Authors Posts by Souleymane LOUM

Souleymane LOUM

655 POSTS 0 COMMENTAIRES

par -

Les dirigeants nidaïstes, manifestement, s’apprêtent à adouber le fondateur du parti, le président de la République, Béji Caïd Essebsi (BCE), pour les élections de 2019, même contre sa volonté. Ridha Belhaj, qui ne semble être revenu à Nidaa Tounes que pour ça – et aussi pour flinguer le chef du gouvernement, Youssef Chahed -, a été le premier à sortir du bois. Le chargé de la communication de Nidaa, Mongi Garbaoui, vient de lui emboiter le pas, avec des propos qui cachent mal la menace en direction de Chahed. Mais en réalité les leaders de Nidaa n’auront tout simplement pas le choix : Face à l’absence criante de présidentiables au sein du parti, BCE, malgré ses 92 ans, pourrait être contraint de rempiler. Si on part du principe que les carottes des législatives sont quasiment cuites, du fait de la plongée de la cote de popularité de Hafedh Caïd Essebsi et compagnie, et que le Congrès électif du parti ne pourra rien y changer dans ce court laps de temps, le vieux briscard pourrait être la seule carte pour empêcher que l’alliance stratégique Ennahdha-Chahed rafle toute la mise. Et de ce point de vue la démonstration de force lors du vote de confiance du 3ème gouvernement de Chahed est un sacré épouvantail.

Il n’a pas droit à la retraite

Ce serait donc ça la tragédie personnelle du chef de l’Etat : Ne pas avoir le droit d’aller à la retraite après tous les services qu’il a rendus au pays, notamment après le bouillonnement qui a suivi le départ précipité de Ben Ali. Etre obligé de ferrailler encore au scrutin de 2019, pour éviter que son parti soit rayé des tablettes, bouté hors de l’exécutif, c’est effectivement un sort très peu enviable à cet âge là. Mais il faut dire aussi que le vieux briscard n’a rien fait pour s’offrir une retraite tranquille, où il s’assoirait pour admirer son oeuvre, la voir évoluer, gagner des combats et présider aux destinées du pays. Ces choses là se préparent, se travaillent. Or le président de la République a laissé dériver le parti, l’a regardé couler, sous le magistère de son fils, qu’il a refusé jusqu’au bout de stopper. Et maintenant on en est là : le parti s’est vidé de son sang, pire, il a perdu le feu sacré qui a fait triompher BCE aux élections de 2014. Et pour finir Essebsi fils et sa bande ont sabré les fils ténus qui les reliaient à Chahed, qui était sans doute le plus apte, au regard de sa popularité attestée par les sondages, à reprendre le flambeau.

Mais la contrainte n’est pas la seule explication de ce qui se mijote actuellement autour du chef de l’Etat, il y a aussi cet appétit naturel pour le pouvoir, lequel crée une accoutumance et une dépendance dont on ne se remet jamais. Quand on voit la délectation manifeste de BCE quand il épate la galerie à chacune de ses sorties médiatiques et quand on voit le malin plaisir qu’il prend à cogner sur son ex-protégé, Youssef Chahed, on se dit qu’il est taillé pour le job. Un job très bien payé, couvert d’honneurs et de gloire, et où on se contente de parader aux quatre coins du monde, de dire son mot de temps en temps sur les affaires du pays… Il y a effectivement plus difficile dans la vie ! Mais si cette planque dorée fait les affaires de son occupant, il faut se demander ce qu’il en est pour la Tunisie.

Glavany avait raison

L’homme politique et ancien ministre français Jean Glavany avait provoqué un tollé en 2017 en évoquant l’avenir problématique du Maghreb arabe, à cause de ses dirigeants vieux et malades. La polémique est retombée depuis, certes, mais le problème reste entier. L’Algérie traine toujours le boulet de l’ère Bouteflika, une parenthèse que le pays ne veut toujours pas fermer. Bon, les citoyens, traumatisés par les années de plomb, se détournent des questions liées au pouvoir, mais ils savent tous que c’est le frère du président et les patrons de l’armée qui tirent toutes les ficelles. En Tunisie aussi les citoyens se désintéressent de plus en plus de la chose politique, mais ce n’est pas une raison pour leur imposer des directions opposées aux intérêts suprêmes de la nation. Envisager un second mandat à 92 ans, même si on a une forme étincelante, est une manière de boucher les horizons du pays, de confisquer les choix des citoyens pour un renouvellement immédiat qui parierait sur l’avenir. Et personne, pas même celui qui a sauvé le pays en février 2011, n’a le droit de faire ça à sa patrie.

