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Souleymane LOUM

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Quand un Etat et ses institutions sombrent, tout suit :  la raison, les droits humains, la morale, les vertus, la bienséance… De ce point de vue la Libye, dont l’instabilité et le chaos inquiètent et même terrifient ses voisins – la Tunisie en premier -, et préoccupent la France, l’Union africaine, l’ONU, a touché le fond en exhumant une ignominie que l’Humanité croyait définitivement enterrée : Les marchés aux esclaves. En 2017, en Libye, des personnes profitent de la détresse des migrants clandestins, coincés sur le territoire par les nouvelles barrières érigées par l’Union européenne, pour organiser un horrible commerce où des individus, dont des Sénégalais, sont cédés pour cent cinquante mille francs (150.000 F CFA). Le scandale est parti d’une vidéo plus qu’explicite de la chaine américaine CNN. Et depuis c’est la déferlante, en Afrique, en Europe… Cette horreur d’un autre temps a fait sortir de leurs gonds des stars de la musique, des activistes de la société civile, qui vont battre le pavé cet après midi à Paris, devant l’ambassade libyenne, pour crier leur indignation. Les déflagrations sont arrivées jusqu’au gouvernement sénégalais, qui a pondu un communiqué pour apostropher les libyennes et dire sa révolte.

Moussa Touré, cinéaste sénégalais, s’est confié à Sénégo. «Je ne comprends pas le silence de nos autorités, des présidents africains qui passent tout leur temps à parler de choses qui n’ont rien à voir avec ce drame au quotidien. Comment peut-on vendre des êtres en 2017, dans un pays africain au vu et su de tous les présidents?
Il faut qu’ils prennent leurs responsabilités en allant chercher ces gosses qui sont nos fils. J’en ai rencontré un, qui est sénégalais à la frontière du Mali qui, via sa famille a payé une rançon de 600.000 F CFA pour être libéré. D’ailleurs, je suis en train de préparer un film sur l’esclavage arabo-musulman», assène le cinéaste.

La méga star ivoirienne du reggae, Alpha Blondy, y est allée de sa vidéo pour dénoncer ces crimes contre l’humanité, interpeler les leaders africains et appeler à la mobilisation devant toutes les ambassades libyennes du continent africain pour demander la libération de tous «les captifs».

Même son de cloche chez le chanteur sénégalais connu dans le monde entier, Youssou Ndour, qui est intervenu sur RFI.

L’activiste Kémi Seba, qui s’était illustré dernièrement par sa croisade contre la néo colonisation symbolisée, à ses yeux, par le Franc CFA encore présent en Afrique et l’animateur de RFI Claudy Siar ont appelé à participer massivement à la manifestation de ce samedi 18 novembre 2017 devant l’ambassade de la Libye à Paris, organisée par le Collectif  contre l’esclavage et les camps de concentration en Libye et Urgences panafricanistes.
«Rdv ce Samedi devant l’ambassade de Libye à 14h à PARIS pour toutes celles et ceux qui peuvent y aller. Revenu fraîchement du Bénin, nous y serons aux côtés de beaucoup d’autres. Beaucoup de choses à dire….ET A FAIRE…A DEMAIN. Et pour toutes celles et ceux qui ne seront pas sur Paris demain. Rdv devant l’ambassade de Libye la plus proche de chez vous“, a écrit Kémi Seba sur sa page Facebook.

«Le gouvernement de la République du Sénégal a appris avec une vive indignation la vente sur le territoire libyen de migrants originaires d’Afrique subsaharienne.

Le gouvernement de la République du Sénégal dénonce avec vigueur et condamne de la manière la plus ferme ce trafic d’êtres humains qui constitue une grave offense à la conscience de l’humanité.

Le Sénégal engage les autorités libyennes compétentes, ainsi que l’Union Africaine et l’Organisation des Nations Unies, à diligenter sans délai une enquête sur cette pratique d’un autre âge afin que toutes les dispositions soient prises pour y mettre fin», dit le communiqué du gouvernement sénégalais.

Cette affaire remonte à avril 2017 et avait déjà été ébruitée par la presse, mais les autorités de Tripoli avaient pu mettre le couvert. L’été dernier, CNN reçoit une vidéo contenant ces scènes ahurissantes, mais le film était de mauvaise qualité. La chaine décide alors de descendre sur le terrain pour se faire une nette idée sur la question, avec une caméra planquée. Et la stupeur et tremblements ! Après le tolet planétaire provoqué par leur film, publié le 15 novembre 2017, les autorités libyennes ne pourront plus mettre ce dossier sous le tapis. D’ailleurs l’ONU est montée au front pour condamner, exiger une enquête et des mesures, Tripoli a promis une réponse rapide. Après il va falloir s’expliquer devant les partenaires africains, qui se démènent pourtant pour extirper la Libye des difficultés dans lesquelles elle se débat depuis la disparition de Mouammar Kadhafi, en octobre 2011…

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Les envolées, gages et promesses qui ont été servis par les autorités lors de la rencontre “Tunisia Investment Forum 2017” (TIF), les jeudi 09 et vendredi 10 novembre, ressemblent, à s’y méprendre, au lyrisme de “Tunisia 2020”, les 29 et 20 novembre 2016. Et la mayonnaise a plutôt bien pris, du moins sur le papier. Bon, pour la concrétisation des engagements des investisseurs et bailleurs, on repassera car il y a moult paramètres qui vont interagir. Pour le moment, il y a ce chiffre de 900 millions de dinars collectés, avancé au terme de la première journée par le ministre de l’Investissement, du Développement et de la Coopération internationale, Zied Laadhari. A l’arrivée, la récolte sera certainement meilleure. Certes, ce sera sans commune mesure avec l’assiette de “Tunisia 2020” (14 milliards d’euros, près de 35 milliards de dinars, entre accords déjà signés et promesses). Dans le  même temps, ce n’était pas le but des autorités tunisiennes, et d’ailleurs l’événement n’avait pas été calibré pour cela, mais plutôt pour placer le marché africain au cœur des préoccupations des investisseurs et de l’exécutif tunisiens. On jugera les résultats sur pièce. Mais ce qui nous a surtout frappés lors du “TIF 2017“, c’est que l’enthousiasme, la passion étaient beaucoup moins perceptibles que lors de la Conférence internationale sur l’investissement. Et il y a des raisons objectives à cela…

Il est vrai que les traits de la belle Tunisie post-révolutionnaire se sont davantage flétris depuis, sous les coups de boutoir de problèmes structurels lourds que le gouvernement est loin d’avoir réglé avant d’aller à la pêche aux investisseurs. Et bien entendu, cela n’a pas échappé à ces derniers. C’est même à se demander s’il est bien raisonnable de les convoquer avant d’avoir au moins levé quelques obstacles et freins aux investissements et d’avoir assaini, même a minima, le climat des affaires dont l’IACE vient de faire un portrait très inquiétant. Les mêmes tares qui ont valu à la Tunisie la chute spectaculaire dans le classement “Doing Business 2018”. Le DG de la FIPA (Agence tunisienne de promotion de l’investissement extérieur) a dit dernièrement que 50% des promesses d’investissement de “Tunisia 2020” ont été concrétisées. On peut se réjouir à la vue de la partie pleine du verre. Tout ce pognon injecté dans l’économie du pays ne peut que lui faire un bien fou. Mais on peut aussi pointer la partie vide du verre. La Tunisie a développé un certain talent dans l’organisation des grand-messes des investisseurs. Elle sait y faire quand il s’agit de plaider, de taper dans la tête et le cœur des bailleurs. Le problème des autorités, c’est plutôt de donner corps aux projets qu’elles savent si bien vendre aux investisseurs. Or le souci avec ces derniers c’est que la magie ne dure qu’un temps, très court, si les résultats ne viennent pas.

Moult handicaps, très lourds

Le projet de la loi de finances a montré à quel point le pays est divisé sur les grandes orientations censées le sortir du trou. Nous n’allons pas ici disséquer les raisons de cette agitation, encore moins distribuer les mauvais points et les brevets de satisfecit, ce n’est pas notre propos, nous nous bornerons à faire le constat qui s’impose pour notre sujet du moment : Tout ce bruit est du plus mauvais effet chez les investisseurs, et encore plus chez les étrangers. Le problème du microcosme politique et des organisations nationales, c’est que l’image qu’ils donnent à l’extérieur, dont l’économie de la Tunisie dépend tant, est le cadet de leur souci. Le pays n’a jamais paru aussi rétif aux réformes et aux sacrifices, que pourtant l’exécutif s’est engagé auprès du Fonds monétaire international à faire, avec des échéances précises qui ne tolèrent aucun relâchement ou manquement, sinon c’est la punition garantie : lâchage sur les sorties dans le marché international de la dette, des prêts aux taux de plus en plus élevés, une cascade de dégradations de la note souveraine et autres joyeusetés de ce genre que le pays n’a plus les moyens de se taper.

Et puis il y a le problème de l’instabilité fiscale, avec un impressionnant amoncellement d’articles et dispositifs, un des griefs des patrons et dont ils disent que c’est un gros frein aux investissements, un problème soulevé par l’expert et ancien ministre des Finances Hakim Ben Hammouda. C’est un des motifs du rejet par l’UTICA (Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat) du projet de la loi de finances 2018 . Loin de nous l’idée de prendre fait et cause pour les patrons, d’ailleurs sous d’autres cieux – par exemple en France et dans des pays d’Europe du Nord -, c’est carrément l’impôt sur la fortune, la vraie, qui s’abattrait sur leurs têtes, une taxe pouvant dépasser 50% des gains qui fait très mal, mais qui est pratiquée au nom du financement des infrastructures et politiques publiques. Et quelles infrastructures ! Peut-être que si les autorités tunisiennes pouvaient en dire autant sur le sort réservé à l’argent pris dans les poches des citoyens, si elles pouvaient se vanter de monter le niveau des infrastructures, si elles pouvaient justifier toutes ces ponctions fiscales, il y aurait moins de complaintes.

Enfin (c’est un choix, car il y a bien d’autres problèmes) il y a le gros écueil de cette administration mortifère, ses lourdeurs et complexités qui viennent à bout des plus preux et volontaires investisseurs. Des tares que l’ex-ministre de l’Investissement, Fadhel Abdelkefi, n’a cessé de dénoncer. Les choses n’ont guère évolué depuis son départ. Une fois qu’on est sorti des griffes des tampons, légalisations et copies conformes, il y a l’exécution des projets. On se rappelle le coup de sang du ministre de l’Equipement, Mohamed Salah Arfaoui, devant l’indolence et la nonchalance des ouvriers d’un chantier qu’il était allé visiter. Ceux qui veulent se faire une idée sur la question n’ont qu’à aller faire un tour du côté de l’échangeur aux abords du lac de Séjoumi. Ce spectacle des ouvriers qui bougent à la vitesse de l’escargot et à qui les embouteillages monstres qu’ils provoquent tout autour depuis des mois ne font aucun effet, est la meilleure illustration de cette Tunisie improductive, qui va mal, glisse dangereusement, plombe l’économie, crame des points de croissance et que les citoyens, encore moins les investisseurs, n’ont pas envie de voir.

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Consternant le psychodrame au Parlement autour de l’élection du président de l’ISIE (Instance supérieure indépendante des élections). Et le mot est faible. Le spectacle que donnent les parlementaires en ce moment, s’étripant autour du choix de l’homme qui va simplement orchestrer l’organisation des élections, ni plus ni moins, est tout simplement affligeant et navrant, notamment en direction d’une jeunesse désabusée, qui a divorcé avec la vie publique et ses plus éminents représentants – la classe politique – et a trouvé refuge dans les cafés, Facebook, les stades et autres passe-temps qui font des ravages sur leur santé. “L’échec du Parlement pour la quatrième fois consécutive à élire un président à la tête de l’Instance supérieure indépendante pour les élections vient démontrer vraisemblablement que ce blocage ne serait pas lié aux personnes, mais plutôt à des calculs principalement partisans“. Le problème c’est que les protagonistes de cette triste affaire – Nidaa Tounes et Ennahdha – sont tellement gorgés de certitudes sur leur bon droit à agir de la sorte qu’ils ont perdu de vue les objectifs du mandat que le peuple leur a confié, et encore plus le dégoût qu’ils inspirent aux citoyens. Une affaire qui pourrait mal tourner, pour eux, d’abord, mais aussi pour le pays…

L’ivresse révolutionnaire a propulsé la Tunisie de la chape de plomb de la dictature vers une démocratie à l’anglaise – le régime parlementaire – dont les citoyens sont loin, très loin, d’avoir les moyens. Un système du reste que très peu de pays à travers le monde ont osé expérimenter, tant il recèle des écueils et exige un très haut niveau de citoyenneté. Mais voilà, la Tunisie, du moins son élite autoproclamée, a cru, après en avoir fini avec l’un des régimes les plus répressifs au monde, qu’elle pouvait tout se permettre, même le nec plus ultra des régimes politiques, confortée en cela par des islamistes craintifs et traumatisés par les brimades de Ben Ali et qui, puisqu’ils en avaient les moyens – la majorité à l’ANC (Assemblée nationale constituante) -, ont embarqué le pays dans une aventure qui ne lui a valu qu’instabilité politique depuis 2011.

