La chancelière allemande, Angela Merkel, était mardi 11 octobre 2016 en terre africaine, plus précisément du côte de l’Ethiopie, pour inaugurer le siège de l’Union africaine (UA) à Addis Abeba, nommé bâtiment Julius Nyerere pour la paix et la sécurité et dans lequel Berlin a injecté 27 millions d’euros. Mais c’est la partie visible de l’iceberg, car même si personne ne l’a crié sur les toits, dans les coulisses il y avait une intense agitation autour des intérêts économiques allemands dans cette Afrique décidément très convoitée par les Chinois, les Japonais, les Turcs, les Français, etc.
C’est le premier déplacement de la chancelière sur le continent depuis sa tournée en Afrique anglophone en 2011, où elle s’était rendue au Kenya, en Angola et au Nigeria.
Dans sa tournée de trois jours sur le continent, depuis dimanche dernier, Mme Merkel a beaucoup causé avec les décideurs africains de machines-outils, énergie, consommation ou agriculture, des secteurs dans lesquels l’Allemagne a la ferme intention de densifier sa présence. Quant aux objectifs de cet activisme allemand, le cabinet de la chancelière ne s’en cache pas : Il faut donner aux pays africains les moyens de se développer pour fixer sur place les populations, au lieu qu’elles aillent grossir les flux de migrants qui assaillissent l’Allemagne. D’ailleurs Berlin, aux côtés de l’Italie, a ardemment défendu cette position au sein de l’Union européenne.
Lors de son voyage en Afrique, on a vu Mme Merkel converser avec le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta et son homologue nigérien Mahamadou Issoufou. La chancelière a pris l’engagement, à l’occasion, de faire mieux en termes d’aide pour tarir la source de la migration. Mardi dernier, elle a eu un entretien avec le Premier ministre éthiopien, Haile Mariam Desalegn. Les débats se sont poursuivis hier mercredi 12 octobre, mais cette fois à Berlin où elle a reçu le président tchadien, Idriss Déby Itno, président en exercice de l’UA et personnage incontournable dans la sous-région, notamment dans la lutte contre la secte islamiste Boko Haram. Demain vendredi, ce sera au tour du président nigérian Muhammadu Buhari, de s’entretenir avec la chancelière allemande
L’économie est au coeur de la stratégie allemande
« L’économie est une des données de l’équation », a confié un des porte-parole de Mme Merkel à Berlin. Certes aucun chef d’entreprise allemand ne faisait partie de la délégation en Afrique, mais la patronne de l’exécutif allemand avant son départ avait insisté, dans une vidéo publiée sur le site de la chancellerie, sur le fait qu' »il est dans l’intérêt de l’Allemagne d’accompagner un développement positif de l’Afrique. L’aide publique au développement n’y suffira pas. Les conditions de l’investissement privé doivent s’améliorer ».
Les Allemands ne sont pas aussi flamboyants en Afrique que les Français par exemple, mais certaines de leurs entreprises privées pèsent lourd. « Les énergéticiens EON mais aussi RWE au Sénégal, Siemens à Alger, le groupe de commerces de détails Edeka en Namibie, Fraport dans la gestion aéroportuaire en Égypte [et aussi au Sénégal] » sont très actifs, a confié à Jeune Afrique Souleymane Sokome, consultant sénégalais opérant à Berlin.
« Ces entreprises s’ajoutent aux Daimler et Volkswagen qui étaient historiquement présents », ajoute-t-il, signalant des nouveaux venus tels que Sota Domus, une entreprise allemande spécialisée dans les vêtements écologiques qui s’est implantée à Diamniadio, dans la banlieue dakaroise.
« Les Allemands privilégient la rigueur et la maîtrise des langues étrangères, et s’appuient beaucoup sur les diasporas présentes en Allemagne, comme les Camerounais à Francfort, Munich et Cologne. Ce qui élargit progressivement un prisme très anglophone, vers le Gabon, la Côte d’Ivoire, le Togo et le Maroc », a déclaré M. Sokome.
On a recensé 800 entreprises allemandes sur le continent africain ; elles font travailler 200 000 personnes et ont monté leurs investissement de 13,1% en 2014 pour les amener à 9,7 milliards d’euros, plus du double des 4,2 milliards d’euros comptabilisés en 2002 par Afrika-Verein, l’association de promotion des liens économiques entre les pays africains et l’Allemagne.
« Une présence renforcée des entreprises allemandes est nécessaire dans notre propre intérêt, et ce parce que les marchés africains ne vont cesser de croître », a déclaré dans la presse allemande Christoph Kannengießer, le dirigeant de l’Afrika-Verein, qui réagissait ainsi au voyage de Mme Merkel en Afrique.
Faire feu de tout bois
« Pour l’Allemagne, il est important de mener un équilibre dans des relations entre des pays les plus économiquement dynamiques et émergents en Afrique comme l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Éthiopie ou l’Égypte et d’autres pays politiquement stables tels que le Ghana ou le Sénégal mais aussi avec des pays en crise comme le Mali », a confié à Jeune Afrique Karamba Diaby, un Allemand qui a vu le jour au Sénégal et qui a éclos sur le champ politique en devenant le premier élu d’origine africaine au Parlement allemand.
« Nous préconisons le développement d’une approche coopérative envers ces pays. L’Allemagne a étendu son réseau de chambres de commerce étrangères au Kenya, Ghana et en Angola est une épreuve pour ceci », ajoute-t-il.
Le député du SPD (Parti social-démocrate) invite également à regarder en direction d’autres « défis mondiaux tels que les réfugiés, la migration et la croissance démographique, les crises, le terrorisme et le changement climatique », et de ne pas se focaliser sur l’économie. « La politique allemande en Afrique signifie aussi la justice dans la mondialisation et le commerce mondial », argue-t-il.








