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Souleymane LOUM

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Quelques jours après la sortie de Ahmed El Karm, président du directoire d’Amen Bank et de l’A.P.T.B.E.F., qui avait émis ici même, sur Africanmanager, le souhait de voir la Tunisie faire mouvement vers la Chine, les choses s’accélèrent. On a appris samedi 7 juillet 2018 qu’un mémorandum d’entente relatif à l’adhésion de la Tunisie aux mégas projets “La ceinture économique de la Route de la soie” et “La Route de la soie maritime du 21e siècle” sera paraphé la semaine prochaine, à Pékin. Un événement qui fait suite à d’autres signaux de rapprochement avec la Chine que la Tunisie a intérêt à exploiter au maximum.
Cette cérémonie aura lieu en marge de la participation de la Tunisie aux travaux du 8e Forum sur la coopération sino-arabe, mardi 10 juillet 2018, en présence du conseiller d’Etat et ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, des ministres arabes des Affaires étrangères et du secrétaire général de la Ligue des Etats arabes, Ahmed Abou el Gueit. La Tunisie sera représentée par le ministre des Affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui, qui commence à bien connaitre la route de Pékin ! Du beau monde, pour une belle affaire qui pèse tout de même quelque 1000 Milliards de dollars, avec un programme gigantesque et des projets disséminés dans presque tous les continents, un enchevêtrement sans précédent de lignes de transport terrestres et maritimes. Tout cela piloté par plusieurs fonds et une banque de développement qui regroupe plus d’une soixantaine de pays.

La Chine est généreuse et a des ambitions qui dépassent de loin son statut de premier investisseur en Afrique. Ça tombe bien, la Tunisie a aussi un gros appétit et beaucoup de besoins depuis le 14 janvier 2011. La Chine bichonne ses “amis” et est peu regardante sur les affaires et problèmes internes de ses partenaires, car elle aussi en a un paquet – notamment les entorses aux droits de l’Homme – et n’aime pas trop qu’on fouille dans ses affaires. Ça tombe bien, la Tunisie aussi a ses tares et en a un peu marre que les agences de notation les lui rappellent sans cesse. Comme elle en a un peu marre de la frilosité du premier partenaire, l’Europe – ne parlons pas des Américains ! -, qui scrute mille détails et garanties avant de placer ses euros. La Chine elle ne s’embarrasse pas beaucoup de ces précautions, elle fonce, et les résultats suivent ! Cette fois c’est la Tunisie qui sera servie, enfin si elle sait mener sa barque.

De belles prises à faire

D’après un communiqué du département des Affaires étrangères, la réunion ministérielle du forum sera précédée, lundi 9 juillet 2018, par une rencontre entre hauts responsables arabes et chinois et une autre autour du dialogue politique et stratégique sino-arabe. Elle a pour but d’approfondir la concertation et la coordination sur les sujets politiques d’intérêt commun et les derniers développements dans la région et dans le monde.
Le 8e Forum sur le partenariat sino-arabe planchera sur la consolidation des liens entre les pays arabes et la Chine dans les divers domaines économiques et commerciaux ainsi que le partenariat stratégique en matière d’énergie, d’énergies renouvelables, d’infrastructure, de technologiques modernes, de santé, de tourisme et de promotion de la femme et de la jeunesse. Dans chacun de ces domaines, la Tunisie a des choses à dire, et à faire financer.
En marge de ces assises, le ministre des Affaires étrangères devrait avoir une séance de travail avec son homologue chinois qui sera axée sur les moyens de développer les relations de coopération bilatérale dans les différents domaines.
Le mémorandum d’entente relatif à l’adhésion de la Tunisie à l’initiative “La ceinture économique de la Route de la soie” et “La route de la soie maritime du 21e siècle” sera signée au cours de cette séance de travail.

La Chine a les moyens de ses ambitions

Quand on voit la force avec laquelle Pékin fait face à Washington, dans ce qui est sans doute la guerre commerciale la plus rude de l’histoire, on se dit que ce pays a les moyens de ses ambitions. Et d’ailleurs la nouvelle Route de la soie n’est rien d’autre qu’une manière de magnifier ce qui fit la puissance de l’empire chinois, entre 221 av. J.-C. et 220 ap. J.-C.. Mais là on sera bien au-delà de la simple symbolique, on parle de très gros investissements “dans les secteurs de l’infrastructure, de la transformation des produits miniers et énergétiques, dans les industries manufacturières destinées à l’exportation et aux marchés locaux ainsi qu’une multitude de programme touchant divers domaines“. Sur ce dossier le Maroc a une longueur d’avance, puisqu’il a intégré le dispositif dès novembre 2017, et il est même question de mettre en place un Conseil d’affaires de la Route de la soie. Le Maroc sait y faire, ce n’est pas pour rien qu’il est la première destination africaine des investisseurs étrangers.

La Tunisie a un peu trop sommeillé, que ce soit dans ses rapports avec la Chine ou son propre continent, mais elle a de sacrés atouts à faire  valoir et peut très vite rattraper son retard, à condition qu’elle règle ses nombreux problèmes sociaux et politiques qui ont tendance à s’inscrire dans la durée. Toutefois il y a deux bonnes nouvelles : La Chine sait se montrer patiente avec ses partenaires et les gros capitaux dont elle dispose lui enlèvent toute notion de stress. Ce que Pékin veut surtout ce sont des relais sur qui il peut compter pour disputer aux USA le leadership économique mondial. Elle est en train d’y parvenir avec les autres pays africains, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas avec la Tunisie, même si les Etats-Unis ne verraient pas cela d’un bon oeil. Mais tant pis, au point où il en est, ‘le pays du jasmin’ ne peut pas se payer le luxe de s’égarer dans des considérations géopolitiques fumeuses…

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La capitale de la Tunisie vient d’avoir une “distinction” qui est tombée depuis le 28 juin 2018, mais que les autorités se sont bien gardées de commenter, et pour cause elle est très problématique et personne n’a envie de s’attaquer aux problèmes (il y en déjà tellement !) : Tunis occupe le premier rang des villes du continent africain pour le coût du logement, ex aequo avec l’Afrique du Sud. Mais si cette dernière, 2ème économie du continent, et qui donc garde son attractivité, peut se permettre un tel classement, ce n’est pas le cas de Tunis, qui perd là un de ses points forts. Cette situation a une seule explication : Une capitale trop pleine, une pression immobilière folle, des promoteurs qui se lâchent complètement. Et on en arrive à un problème insoluble pour les acheteurs, pour les locataires, pour les promoteurs immobiliers eux-mêmes et in fine pour l’économie.

Comme le désert attend la pluie, les agents du secteur public attendent les résultats de ce qui se joue actuellement entre le chef du gouvernement, Youssef Chahed et le leader de l’UGTT (Union générale tunisienne du travail), Noureddine Taboubi. Des augmentations de salaire, c’est ce qu’escomptent les employés du secteur public, ceux du secteur privé attendent leur tour, comme si cette affaire était la solution au problème de la montée des prix dont tout le monde se plaint, surtout à Tunis. Taboubi ne fera pas le déplacement pour rien, Chahed très probablement allongera les billets, après l’accord, au moins tacite, du FMI, qui surveille de près. Mais le problème n’est pas là, il est dans le fait que les salariés ne sont pas les seuls à attendre ces augmentations, les commerçants aussi attendent, les promoteurs immobiliers également. A tel point que ces hausses sont devenues un poison car elles entretiennent l’inflation laquelle finit par décourager les consommateurs et casser la dynamique de la consommation, un des moteurs de l’économie qui fonctionnent encore. Si on veut régler le problème des citoyens et du pays, il faut élaborer une vraie politique de désengorgement des grandes villes, de décentralisation, ce qui fera exploser la bulle immobilière et fera baisser automatiquement les prix pratiqués.

Une décentralisation à minima

La Tunisie n’a pas de vraie politique de décentralisation, et ça ne date pas d’aujourd’hui. Ce qu’on a servi dernièrement n’est en fait, pour le moment, qu’un saupoudrage de déconcentration budgétaire, dont le principe est l’affectation de certaines dépenses aux municipalités et aux collectivités locales. C’est une simple commodité de comptabilité pour moins de tracasseries pour les autorités centrales et une exécution plus rapide de certains projets locaux liés à l’éclairage public, les routes, les hôpitaux, les écoles, etc. Sans plus. Rien pour un vrai développement régional seul apte à fixer les populations sur place et à créer une vraie économie locale capable de tirer vers le haut tout le pays. Un éclairage public et de belles routes sans l’activité économique qui va avec, ça ne vole pas très haut et surtout ça ne freine pas cet exode rural massif qui a impacté l’économie dans les régions, complètement défiguré la capitale et en a fait un enfer pour ses habitants.

Le courage, le vrai, la politique de décentralisation, la vraie, auraient été de délocaliser certains ministères et organismes public qui ne gagnent rien à rester à Tunis. Le ministère de l’Agriculture aurait très bien pu migrer vers la ville de Sliman, Bizerte ou même Jendouba, Béja sans que cela que cela ne nuise en rien à son fonctionnement, avec la numérisation et la dématérialisation des procédures qui est déjà sur les rails. Le ministère de l’Industrie serait très bien à Sfax, la première ville industrielle du pays, etc. On n’a rien inventé, toutes les solutions sont là, sous nos yeux, il suffit d’oser. Bien entendu tout cela bouleverserait des vies, causerait des désagréments personnels, mais que pèsent-ils face au grand bien que ça ferait à toute la Nation ?

Pourtant les exemples sont là !

Le président sénégalais, Macky Sall, l’avait promis à ses électeurs, il va passer à l’acte bientôt. Pas moins de 15 ministères vont être éjectés de la capitale, Dakar, qui a les mêmes problèmes que Tunis. Sall a fait sortir de terre une méga ville administrative à Diamnadio, à une trentaine de kilomètres de Dakar, avec des logements à foison, des infrastructures, un TER (train express régional) et tout le toutim pour accueillir les ministères et toute l’économie qu’il y a autour. Il a même déplacé l’aéroport de la capitale à Diass, à 47 kilomètres au sud-est de Dakar. Ce dernier va respirer ! Et la pression immobilière va se dégonfler automatiquement. Il y a aussi l’exemple de l’Egypte, qui va se doter d’une nouvelle capitale administrative. Bon vous me direz qu’il était temps pour le Caire, avec ses 20 millions d’âmes. Mais pour Tunis aussi ça urge, alors qu’on ne voit pas le bout d’un programme dans ce sens. Au contraire on dépense des sommes folles dans des projets autoroutiers – RFR surtout – lesquels de toute façon ne régleront pas le problème de fond d’une capitale au bord de l’explosion.

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La meilleure Constitution du monde“, se targuaient certains, dont des concepteurs de ce texte fondamental, très avant-gardiste à bien des égards, il faut le reconnaitre, mais encore faut-il que les citoyens soient en mesure de le digérer. Le problème quand on monte le niveau, quand on fait mieux que les autres ou quand on le prétend, c’est qu’il faut avoir les moyens de suivre dans la durée, la certitude d’avoir l’adhésion de la majorité. Bref, il faut soi-même être à la hauteur et s’assurer que les autres le sont, sinon il y a un gros problème de cohérence et de conformité avec les principaux censés régenter l’ordre social. Quand les rédacteurs de la Constitution – les députés – se sont enfermés à l’Assemblée Nationale Constituante pour pondre ce texte, ils ont mis le paquet pour faire le tour de toutes les problématiques d’une société qui découvrait soudainement l’ivresse de la liberté, de la démocratie. Et quand ils ont livré leur produit, ils pensaient, très sincèrement, avoir fait le meilleur travail possible, dans les circonstances particulières du pays entre 2011 et 2014. Ils ne s’attendaient certainement pas à la montagne de problèmes qui allait surgir après.