par -

Les associations, ONG (organisations non gouvernementales), organisations nationales et la tentation du pouvoir. C’est une spécificité bien tunisienne, parmi d’autres, surtout depuis le 14 janvier 2011, date à laquelle toutes les cartes ont été rebattues, et redistribuées. Et pas toujours pour le salut de la nation d’ailleurs. Mais on en est là, et ce sera ainsi pour un paquet d’années encore. Le fait que le pouvoir tangue depuis la Révolution a donné l’occasion aux organisations nationales, notamment l’UTICA (Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat ) et l’UGTT (Union générale tunisienne du travail) de briller et même de se glisser dans les cercles de décision. Cela a parfois rendu de grands services au pays, comme ce fut le cas lors de la paralysie presque totale, politique et sociale, de 2013 quand la convergence de vues du Quartet a donné à la Tunisie un gouvernement d’union nationale. Et un Prix Nobel de la Paix au passage. Cela revigore,  et donne un sentiment de puissance, parfois même de toute-puissance. Il n’y qu’à voir le ballet des puissants de la Tunisie et d’ailleurs aux sièges des organisations nationales pour se rendre compte qu’elles sont dépositaires d’un morceau du pouvoir dans le pays, et pas un petit, et qu’elles sont de fait incontournables. A voir la sollicitude qui entoure en ce moment le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, pour éviter au pays une grève générale, on se rend compte que les centres de décision ne sont pas nécessairement ceux que nous dit notre belle Constitution, et que les rapports effectifs de force dictent leur loi. Cet état de fait, manifestement, donne des ailes à l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT).

A qui la faute ?

On a appris, par la TAP, ce mardi 15 janvier 2019, que l’UNFT lancera bientôt une série de négociations avec l’UGTT et d’autres organisations pour monter une alliance électorale qui prendra part aux joutes électorales élections de cette année. Il ne manquait plus que ça, diront certains ! Des associations et organisations nationales qui se muent en formations politiques, et chassent sur les terres des partis traditionnels. Mais si du reste la chose peut paraitre quelque peu ubuesque et même surréaliste, elle colle toutefois aux réalités locales. Il ne faut jamais oublier que c’est l’actuel président de la République, Béji Caïd Essebsi, qui est allé chercher l’UGTT, l’UTICA et l’UTAP dans leurs coins pour leur demander de dire leur mot dans la direction des affaires du pays, dans le cadre du Pacte de Carthage, un document enterré depuis. L’appétit est venu aux organisations en mangeant.

S’asseoir à la table des décideurs, de l’exécutif, ça crée des habitudes, des accoutumances. Et ça donne aussi des idées aux autres convives potentiels. Alors il ne faut pas s’étonner que l’UNFT tire la conséquence de cette configuration très particulière en concluant qu’il fallait directement aller à l’essentiel en disputant les places aux hommes et femmes dont c’est le “métier”, aux prochaines élections.

Qui s’y frotte s’y pique

Sur le papier, il est question de regrouper les différentes organisations professionnelles, dont l’UTICA, l’UGTT et d’autres organisation de la société civile afin de prendre part aux prochaines élections dans des listes de coalition, qui intègrent des indépendants a indiqué la présidente de l’UNFT, Radhia Jerbi. Et l’affichage est tout ce qu’il y a de plus attrayant, au risque de rendre jaloux les autres partis politiques : Donner la possibilité aux citoyens d’opérer d’autres choix qui répondent mieux à leurs attentes.
Et l’UNFT va ratisser large pour embarquer le plus d’organisations dans ce projet : l’Ordre des ingénieurs, celui des avocats, etc.

Si les organisations ont résisté jusqu’ici à la tentation de se jeter dans le bain politique, pour régler elles-mêmes leurs problèmes (‘on n’est jamais mieux servi que par soi-même’), c’est parce qu’il y a toujours la crainte d’avoir une posture partisane, avec le risque d’être lâché par une partie de ses troupes qui ne se retrouverait pas dans les clivages. Une organisation nationale est censée défendre des intérêts transversaux, impartiaux et par définition apolitiques, prétendre entrer dans l’arène politique pour mieux les défendre est assurément une grosse prise de risque. Le risque de se perdre dans son propre combat, de s’aliéner ses soutiens et même de se damner. Car le microcosme politique a ses codes, ses tics, ses pratiques qui ne sont pas ceux des associations et organisations. L’UGTT, très tentée par l’affaire et qui à chaque échéance électorale se trouve obligée de marteler qu’elle ne participe pas et ne soutient aucune liste partisane, pourrait en rester à cette tentation, idem pour l’UTICA et les autres, comme un rêve qu’on caresse mais auquel on ne se frotte jamais au risque de s’y piquer.

par -

C’est un fait : le chef du gouvernement, Youssef Chahed, entame 2019 avec la dégaine du futur “roi”. En tout cas le dernier sondage l’atteste, même si cela reste, rappelons-le, une photographie du moment et les choses peuvent mal tourner très rapidement. Le président français, Emmanuel Macron, en sait quelque chose, lui qui a battu presque tous les records d’impopularité dans un laps de temps très court, dépassant même son prédécesseur, François Hollande, qui n’a même pas osé briguer un second mandat. Sur le plan économique également Chahed peut se permettre de mettre le couvert sur un bilan très maigrichon et de parier sur l’avenir, avec le dernier classement du prestigieux magazine Forbes sur le climat des affaires. Mais là aussi ça reste un classement à conforter, et même à améliorer par les efforts palpables qu’il fera pour convaincre les investisseurs que ce n’était pas une météorite et qu’il y a effectivement du grain à moudre. Autre élément de taille : Forbes a fait son classement en reprenant les données de “Doing Business 2019”, entre autres, sans se donner la peine d’aller interroger la réalité du terrain économique tunisien. Peut-être que leur appréciation aurait été différente – pas en mieux – si le travail avait été fait autrement. Je dis bien peut-être.

