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Souleymane LOUM

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Laisser mourir Nidaa Tounes, est-ce la consigne ?!

Une flopée de cadres à Sfax, 14 exactement, le même paquet à Ben Arous dont une députée, à ajouter aux 9 autres élus qui ont largué dernièrement les amarres, après le départ des députés qui ont formé l’ossature de Machrou Tounes et son bloc parlementaire, après le départ de Mohsen Marzouk, après celui de Saïd Aïdi, après… après… Et maintenant il se dit qu’un poids lourd, dans le parti et au sein du gouvernement, la ministre du Tourisme, Selma Elloumi Rekik, a elle aussi envie de prendre le large. Bientôt on ne se posera plus la question qui est parti – ils seront trop nombreux -, mais qui est resté – très peu -, pour faciliter le décompte. Nidaa Tounes, la formidable machine de guerre bâtie de ses mains par le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, en 2012 fond comme neige au soleil, s’effrite de toutes parts, inexorablement. Le pire dans cette affaire c’est que le fils du président de la République, Hafedh Caïd Essebsi, par qui tout ce désastre est arrivé, a réussi par on ne sait quel tour de force à repousser le Congrès électif, le tout premier depuis la naissance du parti (une grosse anomalie pour une grande formation, dans une prétendue démocratie !), jusqu’en janvier 2019, au meilleur des cas. Cela veut dire que cette hémorragie a des chances de continuer, et même de s’accélérer… pour précipiter la mort de l’oeuvre de BCE. Alors que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, lui restera manifestement ; lui qui cristallise toute la haine de HCE au point de le détourner de la gestion de Nidaa, une gestion saine, a toutes les chances de demeurer. Et que fait le président de la République pendant ce temps ? Il s’emmure dans son palais cossu de Carthage, dans un mutisme incompréhensible.

La tragédie du vieux lion

C’est le refus de Ben Ali, ou son impossibilité à agir pour freiner la cupidité de ses proches, notamment les Trabelsi, qui avait accéléré sa perte. L’actuel président de la République file droit vers la même tragédie, une tragédie personnelle mais aussi nationale car les déflagrations plongent le pays dans des bruits incessants et une instabilité politique qui sont ses meilleurs ennemis. La Tunisie n’avait pas besoin de ça, et ne le pardonnera jamais à BCE, qui avait pourtant écrit son nom en lettres d’or dans les annales de l’histoire en dirigeant énergiquement la nation dans un moment où elle se cabrait comme un cheval fou, en février 2011, en pleine poussée de fièvre révolutionnaire. Tout ça a été terni par son entêtement à laisser son fils manipuler plus que de raison des fils hautement explosifs. Et pourtant ce ne sont pas les coups de semonce et alertes qui ont manqué, la dernière en date est celle de Zohra Driss, qui était de tous les combats aux côtés de Essebsi, avant de tout plaquer. Où est passé l’ancien secrétaire général du parti, Taïeb Baccouche, qu’on a vu à un moment s’agiter dans les coulisses après avoir été reçu au palais de Carthage ? Lui au moins avait la stature qu’il faut pour imposer les correctifs dont le parti a grand besoin. Que font Néji Jalloul, Faouzi Elloumi, etc. ? Pourquoi ils se taisent tous devant ce naufrage ? C’est comme si tout ce beau monde s’était donné le mot pour rester sagement assis et regarder le navire sombrer… pour laisser Chahed piloter autre chose à la place ?? Etrange attitude…

Pourtant “l’ennemi” aurait pu être la solution

Sourd (aux nombreux appels à la raison) et aveugle (face au spectacle d’un parti qui se désagrège sous ses yeux, pendant qu’il pourchasse un ennemi imaginaire), Essebsi junior n’est pas muet pour autant. On l’a beaucoup entendu dernièrement, beaucoup plus que d’habitude en tout cas, et si ce n’est pas lui personnellement c’est un de ses lieutenants qui s’y colle. Où sont-ils planqués en ce moment ? Mystère. Eux qui étaient si prompts à organiser des réunions nocturnes dans des officines secrètes qui ont valu au parti tous ses déboires font de l’apnée maintenant. Personne ne s’occupe de ce parti à la dérive, ne parle pour lui, ne tente quoi que ce soit pour le sauver. Il n’y a plus personne ! Et il faut que ce soit les démissionnaires de Ben Arous qui rappellent au supposé leader, HCE, les conséquences de sa traque implacable et insensée, alors qu’il aurait dû faire de Chahed une chance, qu’il aurait dû s’adosser sur ses résultats économiques, qui commencent à venir, pour perpétuer le feu de sacré chez Nidaa Tounes, maintenant que son fondateur est au crépuscule de sa vie politique. Mais il n’en sera rien, manifestement…

Le beau rôle !

Quant à Chahed, et bien il se délecte d’une situation qui tourne à son avantage, après avoir essuyé la tempête. Son positionnement n’a jamais été aussi confortable, après le soutien réaffirmé du bataillon Ennahdha et après avoir implosé, directement ou indirectement, le rang de ses ennemis. Et c’est encore plus vrai depuis que la “Coalition nationale” a émergé au Parlement, un bloc parlementaire lequel même s’il prétend n’avoir posé aucun acte d’allégeance au chef du gouvernement ne sera pas un obstacle pour lui, au contraire. Quand Chahed rétorque à l’ultimatum surréaliste de HCE que lui s’occupe des affaires du pays et n’a pas le temps pour la petite tambouille, il a raison, c’est ce qu’il fait effectivement mais il faut aussi preuve d’une grande habileté politique. En effet aux yeux de l’opinion publique – ses futurs électeurs, peut-être -, trimer pour l’intérêt national c’est quand même autre chose que ces politiciens, de Nidaa et d’ailleurs, qui se vautrent dans la fange pour des intérêts personnels. Et qui s’excite, s’énerve, attaque, cogne pour ces bas calculs ? Suivez notre regard. Et qui dégage une impression de force tranquille face aux assauts, et n’a d’yeux que pour le bien suprême de la nation ? Regardez vers la Kasbah. Bon, la réalité est plus nuancée que ça, et surtout beaucoup moins manichéenne – le bon d’un côté, les méchants de l’autre -, mais c’est cela que perçoivent les citoyens, et ça pourrait être très payant électoralement pour l’un, et fatal pour les autres. C’est la photographie du moment. Cela reste un instantané, qui n’est pas gravé sur le marbre et pourrait muter d’ici les élections de 2019, mais pour le moment cela suffit au bonheur du chef du gouvernement. En attendant qu’il abatte ses cartes. Ou pas.

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Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, leur fait perdre le nord, il les rend tous dingues, ses pseudo-soutiens comme ses ennemis déclarés. Le fait est qu’il est devenu un OVNI politique, sans doute le plus intriguant depuis la dite révolution laquelle a engendré une pagaille monstre dans le pays, presque à tous les niveaux. Obscur – que ce qualificatif nous soit pardonné – secrétaire d’Etat dans le gouvernement Essid, c’est lui que le président de la République, Béji Caïd Essebsi, a sorti de son chapeau, à la surprise générale, pour remplacer un éphémère 6ème chef de gouvernement qui n’a pourtant pas démérité (mais on ne le saura que bien plus tard, hélas). L’appétit venant en mangeant, Chahed, aidé en cela par sa fraicheur, sa jeunesse, son énergie et son volontarisme débordants, s’est découvert des lubies d’homme d’Etat que ses parrains, du moins son camp ou ce qui en reste, lui dénient maintenant au point d’oeuvrer pour sa “disparition”. Au point de lui balancer cet ultimatum surréaliste : Tu dis clairement que t’es avec nous et l’affiche publiquement, ou bien tu déguerpis. Alors que l’intéressé, jusqu’ici, n’a pas dit un mot sur les intentions qu’on lui prête : il fomenterait un putsch, à la tête de la “Coalition nationale” à l’ARP, pour siphonner Nidaa Tounes, enfin le peu qui en reste. On ne connait pas encore l’auteur de cette brillante initiative, mais une chose est sûre : En endossant cette affaire, Hafedh Caïd Essesbsi, le directeur exécutif du parti, rend un grand service à Chahed.

Le contraire du résultat escompté

Les circonstances exceptionnelles créent parfois des vocations. Jusqu’au jour d’aujoud’hui, personne n’est sûr à 100% que Chahed a envie de monter son propre mouvement et de filer vers le fauteuil du palais de Carthage. Personne. Tous ceux qui en parlent – nous en faisons partie, évidemment – ne nourrissent leurs analyses qu’avec des supputations, des conjectures, certes avec quelques indices ou au mieux des confidences lâchées par ses proches, mais tout ça relève de l’interprétation. Et nous pouvons tous nous tromper, in fine. Mais force est de constater que cette terrible animosité entre le chef du gouvernement et son propre parti, du moins ceux qui parlent en son nom, est de nature à réveiller des instincts de combat chez tout homme normalement constitué, encore plus quand on a goutté à l’adrénaline que procure la chose politique. Essebsi junior (le papa, mentor de Chahed, rappelons-le, est aux abonnés absents jusque-là) s’est fendu d’une déclaration pour dire qu’il n’a aucun problème avec Chahed, et moins de 24 heures après il le somme, même s’il s’est soigneusement planqué derrière la bande, de s’expliquer sur ses relations avec son parti et de signer un pacte de non-agression. Il n’a aucun problème avec Chahed, un compte de fée qu’il devrait plutôt raconter aux enfants, quand on sait l’acharnement qu’il a mis à demander sa tête dans toutes les réunions autour du Document de Carthage 2, le fameux 64ème point, lequel a d’ailleurs fait capoter la signature du Pacte, alors qu’il y a eu accord sur les 63 autres axes.

La dernière attaque frontale de HCE est la dernière d’une série de croche-pattes qui ont pourri le mandat de Chahed, l’ont littéralement pollué avec des annonces, des réunions nocturnes pour comploter contre lui, des menaces même pas voilées, des virées chez papa pour obtenir la disgrâce du locataire du palais de la Kasbah, etc. Bref, Essebsi fils n’a rien épargné à Chahed. On peut difficilement croire que tous ces assauts ne donnent pas à Chahed, à un moment ou à un autre, l’envie de rendre les coups, en commençant d’abord par arracher à HCE ce qu’il affectionne le plus, la direction de Nidaa Tounes, au Congrès de janvier prochain ou en taillant la route tout seul, en créant son propre parti, ce qui serait plus probable, mais, on le redit encore, à ce stade ça reste des conjectures…

Même Ennahdha pourrait s’en accommoder

Le moins qu’on puisse dire est que le pays est sinistré politiquement et attend l’homme providentiel. BCE, même s’il garde le mystère sur ses intentions en 2019, est au crépuscule de sa carrière politique, à 91 ans ; Rached Gannouchi, le chef de file des islamistes, a un gros appétit pour le fauteuil de Bourguiba mais c’est le fauteuil qui ne veut pas de lui, à en croire les sondage ; HCE est le dernier que les citoyens voudraient voir à Carthage, là aussi à en croire tous les sondages ; Hamma Hammami est populaire mais il fonctionnerait comme un épouvantail pour les milieux économiques et financiers ; Moncef Marouki a la cote, auprès d’une frange non négligeable de la population, mais ses aspects tranchants et peu diplomates pourraient nous valoir une société divisée, morcelée ; Mehdi Jomaa et Saïd Aïdi sont des valeurs sûres, ils ont montré leur amour pour la patrie en plaquant des postes très juteux à l’étranger et en accourant au chevet de la Tunisie post-révolutionnaire (il faut espérer qu’ils ne le regretteront pas in fine), mais leur mayonnaise ne prend pas pour le moment… Reste Chahed, le plus crédible de la place, même si la rose s’est un peu fanée depuis, selon les enquêtes d’opinions. D’après ces dernières, seuls Samia Abbou et Néji Jalloul pourraient rivaliser, mais il est fort probable que ces derniers optent pour leurs positions actuelles, qui leur offrent notoriété et affection populaire, sans les désagréments que présenterait une aventure sur le devant de la scène politique.

En toute logique, Chahed devrait donner aux dirigeants de Nidaa Tounes les garanties, même sommaires, qu’ils lui exigent. Dire le contraire maintenant signifierait qu’il rompt de fait avec ses parrains, qu’il assume au grand jour ses ambitions présidentielles, ce qui lui enlèverait la légitimité qui l’a amené à la Kasbah. On l’imagine mal affronter une telle tempête à quelques mois de l’adoption de la loi de finances 2019. Trop tôt pour se lancer, si c’est ce qu’il veut réellement. Donc pour le moment HCE et compagnie devraient avoir les assurances qu’ils veulent, en attendant que Chahed sorte vraiment du bois, en 2019. Une affaire qu’attendent beaucoup de ses soutiens, et même Ennahdha, qui pourrait très bien s’accommoder d’une étoile politique qui a été plutôt magnanime avec les ministres nahdhaouis, malgré les tas de reproches qu’on peut leur faire sur leur rendement et leur maitrise des gros dossiers dont ils ont la charge.