Le souci quand on veut brasser large, quand on veut que les droits de tous soient respectés, c’est qu’on finit par édicter des principes qui s’entrechoquent, se contredisent. Il est difficile de l’éviter pour autant, car c’est cela le corollaire d’une société où la chape de plomb saute brutalement, violemment. Alors on a pensé qu’il était bon, après maintes contorsions et débats enflammés, de mettre dans le même texte la protection du sacré (grosso modo l’Islam, notre patrimoine commun) et la liberté de culte, ou la liberté de conscience. Les rédacteurs de la Constitution avaient raison, ils ne pouvaient pas protéger le sacré et laisser en rade ceux qui ne s’y reconnaissaient pas, et c’est leur droit. Ce qu’ils ne pouvaient pas anticiper c’est la difficulté à faire coexister les deux réalités, dans une société dont la toile de fond est sa religion, l’Islam, que personne, même les plus antireligieux, n’avait osé contester publiquement, et encore moins transgresser. Maintenant ils osent, au nom justement de cette Constitution qui accorde la liberté de croire ou de ne pas croire. Et ça c’est une difficulté nouvelle pour la Tunisie, à laquelle elle n’était pas préparée et pour laquelle elle n’a pas de réponse…

Le visage de la Tunisie que les Tunisiens ne veulent pas voir

La violence des attaques contre les membres de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe), notamment sa présidente, Bochra Belhaj Hmida, jusqu’à des accusations de mécréance, est la parfaite illustration des contradictions dans lesquelles est prise une société qui a fait le choix de la modernité et qui freine en même temps des quatre fers face au vertige de sa liberté. La Colibe avait été mandatée par le président de la République pour proposer un corpus de grandes réformes en rapport avec les libertés individuelles et l’égalité, comme le stipulent les dispositions de la Constitution, les normes internationales des droits de l’Homme et les orientations de toutes les nations dites modernes. Cette Constitution qui, rappelons-le, avait été concoctée par les islamistes, et qui en est arrivée, selon certains, à bafouer certains préceptes de l’Islam. L’égalité totale dans l’héritage entre l’homme et la femme, l’égalité entre les enfants légitimes et naturels, l’égalité dans l’attribution de la nationalité et le choix du nom de famille, la fin de la peine de mort et l’incrimination de l’appel au suicide sont les propositions majeures faites par le rapport. Plus que ne peut en supporter les traditionalistes, qui prédisent l’enfer du Seigneur à Bochra Belhaj Hmida et compagnie. La mauvaise nouvelle pour les anti-Colibe, c’est que ces propositions ont la Constitution de leur côté…

Ils n’ont pas les moyens de leur indignation

La présidente de la Colibe, sous le feu des critiques, avait déclaré récemment que son rapport colle parfaitement aux conventions internationales ratifiées par la Tunisie et tire sa source des principes et valeurs clairement inscrits dans la Constitution de 2014. Et elle n’a pas tort. C’est d’ailleurs à cause de ces mêmes conventions, que la Tunisie a goulument signées mais qu’elle n’applique pas avec la même célérité, que les autorités s’étaient fait tirer les oreilles à Genève pas le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme. La Tunisie non seulement a signé un paquet de conventions, en plus elle a aggravé son cas en dépendant, plus que jamais, de l’aide étrangère pour continuer sa route. Quand l’Arabie saoudite, la Russie, la Chine, les USA ou Israël foulent au pied les droits de l’Homme ou les conventions internationales, elles sont certes dénoncées, critiquées, mais c’est à peu près tout. On ne peut, dans les faits, rien leur faire. La Tunisie est loin de pouvoir en dire autant. Ceux qui s’en prennent à la Colibe et à tout ce qui bouge dans le sens de la liberté et de l’égalité mènent un combat d’arrière-garde, perdu depuis belle lurette. C’est une question de temps avant que cette réalité saute à la face de tous. Habib Khedher, du mouvement Ennahdha, qui était à la tête du comité mixte de coordination et de rédaction de la Constitution, pourrait le leur expliquer…

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Si on a appris une chose dans cette Tunisie de tous les possibles depuis le fameux 14 janvier 2011, c’est qu’il ne faut jamais dire jamais. Rached Ghannouchi, le chef de file des islamistes, sur le fauteuil de Habib Bourguiba en 2019, c’était un scénario ubuesque et surréaliste il y a peu, à cause justement du peu d’appétit des électeurs pour sa personne que presque tous les sondages d’opinions ont attesté. Mais voilà, plus que jamais, ‘Au royaume des aveugles les borgnes sont rois‘. Le combat de l’an prochain pourrait ne pas avoir lieu faute de combattants. Dans un paysage politique sinistré, où aucune alternative sérieuse ne se présente à quelques mois des élections, où aucune personnalité ne sort du lot, où le vieux lion de Carthage, Béji Caïd Essebsi, a bien des envies d’en découdre à la prochaine présidentielle mais à 91 ans il est beaucoup moins fringuant qu’à son dernier triomphe en 2014, Ghannouchi président ce n’est plus un gag ou de la politique-fiction, mais une probabilité qu’il faut regarder en face et analyser. L’écurie islamiste est déjà en branle, après le ballon d’essai lancé par le gendre Rafik Abdessalem Bouchlaka et la sortie d’un “aficionado” de premier plan : Le porte-parole du mouvement Ennahdha. L’affaire est donc sur les rails, dans un contexte incroyablement favorable grâce à l’oeuvre du fils du président de la République, ou plutôt la destruction de l’oeuvre du père, son parti, Nidaa Tounes, par le fils, la seule formation qui peut encore torpiller les plans du leader d’Ennahdha. Tout dépendra de l’issue du tout premier Congrès électif de Nidaa. En attendant Ghannouchi peaufine sa stature internationale, reçoit tous les puissants d’ici et d’ailleurs, édulcore son discours pour ceux, encore très nombreux, que tout relent d’islamisme, même infime, effraie.

BCE et la tentation du lâchage

On n’a pas entendu le président de la République depuis un moment, et pour cause : Il n’a pas, n’a plus, grand chose à dire. Il ne maitrise plus rien depuis que sa dernière trouvaille, qu’il pensait révolutionnaire, le Pacte de Carthage, s’est crashé sur la demande insistante du secrétaire général de l’UGTT : Le départ du chef du gouvernement, chose que le chef de l’Etat ne peut, ne serait-ce que constitutionnellement en temps d’état d’urgence, concéder. Et puis il y a le fait qu’acter l’échec de son poulain, Youssef Chahed, au point d’offrir sa tête à son fils, Hafedh Caïd Essebsi et au leader de la centrale syndicale, Noureddine Taboubi, revient à acter son propre échec. Ce serait celui de trop, après la disgrâce de Habib Essid. A son âge, et au crépuscule de sa carrière politique, Essebsi a maintenant le souci de son héritage, de la postérité, de ce qu’on dira de lui après qu’il se sera éclipsé, comme tous les hommes et femmes de son rang. Mais le duel à mort ente Chahed et Taboubi est en train d’impacter cette trajectoire. Ahmed Néjib Chebbi a raison de dire, sur sa page Facebook le 25 juin 2018, que BCE rêve de voir Taboubi dégommer Chahed. Non pas que le départ du chef du gouvernement enchanterait son mentor, mais ce serait une façon de mettre un terme à cette crise et ce blocage politique mortifère, surtout pour le sursaut économique déjà amorcé et les réformes dont le pays ne peut plus faire l’économie. Et ça aussi ça conditionne la consistance de l’héritage que laissera le président de la République.

Essebsi ne peut pas raisonner et encore moins stopper l’UGTT, pour ramener le calme dans le pays, alors l’idéal serait que Chahed s’efface, volontairement, sans faire de bruit, sans régler des comptes, sans tirer dans tous les sens, sans déballer ce qu’il sait. Mais manifestement ça restera un voeu pieux, un rêve pour BCE. Chahed n’a montré aucune disposition à être cet agneau de sacrifice qu’a été Essid.

Les vrais vainqueurs c’est eux !

Paradoxalement, le chef du gouvernement n’a jamais été aussi en forme. On est fin juin 2018 et il est encore là, ce qui en soi est déjà un miracle vu la violence de la tempête qu’il a essuyée il y a peu. Et même mieux : l’UGTT, celui par qui tous les dangers sont arrivés, va lui offrir une chance de jouer une fine partie de poker où Chahed pourra abattre ses cartes. Dans ces négociations sociales qui démarrent ce jeudi 28 juin, il lâchera, très probablement, quelques promesses, même vagues, de revalorisation des salaires, sous l’étroite surveillance du FMI qui a tracé quelques lignes rouges. Ces engagements suffiront pour le moment. D’abord ils permettront à Chahed de gagner un précieux temps, et de désarmer Taboubi. En effet ce dernier ne peut pas continuer, très logiquement, à réclamer la tête de celui avec qui il négocie, et encore moins si Chahed dit ce qu’il veut entendre : Les salaires vont monter, même peu. Il ne faut pas oublier, malgré les grandes phrases et les théories savantes sur l’échec du gouvernement, que le combat contre le chef du gouvernement a gagné en intensité quand Chahed a fermé la porte des augmentations salariales. Il a aggravé son cas en opposant une fin de non-recevoir aux demandes exagérées des profs du secondaire. En réalité  c’est cela qui lui a valu la violence des coups portés par l’UGTT. Toute cette agitation est avant tout une affaire de sous. Si Chahed lâche du lest là-dessus, avec les limites que lui a fixées son principal bailleur, ça lui donnera l’assurance d’être tranquille au moins cet été. Et encore plus s’il saupoudre tout cela avec un remaniement ministériel aux petits oignons, même frugal. A la rentrée on parlera d’autre chose, essentiellement des élections générales de 2019…

Au plus fort de la tempête, quand son parti secouait le cocotier pour le faire tomber, seul Ennahdha a défendu la boutique Chahed. Mais les islamistes ne l’ont pas fait pour ses beaux yeux, mais par pur pragmatisme. En effet Chahed traite plutôt bien les ministres nahdhaouis, malgré la pression d’une frange des nidaïstes pour débarquer les poulains de Ghannouchi. Qui sait ce que ferait d’eux un autre chef de gouvernement. Ne dit-on pas ‘Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras’ ? Par ailleurs un soutien affiché à Chahed, jusqu’au bout, quand les siens le lâchent, a l’avantage de se le mettre dans la poche et de s’assurer qu’il s’effacera le moment venu pour dégager la voie du palais de Carthage à Ghannouchi. Une sorte de renvoi d’ascenseur quoi. Quant à Nidaa Tounes, il pourrait très bien, en cas de déroute aux élections de 2019, accepter de jouer les seconds couteaux, exactement comme le fait Ennahdha présentement, avec une cohabitation bis, histoire de garder une main sur le pouvoir. A moins que le prochain Congrès électif de Nidaa Tounes en décide autrement, en éjectant HCE et ce qu’il faut de poison, en permettant à un vrai candidat à la présidentielle d’émerger, et ça aussi c’est pas de la politique-fiction !

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Slim Khalbous, le ministre de l’Enseignement supérieur, a osé. Ce qu’il avait lancé comme ça, presque comme une boutade, est devenu réalité : Les étudiants étrangers, majoritairement des Africains (à proprement parler des Subsahariens, car les Tunisiens, martelons-le pour les esprits lents à la détente, sont aussi des Africains), devront casquer, et pas peu, pour avoir une place dans les universités publiques de la Tunisie. Entre 5000 et 15 000 dinars tunisiens, ce sera le prix de la science pour “nos” frères. Ce qui n’était au départ qu’un ballon d’essai n’a provoqué aucune réaction de la part d’une opinion publique anesthésiée par des mauvaises nouvelles devenues chroniques (inflation, mauvais bruits de fond politiques et sociaux, sombres perspectives économiques et dernièrement la défaite des ‘Aigles de Carthage’ face à l’Angleterre), et encore moins une levée de boucliers de la part des chancelleries et ambassades africaines, alors Khalbous s’est dit “why not“. Il est passé à l’acte. Il a osé. Ce “racket” – nous n’avons pas trouvé d’autre qualificatif – qui ne dit pas son nom va ruiner davantage les étudiants subsahariens. Que le commun des Tunisiens voit ces étudiants comme des tirelires ambulantes qu’il faille casser à tout bout de champ (des loyers surfacturés, des prix abusifs dans leurs actes d’achat…), on peut à la limite le comprendre même si on ne peut l’excuser, mais que les autorités abondent dans le même sens que les citoyens indélicats ça c’est intolérable parce qu’immoral. Cette décision incompréhensible, injuste et improductive ne sera pas sans conséquences pour une Tunisie qui par ailleurs crie sur tous les toits qu’elle est animée par la volonté de mettre un terme à son désintérêt pour son continent.