Chahed devra trimer pour confirmer, pour le bien de l’économie du pays mais aussi pour prétendre à un avenir politique florissant, au moins pour le court terme, face à des électeurs qui donnent de moins en moins un état de grâce. Sur le plan social, les risques de pourrissement de la situation son réels, et sans paix sociale on ne peut rien bâtir de solide. Le chef du gouvernement s’apprête, ont confié ses proches à Africanmanager, à se jeter, enfin, dans la mêlée. Sous quelle forme ? Seul ou avec un attelage ? Le palais de Carthage ou se contentera-t-il de la Kasbah ? Beaucoup de questions et très peu de réponses pour le moment. Pour le moment le principal intéressé ne moufte pas, mais ses partisans bougent, s’agitent, beaucoup, mais dans la sérénité, celle qui caractérisent ceux à qui on aurait promis un triomphe aux prochaines élections, parce qu’entourés par des champs de ruine. Ce sombre tableau, avec des partis qui prennent de l’eau de toutes parts, donne des ailes, assurément. Mais est-ce suffisant pour s’offrir un quitus dans la durée ? Rien n’est moins sûr.

Des exemples d’explosions en plein vol à méditer

Des moyens Chahed en aura, beaucoup, pour faire à peu près tout ce qu’il veut, et bâtir son offre politique et programmatique en 2019. Je vois d’ici ceux qui vont s’égosiller en criant sur tous les toits que le chef du gouvernement va faire campagne avec les moyens de l’Etat, qu’il va mobiliser ses collaborateurs, que nous payons nous contribuables, pour lui confectionner son programme électoral, que tous ses déplacements officiels seront aussi des virées politiques, etc. Oui, ils auront raison, mais aucune démocratie dans le monde, même les plus accomplies, n’a trouvé la parade. Il est impossible, matériellement, de dissocier le candidat à l’élection du chef de l’exécutif chargé de conduire les affaires du pays, même jusqu’à la vieille du scrutin. C’est ainsi, et il faudra faire avec. Par contre les adversaires de Chahed devraient savoir, depuis le temps, qu’en dépit des gros moyens dont il disposera pour faire son beurre, rien ne lui assure un triomphe électoral en 2019, pas plus qu’un deuxième ticket gagnant pour le scrutin suivant . Si cela suffisait pour se carrer dans son fauteuil dans la durée, Moncef Marzouki serait encore à Carthage et Ali Larayedh à la Kasbah.

Chahed a vécu l’enfer avec son parti, et on pourra dire ce qu’on veut, ce n’est pas lui qui a dégainé le premier pour tirer. Par contre il n’a rien fait pour tendre la main à ses amis. Le président de la République et fondateur du parti, Béji Caïd Essebsi, n’a rien fait pour ramener Chahed au bercail, Hafedh Caïd Essebsi non plus, au contraire, mais le chef du gouvernement également a joué à fond la carte du pourrissement de la situation. Et en a très bien profité. Le chargé d’information de Nidaa Tounes, Mongi Harbaoui, a raison de souligner la “suffisance” et “l’arrogance” de Chahed, mais ce dernier pourrait lui rétorquer qu’en politique c’est de bonne guerre quand on a les atouts qui sont les siens. “Le meurtre du père” et le sacrifice des frères et soeurs, pour faire briller de mille feux sa propre étoile, ce n’est pas nouveau dans cet univers impitoyable. Sauf que la bonne pioche, les coups de maître, la “baraka” ne veulent dire si on n’est pas capable de transformer l’essai. Seuls des résultats tangibles, surtout économiques, sont une garantie de maintien. Le jeune président français avait lui l’arrogance et la suffisance de Chahed; lui aussi a écrasé tout sur son passage, même son mentor qui l’avait fait ministre des Finances, pour s’emparer de tous les leviers du pouvoir. Puis le doute est arrivé, ensuite la panne, la paralysie et l’impopularité, à une vitesse vertigineuse. Pour finir par cette défiance populaire et cette crise chronique des “gilets jaunes“. Alors attention Chahed ! L’histoire n’est pas encore écrite…

par -

L’année 2018 finit comme elle a commencé : Du bruit autour du chef du gouvernement, Youssef Chahed. Son programme ou absence de programme, ses échecs ou ses réussites, ses intentions ou plutôt les nombreuses qu’on lui prête, son avenir politique et son destin personnel, etc. Bref, il y a à boire et à manger. Pour ce qui est de la situation économique du pays, qu’on va inéluctablement coller à Chahed, le tableau n’est pas brillant, les perspectives ne le sont guère plus, à en croire les sombres prédictions de l’expert Azzedine Saïdane sur la RTCI ce week-end. Par contre pour ce qui est de la situation politique, Chahed a, indéniablement, la main. Quant à son ex-parti, Nidaa Tounes, il finit l’année sur les genoux; et pour 2019 ça sent le sapin et le roussi en même temps. D’où cette tentative désespérée de récupérer Chahed. Mais l’affaire a été tellement mal dégoupillée et la ficelle du piège tellement grosse que le chef du gouvernement l’a flairé à mille kilomètres, et n’a donc pas mordu à l’hameçon. La tragédie des nidaïstes, du moins ce qui en reste, continuera pour 2019. Pour ce qui est du destin personnel du chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, le fondateur du parti, il tente de reprendre la main à travers son initiative de rabibocher Chahed et Noureddine Tabboubi, le secrétaire général de l’UGTT, pour éviter au pays une deuxième grève générale qui ferait le plus mauvais des effets aux investisseurs, sans parler des dégâts pour l’économie nationale. Mais rien de ce qu’il fera ne pourra le requinquer politiquement depuis que son invention, le Pacte de Carthage, a explosé en plein vol, par la faute de son fils, Hafedh Caïd Essebsi, obsédé par la chute du gouvernement. BCE aurait été plus avisé de recoller les morceaux entre Chahed et son parti, car ça aussi ça pèse sur le destin de la nation.