On a cru à un moment qu’on allait en sortir, avec les dernières saillies et fulgurances du chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, qui après avoir tiré copieusement sur son compagnon, Ennahdha, a demandé la tête du régime parlementaire qui a causé tant de dégâts dans le pays. Puis patatras, BCE fait un rétropédalage en déclarant qu’il ne lui revient pas d’impulser un changement politique de cette ampleur, et que c’est le rôle du Parlement. En d’autres mots il a enterré en beauté son projet d’un jour, vu que ses maigres troupes à l’ARP ne sont pas de taille face à l’ogre Ennahdha, avec ses 69 élus. Et on voit mal Rached Ghannouchi et les siens faire cette fleur – voter en faveur d’un régime présidentiel – au locataire du palais de Carthage, ce qui reviendrait à se tirer une balle dans le pied. Qu’est-ce que BCE a entendu, vu ou obtenu en échange pour tourner casaque sur cette question ? Mystère…

Le pouvoir joue avec le feu

L’espèce de collusion au sommet de l’Etat – concupiscence ou dépravation des moeurs politiques disent certains – s’est illustrée dernièrement sur le terrain des législatives partielles en Allemagne. Non content de dégager la voie à Nidaa Tounes en s’absentant de présenter un candidat, Ennahdha est allé carrément jusqu’à adouber, publiquement, le poulain de son allié de circonstance ! On y est : les arrangements, services rendus et autres renvois d’ascenseur, au vu et au su de tout le monde. Dans la tête de ces Messieurs/Dames qui nous gouvernent, tout passe, même ça. Certes, les baromètres, tous sans exception, ressassent le fait que la cote des leaders des partis politiques est au plus bas, que les citoyens sont lassés de leurs errements, turpitudes et sorties de route, mais que voulez-vous, la nature a horreur du vide, et ils sont là, c’est un fait. Pour le moment. Ne dit-on pas qu’au pays des aveugles les borgnes sont rois ?

Si on était dans une démocratie en bonne santé, le président du groupe parlementaire de Nidaa Tounes n’aurait pas l’outrecuidance de jeter à la face d’une journaliste, à la télévision, à une heure de grande écoute, que sans ses potes beaucoup de ses collègues journalistes seraient au chômage. A en croire les sondages, les deux formations phares du pays, quoiqu’affaiblies, très affaiblies même, vont se partager les marrons aux prochaines joutes électorales. Mais comme il y a de fortes, d’après les prédictions des sondeurs, qu’ils se tiennent dans un mouchoir de poche, avec des écarts insignifiants, il est très probable qu’on file droit vers une autre coalition à la tête du pays, avec le type de régime politique que la Tunisie s’est farci. Sauf s’il y a un sursaut des abstentionnistes, ces centaines de milliers de jeunes tapis dans l’ombre, qui rasent les murs et qui attendent je ne sais quoi.

Au Sénégal ce sont les jeunes qui se sont mobilisés pour éjecter les régimes arrogants et imbus d’eux-mêmes d’Abdou Diouf, puis Abdoulaye Wade ; au Bénin ce sont les mêmes causes qui ont produits les mêmes effets ; en Côte d’Ivoire aussi le régime de Laurent Gbagbo a été balayé, pour les mêmes raisons ; Idem au Burkina Faso avec Blaise Compaoré, le bourreau du légendaire Thomas Sankara, etc. Le pouvoir en place en Tunisie aurait tort de sous-estimer la puissance mobilisatrice du ras-le-bol et de l’exaspération de la jeunesse.

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Le Maroc, qui a officiellement recollé les morceaux avec l’Union africaine (UA) au début de cette année, n’a décidément pas l’intention de jouer les seconds couteaux. Le royaume vient de lancer une initiative africaine sur un sujet qui préoccupe le monde entier en ce moment : Les migrations, clandestines ou régulières. Rabat, aux côtés d’autres pays du continent, va plancher sur des politiques migratoires communes de manière à “défendre au mieux les intérêts” de l’Afrique dans l’agitation internationale autour de la crise migratoire, rapporte l’AFP.

L’Afrique doit parler d’une seule voix, imposer son agenda au lieu de subir les agendas des autres”, a déclaré le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, à l’ouverture d’une rencontre de trois jours dédiée à la mise en place d’un “agenda africain de la migration”. Une quinzaine de ministres du continent, des organisations internationales et des experts ont fait le déplacement dans la cité balnéaire de Skhirat. Les résultats des travaux seront présentés au prochain sommet de l’UA en janvier à Addis-Abeba, en Ethiopie. A noter qu’en mars, le roi du Maroc, Mohammed VI, avait été mandaté par ses pairs du continent pour coucher sur le papier une “vision commune” du programme migratoire de l’UA.

La migration africaine est d’abord intra-africaine : sur 8 Africains qui se déplacent, 7 restent en Afrique. La migration est majoritairement régulière (légale) : seulement 15 % de la migration internationale est irrégulière. Et enfin, 85 % des gains des migrants restent dans les pays d’accueil”, a indiqué Bourita
Le ministre guinéen de la Sécurité, Abdoul Kabélé Camara, a corroboré ces propos : “Des réponses cohérentes doivent prévenir les méfaits de la migration irrégulière qui affecte la jeunesse africaine”.
Pour la représentante du secrétaire général de l’ONU, Louise Arbour, “la migration représente un pilier important de développement… Aucun Etat ne peut agir seul”. Elle a appelé de ses voeux un “pacte mondial sur la migration”.

Depuis 2013, le Maroc s’illustre par sa volonté d’intégrer les migrants clandestins, il a même procédé à des régularisations massives de sans-papiers, majoritairement des ressortissants de l’Afrique subsaharienne, ce qui a, incontestablement, accru la popularité et l’aura de Mohammed VI dans le Centre et le Sud du continent. Certes on pourrait dire que pour un pays comme le Maroc, qui a de gros intérêts en Afrique, cette démarche va de soi, on pourrait également ajouter que d’autres grandes nations du continent, qui ont aussi des intérêts chez les voisins, se crispent complètement dès qu’il s’agit d’accueillir et d’intégrer des étrangers. Ce fut le cas en Côte d’Ivoire dans les années 2000, ce qui a d’ailleurs aggravé la crise de 2010-2011 ; c’est aussi le cas actuellement au Cameroun, accusé par le Nigeria de maltraiter ses ressortissants qui se sont réfugiés chez lui, notamment pour fuir les sanguinaires de Boko Haram. Il y a aussi le triste sort des migrants en Algérie. Mais les exemples sont nombreux en Afrique. Tout cela pour dire qu’il ne faut pas mégoter sur les mérites du Maroc, tout de même…

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L’accueil que la Commission des finances de l’Assemblée des Représentants du peuple (ARP) a réservé au grand argentier du pays, Ridha Chalghmoum, quand il est venu défendre le projet de la Loi de finances complémentaire (PLFC) 2017 donne une nette idée de ce qui attend, dès le mardi 31 octobre 2017, le projet de la Loi de finances (PLF) 2018. La broyeuse du Parlement s’apprête à tourner à plein régime pour déchiqueter le ministre des Finances, son texte, et derrière lui le chef d’orchestre de toute cette affaire, Youssef Chahed. La chose est actée. D’abord parce que ça ne mange pas de pain, ensuite ça permet au microcosme de notre chère – dans tous les sens du terme – Assemblée nationale de briller par des saillies dont il a le secret, surtout quand les caméras n’en ratent pas une miette. Et puis enfin il faut bien , un tant soit peu, démontrer au contribuable, très sceptique sur les performances de cette vénérable Chambre qu’il entretient, que les députés servent, tout de même, à quelque chose, à l’occasion. Mais que tout le monde se rassure : in fine, certes après des amendements et saupoudrage d’usage, le PLF 2018 passera, comme est passé le PLFC 2017. Et à l’arrivée les citoyens et les entreprises seront taxés, dans les mêmes proportions que le texte initial…

Le cirque qui va animer l’hémicycle du Bardo ne va pas fondamentalement changer le destin du document de Chahed car le temps, de toute façon, ne permet pas d’envisager un autre projet, et encore moins de le réaliser. En effet il y a une limite physique : Le 10 décembre 2017, date à laquelle, légalement, constitutionnellement, toute cette affaire doit être bouclée pour que la Tunisie se dote d’une Loi de finances avant le 1er janvier 2018. Et puis même si on avait un peu de temps devant nous, ça ne changerait rien aux fondamentaux actuels de l’économie du pays (avec un tourisme qui repart mais n’est pas encore au niveau d’avant la Révolution, et surtout ne rapporte pas assez au pays ; un secteur du phosphate encore chaotique et pour lequel il est impossible de faire des prévisions sérieuses, malgré les envolées du secrétaire d’Etat au ministère de l’Energie ; des exportations agricoles qui ne pèsent pas très lourd ; une balance commerciale désespérément déficitaire, etc.). Il faudrait beaucoup de temps pour qu’un gouvernement, quelles que soient ses lumières et sa volonté, puisse faire bouger ces indicateurs. Or du temps la Tunisie n’en a pas, car les facteurs qui ont bousillé toutes les prévisions de Chahed en 2017 et l’ont contraint à recourir à une Loi de finances complémentaire pour finir l’année, sur les genoux du reste, et bien ces éléments eux n’attendent pas, les énormissimes dépenses publiques aussi !

“Show must go on”

Chalghoum a expliqué, en long et en large, les raisons de l’énorme gap entre les hypothèses de travail de la Loi de finances 2017 et la situation économique du moment. Les éléments qui ont impacté les calculs de Chahed, et sur lesquels la Tunisie n’a aucune prise, sont principalement les fluctuations, par définition imprévisibles, des cours du brut et le taux de change du dinar, là aussi, hélas, impossible à cerner. En 2018, ce sera également ‘on prend les mêmes et on recommence’. Donc il faut s’attendre, dès maintenant – d’ailleurs les experts l’ont dit – à un autre projet de loi de finances complémentaire (PLFC) en 2018 pour boucler le Budget. Tout le monde le sait, juste que c’est le Secret de Polichinelle le mieux gardé de la République. Mais ça n’empêchera pas aux élus de la nation de faire leur show habituel, rivalisant de facéties devant leurs électeurs. Ils ont crié pour le PLFC 2017, s’apprêtent à le faire pour le PLF 2018, qu’inventeront-ils pour le PLFC 2018 ?

Le texte de Chahed, personne n’en veut. On peut même affirmer, sans beaucoup de risques de se tromper, qu’il bat des records d’impopularité. Même ses soutiens, plus ou moins officiels, n’arrivent pas à s’enthousiasmer autour, malgré toute la bonne volonté du monde. Personne n’a pas pu passer à côté du silence lourd du premier d’entre eux, Nidaa Tounes, dont fait partie, il faut toujours le rappeler, le chef du gouvernement. A souligner également les acrobaties et atermoiements du mouvement Ennahdha. “La réunion périodique du bureau n’a pas émis des recommandations au sujet du projet de loi en question, dans la mesure où les propositions d’amendement relèvent de la compétence des hautes instances du mouvement (…). Le bureau d’études du mouvement Ennahdha est en train d’examiner le projet de loi des finances dans tous ses aspects“, a confié son porte-parole. Rien à ajouter devant la subtilité du propos. Certains diraient duplicité, double langage, relents opportunistes, chronique annoncée d’un retournement de veste, etc., alors qu’un éminent nahdhaoui, Slim Besbes, ancien ministre des Finances et membre de la Commission des finances de l’ARP, dit le plus grand bien du document de Chahed ! Mais les islamistes ont déjà fait le coup avec la défunte loi sur la réconciliation économique, pourtant portée à bout de bras par le chef de l’Etat. Alors pourquoi pas rééditer “l’exploit” avec le PLF 2018…

Enfin il y a les cris d’orfraie du patronat, par la voix de son organisation phare, l’UTICA. Cette dernière est même allée jusqu’à menacer de se retirer du Pacte de Carthage, avant de revoir ses ambitions à la baisse, en déclarant qu’elle s’est contentée de râler, ce qui est, somme toute, son droit le plus élémentaire. De toute façon elle ne quittera jamais le navire dans la mesure où c’est là que ça se passe, c’est le meilleur endroit pour défendre les gros intérêts des patrons, pour être vu et entendu aussi bien par l’exécutif local que les partenaires étrangers. L’UGTT, que curieusement on n’entend plus depuis ses premiers tacles musclés contre le projet de Chahed, s’est montrée, sur ce coup, beaucoup plus raisonnable que la centrale patronale. Pour une fois !

