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Souleymane LOUM

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Le président français, Emmanuel Macron, a reçu du beau monde à Biarritz, dans le cadre du sommet du G7. Les puissants y étaient, mais aussi des puissances en devenir, pour causer des grandes affaires de la planète. Mais pas que, on y a travaillé aussi et fait des annonces. Notre continent, l’Afrique, n’a pas été oublié, “Macron l’Africain” tenait à l’associer aux débats. 5 pays africains, représentés au plus haut niveau, ont été conviés. Dimanche 25 août 2019, on a vu aux côtés du chef de l’Etat français les présidents sénégalais et égyptien, Macky Sall et Abdel-Fattah el-Sissi. Il y avait également les émissaires du Burkina Faso, du Rwanda et de l’Afrique du Sud. Mais aucune trace de l’exécutif tunisien…

L’Élysée considère les pays invités comme de vrais “partenaires pour bâtir un partenariat renouvelé, d’égal à égal avec ce continent d’avenir” qu’est l’Afrique, rapporte TV5 Monde. “Le temps où un club de pays riches pouvait définir seul les équilibres du monde est depuis longtemps dépassé“, avait dit Macron lors de son allocution à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2018. Manifestement il est vite passé aux actes…

Pour la Tunisie c’est pas une bonne nouvelle. A part une initiative presque confidentielle du G7 Circle for Tunisia, elle n’a été évoquée nulle part. Rien. Pourtant le pays du jasmin en a des doléances, des demandes et besoins de toutes sortes. Mais même si elle avait été conviée, elle aurait été représentée par qui ? Par un chef d’Etat provisoire – le 3ème depuis la Révolution ? Par un chef de gouvernement par intérim ? Par des ministres qui n’ont d’yeux que pour leur point de chute dans le prochain gouvernement ou leurs candidatures dans les prochaines législatives ? Assurément ce n’est pas la posture idéale pour prendre des engagements sur le long terme au nom de la Tunisie, et son premier partenaire, la France, le sait mieux que tout le monde…

Cette non-invitation dit tout : la Tunisie a intérêt à vite se relever, à se fixer un cap porté par une majorité stable et solide pour que la voix du pays porte. Autrement elle disparaîtra complètement des radars, pendant que ses pairs africains avancent. Et Macron n’attendra pas la Tunisie. Vous me direz que la France ne pouvait pas ignorer le Sénégal pour le G7, un pays qui a une croissance solide depuis des années – aux alentours de 6% -, qui est déjà un grand marché pour les entrepreneurs français et qui l’est encore plus depuis la découverte de grosses quantités de gaz et pétrole pour lesquelles le français Total a raflé de gros contrats. Macron ne pouvait pas zapper non plus l’Egypte, qui occupe actuellement la présidence de l’Union africaine et avec laquelle il a de gros contrats en armement. Le Rwanda, un des champions d’Afrique de la croissance, devait être invité. Idem pour l’Afrique du Sud, 2ème économie du continent africain. La Tunisie a également un partenariat économique très costaud avec la France, mais elle est lourdement handicapée par le flou artistique qui règne, pour la politique comme pour l’économie…
Tous les pays africains que la France a invités sont des nations stables politiquement (des régimes présidentiels, la Tunisie a fait le choix du régime parlementaire avec les gros problèmes que l’on sait) et ont une vision économique sur le long terme. Les partenaires économiques adorent ça. Le Sénégal a même l’argument du PSE (Plan Sénégal Emergent), un programme qui a commencé en 2014, court jusqu’en 2035 et est presque entièrement financé. Les investisseurs et bailleurs aiment ça, cette visibilité. La Tunisie devra trouver les moyens d’offrir ça à ses partenaires. Elle y travaille, on ne peut pas le nier, mais la situation politique délétère est un gros frein, et les choses risquent de se corser après les élections générales, qui démarrent mal avec une pré-campagne électorale d’une violence inouïe…

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Ce qui pose problème avec le cas Nabil Karoui, c’est que ses adversaires politiques directs – pas besoin de les nommer – ont tenté, quoi qu’ils disent, de profiter des amendements de la loi électorale pour le liquider. Il doit sa survie au véto du défunt chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi. Et il est très probable que si ce dernier était encore en vie, cette arrestation à 10 jours de la campagne électorale aurait provoqué encore plus de tollé, et peut-être même qu’elle n’aurait pas eu lieu. Les citoyens ont le droit de se poser des questions, et ont droit à des réponses, surtout depuis l’étrange sortie de Rached Ghannouchi. Après tout on est en démocratie, ou à tout le moins on s’y essaye, alors toutes les questions sont légitimes. Par ailleurs, Karoui n’est pas seul, il a des partisans, et pas peu. Il n’était pas le mieux placé pour rafler la présidentielle – dans tous les derniers sondages – pour rien. Bon, on pourra toujours épiloguer sur ses pratiques, ses méthodes, son populisme, la manière avec laquelle il a engrangé cette popularité, mais s’il doit être combattu et éliminé, ça doit se faire sur le terrain des idées, des programmes, uniquement. S’il y a des partisans du chef du gouvernement, Youssef Chahed, qui pensent qu’il a quelque chose à gagner dans cette interpellation spectaculaire, sur un péage d’autoroute, comme dans un polar américain, un mauvais polar, ils se trompent lourdement. Et ce n’est pas la seule source d’inquiétude pour Chahed…

Quitte ou double

Loin de nous l’idée de défendre le fait qu’il faille l’absoudre de ses turpitudes, si turpitudes il y a. Après tout pour beaucoup de citoyens, la majorité peut-être, si on a affaire à un fraudeur du fisc et un pro du blanchiment d’argent – ça reste à démontrer, je précise -, il vaut mieux qu’il soit stoppé avant l’élection, pour le bien et l’image de la Tunisie. Vous imaginez le tableau si le président de la République devait sursoir ses activités, nationales et internationales, pour répondre à la convocation des juges dans des dossiers aussi explosifs, ou si la justice devait attendre la fin de son mandat – 5 ans ! – pour l’interroger. Mais tout cela ne justifie en rien une instrumentalisation de la justice pour le flinguer. Attention, c’est une ligne rouge ! Dans cette affaire Chahed a grand intérêt, politiquement, à apporter la preuve qu’il n’a pas trempé, de près ou de loin, dans cette accélération phénoménale du dossier judiciaire de Karoui alors que les plaintes courent depuis 2017…

Le ministre de la Justice a d’ailleurs bien évalué la dangerosité de la situation, dans cette période pré-électorale et fait ce qu’il faut, dit-il, pour s’assurer que tout ce qui a été fait avant et pendant cette arrestation est tout ce qu’il y a de plus réglo légalement. Les conclusions de son enquête sont de la plus haute importance pour le chef du gouvernement. Si la procédure est «nickel» et qu’il est établi qu’il y avait urgence à arrêter cet «affreux voyou» dont parle I Watch, les citoyens-électeurs arriveront à digérer cette affaire et à passer à autre chose. Après tout ils en ont vu bien d’autres depuis le 14 janvier 2011 et rien jusqu’ici ne les a empêchés de squatter les cafés et salons de thé, d’aller au stade, au Festival de Carthage, etc. Mais s’il y a une once de preuve sur l’utilisation de la justice pour abattre le «favori» de la présidentielle, ce serait désastreux politiquement pour Chahed. Le bataillon de Karoui pourrait alors soit s’abstenir au prochain scrutin, soit se rabattre massivement sur le concurrent direct du chef du gouvernement, son ministre de la Défense, Abdelkrim Zbidi. Ce dernier aura entre temps claironné partout qu’il vient nous apporter la République de la probité morale, la République exemplaire et vertueuse, celle qui ne manipule pas la justice pour éliminer un adversaire politique, entre autres promesses…

C’est très embêtant…

L’arrestation de Karoui est venue clore le malheureux épisode des nationalités de nos candidats. Une affaire que le chef du gouvernement a sorti de son chapeau pour égayer une campagne électorale qui ne manquait pourtant pas de coups, de pseudo annonces et autres tristes spectacles. Alors qu’il n’est pas fait obligation aux candidats de se séparer de leur deuxième nationalité, Chahed a voulu frapper fort en annonçant qu’il n’a pas attendu d’être choisi par les électeurs pour prendre la place de feu Essebsi, lui a fait le sacrifice suprême avant même de savoir quel sort lui réserve l’élection. Alors que tous les autres – Mehdi Jomaa, Hechmi Hamdi, Elyes Fakhfakh et peut-être Saïdi Aïdi – temporisent. L’annonce était censée produire son effet, électoralement parlant, la nationalité française étant le graal pour un paquet de citoyens, et pas seulement les plus faibles socialement. La Tunisie en est là, hélas. A la limite ça aurait pu marcher si cette affaire n’était pas de la mystification, de l’enfumage, de la poudre aux yeux, Chahed pouvant facilement récupérer la nationalité à laquelle il a renoncé.

Les citoyens ne descendent plus dans la rue, ne manifestent plus, et beaucoup d’entre eux ont perdu jusque dans leur capacité à s’indigner, mais certains gardent les écarts de nos hommes et femmes politiques dans un coin de leur tête et pourraient très bien s’en rappeler le jour du vote et le faire payer aux candidats. Ils pourraient faire payer à Chahed cette triste comédie autour de son pseudo-retrait de la Kasbah, pour laisser Kamel Morjane manoeuvrer le temps de la campagne électorale. Il est vrai que le niveau de culture politique est proche de zéro chez beaucoup de citoyens, et c’est normal, tout cela est tellement récent. Mais tenter de faire croire aux Tunisiens que confier les rênes au président du Conseil national de son propre parti, Tahya Tounes, est une rupture nette avec les affaires du pays c’est infantiliser les citoyens, les prendre pour des idiots et c’est prendre un gros risque politique.

Il est vrai que rien dans les faits, constitutionnellement parlant, n’oblige Chahed à quitter la Kasbah avant l’élection. Les arguments de ses détracteurs sont purement politiques. Mais le chef du gouvernement a un gros problème : il a une faiblesse congénitale du fait qu’il ne tire pas sa légitimité des citoyens à travers un vote direct. Puisqu’il a été fabriqué et installé par Essebsi, ses problèmes ont commencé quand ce dernier s’est mis en tête de le téléguider et quand son fils a voulu lui imposer ses choix. Cette guerre vient d’être relancée et va monter en intensité durant la campagne électorale. Le chef du gouvernement serait en bien meilleure s’il avait le suffrage direct des citoyens-électeurs, et c’est ce qu’il va chercher le 15 septembre 2019, avec les risques que l’on sait s’il se loupe…

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Le scrutin présidentiel risque de se jouer dans un mouchoir de poche tant l’offre est pléthorique, tant l’espace à se partager est menu – à cause de la forte abstention prédite par les derniers sondages – et tant les profils des candidats sont proches. Quand on prend le large éventail des candidats dudit camp progressiste, il est impossible de démêler, dans le fond, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, de ses anciens, ex ou futurs ex-ministres : Abdelkrim Zbidi, Selma Elloumi, Néji Jalloul ou encore Saïd Aïdi. Idem quand on déplace le curseur sur l’ancien chef de gouvernement Mehdi Jomaa : Aucune divergence notable avec Chahed sur des sujets clés. Ce qui reste ce sont des différences de posture qui ne touchent en rien l’essentiel. Les progressistes auraient pu faire l’économie de toutes ces candidatures en s’accordant sur un ou deux noms, ils n’en auront pas la sagesse, et forcément ça affaiblira celui qui émergera du 1er tour. Les candidats du camp islamiste ont exactement le même problème : Abdelfattah Mourou, Hamadi Jebali et Hatem Boulabiar, plus l’ex-chef de l’Etat Moncef Marzouki. Et tous mangent dans le même râtelier, d’ailleurs les parrainages des députés d’Ennahdha le démontrent. Pareil dans la gauche dite extrême, le “défunt” Front Populaire, entre Mongi Rahoui et Hamma Hammami, bonnet blanc et blanc bonnet. Pour le reste, c’est cauchemars en perspective pour l’ISIE et pour les électeurs…