Une première, dont on se passerait bien

Les Tunisiens qui ont fait leurs études en France et ailleurs le savent : Dans tous les Etats de droit, tous les étudiants, nationaux et étrangers, sont logés à la même enseigne pour l’accès aux établissements supérieurs publics. Pas de traitement de faveur, pas de préférence nationale, pas de discrimination. La Tunisie elle, qui du reste s’enorgueillit d’avoir l’une des “meilleures Constitutions au monde“, a osé la discrimination. Même une prestigieuse université comme Paris-Dauphine, dont d’ailleurs le Tunisien Elyes Jouini est le vice-président, la plus cotée des établissements publics français spécialisés en banque et finances, et donc la plus demandée par les étudiants étrangers, n’est pas allée jusque-là. Certes les droits d’inscription sont montés ces dernières années, très sensiblement, mais c’est le même tarif pour tout le monde. Idem pour les étudiants tunisiens, de plus en plus nombreux, qui se rabattent sur les universités sénégalaises ou d’ailleurs sur le continent, surtout les étudiants en médecine qui ont trouvé porte close ici. A ce qu’on sache, ils ne sont pas mis à contribution de manière outrancière, pourtant les universités sénégalaises sont loin de rouler sur l’or, exactement comme en Tunisie. Toutefois ce que vient de faire la Tunisie pourrait leur donner des idées, et aux autres pays africains aussi, ne serait-ce que pour le principe de réciprocité, et ça risque de ne pas plaire aux malheureux étudiants tunisiens qui doivent déjà porter le poids de l’exil. Mais ça est-ce que les autorités tunisiennes s’en soucient ?

Un mauvais coup porté à l’intégration africaine

Que les universités tunisiennes aient de gros pépins financiers et qu’il faille les renflouer, tout le monde est d’accord là-dessus, mais ce que vient de faire Khalbous n’est assurément pas la voie indiquée. Les étudiants subsahariens sont déjà de gros contributeurs dans l’essor des universités privées tunisiennes, qui poussent comme des champignons en ce moment. L’économie du secteur, de tout le pays, ne s’en porte que mieux, et tout le monde s’en félicite. Il fallait s’arrêter là, ça suffisait amplement. Cette gourmandise est un pêché, et pas que pour des raisons d’ordre moral ou religieux, c’est mauvais aussi pour les affaires, pour le rayonnement culturel de la Tunisie, pour sa réputation, pour le processus d’intégration africaine qui a pourtant enregistré dernièrement des avancées notables (une nouvelle ligne maritime en direction de pays subsahariens ; une pluie d’accords avec la Guinée Conakry et la Guinée Equatoriale ; le statut d’observateur au sein de la CEDEAO et des accords préférentiels avec la Communauté économique ouest-africaine, et demain le statut de membre à part entière ; la signature de l’Accord instaurant la Zone de Libre Echange Continentale, etc.). Est-ce que les clopinettes que va rapporter la taxe appliquée à 3000 Subsahariens sur un total de 7500 qui font leurs études en Tunisie en valent la chandelle ? Assurément non. Il n’y a rien à en tirer, à part le déshonneur pour un pays dont la Révolution a pourtant séduit le continent…

Le ministre de l’Enseignement supérieur a un étrange argumentaire pour justifier cette ponction dans le porte-monnaie des Subsahariens : Elle permettra de financer la mise à niveau des universités tunisiennes, ce qui sera un excellent produit d’appel pour attirer davantage d’étudiants étrangers. Nous, vu d’ici, ce qu’on voit plutôt c’est un repoussoir qui dirigera encore plus le flux des étudiants subsahariens vers le Maroc, où ils se ruent déjà, effrayés par des propos et actes racistes qui se sont débridés ces dernières années en Tunisie, des tracasseries administratives – cartes de séjour surtout – que le chef du gouvernement avaient pourtant promis de stopper, un climat social délétère, une sinistrose cultivée par la classe politique et les citoyens du pays, etc. Enfin, et c’est n’est pas le moindre des problèmes à l’horizon : Ce que vient de faire la Tunisie aux étudiants subsahariens lui reviendra comme un boomerang au moment de défendre son adhésion à la CEDEAO, laquelle pourrait régler beaucoup de ses problèmes. Si le Maroc, qui est très bien introduit sur le continent, qui accueille du mieux qu’il peut les ressortissants africains et leur ouvre même son marché de l’emploi, a été recalé, pour un temps, que dire de la Tunisie qui a plus brillé par son absence en Afrique et ne regardait que du côté de l’Europe jusqu’à récemment ?

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Deux faits politiques majeurs sont passés presque inaperçus ce week-end, même du côté des observateurs les plus avisés : Nidaa Tounes aura enfin son congrès électif (quand précisément ? Mystère pour le moment), pour en finir avec le provisoire qui dure et fait de gros dégâts ; Ennahdha jette l’éponge pour l’élection présidentielle. Ces deux annonces auraient sans doute eu plus de résonance si elles ne disputaient pas la partie avec les joies des retrouvailles autour du café, la chicha, les plats très copieux de la journée, etc. De toute façon à moins d’un grand cataclysme, rien ne pouvait détourner les Tunisiens des festivités de l’Aïd. Pourtant ces annonces portent en elles les germes de la reconfiguration de l’avenir politique du pays après le rendez-vous électoral de 2019. Le Congrès électif de Nidaa était attendu, très attendu même depuis la naissance du parti. Mais le contexte actuel, avec le problème HCE, lequel ne date pas d’aujourd’hui, a imposé cette échéance. 3 ans de direction provisoire, c’est plus que ce que peut s’autoriser un grand parti dans une démocratie qui se respecte. Quant au forfait du leader d’Ennahdha, Rached Ghannouchi (il n’a jamais clairement affiché ses intentions pour la présidentielle, mais personne n’est dupe), il était tout aussi attendu. Personne, à part lui peut-être, ne se faisait d’illusion sur ses chances de s’asseoir sur le fauteuil du palais de Carthage. Ses illusions à lui ont volé en éclats à la vue des sondages d’opinions, presque tous, des certitudes qui ont certainement été confirmées par ses propres enquêtes, mais qu’il se gardera bien d’ébruiter.

La fin d’un cycle ?

On a tout dit et écrit sur la capacité du fils du président de la République à faire le vide autour de lui au sein de la formation politique que son papa a bâtie. La débâcle, car c’en est bien une quoi qu’en disent les illuminés de Nidaa Tounes, des dernières municipales a été la dernière illustration du peu de talent de HCE à fédérer autour de lui, à manager ses troupes et encore plus à porter son parti vers la victoire, comme le fit son papa au scrutin de 2014, même si la majorité qui en découla ne fut pas assez confortable pour éviter au pays les déboires qu’il traine encore. Mais le directeur exécutif fait face à d’autres assauts qui sont plus embêtants pour sa personne, et la musique monte crescendo : Les critiques sur sa légitimité à rester encore à la tête du parti en l’absence d’une élection en bonne et due forme. Déjà que HCE est lourdement handicapé pour son absence de vernis politique, du fait qu’il n’a pas surtout un mandat électif, le ciment de toute carrière politique digne de ce nom. Nidaa Tounes ne pouvait pas prétendre raisonnablement défendre ses chances aux élections de 2019 en débarquant avec un tel schéma, un tel état de déliquescence avancée.

Le fils du chef de l’Etat avait lâché le mot sur l’organisation du tout premier congrès électif de son parti le 21 septembre 2017, mais depuis c’est silence de mort sur cette affaire, jusqu’à cette sortie du week-end dernier. Le plus important maintenant est de savoir ce qui va émaner de cette grand-messe. Si les opposants de HCE, nombreux dans le parti, fuient le combat, comme a pris la poudre d’escampette l’ancien secrétaire général Mohsen Marzouk, il y a des chances que l’actuel directeur exécutif ait son quitus pour cette fois un vrai mandat, le premier de sa petite carrière de politicien. Il serait certes mal élu, mais élu quand même, avec tous les dangers que son impopularité fait peser sur la survie du parti, en plus des dégâts déjà causés. HCE écarté, par une figure qu’on ne voit pas se dessiner pour le moment, il y a des chances que des déserteurs tels que Lazhar Akremi reviennent au bercail et que l’hémorragie de militants soit stoppée, ce que ne bouderait pas un Nidaa Tounes très mal en point.

Echec et mat

Ghannouchi candidat à la présidence de la République, on l’a vu venir avec le ravalement de façade (une dentition refaite de fond en comble, pour un sourire étincelant ; la cravate, même la couleur rose et surtout une nouvelle posture plus universaliste, plus moderniste, beaucoup moins axée sur le logiciel religieux). Ces changements ou virages, même feints, sont loin d’être anecdotiques, c’est au contraire une forte symbolique qui fait parfois la différence dans un rendez-vous où de toute façon il est impossible de mesurer la sincérité des uns et des autres, encore moins évaluer leur capacité réelle à tenir les promesses électorales. Alors c’est le paraître, l’impression qu’on dégage qui l’emportent. Et de ce point de vue Ghannouchi n’était pas mal, à coups de concessions que certains de ses amis, les durs, n’ont certainement pas appréciées. Mais pour le président d’Ennahdha l’essentiel était ailleurs : Il était dans cette mayonnaise qui pouvait donner corps à son rêve de s’asseoir sur le fauteuil de Habib Bourguiba. Mais voilà, la mayonnaise n’a jamais pris, pourtant ce n’est pas faute d’essayer, de se tordre le bras pour des compromis et même compromissions. Le dernier espoir était une entente avec Nidaa Tounes pour briguer la fonction suprême, mais il y a deux hics, qui freinent net : D’abord l’actuel locataire du palais de Carthage a des envies de rempiler en 2019 , en tout cas il ne dit pas clairement Non ; ensuite Abdelaziz Kotti, dirigeant de Nidaa Tounes, a fermé la porte à toute collusion pour installer Ghannouchi à Carthage.

Ennahdha n’a jamais eu de présidentiable, ni hier ni aujourd’hui. L’ancien chef de gouvernement Hamadi Jebali est sorti des bois il y a quelques mois pour tenter de vendre une candidature indépendante, en dehors de son mouvement qu’il sait repoussant pour une bonne partie des citoyens. Mais la ficelle était trop grosse, donc Jebali est vite rentré dans les bois. Alors les islamistes n’auront d’autre choix que d’adouber un autre candidat, vraisemblablement celui de l’allié de circonstance, Nidaa, même du bout des lèvres, cela suffira à faire d’eux des soutiens du futur président tout en étant des partenaires critiques, dans le sens du vent. Cette posture d’équilibriste est très payante pour les islamistes, l’essentiel étant de demeurer au coeur du pouvoir, que ce soit à l’ARP, au gouvernement et dans l’exécutif…

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Etrange époque que nous vivons là. Les citoyens qui s’apprêtent à festoyer durant l’Aïd El Fitr risquent de ne pas digérer, au sens comprendre du terme, les gesticulations de nos politiques en ce moment. A en croire les derniers développements sur la scène politique locale, le front anti-Chahed est en train de se fissurer, de se dégonfler comme une baudruche, de se fracasser… C’est selon. En effet comment interpréter autrement le fait que des députés de Nidaa Tounes, avec à leur tête le chef du bloc parlementaire, Sofiene Toubel, se rendent nuitamment chez le chef du gouvernement, Youssef Chahed, pour converser autour des affaires du gouvernement, et donc du pays. Le même Toubel qui est réputé très proche du directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi, par qui la tension entre Chahed et une frange du parti est arrivée et qui a piloté, aux côtés de l’UGTT, l’offensive contre le chef du gouvernement, avec pour seule revendication son limogeage. Cette visite nocturne du mercredi 13 juin 2018 tranche avec la note très belliqueuse de la centrale syndicale, laquelle après avoir mis en veilleuse ses attaques frontales contre Chahed est revenue ce jeudi pour exiger, une fois de plus, son départ. Cette dissonance entre les tenants du front anti-Chahed est peut-être une bonne nouvelle pour le concerné, pour le pays.

Nidaa tangue, et c’est pas Chahed qui s’en plaindra !

De la réunion de la commission d’évaluation de l’action gouvernementale relevant de Nidaa Tounes avec le chef du gouvernement Youssef Chahed et les ministres du parti, on a appris qu’elle a porté sur l’examen des projets de loi urgents et de la révocation du ministre de l’Intérieur, a confié le député Jalel Ghedira.
D’après lui, Chahed a précisé au cours de la réunion avoir démis le ministre de l’Intérieur de ses fonctions suite au naufrage d’un bateau de migrants irréguliers aux îles de Kerkennah (Sfax) et au congédiement de plusieurs cadres sécuritaires. Il a affirmé que le président de la République était au courant de cette décision.
Le chef du gouvernement a, également, affirmé que les concertations avec le président de la République se poursuivent de manière intense et portent sur les affaires de l’Etat. Voilà pour ceux qui rêvaient de bisbilles entre Chahed et son mentor, le chef de l’Etat.