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Quand il y a des remous dans le parti de celui qui est présenté par Jeune Afrique comme le très probable prochain Emmanuel Macron (en référence à l’ascension fulgurante et qu’on n’a pas vu venir de l’actuel président français), ça interroge forcément. Ce d’autant plus que l’ancien chef de gouvernement Mehdi Jomaa nous avait “vendu” une autre façon de faire de la politique et surtout une autre manière de manager ses troupes, non sans avoir tiré, au préalable, sur tous les partis et parties. Alors qu’est-ce qui se passe chez lui ? Qu’est-ce qui explique que trois cadres d’Al Badil Ettounsi, Sana Ghenima, Lotfi Saïbi et Souheïl Nabli, dont deux membres fondateurs, aient claqué subitement la porte ? Les intéressés se sont exprimés, très laconiquement, sur les motifs de ce départ. «Notre ambition étant d’ancrer un changement profond pour une Tunisie qui gagne, d’instaurer le projet transformateur dont rêvent les Tunisiens et de faire la politique autrement pour un avenir radieux, nous continuerons à porter ce rêve et cette ambition pour notre patrie», dit leur communiqué. Là il faut souligner l’élégance du geste, des mots, la hauteur de vue de ceux qui les ont prononcés. Les autres formations politiques, qui nous ont habitué à des crêpages de chignon, à des querelles de bas étage et des déballages nauséabonds sur la place publique, seraient bien inspirées d’en prendre de la graine. Mais tous ces voeux, pieux en l’état, ne nous édifient en rien sur les dessous de l’agitation chez Jomaa. Et il faut qu’on sache, ne serait-ce que pour éclairer, à minima, les citoyens-électeurs que tous ces partis draguent, très maladroitement d’ailleurs. Alors Africanmanager est allé à la pêche aux confidences…

Un proche collaborateur de Jomaa et membre fondateur nous a donné la position du parti sur cette affaire, ou plutôt les explications de ce coup de sang de Ghenima, Saïbi et Nabli. Il a affirmé qu’ils ont quitté la formation en réaction à l’ouverture à des figures de l’ancien régime. Exactement le même débat qui a agité à un moment Nidaa Tounes, et que son fondateur, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, est parvenu à contenir et a pu orienter toutes les forces du parti vers les mêmes objectifs : Déloger la Troïka du pouvoir, en premier. Son fils, Hafedh, l’actuel directeur exécutif, jusqu’au prochain congrès qu’il a enfin promis, réussit beaucoup moins bien dans cet exercice. Et bien Jomaa serait en train, d’après son collaborateur, de traverser la même mer agitée. Pourtant, nous a-t-on dit, il s’était entouré de toutes les précautions en signifiant clairement à ses compagnons que le parti, du reste comme la Tunisie, a besoin de tous ses enfants et qu’il n’était pas question de faire le distinguo entre eux, de quelque bord, appartenance ou obédience politique qu’ils aient été dans le passé. Il avait par ailleurs demandé aux membres fondateurs, quels que soient leurs mérites, de s’engager à se retirer de la mission qu’on leur a confiée si quelqu’un de “meilleur” qu’eux se présentait. Il semble que les engagements n’aient pas tenu car c’est exactement, d’après notre interlocuteur, ce qui a motivé le départ de ces responsables…

Démons du passé, schizophrénie…

Ce qui secoue actuellement Al Badil Ettounsi est de la même nature que les convulsions qui ont pris le pays après le départ brusque de Ben Ali. Personne n’a préparé les citoyens à la bourrasque de la Révolution qui a balayé, en quelques semaines, le puissant régime du dictateur qui terrorisait les Tunisiens jusque dans leur sommeil. Cette liberté si soudainement acquise, il a bien fallu en faire quelque chose. Et comme chacun la met à sa sauce, puisqu’on n’a pas eu le temps depuis – 6 ans c’est trop peu pour cela ! – de s’accorder sur l’essentiel, on verse dans le pire le plus souvent. Comme cette chasse aux sorcières que les anciens persécutés, les islamistes, se sont fait un devoir de faire dès qu’ils ont pris les rênes du pays. Bon, ils en sont revenus depuis et ont mis beaucoup d’eau dans leur jus après leurs errements et tâtonnements qui ont mené le pays au bord du précipice, après les tragédies que l’on sait (les assassinats politiques surtout). Mais la Tunisie est loin d’être guérie de ses contradictions et tourments post-révolutionnaires…

6 ans, on le répète, c’est trop peu pour bâtir une nouvelle génération de dirigeants, d’homme d’Etat, de businessmen. Alors de fait, là aussi on le répète : La Tunisie a besoin de tous ses enfants, d’où qu’ils viennent, pour se sortir de l’ornière et se bâtir un avenir. L’Afrique du Sud, sous la présidence de l’icône planétaire Nelson Mandela, après des décennies d’atrocités commises par un Etat ségrégationniste et raciste, s’est tout de suite lancée dans cette entreprise, avec brio. La Tunisie elle rechigne à y aller, se contorsionne, lambine, hésite, accuse, livre à la vindicte populaire, etc. C’est ce qui explique le sort qui a été réservé à la loi sur la réconciliation économique, que son initiateur, le chef de l’Etat, a voulu grande, ambitieuse, pour propulser le pays en engageant toutes ses énergies dans la bataille économique. Mais face à la bronca, accompagnée de manière opportuniste par des parties et partis politiques, dont Ennahdha, BCE a battu en retraite. Pour finalement nous servir un document incompréhensible, vidé de sa substance et dont l’impact en termes de dynamisation des forces de la Tunisie tend vers zéro.

Si la Tunisie s’était réconciliée avec son passé, on ne verrait pas Sana Ghenima, la principale artisane du “village électoral” de Ben Ali, un mixte de manifestations politico-économico-cuturelo-sportives, se renier au point de voir rouge et de quitter son parti parce que des personnalités de l’ancien régime veulent s’y greffer. Ce dont souffre Ghenima, cette schizophrénie dévastatrice, c’est ce dont souffrent beaucoup de Tunisiens. C’est peut-être aussi, quelque part, ce que renvoie le miroir qui explique cette gêne et ce réflexe de rejet, feint ou pas, des vestiges de l’ancien régime. On l’a vu quand il s’est agi de désigner des ministres qui avaient collaboré avec Ben Ali. Les mêmes qui étaient vilipendés dans les salons de thé et les cafés quelques jours et heures avant ont été plébiscités par les députés lors du vote de confiance à l’ARP pour le gouvernement Chahed 2. Finalement c’est peut-être, Youssef Chahed, qui comprend le mieux les citoyens, lui qui a pris le risque, très calculé, de passer en force en cooptant des barons de l’ancien régime. Et il vient de récidiver en faisant passer, là aussi en force, sa très controversée loi de finances 2018. C’est peut-être comme ça qu’il faut faire, pour in fine faire le bonheur des Tunisiens, grognards, pour tout, et déboussolés par une flopée de droits auxquels ils n’étaient pas préparés…

Quand le président russe, Vladimir Poutine, prend un dossier en main, il y va avec la fougue qu’on lui connait, même si cela doit au passage bousculer des habitudes, incommoder quelques parties et même parfois piétiner quelques conventions internationales. Poutine a des vues sur le Maghreb, pour commencer – car in fine c’est toute l’Afrique qu’il veut conquérir -, et tient à le faire savoir en y dépêchant son Premier ministre et ex-président de la République, Dmitri Medvedev. Ce dernier est depuis hier lundi 09 octobre en Algérie, pour une visite de jours. Après cap sur le Maroc, rapporte Jeune Afrique. Il est question de partenariats économiques et dans la lutte contre le terrorisme…

Medvedev aura un entretien avec le président Abdelaziz Bouteflika, nous a appris le site du Premier ministère russe. Mais du côté de la présidence algérienne, motus sur cette rencontre. «M. Medvdev tiendra des rencontres avec  des responsables de l’État, en plus de la signature d’accords pour le renforcement des relations distinguées qui lient les deux pays», se borne à confier le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, à l’agence officielle APS.

Ce qu’on sait c’est que le Premier ministre russe est venu à Alger suite à l’invitation du Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, en septembre dernier, lors de la réunion de la haute commission mixte algéro-russe. On sait également que les deux pays ont de solides liens, tissés il y a 60 ans, mais que les deux pays ont des envies de diversification de leurs relations économiques, en plus de l’armement (Alger est un des plus gros acheteurs d’équipements militaires russes). Il est aussi question, la chose étant très prégnante dans la région, de renforcer la coopération dans le combat contre les djihadistes qui infestent le Sahel. Mais il y aura surtout sur la table, et c’est nouveau, des dossiers sur les secteurs de l’énergie nucléaire, l’industrie agroalimentaire, l’extraction de ressources, le transport maritime, les hautes technologies et de l’espace, le bâtiment et l’industrie pharmaceutique.

Maroc : Au menu l’économie et l’épineux dossier du Sahara

Ce mardi 10 octobre 2017, le Premier ministre russe est attendu à Rabat, pour là aussi un séjour de deux jours (comme pour Alger, histoire de ne fâcher personne) durant lequel il va s’entretenir avec le roi Mohammed VI, d’après le site de la Primature russe. Il va également rencontrer le chef de gouvernement, Saadeddine El Othmani et fera une virée au Parlement marocain.

L’ambassade de Russie à Rabat n’est pas avare de détails sur le déplacement de Medvedev : On nous dit qu’il y aura à ses côtés une cohorte d’hommes d’affaires russes, qui vont nouer des contacts dans les milieux d’affaires marocains, dans la perspective d’accords dans les domaines de l’industrie, de l’agriculture, du tourisme et de la culture.

A noter que la venue de Medvedev avait été ébruitée en juillet dernier par le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, qui prenait part à Moscou à la sixième session de la commission mixte maroco-russe.

Le voyage du souverain marocain en mars 2016 en Russie est pour beaucoup dans la qualité des relations entre les deux pays. Mais ces derniers ne feront pas que causer économie, la question du Sahara occidental, un sujet majeur pour Rabat, est également dans le haut du panier. Le soutien russe est d’autant plus précieux que Moscou, en tant que membre du Conseil de sécurité, a un droit de véto qui pourrait faire toute la différence quand cette affaire sera sur la table.

Présentement, le Maroc exporte essentiellement vers la Russie des produits agro-alimentaires, mais, comme on le sait, ça rapporte peu, alors Rabat aimerait taper dans les niches à haute valeur ajoutée, et il y en a un paquet ! Les Marocains lorgnent également l’armement russe, qui la cote dans le monde entier. Bref, les possibilités pour les deux nations sont infinies et l’appétit de Poutine, qui vient de hisser les rapports avec l’Arabie saoudite à un niveau sans précédent, est très grand…

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On a beau chercher, dans tous les coins et recoins, le projet de la Loi de finances 2018 ne trouve grâce aux yeux de personne. Sauf peut-être son principal artisan, le chef du gouvernement, Youssef Chahed. Et encore, il faudrait s’en assurer, car avec la bronca qu’a suscitée son texte, dans toutes les catégories sociales, il est très probable qu’il ait quelques états d’âme. Vu d’ici, la Tunisie a plus que jamais la dégaine d’un malade dans un état critique mais qui se paye le luxe et la coquetterie de refuser le remède qui va le sauver. Alors que ce projet de loi, dont la partie la plus contestée est le volet fiscal, notamment la hausse d’un point de la TVA (Taxe sur la valeur ajoutée), ne suffira pas à régler tous les problèmes de trésorerie du pays. Mais peu importe, cet effort est refusé de toutes parts, avec véhémence, parfois à raison, mais le plus souvent à tort…

Les patrons, par le canal de leurs organisations nationales, l’UTICA (Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat) et la CONECT (Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie) ont dit tout le mal qu’ils pensaient de la copie de Chahed et multiplient, avec brio d’ailleurs, les propositions pour que le couperet de la taxation s’éloigne d’eux. L’UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail) rue dans les brancards et dénonce le caractère inique du projet du chef du gouvernement, et elle n’a pas tort sur ce coup car c’est bien connu : La TVA est l’impôt la plus injuste dans le sens où elle frappe tout le monde de manière indistincte, ceux qui sont pleins aux as autant que ceux qui tirent le diable par la queue. Les professions libérales râlent également, avec force suggestions pour échapper à la saignée fiscale. Et pour compliquer encore plus la tâche de Chahed, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, le véritable boss de l’exécutif même s’il s’en défend et même s’il ne l’est pas constitutionnellement, exige de son poulain qu’il mette une dose de social dans la Loi de finances. Du social dont justement les caisses publiques n’ont plus les moyens, les déficits chroniques en attestent. Sale temps pour le chef du gouvernement…

Vous avez dit parrains ?!