De la déconfiture, encore et encore

Nidaa Tounes s’est, enfin, réveillé et s’est rendu compte de la capacité de nuisance du chef du gouvernement aux prochaines élections. Alors une invitation a été lancée en direction de Chahed, pour qu’il rentre au bercail. Mais le geste est arrivé très tard, trop tard. Et que dire de la forme et du fond de ce message censé ramener Chahed à de meilleurs sentiments. D’abord le choix de la personne chargée de lui tendre la perche : le responsable de la communication du parti, Mongi Harbaoui, l’un des snipers de Nidaa qui n’a jamais raté une occasion de flinguer le locataire de la Kasbah. Il y a avait certainement d’autres personnalités plus indiquées que ce franc-tireur pour tenter de dialoguer avec le “fils de Nidaa Tounes“.

Je passe sur le contenu de la main tendue en direction de Chahed, une seule ligne, à peine, le strict minimum syndical. Trop peu pour être crédible, et d’ailleurs Chahed n’y a toujours pas répondu presque une semaine après. C’est vous dire ! Viennent après les accusations, terribles : «les partisans de Youssef Chahed et ceux gravitant autour, notamment la Coalition nationale” sont accusés “de tentative de hold-up sur Nidaâ»;  il y a aussi le «narcissisme» du chef du gouvernement et son «arrogance à outrance». Ensuite la vantardise, que les faits ne justifient pas, et encore moins les perspectives du Congrès électif, lequel manifestement ne résoudra aucun des problèmes existentiels de Nidaa, un «dur à cuire». Un compte pour enfants que nous sert là Harbaoui, tant les problèmes du parti sont criants et connus de tous, parce qu’étalés sur la place publique.  Pour un expert de la communication – c’est pour ça qu’on l’a choisi, non ?-, on était en droit d’attendre autre chose que ce chapelet d’accusations et invectives hyper maladroites qui ne font que rajouter un peu plus d’huile sur le feu. Harboui a-t-il été mandaté pour débiter tout cela ? L’a-t-il sorti de sa tête, de son propre chef ? Ses mots ont-il dépassé sa pensée ? Mystère. En tout cas une chose est sûre : Se taire aurait sans doute été plus avisé que de pondre une telle calamité communicationnelle, une soupe indigeste où on tente en même temps de rattraper le retard incompréhensible pour répondre à l’offensive télévisée de Chahed et se réconcilier avec lui. Un sacré mélange des genres !

Ennahdha, quoi qu’on puisse dire d’elle, s’abstient au moins de commettre de telles boulettes, et en tire des bénéfices. Les islamistes certes ne sont pas au meilleur de leur forme, suite aux déflagrations de l’affaire de l’organisation secrète et la violente charge de l’ancien Ambassadeur des USA à Tunis. Mais Rached Ghannouchi et compagnie finissent l’année dans la même embarcation que Chahed, sans soute leur meilleur pari en ce moment pour retravailler une image sérieusement écornée.

Ça va être gai en 2019 !

Ce que sera le pays l’an prochain, et au-delà, des députés absentéistes et flemmards, et l’expression est faible, y travaillent. Il y aussi le travail de sape, hyper dangereux, que fait Sami Fehri, qui déroule comme il veut avec sa chaine, El Hiwar Ettounsi, plus faiseuse d’opinion que tous les discours de nos dirigeants ou que les leçons des parents en direction d’une jeunesse désorientée, déboussolée, perdue, ivre de cette liberté qui nous est tous tombée sur la tête le 14 janvier 2011. On a vu débouler sur le plateau de Fehri, samedi 29 décembre 2018, le rapeur Samara, qui sort à peine de prison. Le jeune homme avait été coincé par la police avec de la drogue. L’affaire aurait pu être un simple fait divers si le rapeur n’était pas archi connu et s’il n’avait n’avait pas été célébré sur le plateau comme un véritable héros, alors qu’il a été chopé avec de la cocaïne, tout de même ! Et l’ex-prisonnier de s’épancher sur son aventure, son arrestation rocambolesque sur l’autoroute et un récit palpitant qui finit par faire des policiers d’affreux méchants et Samara le héros incompris, injustement interpelé. Tout cela devant un Sami Fehri éberlué et un brin admiratif du rapeur, et face à des jeunes qui applaudissaient je ne sais quel exploit. A aucun moment on n’a entendu l’animateur-producteur-propriétaire lancer une réflexion sur le fait que le jeune homme avait commis un délit, que la drogue c’était mal et que ça détruit, que ça bousille nos enfants et l’avenir de la nation. Rien. En lieu et place on a vu la maman du rapeur rafler un billet pour aller à la “omra“, pour la récompenser de je ne sais quoi. Que fait la HAICA ? Suis-je le seul à remarquer que quelque chose ne tourne pas rond chez Fehri et qu’il va plus loin que les sociétés occidentales les plus libres ? Vous imaginez le même tableau chez Michel Drucker, Laurent Ruquier ou Arthur ?