Le peu de crédit qui reste aux hommes et femmes politiques fait qu’il va falloir batailler pour en imposer, pour sortir du lot. Si on y ajoute le prestige et les honneurs qui couvrent le fauteuil du palais de Carthage, il ne fait point de doute que les coups échangés par les challengers seront violents. Les joutes ont d’ailleurs commencé bien avant la période électorale officielle, et personne ne semble s’en offusquer. Zbidi ne s’est pas gêné outre mesure pour “donner le la” de la campagne électorale avant la date officielle en pondant un programme électoral carabiné. Bon, on passe sur la faisabilité de son projet qui a l’ambition de nous faire basculer dans une autre République, nous on s’arrête sur cette auto-publicité politique qui n’est pas censée se faire maintenant. Mais puisque l’ISIE et la HAICA ne semblent pas être heurtées outre mesure, circulons…

Du reste Zbidi n’est pas le premier à enfourcher son cheval, en la matière Nabil Karoui a une bonne longue d’avance. Il a commencé il y a belle lurette ses longues tirades dans la presse, sur la République vertueuse et le modèle social et sociétal qu’il veut instaurer une fois élu. La HAICA avait crié à la publicité politique mais ce sont surtout les infractions et irrégularités de Karoui liées à son autorisation de diffuser qui intéressaient le gendarme des médias. Quant à l’ISIE, elle avait d’autres chats à fouetter manifestement. L’homme d’affaires vient d’en remettre une louche, très subtilement cette fois, en faisant une virée très politique dans les mausolées du pays. Bon, la mayonnaise n’a pas pris auprès des citoyens-électeurs, semble-t-il, mais on peut compter sur lui pour essayer autre chose dans les jours à venir…

La dernière sortie de Chahed n’est pas mal non plus, lui qui est en campagne électorale permanente, dans tous les actes qu’il pose au quotidien, de par sa fonction. Certes l’ISIE et la HAICA ne peuvent rien faire face à ce casse-tête de chef du gouvernement-candidat, à part l’empêcher de sortir du palais de la Kasbah et de faire le moindre mouvement; mais par contre elles pouvaient au moins recadrer les choses après son discours de campagne servi lors du dépôt de sa candidature. Un discours taillé pour régler des comptes avec son ancien camp et même son ancien mentor, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, mais surtout pour théoriser le nouveau moule présidentiel. Si ça ce n’est pas un exposé de campagne électorale avant l’heure, on ne sait pas ce que c’est !

Dans le genre Mehdi Jomaa et Saïd Aïdi ont fait plus soft, mais personne n’est dupe : Eux aussi ont dépassé le stade des starting-blocks et se sont déjà lancés. Jomaa pour le moment déblaye le terrain, avec tous ces sujets brûlants qui lui collent aux basques; donc l’urgence c’est d’éteindre tous ces feux avant qu’ils ne lui reviennent à la figure durant sa campagne électorale. Aïdi, drapé avec son statut de politicien nickel, “propre”, lui qui a refusé d’être un ministre-figurant aux côtés de Chahed, a fait plus fort dans la démagogie et le populisme – Mohsen Marzouk également – en surfant sur la crise de l’eau pendant la fête de l’Aïd. Les oreilles de Chahed ont sifflé, mais c’est de bonne guerre pour ses adversaires, en attendant les ripostes du chef du gouvernement, qui n’est pas maladroit en la matière. Et il sera aidé en cela par une faiblesse notoire de Aïdi, en dépit de toutes ses qualités indéniables : Il a tendance à s’absenter, à se terrer, à se murer dans le silence, quand les autres s’activent, même si c’est pour brasser du vent le plus souvent…

On n’aimerait pas être à la place des membres de l’ISIE et de la HAICA, qui vont devoir monter au front, se coltiner tout cela et arbitrer tous ces excités. A moins qu’ils choisissent le plus souvent la solution de facilité pour pouvoir s’offrir quelques heures de sommeil : Faire semblant de ne rien voir, de ne rien entendre, ce qui n’est pas nouveau pour certains d’entre eux…

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Ce qui est à redouter, à mon sens, après l’événement dont je parle [sa disparition NDD], ce n’est pas le vide politique, c’est plutôt le trop plein !..” avait dit le chef de l’Etat français, le général de Gaulle, en 1962. Le défunt président de la République tunisienne, Béji Caïd Essebsi (BCE), aurait très bien pu prononcer cette célèbre phrase, tant on s’est bousculé pour candidater à l’élection présidentielle. Tout le monde veut y aller, ce qui a donné une pléthore de candidatures, des plus sérieuses aux plus farfelues et loufoques. Cette cohue indescriptible on la doit à l’attrait qu’exerce la fonction de président de la République, même avec des pouvoirs rabotés par la Constitution. Le job garde son charme et son pouvoir de séduction, et la façon qu’avait Essebsi de l’incarner, sa verve, ses coups de gueule mémorables et ses qualités de tribun y sont certainement pour beaucoup. Même après sa disparition il reste la grande vedette, jusqu’au jour de l’Aïd El Kébir où les hommages fusaient de toutes parts et où personne n’a osé manquer à l’appel, à commencer par celui qui le relaie, le président de l’ARP, Mohammed Ennaceur. BCE célébré, presque sanctifié après son décès, il doit s’en délecter là où il est. Reste à savoir si ce rush pour lui succéder fait les affaires du pays…

Le péril progressiste

Nous avons beau chercher et passer à la loupe les candidats à la présidentielle dits progressistes, nous ne voyons pas de différence notable entre le chef du gouvernement, Youssef Chahed, son ministre de la Défense, Abdelkrim Zbidi, son ex-ministre du Tourisme, Selma Elloumi, son ancien ministre de la Santé Saïd Aïdi, l’ancien chef de gouvernement Mehdi Jomaa, Mohsen Marzouk, etc. Toutes ces personnalités n’ont aucune différence de fond dans la manière de concevoir la République et ses valeurs, et le contenu programmatique de leur campagne électorale sera la même, à peu de choses près. Pour le reste, le cadre étroit tracé pour le chef de l’Etat, par la Constitution, fera le reste et posera les garde-fous. Donc les citoyens vont difficilement se laisser embarquer par les promesses mirobolantes qu’aucun candidat ne pourra tenir.

Si on était dans une démocratie qui fonctionne, le camp progressiste trouverait les moyens d’accorder ses violons pour pondre à ses partisans une ou deux candidatures tout au plus. Mais voilà, les querelles de personne et les ambitions très personnelles des uns et des autres ont produit l’inévitable choc des égos, surdimensionnés. Tout le monde veut briller, diriger sa propre chapelle. Pour l’union et les appels à soutenir le mieux placé, on verra au 2ème tour, éventuellement. Le souci c’est qu’entre temps cette cacophonie, avec toutes ces candidatures superflues, risque d’émettre des signaux de division profonde qui pourraient démobiliser ce qui reste de l’électorat progressiste, quand on sait que l’autre frange a déjà décidé de rester chez elle le jour du vote, quoi qu’on lui promette, selon les sondages.

Il y a le feu chez les islamistes

Ennahdha a sorti de son chapeau Abdelfattah Mourou, le président par intérim du Parlement, pour défendes ses chances à la présidentielle. Il n’est peut-être pas prophète parmi les siens et fait face à une résistance interne, mais il fera parfaitement l’affaire pour des islamistes qui draguent l’électorat moderniste auprès de qui Mourou a la cote. Le hic c’est que l’ancien secrétaire général du mouvement et ancien chef de gouvernement, Hamadi Jebali, était parti avant et se dépense sans compter pour tenter de convaincre. Même étiqueté indépendant, il risque de parasiter le chemin de Mourou. Et puis il y a Moncef Marzouki, qui avait bénéficié d’un large soutien des islamistes en 2014, ce qui ne l’avait pas empêché d’être écrasé par Essebsi. De tous ces soutiens il doit bien rester quelque chose, et ce d’autant plus que Marzouki et Ennahdha se partagent l’électorat du Sud. Les islamistes ont eux aussi un gros problème…

Et puis il y a les remous internes, autour de la personne du leader historique, Rached Ghannouchi, fragilisé par sa sortie programmée, imposée par la limitation des mandats à la tête du mouvement. La relève lui mord déjà les mollets et cache de moins en moins son impatience de le voir s’effacer, notamment Abdellatif Mekki mais il est loin d’être le seul. A 78 ans Ghannouchi s’est mis en tête d’entamer une carrière de député. Très risqué au regard des fortes têtes qu’il va devoir affronter aux législatives, dans la circonscription de Tunis 1 : la terrible Samia Abbou, l’intraitable veuve de Chokri Belaïd, Besma Khalfaoui… Si Ghannouchi rate sa cible et tombe, il pourrait être dévoré par les loups qui lui courent après…

Hatem Boulabiar, un ex-membre de la Choura d’Ennahda, a dit qu’aucun des postulants à la présidentielle, en raison de leur nombre et du peu de confiance qu’ils inspirent aux citoyens, ne fera aussi bien que Essebsi en 2014. Il y a de fortes chances que les faits lui donnent raison, comme l’ultime pied-de-nez de BCE à une classe politique qui aura jusqu’au bout douté de son statut de digne héritier de Habib Bourguiba. BCE tient peut-être sa vengeance d’outre-tombe…

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Pour un poste dont on dit qu’il n’offre pas beaucoup de pouvoirs, en vertu du régime qui est le nôtre, la présidence de la République est très courue. Bon, le job est super bien payé, plutôt peinard puisqu’on se contente “d’inaugurer les chrysanthèmes” et de pousser des gueulantes sur quelques sujets importants, mais ça n’explique pas cette cohue aux portes du palais de Carthage. Décès du chef de l’Etat oblige, on a eu une inversion du calendrier électoral qui fait naitre l’espoir chez certains candidats que la présidentielle enclenche une dynamique qui influe sur le cours des législatives. Et là pour le coup les enjeux autour du pouvoir, le vrai dans ce système parlementaire, sont énormes. En quelques heures beaucoup de suspenses ont été levés. D’abord le président du Parlement, Abdelfattah Mourou, du mouvement Ennahdha, qui a enfin eu l’aval de son camp, après moult contorsions et calculs. Il n’aurait pas dû être là, c’est Rached Ghannouchi qui en rêvait, il voulait le fauteuil présidentiel à tout prix mais c’est le fauteuil qui n’a pas voulu de lui. Ensuite il y a eu la candidature du ministre de la Défense, Abdelkrim Zbidi, qui est déjà dans la peau du candidat-cogneur avec un staff qui compte quelques tontons flingueurs. Enfin il y aura, à n’en pas douter, le saut du chef du gouvernement, Youssef Chahed. Un saut dans l’inconnu, entre des récifs dangereux…

Zbidi est l’outsider pas excellence, un austère patron de la Défense efficace sans doute mais qui ne payait pas de mine; il y a à peine quelques mois il ne présentait aucun danger pour le chef du gouvernement car n’exhalant aucune once d’ambition politique, c’est dire à quel point le chef du gouvernement ne l’aura pas vu venir, et il n’est pas le seul ! Comme personne n’a vu venir ceux qui sont allés souffler à l’oreille du ministre de la Défense que son profil d’indépendant bourré de diplômes et sa stature d’homme propre qui ne cache aucune turpitude dans les placards peuvent avoir leur brin de succès en ces temps de discrédit total de toute la classe politique. Chahed a pu neutraliser Kamel Morjane en le cooptant, il ne pourra rien faire face à Zbidi. C’est le dernier coup de ce qui reste du camp du défunt chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, pour faire payer au chef du gouvernement ses bravades et ses dites “trahisons“, un coup qui pourrait lui être fatal.

Le retard pris par Chahed pour annoncer sa candidature à la présidentielle s’explique certes par les mauvais sondages et la nécessité de maquiller jusqu’au bout son bilan, mais il y a aussi la crainte, fondée, de toutes ces candidatures dans l’aile dite progressiste : Abir Moussi, Mehdi Jomaa… et maintenant Zbidi. Et de toutes c’est sans doute celle du ministre de la Défense qui est la plus dangereuse. Certes Zbidi ne brille pas par son charisme, ses qualités de tribun qui soulèvent les foules et la maitrise de quelques ficelles populistes très utiles, ce que du reste avaient les anciens présidents (Bourguiba, Essebsi et même Marzouki à certains égards). Ce sont des choses qui comptent dans une campagne électorale, et de ce point de vue Chahed est beaucoup mieux loti. Mais le ministre de la Défense a quelque chose que n’a plus le chef du gouvernement : La crédibilité politique, qui s’est étiolée au fil du temps.