Cette affaire prend sacrément des allures de patate chaude pour le locataire du palais de la Kasbah. Il avait sans doute sous-estimé le traumatisme profond des citoyens, que les commerçants, complètement débridés par l’absence d’autorité dans le pays depuis la dite révolution, pressent comme des citrons, avec des hausses de prix tout aussi anarchiques qu’intempestives. Certes en ce moment l’INS (Institut National de la Statistique) tente de nous vendre un repli de l’inflation en septembre 2017 après la flambée du mois d’août dernier, mais avouons que cette prétendue baisse des prix reste difficilement perceptible dans le panier de la ménagère. Mais ce qui complique la tâche de Chahed, encore plus que les exigences de son mentor, BCE, c’est la posture de l’UGTT  et de l’UTICA, deux des signataires du Pacte de Carthage et donc deux parrains du chef du gouvernement, et non des moindres.

La centrale syndicale, très schématiquement, rejette toute la partie imposition du texte de Chahed et suggère, là aussi elle n’a pas tort, de taper sur ces catégories (cafés, restaurants, commerçants, détaillants, artisans…) qui, au mieux, sont soumis à un maigrichon forfait fiscal, et au pire passent entre les mailles du filet des services du fisc, et ça fait trop longtemps que ça dure. Mais l’UGTT ne dit pas que ça, elle propose aussi de faire payer les riches, avec un vrai impôt sur la fortune. Et dans la tête de ses dirigeants, ce n’est pas nouveau, les riches ce sont les patrons, même si dans la réalité ce n’est pas du tout ça car la plupart des chefs d’entreprises sont à la tête de toutes petites boîtes qui ne fabriquent pas des Crésus. Evidemment l’UTICA et la CONECT partagent avec l’UGTT cette idée qu’il faille mettre à contribution ceux qui se soustraient à l’impôt et aux taxes, et pas toujours les mêmes. Mais les organisations patronales ne peuvent pas suivre la centrale syndicale quand il s’agit de faire payer davantage les chefs d’entreprises, et elles l’ont signifié à Chahed, très énergiquement. Alors comment le chef du gouvernement va se dépatouiller entre ces positions antagonistes ? Difficile à prédire…

Ce qu’on sait c’est que Chahed a réuni dernièrement tous les signataires du Document de Carthage, histoire de partager le lourd fardeau, voire diluer sa responsabilité dans la leur, au cas où ça tournerait au vinaigre. Mais, à ce qu’on sache, il n’y a eu au terme de la rencontre aucune inflexion de la part des détracteurs du projet de la Loi de finances, et encore moins un soutien franc. Chahed a plaidé sa cause, abattu ses cartes et tenté d’acculer ses parrains. Mais les choses en sont restées là, chacun a, semble-t-il, campé sur ses positions. Néanmoins il est très probable que le projet passe, in fine, sans doute avec quelques retouches, mais il passera parce que le pays n’a pas d’autre choix et que si c’est le crash, tout le monde va s’écraser. C’est la même logique imparable que lors du vote de confiance au Parlement : ça rechigne, ça râle, ça crie sur les toits, mais ça finit par voter pour, même avec une courte majorité. Il en sera encore ainsi pour la Loi de finances. Toutefois une chose est sûre aussi : Si Chahed se loupe, si sa potion magique ne fonctionne pas, il sera tout seul à en assumer la responsabilité…

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Le dernier billet de l’Observatoire Tunisien de l’Économie (OTE),  intitulé “Où sont les amis de la Tunisie?”, est passé inaperçu, ou presque. Vous allez me rétorquer qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat puisque c’est le sort réservé à beaucoup d’autres sujets de premier plan. Il est vrai qu’à côté des sujets qui passionnent, plus que de raison, les citoyens, il y a très peu de place pour d’autres choses, fussent-elles parfois les plus importantes. Les passions dévorent tout. Il y a quelques semaines la classe politique avait entrainé l’opinion publique dans l’agitation du remaniement ministériel. Il n’y avait que ça au menu, tous les jours, toutes les heures, à satiété. Qui en parle maintenant ? Personne. L’affaire est oubliée, enterrée, après avoir grillé beaucoup de temps, trop de temps, du temps d’ailleurs que le pays n’a pas, tant les défis sont nombreux. Les mêmes, ou plutôt les élites – les politiques, organisations nationales, experts… -, s’enflamment en ce moment pour la loi de finances 2018, laquelle d’ailleurs ne satisfait personne, à part peut-être son géniteur, le chef du gouvernement, Youssef Chahed. Mais comme la ferveur autour du remaniement, le tintamarre autour de la LF finira par retomber comme un soufflet… après avoir consommé un temps précieux et une énergie qui aurait pu être investie ailleurs. Mais entre temps des questions de la plus haute importance, comme celle de l’OTE sur le peu d’empressement des “amis” de la Tunisie à tenir les engagements de la Conférence internationale de l’investissement, auront passé à la trappe.

A cette même place, à Tunis, en novembre 2016, les investisseurs du monde entier avaient rappliqué, avec sous le bras leurs carnets de chèque que les zéros après le chiffre n’effraient pas. Il est vrai que l’événement a été un véritable succès, au moins sur le papier, en termes d’effets d’annonce, jusqu’à monter au chiffre astronomique de 34 milliards de dollars de promesses d’investissement, d’ici 2020, autant dire demain. Alors des mois après cette grand-messe des investisseurs, l’OTE a fait ses comptes, histoire de savoir si les “potes” du pays du jasmin – ou berceau du printemps arabe, c’est selon – ont été au rendez-vous. Et bien le résultat n’est pas fameux, et c’est un doux euphémisme ! D’abord l’appui budgétaire, un sujet vital en ce moment vu le marasme dans les caisses publiques de la 2e République. L’OTE la définit comme “un prêt transféré directement dans le Trésor de la part de créanciers bilatéraux ou multilatéraux“. Et bien l’observatoire a suivi cette affaire jusqu’à juillet 2017. Son verdict : Aucun sou n’a été versé dans ce sens à l’Etat, alors que le déficit budgétaire atteint des sommets.

Aide-toi, le Ciel t’aidera

On pourrait larmoyer encore plus sur le lâchage de la Tunisie par ses amis et soutiens, mais il faut aussi regarder ce qui cloche ici, chez nous et qui rebute les investisseurs. Nous avons tout dit sur la situation économique et sociale du pays, les nombreux trains qui n’arrivent pas à l’heure. Alors nous nous contenterons de parler de ce qui est sous nos yeux : Le raffut autour de la loi de finances 2018. Aux yeux des partenaires de la Tunisie, tout cela ne signifie qu’une seule chose : Les Tunisiens rechignent à la réforme, et encore plus aux efforts et sacrifices pour tirer le pays de ce mauvais pas. La bronca qu’a suscitée la première mouture de la loi de Finances 2018, notamment le volet fiscal, traduit une seule chose, aux yeux des “amis” de la Tunisie : Aucune catégorie socio-professionnelle ne veut payer, toutes veulent passer entre les gouttes, en attendant on ne sait quel miracle qui viendrait faire le geste que personne ne consent à faire. Que voulez-vous que les étrangers, qui par définition ne connaissent pas assez les subtilités locales, pensent d’autre, malgré toute la bonne volonté du monde ?

Quant au reste, ce sont les Tunisiens, ou plutôt ses autorités, qui le disent le mieux : Les citoyens n’ont pas encore vu la couleur des retombées de Tunisia 2020 à cause des lourdeurs administratives. L’ex-ministre de l’Investissement, Fadhel Abdelkefi, avait fini, contraint et forcé par le péril administratif, par devenir un spécialiste de la dénonciation du caractère mortifère des arcanes et écueils de l’administration tunisienne. Les choses n’ont guère évolué dans ce sens. Cela se saurait ! Une administration dont les agents sont tellement “pépères” qu’ils boudent la perche de la retraite anticipée qui leur est tendue. La léthargie et l’immobilisme ont de beaux jours devant eux…

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Tout envoyer valser, renverser la table pour des lendemains qui chantent. C’était ça le rêve du soulèvement populaire qui a balayé l’une des dictatures les plus tristement célèbres de la planète, c’est ça qui a été vendu à une partie de la jeunesse aux horizons bouchés et qui n’avait que ses yeux pour pleurer. Six années après le départ de l’affreux dictateur – un fameux 14 janvier 2011 -, la Révolution a-t-elle tenu ne serait-ce que quelques unes de ses promesses ? A en croire une majorité des citoyens tunisiens, que l’organisme américain International Republican Institute (IRI) est allé sonder, le compte n’y est pas. Cette affaire prend même des allures de désenchantement, de réveil brutal, de désillusion. Des citoyens d’ailleurs que la loi de finances 2018 va encore plus malmener, avec des ponctions fiscales sans précédent. C’est fâcheux, surtout quand on sait que ces états d’âme vont empirer. Il ne peut pas en être autrement car il n’est pas raisonnable d’attendre des gouvernants, quels que soient par ailleurs leurs qualités, génie et dévotion pour l’intérêt général, qu’ils fassent des miracles en si peu de temps, dans une économie complètement déstructurée par la contrebande, les marchés parallèles, la fraude fiscale, et que sais-je encore. Il faudra assurément du temps pour obtenir des résultats probants sur tous ces fronts ouverts par le départ brutal de Ben Ali. Mais du temps les Tunisiens ne veulent pas en donner à leurs élites. Ils s’impatientent et leurs jugements sont cinglants dans cette étude nationale…

Le chômage en tête

Quand on leur a demandé “Quel est selon vous, le plus gros problème économique que vit la Tunisie?“, 44% des Tunisiens sondés ont rétorqué que le chômage est le problème principal, puis vient la crise financière pour 24% des individus questionnés.

La corruption, pourtant cheval de bataille du gouvernement de Youssef Chahed, ne figure qu’à la 3ème place ; seuls 12% des sondés sont d’avis que c’est le problème économique numéro 1 de la Tunisie.

Dans l’ordre des sujets économiques à attaquer prioritairement par Chahed et son équipe, le combat contre le chômage est plébiscité par 32% des Tunisiens interrogés. Après il y a le maintien d’un niveau de vie décent, pour 15% des enquêtés. Ensuite viennent, au 3ème rang des priorités, l’emploi des jeunes et la lutte contre la corruption, pour 10% des sondés.

Cette étude révèle que les Tunisiens ont le moral dans les chaussettes. En effet 87% des personnes interrogées pensent que la situation de la Tunisie est “mauvaise” ou “très mauvaise“. Par contre ils sont nombreux à parier sur un avenir plus radieux, 35% exactement, qui croient que ça ira mieux, économiquement, dès 2018 ! Pour 38% des sondés, les choses vont s’aggraver ; pour 22% ce sera le statu quo.

Le rêve démocratique a morflé

Et quand on a demandé aux citoyens “Si vous ne pouviez avoir qu’une seule chose parmi les deux, ce serait : un régime politique démocratique ou une économie prospère?“, 42% des Tunisiens sondés ont répondu : “La prospérité économique est sans aucun doute plus importante pour moi“. En mai 2016, une étude de l’IRI avait conclu que seuls 18% des Tunisiens pensaient que la prospérité est «définitivement plus importante» que la démocratie. Les choses ont bigrement changé depuis !

Globalement, 66% des citoyens sondés se contenteraient de la prospérité économique, boudant les mirages de la démocratie, selon eux…

Le secteur privé a la cote !

Interrogés sur le “meilleur système économique“, d’après eux, 54% des sondés ont rétorqué que le secteur privé doit être plus prégnant, mais sous le contrôle du gouvernement, qui doit veiller à l’application des lois.

Seuls 27% des sondés pensent encore que le meilleur système économique est celui où l’État et le secteur public doivent être maitres du jeu. La pléthore de rapports et analyses très défavorables à une fonction publique budgétivore et improductive commence peut-être à faire son effet dans la tête des citoyens…

Votera, votera pas aux municipales ?

D’après l’étude de l’IRI, 41% des personnes interrogées ne feront pas le déplacement, ce qui confirme les faibles scores des partis politiques dans une enquête récente sur les intentions de vote aux élections municipales. Mais il y a un gros problème : le niveau d’abstention révélé par l’IRI est le plus massif depuis novembre 2015. Les partis politiques ont du boulot pour tenter de soigner la cote du scrutin, et le leur, auprès de citoyens aux yeux de qui très peu de choses trouvent grâce en ce moment…

Un autre motif d’inquiétude pour la santé de la démocratie tunisienne : 83% des sondés qui ont l’intention d’aller voter ne savent pas encore pour qui ou ou ne veulent pas dévoiler pour qui.

La corruption cavale, encore et toujours

L’écrasante majorité des citoyens, d’après cette étude, est incroyablement pessimiste sur la question. Pour 89% des Tunisiens interrogés, le fléau de la corruption a gagné du terrain depuis la révolution.

Dans le détail, 17% des sondés ont déclaré avoir personnellement versé un pot-de-vin dans un hôpital, 13% à des policiers de la circulation et 10% à des agents de municipalités.