Une année âpre se profile, violente politiquement, rude économiquement et agitée socialement. Donc s’il y a des voeux qu’il faut formuler, c’est de nous souhaiter mutuellement du courage, de l’abnégation et surtout d’avoir les moyens de nous accrocher pour affronter les tempêtes.

par -

Chaque Révolution a son lot de victimes expiatoires, boucs-émissaires diraient d’autres, des personnes phares sur qui se cristallisent la haine populaire et l’impérieuse nécessité de solder les dérives d’une époque, de punir un système qui a fauté, torturé, spolié, rudoyé, traumatisé ses citoyens. La France, pour prendre un exemple que nous connaissons bien, a eu aussi sa phase de “nettoyage; d’abord en pleine poussée de fièvre révolutionnaire, en 1793, avec la décapitation du roi Louis XVI et de son épouse, Marie-Antoinette, accusés de tous les maux. Ensuite Robespierre et compagnie ont entamé une longue et sanglante chasse aux sorcières qui a répandu le sang aux quatre coins de l’Hexagone. Il a fallu la restauration (1814-1830), avec Napoléon Bonaparte, pour ramener le calme dans un pays qui a brûlé tous les idéaux de la Révolution (liberté, égalité, fraternité). La Tunisie aussi, dans une moindre mesure certes, a connu la tentation des règlements de compte après le départ précipité du dictateur. Le président de la République, Béji Caïd Essebsi (BCE), avait tenté d’en sortir en proposant un projet de réconciliation nationale. L’affaire a capoté, les tourments du passé étant encore trop vivaces, alors ce sera in fine l’Instance Vérité et Dignité, et la sulfureuse réputation de sa présidente, Sihem Ben Sedrine, avec leur rendement diversement apprécié. Mais l’opinion publique ne tient toujours pas ses coupables, ses symboles des dérives du passé. Le flamboyant Borhene Bsaies, coincé par la justice pour une affaire d’emploi fictif à la Sotetel, en faisait partie. Sa libération, suite à une grâce présidentielle, au bout d’à peine 2 mois de prison alors qu’il était censé y rester 2 ans, a ulcéré la Commission d’amnistie et l’Association des magistrats tunisiens (AMT), et cette dernière l’a fait savoir hier mercredi 26 décembre 2018. L’AMT a remis ça ce jeudi, en convoquant cette fois la presse pour dire tout le mal qu’il pense du geste de BCE.

L’AMT marque des points

Le président de l’AMT, Anas Hamadi, a exprimé le mécontentement des membres de la structure suite à la grâce présidentielle accordée au dirigeant de Nidaa Tounes Borhene Bsaies, deux mois après le jugement rendu contre lui pour des crimes de corruption financière et de préjudice à l’administration.
Hamada a indiqué, lors d’une conférence de presse, que l’AMT a demandé au ministère de la Justice de révéler les détails du dossier. Il s’est avéré à ce propos que toutes les procédures judiciaires ont été respectées pour examiner le dossier de l’amnistie concernant Borhene Bsaies, sauf que la Commission en charge des dossiers d’amnistie au sein du ministère a refusé sa relaxation pour cause de non respect des conditions légales requises
Le président de la République n’a pas tenu compte de l’avis de la commission du ministère de la Justice et a décidé de gracier seulement Borhene Bsaies” a déploré Hamada, faisant observer que généralement la grâce présidentielle concerne un groupe de prisonniers ou une catégorie spécifique jugée dans des affaires de drogue ou de chèques. Cette mesure ne peut pas être accordée à une seule personne qui plus est inculpée dans des crimes de corruption financière.

Bsaies aurait dû se terrer !

Les arguments de l’AMT sont frappés au coin du bons sens, mais ils ne peuvent masquer le fait que le calvaire de Bsaies était plus une affaire de symbolisation des turpitudes et fautes de l’ancien régime qu’autre chose. Loin de nous l’idée de le dédouaner, il devait payer pour ce qu’il a fait et sans doute ne l’a-t-il pas assez fait, mais il faut aussi reconnaître que beaucoup d’autres ont fait pire ou au moins autant que lui; des milliers, des dizaines de milliers de personnes ont profité de l’ancien système, ont collaboré, se sont tues quand il fallait se lever pour dénoncer mais à ce qu’on sache elles n’ont pas toutes été traduites devant la justice. Bsaies, à lui tout seul, ne peut pas payer pour tout le monde, même s’il en énerve plus d’un avec son effronterie et sa fidélité absolue à un Hafedh Caïd Essebsi qui a finalement accéléré la désintégration de Nidaa Tounes, alors qu’il était censé, en tant que chargé des Affaires politiques, ouvrir d’autres horizons pour le parti.