Il ne faut pas croire une seconde Slim Azzabi, le secrétaire général de Tahya Tounes, quand il dit que la surprise du chef de Zbidi ne les empêche pas de dormir; il ne peut pas l’admettre publiquement, trop mauvais pour le moral des troupes, mais le fait est que le ministre de la Défense les terrorise. Chahed sait depuis qu’il a assumé son destin politique personnel, en quittant le giron de son mentor, feu le président de la République, qu’il ne rassemblera pas tous les progressistes sous sa bannière, mais de là à se farcir la candidature de son ministre de la Défense, c’est une mauvaise nouvelle à laquelle il n’était pas préparé. Pourtant il devra y aller. Trop de gens ont lâché trop de choses et trop travaillé pour lui pour qu’il puisse leur faire bond au dernier moment. Ses partisans ne comprendraient pas, et ne le lui pardonneraient pas. Pour Chahed lâcher maintenant serait un enterrement politique en première classe.

Zbidi n’est pas la seule catastrophe pour Chahed, il y a Mourou également. Il y a à peine quelques mois le chef du gouvernement faisait partie des présidentiables d’Ennahdha. Puis il y a eu les déclarations péremptoires des camarades de Chahed, enhardis par les bons sondages : Tahya Tounes n’allait jamais s’allier avec les islamistes. Entendez par là qu’ils ne trahiront pas leurs électeurs, comme l’a fait le Nidaa Tounes de Essebsi. Certes c’était plus une posture politique qu’autre chose, pour d’abord gagner le coeur de la dite gauche avant de songer à des alliances, mais cette tonalité était suffisante pour briser l’entente entre Chahed et les islamistes, qui avaient opportunément imposé son gouvernement contre la volonté du chef de l’Etat. Puisque la confiance ne règne plus, Ennahdha s’est finalement dit qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même et qu’on jamais aussi bien qu’entre gens de même obédience. C’est ce qui explique le choix de Mourou pour la présidentielle. Les islamistes pourraient faire la même chose pour le palais de la Kasbah, si leurs électeurs leur donnent une majorité même relative…

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L’unanimisme qui a marqué les funérailles du président de la République, Béji Caïd Essebsi (BCE), avec un déluge d’hommages d’ici et d’ailleurs, interdit pour l’instant de revendiquer un droit d’inventaire. Mais le bilan exhaustif de BCE, ce qu’il a fait de bon et de moins bon, viendra forcément. C’est un passage obligé à ce niveau de responsabilité. Même le leader historique Habib Bourguiba y a eu droit, alors il n’y a pas de raison que Essebsi y échappe. En attendant cette inéluctable reddition des comptes, arrêtons-nous sur les rendez-vous manqués qui éclairent notre propos du moment.

Le défunt chef de l’Etat, et c’est un fait, a atomisé le camp des dits progressistes; il a “tué” ou laissé mourir sa création, son oeuvre, Nidaa Tounes. D’abord en s’alliant avec les islamistes, ce que beaucoup de militants ne lui ont jamais pardonné et ils l’ont d’ailleurs quitté pour ça. Ensuite en refusant obstinément de mettre le holà sur les actes destructeurs de son fils à la tête du parti, Hafedh Caïd Essebsi. Enfin en entretenant, jusqu’au bout, même quand ses forces déclinaient, le suspense sur ses intentions à la présidentielle de 2019 et en restant jusqu’à la fin le candidat officiel de son parti. Ce qui a barré la route aux autres poulains du camp dit progressiste et empêché de préparer la relève. Résultat des courses : Les prétendants sont partis dans le tard et aucun n’émerge. Le seul qui profite de cette situation dantesque est Nabil Karoui. Pour tous les autres qui ont côtoyé BCE la mort politique guette…

Le “petit” qui rêvait d’être grand

On avait prédit que Essebsi fils ne survivrait pas, politiquement, à la disparition de son papa, rien n’est venu étayer le contraire. On voit bien qu’il tente de mettre à profit l’émotion de la disparition du chef de l’Etat pour se glisser dans le costard du fondateur du parti, mais il est trop grand pour lui. N’est pas “Si El Béji” qui veut ! Il n’a pas l’étoffe, le talent, la verve et les qualités de tribun du papa, capable d’émerveiller son auditeurs et de scotcher ses contradicteurs. Hafedh lui joue dans la cour des petits, et ce ne sont pas ses posts Facebook récurrents pour parler des sujets les plus importants, fuyant comme la peste les plateaux télé, qui vont inverser la tendance.

Mais il a fini, tout de même, par comprendre une chose, après tous ces sondages qui le classent systématiquement parmi les politiciens les plus impopulaires : Les fonctions électives ne sont pas faites pour lui. En 2014 il avait bien essayé de jouer des coudes pour arracher l’investiture de son parti aux législatives, ses camarades l’avaient prié d’aller jouer ailleurs. En 2017 il avait failli tenter le coup aux législatives partielles d’Allemagne, mais avait reculé au dernier moment pour s’éviter une déroute qui allait stopper net sa courte carrière politique. En 2019 il a décidé, tout seul, qu’il n’allait pas conduire une liste aux législatives. Très sage décision. Cette pointe de sagesse l’aidera peut-être à entretenir pendant un certain temps l’illusion sur sa capacité à porter le lourd héritage de son père, mais il faudra un vrai arsenal pour aller plus loin, et il ne l’a pas.

Si Chahed et les siens avaient su…

La main que BCE avait tendue à son ex-protégé, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, lors du Congrès de Monastir avait été trop molle pour que ce dernier la saisisse. Et puis le geste était intervenu trop tardivement, le projet Tahya Tounes était allé trop loin pour que ses initiateurs acceptassent de le dissoudre dans Nidaa Tounes. Mais il faut dire aussi qu’à l’époque la cote de popularité de Chahed tutoyait les sommets, ce qui explique sans doute l’outrecuidance de certains de ses partisans qui se gaussaient de cet homme finissant, Essebsi, qui voulait rouler le jeune loup dans la farine en l’invitant à enterrer la hache de guerre. Il est évident que si ceux qui ricanaient et se pavanaient, gonflés à bloc par les enquêtes d’opinion, avaient pu lire dans une boule de cristal pour voir la future descente aux enfers de Chahed dans les sondages, ils n’auraient pas refusé avec autant d’insolence la proposition de Essebsi.

Chahed a fait le choix de se cramponner à son fauteuil de chef de gouvernement presque jusqu’aux élections, avec pour objectif de s’arroger toutes les réalisations, voire un vrai sursaut économique, pour faire de son bilan son meilleur argument électoral. Pari raté manifestement. Certes il pourra toujours revendiquer, très justement, tout le bien que dit de l’économie le gouverneur de la Banque Centrale, et que Chahed a d’ailleurs martelé dans sa dernière sortie télévisée, mais le hic c’est que le citoyen ne le perçoit pas ainsi. Et c’est le citoyen qui vote, avec pour seul guide sa perception. Le chef du gouvernement, de ce point de vue, est mal barré…

Il a fait un autre choix très risqué : Faire l’impasse sur les législatives pour se focaliser sur la présidentielle. Il pourrait se louper, à en croire les sondages, or il ne faut pas qu’il se loupe. Un mandat électif c’est la sève nourricière de tout homme ou femme politique, ce qui lui confère sa légitimité. Si Chahed rate la marche de la présidentielle, il pourra difficilement tenir durant 5 longues années – en Tunisie ça compte double du fait du difficile apprentissage de la démocratie et de la violence des coups ! – face à certains de ses administrés qui eux auront au moins leur mandat de député en bandoulière. Chahed n’est même pas un fondateur de Tahya Tounes, ils ont confectionné le costume et le lui ont mis. En fait c’est un simple invité que son statut de chef de gouvernement a mis sur un piédestal. La magie pourrait ne pas durer s’il sort de la Kasbah et rate son atterrissage au palais de Carthage.

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Tout ce tintamarre autour des amendements de la loi électorale, toute cette pression folle sur le vieux briscard que pourtant tout le monde savait malade – eh oui, l’univers de la politique a une cruauté qui n’obéit à aucune rationalité -, puis plus rien. Silence… de mort. Le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), s’est retiré sur la pointe des pieds, laissant détracteurs, soutiens et toute une nation dans le désarroi le plus total, face à un avenir dont personne ne sait de quoi il est fait. Pour le chef de l’Etat défunt, sa plus grande victoire aura finalement été de forcer tout le monde, même ses adversaires les plus coriaces, à lui rendre un hommage appuyé et qui ne souffre d’aucune ambiguïté, quelles que soient les rancoeurs. La disparition de cet homme, au brillant parcours, quoi qu’on pense de lui, interdit toute fausse note. Il est parti avec panache, brio, un 25 juillet, en pleine célébration de l’avènement de la République, donc qu’on le veuille ou non tout le monde se souviendra forcément de lui, au moins une fois tous les ans. A voir tous ces messages qui affluent, du monde entier, son ex-compagnon Rached Ghannouchi, président d’Ennadha, doit mesurer, avec amertume, la distance qui le sépare de BCE. Mais il n’est pas le seul. Essebsi est parti en laissant un paysage politique sinistré…

Gueule de bois pour les pro-amendements

Maintenant on le sait : le chef de l’Etat était vraiment souffrant et était dans l’incapacité d’examiner sérieusement et encore moins parapher les amendements sur sa table. Douloureux réveil pour les pro-amendements et les théoriciens d’un président téléguidé par son fils. Personne n’aimerait à leur place. In fine c’est le fait de valider la nouvelle loi électorale, dans l’état dans lequel était BCE, une décision qui engage le devenir de toute une nation, qui aurait été la pire chose pour la République et sa transition démocratique. Maintenant on le sait, mais après de sacrés dégâts provoqués par des rumeurs folles sur le “cabinet noir” derrière le président, des bruits qui ont divisé un peu plus le pays, et ce ne sont pas les appels à l’unité nationale après la disparition du président de la République qui vont y changer quelque chose. Le mal est fait !

Chahed est éploré, et il a bien raison

Personne n’a pas pu passer à côté du visage marqué du chef du gouvernement, Youssef Chahed, derrière le président du Parlement, Mohammed Ennaceur, quand ce dernier s’adressait à la nation suite au décès de Essebsi. Un Chahed manifestement au bord des larmes et qui se retenait très difficilement. Dans sa tête se bousculaient un tas de choses. Il y avait certainement la douleur très sincère suite au décès de l’homme qui l’avait choisi, à la surprise générale et imposé à la Kasbah. Il y avait aussi certainement des réflexions sur la manière avec laquelle ils s’étaient fâchés, séparant leurs routes. Une dispute qui parait si dérisoire, si futile, maintenant que le combat a cessé faute de combattants. Jusqu’au bout, jusqu’à la fin, BCE et son entourage ont refusé de communiquer directement avec Chahed. Ce dernier devait aussi penser à son destin politique, qui part mal avec les intentions de vote que l’on sait dans les derniers sondages. Rien à voir avec une concurrence qui brille, notamment Nabil Karoui, que rien ne peut désormais empêcher de briguer le fauteuil de Carthage, rien à part de gros ennuis judiciaires…

La désillusion de Intissar Kheriji

La fille de Ghannouchi, Intissar Kheriji, comptait sur le chef de l’Etat par intérim, Mohammed Ennaceur, pour parapher les fameux amendements que Essebsi avait “pris en otage”, selon les islamistes et les partisans de Tahya Tounes. Ces amendements ils n’en verront pas la couleur. Ennaceur ne fera rien, très vraisemblablement. D’abord parce qu’il parce qu’il n’en aura pas le temps; il débarque très tard, à 3 jours de la dite limite fixée par l’ISIE pour la publication de la loi électorale amendée dans le Journal Officiel. Mais plus important encore : il n’en a pas la volonté. Lui et son camp, Nidaa Tounes, du moins ce qui en reste, n’ont aucun intérêt à barrer la route à Karoui, un ex-cadre du parti et qui reste finalement leur meilleur atout pour rester dans le système après des élections que les nidaïstes sont presque sûrs de perdre…

La tragédie du fils

Hafedh Caïd Essebsi est assurément le grand perdant suite à la disparition de son père. Lui qui a toujours été considéré par la plupart de ses camarades comme un cheveu dans la soupe, qui s’est hissé là où il est par la seule force de son patronyme, sans aucun mérite ni politique ni de par son parcours professionnel, a de bonnes raisons de se faire du souci pour son avenir. Il part aux élections avec un parti morcelé, fracassé et sans son papa-bouclier. Le fondateur de Nidaa Tounes avait promis de requinquer le parti, de le réunir et de faire battre de nouveau le coeur des militants, son déclin physique ne lui en laissera pas le temps. Les taches sur son florissant passé politique auront été le lâchage du parti qu’il a bâti de ses mains après son installation à Carthage, son refus réitéré de stopper son fils et les gros dégâts qu’il a provoqués, son incapacité à rebâtir le “Nidaa historique” et à ramener au bercail Youssef Chahed, alors qu’il en avait les moyens à tous les niveaux…

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Surpris, désarçonnés, sonnés mais surtout outrés, énervés. C’est l’état d’esprit des adversaires du chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), face à ce qu’il faut bien qualifier de coup politique majeur et savamment porté, puisqu’il polarise toute l’attention, fige les tactiques et stratégies des uns et des autres et prend en otage les prochains scrutins. C’est la dernière facétie du vieux lion de Carthage, qui joue là à fond une des rares cartes que lui donne la Constitution. Ce texte fondamental que ses artisans ont présenté comme l’un des meilleurs du monde, ils n’avaient certainement pas idée de ses nombreux pièges et écueils, et des situations de blocage institutionnel qu’il pouvait engendrer. On y est ! Pourtant les rédacteurs de la Constitution, notamment les islamistes, majoritaires à l’époque, se sont donné un mal fou pour donner le minimum de pouvoirs au président de la République. Et bien ce minimum suffit aujourd’hui à paralyser les projets de ceux qui ont pesé de tout leur poids pour amender la loi électorale. Nabil Karoui n’en profitera pas, peut-être, mais ses adversaires non plus, et certainement pas la Tunisie qui n’avait vraiment pas besoin de ce combat politique mortifère.