Baromètre politique : C’est pas la joie !

Le chef du gouvernement, Youssef Chahed et son mentor, le président de la République, Béji Caid Essebsi, forment le duo de tête des personnalités politiques. Les citoyens, et aussi les sondeurs, s’entêtent à prédire un avenir politique pour le chef de l’Etat, alors qu’à presque 91 ans il est très peu probable qu’il rempile. Tant pis, BCE brille encore dans un désert politique, avec à peine 15% des sondés qui ont une bonne opinion de lui. Par contre ils sont 49% à avoir une mauvaise appréciation de l’action du locataire du palais de Carthage…

Chahed s’en sort mieux, avec 36% des sondés qui ont un jugement favorable et 21% qui ne croient pas en lui.

S’agissant des partis politiques, 54% des enquêtes ont déclaré n’avoir foi en aucune formation pour croiser le fer avec la corruption. Idem pour la capacité à redonner des couleurs à l’économie : Ils sont 54% à ne pas miser un kopeck sur les partis politiques. Quand je vous disais qu’il fallait s’inquiéter pour la santé de notre jeune démocratie…

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La joute électorale de 2019 a déjà commencé. On y est depuis le 06 septembre 2017, avec la publication de l’interview accordée à La Presse et Assahafa par le président de la République, Béji Caïd Essebsi. Ce dernier avait déversé sa bile sur le régime qui préside actuellement aux destinées de la Tunisie : Le régime dit parlementaire, avec les nombreux ratés et dérives qu’on lui connait sous le ciel tunisien. Le 11 septembre 2017, un peu avant le rendez-vous du vote de confiance à l’ARP, c’est Abdessatar Messaoudi qui s’y colle pour dégommer le même régime. Hier mercredi, le chargé des affaires politiques de Nidaa Tounes, Borhen Bsaïes, est monté au front, pour la même entreprise de démolition, en règle, avec une nouveauté en plus, et pas des moindres : Un référendum pour défaire ce que la Troïka, très péniblement, a fait (il a fallu tout de même près de 3 ans pour tricoter cette “merveille”, d’octobre 2011 à janvier 2014!). Le costume présidentiel a été taillé par Ennahdha, à sa mesure, il l’a ensuite offert à Moncef Marzouki. Ce dernier s’est plutôt accommodé de son statut de chef d’Etat d’apparat, qui se contente d’Inaugurer les chrysanthèmes et de régir, très vaguement, l’armée et la politique étrangère. Bon, de temps en temps il vociférait, comme quand on lui a fait le coup du renvoi de Baghdadi Mahmoudi en Libye, dans son dos. Mais voilà, dans l’ensemble il est resté dans le périmètre qu’on lui a tracé. Mais pas Essebsi. L’oeil rivé sur le costume de Habib Bourguiba, qui régentait tout, ou presque, BCE n’a jamais été très à l’aise dans ses habits de président, très étriqués. Il en est sorti très régulièrement, a fait des incursions sur des terrains qui ne sont pas les siens, constitutionnellement parlant. Alors il a décidé, tout bonnement, de changer le costard. Et il va manifestement y mettre les moyens !

La politique c’est aussi une histoire de coups… politiques. La Troïka, mais surtout Ennahdha, en a fait un très gros après les élections de 2011. La majorité confortable que les islamistes avaient eue, en l’absence de toute autre force politique digne de ce nom, leur avait offert un boulevard pour confectionner un système politique qui leur sied. N’ayant pas de présidentiable à l’époque – ils n’en ont toujours pas d’ailleurs malgré les acrobaties de leur chef de file Rached Ghannouchi -, ils avaient embarqué la Tunisie vers un régime parlementaire dans lequel ils pouvaient mieux se défendre avec leur implantation dans les localités. Depuis de l’eau a coulé sous les ponts. Nidaa Tounes s’est imposé comme une alternative aux islamistes, avec certes les errements, couacs et tragédies que l’on sait, mais le fait est que eux au moins ont des présidentiables. Si on est certain que BCE ne rempilera pas en 2019, d’autres pourraient très bien faire l’affaire. A commencer par l’actuel chef du gouvernement, Youssef Chahed, à qui d’ailleurs Ghannouchi, effrayé par le potentiel du bonhomme, a tenté de barrer la route. Bon, il faudra entre temps que Chahed remporte la bataille économique, et c’est pas gagné ! A part lui il y a le fringuant ex-ministre de l’Education, Néji Jalloul, actuel patron de l’ITES. Nidaa Tounes pourrait également recycler et “labelliser” un des anciens collaborateurs de Ben Ali, cooptés dans le gouvernement “Chahed 2”. Et vu le plébiscite qu’ils ont eu lors du vote de confiance, l’affaite passera comme une lettre à la poste auprès de l’opinion publique. BCE a bien envie d’offrir de la stabilité politique à la Tunisie, de se l’offrir à lui, pour la postérité, pour les livres d’histoire, avant de tirer sa révérence. A presque 91 ans et à deux ans du prochain scrutin, ça urge…

Le tapis avant la mosquée

La Tunisie, incontestablement, s’est offert un système politique dont elle n’a pas les moyens. Si elle était la seule en Afrique et au Moyen Orient – mises à part les particularités d’Israël et du Liban – à avoir le niveau de citoyenneté et de maturité politique pour se doter d’un régime parlementaire ça se saurait. Dans nos contrées c’est le régime présidentiel qui a cours, ou à tout le moins un régime mixte, avec des hommes ou femmes forts pour indiquer la voie. C’est enfoncer une porte ouverte que de le dire, mais nous y allons quand même : La Tunisie a beau être le berceau du “printemps arabe”, elle n’est pas pour autant la Suisse, l’Allemagne, l’Angleterre, etc., en termes de démocratisation des esprits, entendons-nous bien. Et même dans une démocratie éprouvée comme la France, il arrive que le président ou le Premier ministre passe en force, par ordonnance ou décret, sur la base du fameux article 49-3 de la Constitution, si ses projets de loi risquent d’être pris en otage par les députés, avec d’interminables débats et amendements, juste pour amuser la galerie parfois. On aurait pu s’accommoder des sempiternels facéties et shows de Samia Abbou et Ammar Amroussia à chaque fois qu’ils ont un ministre sous la main, on aurait pu passer l’éponger sur l’indolence et l’insouciance des députés, lesquelles pourtant bloquent des projets clés pour le pays, on aurait même pu pardonner aux élus leurs absences massives si la situation du pays n’était pas aussi catastrophique, politiquement et économiquement.

Les Tunisiens tiennent au fond à leur démocratie naissante. Bon, il leur arrive parfois, quand les temps sont durs et que les horizons paraissent bouchés, de regarder dans le rétroviseur et d’avoir des pointes de nostalgie pour la main de fer du dictateur, mais personne n’a réellement envie de retourner sous la chape de plomb. Cependant il y a un os : Tous ces changements de gouvernement en si peu de temps, personne n’a l’outrecuidance de les présenter comme un signe de bonne santé démocratique. BCE a bien envie de laisser autre chose au pays. Et si le vieux briscard peut au passage faire payer à son allié de circonstance, Ennahdha, quelques trahisons, comme ce fut le cas avec la loi sur la réconciliation nationale, il ne bouderait pas son plaisir. Pour rappel, les islamistes s’étaient engagés à la voter les yeux fermés, pour se raviser ensuite en exigeant des amendements, sentant le vent de l’opinion publique tourner. Ce qui au final a réduit la loi comme une peau de chagrin, excluant les hommes d’affaires de ce projet cher à Essebsi. Il ne leur a certainement pas pardonné cet affront…

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Le moins qu’on puisse dire est que le président sénégalais, Macky Sall, requinqué par son succès aux législatives du 30 juillet 2017, ne craint pas l’affrontement avec l’opposition et une partie de l’opinion publique. Quelques mois après la tempête de l’affaire Pétro-Tim, où il avait battu en retraite en interdisant à son frère, Aliou Sall, de gérer de quelque manière que ce soit les affaires du pays, le chef de l’Etat s’est dédit en l’installant à la tête de la Caisse des dépôts et consignations, laquelle est dotée d’un énorme budget (130 milliards de francs CFA en 2016) et a un rôle central dans le financement des structures publiques locales. Le président avait pourtant pris soin, il y a quelques jours, d’offrir les têtes de 3 ministres clés de son gouvernement, très décriés par les partis d’opposition, en espérant, peut-être, que ça allait dégonfler la vague de contestations que la nomination de son frère provoquerait inéluctablement. Manoeuvre complètement ratée…

Un problème «éthique», «népotisme», “favoritisme“… L’opposition ne décolère pas après cette décision annoncée au terme du premier conseil des ministres du nouveau gouvernement, le lundi 11 septembre 2017. Joint par Jeune Afrique, El Hadj Hamidou Kassé, ministre-conseiller auprès du président de la République en charge de la communication, tente de contenir le tollé : «c’est une prérogative constitutionnelle du chef de l’État que de nommer les personnes de son choix à tous les emplois publics civils ou militaires». Le problème c’est que Sall avait assis sa popularité en pourfendant les pratiques de ce type du temps d’Abdoulaye Wade, qui avait eu la mauvaise idée de confier à son fils, Karim, 4 ministères clés (Ministre d’État, ministre de la Coopération internationale, de l’Aménagement du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures, de 2009 à 2012). “Ministre du Ciel et de la Terre“, se gaussaient à l’époque les citoyens. La désignation du frère de Macky Sall risque de prendre les mêmes proportions…

Pourtant en décembre 2016, dans une interview accordée au magazine africain, l’actuel président disait de manière péremptoire ceci : «Je ne mêle jamais ma famille à la gestion du pays (…). Si mon frère a été amené à être cité dans des affaires de sociétés privées, c’est parce je lui avais justement indiqué très clairement, dès ma prise de fonctions, qu’il ne bénéficierait jamais de ma part d’un décret de nomination, notamment en raison de l’histoire récente du Sénégal [Wade père et fils] et parce que je ne voulais pas être accusé de népotisme. Je lui avais même conseillé, à l’époque, d’essayer de voir dans le privé». Des propos que l’opposition s’est fait une joie d’exhumer. Malick Gackou, président du Grand Parti, a dit dans un communiqué publié hier mardi que «avec cette nomination, le Sénégal a touché le fond» et qu’il s’agit d’une «déclaration de guerre contre les intérêts vitaux du Sénégal». Même tonalité chez Babacar Gaye, porte-parole du Parti démocratique sénégalais, le parti de Wade : «On assiste à la mise en place d’une dynastie autour de la famille du président et de son épouse (…). C’est d’autant plus choquant que, lorsqu’il y a eu une controverse autour de la candidature d’Aliou Sall aux législatives, Macky Sall avait déclaré que jamais il ne signerait de décret de nomination pour son frère»…

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Presque 48 heures après le remaniement ministériel, les choix opérés par le chef du gouvernement, Youssef Chahed (in fine c’est lui qui va assumer, en dépit de l’attelage des signataires du Pacte de Carthage qui a pesé lourd), nous paraissent toujours aussi étranges, incompréhensibles, illisibles. Pourtant on s’est bien creusé les méninges depuis ! Du vieux avec du neuf ? Un changement ? Un changement dans la continuité ? On s’y perd… et on y perd son latin, son arabe, tout ce que vous voulez. Mais s’il y a une chose qu’on a comprise et qui saute aux yeux : Tout le monde, du moins les instigateurs du fameux Document de Carthage, a été servi. Mais le pays, qui est censé être la motivation de toute cette affaire, a-t-il été servi ? C’est une question à laquelle, très objectivement, il nous est impossible de répondre pour le moment, par l’affirmative ou la négative. Alors, par honnêteté intellectuelle, nous ne verserons pas dans les anathèmes, les jugements de valeur, les procès à priori, même si c’est très tentant au vu du plat présenté par Chahed et au regard de ce qu’on en attendait. Nous éviterons les sentiers de la prospective pour nous borner à l’état des lieux de ce qu’on a sous les yeux. La scène présente suffisamment d’éléments, pas très rassurants du reste…