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Que reste-t-il de la machine de guerre fabriquée par le président de la République, Béji Caïd Essebsi et qui avait brillé aux élections de 2014 ? Qu’en restera-t-il au scrutin de 2019 ? Manifestement pas grand chose au rythme où le parti se vide de son sang, sous le brillant magistère de Hafedh Caïd Essebsi, fils du chef de l’Etat. 8 députés viennent de claquer la porte du bloc parlementaire de Nidaa Tounes (il n’en reste que 46, pour 86 au départ, et une poignée de militants) pour filer vers la “Coalition nationale”. 8 de plus, martyrisant un peu plus ce parti que son propre fondateur refuse toujours obstinément de prendre en main sous prétexte qu’il se doit de prendre de la hauteur, du haut de son fauteuil du palais de Carthage, au motif que son statut lui interdit de mettre son nez dans les affaires partisanes. Mais personne n’est dupe, si la main du vieux lion tremble, hésite, c’est parce qu’elle redoute d’écraser le fils. Les sacrés liens du sang et leur pouvoir de nuisance, dont le pays croyait s’être débarrassés un fameux 14 janvier 2011. Et bien non. Zohra Driss, Moncef Sellami, Ahmed Saïdi, Issam Mattoussi, Lamia Dridi, Jalel Guedira, Mohamed Rachdi et Marwa Bouazzi sont partis, ils ont quitté un navire en plein naufrage. La même Zohra Driss qui avait récemment adressé un message coup de poing à BCE. Il faut croire qu’elle n’a pas eu la patience d’attendre que Essebsi fasse mouvement…

Le coupable ? Toujours le même

Zohra Driss a confirmé l’information à la TAP, avec une indication qui montre que cette affaire est actée : Les 8 désormais ex-nidaïstes vont officiellement déposer leur démission au bureau de l’Assemblée des représentants du peuple mercredi prochain.
Elle a ajouté que la décision a été prise il y a environ une semaine, en raison de ce qu’elle a qualifié de “déception” quant à la manière d’administrer Nidaa Tournes. Le directeur exécutif de Nida Tounes, Essebsi junior, est accusé, mais ce n’est pas nouveau, d’avoir la “mainmise sur tous les pouvoirs” et de faire comme si les structures et dirigeants du parti n’existaient pas. En fait le parti n’était même pas géré, HCE, aveuglé par sa haine obsessionnelle du chef du gouvernement, Youssef Chahed, a oublié qu’il pourchassait un des leurs, que la cible, en principe, parlait et agissait au nom du parti, qu’il avait des soutiens au sein du parti et que cette persécution que rien n’explique rationnellement (il se dit que Chahed refuse de nommer les hommes de Essebsi fils à des postes clés, qu’il met ses “amis” en prison sans le consulter, qu’il refuse même de lui répondre au téléphone… C’est bien ce qu’on disait, il n’y a rien de rationnel derrière cette haine tenace) risquait de faire imploser la formation. HCE a oublié que son rôle était de rassembler, il a oublié qui il était, la valeur de ce qu’il a entre les mains et ce qu’il est venu faire au poste qui est lien, il a oublié les difficultés du pays qui exigeaient autre chose de sa part. Il s’est oublié. L’addition est salée.

L’ombre de Chahed derrière le loup

Dès sa naissance, fin août 2018, le bloc parlementaire, qui affichait 33 députés – des indépendants, des déçus de Machrou Tounes et Nidaa Tounes, des élus de l’UPL – a été suspecté d’être téléguidé par Chahed, pour faire exploser le front de ses ennemis au Parlement, dont des élus de son parti (je sais, tout ça est un peu kafkaïen…). Et devinez qui était le plus terrorisé par cette affaire ? Nidaa Tounes, évidemment, un bloc qui n’est plus que l’ombre de lui-même et que la moindre bourrasque secoue. Bien entendu les accusations en direction du chef du gouvernement ont redoublé d’intensité quand il l’ont vu prendre langue avec les 8 députés le jour même de l’annonce de leur démission de Nidaa, samedi 08 septembre 2018. Mohamed Rachdi a beau dire que ce sont eux-mêmes qui ont sollicité un entretien avec Chahed, pour causer “des préparatifs de l’année parlementaire et du projet de la loi de finances pour l’année 2019” et “la question de la démission n’a pas été évoquée au cours de cette rencontre“, les adversaires et faux amis de Chahed continueront de voir son ombre derrière la “Coalition nationale“, de le voir partout. Chahed fait peur à tout le monde, sa popularité, même en baisse, selon les sondages, fait peur. Au point que même la forteresse Ennahdha ne parle plus que de la présidentielle, et surtout de la manière d’empêcher Chahed d’y aller, alors que l’intéressé n’a pas pipé mot sur cette échéance ! Mais puisque ses parrains ont la faculté de lire dans ses pensées…

Rached Gannouchi et compagnie se donnent-ils tout ce mal pour rendre service également à BCE, qui ne voudrait pas croiser le chef du gouvernement sur la route de la présidentielle ? Abdellatif Mekki, dirigeant du mouvement Ennahdha, l’a laissé entendre, ici même, sur Africanmanager. Vrai ou pas, manoeuvre politique ou pas, le fait est que Chahed les empêche tous de dormir. Et ce sera encore le cas pendant un bon moment, et encore plus quand il aura quitté la Kasbah et qu’il se mettait en tête de jouer les cartes qu’il a en main pour se forger un destin national.

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La dernière fois qu’on a entendu le ministre de l’Equipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire, Mohamed Salah Arfaoui, évoquer les grands chantiers sur les rails, c’était pour tenter de couper court à des bruits sur l’assèchement de ses finances. C’était en juin 2018. Le ministre jurait presque qu’il avait ce qu’il faut pour aller au bout de ses projets. Un mois avant, en mai 2018, on a vu vent de gros problèmes pour faire avancer le Réseau Ferroviaire Rapide (RFR), dont les habitants d’une capitale engorgée attendent beaucoup, dont l’économie du pays attend beaucoup. On a appris qu’il manquait 3 milliards de dinars pour boucler le financement du projet, ce qui n’est pas peu. Avant cela, en novembre 2017, il y a eu le passage mouvementé du ministre à l’ARP, pour s’expliquer sur des affaires de corruption, entre autres ratés, face à des députés féroces et survoltés. Mémorable aussi le coup de sang du ministre, en août 2017, ulcéré par l’insouciance, ou plutôt le “Jem’enfoutisme” des ouvriers du chantier de l’autoroute Gabes-Sfax alors qu’ils étaient en retard sur les délais. Etc. Bref, presque à chaque fois que Arfaoui monte au front, c’est pour s’exprimer sur des problèmes, des choses qui ne tournent pas rond dans son département et qui forcément suscitent l’intérêt de l’opinion publique, car les projets du ministre (routes, ponts, échangeurs…) tout le monde les attend, l’économie du pays les attend. Là il nous dit, pour une fois, que tout baigne, ou presque, que l’état d’avancement de la majorité des méga projets d’infrastructure en Tunisie est dans les délais et sera accéléré afin d’assurer leur entrée en exploitation vers la fin de 2018 ou début 2019. Faut-il le croire ?

Petit exercice de vérité

Actuellement, 5000 chantiers d’infrastructure, répartis sur tout le territoire, sont en cours de réalisation, avec un coût d’investissement de l’ordre de 8 Milliards de Dinars, a confié Arfaoui à la TAP. Il a rappelé, par ailleurs, que parmi ces méga projets figurent l’autoroute Gafsa-Jelma et Gafsa-Sidi Bouzid- Kasserine, dans une seconde étape, puis le projet de la sortie de la ville de Tunis et le pont de Bizerte…
Mais il y aussi les trains qui ne sont pas arrivés à l’heure : le ministre a reconnu qu’il n’a pas à ce jour les financements pour monter certains projets dont les routes transversales reliant les régions de l’ouest aux ports. Seule éclaircie dans ce sombre tableau : le pactole pour financer la route faisant la jonction entre Kasserine et Sfax est acquis. Voilà, les mêmes travers qu’avec le RFR : ça cloche au niveau du nerf de la guerre, l’argent. La Tunisie aurait-elle les yeux plus gros que le ventre, en lançant des projets de cette dimension sans avoir au préalable bétonné leur financement ? Les bailleurs auraient-ils fait faux bond après s’être engagés à décaisser ? Est-ce la faute aux sempiternelles lourdeurs administratives, qui font que même investir, aider sont la croix et la bannière ? Mystère. Ce qui est sûr c’est qu’il y a un gros problème sous le ciel tunisien, avec tous ces projets annoncés en grande pompe dont le pays attend beaucoup mais qui restent pour le moment dans les cartons, ou au mieux sont stoppés en plein élan…

Ce que le ministre ne dit pas

Ce que Arfaoui se garde de dire, ou qu’il évoque très peu, ce sont ces lenteurs dans l’exécution des chantiers qui pourrissent la vie des automobilistes, sans parler des points de croissance cramés, car, rappelons-le, les infrastructures sont la condition sine qua non de tout développement. Ceux qui ont fait un tour du côté des échangeurs de Séjoumi (à l’ouest de la capitale). ou qui ont le malheur d’habiter dans les parages en savent un rayon sur l’art de plomber l’avancement des chantiers. Difficile de garder son self-control devant ces ouvriers indolents, qui bougent à la vitesse de l’escargot, s’ils ne sont pas complètement à l’arrêt, pour cause de pause-café ou simplement pour papoter en petits comités, alors que des pans entiers du chantier sont complètement désertés. Et cela fait des mois que cela dure ! Une éternité. Quand est-ce ce cirque va finir ? Nul ne le sait. Le ministre se garde bien de donner des indications sur le sujet. Comme il se garde d’émettre la moindre critique en direction des entreprises en charge de la réalisation de ces projets-fleuve. Il est vrai que les syndicats ont la grève facile, et cherchent le moindre prétexte pour débrayer et en profiter pour poser sur la table des revendications matérielles. Alors Arfaoui ne moufte pas, il ne bouge pas une oreille, mais il n’est pas le seul, tout le gouvernement se couche sur ces affaires. Son patron, Youssef Chahed, procède bien à quelques remontées de bretelles, à l’occasion, surtout pour donner du grain à moudre aux médias, mais ça dure le temps d’une visite. Dès son départ tout retombe comme un soufflet…

Tout le monde se rappelle de la séquence calamiteuse de cet accident provoqué par les ouvriers de chantier à Mellassine, un quartier populaire de Tunis niché près de la banlieue nord-ouest. Manifestement faute d’avoir les plans de la Sonede ou simplement par négligence – on attend toujours les conclusions définitives de l’enquête -, une pelleteuse avait perforé une conduite principale d’eau, provoquant le désarroi des populations dans plusieurs quartiers de la capitale. On retiendra la sortie d’anthologie du ministre, qui craignant sans doute le retour de flammes des syndicats, s’était borné à dire que ce genre d’incident pouvait arriver. Nous n’avions pas fait de commentaire à l’époque face à cette réplique stupéfiante. Et nous n’allons pas en faire non plus présentement, les faits parlant d’eux-mêmes. Mais puisque Arfaoui est étiqueté indépendant, puisqu’il ne fait pas partie des ministres de Nidaa Tounes qui guettent les coups de fil de Hafedh Caïd Essebsi pour savoir quand le chef – Youssef Chahed – va tomber et quel maroquin ils vont avoir dans le prochain gouvernement, on peut espérer que son travail ne sera pas pollué par le débat politique nauséabond du moment et qu’il continuera à faire tout ce qu’il peut dans son département, jusqu’au bout, pour l’intérêt de la nation.

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Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, vient encore d’apporter la preuve qu’il sait tailler dans le vif, sans états d’âme, du moins c’est ce qu’il laisse paraitre dans son discours musclé suite au grand nettoyage dans le secteur de l’énergie et des mines. C’est même plus qu’un coup de balai puisque c’est tout un ministère qui a été rayé des tablettes, pour être fusionné avec le département de l’Industrie (on ne sait pas comment Slim Feriani va se dépatouiller avec toute cette charge !). Le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, s’en est ému, publiquement, mais c’est à peu près le seul responsable, le personnel politique commente ça avec tiédeur, en essayant de voir le bénéfice, politique, qu’il peut en tirer… en tirant sur Chahed. Quant aux citoyens, bringuebalés par mille problèmes (l’inflation ; les dépenses de la rentrée scolaire ; la hausse des prix du carburant laquelle, on le sait maintenant, s’inscrit dans la durée, etc.), ils évoquent, entre deux collations, ces têtes décapitées comme un fait divers, un de plus et dont on sait par avance qu’il ne changera en rien leur quotidien, et encore moins celui du pays. Et tout ce beau monde regarde ça comme une affaire qui ne le concerne guère, comme un dossier trop compliqué, aux embranchements complexes et où il est impossible, pour le moment, d’identifier le vrai et le faux malgré le grand déballage des acteurs de cette affaire. Reste les problèmes du pays, et de Chahed. Eux ils sont bien là, palpables.