Bsaies a été tiré d’affaire par BCE le 10 décembre 2018, il a donc fallu plus de deux semaines avant que l’AMT réagisse. C’est un peu tard, trop tard ! Ce sont deux semaines de trop pour qu’on les prenne au sérieux. Où étaient les magistrats ? Que faisaient-ils, alors que l’affaire a fait grand bruit dans les médias et l’opinion publique ? Mystère. Peut-être que c’est le retour prématuré de Bsaies sur la scène médiatique qui irrite les magistrats, et ils ne sont pas les seuls, plutôt que sa sortie de prison. L’ex-journaliste, qui devait savoir que sa libération allait être mal digérée par des citoyens qui ont la dent dure avec tout et tout le monde depuis le 14 janvier 2011, aurait dû se terrer, ou même filer à l’étranger pour se faire oublier et surtout faire oublier le coup de main du chef de l’Etat. Mais voilà, il n’a pas pu résister, il a fallu pondre ce texte insipide de remerciements dès le lendemain de sa libération. Après il pousse le mauvais goût jusqu’à faire ces traits d’humour complètement ratés sur le décès du journaliste Abdel Razzaq Zorgui. Il venait de rater, une fois de plus, une bonne occasion de se taire.

par -

Comprenne qui pourra, ou qui voudra, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a abattu ses cartes lors de son intervention télévisée du 21 décembre 2018. Il n’a pas été très explicite sur les échéances, et surtout à quel moment il va prendre son destin politique personnel en main, de toute façon il ne pouvait pas en dire plus vu la délicatesse du moment, avec les recours et protestations qui ont accueilli sa Loi de finances et vu que le dispositif n’a même pas encore été mis sur les rails. N’empêche des messages il y en avait, à gogo, et pas voilés ou subliminaux ! Son ex-mentor, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), a été fixé; son fils, le président du Comité politique de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi (HCE) et le secrétaire général du parti, Slim Riahi, l’ont été également; idem pour le parti de Chahed – ou son ex-parti devrait-on dire dorénavant… Bref, il y en avait pour tout le monde. Ce qu’on a compris, c’est que l’envie d’y aller, d’en découdre avec ses adversaires le démange, depuis le temps qu’il avale leurs couleuvres, et il va manifestement y aller. Il faudrait être dingue ou être dégoutté par le pouvoir pour ne pas être tenté par les circonstances exceptionnelles qui l’ont mis sur un piédestal, et Chahed n’est ni dingue ni dégoutté par le pouvoir…

L’appétit lui est venu en mangeant

Son histoire c’est celle d’un homme que BCE a sorti de son chapeau pour remplacer au pied levé un supplicié, Habib Essid; c’est un type qui ne payait pas de mine au départ, et c’est pas une honte pour son jeune âge, mais il a vite découvert la faiblesse et les tares congénitales de ses congénères, alors son appétit est venu en mangeant. C’est pas que Chahed soit une lumière et encore moins un génial politicien, mais qui l’est vraiment dans la Tunisie post-révolutionnaire ? Ceux qui nous servent d’élite politique font leurs gammes en même temps que les citoyens apprennent les subtilités de cette démocratie qui nous est tombée sur la tête de manière inattendue le 14 janvier 2011, quoi qu’en disent certains. Mais Chahed lui assimile ses leçons plus vite que les autres, il a vite compris que ses adversaires, notamment ses amis d’hier, sont tellement médiocres, pour ne pas dire mauvais, qu’il lui suffit de se baisser pour ramasser la mise. Et c’est justement ce qu’il est en train de faire, en ménageant son ex-mentor, BCE, ce qui présente l’avantage de ne pas montrer Chahed comme un traitre, un renégat. De la sorte, il garde l’estime des nidaïstes purs jus et des fidèles du président de la République, et ils ne sont pas peu. Très bon pour les affaires du jeune loup, qui devra démontrer sa capacité à rassembler, ne serait-ce que pour aller au bout de son projet.

Ils ont bien bossé pour lui !

L’ascension de Chahed a commencé en fait quand Essebsi a fermé les yeux, obstinément, sur les gros dégâts provoqués par son fils, malgré le défilé à Carthage pour convaincre le papa qu’il fallait immédiatement siffler la fin de la récréation. Ivre de son pouvoir que plus rien ni personne n’a contesté, pas même les cadres du parti complètement lobotomisés, HCE est parti dans des dérapages fous et un grand délire, jusqu’à s’inventer des ennemis imaginaires, en premier Chahed, pourtant le mieux placé d’entre eux, à en croire tous les sondages, pour reprendre le flambeau du fondateur du parti, BCE. Essebsi fils a poussé le bouchon jusqu’à exiger la chute du gouvernement. Son obstination aura torpillé le Pacte de Carthage, dont d’ailleurs plus personne ne parle. Ça aussi c’est une grande victoire du chef du gouvernement, libéré de ces liens superflus et nuisibles sortis de la tête du président de la République. L’entreprise de démolition du parti a été parachevée par Slim Riahi, et son parachutage complètement raté au poste de secrétaire général. L’homme d’affaires, qui n’a aucun talent pour la politique, a eu la mauvaise idée de suivre HCE, encore moins doué que lui, dans son combat fou contre Chahed, jusqu’à monter cette affaire de coup d’Etat qui lui vaut son éloignement du territoire tunisien, avec l’épée de la justice militaire suspendue sur sa tête, l’obligeant à inventer l’étrange statut d’opposant numéro 1 à travers Facebook et depuis l’étranger.