Jalel Ghedira a ajouté que les membres de la commission ont reçu de la part de Youssef Chahed des réponses franches et claires au sujet des questions soulevées sur la scène nationale. Il a ajouté que ce type de réunion seront assurées périodiquement en vue de soutenir l’action gouvernementale.
Cette réunion entre ces élus et Chahed, à cet instant précis, et le ton doucereux du côté de Nidaa Tounes, après tout le fiel qui a été déballé sur la place publique, ressemble furieusement à une paix des braves ! Bon, on ne sait pas si on doit cette inflexion, ou la voix de la raison, au retour, dans les coulisses pour le moment, de l’ancien secrétaire général, Taieb Baccouche, mais ce qui est sûr c’est qu’il y a du changement dans l’air…

L’UGTT, “Le Dernier des Mohicans

Pendant que Nidaa met, manifestement, de l’eau dans son jus, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) a souligné jeudi 13 juin 2018 l’urgence de changer la composition du gouvernement actuel et de nommer dans les plus brefs délais un nouveau chef du gouvernement pour sauver le pays de la crise politique, économique et sociale.
Dans un communiqué publié jeudi, l’UGTT a indiqué que les institutions constitutionnelles, les partis politiques et surtout l’assemblée des représentants du peuple (ARP) doivent assumer leur responsabilité historique pour sauver le pays et relancer son édification.
L’organisation syndicale estime que le pays est actuellement paralysé en raison de la crise du pouvoir politique qui s’est accentuée au cours de ces derniers mois, outre la crise économique marquée par l’augmentation de l’inflation et la baisse du dinar tunisien, ce qui a aggravé le déficit commercial et contribué à la baisse des investissements, notamment en l’absence d’une diplomatie économique efficace.

Le seul hic c’est qu’elle oublie d’indiquer qu’elle est pour beaucoup dans cette crise sociale et économique, avec son entêtement à imposer des augmentations salariales et qu’elle a sa main dans la crise politique actuelle avec son obsession, qu’elle vient de réitérer, pour l’éjection du chef du gouvernement. Mais le départ de Chahed, qui est déjà très improbable aujourd’hui, le sera encore plus au fil du temps, à mesure qu’on approche des élections de 2019. Allez expliquer aux soutiens de la Tunisie, qui portent ce pays à bout de bras depuis 2011 et qui viennent d’accélérer la cadence (avec l’appui budgétaire promis par la BM et l’annonce de décaissement du FMI), la nécessité d’accentuer l’instabilité politique en se payant un autre chef de gouvernement, le 8ème depuis la dite Révolution. Tous les gens censés ont compris que cette affaire est déjà dans les tiroirs et qu’elle a très peu de chances d’en ressortir. Il est temps que Taboubi & Co le comprennent…

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Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, s’était engagé, avec véhémence, à traquer partout la corruption, à pourfendre et débusquer corrupteurs et corrompus dans tous les cercles, jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir. La promesse a-t-elle été tenue ? Pour le moment nous sommes contraints de dire non, puisqu’il manque dans le panier les politiques, or il est inconcevable que des faits de cette gravité soient perpétrés dans cette «petite» Tunisie (du point de vue géographique et démographique) sans que ces décideurs, sans qui rien ne se fait, parfois pour le plus grand malheur de leurs administrés, ne soient au courant ou même mouillés. Donc, à cet instant précis, nous ne pouvons en conclure autre chose qu’une tromperie sur la marchandise. Mais à en croire les bruits, persistants, lâchés par le porte-parole du Tribunal de première instance de Tunis, Sofiene Sliti, si la machine cale et n’a jusqu’ici broyé aucun politicien, ce n’est pas la faute de Chahed mais bien celle du Parlement, lequel s’obstinerait à retarder l’action du couperet de la justice. Sliti avait émis une salve d’accusations le 2 mai 2018, en affirmant, sur Mosaïque Fm, que l’ARP refuse de lever l’immunité de certains élus dont les noms sont cités dans des affaires de corruption. Le bureau de l’ARP avait balayé ces accusations d’un revers de la main, en arguant que la requête de la justice ne contenait pas assez d’éléments de preuve. Le même Sliti est revenu ce week-end, avec les mêmes accusations, mais cette fois avec des faits précis gravissimes et un nom (décidément l’attaque frontale et nominative de Chahed contre Hafedh Caïd Essebsi fait école !), et pas n’importe lequel : Sofiene Toubel, le chef du groupe parlementaire de Nidaa Tounes.

Nous parlons, tout de même, du chef de file des députés du parti sorti majoritaire des dernières élections générales, en 2014. Ce n’est pas rien ! Certes les citoyens en ont soupé des problèmes de la classe politique, de leurs tiraillements puériles et mortifères pour la stabilité du pays, de leurs bisbilles indignes de leur statut d’élite (il en faut bien une, une élite, et pour le moment c’est eux qu’on a sous la main), de leurs errements, erreurs et approximations, mais ce qu’a dit et redit Sliti mérite bien qu’on s’arrête, et qu’on mette de côté pendant un moment les dépenses de l’Aïd, la Coupe du Monde, les soirées estivales dans les cafés, etc. Là on nous parle d’une corruption au sommet du pouvoir législatif, le pourvoir suprême en fait dans ce régime que la Tunisie a eu la bonne idée de se choisir. Si ça ce n’est important qu’est-ce qui l’est ?!

Un vieux serpent de mer

La députée Samia Abbou a été la première à mettre les pieds dans le plat en demandant publiquement, le 2 mars 2017, que la lumière soit faite sur les signes de extérieurs de richesse plus que suspects chez certains de ses collègues. Si des noms tels que Toubel et d’autres acolytes ont été lâchés sur la place publique, c’est parce que la justice a travaillé depuis les allégations de Abbou. Cependant, pour le moment, les condamnations s’arrêtent aux portes des politiciens. On le sait, le temps de la justice n’est pas celui des médias ou de l’opinion publique, et que les juges doivent justement y aller avec des gants pour que les droits de tous, en premier la présomption d’innocence, soient respectés, mais tout de même aucun politique pris entre les filets depuis le démarrage de la campagne de Chahed, c’est un peu difficile à admettre pour les citoyens, eux qui sont laminés par la justice en une fraction de seconde –  j’exagère un peu – s’ils ont le malheur d’être coincés pour parfois une broutille. Bon, le chef du gouvernement a quelques belles prises à son actif dans les milieux d’affaires, notamment Chafik Jarraya, le symbole de toute une époque, celle de la collusion mafieuse entre les businessmen et le pouvoir, mais rien, jusqu’ici, ne nous prouve qu’on est sorti de cette sombre ère. Il est où l’ancien ministre de l’Intérieur Najem Gharsalli, cité dans les mêmes dossiers explosifs que Jarraya et que Chahed avait donné l’instruction de ramener dare-dare ? Il court toujours…

Il faudra finir le boulot !

C’est la traque des pourris de la République, pour avoir in fine une République vertueuse, qui avait donné au locataire du palais de la Kasbah son premier galon d’homme d’Etat, et fait monter en flèche sa popularité. Il en est d’ailleurs resté quelque chose, de cette popularité, dans les sondages d’opinions, mais elle s’est sérieusement érodée depuis. Chahed a été lui aussi, comme tous les autres, pris dans cette crise de confiance entre les électeurs et leurs représentants, et il y a laissé beaucoup de plumes, d’après les enquêtes récentes. Certes les résultats économiques qui tardent, l’inflation, le climat politique et social délétère expliquent en grande partie cette désaffection vis-à-vis des dirigeants, mais il y a aussi le sentiment, à tort ou à raison, que les politiques sont une catégorie à part sur laquelle ne s’abattra jamais le glaive de la justice, en tout cas tant qu’ils sont au pouvoir. A Chahed de prouver le contraire en mettant la même énergie dans ce combat que dans sa croisade contre les hommes d’affaires véreux. La première étape serait de monter au front, comme il l’a fait pour le fils du chef de l’Etat, pour obliger le bureau du Parlement à lâcher les siens afin qu’ils soient jugés, comme le citoyen lambda…

Dans cette affaire il y a un très gros enjeu : La restauration de la crédibilité des politiques. Ce n’est pas pour rien que le penseur français Montesquieu (1689-1755) a théorisé la nécessaire séparation des trois pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire, pour que la démocratie soit assise sur de bonnes bases. L’indépendance de ces trois piliers, surtout celle de la justice, est ce qui entretient le rapport de confiance entre les citoyens et les institutions. La justice doit être l’endroit où le droit est dit et appliqué de manière indistincte, que vous soyez “puissant ou misérable“, or c’est justement, d’après Sliti, ce que l’ARP empêche aux juges de faire. Chahed devra résoudre ce problème. Il est au moins aussi important pour l’avenir de la démocratie que les autres grands dossiers. Et pour son avenir politique personnel aussi, si toutefois il a des envies de passer du palais de la Kasbah à celui de Carthage. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il n’y pense jamais, et pas seulement en se rasant le matin, comme l’avait confessé Nicolas Sarkozy quand il était le tout-puissant ministre de l’Intérieur…

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Demain, en Tunisie, des mastodontes de l’industrie culturelle dans la lignée des ténors internationaux comme Disney, Vivendi… ? C’est le souhait émis par l’auteur de l’Etude “Etat des lieux et potentiel des industries culturelles et créatives en Tunisie“, un travail qui s’est étalé sur 4 mois et qui a été commandé par la BIAT (Banque Internationale Arabe de Tunisie). On peut nourrir l’espoir que cette initiative portée par le leader des banques de la place fasse naître des vocations parmi les grands groupes privés du pays, pour donner à l’industrie de la culture le rayonnement qu’elle mérite. Car le potentiel est là, les talents sont là, les artistes sont là, il y a un bouillonnement culturel indéniable, la Tunisie est assise sur un riche patrimoine architectural et archéologique, elle a des traditions plusieurs fois millénaires. Reste à embrayer en mettant en place un partenariat public-privé à la hauteur des défis et des enjeux du monde de la culture. C’est, principalement, le message qui a été lancé jeudi 07 juin 2018 dans la soirée à l’Institut Français de Tunisie, lors de la présentation de l’étude, en présence du ministre tunisien de la Culture, Mohamed Zine Abidine, de l’Ambassadeur de France, Olivier Poivre d’Arvor, des anciens ministres Noomane Fehri (aux TIC), Nejla Moalla Harrouch (Commerce) et Mourad Sakli (Culture)…

L’état des lieux

La culture est sans aucun doute ce qui définit le mieux le citoyen, car liée à son ascendance, à son éducation, à son héritage… Bref, à son identité. C’est aussi ce qui nous rassemble tous, ce qui fait le ciment de la société. Mais c’est devenu aussi, au fil du temps, un poste de dépense, même s’il est loin de pouvoir rivaliser avec les autres. La culture pèse à peine 1% dans les dépenses des ménages tunisiens, dit l’étude, très loin des sommes absorbées par l’alimentaire ; il y a donc de la marge, pour les citoyens car ces dépenses élèvent l’esprit mais aussi pour les investisseurs privés. Il faudra avant régler le problème de la faible exposition culturelle dans le pays. Les offres ne sont pas assez abondantes, il n’y a pas assez de lieux de culture, pas assez de biens culturels, pas assez de salles de cinéma, de salles de concert, etc. La marge de progression pour les promoteurs est donc phénoménale, et ce d’autant plus que l’engouement populaire est là. Par exemple les 9 chaines de télévision les plus regardées en ce moment sont locales, une tendance qui s’est complètement inversée, indique l’enquête. Elle a également fait un focus sur la musique, en donnant l’exemple du phénomène Balti, dont les exploits sur Youtube, en Tunisie, dépassent ceux du célèbre rappeur américain Jay-Z aux USA. La demande est là, le marché est là, reste l’investissement.

Pour aller plus loin dans la réflexion

Le triste sort fait au livre a aussi été abordé. C’est un fait, confirmé par cette étude : les Tunisiens ne lisent pas assez. Le livre était un objet dangereux sous Ben Ali, il l’est toujours, a dit l’auteur de ce rapport. En fait le livre n’est pas resté à proprement parler un objet dangereux depuis la Révolution, c’est un objet un peu trop cher au regard de la crise économique actuelle, un objet presque de luxe pour la plupart des citoyens. La culture, en général, c’est ce qui vient quand on a réglé tous les problèmes élémentaires liés à la subsistance, à la survie tout court. On ne peut pas plaquer le modèle de l’Occident, qui a trouvé des solutions à la plupart de ses problèmes, sur le modèle tunisien et déduire que par ici on ne lit pas assez, on ne va pas assez au théâtre, on ne va pas assez au cinéma… En Tunisie les enjeux, pour le moment, sont ailleurs, et le citoyen lambda est contraint de consommer le bien culturel à sa portée : les festivals d’été, les spectacles de quartier, les processions des mariages ou des circoncisions, etc. L’Ambassadeur de France a d’ailleurs souligné cette effervescence culturelle locale, a magnifié le travail des artistes tunisiens, la liberté d’expression et de création, et les merveilles qu’elle produit.