Ces Messieurs et Dames du pacte de Carthage avaient tous fixé à Chahed des lignes rouges, lui avaient adressé des consignes, avaient formulé des doléances et parfois même agité des menaces. Alors le chef du gouvernement s’est dépatouillé comme il a pu, pour opérer une tambouille politicienne dont seuls les initiés ont la recette. Mais nous, vu d’ici, ce qu’on a compris c’est que l’UGTT et l’UTICA, et un peu le président de la République, Béji Caid Essebsi, ont obtenu un morceau de ce qu’ils demandaient : Un gouvernement de compétences. Les organisations nationales devront se contenter de Touafik Rajhi, propulsé aux Grandes réformes, aux côtés de Chahed, et de quelques autres secrétaires d’Etat qu’on peut vaguement qualifier de technocrates. Nidaa Tounes réclamait les têtes des ministres de l’Intérieur et de la Défense, pour d’obscures raisons, Chahed s’est plié, contre toute logique. En effet le pays n’a jamais été aussi sûr ces dernières années, avec zéro pépin sécuritaire majeur depuis les carnages du Bardo et Sousse, en 2015. Alors pourquoi avoir fait sauter Hédi Majdoub et Farhat Horchani ?? Mystère. Ennahdha s’est agité pour imposer un mini remaniement, de crainte que ses poulains, qui n’ont pas brillé par leurs résultats, soient emportés par la vague. Au final Rached Ghannouchi et les siens ont eu ce qu’ils voulaient, et même mieux ! En effet les portefeuilles très stratégiques et décisifs pour la Tunisie de l’Investissement, de la Coopération internationale et du Développement dans l’escarcelle de Zied Ladhari, c’est une sacrée promotion. Idem pour Imed Hammami, qui hérite du ministère de l’Industrie, qu’occupait Ladhari. Pourtant si Chahed a estimé nécessaire de les faire bouger, c’est parce que, du moins logiquement, ils n’ont pas apporté satisfaction là où ils étaient. Là aussi la logique voulait qu’ils soient éjectés du gouvernement. Mais voilà, il y a l’épouvantail du vote sanction d’Ennadha qui attendait au tournant. Alors Chahed a flanché, mangeant par là même blanc…

“Le gouvernement de la dernière chance”

Le chef de l’Etat, Béji Caid Essebsi, a dit beaucoup de choses dans son entretien avec Assahafa Al Yawm et La Presse, paru le mercredi 06 septembre 2017. Beaucoup trop peut-être, prenant des risques politiques certains, notamment en flinguant son allié Ennahdha et en pariant sur le retour au bercail des électeurs, surtout les électrices, qui l’ont lâché pendant la traversée, courroucés par son alliance avec les islamistes. Stratégie payante ? Rendez-vous aux prochaines municipales, mais plus encore aux élections générales de 2019. Pour le moment ce qui retient surtout notre attention dans ce qu’a dit BCE, c’est le fait que la nouvelle équipe de Chahed est “le gouvernement de la dernière chance”. Il ne croit pas si bien dire…

Le chef du gouvernement, pour la grande majorité des citoyens, a gagné son premier galon d’homme d’Etat en croisant le fer avec les gros poissons de la contrebande et des réseaux de la corruption. Il devait entamer la charme vers son deuxième galon avec ce remaniement, mais au vu de l’accueil froid réservé par les citoyens à ses nouveaux collaborateurs, la manoeuvre est un peu ratée. Bon, cela ne présage nullement des défaites sur les fronts qu’il a mis en avant – terrorisme, corruption, chômage et disparités régionales -, mais reconnaissons tout de même qu’il est mal embarqué. L’adhésion populaire, dès le départ, ça compte énormément car c’est ce qui bâtit le capital de confiance permettant d’entrainer les énergies, toutes les énergies, et de soulever les montagnes que la Tunisie a devant elle. Alors oui : Pour Chahed cette fois ça passe ou ça casse. Il n’y aura pas d’autre fenêtre de tir. Mais pas que pour lui, pour celui qui l’a mis en selle également : le président de la République. Chahed joue certes son avenir politique dans cette affaire, mais son Premier mentor joue son héritage politique, son legs pour la postérité, un sujet de la plus haute importance pour le locataire du palais de Carthage…

Enfin le pays aussi joue gros, très gros même. Quand tout ce beau était en train de festoyer autour des maroquins ministériels, il a perdu de vue, un instant, la situation de la Tunisie, qui d’ailleurs lui a valu la sévère sanction de l’agence Moody’s. Mais cette âpre réalité se rappellera très vite au bon souvenir de notre désormais élite dirigeante. Les chiffres de l’inflation, les plus mauvais depuis 2015, frappent à la porte. Il y a également l’endettement du pays, qui est monté à 66,9% du PIB, contre 60,3% du PIB en juin 2016, plus de 6 points en à peine une année. Un sujet de préoccupation majeur pour le chef du gouvernement, le Fonds monétaire international, l’Union européenne, la Banque Mondiale et tous les bailleurs qui portent à bout de bras le pays depuis ce fameux 14 janvier 2011. Cette fois Chahed n’a pas intérêt à se louper. Il devra agir vite pour conjurer les autres mauvaises notes des agences qui nous pendent au nez, autrement c’est toute la machine qui va s’enrayer…

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La future monnaie commune de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) comme le sésame de la Tunisie, son graal, comme la fin des tourments, cauchemars et sueurs froides du gouvernement, entre dépréciations et dévaluations du Dinar. Il est permis de le penser, puisque c’est la suite logique du projet tunisien d’intégrer l’organisation ouest-africaine. En effet ambitionner de rejoindre une telle structure c’est en accepter avant tout la charte, les codes, et la monnaie unique sera à terme le poumon de la CEDEAO. Certes pas tout de suite, mais l’affaire est déjà dans les tuyaux. En tout cas le Maroc lui, autre candidat à la CEDEAO, est disposé à enterrer en première classe sa monnaie, le Dirham. Tout un bouleversement pour le royaume, un chamboulement de son économie et de ses finances. Mais une chose est sûre : Rabat ne perdra pas au change. Idem pour la Tunisie, dont l’érosion de la monnaie est, dit-on, inexorable parce que voulue par le FMI. La future monnaie unique de la CEDEAO pourrait très bien être le franc CFA, une monnaie solide que partagent déjà les 8 pays de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), une monnaie garantie par la France. Mais cette fois elle sera garantie par l’Union européenne, ce qui lui donnerait davantage de poids et de stabilité, et permettrait également d’abattre les réticences du Nigeria, du Ghana et du Maroc, à en croire les échos de la dernière rencontre entre les présidents français et ivoirien.

Les Tunisiens méconnaissent tellement leur continent qu’ils parlent des ressortissants de l’Afrique subsaharienne en disant les ‘Africains’, comme si eux, les citoyens tunisiens, appartenaient à une autre entité géographique. Mais cette bizarrerie n’est pas seulement imputable aux Tunisiens, les leaders du pays, de tout temps, ont une grosse responsabilité dans cette affaire. Du temps de Habib Bourguiba, on avait de la partie sud du continent une vision fantasmée, distanciée, au meilleur des cas romancée, et donc forcément fausse. Cela ne permettait pas une interpénétration culturelle, et encore moins le cadre pour bâtir un destin commun. Du temps de Ben Ali, on avait les yeux braqués sur l’Europe et le rêve d’une Union euro-méditerranéenne, une chimère longtemps entretenue par l’ancien ministre des Finances français Dominique Strauss-Kahn. L’idée a fait long feu et le projet a été flingué en plein vol par le péril terroriste qui a gagne l’Afrique du Nord. Le bilan de tous ces errements c’est un paquet d’années perdues par la Tunisie. Autant d’années durant lesquelles le berceau du printemps arabe a snobé son continent, lequel avait entre temps profondément changé, et pas toujours en mal, comme avaient tendance à le dire les afro-pessimistes….

La Tunisie vient à peine de changer son fusil d’épaule et commence à regarder différemment l’Afrique subsaharienne. Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a fait quelques virées dans cette partie du continent, des voyages certes trop courts, ramassés, trop mal préparés pour espérer en ramener quelque chose de costaud – des contrats -, mais enfin c’est toujours mieux que le néant qu’on a connu durant des décennies. Par ailleurs c’est un premier pas que Chahed vient de bétonner et même amplifier avec “Tunisian African Empowerment Forum“. Certes la chose n’est pas allée de soi. Chahed, comme tous ses prédécesseurs, n’est pas un “mordu” du continent, sans doute par méconnaissance de son gros potentiel, que pourtant les “étrangers” – les Chinois, les Turcs, les Japonais, et maintenant les Emiratis et les Italiens – connaissent très bien. Alors il a fallu secouer Chahed, par moments lui forcer la main pour l’amener à s’intéresser enfin à ce continent qui peut, et le propos n’est pas exagéré, régler tous les problèmes de la Tunisie. La mayonnaise a vite pris. Jusqu’à donner, à la surprise générale, cette candidature à la CEDEAO.

Les gains pour la Tunisie

Quand le roi du Maroc disait dernièrement qu’il est attaché plus que jamais à ce continent et qu’il ne voyait pas l’avenir de son pays ailleurs qu’en Afrique, il y avait certes derrière cette déclaration enflammée de l’affect, des sentiments, un amour sincère pour ses “amis” africains, mais il y a aussi sans nul doute de la rationalité, de la logique, des intérêts. En effet Mohammed VI est sur un terrain dont il maitrise parfaitement tous les codes, toutes les subtilités et revient de chacun de ses périples africains les valisés bourrées de contrats. Des exploits ? Certainement pas. La chose est aisée dans un continent qui affiche la deuxième croissance la plus forte du monde (après l’Asie), qui regorge de richesses naturelles, et donc de capitaux et où tout est à faire en termes d’équipements industriels, de télécommunications, d’infrastructures routières, de santé, technologiques, etc. C’est sur ce terrain que le Maroc joue, et depuis des décennies. La Tunisie, qui présente les mêmes services et a le même savoir-faire que le Maroc, et même mieux dans certains segments, a tout à gagner en densifiant sa présence en Afrique.

On s’est longtemps demandé pourquoi Chahed, à la tête d’un Etat surendetté et aux finances très mal en point, n’allait pas cueillir l’argent là où se trouve : Son propre continent, où se bousculent les investisseurs du monde entier. Avec l’intégration dans la CEDEAO, la Tunisie ferait un grand bond en avant vers son rayonnement en Afrique. En effet la CEDEAO c’est l’une des organisations les plus solides et les plus prospères du continent, elle regroupe 15 Etats dont des poids lourds tels que le Nigeria, première économie d’Afrique, la Côte d’Ivoire, la championne de l’UEMOA,  le Sénégal, qui a découvert récemment d’énormes quantités de gaz et de pétrole, le Ghana… La CEDEAO c’est un marché de 340 millions de consommateurs. Le fait de commercer et d’échanger avec 15 nations, sans taxes, barrières ou tracasseries administratives, ouvre à la Tunisie, à n’en pas douter, de très larges horizons…

La Tunisie n’a pas encore candidaté à la CEDEAO, mais c’est un dossier qui peut aller très vite. En effet le Maroc a officiellement déposé sa demande le 04 juin 2017 et à peine 6 mois après, en décembre 2017, il aura, officiellement, son agrément. Il n’y a pas de raison de refuser à la Tunisie ce qu’on a accordé au Maroc. Reste à savoir comment le pays du jasmin va se dépatouiller avec son autre dossier du même type : la demande d’adhésion à la COMESA. Il faudra certainement faire un choix entre les deux. Quant à la monnaie commune de la CEDEAO, initialement prévue en 2009, elle a été repoussée à 2020. Aux dernières nouvelles, il faudra attendre encore une dizaine d’années. Cela laisse le temps à la Tunisie de se préparer à cette profonde mutation et aussi d’apprendre de la “science” du Maroc. En effet le roi a soigné sa cote Afrique subsaharienne en régularisant récemment près de 20 000 sans-papiers et en intégrant les immigrés légaux dans son dispositif d’emploi. La Tunisie est-elle prête à suivre ?

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Macron l’Africain“. Le surnom, qui commence à courir, et pas que dans les couloirs des palais des Républiques, n’est pas usurpé. En effet le président français multiplie les gestes en direction du continent depuis son installation au palais de l’Elysée. Hier lundi 28 août 2017, lors du sommet Europe-Afrique sur la crise migratoire, à Paris, il a été décidé de mettre en place des missions de protection en Afrique pour les demandeurs d’asile. Ce mardi, il est question d’annoncer, lors de la conférence des ambassadeurs, la mise en place d’un Conseil présidentiel pour l’Afrique où siègeront des personnalités de la société civile, rapporte RFI. Macron l’avait promis durant la campagne électorale, ce sera chose faite dans peu de temps…

A noter que le dispositif de protection des migrants se joint aux centres de tri, qui seront installés avec le concours du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) dans des pays de transit, tels que le Niger et le Tchad. D’ailleurs les présidents tchadien et nigérien, Idriss Déby Itno et Mahamadou Issoufou, ont fait le déplacement pour peaufiner les détails de cette affaire. En retour, Issoufou demande un soutien financier massif de la part de l’Union européenne, du même type que ce que la Turquie a reçu pour fixer les réfugiés syriens sur son sol…

Quant au Conseil présidentiel pour l’Afrique, il ambitionne de refondre complètement le partenariat entre la France et le continent. Donc exit définitivement la tristement célèbre nébuleuse France-Afrique et place à une coopération équilibrée, transparente et basée sur les intérêts mutuels. Là aussi c’était une promesse de campagne. Par ailleurs cette instance urge car la France, ancienne puissance coloniale, faut-il le rappeler, qui avait un boulevard devant elle en Afrique, s’est fait damer le pion sur le continent par son voisin italien, sans parler de la Chine et… des Emirats arabes unis !