Macron, Trump et Sall font la même chose

Nidaa Tounes est devenu un tel champ de ruines que même Chahed n’en veut plus. Il a bien raison d’éviter de se présenter à un Congrès électif lequel n’a même pas encore de date officielle, à quelques mois des élections, pour tenter de reprendre un parti où il n’y a que des coups à prendre, sans parler du risque d’un revers à cause de manoeuvres, manipulations et autres fraudes. Trop dangereux, alors que de sa position, avec un mouvement au centre, il pourrait aisément siphonner ce qui reste de Nidaa Tounes. Les moyens de l’Etat, avec lesquels il fait et fera campagne, feront le reste. Slim Riahi et Abir Moussi, qui lui reprochent d’user des biens de l’Etat pour bâtir sa légende aux quatre coins du pays et aimanter les électeurs, ont raison. C’est vrai ce qu’ils disent, le problème c’est que les démocraties, même les plus grandes, n’ont pas encore trouvé la parade. Tous les déplacements des dirigeants en place, quels qu’ils soient, sont également politiques par essence. Le président français, Emmanuel Macron, lui aussi utilisera les moyens de l’Etat pour briguer un second mandat. Le président américain, Donald Trump, fera exactement la même chose. Le président sénégalais, Macky Sall, qui était à Tunis il y a quelques jours, est en train de le faire, pour sa réélection en février 2019. Etc. Alors pourquoi Chahed ne ferait pas ce que font tous les dits démocrates font ??

Si Ennahdha l’a choisi, c’est que…

La boutique de Chahed semble très bien embarquée, au point que Ennahdha, qui n’a pas son pareil pour flairer le sens du vent, ne jure plus que par le chef du gouvernement. Du reste les islamistes, qui se sont aliénés le président de la République et presque toute la classe politique, qui n’en ont pas fini avec le gros dossier de leur organisation secrète et qui viennent de subir une violente charge qui vient d’outre-Atlantique, des USA (c’est certainement ce qui se dit aussi dans toutes les chancelleries occidentales), n’ont de toute façon pas le choix et doivent s’afficher avec un puissant qui a un label de progressiste, et Chahed, ami des Américains qui plus est, a les deux. C’est toute l’histoire d’un homme que les dieux de la politique ont favorisé. Toutefois l’histoire ne nous dit pas si des succès économiques tangibles, et il en faudra un paquet, seront au rendez-vous. Mais ça, c’est une autre… histoire.

par -

La visite du président sénégalais, Macky Sall, à Tunis, les 18 et 19 décembre 2018, confirme les ambitions de la Tunisie sur son continent, l’Afrique, laquelle lui doit son nom, faut-il le rappeler. Le chef de l’Etat djiboutien il y a quelques mois, maintenant celui du Sénégal, à la tête d’un pays dans une belle dynamique économique, parmi les champions continentaux de la croissance dont le FMI dit le plus grand bien et auquel la Tunisie a beaucoup de choses à proposer. Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi (BCE) et son hôte, Macky Sall, ont mis sur la table des sujets importants, ont parrainé une kyrielle d’accords mais les deux parties ont bien conscience qu’elles peuvent et doivent faire nettement mieux, en vertu des liens historiques très solides scellés par les leaders Habib Bourguiba et Léopold Sédar Senghor. Cela a d’ailleurs a été martelé par BCE et Sall, comme autant de rendez-vous qui permettent d’entrevoir de brillantes perspectives entre les deux nations. La Tunisie recevait aussi un poids lourd de la CEDEAO (Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest), organisation que la Tunisie ambitionne d’intégrer; elle bétonne d’ailleurs en ce moment son dossier, “lentement mais sûrement“, a confié à African Manager le chef de la diplomatie tunisienne, Khemaies Jhinaoui.

Un vrai virtuose !

C’est un BCE très forme, à l’esprit très affuté – vous me direz que c’est pas une nouveauté ! -, flanqué de sa garde rapprochée, Selma Elloumi Rekik et Noureddine Ben Ticha, qui a reçu le président sénégalais. Essebsi a multiplié les marques d’attention pour son hôte, son “sadikh” (ami) Macky Sall, lui présentant ses excuses parce qu’il est contraint de s’exprimer en arabe pour expliquer à ses concitoyens “ce qu’ils ont fait” avec ses invités. Il était même prêt à parler en français face au petit flottement qu’il y a eu pour actionner le traducteur de Sall. Sans notes, avec une précision et une dextérité qui bluffent toujours son auditoire, BCE a évoqué la trajectoire politique du Sénégal, a magnifié son expérience démocratique qui rayonne dans le continent et ailleurs. Ce qu’il s’est gardé de dire, mais on le comprend, c’est que la Tunisie s’est compliqué la tâche en ouvrant l’ère de la démocratie avec le nec plus ultra, la crème des systèmes politiques mais que fuient comme la peste la plupart des nations de la planète : Le régime parlementaire. C’est cela qui vaut à la Tunisie la plupart de ses déboires politiques. Alors que le Sénégal, de tout temps, depuis Senghor, s’est choisi un régime présidentiel, comme l’écrasante majorité des pays, et presque aucun citoyen sénégalais ne s’en plaint. C’est peut-être tout ça, et bien d’autres choses, que le chef de l’Etat tunisien avait en tête, mais qu’il ne pouvait évidemment pas déballer…

6 accords, mais c’est un début

Il n’y avait pas que la belle épopée de Senghor et Bourguiba au menu, Sall était aussi là pour travailler, pour signer des accords et poser des jalons pour des avancées bilatérales. Ainsi, un accord de coopération dans le domaine de l’Education a été signé. Un mémorandum d’entente dans les domaines de la Poste, des Technologie de l’Information, de la Communication et de l’Economie numérique a été paraphé. Un avenant à la convention culturelle signée entre le gouvernement tunisien et celui du Sénégal, en 1962, a été paraphé. Un programme exécutif de coopération culturelle a été conclu. Une convention de coproduction cinématographique et de coopération dans le domaine du cinéma a été également signée. Mais ce qu’attendaient sans doute les patronats et les hommes d’affaires des deux pays, c’est le protocole d’accord signé par le CEPEX (Centre de Promotion des Exportations) et l’ASEPEX (Agence Sénégalaise de Promotion des Exportations), sous l’oeil intéressé du ministre de l’Industrie, Slim Feriani et du premier vice-président de l’UTICA (Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat) Faouzi Elloumi.