Les détracteurs de BCE sont d’autant plus outrés et énervés par ce coup auquel ils ne s’attendaient qu’ils n’ont aucune arme politique ou constitutionnelle pour trouver la parade. Ils ont beau colporter que le président de la République n’est plus maitre de lui-même, qu’il est téléguidé et manipulé par son fils, Hafedh Caïd Essebsi – des accusations dont ils n’ont pas apporté la preuve par ailleurs -, le fait est qu’ils n’ont aucun moyen de riposter. La voie constitutionnelle est obstruée, en l’absence de Cour constitutionnelle, par leur faute, ce que d’ailleurs se plait à leur rappeler le cabinet du président de la République; quant aux leviers politiques qu’ils pourraient actionner, leur impopularité attestée par toutes les enquêtes d’opinions le leur interdit. Toute manoeuvre grossière pourrait leur attirer les foudres des citoyens, qui pourraient avoir de la sympathie pour le “vieux” que les jeunes loups malmèneraient, brutaliseraient, et tout le personnel politique est conscient de la délicatesse de la situation.

BCE, son entourage et Nidaa Tounes n’ont certainement pas digéré le “coup de force constitutionnel” du chef du gouvernement, Youssef Chahed, quand il a fait valider par le Parlement sa nouvelle équipe sans le consentement de celui qui l’avait “fabriqué” et installé au palais de la Kasbah. En politique aussi “la vengeance est un plat qui se mange froid“. Bon, les intérêts commandent parfois de taire ses états d’âme, ses rancoeurs pour pactiser, même avec le Diable, mais les politiciens n’en restent pas moins des humains et ne se privent pas, à l’occasion, de retours de manivelle. Manifestement le président de la République et son camp n’ont pas l’intention, sur cette affaire des amendements de la loi électorale, de laisser passer leur tour. Et la position de l’ISIE, qui a sèchement fermé la porte aux injonctions du parti majoritaire à l’ARP, Ennahdha, rappelle à tout le monde que le chef de l’Etat, quel que soit le jugement qu’on a sur lui, reste le maitre du jeu. C’est ainsi.

Ceux qui arguent que Hafedh Caïd Essebsi souffle à l’oreille de son père n’ont pas tort, au moins pour cette raison : Lui et les siens, qui ont cramé le peu de crédit qui leur restait, ont tout à fait intérêt à ce que Karoui prenne part à la course électorale. Certes le fondateur de Nessma TV a son propre label, mais il demeure, comme l’a rappelé Néji Jalloul, un produit de Nidaa Tounes et rien n’empêche ses ex-compagnons de l’adouber pour les prochaines élections. C’est même la seule carte des nidaïstes pour continuer à exister, d’après les sondages. Alors oui, il est fort possible que le parti bâti par BCE fasse pression sur ce dernier, mais à ce qu’on sache la tactique, même honteuse, n’est pas un crime en politique, comme ne le sont pas du reste les manoeuvres de Tahya Tounes, Ennahdha et compagnie pour liquider leur plus sérieux concurrent, Nabil Karoui…

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Au grand malheur des partisans de Nabil Karoui, qui caracole toujours en tête de tous les sondages – pour la présidentielle et les législatives -, les carottes semblent être cuites pour le fondateur de Nessma TV. Je ne parle pas ici de son destin judiciaire, je ne me le permettrai pas, c’est l’affaire des juges, je parle de son destin politique. Du moins dans l’immédiat. En effet le businessman – certains parmi ses accusateurs diraient affairiste -, dont on a découvert les talents pour la mise en scène – ça sert en politique ! – lors de son premier passage au pôle judiciaire financier, est très mal embarqué pour son agenda électoral. Vu le paquet de charges que la justice lui a mis sur le dos, et sachant que la justice a un temps qui n’a rien à voir avec le temps médiatique ou le temps politique, Karoui en a pour un moment avant d’être définitivement sur son sort, qu’il soit relaxé in fine ou condamné. Et d’ici là il y a de fortes chances que tous les dés électoraux soient jetés, même si BCE lui fait la fleur de refuser d’avaliser l’amendement de la loi électorale, ce qui est du reste très peu probable…

Karoui a bien compris la délicatesse de la situation, ce qui explique sans doute qu’il ait appelé le président de la République, Béji Caïd Essebsi (BCE), à ouvrir la voie d’une consultation populaire -référendum – pour trancher sur la question de ces fameux amendements qui l’empêchent de prendre part à la course électorale. Entre temps il y a ce sondage de Sigma Conseil qui dit que la majorité des citoyens rejettent le tripatouillage de la loi électorale. Ça tombe bien pour Karoui. Sauf qu’entretemps aussi il y a les ennuis judiciaires, et ils sont très gros. On voit mal comment, même si BCE met son véto sur les amendements, le candidat Karoui pourrait interrompre ses meetings et autres démonstrations médiatiques pour aller causer avec le juge. C’est techniquement impossible et moralement condamnable.

Les “orphelins” de Karoui sont leur pire menace

Les adversaires de Karoui – Youssef Chahed, Rached Ghannouchi et compagnie -, quoi qu’ils en disent, avaient certainement des arrière-pensées politiques quand ils ont mis en branle l’appareil législatif pour contre-carrer les plans de l’homme d’affaires, mais il est très probable que ce dernier aurait fait la même chose s’il était à leur place. En politique les coups de ce type ne sont pas des crimes, loin de là, c’est même un mode de survie presque unanimement admis par les coutumes de ce milieu très spécial. Si on ne le comprend pas on n’a pas sa place dans ce monde impitoyable. Par contre les concurrents de Karoui auraient tort de penser que le fait de l’éjecter leur assure le sacre aux rendez-vous d’octobre et novembre 2019. Les enquêtes d’opinions, qui leur sont très défavorables et l’insignifiante mobilisation aux municipales partielles du Bardo sont là pour leur rappeler qu’ils n’ont rien à gagner dans la disparition de Karoui…

Avec un tel niveau de désenchantement, il est plus que probable que les voix de “l’ex-patron” de Nessma TV iront soit aux candidats qui se seront maintenus – Kaïs Saïed, Abir Moussi, etc. -, soit iront gonfler les rangs des abstentionnistes, déjà très garnis à en croire les enquêtes. Mohsen Marzouk, le leader de Machrouu Tounes, théoriquement un allié du chef du gouvernement, est tellement effrayé par l’impopularité croissante de Youssef Chahed et le mauvais décollage de Tahya Tounes qu’il a demandé, le 12 juillet 2019 sur Express FM, au locataire de la Kasbah de quitter immédiatement les lieux pour limiter les dégâts, pour ne pas que les citoyens lui collent tout ce qui ne va pas dans le pays. Un conseil qui a très peu de chances d’être suivi par Chahed et qui de toute façon vient trop tardivement…

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L’effervescence autour de la maladie du chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), est retombée. Bon, il y a les messages et télégrammes de ses pairs étrangers qui continuent de tomber – dernièrement le roi du Maroc, le président turc, le Premier ministre du gouvernement d’union nationale libyen, le président du Conseil des ministres italien… -, mais on est loin de l’agitation de cette folle journée du 27 juin 2019 où la non moins folle rumeur avait enflammé les esprits : “le président de la République est décédé“. L’affaire a même commencé à prendre dans les journaux étrangers. Elle commençait à devenir incontrôlable. Du côté de la présidence de la République, à part un communiqué laconique sur le fait qu’il n’en est rien et que l’état de BCE est stationnaire, on s’est bien gardé de sortir la moindre photo du président entouré de ses médecins – ça viendra plus tard -, pour apporter la preuve qu’il est bien en vie. On peut soupçonner le staff de Essebsi d’avoir laissé monter la sauce, d’avoir certains oiseaux de mauvais augure s’enfoncer en dissertant sur le décès du président, pour mieux contre-attaquer avec des clichés sur un BCE fringuant, posant fièrement aux côtés de ses toubibs. Les images chocs, il n’y a que ça de vrai en politique ! Pour le reste, les enseignements de cette affaire sont nombreux…

D’abord il y a l’éveil presque miraculeux du chef de l’Etat; pour quelqu’un qui était donné pour mort, le terme de miracle n’est pas trop fort. Cette affaire a même valu à BCE un élan de sympathie, une compassion et une popularité qu’il n’avait pas connus depuis belle lurette. Cela lui a certainement fait beaucoup de bien, lui qui avait oublié le goût des bonnes opinions dans les sondages. Il ne lui reste maintenant qu’à gérer le reste de son mandat, très tranquillement et surtout se garder de jouer les empêcheurs de tourner en rond, pour se retirer sur la pointe des pieds – sortir par la grande porte diraient certains -, puisque sa maladie vient de balayer les derniers doutes sur sa capacité à rempiler pour un second mandat. Que laissera celui qui a tout fait pour mériter le glorieux statut de digne successeur de Bourguiba ? Et bien il laissera un champ de ruines…

Que des perdants

D’abord Ennahdha, un mouvement qui a perdu sa belle assurance suite à une avalanche de sondages de tous bords qui ne lui prêtent plus le premier rôle. Les islamistes sont tellement déboussolés que la fille du leader, Rached Ghannouchi, s’est enhardie à des calculs politiques d’un très mauvais goût suite à ce qu’elle a pris pour la disparition physique du chef de l’Etat et qu’elle a relayée sur les réseaux sociaux. Une affaire fâcheuse qui ne soignera pas la cote du mouvement qui fait au mieux 15% dans les intentions de vote pour les législatives, là où elle trônait avec au moins 30% il n’y a pas si longtemps. Les temps sont durs pour Ghannouchi et compagnie, au point qu’ils sont tentés de se rabattre sur l’ancien président Moncef Marzouki, pas au meilleur de sa forme dans les enquêtes d’opinions.