Enjeux économiques mais aussi géostratégiques !

L’étude a passé à la loupe l’industrie culturelle turque, très florissante, pour offrir aux Tunisiens un modèle. Chiffres à l’appui, le rapport a mis en relief le formidable essor de la production audiovisuelle turque dans le monde arabe, où elle a évincé toutes les autres oeuvres étrangères. Mais ce n’est pas tout, ce phénomène, car c’en est vraiment un, commence à impacter, positivement, le tourisme turc, et donc l’économie nationale. En effet l’étude a établi que dans les pays arabes où les séries turques font un tabac, les citoyens perpétuent la magie en allant visiter la Turquie, où ils dépensent aussi, et pas peu ! Manifestement piqué au vif par cette “invasion turque”, Olivier Poivre d’Arvor a déclaré que cette affaire ne doit pas nous “empêcher de dormir“. Ce qu’il n’a pas dit, c’est que la résistance s’organise du côté de la France pour ne pas perdre pied sur l’influence culturelle. Pour la France, notamment depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, il est maintenant question de corriger les effets des années de léthargie qui ont vu la Turquie, la Chine et même l’Inde lui disputer le pré-carré africain, une affaire économique mais aussi culturelle. C’est ce qui explique le méga projet culturelo-touristique la “Saison Bleue“, le paquet de projets d’universités franco-tunisiennes dont Dauphine est une parfaite illustration, elle qui va d’ailleurs créer l’an prochain un master de management culturel.

Souleymane Loum

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La Tunisie vit dans une sorte de lévitation, après l’agitation autour du Document de Carthage 2. Pour les citoyens, le calme est réel, car les exigences du mois de Ramadan (achats frénétiques, veillées interminables, longues prières nocturnes…) ne laissent pas beaucoup de place à autre chose. Après il y aura la Coupe du Monde, qui va faire corps avec la pause estivale forcée. Donc il y a des chances que l’état de léthargie des citoyens-électeurs, par rapport à la chose politique et même économique, dure encore. Mais si tout cela est de nature à consumer les énergies du Tunisien lambda, il en est autrement pour le microcosme politique, lequel tourne à plein régime, en toute circonstance, négocie, tisse des toiles, fomente et pas toujours dans le sens de l’intérêt général. Mais ils sont ainsi faits les politiciens, et pas qu’en Tunisie d’ailleurs. En ce moment, à part l’éjection du ministre de l’Intérieur, pour les raisons que le porte-parole du gouvernement a exposées, le personnel politique n’a pas grand chose à nous mettre sous la dent. Et ça tombe bien car les Tunisiens ont la tête ailleurs. Jusqu’aux prochaines bourrasques que le même porte-parole du gouvernement a annoncées

Cela fait un bail que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, parle d’évaluation du rendement de ses ministres et d’un remaniement ministériel en conséquence. Mais jusqu’ici rien n’était venu illustrer ses propos, pas la moindre décision dans ce sens. D’ailleurs il n’avait pas beaucoup de raisons objectives de retoucher son équipe car tout le monde sait, du moins tous ceux qui sont honnêtes intellectuellement parlant, que même les plus brillants esprits ne pourront pas faire grand chose dans cette conjoncture difficile, plombée par des finances publiques très mauvaises, un gros déficit budgétaire et le refus des citoyens de retourner énergiquement au travail. Donc si Chahed en vient à modifier son équipe, il faut en chercher les raisons dans l’obstination de ses adversaires – surtout le secrétaire de l’UGTT et le directeur exécutif de Nidaa Tounes – à avoir sa tête. Le chef du gouvernement se dit qu’en faisant quelques offrandes humaines, il arrivera, peut-être, à dégonfler le front de ses détracteurs. Donc si demain certains de ses collaborateurs se font débarquer, ils le devront moins à la qualité de la copie qu’ils ont rendue qu’à l’urgence politique d’une purge, de sacrifices humains pour calmer la meute. Eh oui, pour ceux qui en doutaient encore, Chahed fait aussi de la politique, comme tous les autres, ou presque !

Il reste fort, le plus fort

Si le locataire du palais de la Kasbah montre cette assurance en ce moment, jusqu’à avoir le culot d’attaquer frontalement et nommément, en direct à la télévision publique, le fils du président de la République, c’est parce qu’il se sait indéboulonnable en ce moment, et très probablement jusqu’aux élections de 2019. La conjoncture actuelle et le temps jouent en sa faveur, et au fond tout le monde le sait, même si on feint de l’ignorer pour les besoins surtout de la mobilisation des troupes en vue des vraies batailles de la rentrée, qui ne baisseront pas d’intensité jusqu’au scrutin de l’année prochaine. Il faut se sentir très fort pour oser se débarrasser de son ministre de l’Intérieur dans un contexte aussi délétère. Limoger un ministre de l’Intérieur, surtout quand il est l’homme de la maison et qu’il est aimé des siens, c’est un gros risque politique, en plus des désajustements sécuritaires que cela peut engendrer par la suite. L’ancien président français Nicolas Sarkozy avait profité de ce poste très en vue pour poser les plus gros problèmes au chef de l’Etat de l’époque, Jacques Chirac. On connait la suite : Sarkozy a eu une ascension fulgurante jusqu’au palais de l’Elysée. Vous me direz que la Tunisie n’est pas la France et que Brahem n’est pas Sarkozy, mais il n’en reste pas moins que pour faire ce qu’il vient de faire, Chahed ne doit pas beaucoup douter de son bon droit et de sa force.

Le chef du gouvernement a lui aussi laissé des plumes, en termes de cote de popularité, dans cette ambiance politique nauséabonde. Mais il reste, à en croire les sondages, celui en qui les citoyens ont le plus confiance en ce moment. Certes il n’a échappé à personne que Chahed n’a fait aucun miracle jusqu’ici et qu’il brille plus par ses envolées au Parlement et à la télévision que par sa capacité à faire bouger le pays, mais le peu de personnes qui nourrissent encore des espoirs sur le personnel politique croient en lui. C’est un fait. Sans doute les vestiges de la gloire qu’il a tirée de son combat contre la corruption. Pour ses adversaires, le fait que le chef du gouvernement pulse encore, malgré tous les coups qu’ils lui ont portés, est une très mauvaise nouvelle. Pour le moment il ne leur laisse que la perche de la médiation qu’a tendue Mohsen Marzouk. Pour Taboubi ce serait l’occasion de panser ses plaies, de se requinquer après ses défaites successives et de redorer le blason du Prix Nobel de la Paix ; et pour Hafedh Caïd Essebsi une façon de s’appliquer le vernis du leader politique qui se dérobe depuis 3 ans, en attendant son face-à-face avec les électeurs au Congrès national, des électeurs qu’il a réussi à éviter jusqu’ici mais qu’il ne pourra pas fuir éternellement…

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Le Document de Carthage, que le président de la République, Béji Caïd Essebsi, avait sorti de son chapeau suite à l’éviction de Habib Essid, a fait des dégâts, des gros. D’abord dans le pays où il a provoqué un flottement évident en impactant le cap pris, si cap il y avait ; ensuite dans le paysage politique, qu’il a divisé encore plus qu’il ne l’était ; dans le parti sorti majoritaire des législatives de 2014, Nidaa Tounes, avec les déflagrations que l’on sait ; enfin au sein même du gouvernement, avec les incertitudes autour du chef du gouvernement et de son équipe, l’incertitude qui est la meilleure ennemie de tout gouvernement, de toute action publique et de l’économie. Pour le parti que Essebsi a bâti, le soldat Taieb Baccouche, son ancien secrétaire général, a été mobilisé pour tenter de recoller les morceaux. Baccouche, qui a la mission très délicate de réveiller de son coma l’UMA (Union du Maghreb Arabe), devra stopper une hémorragie causée par le chef de l’Etat (en s’alliant avec les islamistes) mais amplifiée par son fils, Hafedh Caïd Essebsi et sa clique. Pour le reste des pépins provoqués par le Pacte de Carthage dans le pays, tout est à faire, et ce ne sera pas une mince affaire. II est déjà question, si on en croit les appels émis par-ci par-là, de revenir à la table des négociations pour vider le contentieux autour du fameux 64e point : Le maintien ou non du commandant du bateau, Chahed. Encore des maux de tête en perspective, pour les citoyens comme pour le principal artisan de cette affaire, BCE. Mais ce à quoi on ne s’attendait pas, c’est que le mouvement Ennahdha, la seule vraie forteresse du microcosme politique, soit à son tour secouée par cette agitation ambiante.

Nous avons été surpris par la tonalité du communiqué du samedi 02 juin 2018, qui invite les dirigeants du mouvement à s’en tenir aux positions officielles. Cette sortie s’adresse directement aux déclarations faites par des leaders du parti sur des positions exprimées vis-à-vis d’organisations, de partis politiques, du gouvernement et du Document de Carthage 2.

La direction d’Ennahdha a précisé que les positions engageant le parti émanent de ses institutions officielles et des parties habilitées à s’exprimer en son nom. “Toute opinion personnelle n’engage que son auteur“, indique le parti.

Reste à savoir si cette mise au point cible surtout le dirigeant d’Ennahdha Abdellatif Mekki. En tout cas le porte-parole du mouvement, Imed Khémiri, martèle que la position officielle du parti au sujet des organisations, partis politiques, du gouvernement ou du Document de Carthage 2 a été exprimée par son président, Rached Ghannouchi, lors de la suspension des concertations sur l’Accord de Carthage.”Le mouvement Ennahdha s’en tient à sa position, appelant à poursuivre le dialogue avec les différents partenaires politiques et sociaux“, a-t-il souligné. Et c’est aussi ce qu’on croyait, compte tenu des habitudes martiales chez les islamistes où la parole du ou des chefs est en général gravée sur le marbre. Une discipline militaire qui explique d’ailleurs, il faut le reconnaitre, les succès du mouvement et de son incroyable faculté à trouver les ressors pour se maintenir au centre de la vie politique, alors qu’il y a trois ans à peine il a éjecté du pouvoir, d’abord par la rue et ensuite par le verdict des urnes.

C’est toujours le même qui met le feu !

Pour rappel, Abellatif Mekki avait dit, vendredi 1er juin 2018, que “proposer une meilleure alternative au chef du gouvernement Youssef Chahed dans le cadre des concertations du Document de Carthage II peut aider à résoudre la crise et dépasser le blocage autour du 64e point relatif au remaniement ministériel“.

Mekki avait souligné l’attachement de son parti à poursuivre des pourparlers et proposer de nouvelles voies de sortie de crise à travers notamment “l’ajout d’un nouveau point dans les clauses du Document de Carthage II qui propose une meilleure alternative à l’actuel chef du gouvernement“. Ce qui heurte de plein fouet la position défendue officiellement par son président, Rached Ghannouchi, qui préconisait plutôt une sorte de changement dans la continuité, au motif que le renversement de la table ne sert pas l’intérêt national. “Le pays qui vit une conjoncture délicate au vu de la situation économique et financière a besoin de réformes et non pas de faire tomber le gouvernement“, avait-il ajouté. Et on croyait que les troupes, comme à leur habitude, allaient se ranger comme un seul homme derrière leur cheikh-professeur. Mais c’était sans compter sur Mekki, qui n’en est pas à sa première bravade.

La faute au double langage

Mais il faut dire aussi que ce sont là les limites du double langage que le mouvement a l’habitude de pratiquer, sur pratiquement tous les sujets importants. Par exemples, ce fut le cas lors de la loi sur le réconciliation nationale portée par Essebsi ; plus récemment on en entendu Ghannouchi défendre le droit de l’UGTT à réclamer la tête du chef du gouvernement et défendre en même temps le maintien de Chahed. Dernièrement, on a vu Ennahdha tanguer, transiger, hésiter sur la même question, pour finir par soutenir qu’il était bon que le locataire du palais de la Kasbah reste, pour le bien du pays, avec les inflexions et corrections qu’il faut. Tous ces revirements, parfois dans le même communiqué, finissent par donner le tournis, même aux professionnels du double langage les plus chevronnés.

Reste que le mouvement a connu d’autres remous internes dans le passé et y a toujours survécu ; en effet l’instinct de survie aiguisé par la crainte d’être bouté hors du cercle du pouvoir finit toujours par créer l’union sacrée quand les autres partis butent. Donc pour les adversaires qui pensent qu’ils pourront exploiter cette mini crise autour du Document de Carthage 2 ce sera un peu court. Il faudra trouver autre chose pour malmener Ghannouchi et compagnie, mais il y a problème : Le mieux placé pour réaliser cet exploit, Nidaa Tounes, est encore plus mal en point que les islamistes. Il faudra tout le talent et la verve de BCE et de Baccouche pour remettre leur parti dans un état qui lui permettra de se présenter, avec de vraies chances, face à Ennahdha aux élections de 2019.

