadres des trois banques et je peux dire qu’ils sont Workable».
Mais lorsque nous lui demandons si les BP des banques publiques, tels que présentés au FMI et qui seront l’un des éléments déterminants de son accord de déboursement des prochains 319 M de $, Chedly Ayari nous cite le cas de la STB (Société Tunisienne de Banque), «qui me vient là à l’esprit» dit-il : une banque où la détermination du chiffre d’affaires dépend de facteurs qui lui sont exogènes, comme le problème des énormes dettes des hôteliers et la question du futur du secteur touristique. Cela détermine le volume de ses crédits et si la croissance ne part pas sur une forte dynamique en 2017, cela pourrait remettre en cause tout le schéma de son développement. Cependant, plusieurs scénarios sont arrêtés afin de préserver les équilibres des trois banques publiques et prévenir les chocs exogènes !
– Si le FMI dit oui, on sera OK jusqu’à fin 2016
Début octobre 2016 donc et en cas de conclusions positives de la Revue du FMI, la Tunisie devrait recevoir la seconde tranche de la FCE, d’un montant de 319 M$, en plus des 500 MDT de la Banque Mondiale et des 500 autres MDT de la BAD, c’est-à-dire quelque 1,8 Milliards DT qui sont déjà alloués à la Tunisie dans l’attente du feu vert du FMI en octobre, et cela devrait contribuer à résoudre les problèmes financiers de la Tunisie pour 2016, «sûrement jusqu’à la fin de l’actuel exercice, dont la loi de finance complémentaire intègrerait ces apports financiers et bouclerait définitivement le financement de la loi de finance de l’exercice courant», précise Chedli Ayari à Africanmanager.
Et d’ajouter, non sans fierté, que «la Tunisie reste capable de faire face à tous ses engagements, internes et externes. Aujourd’hui, la Tunisie n’a pas de crise de paiement international, ni pour la dette extérieure, ni pour les dividendes des bénéfices des entreprises. Nous n’avons aucun retard pour nos échéances et c’est cela que j’ai réalisé».
Pour 2017, le Gouverneur de la BCT n’ayant pas encore pris connaissance du budget, refuse de se prononcer. Il nous dit tout de même : «j’ai vu un premier jet du budget 2017, fait par le gouvernement Essid et il n’était pas finançable ou soutenable. J’avais alors dit au chef du gouvernement ce que je pensais de ce budget-là». En fait, la variation de la masse du budget (+17 %) y dépassait de beaucoup le taux de croissance du PIB nominal.