Ensuite il y a les héritiers de BCE, en premier son fils, Hafedh Caïd Essebsi, qui a littéralement saccagé le parti, Nidaa Tounes, avec un morcellement qui semble presque gravé sur le marbre, et un point de non retour qui a été franchi et que Essebsi n’a plus la force de corriger. Il avait promis de reprendre en main sa création, de rassembler tout le monde et d’organiser des élections internes tout ce qu’il y a de plus démocratiques. C’était sans compter sur son déclin physique et le calendrier très serré qui nous a déjà, de fait, plongé dans l’effervescence électorale sans qu’on sache si la situation sera meilleure après octobre et décembre 2019. Certains, beaucoup même, prédisent le pire…

Enfin il y a le fils prodige, Youssef Chahed, qui a profité de la guerre imbécile que lui faisait le fils biologique du chef de l’Etat pour prendre son destin en main et tailler la route tout seul. Pour l’instant ça ne lui réussit guère, à en croire les sondages, et il se pourrait que l’aventure tourne court très prochainement. En attendant il fait ce qu’il peut, fait feu de tout bois, mais il y a toujours cette impression qu’il verse de l’eau dans un récipient troué de partout, la Tunisie étant devenue un océan de problèmes, et ce n’est pas de sa faute très objectivement

C’est tout cela que BCE laissera. Un pays qui pourrait, dans quelques mois, tomber dans les bras d’un gloubi-boulga de candidats dits anti-système et indépendants, qui ne seraient pas du sérail. Le chef de l’Etat doit certainement y songer, au crépuscule de sa vie politique. Il doit aussi certainement penser à ce parti, Nidaa Tounes, qu’il n’a pas su ou voulu sauver, à ces tas de rendez-vous manqués, à ce pays qu’il aurait certainement pu mieux servir, même s’il lui a indéniablement rendu de grands services, notamment après le départ précipité de Ben Ali. Essebsi et ses satisfactions, ses remords, ses regrets; à côté la Tunisie et ses ennuis, très gros. C’est le seul horizon qui se présente à nous en ce 10 juillet 2019…

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On a vu Ennahdha, à travers un communiqué émis le 20 juin 2019, parader suite à ce qui lui semblait être une victoire : Le vote des amendements de la loi électorale. Le mouvement a même congratulé pour cela les députés, qui auraient rendu je ne sais quel service à la jeune démocratie. Ennahdha a eu tort de s’exalter, car l’affaire est loin d’être pliée. Mis à part le long tunnel du combat constitutionnel, qu’un groupe de députés a déjà ouvert, il y a les retombées politiques, lesquelles sont porteuses de sacrés dégâts pour un pays déjà très instable socialement et politiquement. La Coalition nationale et Tahya Tounes, le parti du chef du gouvernement, Youssef Chahed, l’ont d’ailleurs bien compris et se sont bien gardés de claironner sur les toits le dit triomphe au Parlement. Le chef de l’Etat s’est engagé, à plusieurs reprises, à ne pas mettre des bâtons dans les roues du processus démocratique, et il l’a prouvé en s’écartant pour laisser passer le gouvernement qui lui avait été imposé par Chahed; il l’a prouvé également en évitant toute démarche pour changer le régime politique alors qu’il en a une très forte envie. Cette fois aussi il pourrait signer ce qu’on lui demande de signer, sans moufter, ou très peu, mais cela ne signifie pas la fin des ennuis…

Le ver est dans le fruit, et il est gros

Quoi qu’il en soit et quoi que fassent l’Instance provisoire de contrôle de la constitutionnalité des lois et le président de la République, le ver est dans le fruit et les problèmes sont devant nous, gros comme une montagne. Nabil Karoui, Abir Moussi et tous ceux que ces amendements pourraient écarter de la course électorale sont devenus des pépins depuis que les députés ont eu la mauvaise idée de laisser dormir ces textes dans leurs tiroirs, depuis janvier 2019. Faire le boulot à quelques mois des élections, dans un contexte où les sondages sont très bons pour les prétendants et très mauvais pour la majorité en place, peut difficilement passer pour autre chose qu’un artifice pour éliminer des candidats.

Le combat de Ghannouchi pour la survie

Jusqu’à la veille du fameux vote à l’ARP, Karoui, dans une enquête d’opinions, distançait largement ceux qu’il qualifie de tenants du système. C’est peut-être ce qui explique l’exaltation de Ennahdha, comme si elle avait écarté un gros danger qui plane sur les islamistes. Il est vrai que la fin tragique de Mohammed Morsi n’est pas de nature à rasséréner ses frères tunisiens et leur rappelle que pour eux il n’est jamais bon de perdre le pouvoir. Même si Rached Ghannouchi n’est pas Morsi et l’Egypte n’est pas la Tunisie. Le président d’Ennahdha sait très bien que les voix des partisans de Karoui n’iront pas à Ennahdha si le fondateur de Nessma TV est disqualifié, mais pour lui à ce stade ce qui compte c’est de neutraliser ces électeurs, de faire en sorte qu’ils sortent du jeu et qu’ils n’exécutent pas le vote sanction qu’ils brandissent. Ghannouchi se contenterait même d’un second rôle, d’une abstention forte, l’essentiel étant de rester dans le cercle décisionnaire…

Les calculs de Ayari et compagnie

Ceux qui s’agitent pour faire sauter ces amendements eux rêvent d’y rentrer, dans ce cercle décisionnaire. Ne nous leurrons pas, tout ce bruit s’explique pour certains par la défense des idéaux de la démocratie, certes mais la plupart sont mus par des enjeux beaucoup moins avouables. Pour Yassine Ayari et les autres, Karoui c’est la bonne carte pour bousculer l’ordre établi et exister enfin aux côtés de l’ogre Ennahdha et des autres, voire même les supplanter. Cette montée des candidats dits anti-système que personne n’a vu venir et qui terrorise les ténors en place est une chance pour ceux que ce régime parlementaire a laissé sur le côté. Et dans une logique de renvoi d’ascenseur qui est le lot de la politique, et pas uniquement en Tunisie, soutenir Karoui pourrait être payant.

Nidaa se tait, pour une bonne raison

Enfin à côté de la joie de Ghannouchi il y a l’étrange silence de Nidaa Tounes. Pas un mot depuis le vote de ces amendements, alors que Néji Jalloul avait clairement fait comprendre que Karoui était un des leurs, et même un des dirigeants du parti et qu‘il pourrait tout à fait être leur poulain pour la prochaine présidentielle. Vous me direz que les nidaïstes sont très préoccupés en ce moment par leur opération de réunification et qu’il y a très peu de place pour autre chose, mais ça n’explique pas tout. Il se peut aussi que Nidaa soit en train de se dire qu’il n’est peut-être pas très prudent de mettre tous ses oeufs dans le panier Karoui et qu’il faut se laisser une marge de manoeuvre pour pouvoir bifurquer vers un autre candidat. En attendant on temporise et on observe, le temps que la situation se décante et que l’affaire des amendements soit définitivement tranchée…

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Il s’est passé 3 jours depuis la dernière livraison de Sigma Conseil, une éternité dans un pays où il se passe et se dit des choses tous les jours, que dis-je, toutes les heures. Nous avons attendu le temps de la maturation, pour ne pas passer à côté d’un commentaire, d’une analyse, bref d’une réaction au dernier baromètre des équipes de Hassen Zargouni. Rien n’est venu. Silence de mort. Rien à voir avec la curée qui a suivi le précédent sondage, où commentateurs et personnel politique étaient tombés à bras raccourci sur Sigma, avec une violence inouïe que rien ne justifiait et sur laquelle nous nous étions interrogés . Cette fois rien, personne ne moufte, pas même celui qui avait crié le plus fort, parce que se disant le plus lésé par l’enquête : Rached Ghannouchi, le président d’Ennahdha. Certes une autre étude, faite par une autre boîte, livre des conclusions différentes de celle de Zargouni, mais ce qu’il est important de souligner ici c’est qu’une enquête de ce type n’est rien d’autre qu’une photographie du moment, et que les choses peuvent muter d’une semaine à une autre. Donc personne n’a tort ou raison dans cette affaire. C’est ce que n’avaient pas compris Ghannouchi et les autres, et c’est pour cela qu’ils râlaient aussi bruyamment. Ils se sont bien gardés de monter au front cette fois…

Les raisons du mutisme

Il y a des facteurs d’explication du silence assourdissant des politiciens face aux récents sondages, rien à voir avec les dernières curées, des explications qu’on peut presque toucher du doigt. Le désenchantement et la défiance populaires sont devenus tellement prégnants que bientôt le travail des sondeurs sera “has been“, pour savoir ce que les Tunisiens pensent de ceux qui les dirigent, de ce qui est fait pour soi-disant faire leur bonheur, il faut juste faire un petit tour dans la rue et tendre l’oreille, d’où que vienne la parole. Plus besoin des recettes alambiquées des sondeurs, de tout ce déploiement logistique, aller au marché ou dans n’importe quel café suffit amplement pour sonder l’humeur des citoyens. Et elle est très mauvaise en ce moment, les politiques le savent très bien…

Certains, notamment les islamistes, s’étaient offusqués de voir certaines formations politiques dégringoler de près de 15 points dans les sondages d’une semaine à une autre. Les dernières enquêtes établissent les mêmes faits, même si l’ordre est différent, mais peu importe in fine, ce qu’il est important de retenir c’est que dans les deux derniers baromètres il y a une tendance lourde : Ceux qu’on appelle les ténors, Ennahdha, Tahya Tounes et Nidaa Tounes, dans une moindre mesure, ne jouent plus les premiers rôles. Et aucun de leurs émissaires si prompts à prendre d’assaut Télés et Radios ne s’en plaint cette fois. La cause semble entendue, et il est très improbable que les dits poids lourds de la scène politique locale puissent inverser la tendance en moins de 4 mois.

Ils l’ont perdu de vue, ça peut leur être fatal

L’amendement de la loi électorale, goupillé par le gouvernement et donc forcément par Tahya Tounes, un projet applaudi par Ennahdha et dont certains disent qu’il est taillé pour briser net Nabil Karoui – c’est surtout lui qui le clame haut et fort -, n’est pas une bonne nouvelle pour la démocratie tunisienne. Quand une affaire de ce type est ébruitée jusqu’en France, c’est qu’il y a un problème. Mais là n’est pas notre propos ici et maintenant, ce qui nous étonne surtout c’est que certains partisans de Youssef Chahed et Ghannouchi puissent penser qu’ils ont quelque chose à gagner dans le fait de couper la tête de Karoui. Si c’est pas le patron de Nessma TV ce sera un autre, finalement peu importe celui que le contexte mettra à la disposition des électeurs, l’important c’est que les citoyens dénichent quelqu’un pour porter leur colère. S’ils sont privés de Karoui, ils se rabattront sur quelqu’un d’autre. Ou au pire des cas resteront à la maison le jour du vote. Une chose est sûre : Ces voix n’iront ni à Ennahdha, ni à Tahya, ni à Nidaa…

A voir la mine radieuse de Chahed lorsqu’il inaugurait la petite merveille de Borj Al Amri, signée par des compétences tunisiennes, on se dit qu’il n’a pas voulu lâcher la Kasbah pour cela. Revendiquer les réalisations, presque jusqu’aux élections, pour étoffer un bilan qui peine à convaincre. Sauf qu’à force de se cramponner à son fauteuil sont venus entre temps les mauvais chiffres de la croissance, qu’il s’est pris en pleine poire. C’est très embêtant, très mauvais pour ses petites affaires, et ce n’est pas le langage très politique et très diplomatique du FMI qui va gommer dans la tête des Tunisiens cette impression, à tort ou à raison, que tout va mal dans le pays. Si la Tunisie allait bien, elle ne se ferait pas distancer par tous ses voisins pour l’investissement direct étranger; certes les choses vont mieux à ce niveau, mais pas suffisamment pour corriger les indicateurs macroéconomiques. C’est à cela que les partisans de Chahed doivent penser, au lieu de miser sur la démolition de Karoui laquelle de toute façon ne réglera aucun des problèmes du chef du gouvernement.