Pour animer son “think tank”, Macron va coopter une dizaine de personnalités, qui s’activent dans des domaines aussi divers que la culture, le sport, le business… Le footballeur franco-béninois Jean-Marc Adjovi Boco, la chercheuse kényane Yvonne Mburu, l’avocat français Yves-Justice Djimi ou encore Jules-Armand Aniambossou, qui a fait l’ENA avec le chef de l’Etat, ont été approchés. Leur travail sera d’une toute autre nature et va bousculer les habitudes, un peu d’ailleurs comme tout ce que fait Macron depuis qu’il est aux manettes. Ces conseillers d’un nouveau genre vont devoir sortir des sentiers battus pour trouver des idées d’investissement dans des domaines d’avenir et aider l’exécutif français à tisser de solides relations avec les sociétés civiles africaines. Il se dit que les membres du conseil auront un contact direct avec le président, «sans interface», indique l’Elysée. Et avant chaque déplacement en Afrique, ils seront convoqués pour lui confectionner une feuille de route, histoire d’éviter les nombreux écueils du continent et d’en revenir les valises pleines de contrats juteux et de contacts prometteurs.

Par ailleurs on a appris que Macron fignole un discours de politique africaine. Une allocution qu’il fera sur le continent mi-novembre 2017, “très probablement” dans la capitale burkinabé, Ouagadougou. Un acte qui le différenciera définitivement de tous ses prédécesseurs. Quand on vous disait que son  surnom “Macron l’Africain” n’est pas usurpé…

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Depuis le 22 août 2017, suite à l’annonce du chef du gouvernement, Youssef Chahed, les observateurs, les milieux politiques et la presse ne parlent que du remaniement ministériel, comme s’il n’y avait que ça à se mettre sous la dent. Même des sujets majeurs tels que la dégradation de la note de la Tunisie ont été carrément éclipsés par cette affaire de maroquins ministériels. Pourtant à y regarder de plus près, il n’y a pas de quoi s’exciter. Quelles que soient les lumières et l’imagination de ceux qui vont débarquer, notamment le ministre des Finances, très attendu, la politique que mènera la Tunisie est déjà couchée sur les petits papiers du FMI, du moins en très grande partie. Les hommes ou femmes qui intégreront l’équipe de Chahed ne feront pas autre chose que ce qui a été dit – par le FMI, la Banque mondiale, l’Union européenne, etc. – qu’ils feront. Que voulez-vous que fasse d’autre l’argentier d’un Etat désargenté, le ministre des Finances d’un pays sans finances et qui dépend de l’aide étrangère, même pour payer ses fonctionnaires ?

Si la Tunisie a pu tenir si longtemps sans ministre des Finances attitré (depuis le 30 avril 2017 ) et si le ministre du Développement a pu si aisément porter les deux casquettes, c’est parce que le boulot est simplissime en ce moment : Il y a des recettes publiques, plus importantes que prévu cette année, mais qui sont aussitôt aspirées par les postes de dépense. Il y a tout au plus quelques arbitrages à faire, de temps en temps. Alors cette affaire de remplacement-remaniement n’est qu’un simple casting, un de plus, sans que cela ne change en rien le destin du pays. Alors il était temps, comme l’a dit Chahed, de mettre un terme à ce tintamarre, ne serait-ce que pour calmer tout le monde et qu’on puisse enfin retourner au travail. Mais comment et dans quelles proportions ? Pour le coup c’est une vraie équation. Pour le ministère des Finances, il s’agit certes de trouver un virtuose des comptes publics, ça peut servir, mais le pays aura surtout besoin d’un négociateur chevronné capable d’amadouer les bailleurs de fonds après la gifle magistrale administrée par l’agence Moody’s…

Panique à bord

Quand Chahed a fait son annonce, il n’a donné aucune indication précise sur l’ampleur des changements qu’il va opérer. Mais les formations politiques l’ont fait pour lui, en enflant tellement ce dossier qu’il occupe tout l’espace médiatique. Pas un jour sans qu’un cadre d’un parti, plus ou mandaté par les siens, ne fasse une apparition pour dire son mot, ajoutant à la confusion qui règne actuellement et à la pression sur les épaules de Chahed. Le premier à sonner la charge est Khaled Chaouket, dirigeant du mouvement Nidaa Tounes. Il a, comme on pouvait s’y attendre, ramené le couverture à son parti en déclarant, à la TAP, que toute décision de Chahed doit être étalonnée sur les résultats du scrutin de 2014, qu’ils avaient remporté. Ils ont perdu des plumes depuis. Mais cela ne l’a pas empêché d’asséner, avec beaucoup d’aplomb, qu’aucun gouvernement ne peut obtenir des résultats s’il ne reflète pas la physionomie des élections de 2014.

Le porte-parole du mouvement Ennahdha, Imed Khemiri, a été certes un peu plus fin, plus subtile, mais le résultat est le même : Il a mis un fil à la patte du chef du gouvernement, en rendant toute action dans le sens d’un remaniement tributaire d’une consultation – Dieu merci, il n’a pas dit approbation ! – des composantes de la coalition au pouvoir et dans le respect des dispositions du Pacte de Carthage. Or le document de Carthage ne dit rien sur ces aspects. Tout au plus il met sur la tête une obligation de résultat (dans l’économique, le social, le sécuritaire…), et pas de moyens. Les voies par lesquelles il doit passer – par exemple le choix de ses ministres – pour parvenir à ses fins ne regardent que lui. A lui tout seul. Avec un “petit” droit de regard du président de la République et in fine une validation, somme toute formelle, du Parlement. D’ailleurs Khemiri le sait pertinemment et le reconnait, mais cela n’empêche pas son mouvement de glisser des peaux de banane sur le chemin du chef du gouvernement.

Ils terrorisent Chahed !

Cela a commencé avec le communiqué du mercredi 23 août 2017. Le texte appelle clairement Chahed à éviter les sentiers périlleux d’un remaniement à large échelle et à se contenter de boucher les trous en remplaçant les deux ministres éjectés et le démissionnaire. Point barre. C’est un dépassement flagrant de son espace ! En effet le mouvement, comme d’ailleurs Nidaa Tounes, n’est pas censé dicter à Chahed sa conduite ; tout au plus ils peuvent lui demander des comptes a posteriori et le juger sur ses résultats, mais pas intervenir dans ses choix. Mais si Ennahdha a franchi allègrement les lignes rouges, c’est parce qu’il craint qu’un vaste remaniement emportes ses ministres, qui peinent à convaincre.

Le parti de Rached Ghannouchi a remis ça le lendemain, le 24 août 2017, en la personne de Abdellatif Mekki, un de ses dirigeants. Mais cette fois avec une nouveauté : le soutien affiché d’un de ses pions qu’il a placés au palais de la Kasbah, Ridha Saïdi, en tant que conseiller de Chahed. Là aussi si on était dans une démocratie normale, on ne verrait pas ce genre de manoeuvre. En effet le staff de Chahed a une nette idée de l’éventail des personnalités susceptibles d’occuper les postes ministériels, et n’a donc pas besoin qu’on lui présente une liste de candidats. Cela ne fait qu’embrouiller un peu plus l’esprit du chef du gouvernement et limiter ses choix. Mais c’est justement ce que veut Ennahdha puisque son porte-parole n’a pas hésité à dire ceci :“Nous avons évalué le rendement de nos ministres et le résultat est positif. Il n’y a aucune raison de changer un ministre ‘nahdhaoui’“. Alors qu’il revient à Chahed de juger ses ministres et de remettre aux plus méritants des brevets de satisfecit, ce n’est certainement pas le rôle des partis politiques lesquels sont par définition partisans. Mais je vous le disais : On n’est pas dans une démocratie normale…

Si Ennahdha se permet de marcher de la sorte sur les plates bandes du chef du gouvernement, et donc de Nidaa Tounes, c’est parce que le mouvement est politiquement, c’est incontestable, très fort. Par la magie de ce système parlementaire qui a embarqué le pays dans une expérimentation dont il n’a pas les moyens et le niveau. Mais aussi grâce – ou à cause, c’est selon – aux dirigeants de Nidaa Tounes, qui se sont débrouillés comme des chefs pour perdre la majorité parlementaire que leurs électeurs leur avait confiée en 2014, au profit d’Ennahdha. Ce dernier sait parfaitement qu’il n’a rien à perdre et qu’au pire on ira vers un grand remaniement ministériel qui obligera Chahed à aller solliciter l’aval des députés. Et là Ghannouchi & Co auront leur mot à dire. Et il va sacrément peser.

En attendant Chahed devra se dépatouiller avec cette dangereuse agitation que cette affaire a créée. En effet deux des signataires du Pacte de Carthage, et non des moindres, l’UGTT et l’UTICA, ont ouvertement prêché pour un gouvernement de compétences, prenant le contrepied du tandem Nidaa-Ennahdha. Le secrétaire général de la centrale syndicale, Noureddine Tabboubi, est même revenu à la charge hier samedi, avec des menaces à peine voilées si Chahed cède aux diktats des partis, pour des choix partisans. Le camp des pro-compétences est costaud car le chef de l’Etat en fait partie, en plus des deux organisations les plus puissantes du pays. Mais ne nous leurrons pas : Le dernier mot reviendra aux partis de la coalition… jusqu’aux prochaines élections. On peut aussi imaginer que Chahed, adossé sur sa popularité sans précédent, prendra l’opinion publique à témoin, acculera ses parrains politiques et leur imposera ses choix, s’ils se portent sur des compétences. En tout cas de sa capacité à négocier ce virage délicat et à obtenir par la suite des résultats économiques tangibles dépendra son deuxième galon d’homme d’Etat, après celui que lui a conféré sa croisade contre tous les “ripous” de la Tunisie.

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Le problème avec le chef du gouvernement, Youssef Chahed, comme l’a dit un universitaire hier samedi 19 août en début d’après midi sur RTCI, c’est qu’il est tout seul sur une autoroute, avec une popularité qui touche les sommets. Mais tout autour de lui c’est un champ de ruines. Rien ne va plus dans le pays. Et ça, tôt ou tard, ça va peser lourd sur le bilan de l’homme politique qu’il ambitionne d’être et va être exploité par ses adversaires en embuscade, quels que soient la gloire et les honneurs que lui confèrent sa lutte courageuse contre toutes les forces du mal (tous les corrupteurs et corrompus de ce pays, l’armée de contrebandiers, la horde de fraudeurs fiscaux, etc.). Il y a bien eu les derniers chiffres de la croissance du premier semestre 2017, très bons, presque le double de ce que la Tunisie a réalisé l’an dernier à la même période. Mais l’euphorie a été de très courte durée.

Vendredi 18 août 2017 : Le ministre du Développement et des Finances par intérim, Fadhel Abdelkefi, quitte le navire pour, dit-il, avoir les coudées plus franches devant la justice, qui lui cherche des noises dans une sombre affaire qui a été déterrée par on ne sait qui. Puis dans la même journée, c’est le coup de massue de l’agence Moody’s, qui sanctionne durement la Tunisie pour moult manquements dans ses engagements vis-à-vis du FMI. L’addition est très salée et le jugemen très sévère. Nous ne sommes pas dans la tête d’Abdelkefi, mais ce qui est sûr c’est qu’il doit être soulagé à la perspective de ne pas conduire la prochaine délégation tunisienne qui va s’aventurer sur les marchés internationaux. Car ce qui est finalement en jeu c’est ça : le fait que la Tunisie soit balancée dans le cercle des pays qui présentent des risques sérieux de défaut de paiement des échéances de la dette extérieure va coûter cher en termes d’intérêts des futurs emprunts, si jamais d’ailleurs les bailleurs ouvrent les vannes. Au point où en est la Tunisie, l’hypothèse n’est pas complètement surréaliste ou farfelue.

Le coup de grâce de la production industrielle ce dimanche 20 août 2017  a complété le sombre tableau. Les données publiées par l’Institut national de la Statistique (INS) font état d’un repli de 2,3% de la production industrielle au deuxième trimestre de 2017, alors que l’an dernier à la même période on avait enregistré une légère progression de 2,3%.

D’après l’INS, ce recul de l’indice de la production industrielle (IPI) est essentiellement du à la chute de la production du secteur de l’extraction des produits énergétiques, -13,9%, du fait de la forte baisse de la production de pétrole brut, -20,5%.

Les autres produits minéraux non métaux ne sont pas épargnés par la conjoncture : la production de ciment et celle du secteur de l’industrie chimique affichent une régression de 6,9%, le secteur de l’industrie textile/habillement et cuir -2%.

C’est incontestablement une suite de revers économiques qui excite les autres prétendants rêvant d’arracher le morceau de la Kasbah à Chahed…

On aiguise les couteaux!