Les experts le savent, les discours du FMI ont tendance à prendre une forte coloration politique, ou diplomatique si vous voulez, pour justement ne pas achever la bête que l’institution est en train de sauver. Parce qu’elle sait que ses communiqués sont épiés par les autres bailleurs et que le moindre signe de démobilisation de sa part peut enclencher une spirale infernale qui pourrait briser la confiance, et faire déguerpir les autres soutiens de la Tunisie. Alors le FMI fait gaffe à ce qu’il dit, et verse volontiers dans la technique de la dissertation de philosophie : Thèse, Antithèse, Synthèse. De ce point de vue sa dernière note sur l’économie tunisienne est très parlante. Certes il y a le lot habituel d’encouragements, pour ne pas plomber le moral des élèves (les autorités), il y a aussi des remarques objectives sur les progrès accomplis et les bonnes résolutions et orientations prises pour les prochaines années. Mais il y a également des recommandations sur ce qui reste à faire, et il y a un sacré paquet. Tout est là, sous nos yeux, pas besoin de lire entre les lignes pour mesurer les difficultés qui attendent Chahed, et surtout le travail qu’il faudra abattre pour toucher la quatrième tranche du prêt de 2,8 milliards de dollars, une bouffée d’air dont les caisses du pays ont cruellement besoin.

Les gros pépins, dès ce mois

Certes le FMI s’est félicité des efforts faits pour les dépenses sociales, pour justement acheter la paix sociale sans laquelle tout l’édifice pourrait s’effondrer (c’est pas dit texto dans le communiqué, mais l’argument avait déjà été exposé). Mais l’institution souligne également la nécessité de continuer à réduire sensiblement le déficit
budgétaire. Or c’est justement le contraire que demande l’UGTT au gouvernement, et a même menacé samedi 1er septembre 2018 de paralyser le secteur public par une grève générale si Chahed ne montre pas plus de célérité dans les négociations sur les augmentations de salaire. Et que dire de l’année scolaire, déjà prise en otage par le Syndicat de l’enseignement secondaire, pour les mêmes raisons, des sous, malgré les assurances du secrétaire général de l’UGTT.

De l’argent, qu’il n’a pas, c’est ce que tout le monde demande à Chahed. Or on sait que le projet de la Loi de Finances 2019 n’édicte pas de nouvelles taxes, aussi bien pour les entreprises – l’UTICA et la CONECT veillent au grain – que pour les citoyens. Cela tombe bien, ces derniers en ont soupé avec un endettement auprès des banques qui atteint des sommets, pour les besoins de la consommation. Mais si personne ne paye plus, comment le chef du gouvernement se dégagera des marges de manoeuvre pour sortir les billets que tout le monde lui demande ? Ce ne sont pas les recettes du tourisme, même à leur plus haut niveau depuis des années, qui vont tirer Chahed d’affaire ; et encore moins les revenus du phosphate, qui sont tout ce qu’il y a de plus aléatoire.

C’est pas un bon chef de gouvernement qu’il faut à la Tunisie pour la prochaine période, c’est un magicien, un illusionniste, un alchimiste des calmants économiques, mais aussi un sacré puncheur politique pour survivre face aux coups qui pleuvent de partout. Chahed se défend pas mal en ce moment, mais combien de temps tiendra-t-il encore ? Pourra-t-il passer entre les gouttes jusqu’au scrutin de 2019 ? Si les attaques depuis son propre camp se sont un peu calmées, c’est parce qu’à part Chahed et Néji Jalloul, tous les autres ténors du parti se feraient écraser aux prochaines élections. Alors on ménage un peu le chef du gouvernement, sauf quelques tirs sporadiques, juste pour montrer que les anti-Chahed ne tournent pas dans le sens du vent de la popularité du locataire de la Kasbah. Reste à savoir si Chahed, qui en a bavé avec les siens, aura envie d’être cet homme providentiel capable de sauver Nidaa Tounes d’une déroute certaine en 2019. “Qu’on me donne l’envie, l’envie d’avoir envie“, disait le chanteur français Johnny Hallyday. C’est toute la problématique avec Chahed. A moins qu’il ait un tout autre dessein : Faire cavalier seul en montant sa propre formation politique… ou larguer les amarres pour des lendemains plus paisibles et surtout plus juteux dans un de ces organismes internationaux qu’il connait bien et qui le recevraient avec les égards dus à son rang d’ex-chef de gouvernement.

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Le spectre de la violence contre les étrangers refait surface en Afrique du Sud, après la vague qui a ciblé l’an dernier la communauté nigériane principalement. 4, morts c’est le bilan de la chasse aux migrants déclenchée cette semaine dans le township de Soweto, une banlieue du sud-ouest de Johannesburg. On parle d’attaques “ciblées” et pillages de magasins gérés par les étrangers, au motif qu’ils écouleraient des produits périmés, rapporte Africanews

«Les habitants faisaient circuler des textos que tous les commerçants étrangers de la région devraient emballer et quitter les environs», a déclaré Adetola Olubajo, le président de la communauté nigériane en Afrique du Sud, cité par l’agence de presse nigériane (NAN). Il touche du bois, pour le moment, aucun membre de sa communauté résidant en Afrique du Sud n’a subi des violences. Ce n’était pas le cas l’an dernier. Les autorités nigérianes étaient même montées au front pour dénoncer le traitement réservé à leurs ressortissants…

Ainsi va l’Afrique du Sud, un pays hanté par la violence, avec des populations noires qui l’ont subie pendant des décennies d’apartheid et la reproduisent, à la moindre occasion, pour extérioriser un mal-être social et une paupérisation que la libération n’a pas réussi à gommer. Le pays fait même partie des nations les plus criminogènes d’Afrique et du monde, et on parle de crimes de sang…

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L’Iran avoue, après les révélations hier sur ses missiles balistiques et le renforcement de son dispositif militaire en Irak. Un haut cadre du ministère iranien de la Défense, cité par l’agence de presse iranienne Irna, a affirmé ce samedi 1er septembre 2018 que Téhéran va grossir son arsenal militaire, et pas que pour les missiles et pas qu’en Irak. Alors bluff ou vraie stratégie militaire ? On le saura très vite.

Améliorer nos capacités balistiques (…) et acquérir des avions de chasse de nouvelle génération, des navires gros porteurs de longue portée et des sous-marins avec diverses capacités d’armement font partie des nouveaux plans du ministère“, a déclaré Mohamed Ahadi, vice-ministre de la Défense pour les affaires internationales, rapporte Reuters.

L’Iran provoque donc ouvertement les Etats-Unis, qui viennent de corser les sanctions économiques et vont en appliquer d’autres, à cause justement de ces fameux missiles, du flou autour de l’avenir du nucléaire iranien après l’expiration de l’Accord de 2015 à Vienne et des ingérences iraniennes dans des conflits au Moyen-Orient (soutien militaire de milices chiites au Yémen, du Hezbollah au Liban et en Syrie…). En bravant les USA de la sorte, l’Iran met également ses soutiens européens dans une posture délicate, eux qui tentent de sauver l’Accord nucléaire…

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La Tunisie prend part, en tant qu’invitée d’honneur, au Forum Moyen-Orient-Méditerranée 2018 sur la jeunesse, organisé ces 25 et 26 août dans la ville de Lugano, en Suisse ; Sabri Bachtobji, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères, a fait le déplacement.
Mais ce qui a surtout retenu l’attention, vu d’ici, c’est surtout le message vidéo du président de la République, Béji Caïd Essebsi, adressé aux participants. Il faut souligner les envolées de BCE sur la jeunesse, le réservoir de l’élite et l’artisan de l’avenir de la Tunisie et de toute la région, des accents que partagent forcément les participants à cette rencontre. Dans la foulée, le chef de l’Etat a indiqué que sa plus grande préoccupation, dans tous ses déplacements, c’est d’obtenir des bourses pour les jeunes Tunisiens ; il s’est réjoui de l’accord paraphé avec l’Union Européenne, sur plusieurs années, donnant aux jeunes la possibilité de participer aux projets “Erasmus” qui favorisent l’échange entre les universités des pays signataires. Mais là c’est plus problématique, pour l’avenir de la Tunisie, vu la propension des jeunes boursiers à rester en Occident et ailleurs une fois leurs cursus achevés…

Le décor, très beau

L’avenir du pays repose sur sa jeunesse qui doit édifier un Etat du 21ème siècle, pas un Etat du 17ème, pour que la région, en particulier la Tunisie, puisse rattraper le retard qu’elle a sur les pays développés (…) “Nous voudrions avoir des dirigeants au niveau de ceux des pays développés (…) Il ne s’agit pas de rattraper le retard en traversant la Méditerranée“, a déclaré Essebsi, cité par la TAP ; il a ajouté qu’il déplore “les jeunes traversent actuellement la Méditerranée, et ils y restent très nombreux“.
Il a insisté sur le fait que les pays amis doivent épauler les nations moins biens loties, telles que la Tunisie, parce que “l’avenir de la Méditerranée, il est général ou pas” et “les jeunes du Moyen Orient, de la Tunisie et de l’Europe, représentent la même jeunesse qui a les mêmes aspirations, les mêmes idées et les mêmes rêves“.

Le chef de l’Etat a même proposé aux jeunes un “trésor“, qu’il a lui-même: “J’ai écrit un livre il y a une dizaine d’années, que j’ai dédié à la jeunesse de mon pays qui n’a pas connu cette période : la construction de l’Etat moderne et ses vicissitudes. J’espère qu’ils y trouveront les réponses aux questions que les dirigeants actuels refusent de leur fournir“.
Pour finir il lâche ces phrases, truffées de bon sens : “les jeunes doivent avoir confiance en leurs pays, soulignant qu’il n’y a pas d’avenir sans relation entre les jeunes et leur pays (…). L’avenir c’est avec leur pays“. Le souci c’est que ces mêmes bourses universitaires que BCE convoite sont devenues l’ennemi même de ce destin qu’il souhaite à sa patrie.

L’envers du décor, beaucoup moins beau

C’est à se demander si le chef de l’Etat a pris la mesure des mutations profondes qui se sont opérées depuis le 14 janvier 2011, s’il ne parle pas au nom d’une jeunesse dont l’état d’esprit a profondément changé entre temps, dont les aspirations ont changé, à la faveur d’un environnement qui a totalement changé. La jeunesse pour laquelle BCE a pondu un livre il y a une dizaines d’années n’est pas la même que la jeunesse post-révolutionnaire. Cela a complètement échappé, semble-t-il, au président de la République. Toutes Les enquêtes d’opinion sur le sujet l’ont démontré : l’écrasante majorité des jeunes, mêmes ceux qui ont déjà un bon boulot, veulent prendre le large, pour un avenir qu’ils espèrent meilleur ailleurs. Et les raisons de cet appétit pour l’exil ne sont pas qu’économiques, elles sont aussi liées à un environnement qui a subi de profondes transformations ces dernières années : Une société plus violente ; une classe politique désespérante, et BCE lui-même n’y est pas étranger ; une instabilité politique chronique ; peu de foi en l’avenir et en la capacité des dirigeants à réparer les dégâts post-révolutionnaires, etc. Personne ne peut douter de la portée et de l’utilité des bourses étrangères pour la construction de la nation, mais le fait est que leur vocation a été dévoyée.