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Pendant que le syndicat de l’Enseignement supérieur IJABA campe sur ses positions, au risque de s’attirer les foudres de la justice pour avoir perturbé les examens et confisqué les notes des étudiants; pendant que les universitaires affiliés à l’UGTT perdent patience et songent sérieusement à se radicaliser comme IJABA pour cause d’engagements du ministère qui tardent à se matérialiser, le ministre, Slim Khalbous, bouge plus que jamais, au risque de donner le tournis à ses administrés. On l’a vu du côté de Rome, en Italie, ce lundi 10 juin 2019, pour prendre part à la quatrième édition de la Conférence des Ministres de la Recherche, de l’Innovation et de l’Enseignement Supérieur des pays du dialogue 5+5. La Mauritanie, l’Algérie, le Maroc, la Libye, Malte, l’Italie, la France, l’Espagne,le Portugal, l’Union du Maghreb Arabe, l’Union pour la Méditerranée et l’Union Européenne y étaient également. Du beau monde quoi. Pour quels résultats, mis à part des envolées lyriques et des déclarations passionnées pour la recherche, l’innovation, la coopération, etc. ? Et bien pas grand chose…

D’emblée Khalbous a planté le décor en mettant le curseur “sur le rôle actif de la Tunisie dans la promotion et la dynamisation des partenariats et des échanges entre les pays de cet espace de coopération multilatérale grâce à l’excellence des relations bilatérales qu’elle entretient avec chacun de ses membres”, rapporte la TAP. Le ministre dit vrai. La Tunisie en fait beaucoup, le problème c’est que ses voisins de peuvent pas en dire autant. Si les Marocains et les Algériens en faisaient autant que les Tunisiens pour être au niveau “de la proximité culturelle, historique et géographique” dans l’espace maghrébin, ce qui est fait dans le cadre de la coopération autour de la recherche se verrait nettement mieux. Mais que voulez-vous, cette affaire est victime des mêmes écueils qui ont empêché l’Union du Maghreb Arabe (UMA) de décoller. Alors il faudra repasser. Tout le monde admet que “la coopération et la complémentarité (…) sont (….) vitales et urgentes, notamment en matière de recherche scientifique et d’enseignement supérieur afin de mettre en commun les efforts et de partager les expériences grâce notamment à la mobilité d’étudiants et de chercheurs“, mais poser des actes dans ce sens, c’est une autre histoire…

Par ailleurs Khalbous a souligné “la participation active de la Tunisie aux principaux programmes européens de mobilité et de financement de la recherche et de l’innovation dont notamment, Erasmus+, Prima et H2020“. Sauf que ces dispositifs, et c’est d’ailleurs clairement la volonté affichée et assumée de la France d’Emmanuel Macron, sont devenus des détecteurs et aspirateurs de talents qui font que les étudiants tunisiens sont de plus en plus enclins à rester en Europe. C’est un gros problème mais qui ne semble pas gêner outre mesure les autorités tunisiennes, qui n’y voient que des demandeurs d’emplois en moins, et donc des problèmes sociaux en moins, passant à côte du potentiel de développement que la Tunisie perd dans ces départs massif de compétences. Si les ambitions d’une nation se mesurent aux soins dont on entoure les futures élites, alors le pays du jasmin est mal barré…

Enfin il y a le mimétisme vis-à-vis des programmes européens, qu’on copie littéralement sans broncher, aidés en cela par les subventions de l’Union européenne qui arrosent des universités tunisiennes tirant le diable par la queue. Aux dernières nouvelles, à en croire les aveux du ministre de l’Enseignement supérieur lors du 60ème anniversaire de la Faculté du 9 Avril, le programme européen le plus célèbre du moment, le LMD (Licence-Master-Doctorat), ne fonctionne pas en Tunisie. La mayonnaise ne prend pas. Et pourtant on continue de plus belle, on fonce, sans doute parce qu’on est allé trop loin, parce que tout cela a eu coût, parce qu’on ne sait pas comment refaire le chemin inverse et si d’ailleurs il est possible techniquement de revenir sur nos pas. Compliquée cette affaire. Mais elle n’est pas la seule, tout le dispositif de formation, du primaire à l’université, pose problème. Et ça, objectivement, ce n’est pas la faute du gouvernement Youssef Chahed, c’est une responsabilité complexe liée à des choix, des mauvais choix, faits il y a des années et à une qualité de la formation des formateurs qui baisse inexorablement. C’est pour ça que ces questions, aussi essentielles soient-elles, n’avaient pas leur place à la grand-messe de Rome, et c’est pour ça que Khalbous les a soigneusement zappées. Mais qui peut raisonnablement le lui reprocher ?

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L’Afrique, on en parle beaucoup et de plus en plus en Tunisie. Il est unanimement admis, ou presque, que l’avenir du pays du jasmin se jouera aussi sur son continent, son prolongement naturel aux innombrables opportunités et ressources. Du côté de Tunis on l’a d’ailleurs très bien compris, ce qui explique que les autorités se soient empressées de parapher l’accord de la mise en place de la ZLEC (Zone de Libre-échange continentale). Mais il ne suffit pas de signer un document, aussi important soit-il, pour rompre avec des décennies d’immobilisme, de léthargie diplomatique et même de dédain pour un continent qui ne faisait les gros titres que pour ses guerres, ses maladies, ses présidents à vie, sa corruption endémique, son sous-développement chronique, sa misère persistante en dépit de ses immenses richesses, etc. Le fait que le Parlement tunisien traine les pieds pour ratifier l’accord de la ZLEC, en total décalage avec le gouvernement, est bien la preuve qu’il faudra du temps pour dégeler les mentalités. Faire le grand saut ne se déclame pas, ça se travaille ! Toutefois il y a, tout de même, quelques bonnes nouvelles, l’adhésion au méga marché du COMESA en est une, la dernière initiative du FONDS TASDIR+ et de TASTE TUNISIA en est une autre.

Le patronat tunisien, notamment TABC, piloté par Bassem Loukil, se plaint régulièrement de la mollesse des autorités tunisiennes sur le continent africain quand les Marocains filent à 300 km/h,  même les puissances étrangères s’y battent et les chefs de ces Etats n’hésitent pas à mouiller eux-mêmes la chemise (le président chinois Xi Jinping, le président turc Recep Tayyip Erdoğan, la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Emmanuel Macron…). En Tunisie aussi on se mobilise, avec les maigres moyens à disposition, mais tout de même. Une opération commune très intéressante est montée actuellement, par le FONDS TASDIR+ et TASTE TUNISIA, pour propulser la filière Agriculture-Agroalimentaire et les secteurs qui leur sont liés en Afrique. Mais là pour le coup la Tunisie a bien travaillé son affaire en ciblant 5 grands marchés sub-sahariens : le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo (RDC), le Kenya et le Nigeria, annonce le CEPEX.

Des poids lourds, des vrais

Le Cameroun a certes de gros problèmes politiques en ce moment, et la rébellion des régions anglophones gronde avec son lot d’accrochages sanglants avec l’armée; mais c’est aussi un pays qui a du pétrole et un énorme potentiel agricole avec son climat exceptionnel. Ce gros producteur de cacao a aussi un gros souci de transformation de ses produits, l’industrie agroalimentaire tunisien a donc une belle carte à jouer.

La Côte d’Ivoire est également un morceau très intéressant. Ce poids lourd ouest-africain, dont le taux de croissance flirte régulièrement avec les 10% ces dernières années, offre moult possibilités aux opérateurs et industriels tunisiens. En effet la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao et troisième pour le café, présente les mêmes tares structurelles que le Cameroun : Le manque criant de structures de transformation des produits agricoles. C’est une bataille que les autorités ivoiriennes, adossées sur la confortable trésorerie de l’Etat, ont déjà engagé et la Tunisie, en vertu de son offre très variée, y a toute sa place. C’est pas pour rien que le groupe Ben Yedder – les Cafés Bondin – a pris racine en Côte d’Ivoire depuis 2017 et entend y rester, y prospérer.

La RDC vaut le détour aussi. C’est un pays dont la stabilité politique est régulièrement mise à l’épreuve, mais des atouts il en a. Son sous-sol cache toutes sortes de richesses très peu ou très mal exploitées. Le nouveau président a de grandes ambitions, il aura sans grandes difficultés tous les financements dont il a besoin pour ses chantiers mais il lui faudra des alliés qui ont du savoir-faire pour exécuter les programmes. C’est ce qui explique l’appétit du groupe Loukil pour ce pays. Les autres groupes tunisiens ont intérêt à tirer sur le fil…

Enfin il y a le Kenya et le Nigeria, que la Tunisie a très peu prospectés économiquement mais ça va changer vu que le Kenya est un ténor du COMESA, que la Tunisie vient de rejoindre. Le Kenya a une solide croissance économique et ses startups se portent comme un charme. Là aussi la Tunisie a une grande marge de progression. Quant au Nigeria, il est certes la première puissance économique du continent, grâce à ses immenses ressources pétrolière mais c’est aussi l’un des pays d’Afrique les plus mal lotis pour l’industrialisation et les technologies. Vu que la Tunisie est membre observateur de la CEDEAO, à laquelle appartient le Nigeria, les deux nations ont beaucoup de choses à se dire et à faire. Cela dépendra surtout de la capacité des autorités tunisiennes à aller vite et bien pour transformer l’essai. Donc une affaire à suivre, de très près, car elle peut changer des tas de choses pour une Tunisie qui cherche un second souffle depuis le 14 janvier 2011.

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Le bouillonnement, le magma, des mouvements, partout, dans tous les sens, mais rien qui permette de dessiner des tendances nettes dans la perspective des prochaines élections. Aux dernières nouvelles, Nabil Karoui, qui n’a pas digéré le coup porté par la HAICA et qu’il attribue mordicus au gouvernement, a décidé de se jeter dans la mêlée électorale. Gonflé à bloc par les sondages, il se verrait bien au palais de Carthage et pourquoi pas déléguer quelqu’un pour celui de la Kasbah. Bref, tenir tout le pays quoi. A peine parti, le patron de Nessma reçoit déjà les premières salves, et il y en aura beaucoup d’autres, de toutes parts, puisqu’il s’est clairement positionné contre le système, tout le système. Du côté de Nidaa Tounes, du moins la faction Sofiene Toubel – il faut bien l’appeler comme tel -, on s’apprête à célébrer le retour du “fils prodige”, Mohsen Marzouk. Il a fait un bout de chemin avec son Machrouu Tounes, mais comme la mayonnaise n’a jamais vraiment pris, la sagesse lui dicte de retourner au bercail. En attendant la reformation du “Nidaa historique“, annoncée par le président de la République, Béji Caïd Essebsi (BCE) et sur laquelle travaillerait son ex-chef de cabinet, Selma Elloumi. Du côté de Tahya Tounes, le parti du chef du gouvernement, Youssef Chahed, on festoie autour du mariage avec Al Moubadara de Kamel Morjane. Mais est-ce que tous ces mouvements vont dans le bon sens ? Est-ce que la recomposition de la famille centriste et progressiste est dans l’air du temps ? Assurément non.

Il a du plomb dans l’aile

Le Front progressiste, on en parle depuis un petit moment, tous les partis du centre et de la gauche dire modérée ayant compris que c’était la seule solution pour tenir le choc face à la formation monolithique Ennahdha. Mais une chose est de reconnaitre la pertinence d’une démarche, une autre est de la mettre en branle, surtout dans cette Tunisie post-révolutionnaire qui marche sur la tête. Un Front progressiste, oui, mais comment ? Qui va rejoindre qui ? Qui  va accepter de se mettre sous la coupe de qui ? Telles sont les questions, très épineuses. In fine cette affaire sera une question de leadership, d’égo, rien d’autre; c’est sur ça que cela va se jouer car les programmes de tous ces partis sont au fond les mêmes, ce sont des querelles de personnes qui expliquent la brouille. Mais les combats de coq l’électeur lui s’en moque, ce qu’il voit ce sont des joutes puériles, stériles, futiles qui ont plutôt tendance à l’inciter à rester à la maison le jour de l’élection ou à se déplacer pour un vote sanction. Les prochains scrutins en prennent le chemin…

La musique qu’on entend, dans la famille dite progressiste, reste celle de la division, de la cacophonie. Et c’est terriblement inquiétant pour l’équilibre des forces politiques à quelques mois des élections. Il y a bien des pôles qui sont en train de se structurer, autour de Nidaa Tounes et de Tahya Tounes, mais rien qui préfigure un seul bloc centriste et progressiste pour affronter les islamistes. Aux dernières nouvelles, d’après le vice-président d’Al Moubadara, Mohamed Ghariani, les nidaïstes font leur petite cuisine dans leur coin sans en référer aux partisans de Chahed. Idem pour ces derniers, qui restent dans leur zone de confort et voudraient bien voir tous les autres, dont Nidaa Tounes, les rallier sans qu’ils lèvent le petit doigt. Grossière erreur ! Abdzelaziz Kotti a bien invité publiquement le chef du gouvernement à chapeauter le “Nidaa historique”, mais dans sa tête c’est Chahed qui doit les rejoindre, avec armes et bagages, et pas le contraire. Effectivement comment imaginer que le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, après tout ce qu’il a fait en 2013-2014 pour déloger la Troïka, autorise les siens à dissoudre le parti qu’il a bâti dans Tahya Tounes ? Du côté de Chahed aussi comment imaginer qu’il ait tant mobilisé ses amis dont certains ont quitté Essebsi pour lui – Slim Azzabi notamment – pour ensuite se retourner et leur dire ‘Vous êtes bien gentils mais je retourne chez mon mentor‘ ? On en est là…