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L’avocat Abdessatar Messaoudi, ancien membre de Nidaa Tounes, avait déclaré dernièrement que le président de la République, Béji Caïd Essebsi, lui avait promis de restaurer ce que son fils et sa “bande” avaient cassé dans la machine de guerre qui avait permis à BCE de triompher au scrutin de 2014. On ne sait pas si cela a un rapport avec l’engagement du président, mais l’ancien secrétaire général de Nidaa Tounes, Taieb Baccouche, s’active actuellement dans les coulisses pour sortir le parti du trou. Il a confié ce samedi 02 juin 2018 à Mosaïque Fm qu’il a sa petite idée sur la manière de sauver Nidaa Tounes et de récréer l’union sacrée entre ses fondateurs pour retrouver la ligne originelle du parti bâti par le chef de l’Etat.

Baccouche a affirmé que les fondateurs du parti et les bureaux régionaux sont en train de plancher sur sa proposition mais qu’il est trop tôt pour se prononcer sur les résultats de son initiative. Ce qu’on sait c’est que l’ancien SG de Nidaa Tounes a conversé, au téléphone, avec Essebsi immédiatement après la dernière sortie télévisée du chef du gouvernement, Youssef Chahed. Baccouche refuse d’en dire plus sur le contenu de cet entretien, comme il refuse d’entériner son grand retour dans ce parti qui allait nettement mieux quand il en avait la charge…

 

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TUNIS, TUNISIA - AUGUST 5: Tunisian Interior Minister Mohamed Najem Gharsalli holds a press conference in Tunis, Tunisia on August 5, 2015. (Photo by Yassine Gaidi/Anadolu Agency/Getty Images)

Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a donné deux jours au ministre de l’Intérieur, Lotfi Brahem, pour mettre la main sur Mohamed Najem Gharsalli, sous le coup d’un mandat d’amener. Chahed a demandé à Brahem de faire tout ce qu’il faut pour arrêter le magistrat et ancien ministre de l’Intérieur, dans les plus brefs délais et le déférer devant la justice, rapporte Shems FM ce samedi 02 juin 2018.

Il est vrai que l’escapade de Gharsalli, dont le nom a été cité dans le dossier Chafik Jarraya, est un vrai camouflet pour les autorités tunisiennes…

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Pour ceux qui en doutaient encore, l’actuel chef du gouvernement (il le restera très probablement jusqu’aux prochaines élections), Youssef Chahed, n’a rien à voir avec son prédécesseur, Habib Essid. Entendez par là qu’il n’a pas le caractère amorphe – certains diront la docilité – de Essid, qui a accepté de tendre le cou pour une exécution publique, au Parlement. On l’avait même entendu adresser des remerciements à ses bourreaux, une attitude surréaliste pour un chef de gouvernement qui n’avait pourtant pas démérité (on s’en est rendu compte, hélas, bien après). Et bien Chahed ne sera pas cet agneau de sacrifice là. Et c’est une bonne nouvelle pour le pays. Vous imaginez la tête des amis et partenaires de la Tunisie s’ils apprenaient que le pays du jasmin s’est, une fois de plus, payé une crise politique avec la démission du chef du gouvernement, sous la pression de quelques illuminés pas regardants du tout sur l’intérêt national et sur les enjeux du moment. Le discours de Chahed du mardi 29 mai 2018 dans la soirée, très offensif, notamment en direction de son principal adversaire, Hafedh Caïd Essebsi (qui a fini par éclipser, et ce n’est pas en son honneur, le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi), est finalement une bonne annonce pour son mentor, le président de la République, Béji Caïd Essebsi…

Les grands perdants

Comme l’a dit le leader du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, si BCE voulait défaire le gouvernement, il aurait une toute autre attitude. Le fait est qu’il ne voulait et ne pouvait pas vouloir la perte de Youssef Chahed. D’abord pour la simple raison que c’est lui qui l’a personnellement choisi, et même imposé alors que son poids politique en Tunisie et même au sien de son propre parti était loin de lui donner droit à cette fonction suprême. Donc si le chef de l’Etat avait décrété l’échec de son poulain au point d’être l’artisan de son éviction, il ferait le constat par là même de sa propre déroute. Et pour un homme au crépuscule de sa carrière politique (91 ans, tout de même), c’est carrément impensable. Essebsi a joué le jeu de la démocratie en poussant l’affaire du désaccord de Carthage le plus loin possible – trop loin sans doute -, mais in fine il avait la garantie que Chahed sauverait sa tête. Ne serait-ce que parce qu’en situation d’état d’urgence il est, constitutionnellement, impossible de dégommer un chef de gouvernement. Ensuite parce qu’il était clair depuis le début que le directeur exécutif de Nidaa Tounes n’aurait pas de majorité au sein des signataires du Pacte de Carthage pour inscrire Chahed à l’article de la “mort”. Enfin BCE avait l’assurance, de la part de son pote Ghannouchi, que Ennahdha ferait bloc à l’ARP pour s’opposer, le cas échéant, au limogeage de Chahed. Sans parler des députés de Nidaa et de l’opposition qui ont clairement rallié la cause du chef du gouvernement.

Si la main du chef de l’Etat a tremblé, alors qu’il aurait pu et dû dès le vendredi 25 mai 2018 en finir définitivement avec ce dossier, c’est parce que, disons-le clairement, son fils animait le groupe des anti-Chahed. Et cette hésitation coutera cher à Essebsi, pour la postérité. Quand on sait le traumatisme vécu, très récemment, par les Tunisiens à cause des ‘fils de’, ‘filles de’, ‘neveux de’, etc., (des familles Ben Ali et Trabelsi), on se dit que l’histoire lui pardonnera très difficilement ce flottement, ces 72 heures de trop, après plus de 10 jours d’atermoiements pour signer le Document de Carthage 2, dans un contexte politique et économique aussi dégradé.

L’autre grand perdant de cette affaire est, bien entendu, le fils du chef de l’Etat. Il vient de subir là son troisième revers politique, et pas des moindres, après son incapacité à décrocher l’investiture de Nidaa Tounes aux législatives de 2014 et son forfait aux législatives partielles en Allemagne. A ajouter à ses talents pour faire le vide autour de lui, avec pour conséquence cette hémorragie de militants et de députés – à peine 56 élus au Parlement, 30 de moins qu’en 2014 – que son papa, même dans sa tour dorée de Carthage, n’a pas pu ignorer et qu’il s’est enfin décidé à stopper, selon les déclarations. Essebsi junior pourrait faire l’amère expérience de son impopularité au Congrès national électif de son parti, qu’il s’ingénie à retarder depuis 3 ans, une éternité pour un parti de ce calibre.

Le Grand gagnant

C’est, évidemment, Ennahdha. Les islamistes qui, comme ils l’ont fait en se contentant de rester assis et de regarder le bloc parlementaire Nidaa se vider de son sang pour ensuite le supplanter, vont encore ramasser les lauriers de cette agitation mortifère. En effet dans ce chaos indescriptible, ils ont très stratégiquement adopté la posture de la raison, de la défense de l’intérêt suprême de la nation, en appelant à la préservation de la stabilité, enfin le peu qu’il y a, et donc au maintien de Chahed. Pourtant, comme à leur habitude, Ghannouchi & Co ont tangué, hésité, et même entamé leur exercice favori : Le double langage. Mais voilà, eux au moins ont encore cette capacité à sentir de quel côté allait tourner le vent, à écouter les voix, mêmes dissonantes, de la rue. Et on ne peut pas les blâmer pour ça, c’est aussi cela la politique, c’est aussi cela traduire les aspirations, même confuses et parfois contradictoires, des citoyens qu’on prétend représenter et défendre. Nidaa Tounes a perdu tout cela, et bien plus, depuis que HCE s’est imposé à sa tête, par la seule force de son nom. L’élection de 2019 pourrait départager les islamistes et la formation bâtie de ses mains par le locataire du palais de Carthage, mais peut-être pas à l’avantage de ce dernier…

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Maintenant que le Pacte de Carthage a été gelé, on va pouvoir retourner au travail. C’est certainement ce que se dit le chef du gouvernement, Youssef Chahed, et la grande majorité des citoyens après avoir appris ce qui aurait dû être fait depuis belle lurette, vu que – on se répète, volontairement – ce Document cher au chef de l’Etat n’a jamais apporté la preuve de son efficacité. L’Accord de Carthage 1 était, au mieux, une sorte de catalogue de voeux pieux pour un gouvernement qui de toute façon est lesté par les réalités économiques du pays, par les clous fixés par le FMI et surtout par l’état des finances publiques. Autant de corsets qui ne permettent aucune folie. Alors un Pacte de Carthage pour quoi faire ? Rien, à part pour le décorum et le sentiment vaguement confortable que la Tunisie a une direction, un cap. Si ce n’était que ça, on aurait pu s’accommoder de ce Document très encombrant. Le souci c’est que la deuxième mouture de la trouvaille de Béji Caid Essebsi était devenue un lieu de surenchère, de conciliabules dangereux pour l’équilibre et la stabilité de la nation, avec des dirigeants inconscients de la délicatesse du moment que traverse la Tunisie et des contrecoups d’un renversement de la table. Mais voilà, le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi, et le leader de la centrale syndicale, Noureddine Taboubi, puisqu’il s’agit d’eux principalement, se sont obstinés, jusqu’au bout. Et là BCE aurait dû prendre ses responsabilités…

L’affaire aurait dû être pliée depuis le 25 mai 2018, quand le président de la République a dit qu’il fallait une majorité au sein des signataires du Pacte de Carthage pour avoir la tête de Youssef Chahed. Il avait ajouté que même cela ne suffisait pas et qu’il fallait de toute façon aller devant la représentation nationale (l’ARP) pour voter l’éviction de Chahed. D’abord le premier point : Le fils du chef de l’Etat, HCE et Taboubi crient dans le désert, ou presque (l’UPL et l’UNFT partagent leur position), pour obtenir le départ de Chahed. En face 5 signataires du Pacte (Ennahdha, Al Massar, Al Moubadara, l’UTICA et l’UTAP) soutiennent le maintien du chef du gouvernement. 4 contre 5, ce n’est pas ce qu’on peut appeler une majorité. Alors BCE aurait dû tirer les conséquences de ce qu’il avait lui-même dit et stopper net cette affaire, et obliger tout le monde à signer sur les 63 points lesquels à défaut de régler les problèmes du pays gravaient au moins sur le marbre les priorités du moment. Le président de la République a-t-il voulu épargner à son fils une claque publique magistrale ? Mystère…

Ensuite si on prend le deuxième point, une majorité au Parlement pour avoir la peau de Chahed, là aussi c’était foutu d’avance vu que Ennahdha, qui dicte sa loi à l’ARP depuis que Nidaa Tounes a eu la bonne idée de lui céder la première place, a jusqu’au bout affirmé qu’il est pour le maintien de Chahed. Et même au sein des élus de Nidaa Tounes, beaucoup ont donné de la voix ce week-end pour dire haut et fort qu’ils soutenaient le chef du gouvernement, et qu’ils désapprouvaient le jusqu’au boutisme suicidaire, politiquement, de HCE. Là aussi BCE aurait dû en tirer les conséquences en arrêtant cette sinistre farce très dommageable pour le pays.