Cette élite en devenir dont parle BCE n’aspire qu’à partir, pour ne jamais revenir, sauf pour des vacances durant lesquelles on exhibe sa réussite à la face de ceux qui sont restés, parfois malgré eux. C’est aussi ça la réalité. Alors donner des bourses à ces jeunes, plus de bourses, c’est aussi, hélas, favoriser cet exode. Quand seuls 7% des étudiants tunisiens en médecine à l’étranger rentrent après leur formation, selon l’OCDE, on ne peut pas y voir des motifs de satisfaction pour un pays qui a besoin de ses compétences plus que les pays amis qui les aspirent, en premier la France. L’Allemagne se permet même de venir chasser ouvertement sur nos terres, en appâtant nos jeunes médecins, et même les pontes, avec ces fameuses bourses que réclament le chef de l’Etat, mais les Allemands eux y vont avec de gros paquets qui abattent toutes les résistances. Et en face que font les autorités tunisiennes pour stopper l’hémorragie de compétences ? Rien, et elles le disent ouvertement…

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Si on était certain que le président de la République, Béji Caïd Essebsi, avait encore à 92 ans des envies d’en découdre en 2019, pour garder son fauteuil (pour quel projet, quelle ambition pour le pays ? Ça c’est un autre débat), alors on dirait sans l’ombre d’une hésitation que Bochra Belhaj Hmida lui a offert sa première arme pour la joute électorale de l’an prochain. Non pas que cette affaire, notamment la question de l’héritage, si elle va à son terme, lui garantirait automatiquement le retour des femmes qui avait été décisives en 2014, mais indéniablement la sortie du chef de l’Etat sème la panique dans le camp d’en face, Ennahdha et est porteuse des germes de la division. Cette incursion qui force les islamistes à se prononcer clairement sur la question, pour ou contre – pour le moment ils louvoient, mais ça ne pourra pas durer -, est sans doute la plus grande menace pour l’unité du mouvement que ce dernier ait connu ces dernières années, quoi qu’en disent des dirigeants qui tentent de faire bonne figure et émettent des signes d’absence totale de nervosité. D’ailleurs Rached Ghannouchi l’a bien compris et se refuse à répondre à l’invitation de BCE : Dévoiler publiquement les griefs de ses compagnons contre le travail de la Colibe (Commission des libertés individuelles et de l’égalité).

Le mariage de raison a du plomb dans l’aile

Jusqu’ici, à la faveur de la perche que lui avait tendue BCE en 2014 – pour monter la coalition -, Ennahdha a pu, avec un certain panache il faut le reconnaitre, passer entre les gouttes et éviter les pièges des grandes questions sociétales. Les islamistes n’ont jamais été pris en défaut sur les grands sujets de société où les gages de leur accord total avec les idéaux du progressisme et de la modernité étaient demandés. Ghannouchi et compagnie sont parvenus, à chaque fois que c’était nécessaire, d’opérer les replis tactiques qu’il fallait pour balayer les arguments de ceux qui se méfiant d’eux. C’est ce qui explique d’ailleurs que leur compagnonnage avec le président de la République se passe sans nuage jusqu’ici, à part peut-être l’épisode du projet de réconciliation économique et financière, où les islamistes avaient fini par faire des reculades, dans le sens du vent des levées de boucliers de l’opinion publique. Et bien il semble que ce mariage de raison commence à traverser des zones de turbulence…

Des fissures, des grosses

On a entendu dernièrement – on n’a pas rêvé ! – des leaders de premier plan tels que le député Mohamed et Ben Salem et Lotfi Zitoun s’étriper à cause du rapport explosif de la Colibe. Pas plus tard que ce week-end, l’ancien secrétaire général du mouvement et ancien chef de gouvernement Hamadi Jebali s’est fendu d’un post, sur sa page Facebook, pour défendre le sulfureux maire islamiste du Kram, Fathi Laayouni, qui refuse de marier les Tunisiennes avec des non musulmans. Jebali a fait ça alors qu’Ennahdha venait de se désolidariser de  Laayouni, avec des termes sans équivoque. L’ancien secrétaire général du mouvement, qui rappelle d’ailleurs souvent qu’il ne parle plus en son nom, a retrouvé sa liberté de parole et peut donc publiquement défendre ses idées, mais pas ses ex-amis, qui eux sont corsetés par la ligne du parti et s’astreignent à un silence qui est parfois une vraie torture, au nom de la sacro-sainte nécessité de ne pas briser l’entente cordiale avec Nidaa Tounes et de ne pas effrayer leurs électeurs les plus modérés et ceux qu’ils convoitent en 2019. Combien de temps encore avaleront-ils des couleuvres avant d’exploser, avant de se répandre, avant de soulager leur conscience ?

Jebali a certes, officiellement, largué ses potes mais depuis le temps qu’il fricote avec eux, il a fait des petits, enfanté de rejetons qui même s’ils ne se réclament pas de lui n’en épousent pas moins ses dogmes rigoristes qui l’avaient poussé à rêver tout haut d’un califat en Tunisie, un jour. Ces gens existent bel et bien au sein du mouvement, même minoritaires, aux côtés des disciples de Habib Ellouze et de Sadok Chourou, qu’on a priés d’aller voir ailleurs parce que trop “durs“, trop carrés, incapables d’arrondir les angles pour laisser glisser le projet politique de Ghannouchi. Ellouze et Chourou sont partis sans broncher, et on ne les entend plus depuis, mais leurs idées elles sont restées, tapies dans l’ombre, comme un Cheval de Troie qui un jour se cognera à la cuirasse que les théoriciens de l’islam politique ont fabriquée.

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C’est donc ça que mijotait ces derniers mois le leader de Machrouû Tounes, Mohsen Marzouk, qu’on a beaucoup vu et entendu sur la crise politique actuelle. Une coalition de blocs parlementaires (fusion, alliance stratégique ? On se perd un peu dans la sémantique), entre Al Horra et Nidaa Tounes, une recette un peu inédite dans cette démocratie en éclosion qui s’essaye à toutes les combinaisons possibles et imaginables, c’est la nouvelle recette concoctée par les dirigeants des deux camps. Dans le fond rien de révolutionnaire, c’est un simple retour au bercail des députés que Marzouk avait siphonnés à Nidaa. L’ex-secrétaire général du parti bâti par le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, a entretemps gouté aux supplices et tourments qu’il avait infligés, sans états d’âme, aux Essebsi en leur chipant un gros bataillon d’élus à l’ARP. Marzouk aussi a fait l’amère expérience de la gestion des égos, a vécu dans sa chair une cascade de démissions de députés, exactement comme Nidaa. 1 partout donc, la balle au centre, il était temps de regarder la réalité politique en face et d’en tirer l’enseignement phare : La nécessité de s’unir pour s’offrir une chance d’exister devant l’ogre Ennahdha, au Parlement et au scrutin de 2019. C’est une démarche rationnelle, la seule qui s’impose dans le contexte actuel, mais c’est loin d’être suffisant.

Une somme de faiblesses ne fait pas une force

Après le communiqué conjoint des deux partis pour annoncer le remariage, publié mercredi 15 août 2018 dans la soirée, Mohamed Troudi, député de Machrouû Tounes, s’est laissé aller à des commentaires très enthousiastes, sur Express FM ce jeudi : Ce projet sur lequel nous travaillons depuis des mois nous permettra «d’unifier les positions politiques et de contrer la domination d’Ennahdha au Parlement afin d’instaurer un climat de stabilité et d’équilibre politique». Puis il ajoute, encore plus enthousiaste – en tout cas c’est ce qu’il veut nous faire croire – : «La crise socio-économique qui agite aujourd’hui la Tunisie ne peut être résolue que par un consensus englobant aussi les différentes forces civiles ainsi que les organisations nationales, notamment l’UGTT et l’UTICA. Le système politique est défaillant, les caisses sociales sont déficitaires et l’inflation est à son summum, ce qui exige des réformes majeures et douloureuses. Cela ne sera possible qu’avec un appui parlementaire et un bloc capable de passer ces amendements». Ce qu’il dit est vrai, c’est même très séduisant sur le papier, surtout pour ceux qui, nombreux, dont le coeur ne bat plus pour Nidaa Tounes, mais c’est pas gagné !

Même si le bloc Al Horra, y compris les 5 députés qui ont claqué la porte récemment, rejoint celui de Nidaa, l’équation qui avait contraint BCE, arguait-il, à décréter l’union sacrée avec les islamistes, après les avoir vilipendés durant la campagne électorale de 2014, reste la même. Même avec ses 86 députés de départ, la majorité parlementaire qui permettrait à Nidaa de damer le pion à Ennahdha demeure une vue de l’esprit. Donc cette histoire de bloc capable de faire passer ces amendements dont le pays a besoin, ça n’existe que dans la tête de Troudi et des compagnons de Hafedh Caïd Essebsi. Ils rêvent ! Même raccommodés, les nidaïstes n’emballent toujours pas les autres blocs parlementaires classés à gauche ou au centre. Un simple lifting, trop peu pour ramener à de meilleurs sentiments Samia Abbou, Ammar Amroussia et compagnie. Il faudra repasser, et plus d’une fois ! Quant à Ennahdha, et bien le président de la République a lui-même mis de l’eau dans le gaz en mettant son partenaire en difficulté sur l’affaire Colibe, un coup politique que Rached Ghannouchi digérera difficilement…

Les problèmes de fond restent

Marzouk n’aurait jamais dû quitter la maison-mère, et il a mis trop de temps pour y revenir. Toute cette affaire a fait de gros dégâts et fait exploser le peu de crédibilité qui restait encore aux protagonistes, le dernier baromètre politique de Sigma Conseil l’illustre parfaitement. L’ex-secrétaire général de Nidaa aurait dû rester, et se battre à l’intérieur, contre HCE et sa bande, il en avait les moyens – BCE n’avait pas encore pris partie pour son fils – et la légitimité. Mais voilà, il a préféré le confort de la fuite, la dérobade ; mais il a sans doute été aussi happé par les mirages de l’aventure personnelle, le même appel qui a forgé les grands destins, et il s’y voyait (sur le fauteuil du palais de Carthage) ! Il en est revenu depuis, et a maintenant bien compris les limites des chimères, ses propres limites. Nidaa peut donc discuter avec lui, et peut-être même travailler avec lui. Le seul hic, et pas des moindres, c’est que les raisons évoquées lors de son départ sont encore là : Essebsi junior et sa clique. Le directeur exécutif de Nidaa vient de gagner encore plus de temps en repoussant le Congrès électif à janvier 2019. Du temps en plus pour faire étalage de sa capacité de nuisance envers ses ennemis, qu’il se crée souvent de toutes pièces et s’acharne à les démolir. Comment Marzouk va se dépatouiller avec un tel personnage ? Nul ne le sait, pas même le concerné…

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Les Algériens se bousculent au portillon, pour se prélasser sous le soleil et sur les plages tunisiens, et c’est très bien, bon pour les hôteliers et agences de voyages tunisiens, bon pour le secteur touristique et l’économie locale en général. Cette ruée fait aussi le bonheur des voyagistes algériens, à tel point que le Président du Syndicat National des Agences de Voyages Algériennes (SNAV), Saïd Boukhelifa, a fait le déplacement à Tunis pour, entre autres, éteindre l’incendie de la campagne de dénigrement contre la destination tunisienne, une cabale fomentée, de l’aveu même de Boukhelifa, par certains médias et réseaux sociaux algériens. Mais le responsable l’a soutenu mordicus, devant la presse samedi 11 août 2018 dans notre capitale : “La Tunisie restera la destination la plus attractive et phare pour les Algériens pour les vingt ans à venir“… Et la suite après ces 20 ans ? Et bien on verra. Faut-il pour autant graver ces paroles sur le marbre ? Difficile à dire, car les flux de touristes dépendent de tellement de choses très aléatoires : La sécurité, la conjoncture économique et même le climat. Mais l’essentiel, pour l’instant, est la bonne volonté manifestée par la partie algérienne pour ne pas courroucer le voisin tunisien.

Boukhelifa est allé jusqu’à faire endosser à des opérateurs algériens l’entière responsabilité des quiproquos et la navrante campagne qui les ont suivis en Algérie. Il a déclaré que les opérateurs algériens se sont enhardis à faire des réservations pour des familles algériennes de façon inconsidérée, sans même prendre le temps d’avoir la confirmation de la part des deux hôtels tunisiens (Djerba et Sousse). Il brandit des sanctions contre ces agents indélicats, tout en qualifiant cette affaire de “tempête dans un verre d’eau“, et il a raison. Au regard de la grande masse des visiteurs algériens, 1,2808 million jusqu’au 20 juillet dernier, selon le président de la Fédération Tunisienne des Agences de Voyages et de Tourisme (FTAV), Jabeur Ben Attouch, en hausse de 17, 7%, ces incidents sont une broutille. Il n’y a vraiment pas de quoi gâcher la fête, des deux cotés, avec un flux de touristes algériens estimé par Boukhelifa à 2,2 millions d’ici fin 2018…

Et le reste ?