L’avertissement, très sévère

Quand le président de la République avait tendu la perche à Chahed, au congrès de Monastir, Azzabi avait rétorqué que c’était trop tard. Tard, ça l’est encore plus presque deux mois après. Mais le problème c’est comment Tahya Tounes peut raisonnablement envisager son avenir immédiat avec seulement Kamel Morjane à ses côtés, sans Nidaa Tounes ou le peu qui en reste. Compliquée cette affaire, et la cuisante défaite aux municipales partielles de Souk el-Jedid est là pour le leur rappeler. Avec la victoire – très modeste mais victoire quand même – d’Ennahdha, Tahya comme Nidaa ont eu une nette idée des dégâts que provoque la division. Mais surtout les partisans de Chahed ont pu tester les limites de la popularité de leur champion. Sévère avertissement. Pour ce qui est de Nidaa, ils sont habitués aux revers, avec un parti au fond du trou, qui n’a plus rien à perdre et ne peut que se bonifier. C’est surtout pour Tahya, qui doit faire ses preuves, qu’il faut s’inquiéter…

Après la débâcle de Souk el-Jedid, Hatem El Euchi, très mauvais perdant, s’en est pris, sur sa page Facebook, aux “hypocrites” qui disent publiquement être derrière Tahya Tounes mais ne se déplacent pas pour aller voter. Il aurait mieux fait de se mettre de suite au travail pour voir comment éviter d’autres déconvenues aux prochaines élections. De ce point de vue, la posture de Ghariani, exprimée sur Mosaïque FM le 28 mai 2019, est plus constructive et plus réaliste; lui dit que Tahya deviendra un grand parti mais pas dans l’immédiat. Le problème c’est ce qu’il faut faire maintenant, dans quelques mois, avec qui s’allier pour ne pas perdre la face aux prochains scrutins. Et là force est de reconnaitre que l’équation reste entière.

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Les ministères de la Santé et du Commerce mettent le paquet sur le contrôle sanitaire et économique en ce mois de Ramadan. Bon, on le comprend, le mois saint étant le pic de la consommation, donc forcément les commerçants véreux en profitent un maximum pour fourguer tout ce qu’ils peuvent, puisqu’en face les acheteurs se jettent sur tout. De plus, ils se posent peu de questions sur la provenance et les conditions de conservation de ce qu’ils achètent, la méfiance passant bien après la nécessité de ramener le maximum de choses à la maison pour calmer une faim qui est plus dans la tête que dans le ventre. Les filières de distribution peu scrupuleuses, et elles sont de plus en plus nombreuses, le savent et s’en donnent à coeur joie. Ce week-end aussi il y a eu un festival de saisies, et les consommateurs ont bien de la chance que ces aliments archi dangereux pour leur santé n’atterrissent pas dans leurs assiettes…

Une quantité de plus d’une tonne de volailles a été saisie dans un abattoir anarchique à Sidi Hssine (gouvernorat de Tunis) lors d’une opération de contrôle effectuée par les agents du contrôle économique de Tunis, des vétérinaires et agents de santé et de sécurité de la région de Tunis, selon le directeur régional du commerce de Tunis, Yaser Ben KHalifa.
Dans une déclaration à l’agence TAP, Ben Khalifa a indiqué samedi 25 mai 2019 que les poulets sont abattus dans cet abattoir d’une manière discrète et dans des conditions d’hygiène insalubres en plus de l’utilisation d’eaux de puits non contrôlées. Le propriétaire de l’abattoir anarchique a été arrêté sous ordre du ministère public.

La “récolte” a été bonne également du côté de Bizerte, où quelques 56 infractions économiques et de santé ont été relevées par les services de contrôle conjoint de Bizerte, à l’issue d’une campagne de contrôle élargie, menée vendredi 25 et samedi 25 mais 2019, a indiqué le chef de la brigade régionale de la police municipale de Bizerte, Adel Ben Tahar.
Le responsable a précisé que les services de contrôle conjoint de Bizerte, lesquels regroupent des représentants de la police municipale, des unités de sécurité et des équipes de contrôle de santé et économique, ont ciblé les marchés et les espaces commerciaux ouverts au public.
Selon la même source, les services compétents de contrôle sont parvenus, aussi, à réaliser 17 opérations de saisie de produits périmés et d’origine inconnue. Ils ont, de même, proposé la fermeture de 2 boulangers pour non respect des règles d’hygiène.

Le directeur de l’hygiène publique au sein du ministère de la Santé,  Mohamed Rabhi, a confié à Africanmanager, mercredi 22 mai 2019, que 40 visites d’inspection sanitaire ont été effectuées depuis le début du mois de Ramadan. Il a ajouté que lors de ces opérations de contrôle, 27 tonnes de produits alimentaires périmés ont été saisis et 103 locaux commerciaux ont été fermés. Mais ces prises, aussi impressionnantes soient-elles, sont l’arbre qui cache la forêt. Que penser de cette masse de produits hautement dangereux qui passent sous le nez des autorités, lesquelles n’ont pas assez d’équipes pour surveiller tout le monde ? Et quid du reste de l’année où les contrôles sont moins fréquents ? Ce qu’il faudrait c’est avoir les effectifs qu’il faut et les motiver assez pour qu’ils soient sur le terrain tout le temps, toute l’année. La santé des citoyens le vaut bien…

S.L./TAP

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Al Moubadara, de Kamel Morjane, a été le premier à sauter le pas pour fusionner avec Tahya Tounes, le parti du chef du gouvernement, Youssef Chahed. En attendant les autres, surtout Al Baddil Ettounsi, piloté par Mehdi Jomaa et Machrouu Tounes, animé par Mohsen Marzouk. Cela fait un bail que Slim Azzabi, le chef de file de Tahya Tounes (en attendant que Chahed veuille bien descendre dans l’arène…), a ébruité des pourparlers avec ces deux-là, mais il ne se passe rien depuis ! Il faut dire aussi que Marzouk, un véritable OVNI sur la scène politique tunisienne – mais il n’est pas le seul -, est coutumier des négociations qui s’éternisent, qui squattent les gros titres des journaux plus que de raison pour finir en pétard mouillé. On se rappelle de son mariage avec Nidaa Tounes annoncé en grande pompe en août 2018, des noces qui sont finalement tombées à plat. Et Marzouk remet ça avec le Nidaa de Sofiene Toubel… Mais cette fois les choses devraient être différentes avec Tahya Tounes, pour la simple et bonne raison que ni lui ni Chahed n’ont le choix. C’est cela ou le péril de la division, des forces disparates et émiettées qui ne permettent à aucun parti dit progressiste d’émerger et d’exister face à l’ogre Ennahdha, et encore moins prétendre à jouer les premiers rôles dans la direction des affaires du pays. Même les islamistes ont compris tout le bénéfice qu’ils peuvent tirer d’un front progressiste fort en face d’eux et avec eux.

Il faut écouter Jelassi

Ennahdha, on le sait, est la meilleure de la place pour les contorsions, le double langage, la duplicité et autres joyeusetés de ce genre. Mais quand un de ses dirigeants, Abdelhamid Jelassi, déclare publiquement, le 22 mai 2019 sur Mosaïque FM, que le mouvement aimerait voir un solide partenaire pour gouverner avec lui, pour le coup il faut le croire. Sur cette affaire, plus question de double langage. Ennahdha, même auréolée par les prédictions des sondages pour les prochaines législatives, sait pertinemment qu’elle ne pourra pas piloter seule la très agitée Tunisie post-révolutionnaire. Le cuisant échec de la Troïka est là pour rappeler aux islamistes qu’il faut condamner cette porte et qu’il faut y aller avec les autres pour ne pas subir de nouveau la fronde de la rue, celle qui les a éjectés du pouvoir en 2014. Alors si Rached Ghannouchi et compagnie se mettent subitement à entonner la chanson du front progressiste autour de Chahed, ce n’est certainement pas par bon sentiment, c’est le fruit d’une stratégie dictée par la logique implacable des rapports de force dans le pays. Vous y ajoutez l’abstention aux prochains scrutins, qui pourrait être forte, vous obtenez tous les ingrédients d’un pouvoir qui sera de toute façon fragile, régulièrement mis à l’épreuve et qui devra en permanence prouver sa légitimité. Et Ennahdha, qui a été échaudée par les tempêtes de 2011-2014, n’a aucun intérêt à tester de nouveau les limites de sa popularité…

Jebali ne fera pas illusion

Pourtant la tentation de faire cavalier seul est toujours là pour les nahdhaouis, en la personne de Hamadi Jebali, l’ancien chef du gouvernement de la Troïka, qui n’a jamais caché son envie de s’asseoir sur le fauteuil de Habib Bourguiba. Mais ne s’installe pas au palais de Carthage qui veut. Jebali, même avec le costard d’indépendant qu’il veut se tailler, ne fait pas illusion : Il sera toujours le candidat d’Ennahdha. Le soutenir publiquement ? Pourquoi pas a dit cette dernièrement, mais elle l’a dit mollement, comme elle l’a dit pour le soutien de Kaïs Saïed ou Youssef Chahed. Le fait est que Ennahdha, qui n’a pas de poulain pour la présidentielle en dépit des efforts surhumains de Ghannouchi pour l’être (le sourire étincelant qu’il s’est offert, la cravate, etc.), temporise et attend de voir dans quel sens va tourner le vent. En attendant chaque jour avec sa déclaration, chaque jour avec son candidat, et d’ici les élections il y en aura un sacré paquet ! Mais ce dont on est certain c’est que pour rien au monde les islamistes ne risqueraient de s’aliéner l’actuel chef du gouvernement. Leurs relations étaient déjà très bonnes avec les postes très vue que Chahed leur a offerts dans son équipe, elles le sont encore plus depuis que Ennahdha a pesé de toute sa masse de 68 élus pour faire passer le gouvernement au Parlement. Alors pas question d’émettre des signaux négatifs en direction du locataire de la Kasbah qui reste, très objectivement, la meilleure carte d’Ennahdha pour une présidentielle qui n’est pas sa priorité mais sur laquelle il faut, tout de même, peser de tout son poids pour des tas de raisons (le contrôle de la diplomatie, de l’Armée…)

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Pour ceux qui en doutaient, l’Union européenne ne lâchera pas sur l’ALECA, elle harcèlera la Tunisie jusqu’au bout pour qu’elle signe, au plus vite, l’accord. Les moyens de pression dont dispose l’UE pour faire plier la “petite” Tunisie qui a eu l’outrecuidance de rechigner : L’argent, le nerf de la guerre. Le pays du jasmin en manque cruellement et justement son premier partenaire économique, l’UE, en a et en donne, en tout cas plus que les pays amis et frères du monde arabe, pour moult raisons. Mais les Européens aussi ont besoin de la Tunisie pour offrir des débouchés à leurs produits pour lesquels le marché commun de l’UE, aussi vaste soit-il, commence à être un peu étroit. Eh oui, il ne faut pas se leurrer, c’est une affaire éminemment économique, il n’est pas question de philanthropie, d’aide sociale ou de bons sentiments ! Les autorités tunisiennes freinent des quatre fers pour le moment, en s’adossant sur les rapports des experts sur les conséquences désastreuses, pour la Tunisie, de la ratification en l’état de l’ALECA, des rapports alarmants confortés par l’étude récente de l’OTE. Mais quoique promette le chef du gouvernement, Youssef Chahed, la Tunisie ne pourra pas tenir longtemps face à la pression de la diplomatie et aux Millions d’euros des Européens. Et on l’a nettement perçu lors de la visite du ministre des Affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui, les 16 et 17 mai 2019 à Bruxelles.