Maintenant que cette affaire s’est arrêtée d’elle-même, en tout cas provisoirement, on va pouvoir apporter l’éclatante démonstration que le gouvernement n’a pas besoin du Pacte de Carthage pour conduire les affaires du pays. Le chef de l’Etat nous avait vendu cette histoire pour donner la preuve de son brio politique et pour, peut-être, laisser une empreinte dans l’histoire, comme il espère le faire avec la légalisation du mariage entre une Tunisienne musulmane et un non musulman ou avec l’égalité homme-femme dans l’héritage. Le moins qu’on puisse dire est que cette entreprise de sauvetage national par le Pacte de Carthage est un véritable fiasco, du moins jusqu’ici. Essebsi ne sera pas décoré pour le 1er Document, il ne le sera pas non plus pour le second, à cause surtout du fait qu’il n’ait pas compris qu’il était grand temps d’arrêter définitivement cette affaire qui parasite le gouvernement dont la gestion des affaires du pays est pourtant le métier et qui, en principe, n’a besoin de rien ou personne pour l’y aider…

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Dans cette Tunisie post révolutionnaire où les cartes sont redistribuées après le départ du dictateur auquel personne n’était préparé, tout est politique par excellence, tout est politisé à outrance. Les enjeux de pouvoir sont partout. A chaque fois qu’il s’agit de mettre en place une instance publique, les protagonistes de la scène politique s’agitent, jouent des coudes pour placer leurs pions, de manière à noyauter tous les cerces de pouvoir, pour ne pas perdre la main sur le pouvoir suprême. Pour le moment c’est ce qu’on a compris de la démocratie, et il y a des chances que cela dure. Bâtir une classe de dirigeants qui a le niveau des standards internationaux, ça prend au moins une génération. Et comme il faut bien que l’élite de demain soit cuisinée par l’actuelle, reconnaissons que celle que nous avons sous la main ne vole pas haut, pour prétendre former la relève. Mais c’est tout ce qu’on a, alors faisons avec, en attendant. En attendant le miracle, nous continuerons à trinquer avec des psychodrames du genre de celui que nous vivons actuellement, autour du Document de Carthage 2, menant le pays au bord du précipice, par la seule volonté du fils du président de la République. Avant cela on a eu ces remous affligeants au Parlement autour de la désignation des membres de l’ISIE, après l’abandon en rase campagne de Chafik Sarsar. La prochaine tragicomédie des députés, et elle a déjà commencé, se jouera autour de l’installation de la Cour constitutionnelle. Les enjeux de cette affaire sont infiniment plus importants que toutes les affaires qui avaient mis le feu à l’Assemblée des représentants du peuple.

Le 21 mars 2018, les élus s’étaient revus pour la troisième fois pour élire les membres de la Cour constitutionnelle. Et pour la troisième fois les mêmes causes ont produit les mêmes effets : Après les croche-pattes et batailles de tranchée d’usage dans cette vénérable Assemblée, les élus se séparèrent sans aucun accord. Sauf pour la personne de Raoudha Ouercighni qui, ô miracle, recueillit 150 voix. C’est celle qui leur semblait la plus incolore, dans le sens neutre du terme et donc la moins susceptible de gêner les petites affaires des belligérants. Pour les autres candidats, ce sera «Niet». Pourquoi ? Parce plus que la nécessité de mettre en place rapidement cette instance qui aura le dernier mot sur la constitutionnalité des lois, et qui donne sens à la Constitution, une affaire qui n’a que trop tardé, pour ces Messieurs/Dames nos chers élus l’urgence est ailleurs : Placer des hommes ou femmes acquis à la cause de la partie. Et la patrie dans tout cela ? Et l’intérêt général ? Ils passent bien après. S’ils passent…

Les «borgnes», les “aveugles”…, tout le monde s’active

Samedi 26 mai 2018, l’Association tunisienne de Droit constitutionnel a pondu un communiqué pour faire part de sa préoccupation par le projet d’amendement de la loi organique relative à la Cour constitutionnelle. La structure invite à rester vigilant quant au processus de mise en place de cette juridiction eu égard à son impact sur le processus démocratique.
Le texte ajoute que le changement du processus d’élection des membres de la Cour constitutionnelle risque de nuire à son homogénéité et de porter atteinte, dès le début, à sa crédibilité. Signalons que le communiqué a été signé par le président de l’association, Slim Laghmani, un des postulants à la Cour constitutionnelle.
La mise e place d’une institution d’un tel poids ne doit pas se faire sur la base d’une manipulation des lois pour servir des intérêts conjoncturels, lit-on dans le communiqué.
D’après l’association, le projet d’amendement de la loi organique n° 2015-50 du 3 décembre 2015, relative à la Cour constitutionnelle, adoptée le 9 mai dernier en Conseil des ministres, est venue remplacer la majorité requise par la majorité des députés présents pour l’élection des membres de la juridiction.
Il s’agit en d’autres termes de se rabattre sur la majorité relative en cas d’absence du quorum lors des deux tours de vote (les deux tiers pour le premier et la majorité absolue pour le deuxième).
Le communiqué indique ceci : la Cour constitutionnelle ne peut garantir les droits et les libertés ni défendre la suprématie de la Constitution que lorsque ses membres sont au-dessus de tout soupçon.

Au-dessus de tout soupçon, c’est certainement l’une des vertus les plus rares dans ce magma politique qu’on appelle transition démocratique. Les gros de la place, ‘borgnes au royaume des aveugles’, Nidaa Tounes et Ennahdha, sont certes ceux qu’on voit et entend le plus, ceux qui finissent par arracher les morceaux les plus importants, mais il y a les autres, et ils existent au Parlement, pèsent, empêchent de tourner en rond et parfois même font pencher la balance, par la magie de ce système parlementaire avec  scrutin à la proportionnelle qui permet aux petites formations d’avoir voix au chapitre. La Tunisie s’est payée, dès le début, le nec plus ultra des régimes politiques, une merveille d’une telle complexité et d’une telle dangerosité que très peu de nations, même les plus avancées, ont le courage d’adopter. Mais notre Constitution est ce qu’elle est, pour le moment, alors il va falloir essayer d’être à son niveau. Et justement en parlant de Constitution, ce texte fondamental dont certains se plaisent à dire qu’il est «l’un des meilleurs du monde» est par moments un véritable fourre-tout, où on s’est échiné à insérer les droits de tous, jusqu’à arriver à des contradictions insolubles. Dans cette configuration, une Cour constitutionnelle où 4 membres sont élus par le Parlement, un deuxième tiers par le chef de l’Etat et le troisième par le Conseil supérieur de la magistrature ne peut que cristalliser les passions.

La Constitution contenant des pans entiers dont l’interprétation dans un sens ou un autre peut changer notre modèle de société, les lois qui en découlent sont forcément l’objet de toutes les disputes. Certes pour le moment la violence des joutes à l’ARP n’est pas encore montée aux oreilles des citoyens – il y a d’autre sujets d’inquiétude, beaucoup trop -, mais ça va venir. Après ce sera autour du Conseil National du Dialogue Social…

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Hier seulement, mercredi 23 mai 2018, l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (APII) nous assommait avec une avalanche de mauvaises nouvelles sur le front de l’investissement industriel. Les investissements déclarés dans les industries totalement exportatrices, ceux dans les industries dont la production est orientée vers le marché local, les investissements industriels 100% étrangers et dans le cadre de partenariats… Partout c’est la baisse, et pas peu ! Aujourd’hui, jeudi 23 mai, changement de musique : la FIPA (Agence de promotion de l’investissement extérieur) met un peu de baume au coeur des dirigeants du pays, et de leurs administrés, avec les dernières données des investissements étrangers. Ces derniers, d’après le bilan de la FIPA, ont progressé de 23% durant les quatre premiers mois de l’année 2018, en comparaison avec la même période de l’an dernier. On se retrouve donc avec un gros paquet de 737,4 millions de dinars (MD).

Dans le détail, on a appris que les investissements directs étrangers (IDE) pèsent 727,1 MD dans ce volume, une progression de 24,5% et que les investissements en portefeuille affichent 10,3 MD, soit un recul de 33,3% par rapport à 2017.
Une fois segmentés, ces investissements font apparaitre une montée de 70,1% de l’argent injecté dans le secteur des services, à 123,5 MD ; les investissements industriels progressent également, de beaucoup, +45,8%, à 253,8 MD.
Quant aux investissements dans le secteur de l’énergie, ils évoluent également mais dans une moindre mesure, pour s’établir à 344 MD, +2,7%. Mais avec la pléthore de projets dans les énergies renouvelables notamment, les choses devraient bouger notablement dans les prochains mois et années.
Enfin les investissements étrangers dans l’agriculture ont enregistré une forte poussée, passant de 2,2 MD durant les quatre premiers mois de 2017 à 5,79 MD à la même période de cette année.

BCE n’avait d’yeux que pour le tourisme, et il a raison !

Le président de la République, Béji Caid Essebsi, a mis en veilleuse l’agitation autour du Document de Carthage 2 et du remaniement ministériel pour se changer les idées avec les bons indicateurs du tourisme. La tendance de ces derniers mois se confirme : Le nombre des touristes ayant visité la Tunisie, au 20 mai 2018, s’est situé à 2,3 millions, en progression de 21,8%, par rapport à la même période de l’année 2017, et de 5,7% par rapport à l’année de référence 2010. On n’a jamais été à un niveau aussi haut depuis 2011, d’après un document de la présidence du gouvernement.
Dans le détail, le taux des touristes européens est en hausse de 50% et celui des Maghrébins de 16,4%.
Au niveau des recettes touristiques, on les évalue, le 20 mai 2018, à 876,2 millions de dinars ; c’est une évolution de 37,7% en comparaison avec la même période de l’an dernier.
Ces indicateurs sont le signe patent, précise le palais de la Kasbah, que le réveil du secteur touristique, qu’on doit surtout à l’amélioration du climat sécuritaire dans le pays, est bien là. Une com qui est de bonne guerre pour un chef de gouvernement fortement chahuté par ses détracteurs, même au sein de son propre camp. Reste à prier, et à travailler dur surtout, pour que tous les secteurs de l’économie puissent en dire autant…

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Délétère, nauséabond, affligeant. Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier le climat politique du pays actuellement. Toute la science politique du monde ne sert à rien pour tenter de décrypter ce qui se passe en ce moment sur la scène politique. La Tunisie est entrée dans la démocratie par la mauvaise porte : Le régime parlementaire, avec scrutin proportionnel. Non pas que ce système soit mauvais en soi, mais il sied aux citoyens qui en ont la maturité. On est loin, très loin, de pouvoir en dire autant pour les Tunisiens. Le chef de l’Etat, Béji Caid Essebsi, en a rajouté aux problèmes du pays en sortant de sa tête un OVNI politique qui ne pouvait prospérer que dans cette Tunisie post-révolutionnaire de tous les possibles : Le Pacte de Carthage, après le prétendu échec du gouvernement de Habib Essid sur lequel d’ailleurs il y a beaucoup à dire, et surtout nuancer. Mais le plus important pour nous, présentement, c’est ce Document de Carthage, dont la première version n’a pas donné la preuve de son efficacité, sinon on n’aurait pas besoin d’une deuxième, une deuxième d’ailleurs dont on connait par avance l’issue. Qu’est-ce que la Tunisie aura gagné dans cette agitation qui a fait perdre un temps précieux (le Document n’est toujours pas signé d’ailleurs) ? Rien…

Pendant que les citoyens ont la tête ailleurs (les commerçants fraudeurs à la faveur du Ramadan, la montée des prix, la Coupe du Monde…), le microcosme politique local fait ce qu’il sait faire le mieux : De la surenchère, des manoeuvres dilatoires, de la diversion pour faire oublier son incompétence notoire et son absence totale de vision pour le pays, et encore plus de programme alternatif crédible pour nous tirer de ce mauvais pas. Ce tintamarre autour de l’éviction du chef du gouvernement, Youssed Chahed, un mouvement impulsé et alimenté par l’UGTT, et opportunément rejoint par le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi, aurait pu passer si le pays allait mieux. Mais dans ce contexte économique difficile, où la Tunisie est surveillée comme du lait sur le feu par le FMI, où le gouvernement, lesté par le peu d’atouts qu’il a à présenter aux bailleurs, n’ose même pas s’aventurer sur le marché international de la dette, poser des actes qui déstabilisent encore plus le pays est proprement criminel et mérite, je pèse mes mots, le qualificatif de haute trahison.

Ils n’ont pas retenu les leçons du 6 mai

On avait fini par oublier ces derniers jours que la centrale syndicale est l’initiatrice du projet de changement du patron du gouvernement, tant le directeur exécutif de Nidaa Tounes est apparu, dans la presse, comme l’activiste majeur de cette affaire. HCE a certes rejoint la fronde anti-Chahed dans le tard, mais il ne faut pas oublier qu’on lui prête ces desseins depuis un bon moment. Mais faire ça maintenant, alors que son papa fait tout pour sauver la tête de Chahed face à l’irréductible SG de l’UGTT, Noureddine Taboubi, c’est à tout le moins mettre en difficulté le président de la République. Mais HCE n’est pas un problème que pour son père, il l’est aussi pour son parti, une machine de guerre qu’il a pratiquement démolie. La déroute des municipales en est la parfaite illustration, après les vagues de démissions au sein du groupe parlementaire et l’érosion massive des militants de la première heure.