Le reste, et bien ce sont des sujets dont personne ne parle, ou très peu, et pourtant ! Le reste ce sont les échanges commerciaux entre les deux pays, très déséquilibrés, en faveur de l’Algérie, alors que la Tunisie se coltine un énorme déficit commercial, -749,6 Millions de dinars, lesquels viennent s’ajouter aux autres tourments infligés par la Chine, l’Italie, la Turquie et la Russie. Mais si la Tunisie a conversé avec la Turquie, qui a donné son accord de principe pour soulager son partenaire, rien entre l’Algérie et la Tunisie, aucune discussion pour tenter d’inverser la tendance. En tout cas on n’a eu vent d’aucun pourparler dans ce sens. Le problème reste donc entier, comme l’est aussi le dossier de l’UMA (Union du Maghreb Arabe), qui a plus que jamais des allures de voeu pieux, de chimère, tant elle se dérobe face à toutes les initiatives depuis des décennies. Pourtant elle pourrait être la solution, au déficit commercial de la Tunisie par exemple, en ouvrant grand les frontières et les marchés, ceux de l’Algérie et des autres. Mais voilà, cette affaire ne passionne pas. Même l’actuel secrétaire général de l’UMA, le Tunisien Taïeb Baccouche, éreinté par les efforts pour réveiller l’Union de son coma profond, a fini par se lasser et a maintenant des envies de tout larguer, pour jeter son dévolu, pourquoi pas, sur le fauteuil du palais de Carthage. En tout cas il ne dément pas formellement ceux qui lui en prêtent l’intention, et on le comprend !

C’est la débandade partout autour de l’UMA, sauve-qui-peut est l’expression la plus appropriée. Le Maroc a été le premier à filer… vers la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), une organisation solide, sans doute parmi les plus structurées et les plus prospères du continent, et qui pourrait régler beaucoup de problèmes de Rabat, même si ce dernier n’a pas attendu le fameux sésame pour exister économiquement en Afrique de l’Ouest. Les petites affaires du Maroc marchent tellement qu’elles ont donné des idées à la Tunisie, qui elle aussi frappe à la porte de la CEDEAO, après avoir décroché son ticket pour le COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe) ; et demain la ZLECA (Zone de Libre-Echange Continentale Africaine) pour laquelle Tunis a déjà apposé sa signature. La Mauritanie, autre membre de cette UMA qui n’existe finalement que sur le papier, lorgne également la communauté ouest-africaine, qu’elle avait pourtant sèchement plaquée en 2000. Même l’Algérie, que les recettes de son pétrole ne nourrissent plus, daigne enfin regarder du côté de l’Afrique subsaharienne. Quant à la Libye, elle a d’autres chats à fouetter, avec une partition de fait du pays (deux banques centrales, deux gouvernements, deux Parlements), un avenir politique plus bouché que jamais et une insécurité sur laquelle se fracassent toutes les tentatives de la communauté internationale pour pacifier le pays. Bref, pendant que les chancelleries maghrébines regardent ailleurs avec des yeux de Chimène, il n’y a plus personne pour s’occuper de l’UMA.

Si le tourisme pouvait tout solutionner, la France, championne du monde toutes catégories avec ses 89 millions de visiteurs cette année, n’aurait pas les soucis qu’elle a en ce moment : Déficit commercial (elle exporte beaucoup, notamment dans l’aéronautique, l’automobile, l’industrie pharmaceutique et celle du luxe, mais pas suffisamment), chômage (8,9% aux dernières nouvelles, trop élevé pour la 7e puissance économique mondiale et par rapport à ses voisins), etc. Et que dire alors de la Tunisie…

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Le président de la République, Béji Caïd Essebsi, devait faire mouvement, pour tenter de donner le change après les admonestations de ses militants de la première heure et d’une partie de l’opinion publique. Ce qui est surtout reproché à BCE, c’est son silence coupable, au mieux, et au pire son assentiment face à son fils, Hafedh Caïd Essebsi, qui se comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, provoquant l’une des crises politiques les plus graves de la post-révolution et sans doute la plus longue, une situation qui a des échos à l’international et que les amis de la Tunisie scrutent avec inquiétude. Donc de l’action il en fallait, aussi bien pour le chef du gouvernement, Youssef Chahed, que pour celui de l’Etat, mais encore faut-il que les décisions soient fondées rationnellement et que les choix soient mûrement réfléchis. A la vue de la décision du locataire du palais de Carthage de sortir de son placard l’ex-chef de gouvernement Habib Essid, dont il avait lui-même ordonné l’exécution, il est permis d’en douter. Sans parler des bruits sur le retour, aux côtés de BCE, de l’ex-patron de l’Intérieur, Lotfi Brahem, fraichement débarqué par Chahed. Tout ça est très étrange !

Le moins qu’on puisse dire est que le retour en grâce de Habib Essid est inattendu. Il est vrai que ceux qui l’avaient publiquement immolé, à l’ARP, et surtout leur commanditaire, Essebsi sénior, ont eu des états d’âme par la suite, voire même des remords, en constatant, avec son successeur, que les choses étaient plus complexes qu’il n’y paraissait, que Essid n’était peut-être pas responsable de tout ce qu’on lui a collé et qu’il n’a pas démérité in fine. On se disait qu’il était possible, dans une tentative de réparation que les politiciens sont rarement disposés à faire, que l’ex-chef de gouvernement réapparaisse quelque part, avec un maroquin important. Mais que Essid refasse surface au palais de Carthage, à ce niveau de responsabilité, pour épauler celui qui l’avait couvert d’honneur puis sacrifié, ça c’est plutôt inattendu.

Une logique que seuls BCE et Essid comprennent

Il se dit que Essid reprend du service pour mettre de l’ordre dans la maison BCE, surtout après le cafouillage monstre provoqué par l’homme qui souffle à l’oreille du président, Noureddine Ben Ticha, autour du choix de Chahed d’installer Hichem Fourati au ministère de l’Intérieur (le chef du gouvernement a-t-il consulté son mentor pour valider son choix ? L’a-t-il simplement consulté comme du reste le lui permet la Constitution ? Etc.). L’agitation a été telle que la porte-parole de BCE a été obligée de monter au front pour dire que Chahed a pris langue avec le chef de l’Etat et qu’il est de son bon droit d’agir comme il l’a fait. Il est vrai qu’il faut absolument mettre de l’ordre dans la boutique, et l’ordre Essid ça le connait, mais est-il pour autant l’homme de la situation, la perle que cherche un président qui a perdu prise sur les événements ? Ça c’est moins sûr…

Les qualités de grand serviteur de l’Etat de Habib Essid, d’homme de dossier et sa droiture sont de notoriété publique, la preuve en est qu’on ne lui a collé aucune entorse à la morale publique après son départ, et ça continue. Mais il est aussi de notoriété publique que c’est un piètre homme politique et que les combines et autres manigances de cet univers impitoyable le rebutent. Ils le rebutent à tel point qu’il a préféré que son sacrifice soit fait en direct devant toute la nation, au Parlement, au lieu d’être congédié entre quatre murs, en lui mettant sur le dos toutes les tares du pays. Dans le fond il avait vu juste, sauf qu’au lieu de saisir cette occasion pour se défendre énergiquement, en distribuant les coups, comme le fait excellemment Chahed, Essid s’est couché, docilement, et a même remercié ses bourreaux. Ce n’est pas l’idée qu’on se fait d’un bon politique. Choisir cet homme pour calmer la ruche de Carthage, pour domestiquer celle de Nidaa Tounes et pour affronter les soubresauts d’une élection qui a déjà commencé, c’est au mieux une erreur, au pire une faute politique majeure de la part de BCE, une de plus…

Essid lui ne voit pas du tout les choses de la même façon, et l’a dit à Africanmanager. D’abord s’agissant de sa disgrâce, par BCE, il aurait tout laissé derrière lui, pas d’états d’âme, aucune rancune, argue-t-il : «cela c’est du passé (…) les choses sont claires entre nous“. Ensuite l’avenir : “rendre service au pays se fait de n’importe quel poste. Il faut faire la part des choses et cela se fait dans tous les régimes de voir des chefs de gouvernement devenir ministres des Affaires étrangères ou autre, en Italie, en France comme en Hollande. C’est chose normale ou dirais-je moi je la considère comme tant, car se mettre au service du pays ne peut souffrir d’aucun sentiment de supériorité ou de fausse modestie (…) Avec une expérience de 64 ans, elle peut être de toutes les natures et dans toutes les positions. Autrement, pourquoi le chef de l’Etat ferait-il appel à moi et les prochains jours montreront [Ndlr : ce que je peux faire]».

Le problème Brahem

L’autre option du président de la République, si elle est avérée, pose aussi de gros problèmes. Installer Brahem à ses côtés, alors que Chahed l’a remercié (le fond de cette affaire, le bien-fondé ou pas de cette décision ne sont pas notre propos ici), poserait déjà un problème de cohérence dans la ligne de l’exécutif. Si Chahed a jugé qu’il était nécessaire de se séparer de son ministre de l’Intérieur, que ses raisons soient bonnes ou mauvaises, la raison d’Etat veut qu’il ne soit pas réinstallé chez BCE, pour ne pas donner l’impression, désastreuse, qu’il y a divergence de vues entre Carthage et la Kasbah, ou pire : L’impression qu’il y a deux exécutifs aux intérêts et orientations antagoniques. Par ailleurs faire revenir Brahem aux affaires apporterait de l’eau au moulin de ceux qui soutenaient que Chahed avait fait cavalier seul, de bout en bout, dans les changements au ministère de l’Intérieur, alors que le cabinet de BCE avait réussi à dissiper le malentendu en affirmant que le chef du gouvernement avait effectivement consulté qui de droit et que la bronca n’avait pas lieu d’être…

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Du vide, ou presque, au trop-plein, c’est un peu ce qu’est en train de vivre la diplomatie tunisienne en ce moment. En effet pendant longtemps Tunis a fait le service minimum, se contenant d’être “drivé” par ce qui se présentait à lui, par ce que ses liens historiques avec la France et d’autres pays européens avait mis sur sa route, par son prolongement naturel qu’est le Maghreb arabe et son Union qu’on attend toujours, par le rêve d’une Union Euro-Méditerranéenne qui n’existe que sur le papier… Bref, l’exécutif tunisien a longtemps joué petit bras, complètement dépassé par les évolutions géostratégiques de ces dernières décennies, sclérosé pendant 23 ans par les réflexes de recroquevillement de la dictature de Ben Ali. Mais tout ça c’est fini. D’abord parce qu’on a changé d’époque depuis que ce dernier est parti, mais surtout parce que le monde tout autour de la Tunisie a muté : l’Afrique s’impose à la diplomatie économique tunisienne comme une réalité incontournable, très courue par les puissances du monde entier ; l’Asie affiche un développement formidable qui la rend tout aussi incontournable ; enfin la Tunisie, secouée par une crise ces dernières années, n’a plus les moyens de regarder les trains passer et doit absolument monter à abord, et les dirigeants actuels semblent l’avoir bien compris.

Le COMESA, la CEDEAO, la ZLECA, l’UMA… La diplomatie tunisienne veut “manger à tous les râteliers“, au risque de choper une indigestion. Car pour ingurgiter tout ça, il faut des moyens, des gros, et la Tunisie n’en a pas. Ses caisses publiques sont vides et elle a beaucoup de retard à rattraper dans le maillage du continent africain et en Asie, pour commencer. On ne s’improvise pas poids lourd de la diplomatie comme ça, la chose se travaille, dans la durée, et il faut au préalable une stratégie finement élaborée. C’est ce qui se joue justement en ce moment entre le département des Affaires étrangères et le patronat. Pourvu que cette affaire aille à son terme et que les engagements pris soient tenus, car il y a beaucoup à y gagner. Mais attention à la boulimie, car à force de “courser” plusieurs gros projets, on finit par se perdre et ne plus pouvoir consolider les acquis. La Tunisie ne doit pas oublier qu’elle est, tout de même, un petit pays et qu’elle ne doit pas perdre de vue ses moyens…

Bonne nouvelle : l’UpM refait surface !

Le secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée (UpM), Naceur Kamel, a salué jeudi 2 août 2018 l’engagement “remarquable” de la Tunisie dans toutes les activités de l’UpM.
La Tunisie est un membre actif dans 39 projets sur 51 réalisés dans la région euro-méditerranenne“, s’est-il félicité à l’issue de son entretien avec le ministre des Affaires étrangères, Khemaïes Jhinaoui.
Selon Kamel, la rencontre a permis d’examiner les principales actions à entreprendre par l’UpM, afin d’assister la complémentarité régionale entre les pays des deux rives de la Méditerranée.

De son côté, Khemaies Jhinaoui a souligné l’engagement de la Tunisie à sous-tendre les efforts de l’UpM pour le développement des projets euro-méditerranéens.
La Tunisie est un acteur actif dans la majorité des projets de l’UpM“, a-t-il tenu à préciser.
Selon Jhinaoui, une rencontre de l’Union pour la Méditerranée aura lieu en octobre prochain à Barcelone. Elle offrira l’occasion de présenter la vision de la Tunisie sur les moyens de renforcer la coopération euro-méditerranéenne, dont notamment le projet d’assainissement du lac de Bizerte et la réhabilitation de l’infrastructure de Sfax.
Fondée en 2008, l’Union pour la Méditerranée (UpM) est une organisation intergouvernementale qui regroupe 43 pays dont les 28 Etats membres de l’Union européenne.
Basée sur une co-présidence paritaire entre les deux rives sud et nord de la mer Méditerranée, l’UpM a pour objectif de promouvoir le dialogue et la coopération dans la région euro-méditerranéenne. Son siège est situé à Barcelone.