Les chèques et le reste

Jhinaoui a annoncé la signature d’un accord entre la Tunisie et l’UE pour impulser l’inclusion économique, sociale et politique des jeunes tunisiens. Concrètement les Européens ont lâché 60 Millions d’euros pour financer le programme “EU4Youth“. L’ISIE se frotte les mains également avec un chèque additionnel de 2 Millions d’euros pour l’aider à organiser les élections de 2019. Mais il y a eu ça aussi : “Nous avons confirmé notre souhait de développer davantage les relations économiques et commerciales entre l’UE et la Tunisie, en poursuivant les négociations sur un Accord de Libre Echange Complet et Approfondi (ALECA). L’ALECA aidera la Tunisie à diversifier son économie, à accroitre sa compétitivité et à développer ses exportations auprès de l’UE, qui est son plus grand partenaire commercial“,  indique la déclaration conjointe. Décidément, l’ALECA n’est jamais loin, et l’UE a l’art de l’évoquer en le mettant dans la même phrase que le statut de partenaire numéro 1 de la Tunisie, comme une sorte de petit rappel pour les plus optimistes, les autres diront avertissement subliminal ou carrément chantage…

La corde au cou

Le même communiqué dit aussi ceci : “Nous avons convenu de l’importance de maintenir notre commerce bilatéral aussi fluide que possible, exempt d’obstacles et barrières. L’Union européenne a noté l’annonce de la décision des autorités tunisiennes de lever dans les meilleurs délais les mesures commerciales mises en place en novembre 2018. La Tunisie a pris note du commentaire de la partie européenne que ces mesures ont un impact sur les produits européens“. Voilà, il faut le savoir : Les dirigeants tunisiens ont pris des engagements, qui de fait engagent aussi les citoyens. Des clameurs, des cris on en entendra prochainement, beaucoup, que ce soit de la part des agriculteurs, des industriels ou des experts tunisiens, mais encore faut-il que la Tunisie ait les moyens de son indignation. Quand on fait à peine 1,1% de croissance, il faut autre chose que les prédictions surréalistes de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement pour tenir la dragée haute à son premier partenaire commercial, premier donateur, premier investisseur, etc.

L’Ambassadeur de France avait averti

On ne savait pas que le partenariat Tunisie-UE n’était pas assez visible, on pensait qu’il était solidement imprimé dans toutes les têtes, surtout en terre tunisienne et que les liens avec l’Europe n’avaient nul besoin de promotion. C’est pourtant ce qui a été clairement demandé lors de la visite de Jhinaoui à Bruxelles : Faire un travail de pédagogie auprès des opinions publiques respectives pour magnifier la coopération entre la Tunisie et l’UE. Mais très vite on en vient au coeur du sujet : il s’agit surtout de valoriser à la face des citoyens tunisiens tout le bien que l’UE leur fait. C’est donc ça, exactement comme l’avait asséné l’Ambassadeur de France à Tunis, Olivier Poivre D’Arvor, devant le ministre tunisien du Commerce, Omar Béhi et un parterre de décideurs. Ni plus, ni moins. On en a maintenant la preuve : L’agitation et les rebuffades des Tunisiens devant l’ALECA ne passent plus. L’UE prend encore des gants pour signifier à la Tunisie son irritation, mais la patience des Européens a des limites…

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Un communiqué du ministère tunisien de la Justice, émis samedi 11 mai 2019, fait état de la libération provisoire, mais sous un strict contrôle judiciaire, de Belhassen Trabelsi, frère de Leila Ben Ali. Ainsi en a décidé, jeudi 9 mai 2019, la chambre de l’instruction de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, dans le sud de la France. Et pour que celui qui symbolise à lui tout seul toute une époque ne file pas entre les doigts de la justice française, ses passeports lui ont été retirés, on l’a contraint à garder la même adresse et il est obligé d’aller régulièrement rendre visite aux services français en charge de son contrôle. C’est costaud comme dispositif, mais le dossier le vaut largement. En effet on est au-delà des chefs d’inculpation de la justice, “blanchiment en bande organisée, recel, usage et complicité de faux documents administratifs“, presque des broutilles au regard de ce que représente Trabelsi pour une Tunisie qui a encore maille à partir avec les démons du passé. Alors se pose de nouveau la question lancinante de l’extradition du beau-frère de l’ancien président déchu. On a appris, dans le même communiqué, que la justice française tranchera avant la fin du mois prochain. Reste à gérer le retour de l’ex-homme d’affaires – affairiste diraient certains -, des affaires d’ailleurs qui lui valent ses déboires avec son pays. Mais un retour problématique à bien des égards.

Il faudra montrer patte blanche pour l’avoir

Les autorités tunisiennes ont beau arguer “leur pleine confiance en l’indépendance et la neutralité de la justice française pour une bonne application de la règle de droit” et elles ont beau avoir les meilleures relations du monde avec la France, il leur faudra quand même donner la garantie aux autorités françaises que les droits de Trabelsi seront respectés et qu’il aura un procès équitable. La France, “pays des droits de l’Homme“, dit-on, ne peut pas en exiger moins, ses propres citoyens ne l’accepteraient pas. Alors la Tunisie devra montrer patte blanche pour récupérer Belhassen. Et une fois qu’elle l’a elle devra prendre en main un dossier explosif, bien plus que celui du neveu de Leila Ben Ali, Imed Trabelsi, sur qui la justice s’est acharnée comme elle pouvait mais sans que cela calme l’élan vengeur de certains ou simplement que cela apaise une nation traumatisée par des décennies de dictature. Mais Belhassen c’est autre chose, c’est du lourd, avec des affaires plus importantes et qui impliquaient plus de monde. Donc le risque de déflagrations est beaucoup plus grand…

Un dossier très chaud

Si les autorités tunisiennes arrivent à mettre la main sur le frère de Leila Ben Ali, ce serait assurément un trophée pour divertir une population qui attend toujours les promesses de la Révolution et qui n’en goutte pour le moment que les affres, ce qui explique d’ailleurs que de plus en plus de gens regardent dans le rétroviseur et que Abir Moussi ait cette cote de popularité. Politiquement ça sera payant pour le gouvernement d’obtenir le rapatriement de cet homme, mais le temps de l’enchantement ne durera pas, évidemment. Par ailleurs Belhassen Trabelsi connait du monde, il a mouillé dans son business un paquet de personnes et ne se taira pas lors de son procès. Il parlera, il déballera. Et une fois ouverte la boîte de Pandore, il faudra passer derrière et faire le ménage.Il faudra avoir le courage de le faire, autrement toute cette affaire pourrait se retourner contre les autorités en place, dont la cote de confiance s’est déjà sérieusement érodée alors que les élections se profilent.

Une épreuve de plus

La Tunisie s’est très mal dépatouillée avec la Réconciliation nationale. Si ailleurs la chose a été très bien négociée, comme en Afrique du Sud ou au Rwanda, ici en Tunisie les passions vengeresses et le manque de clairvoyance ont tout fait capoter. Le processus n’a pas été conduit proprement, entre les contradictions de la population, les desseins inavoués des uns et les calculs des autres. Bref, l’affaire a manqué de sincérité, de franchise et a été polluée par des manoeuvres où l’intérêt national était la dernière des préoccupations. C’est ce qui explique les bisbilles entre l’IVD (Instance Vérité Dignité) et la Justice, avec au final une Justice transitionnelle qui n’a pas apporté au pays la potion pour cimenter la nation après la main de fer de la dictature et orienter tous les citoyens vers les mêmes objectifs. Et le retour de Belhassen Trabelsi est à coup sûr une épreuve de plus pour un pays qui a déjà tant de mal à gérer ses nombreux dossiers…

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La fête fut belle, pas une tête qui dépasse, aucun couac, en tout cas pas publiquement; aucune fausse note dans les médias ou ailleurs depuis le Congrès électif de Tahya Tounes. Personne n’en a dit du mal depuis près d’une semaine. C’est incroyablement long, une éternité même dans ce pays qui bouillonne et où il ne se passe pas un jour sans qu’on tombe à bras raccourcis sur quelqu’un, sur quelque chose, sur n’importe quoi ! Incontestablement le démarrage du parti du chef du gouvernement, Youssef Chahed, est une réussite. Vous me direz aussi que dans cette médiocrité politique ambiante, il suffit juste d’éviter les erreurs et errements de Nidaa Tounes et de calquer la légendaire discipline d’Ennahdha pour que le curseur soit mis au bon endroit. C’est le cas, pour le moment, avec Slim Azzabi comme chef d’orchestre. L’homme avait des ambitions, et n’a pas quitté le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE) et fait toutes ces réunions avec les députés de la Coalition nationale pour jouer les seconds couteaux. Il voulait être servi, c’est son droit, ses partisans lui ont donné ce qu’il voulait en en faisant leur chef de file, en attendant Chahed. Donc “tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes”. Enfin, pour l’instant, car des ombres au tableau il y en a.

Le problème Chahed

Le chef du gouvernement a choisi de demeurer à la Kasbah pour maquiller le plus possible son bilan, qui pèsera lourd, ou pas, face aux électeurs. Pour le moment cette stratégie est loin d’être payante, à en croire la descente aux enfers de sa cote de popularité. Les intentions de vote à l’élection présidentielle, le concernant, suivent la même tendance;  et c’est pire pour les législatives, d’après les dernières enquêtes. Chahed, puisqu’il a décidé de rester à la Kasbah le plus longtemps possible, devra trinquer, pour ce qu’il fait ou ne fait pas mais aussi pour tous les ratés des autres depuis la dite Révolution. Il peut revendiquer et même s’arroger le bon, mais aussi et surtout le moins bon. C’est injuste mais c’est ainsi. Ce sont les règles du jeu, et Chahed les a acceptées quand il s’est installé à la Kasbah, et encore plus quand il a commencé à nourrir des ambitions politiques…

BCE était beaucoup mieux loti en 2013, quand il a monté Nidaa Tounes. Certes il n’a jamais joué dans la même catégorie que Chahed et a beaucoup mois fait que lui; Essebsi avait la charge du pays pour à peine quelques mois (27 février 2011-24 décembre 2011, 9 mois 27 jours exactement), avec pour mission de conduire la transition, et pas la montagne de réformes qu’a lancées Chahed. Et quand il est revenu solliciter les électeurs en 2014, ils se sont rappelés son bilan plutôt honorable, avec un pays qui avait des allures de paradis par rapport aux difficultés de maintenant que doit se coltiner Chahed. Le travail de BCE, même sommaire, lui a suffi pour faire la différence lors des premières vraies élections générales et libres de l’histoire de la Tunisie. L’actuel chef du gouvernement n’aura pas cette chance. Lui va rester au pouvoir plus de 3 ans (depuis le 27 août 2016), il aura donc un bilan épais et devra le défendre face à des électeurs qui ont la dent dure contre tout et tout le monde, beaucoup plus qu’en 2014.

Condamnés à s’entendre

Quand le président de la République a bâti Nidaa, le terrain politique était beaucoup plus dégagé et l’agenda beaucoup moins compliqué : Faire mieux que la Troïka. Ce qui était presque un jeu d’enfant, au vu des horreurs, à tous les niveaux, qu’avait commises Ennahdha et compagnie. Il suffisait juste de s’engager, la main sur le coeur, à faire le contraire de ce qu’avait fait le trio de l’époque pour emporter l’adhésion des citoyens. Alors BCE ne s’est pas fait prier, et ça a marché. Par ailleurs il était l’un des rares à revendiquer le label progressiste, et c’est ce discours que les Tunisiens, surtout la gente féminine, voulaient entendre à ce moment précise après les inquiétantes dérives de la Troïka, que le pays n’a toujours pas soldées d’ailleurs. Chahed par contre a affaire à une rude concurrence, une myriade de 217 partis politiques; quant au label progressiste il n’est plus opérant puisqu’ils sont une pléthore à le brandir. Alors le chef du gouvernement devra inventer autre chose…

Nidaa Tounes va mal, très mal, le parti est même en lambeaux, mais il n’est pas mort. On ne sait pas ce qui en restera mais il en restera quelque chose à coup sûr, et ces vestiges reviendront. C’est un problème supplémentaire que devra gérer Tahya Tounes. Avec cette défiance populaire qui monte et l’abstention que tous les sondages prédisent forte, c’est le pire des scénarios que devra affronter Chahed. Manifestement il devra faire le deuil de la majorité parlementaire forte dont il rêvait et devra se résoudre à partager ce qu’il y aura, un très maigre paquet prédit-on, avec Nidaa et les autres, voire bâtir une coalition avec eux, si Azzabi achève son oeuvre dans ce sens. Chahed devra peut-être même faire ce que certains de ses partisans, notamment Leila Chettaoui, ont beaucoup reproché à Nidaa Tounes, au point de le quitter : Pactiser avec les islamistes et gouverner avec eux. Leila Chettaoui, une théoricienne de la première heure de Tahya Tounes mais qu’on ne voit et n’entend plus, très étrangement…

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