Les élections de 2019 pourraient être l’épilogue de cette descente aux enfers. Mais pour le moment personne ne s’est décidé à freiner le fils du chef de l’Etat. D’abord ce dernier, qui s’obstine à garder le silence face aux dégâts provoqués par son fils, qui est entré par effraction dans la politique, par la seule force de son patronyme. Ensuite le silence coupable des membres de la direction du parti, qui font exactement comme l’ex-SG Mohsen Marzouk, qui avait préféré la fuite…

Les électeurs auraient pu régler le problème HCE, mais voilà, il les fuit comme la peste. On avait cru à un moment qu’il allait se jeter dans la mêlée des municipales partielles d’Allemagne, mais après avoir sous-pesé ses chances, il a préféré reculer. Idem pour le Congrès électif de Nidaa Tounes, qu’il repousse sans cesse. Et il a bien raison de craindre ce rendez-vous. Le communiqué qu’il a posté mardi 22 mai 2018 dans la soirée sur sa page Facebook, avec ce qu’il faut en réaffirmation de soutien affiché au chef de l’Etat, laisse penser qu’il a mis beaucoup d’eau dans son jus et qu’il a décidé de ne plus se mettre au travers du chemin de son père. A le lire, entre les lignes, on ne devrait plus entendre HCE réclamer la tête du poulain du président de la République, du moins publiquement. Cela devrait suffire au bonheur de BCE. Cela devrait suffire aussi pour stopper les séances de double langage que Ennahdha a commencées, autour du départ de Chahed. Cela permettra surtout de fermer un épisode politique malheureux et dangereux, et retirer aux partis au pouvoir leurs munitions pour leur laisser le temps de méditer sur les leçons amères des municipales, ce que manifestement ils n’ont pas encore fait.

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Cela faisait longtemps que l’économie du pays n’avait pas enregistré autant de bonnes nouvelles en si peu de temps. D’abord les chiffres de la balance commerciale, plus précisément la réduction du déficit commercial, jusqu’à un niveau notable que ne boude pas un gouvernement aux abois, et pas que sur cette affaire. Et avec les promesses de la Chine, les choses ne pourront que se bonifier. Il y a aussi les indicateurs du tourisme, très bons, les prévisions également, même si on peine encore à franchir le palier supérieur du tourisme haut de gamme, synonyme de jackpot pour les réserves en devises (le voisin marocain en sait quelque chose). On peut évoquer également la reprise de la production de phosphate, malgré quelques accrocs par-ci par-là, une embellie qui enhardit les autorités, jusqu’à les pousser à se lancer dans des prédictions qui font planer. Et puis il y a eu, mardi 15 mai 2018, les chiffres de la croissance, une très bonne surprise, quoi qu’en dise le ministre du Développement, qui faisait la fine bouche en pleurant sur le 0,5% de point de croissance cramé par les protestataires de la CPG et la crise du secteur pétrolier. Enfin ce mercredi 16 mai 2018, on a les dernières données sur le déficit budgétaire. Et elles sont très bonnes, à en croire le rapport sur les “Résultats Provisoires de l’Exécution de Budget de l’Etat, Mars 2018”, publié par le ministère de Finances.

Chalghoum est à la fête !

Le déficit budgétaire, d’après le document émis par le département de Ridha Chalghoum, s’est nettement réduit de 41,7%, à 1079,4 millions de dinars (MD), fin mars 2018, contre 1852,3 MD, à la même date de l’année écoulée.
A ce rythme, au terme de l’année en cours, le déficit budgétaire ne devrait pas atteindre les 5 216 MD, prévus dans la Loi de Finances 2018, soit l’équivalent de 4,9% du PIB.
Selon le raport, cette amélioration a été induite par une progression notable des recettes non fiscales à 901,1 MD, durant le premier trimestre 2018, contre 279,3 MD durant la même période de 2017, et ce, en raison des recettes réalisées essentiellement, en matière de revenus des participations et des entreprises publiques (396 MD en mars 2018, contre 5,9 MD en mars 2017) et de la relance de la commercialisation de carburants (150 MD en 2018, contre des ventes nulles, à la même date en 2017).

Cette évolution des recettes non fiscales, a été accompagnée par une légère baisse des ressources d’emprunt (2111,7 MD), par rapport aux prévisions de la Loi de Finances 2018, et particulièrement les emprunts extérieurs (677,4 MD au cours des trois premiers mois de 2018 contre 879,2 MD, durant la même période de 2017).
Le département des Finances a expliqué le déficit budgétaire par la hausse des charges de remboursement de la dette extérieure (à 458,4 MD, en mars 2018 contre 285,7 MD en 2017), de la dette intérieure (460,6 MD contre 382,3 MD) et des intérêts de la dette (919 MD contre 668 MD).
Par contre, les dépenses de gestion ont baissé de 5 504,2 MD, en mars 2017, à 4 964,7 MD en mars 2018.
Le ministère a révélé, dans ce document, que le déficit est comblé, jusque-là, moyennant des financements intérieurs nets.
S’agissant de la dette extérieure de la Tunisie, le département a fait savoir que 47,8% de l’encours de cette dette sont en euros, 27,3% en dollars, 11,4% en yen et 13,5% en d’autres devises.

Vous avez dit récupération ?

Le débat sur la main du chef du gouvernement, Youssef Chahed, dans cette avalanche d’indicateurs positifs va forcément fuser. D’abord lui, qui ne manquera pas prochainement de communiquer à volonté sur ces bons chiffres, et il ne va pas se gêner pour nous en mettre plein la vue d’autant plus qu’une aile parmi ses soutiens du Pacte de Carthage, l’UGTT, continue de réclamer des offrandes en têtes ministérielles, voire celle du patron. Et Ennahdha, quoi qu’il en dise pour le moment, n’en pense pas moins. Ces bons chiffres, même le camp du chef du gouvernement, où pourtant il n’est pas en odeur de sainteté, les revendiquera, sans le moindre scrupule, surtout dans cette année électorale qui se profile où toutes les munitions, d’où qu’elles viennent, sont valables. Bon, pour que le camp de Chahed puisse faire de la récupération il faudra que la reprise se confirme et s’accélère en 2018-2019…

Chahed fera ce que font tous les politiciens du monde dans sa situation : Se prévaloir des trains qui arrivent à l’heure, même si on sait que ce qui marche est souvent le fait d’opérateurs privés pour qui le gouvernement n’a pas fait grand-chose pour le moment – d’ailleurs les patrons le lui rappellent à chaque rencontre -, même si on sait que les progrès sont pour la plupart les fruits des politiques lancées par les prédécesseurs et que les successeurs récoltent sans vergogne. Mais c’est de bonne guerre, si on endosse la responsabilité de tout ce qui ne va pas quand on est au pouvoir, on doit aussi logiquement être en droit de revendiquer ce qui fonctionne. L’essentiel est ailleurs pour la Tunisie. Il est dans la capacité de l’équipe de Chahed, si elle survit aux attaques sur les flancs, à maintenir le cap, voire mieux, ce qui est loin d’être gagné, quoi qu’en dise Oxford Business Group

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Les résultats des premières municipales vraiment libres de l’histoire de la Tunisie ont été consommés, mais pas encore digérés. Et ils ne le seront probablement jamais par les ténors politiques de la place – Nidaa Tounes et Ennahdha. Ils tentent de donner le change sur les rares micros et caméras qui leur sont tendus, mais il faut bien prendre les résultats pour ce qu’ils sont : Une sacrée raclée administrée par les listes indépendantes, qu’on a vu venir mais certainement pas à ce niveau. Pour Nidaa d’abord, la déroute des municipales confirme et amplifie une érosion qui a été amorcée après les législatives de 2014, un bon paquet de militants n’ayant jamais pardonné au parti bâti par le président de la République ses accointances, compromis et compromissions avec les islamistes. Le phénomène s’est formidablement accéléré sous le magistère du fils du chef de l’Etat, Hafedh Caïd Essebsi, qui a démontré sa capacité à faire le vide autour de lui, mais pas dans ses poches – c’est pas moi qui le dis, c’est son ex-compagnon Lazhar Akremi. Quant à Ennahdha, il est arrivé à limiter la casse avec son armada de militants irréductibles, qui votent comme un seul homme, quoi qu’ils entendent, rangés derrière leur cheikh, pardon professeur (la dernière facétie de Rached Ghannouchi pour tenter de ratisser plus large, après la cravate). Mais j’ai bien peur que le scrutin du dimanche 06 mai ait démontré que le 1er parti à l’ARP a touché son plafond de verre. Et il y a une autre mauvaise nouvelle pour le tandem Nidaa-Ennahdha : Les élections de 2019 pourraient être pires pour eux.

La fête a tourné court

De manière absolue, les Tunisiens ne se sont pas beaucoup mobilisés pour le rendez-vous du 06 mai 2018, mais in fine les résultats ont été meilleurs que les chiffres incroyablement bas de la participation avancés dans la matinée. Ce sursaut on le doit à ces abstentionnistes qui se sont ravisés au dernier moment pour aller voter. Et ce que les grands partis ne s’imaginaient pas s’est produit : Cette masse de voix s’est portée sur les listes indépendantes. C’est peut-être une grosse déconvenue pour les poids lourds d’une arène politique plus sinistrée que jamais, mais c’est une bonne nouvelle pour la Tunisie, sa démocratie, son devenir politique. Les citoyens commencent à comprendre la force de la mobilisation, la puissance de la carte d’électeur, les effets dévastateurs des urnes. 7 ans à peine après qu’on a décrété l’ère de la démocratie, c’est pas mal tout de même ! D’habitude les raz-de-marrée des indépendants se produisent dans les démocraties éprouvées, qui ont quelques décennies, voire des siècles, au compteur, avec des citoyens lassés par les promesses non tenues et les rendez-vous manqués de leur classe politique. Mais là en Tunisie on a sacrément brûlé les étapes, car les politiciens ont fait plus fort – en matière de défaillances – que leurs homologues occidentaux, par exemple. Et les bruits sur les députés corrompus, confirmés par le porte-parole de l’institution judiciaire, n’arrangent pas les choses…

Dans la matinée du dimanche 06 mai, on a entendu Borhen Bsaies, encarté à Nidaa Tounes, pavoiser sur Mosaïque FM avec les résultats préliminaires de son parti, qu’il annonçait deuxième derrière Ennahdha – cette position de second ne semblait pas le déranger le moins du monde ! -, et très loin derrière les autres (entendez par là les partis des “zéro virgule” et autres listes indépendantes). Le lendemain, le lundi 7 mai, on a vu des partisans de Ennahdha crier victoire dans certaines rues de la capitale, à bord de voitures imposantes. Mais cette exubérance, dont d’ailleurs ils devaient se garder, par décence, au regard de la situation du pays, a vite disparu, pour laisser place à la réalité, très crue et cruelle : Les citoyens se détournent, déjà, des partis au pouvoir.

De bonnes raisons de perdre le sommeil

Les électeurs ont fait mal aux candidats de Nidaa et Ennahdha, mais pas qu’eux, les listes soutenues par des personnalités telles que Mehdi Jomaa, Saïd Aydi, Kamel Morjane, etc., ont également morflé. Cette fois les citoyens ont rasé net, ils n’ont pas fait dans le détail. Et les choses pourraient empirer pour les formations politiques classiques aux prochaines échéances électorales. Elles n’ont que quelques mois pour corriger le tir, et ça risque d’être très court au vu de l’ampleur des dégâts provoqués dans la tête des Tunisiens. A Nidaa vous avez – même s’il se défend d’être toujours le patron – un homme de 91 ans bien tassés (le président de la République) qui ne veut toujours pas dévoiler ses vraies intentions à quelques mois des élections générales, et encore moins adouber un successeur. La tentation des années de trop, comme un certain Bourguiba, qui nous avaient valu Ben Ali. BCE terrorise même le mieux placé pour le remplacer, son poulain, le chef du gouvernement, qui en est réduit à dire et à redire qu’il appuiera la candidature de son mentor s’il décidait de rempiler en 2019. Youssef Chahed attend toujours sagement dans son coin la bénédiction de son parrain pour la prochaine présidentielle, qui pourrait ne jamais venir. Chahed que l’idée de ‘tuer le père’, comme l’a fait l’actuel président français, Emmanuel Macron, avec François Hollande, démange sans doute, mais manifestement il en restera là…

En face, ou à côté, chez Ennahdha, on a un type de 76 ans, Ghannouchi, qui gesticule jusqu’au ridicule, ravale la façade, multiplie les acrobaties pour créer une passion et un intérêt que les électeurs lui refusent toujours, selon tous les sondages. A côté de ces deux compères il y a de la place, beaucoup de place, pour d’autres personnalités politiques, et même pour des indépendants, au rythme où va le désenchantement des masses.

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