L’ancien ministre français de l’Economie et ex-patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, était un fervent défenseur de l’UpM, mais une vraie union, une vraie entité dans laquelle les pays du Maghreb seraient des membres à part entière et dans laquelle ils pouvaient se bâtir un avenir. Mais le péril terroriste dans les pays nord-africains est passé par là et a torpillé le rêve. Depuis le réflexe de peur des Européens a été amplifié par l’arrivée de la droite et même de l’extrême un peu partout. Ce que vient de faire l’Italie, en renvoyant sans ménagement et au mépris des conventions internationales des migrants en Libye, en est la parfaite illustration. On est bien loin des idéaux de Strauss-Kahn. La Tunisie et ses voisins du Nord devront se contenter de ce que l’UE veut bien lui offrir, très en-dessous des aspirations du projet euro-méditerranéen et des besoins réels des Maghrébins.

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Tout ce tintamarre pour rien in fine. Le nouveau ministre de l’Intérieur, Hichem Fourati, a finalement a été adoubé par les députés, à une écrasante majorité, au-delà des espérances du chef du gouvernement, Youssef Chahed. Ce dernier doit cette issue à la spectaculaire volte-face du directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caid Essebsi, qui après avoir mouillé la chemise pour faire mordre la poussière à Chahed, s’est affiché, avec la mine de l’amoureux transi, aux côtés du président du bloc parlementaire du parti pour annoncer devant la presse sa reddition. Car c’est bien ce dont il s’agit : Une capitulation, et non un retour in extremis de la raison dicté par l’intérêt national. HCE n’a pas fait tous ces apartés avec les députés, toutes ces réunions dans ses officines secrètes et tous ces déplacements à l’ARP, jusqu’au jour du vote, le 28 juillet 2018, pour flancher au dernier moment et lâcher le morceau. S’il s’est affalé, c’est parce qu’il a bien soupesé ses chances de terrasser publiquement Chahed, et a jugé qu’il valait mieux s’éviter une déroute au Parlement. Il l’a quand même eu son revers. Reste que si certains s’emballent et parlent d’une victoire personnelle de Chahed, c’est aussi une défaite de plus pour notre démocratie, le modèle qu’on s’est choisi et pour lequel tous les gens sensés conviennent que c’est une erreur historique, même ceux qui l’ont concocté. Reste aussi que HCE garde toute sa capacité de nuisance, au moins jusqu’au Congrès électif…

Des boucheries à l’ARP savamment entretenues

Les députés se sont offert leur spectacle de prédilection : Se payer la tête du chef du gouvernement. Un d’entre eux, Zouhair Maghzaoui, du Mouvement du Peuple, a même fait mieux, ou pire, que les autres en qualifiant le chef du gouvernement de “pourriture politique” parmi la pourriture. En termes d’exemplarité, pour montrer aux jeunes la voie du respect des institutions, il y a mieux ! Mais que voulez-vous, quand tout le monde peut s’autoriser à dire ce qu’il veut, comme il le veut alors qu’il y a à peine 8 ans personne ne mouftait, sur presque aucun sujet à part le sport et la culture, il y a inéluctablement des débordements, même de la part de notre prétendue élite. Les codes et usages de la démocratie ça s’apprend, il faut en avoir la culture après une période de maturation. Notre représentation nationale, censée en savoir un rayon, en tout cas plus que ceux dont elle porte la voix, fait hélas la traversée au même rythme que les citoyens. Avec les énormes pouvoirs que leur a conférés le régime parlementaire et le scrutin à la proportionnelle, les tares des députés sautent aux yeux, en direct live et quotidiennement.

Après tout, Youssef Chahed aurait très bien pu procéder au remplacement de Lotfi Brahem au ministère de l’Intérieur confortablement assis sur son bureau, sans se farcir les quolibets et inepties des députés, rien ne l’y oblige constitutionnellement. Mais voilà, le passage sur le gril de l’ARP, pour valider les choix de ministres, est devenu une figure imposée, par les députés, depuis Habib Essid. Ce dernier a eu tort de s’embarquer dans cette coquetterie républicaine très préjudiciable à bien des égards. Mais ce n’était pas sa seule faiblesse, hélas. Chahed est en train de conforter cette tradition locale, ce poison pour la démocratie qu’aucun autre pays n’a eu la bonne idée d’absorber. Certes pour lui, contesté par une frange des dirigeants de son propre parti, c’est une façon de clouer le bec à ses détracteurs en se présentant à chaque fois avec des bilans chiffrés et en se livrant à des envolées lyriques sur la nécessité de le laisser finir son boulot, ce qu’il fait très bien et a parfaitement exécuté hier. Mais nous vu d’ici on voit un patron de l’exécutif infantilisé, fragilisé, qui trempe dans la fange, s’empêtre dans moult détails dévalorisants devant des députés qui de toute façon ne seront jamais rassasiés et recommenceront les attaques le lendemain… Bref, ce qu’on voit dans cet exercice ce sont des journées et une énergie grillées inutilement, une perte de temps, comme si la Tunisie en avait, comme s’il n’y avait pas des dangers imminents dont il faut s’occuper de toute urgence !

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Le bons sens est la chose du monde la mieux partagée au monde“, a écrit le philosophe français René Descartes (1596-1650) pour introduire son célèbre “Discours de la Méthode“. Le moins qu’on puisse dire est que les dirigeants de Nidaa Tounes, ceux qu’on entend et voit le plus, sous la houlette de leur directeur exécutif, provisoire, rappelons-le, Hafedh Caïd Essebsi, sont en train de malmener l’assertion de Descartes, de l’écraser littéralement. S’ils avaient un peu de bons sens, ils s’en tiendraient à ce que le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, a dit aux élus nidaïstes venus le voir mardi 24 juillet 2018, BCE qui a fermé la porte aux détracteurs du chef du gouvernement, Youssef Chahed, en refusant de le désavouer, du moins publiquement. S’ils avaient un peu de bon de sens, ils se soucieraient plus de leur parti, qui est en lambeaux, sous les yeux ébahis de ses militants. S’ils avaient un peu de bons sens, ils se préoccuperaient plus de l’intérêt du pays, que Chahed lui ne rate jamais une occasion de rappeler et ça les électeurs l’ont bien noté et s’en souviendront en 2019. Ce qu’on entend c’est de l’ordre de la déraison, de l’irrationnel, du délire et même de la folie. On s’en amuserait si on était dans une République qui va bien, politiquement et économiquement, comme les grandes nations occidentales, mais en terre tunisienne, dans la situation que nous savons, ces postures sont dangereuses.

Sourds, mais pas muets !

A peine quelques heures après les lumières de BCE, qu’il a sans doute eu tort de ne pas marteler sur la place publique, d’avoir dit tardivement après le flou artistique de son entretien chaotique et désastreux sur Nessma TV, Ridha Belhaj, comme si les “sages propos” du chef de l’Etat devant les députés (dictés en réalité par son incapacité à se débarrasser de Chahed) étaient passés au-dessus de sa tête, fait une stupéfiante sortie sur la chaîne Tounesna pour annoncer le départ imminent du gouvernement, avec une démonstration alambiquée et très mal maitrisée sur les échecs de Chahed. Belhaj dont on était en droit d’attendre autre chose, lui qui avait justement claqué la porte de Nidaa Tounes à cause de Essebsi junior, comme d’autres, ne brille pas pour son retour. Conforter HCE dans son idée fixe, son obsession maladive – dégommer Chahed, un des leurs, il faut le rappeler – n’est pas le meilleur service qu’il pouvait rendre à son parti, à la patrie. Mais Belhaj n’est pas le seul “sourd”, il y a aussi le porte-parole de Nidaa Tounes, Mongi Harbaoui…

On l’entend beaucoup en ce moment, beaucoup trop, même pour un porte-parole. Le fait est que ce qu’on entend, la plupart du temps, ce sont des propos qui divisent et angoissent, d’abord les nidaïstes et ensuite les citoyens qui ne manquent pourtant pas de soucis. La solution à tous leurs problèmes : le départ du gouvernement, soutient mordicus Harbaoui sur Mosaïque FM le 25 juillet 2018. Une affaire qui prend sacrément des allures de vieille rengaine, de vieux disque, comme si le porte-voix de Nidaa et ses acolytes n’avaient que celui-là. Lui aussi, comme Belhaj, n’a pas écouté BCE la veille. Le même Harbaoui qui a reconnu dernièrement que Chahed ne manque pas de soutien au sein de son camp, ce qui signifie qu’une majorité d’élus de l’ARP pour éjecter Chahed est au mieux un simple voeu pieux, surtout si on tient compte de l’indéfectible soutien de l’armada Ennahdha, que le mouvement a réitéré par la bouche de Oussama Sghaier, sur Shems FM le 25 juillet 2018 et dont Mongi Rahoui vient de nous parler. Pourtant Harbaoui, Belhaj et la bande qui les a mandatés courent toujours, pour le plus grand malheur de leur parti et de la partie. Cet acharnement à semer de l’instabilité sociale et politique, alors qu’on sait ce que ça coûte à la Tunisie, c’est l’un des plus grands mystères du moment…

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Quelques jours après la sortie de Ahmed El Karm, président du directoire d’Amen Bank et de l’A.P.T.B.E.F., qui avait émis ici même, sur Africanmanager, le souhait de voir la Tunisie faire mouvement vers la Chine, les choses s’accélèrent. On a appris samedi 7 juillet 2018 qu’un mémorandum d’entente relatif à l’adhésion de la Tunisie aux mégas projets “La ceinture économique de la Route de la soie” et “La Route de la soie maritime du 21e siècle” sera paraphé la semaine prochaine, à Pékin. Un événement qui fait suite à d’autres signaux de rapprochement avec la Chine que la Tunisie a intérêt à exploiter au maximum.
Cette cérémonie aura lieu en marge de la participation de la Tunisie aux travaux du 8e Forum sur la coopération sino-arabe, mardi 10 juillet 2018, en présence du conseiller d’Etat et ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, des ministres arabes des Affaires étrangères et du secrétaire général de la Ligue des Etats arabes, Ahmed Abou el Gueit. La Tunisie sera représentée par le ministre des Affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui, qui commence à bien connaitre la route de Pékin ! Du beau monde, pour une belle affaire qui pèse tout de même quelque 1000 Milliards de dollars, avec un programme gigantesque et des projets disséminés dans presque tous les continents, un enchevêtrement sans précédent de lignes de transport terrestres et maritimes. Tout cela piloté par plusieurs fonds et une banque de développement qui regroupe plus d’une soixantaine de pays.

La Chine est généreuse et a des ambitions qui dépassent de loin son statut de premier investisseur en Afrique. Ça tombe bien, la Tunisie a aussi un gros appétit et beaucoup de besoins depuis le 14 janvier 2011. La Chine bichonne ses “amis” et est peu regardante sur les affaires et problèmes internes de ses partenaires, car elle aussi en a un paquet – notamment les entorses aux droits de l’Homme – et n’aime pas trop qu’on fouille dans ses affaires. Ça tombe bien, la Tunisie aussi a ses tares et en a un peu marre que les agences de notation les lui rappellent sans cesse. Comme elle en a un peu marre de la frilosité du premier partenaire, l’Europe – ne parlons pas des Américains ! -, qui scrute mille détails et garanties avant de placer ses euros. La Chine elle ne s’embarrasse pas beaucoup de ces précautions, elle fonce, et les résultats suivent ! Cette fois c’est la Tunisie qui sera servie, enfin si elle sait mener sa barque.

De belles prises à faire

D’après un communiqué du département des Affaires étrangères, la réunion ministérielle du forum sera précédée, lundi 9 juillet 2018, par une rencontre entre hauts responsables arabes et chinois et une autre autour du dialogue politique et stratégique sino-arabe. Elle a pour but d’approfondir la concertation et la coordination sur les sujets politiques d’intérêt commun et les derniers développements dans la région et dans le monde.
Le 8e Forum sur le partenariat sino-arabe planchera sur la consolidation des liens entre les pays arabes et la Chine dans les divers domaines économiques et commerciaux ainsi que le partenariat stratégique en matière d’énergie, d’énergies renouvelables, d’infrastructure, de technologiques modernes, de santé, de tourisme et de promotion de la femme et de la jeunesse. Dans chacun de ces domaines, la Tunisie a des choses à dire, et à faire financer.
En marge de ces assises, le ministre des Affaires étrangères devrait avoir une séance de travail avec son homologue chinois qui sera axée sur les moyens de développer les relations de coopération bilatérale dans les différents domaines.
Le mémorandum d’entente relatif à l’adhésion de la Tunisie à l’initiative “La ceinture économique de la Route de la soie” et “La route de la soie maritime du 21e siècle” sera signée au cours de cette séance de travail.