Le premier à sortir du bois est Mohsen Marzouk, le chef de file de Machrou Tounes. L’ex-secrétaire général de Nidaa Tounes cherche sa voie depuis qu’il a claqué la porte de la formation bâtie de ses mains par le Président de la République, Béji Caïd Essebsi. Pour un Marzouk qui rongeait son frein, les difficultés de Chahed sont une aubaine pour enfin briller, à défaut d’avoir illuminé les citoyens par ses idées et propositions. Il a commencé par ébruiter à la TAP, vendredi dernier, une conversation qu’il a eue avec le chef du gouvernement, qui lui aurait confié son désintérêt pour le fauteuil du palais de Carthage, et plutôt entièrement tourné, aurait ajouté Chahed, vers le devenir d’une Tunisie bien malade. Mais comme depuis la garde rapprochée de Chahed n’a pas démenti, on peut tenir pour argent comptant ce qu’a déballé Marzouk, même si on peut aussi émettre l’hypothèse que Chahed n’a fait qu’envoyer un ballon d’essai pour tester l’humeur des citoyens et s’assurer de sa cote de popularité auprès des électeurs, attendant…

Le même Marzouk a remis ça ce dimanche en proposant une formule réchauffée et qui n’a pas fonctionné jusqu’ici, sauf peut-être avec le gouvernement de Mehdi Jomaa : Un gouvernement de compétences. Si la recette avait à peu près marché, c’est parce que justement elle était théoriquement dénuée d’ambition politique et avait uniquement la charge de conduire le pays aux élections de 2014. Mais les choses ont changé depuis. En effet on voit mal comment Nidaa et Ennahdha pourraient tranquillement se mettre hors jeu et laisser les compétences présider aux destinées du pays, eux qui se chamaillent déjà pour les postes vacants du gouvernement Chahed. S’y ajoutent les autres candidats, dont Jomaa. Bref, il y a du monde, et les appétits sont aiguisés, à mesure que les difficultés de Chahed s’accroissent, un peu comme le sang attire les requins..

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Après son tonitruant discours du 10 mai 2017, le vieux baroudeur du palais de Carthage, Béji Caïd Essebsi, a encore frappé, là où on s’y attendait le moins dans cette période où le marasme économique occupe tout l’espace : Les droits des femmes. L’opinion publique bruisse encore des propositions sans précédent du président de la République : La légalisation du mariage entre une Tunisienne et un non-musulman mais surtout l’égalité homme-femme dans l’héritage. Tout le monde en parle. Même la célèbre institution égyptien Al-Azhar a été ébranlée, au point qu’elle a fait savoir qu’elle fera feu de tout bois pour barrer la route à BCE. Par quel moyen ? Nul ne le sait pour le moment. En tout cas une chose est sûre : le chef de l’Etat est parvenu à cristalliser toute l’attention des médias, des observateurs, des analystes et de tout le personnel politique. Il a même réussi, même si c’était pas son but, à éclipser l’heureuse nouvelle des bons chiffres de la croissance pour le premier semestre 2017. Et ça politiquement c’est une excellente affaire, car l’enjeu est aussi politique. Il y a beaucoup à gagner… et aussi à perdre.

D’abord il y a le feu que le chef de l’Etat a mis dans les rangs de son allié, Ennahdha. Bon, pour l’instant la grande majorité des leaders du mouvement observent un silence lourd, embarrassé. Le fait le plus aillant est l’étrange absence de Rached Ghannouchi. Il y aussi la réaction du député et ancien ministre de la Santé Abdellatif Mekki, manifestement outré par la sortie du président de la République. Ou celle de l’ancien chef du gouvernement de la Troïka Hamadi Jebali, dans les mêmes dispositions que Mekki. A part ça presque personne n’a moufté chez les nahdhaouis. Sauf peut-être le député Ali Laarayedh, dont le commentaire sur sa page Facebook, qui oscille entre un appui franc à l’initiative de Essebsi et l’impérieuse nécessité de ne pas s’écarter du dogme religieux, est in fine illisible et manque singulièrement de tranchant. Mais silence ne veut pas dire consentement. Et en faisant cavalier seul de la sorte, sans l’assentiment des islamistes, qui manifestement n’ont pas été consultés dans cette affaire, BCE prend un gros risque politique. Il pourrait ramasser toute la mise dans quelques années, s’il va au bout de son projet, mais aussi tout perdre quand la configuration de la prochaine échéance électorale l’obligera à nouer des alliances pour gouverner.

Le dogme religieux a bon dos!

De ce que nous avons lu, vu et entendu, c’est surtout la question de l’égalité homme-femme dans le partage de l’héritage qui déchaine les passions. L’opinion publique s’enflamme littéralement autour de cette proposition. Les détracteurs de BCE arguent la fidélité au sacro-saint texte coranique, dont les préceptes sont sans équivoque sur ce dossier. Pourtant à y regarder de plus près, en toute objectivité, cette affaire d’égalité dans l’héritage n’est qu’une question matérielle, et même bassement matérielle. Et le fait de donner à l’homme et à la femme des parts égales ne bouleverserait en rien l’ordre social. Mis à part le fait de rogner un peu le pré-carré des hommes, il n’y a rien de mortifère pour la société, quoi qu’en disent les adversaires du président de la République. Donc il faut savoir raison garder.

Ce dossier a pris d’énormes proportions car l’enjeu ce sont les intérêts des hommes, et dans certains cas ce sont des millions de dinars. Alors la gente masculine s’excite plus que de raison et brandit le Coran et les dogmes religieux, les mêmes qui ne sont pas troublés outre mesure par le fait de zapper les autres enseignements du saint texte, infiniment plus importants. Par exemple la deuxième proposition de BCE, le mariage entre une Tunisienne et un non-musulman, est à ce titre beaucoup plus problématique pour les plus sourcilleux d’entre nous. En effet cela induit – je précise que c’est du point de vue des plus rigoristes d’entre nous – que les enfants qui naitront de cette union ne peuvent pas être considérés de fait comme des musulmans, d’après le Coran. A moins qu’ils se convertissent formellement après. Voilà une prescription majeure, que BCE propose pourtant de mettre de côté au nom de la modernisation de la société, presque dans l’indifférence générale. Ce qui chauffe surtout les esprits, c’est le partage des sous, des villas, des terres, etc. Cela ne porte pas le nom hypocrisie sociale ?

La plupart des sociétés du monde sont des sociétés d’hommes, bâties par et pour les hommes. Ce n’est que récemment que les femmes se sont glissées, et tous les droits qu’elles ont arrachés aux hommes l’ont été au prix de longs et âpres batailles. Par exemple en France, les femmes n’ont acquis le droit de voter et l’éligibilité le 23 mars 1944, plus de deux siècles et demi après la Révolution (1789) et un siècle après que ces droits ont été accordés aux hommes. Les Françaises ont voté après les Turques, les Espagnoles, les Birmanes, etc. Tout cela pour dire que les droits des femmes ne vont pas de soi et qu’en Tunisie comme ailleurs, c’est une lutte de tous les instants dans laquelle les hommes s’échinent à bloquer toute avancée, par tous les moyens. Cette affaire d’héritage en est la parfaite illustration…

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La Tunisie a étonné et passionné son monde en allumant la mèche du printemps arabe, fait des émules jusque dans les pays asiatiques, ébloui tous les pays déshérités de la terre en portant sur les fonts baptismaux la possibilité de toujours se bâtir un avenir meilleur en partant de très peu… Bref la Tunisie a fait rêver. Cela a créé une vague de sympathie universelle, qui s’est muée en soutien financier international pour relever une économie sinistrée du fait de la chute de la productivité, un relâchement qui est le corollaire de l’éclatement de la chape de plomb vieille de 23 ans. La chose était inéluctable, et donc excusable à bien des égards. Mais depuis l’euphorie est retombée, le sursaut qu’on attend de la Tunisie tarde à venir, 6 ans après le départ du dictateur, le pays est englué dans des soubresauts politiques et sociaux qui empêchent à son exécutif à plusieurs têtes d’avoir de la clairvoyance et de fixer un cap. Donc c’est le pilotage à vue qui prévaut, pour ne pas dire l’improvisation, à défaut d’avoir un axe macroéconomique et politique bien défini. Pourtant les soutiens et amis de la Tunisie sont toujours là…

En ce moment même, George Loukaides, le rapporteur de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), est parmi nous. Il arpente les cercles du pouvoir en Tunisie et prend le pouls de la société civile pour s’assurer que le coeur de la jeune démocratie, bringuebalé par les innombrables tempêtes sociales et changements de gouvernement depuis 6 ans, pulse encore. Loukaides nous l’a dit ce jeudi 30 mars 2017, mais on le savait déjà : La Tunisie dispose de tous les atouts pour décrocher le statut – ou sésame ?? – de “partenaire pour la démocratie” du Conseil de l’Europe. Tiens, encore un autre statut, après celui de “partenaire privilégié”, et dont d’ailleurs la Tunisie n’a pas encore vu la couleur, et encore moins les bénéfices ! Mais voilà, c’est toujours ça de pris pour des Tunisiens qui continuent de conjurer l’âpreté de l’après-Révolution. Et pour les Européens, un truc aussi bateau que le statut de “partenaire pour la démocratie”, ça mange pas de pain. On fait plaisir, on se fait plaisir, sans que ça n’engage à quoi que ce soit…

Pour bien bétonner son affaire, Loukaides en a rajouté une couche en galvanisant et flattant une Tunisie qui en a bien besoin : ” Au fil des ans, la Tunisie a su mener à bien sa transition démocratique en conduisant le pays vers des élections transparentes et impartiales. Elle s’est engagée dans un processus de réforme politique balisant ainsi la voie à la mise en place d’institutions constitutionnelles solides et pérennes “. Et pour s’assurer que la mayonnaise va bien prendre et que la Tunisie, phare du Maghreb et du Moyen-Orient et rempart contre le terrorisme, ne va pas flancher à cause de l’énorme poids sur ses épaules, le rapporteur de l’APCE a été mandaté pour dire qu’une fois coopté officiellement dans le cercle des démocrates, le pays du jasmin pourra siéger à l’Assemblée de Strasbourg, en y envoyant six parlementaires, elle pourra prendre part à toutes les séances de travail et même, suprême honneur, donner de la voix lors des sessions plénières. Mais attention ! Elle ne pourra pas voter les résolutions. Et oui, il y a des limites quand même…

Encore un placébo, après l’ALECA et le plan Marshall?

Certains pourraient se dire que tous ces “privilèges” aux côtés des 47 Etats européens de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, en plus du Maroc, ne nourrissent pas son homme et qu’à part se défouler, la Tunisie n’y a rien à gagner. Et bien ils sont raison. Et encore ils n’ont pas encore pris connaissance des conditions pour être adoubé par l’APCE : La Tunisie devra “favoriser une participation équitable des femmes et des hommes à la vie publique et politique ainsi que la liberté de culte, la liberté de la presse et d’expression et la démocratie locale et régionale. Le Conseil de l’Europe demande également à la Tunisie de supprimer la peine de mort du code pénal, de lutter contre la corruption et de garantir l’indépendance et l’impartialité des juges“.

Tout ça c’est très bien, c’est même dans l’intérêt de la Tunisie, sauf qu’il faut aussi mesurer le chemin qu’il reste pour y arriver. Pour un pays qui se débat dans de terribles difficultés économiques, qui est obligé d’emprunter à tour de bras pour oxygéner des caisses publiques exsangues, qui n’a pas encore de cap politique avéré du fait de cette direction collégiale hétéroclite – coalition gouvernementale -, le chantier est énorme ! De l’eau aura coulé sous les ponts avant que la Tunisie n’obtienne des résultats tangibles sur les demandes européennes. Cela nous rappelle l’épisode de la virée des autorités européennes au Parlement européen pour présenter le fameux Marshall, assorti d’une ardoise de 20 milliards d’euros, à la charge des Européens, bien entendu. Les Tunisiens sont repartis avec une liste de conditions longue comme le bras. Pour avoir le temps de voir venir, l’UE a mis la barre à un niveau que la Tunisie ne pourra jamais atteindre. Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour justifier le fait de ne pas allonger les billets ! On peut aussi y ajouter les exigences folles de l’ALECA (Accord de libre échange complet et approfondi), dont d’ailleurs des experts allemands disent que ça ne fait pas les affaires de la Tunisie.

Tout ça pour dire que les Européens, donneurs de leçons devant l’Eternel, ont la fâcheuse tendance à aller plus vite que la musique de la Tunisie et à lui demander plus qu’elle ne peut donner, eux qui sont confortablement assis sur des siècles de démocratie, avec d’ailleurs ses ratés jusqu’à maintenant. Il est peut-être temps d’harmoniser avec la Tunisie, de tenter d’aller à son rythme et d’éviter de la stresser, de la brusquer. C’est aussi cela le partenariat, et pas uniquement des cours magistraux…

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