La Chine a les moyens de ses ambitions

Quand on voit la force avec laquelle Pékin fait face à Washington, dans ce qui est sans doute la guerre commerciale la plus rude de l’histoire, on se dit que ce pays a les moyens de ses ambitions. Et d’ailleurs la nouvelle Route de la soie n’est rien d’autre qu’une manière de magnifier ce qui fit la puissance de l’empire chinois, entre 221 av. J.-C. et 220 ap. J.-C.. Mais là on sera bien au-delà de la simple symbolique, on parle de très gros investissements “dans les secteurs de l’infrastructure, de la transformation des produits miniers et énergétiques, dans les industries manufacturières destinées à l’exportation et aux marchés locaux ainsi qu’une multitude de programme touchant divers domaines“. Sur ce dossier le Maroc a une longueur d’avance, puisqu’il a intégré le dispositif dès novembre 2017, et il est même question de mettre en place un Conseil d’affaires de la Route de la soie. Le Maroc sait y faire, ce n’est pas pour rien qu’il est la première destination africaine des investisseurs étrangers.

La Tunisie a un peu trop sommeillé, que ce soit dans ses rapports avec la Chine ou son propre continent, mais elle a de sacrés atouts à faire  valoir et peut très vite rattraper son retard, à condition qu’elle règle ses nombreux problèmes sociaux et politiques qui ont tendance à s’inscrire dans la durée. Toutefois il y a deux bonnes nouvelles : La Chine sait se montrer patiente avec ses partenaires et les gros capitaux dont elle dispose lui enlèvent toute notion de stress. Ce que Pékin veut surtout ce sont des relais sur qui il peut compter pour disputer aux USA le leadership économique mondial. Elle est en train d’y parvenir avec les autres pays africains, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas avec la Tunisie, même si les Etats-Unis ne verraient pas cela d’un bon oeil. Mais tant pis, au point où il en est, ‘le pays du jasmin’ ne peut pas se payer le luxe de s’égarer dans des considérations géopolitiques fumeuses…

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La capitale de la Tunisie vient d’avoir une “distinction” qui est tombée depuis le 28 juin 2018, mais que les autorités se sont bien gardées de commenter, et pour cause elle est très problématique et personne n’a envie de s’attaquer aux problèmes (il y en déjà tellement !) : Tunis occupe le premier rang des villes du continent africain pour le coût du logement, ex aequo avec l’Afrique du Sud. Mais si cette dernière, 2ème économie du continent, et qui donc garde son attractivité, peut se permettre un tel classement, ce n’est pas le cas de Tunis, qui perd là un de ses points forts. Cette situation a une seule explication : Une capitale trop pleine, une pression immobilière folle, des promoteurs qui se lâchent complètement. Et on en arrive à un problème insoluble pour les acheteurs, pour les locataires, pour les promoteurs immobiliers eux-mêmes et in fine pour l’économie.

Comme le désert attend la pluie, les agents du secteur public attendent les résultats de ce qui se joue actuellement entre le chef du gouvernement, Youssef Chahed et le leader de l’UGTT (Union générale tunisienne du travail), Noureddine Taboubi. Des augmentations de salaire, c’est ce qu’escomptent les employés du secteur public, ceux du secteur privé attendent leur tour, comme si cette affaire était la solution au problème de la montée des prix dont tout le monde se plaint, surtout à Tunis. Taboubi ne fera pas le déplacement pour rien, Chahed très probablement allongera les billets, après l’accord, au moins tacite, du FMI, qui surveille de près. Mais le problème n’est pas là, il est dans le fait que les salariés ne sont pas les seuls à attendre ces augmentations, les commerçants aussi attendent, les promoteurs immobiliers également. A tel point que ces hausses sont devenues un poison car elles entretiennent l’inflation laquelle finit par décourager les consommateurs et casser la dynamique de la consommation, un des moteurs de l’économie qui fonctionnent encore. Si on veut régler le problème des citoyens et du pays, il faut élaborer une vraie politique de désengorgement des grandes villes, de décentralisation, ce qui fera exploser la bulle immobilière et fera baisser automatiquement les prix pratiqués.

Une décentralisation à minima

La Tunisie n’a pas de vraie politique de décentralisation, et ça ne date pas d’aujourd’hui. Ce qu’on a servi dernièrement n’est en fait, pour le moment, qu’un saupoudrage de déconcentration budgétaire, dont le principe est l’affectation de certaines dépenses aux municipalités et aux collectivités locales. C’est une simple commodité de comptabilité pour moins de tracasseries pour les autorités centrales et une exécution plus rapide de certains projets locaux liés à l’éclairage public, les routes, les hôpitaux, les écoles, etc. Sans plus. Rien pour un vrai développement régional seul apte à fixer les populations sur place et à créer une vraie économie locale capable de tirer vers le haut tout le pays. Un éclairage public et de belles routes sans l’activité économique qui va avec, ça ne vole pas très haut et surtout ça ne freine pas cet exode rural massif qui a impacté l’économie dans les régions, complètement défiguré la capitale et en a fait un enfer pour ses habitants.

Le courage, le vrai, la politique de décentralisation, la vraie, auraient été de délocaliser certains ministères et organismes public qui ne gagnent rien à rester à Tunis. Le ministère de l’Agriculture aurait très bien pu migrer vers la ville de Sliman, Bizerte ou même Jendouba, Béja sans que cela que cela ne nuise en rien à son fonctionnement, avec la numérisation et la dématérialisation des procédures qui est déjà sur les rails. Le ministère de l’Industrie serait très bien à Sfax, la première ville industrielle du pays, etc. On n’a rien inventé, toutes les solutions sont là, sous nos yeux, il suffit d’oser. Bien entendu tout cela bouleverserait des vies, causerait des désagréments personnels, mais que pèsent-ils face au grand bien que ça ferait à toute la Nation ?

Pourtant les exemples sont là !

Le président sénégalais, Macky Sall, l’avait promis à ses électeurs, il va passer à l’acte bientôt. Pas moins de 15 ministères vont être éjectés de la capitale, Dakar, qui a les mêmes problèmes que Tunis. Sall a fait sortir de terre une méga ville administrative à Diamnadio, à une trentaine de kilomètres de Dakar, avec des logements à foison, des infrastructures, un TER (train express régional) et tout le toutim pour accueillir les ministères et toute l’économie qu’il y a autour. Il a même déplacé l’aéroport de la capitale à Diass, à 47 kilomètres au sud-est de Dakar. Ce dernier va respirer ! Et la pression immobilière va se dégonfler automatiquement. Il y a aussi l’exemple de l’Egypte, qui va se doter d’une nouvelle capitale administrative. Bon vous me direz qu’il était temps pour le Caire, avec ses 20 millions d’âmes. Mais pour Tunis aussi ça urge, alors qu’on ne voit pas le bout d’un programme dans ce sens. Au contraire on dépense des sommes folles dans des projets autoroutiers – RFR surtout – lesquels de toute façon ne régleront pas le problème de fond d’une capitale au bord de l’explosion.

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La meilleure Constitution du monde“, se targuaient certains, dont des concepteurs de ce texte fondamental, très avant-gardiste à bien des égards, il faut le reconnaitre, mais encore faut-il que les citoyens soient en mesure de le digérer. Le problème quand on monte le niveau, quand on fait mieux que les autres ou quand on le prétend, c’est qu’il faut avoir les moyens de suivre dans la durée, la certitude d’avoir l’adhésion de la majorité. Bref, il faut soi-même être à la hauteur et s’assurer que les autres le sont, sinon il y a un gros problème de cohérence et de conformité avec les principaux censés régenter l’ordre social. Quand les rédacteurs de la Constitution – les députés – se sont enfermés à l’Assemblée Nationale Constituante pour pondre ce texte, ils ont mis le paquet pour faire le tour de toutes les problématiques d’une société qui découvrait soudainement l’ivresse de la liberté, de la démocratie. Et quand ils ont livré leur produit, ils pensaient, très sincèrement, avoir fait le meilleur travail possible, dans les circonstances particulières du pays entre 2011 et 2014. Ils ne s’attendaient certainement pas à la montagne de problèmes qui allait surgir après.

Le souci quand on veut brasser large, quand on veut que les droits de tous soient respectés, c’est qu’on finit par édicter des principes qui s’entrechoquent, se contredisent. Il est difficile de l’éviter pour autant, car c’est cela le corollaire d’une société où la chape de plomb saute brutalement, violemment. Alors on a pensé qu’il était bon, après maintes contorsions et débats enflammés, de mettre dans le même texte la protection du sacré (grosso modo l’Islam, notre patrimoine commun) et la liberté de culte, ou la liberté de conscience. Les rédacteurs de la Constitution avaient raison, ils ne pouvaient pas protéger le sacré et laisser en rade ceux qui ne s’y reconnaissaient pas, et c’est leur droit. Ce qu’ils ne pouvaient pas anticiper c’est la difficulté à faire coexister les deux réalités, dans une société dont la toile de fond est sa religion, l’Islam, que personne, même les plus antireligieux, n’avait osé contester publiquement, et encore moins transgresser. Maintenant ils osent, au nom justement de cette Constitution qui accorde la liberté de croire ou de ne pas croire. Et ça c’est une difficulté nouvelle pour la Tunisie, à laquelle elle n’était pas préparée et pour laquelle elle n’a pas de réponse…

Le visage de la Tunisie que les Tunisiens ne veulent pas voir

La violence des attaques contre les membres de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe), notamment sa présidente, Bochra Belhaj Hmida, jusqu’à des accusations de mécréance, est la parfaite illustration des contradictions dans lesquelles est prise une société qui a fait le choix de la modernité et qui freine en même temps des quatre fers face au vertige de sa liberté. La Colibe avait été mandatée par le président de la République pour proposer un corpus de grandes réformes en rapport avec les libertés individuelles et l’égalité, comme le stipulent les dispositions de la Constitution, les normes internationales des droits de l’Homme et les orientations de toutes les nations dites modernes. Cette Constitution qui, rappelons-le, avait été concoctée par les islamistes, et qui en est arrivée, selon certains, à bafouer certains préceptes de l’Islam. L’égalité totale dans l’héritage entre l’homme et la femme, l’égalité entre les enfants légitimes et naturels, l’égalité dans l’attribution de la nationalité et le choix du nom de famille, la fin de la peine de mort et l’incrimination de l’appel au suicide sont les propositions majeures faites par le rapport. Plus que ne peut en supporter les traditionalistes, qui prédisent l’enfer du Seigneur à Bochra Belhaj Hmida et compagnie. La mauvaise nouvelle pour les anti-Colibe, c’est que ces propositions ont la Constitution de leur côté…

Ils n’ont pas les moyens de leur indignation

La présidente de la Colibe, sous le feu des critiques, avait déclaré récemment que son rapport colle parfaitement aux conventions internationales ratifiées par la Tunisie et tire sa source des principes et valeurs clairement inscrits dans la Constitution de 2014. Et elle n’a pas tort. C’est d’ailleurs à cause de ces mêmes conventions, que la Tunisie a goulument signées mais qu’elle n’applique pas avec la même célérité, que les autorités s’étaient fait tirer les oreilles à Genève pas le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme. La Tunisie non seulement a signé un paquet de conventions, en plus elle a aggravé son cas en dépendant, plus que jamais, de l’aide étrangère pour continuer sa route. Quand l’Arabie saoudite, la Russie, la Chine, les USA ou Israël foulent au pied les droits de l’Homme ou les conventions internationales, elles sont certes dénoncées, critiquées, mais c’est à peu près tout. On ne peut, dans les faits, rien leur faire. La Tunisie est loin de pouvoir en dire autant. Ceux qui s’en prennent à la Colibe et à tout ce qui bouge dans le sens de la liberté et de l’égalité mènent un combat d’arrière-garde, perdu depuis belle lurette. C’est une question de temps avant que cette réalité saute à la face de tous. Habib Khedher, du mouvement Ennahdha, qui était à la tête du comité mixte de coordination et de rédaction de la Constitution, pourrait le leur expliquer…

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Si on a appris une chose dans cette Tunisie de tous les possibles depuis le fameux 14 janvier 2011, c’est qu’il ne faut jamais dire jamais. Rached Ghannouchi, le chef de file des islamistes, sur le fauteuil de Habib Bourguiba en 2019, c’était un scénario ubuesque et surréaliste il y a peu, à cause justement du peu d’appétit des électeurs pour sa personne que presque tous les sondages d’opinions ont attesté. Mais voilà, plus que jamais, ‘Au royaume des aveugles les borgnes sont rois‘. Le combat de l’an prochain pourrait ne pas avoir lieu faute de combattants. Dans un paysage politique sinistré, où aucune alternative sérieuse ne se présente à quelques mois des élections, où aucune personnalité ne sort du lot, où le vieux lion de Carthage, Béji Caïd Essebsi, a bien des envies d’en découdre à la prochaine présidentielle mais à 91 ans il est beaucoup moins fringuant qu’à son dernier triomphe en 2014, Ghannouchi président ce n’est plus un gag ou de la politique-fiction, mais une probabilité qu’il faut regarder en face et analyser. L’écurie islamiste est déjà en branle, après le ballon d’essai lancé par le gendre Rafik Abdessalem Bouchlaka et la sortie d’un “aficionado” de premier plan : Le porte-parole du mouvement Ennahdha. L’affaire est donc sur les rails, dans un contexte incroyablement favorable grâce à l’oeuvre du fils du président de la République, ou plutôt la destruction de l’oeuvre du père, son parti, Nidaa Tounes, par le fils, la seule formation qui peut encore torpiller les plans du leader d’Ennahdha. Tout dépendra de l’issue du tout premier Congrès électif de Nidaa. En attendant Ghannouchi peaufine sa stature internationale, reçoit tous les puissants d’ici et d’ailleurs, édulcore son discours pour ceux, encore très nombreux, que tout relent d’islamisme, même infime, effraie.

BCE et la tentation du lâchage

On n’a pas entendu le président de la République depuis un moment, et pour cause : Il n’a pas, n’a plus, grand chose à dire. Il ne maitrise plus rien depuis que sa dernière trouvaille, qu’il pensait révolutionnaire, le Pacte de Carthage, s’est crashé sur la demande insistante du secrétaire général de l’UGTT : Le départ du chef du gouvernement, chose que le chef de l’Etat ne peut, ne serait-ce que constitutionnellement en temps d’état d’urgence, concéder. Et puis il y a le fait qu’acter l’échec de son poulain, Youssef Chahed, au point d’offrir sa tête à son fils, Hafedh Caïd Essebsi et au leader de la centrale syndicale, Noureddine Taboubi, revient à acter son propre échec. Ce serait celui de trop, après la disgrâce de Habib Essid. A son âge, et au crépuscule de sa carrière politique, Essebsi a maintenant le souci de son héritage, de la postérité, de ce qu’on dira de lui après qu’il se sera éclipsé, comme tous les hommes et femmes de son rang. Mais le duel à mort ente Chahed et Taboubi est en train d’impacter cette trajectoire. Ahmed Néjib Chebbi a raison de dire, sur sa page Facebook le 25 juin 2018, que BCE rêve de voir Taboubi dégommer Chahed. Non pas que le départ du chef du gouvernement enchanterait son mentor, mais ce serait une façon de mettre un terme à cette crise et ce blocage politique mortifère, surtout pour le sursaut économique déjà amorcé et les réformes dont le pays ne peut plus faire l’économie. Et ça aussi ça conditionne la consistance de l’héritage que laissera le président de la République.

Essebsi ne peut pas raisonner et encore moins stopper l’UGTT, pour ramener le calme dans le pays, alors l’idéal serait que Chahed s’efface, volontairement, sans faire de bruit, sans régler des comptes, sans tirer dans tous les sens, sans déballer ce qu’il sait. Mais manifestement ça restera un voeu pieux, un rêve pour BCE. Chahed n’a montré aucune disposition à être cet agneau de sacrifice qu’a été Essid.

Les vrais vainqueurs c’est eux !

Paradoxalement, le chef du gouvernement n’a jamais été aussi en forme. On est fin juin 2018 et il est encore là, ce qui en soi est déjà un miracle vu la violence de la tempête qu’il a essuyée il y a peu. Et même mieux : l’UGTT, celui par qui tous les dangers sont arrivés, va lui offrir une chance de jouer une fine partie de poker où Chahed pourra abattre ses cartes. Dans ces négociations sociales qui démarrent ce jeudi 28 juin, il lâchera, très probablement, quelques promesses, même vagues, de revalorisation des salaires, sous l’étroite surveillance du FMI qui a tracé quelques lignes rouges. Ces engagements suffiront pour le moment. D’abord ils permettront à Chahed de gagner un précieux temps, et de désarmer Taboubi. En effet ce dernier ne peut pas continuer, très logiquement, à réclamer la tête de celui avec qui il négocie, et encore moins si Chahed dit ce qu’il veut entendre : Les salaires vont monter, même peu. Il ne faut pas oublier, malgré les grandes phrases et les théories savantes sur l’échec du gouvernement, que le combat contre le chef du gouvernement a gagné en intensité quand Chahed a fermé la porte des augmentations salariales. Il a aggravé son cas en opposant une fin de non-recevoir aux demandes exagérées des profs du secondaire. En réalité  c’est cela qui lui a valu la violence des coups portés par l’UGTT. Toute cette agitation est avant tout une affaire de sous. Si Chahed lâche du lest là-dessus, avec les limites que lui a fixées son principal bailleur, ça lui donnera l’assurance d’être tranquille au moins cet été. Et encore plus s’il saupoudre tout cela avec un remaniement ministériel aux petits oignons, même frugal. A la rentrée on parlera d’autre chose, essentiellement des élections générales de 2019…

Au plus fort de la tempête, quand son parti secouait le cocotier pour le faire tomber, seul Ennahdha a défendu la boutique Chahed. Mais les islamistes ne l’ont pas fait pour ses beaux yeux, mais par pur pragmatisme. En effet Chahed traite plutôt bien les ministres nahdhaouis, malgré la pression d’une frange des nidaïstes pour débarquer les poulains de Ghannouchi. Qui sait ce que ferait d’eux un autre chef de gouvernement. Ne dit-on pas ‘Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras’ ? Par ailleurs un soutien affiché à Chahed, jusqu’au bout, quand les siens le lâchent, a l’avantage de se le mettre dans la poche et de s’assurer qu’il s’effacera le moment venu pour dégager la voie du palais de Carthage à Ghannouchi. Une sorte de renvoi d’ascenseur quoi. Quant à Nidaa Tounes, il pourrait très bien, en cas de déroute aux élections de 2019, accepter de jouer les seconds couteaux, exactement comme le fait Ennahdha présentement, avec une cohabitation bis, histoire de garder une main sur le pouvoir. A moins que le prochain Congrès électif de Nidaa Tounes en décide autrement, en éjectant HCE et ce qu’il faut de poison, en permettant à un vrai candidat à la présidentielle d’émerger, et ça aussi c’est pas de la politique-fiction !

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Slim Khalbous, le ministre de l’Enseignement supérieur, a osé. Ce qu’il avait lancé comme ça, presque comme une boutade, est devenu réalité : Les étudiants étrangers, majoritairement des Africains (à proprement parler des Subsahariens, car les Tunisiens, martelons-le pour les esprits lents à la détente, sont aussi des Africains), devront casquer, et pas peu, pour avoir une place dans les universités publiques de la Tunisie. Entre 5000 et 15 000 dinars tunisiens, ce sera le prix de la science pour “nos” frères. Ce qui n’était au départ qu’un ballon d’essai n’a provoqué aucune réaction de la part d’une opinion publique anesthésiée par des mauvaises nouvelles devenues chroniques (inflation, mauvais bruits de fond politiques et sociaux, sombres perspectives économiques et dernièrement la défaite des ‘Aigles de Carthage’ face à l’Angleterre), et encore moins une levée de boucliers de la part des chancelleries et ambassades africaines, alors Khalbous s’est dit “why not“. Il est passé à l’acte. Il a osé. Ce “racket” – nous n’avons pas trouvé d’autre qualificatif – qui ne dit pas son nom va ruiner davantage les étudiants subsahariens. Que le commun des Tunisiens voit ces étudiants comme des tirelires ambulantes qu’il faille casser à tout bout de champ (des loyers surfacturés, des prix abusifs dans leurs actes d’achat…), on peut à la limite le comprendre même si on ne peut l’excuser, mais que les autorités abondent dans le même sens que les citoyens indélicats ça c’est intolérable parce qu’immoral. Cette décision incompréhensible, injuste et improductive ne sera pas sans conséquences pour une Tunisie qui par ailleurs crie sur tous les toits qu’elle est animée par la volonté de mettre un terme à son désintérêt pour son continent.

Une première, dont on se passerait bien

Les Tunisiens qui ont fait leurs études en France et ailleurs le savent : Dans tous les Etats de droit, tous les étudiants, nationaux et étrangers, sont logés à la même enseigne pour l’accès aux établissements supérieurs publics. Pas de traitement de faveur, pas de préférence nationale, pas de discrimination. La Tunisie elle, qui du reste s’enorgueillit d’avoir l’une des “meilleures Constitutions au monde“, a osé la discrimination. Même une prestigieuse université comme Paris-Dauphine, dont d’ailleurs le Tunisien Elyes Jouini est le vice-président, la plus cotée des établissements publics français spécialisés en banque et finances, et donc la plus demandée par les étudiants étrangers, n’est pas allée jusque-là. Certes les droits d’inscription sont montés ces dernières années, très sensiblement, mais c’est le même tarif pour tout le monde. Idem pour les étudiants tunisiens, de plus en plus nombreux, qui se rabattent sur les universités sénégalaises ou d’ailleurs sur le continent, surtout les étudiants en médecine qui ont trouvé porte close ici. A ce qu’on sache, ils ne sont pas mis à contribution de manière outrancière, pourtant les universités sénégalaises sont loin de rouler sur l’or, exactement comme en Tunisie. Toutefois ce que vient de faire la Tunisie pourrait leur donner des idées, et aux autres pays africains aussi, ne serait-ce que pour le principe de réciprocité, et ça risque de ne pas plaire aux malheureux étudiants tunisiens qui doivent déjà porter le poids de l’exil. Mais ça est-ce que les autorités tunisiennes s’en soucient ?

Un mauvais coup porté à l’intégration africaine

Que les universités tunisiennes aient de gros pépins financiers et qu’il faille les renflouer, tout le monde est d’accord là-dessus, mais ce que vient de faire Khalbous n’est assurément pas la voie indiquée. Les étudiants subsahariens sont déjà de gros contributeurs dans l’essor des universités privées tunisiennes, qui poussent comme des champignons en ce moment. L’économie du secteur, de tout le pays, ne s’en porte que mieux, et tout le monde s’en félicite. Il fallait s’arrêter là, ça suffisait amplement. Cette gourmandise est un pêché, et pas que pour des raisons d’ordre moral ou religieux, c’est mauvais aussi pour les affaires, pour le rayonnement culturel de la Tunisie, pour sa réputation, pour le processus d’intégration africaine qui a pourtant enregistré dernièrement des avancées notables (une nouvelle ligne maritime en direction de pays subsahariens ; une pluie d’accords avec la Guinée Conakry et la Guinée Equatoriale ; le statut d’observateur au sein de la CEDEAO et des accords préférentiels avec la Communauté économique ouest-africaine, et demain le statut de membre à part entière ; la signature de l’Accord instaurant la Zone de Libre Echange Continentale, etc.). Est-ce que les clopinettes que va rapporter la taxe appliquée à 3000 Subsahariens sur un total de 7500 qui font leurs études en Tunisie en valent la chandelle ? Assurément non. Il n’y a rien à en tirer, à part le déshonneur pour un pays dont la Révolution a pourtant séduit le continent…

Le ministre de l’Enseignement supérieur a un étrange argumentaire pour justifier cette ponction dans le porte-monnaie des Subsahariens : Elle permettra de financer la mise à niveau des universités tunisiennes, ce qui sera un excellent produit d’appel pour attirer davantage d’étudiants étrangers. Nous, vu d’ici, ce qu’on voit plutôt c’est un repoussoir qui dirigera encore plus le flux des étudiants subsahariens vers le Maroc, où ils se ruent déjà, effrayés par des propos et actes racistes qui se sont débridés ces dernières années en Tunisie, des tracasseries administratives – cartes de séjour surtout – que le chef du gouvernement avaient pourtant promis de stopper, un climat social délétère, une sinistrose cultivée par la classe politique et les citoyens du pays, etc. Enfin, et c’est n’est pas le moindre des problèmes à l’horizon : Ce que vient de faire la Tunisie aux étudiants subsahariens lui reviendra comme un boomerang au moment de défendre son adhésion à la CEDEAO, laquelle pourrait régler beaucoup de ses problèmes. Si le Maroc, qui est très bien introduit sur le continent, qui accueille du mieux qu’il peut les ressortissants africains et leur ouvre même son marché de l’emploi, a été recalé, pour un temps, que dire de la Tunisie qui a plus brillé par son absence en Afrique et ne regardait que du côté de l’Europe jusqu’à récemment ?

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