L’avenir

Il est dans le souhait, exprimé par BCE, de revoir Macky Sall en Tunisie. L’avenir se lit dans les mots du président sénégalais en direction de son “ainé“, le “doyen“, celui avec qui il a évoqué des sujets d’intérêt commun et qui lui a certainement insufflé une bonne dose d’adrénaline, qui ne sera pas de trop dans le combat qu’il va livrer en février 2019, dans le cadre de l’élection présidentielle au Sénégal. L’avenir est dans l’invitation que Sall a lancée à BCE, pour venir le voir à Dakar; il est dans le souhait formulé par le chef de l’Etat sénégalais de revenir voir Essebsi en 2019, un vrai pari sur l’avenir politique des deux hommes, qui s’y verraient déjà ! Les adversaires de Sall, qui l’attendent de pied ferme pour la joute électorale de 2019, apprécieront le fait que l’actuel président ait déjà plié l’élection. L’avenir est dans le renforcement des liens entre les deux pays, entre une Tunisie qui s’ouvre des horizons avec les réformes sur les rails et qui a un savoir-faire à vendre dans moult domaines, et un Sénégal qui sera plus prospère grâce à la manne gazière et pétrolière et dont l’économie est portée par les grands chantiers du Plan Sénégal Émergent (PSE), dont la phase 2 (2019-2023) vient d’obtenir des engagements de financement de 14 milliards de dollars de la part du groupe consultatif de Paris (alors que le Sénégal en espérait 4,9). L’avenir s’entrevoit avec la CEDEAO, dans laquelle la Tunisie est membre observateur, pour le moment et dont le secrétaire général sera invité prochainement pour parapher d’importants accords préférentiels, a annoncé Jhinaoui à African Manager. Enfin l’avenir se dessine dans la ZLECA (Zone de Libre-Échange Continentale Africaine), un projet titanesque qui peut changer le destin de tout le continent et pour lequel la Tunisie a déjà signé.

par -

Les automobilistes se sont réveillés ce vendredi 14 décembre 2019 avec ce terrible constat : Pas une goutte de carburant dans les stations-service, ce qui a provoqué une pagaille et un embouteillage monstres devant les rares qui en ont encore. C’est le résultat de la grève décidée la veille par les transports de carburant, sans aucun préavis. Il faut dire aussi que comme à leur habitude, les conducteurs ont brillé par leur incivisme insupportable en siphonnant plus que de raison les quantités encore disponibles hier. Voilà, dommages collatéraux d’une grève sauvage, anarchique, illégale. Mais rassurez-vous, ils n’auront pas à en payer les conséquences. Après tout nous sommes dans un pays où un “notable” comme Borhene Bsaies peut sortir de prison 2 petits mois après une incarcération censée durer 2 ans, grâce à son “pote”, le chef de l’Etat, fondateur du parti dont Bsaies est le responsable des affaires politiques. Après tout nous sommes dans un pays où Lassaad Yacoubi et sa bande peuvent s’autoriser à prendre en otage nos enfants, l’avenir de cette nation, et ce le plus tranquillement du monde et en nous narguant sur les plateaux télé et radio, face à un ministre qui n’ose même pas leur retrancher le moindre dinar pour manquement à leurs obligations. Après tout nous sommes dans un pays dont la centrale syndicale peut s’autoriser à prendre en otage toute une économie, avec en plus les félicitations – sarcastiques, mais tout de même ! – du chef du gouvernement pour une grève générale bien tenue. Etc. Etc. C’est ce pays que les écuries politiques convoitent, au point de s’étriper avant même qu’on connaisse la date des élections. Mais, et ça je le dis surtout pour ces Messieurs qui se battent : D’autres mauvaises surprises attendent au tournant.

On a intérêt à écouter Fitch !

La Tunisie, lentement mais sûrement, commence à avoir une réputation de pays irréformable et ses habitants, pourtant à peine 11,53 millions, une réputation de citoyens ingouvernables. C’est très embêtant ça, surtout pour une nation qui dépend tant de l’aide extérieure et dont le dirigeant parcourt en ce moment même des milliers de kilomètres pour ramener quelques centaines de millions, une goutte d’eau dans l’océan des besoins du berceau du printemps arabe. Le pays a tellement mauvaise presse que l’agence de notation Fitch Ratings lui a certes maintenu son B+, sans doute par complaisance et pour ne pas décourager totalement les investisseurs, mais on lui a collé des perspectives “négatives“, avec un tas de reproches sur son économie et les réformes qui calent. Des remarques qui sont très mauvaises pour les investissements que la Tunisie lorgne ! Mais pour réformer encore faut-il que toutes les forces vives de la nation aillent dans la même direction. Comment faire quand la centrale syndicale la plus puissante du pays, l’UGTT, après ce qu’elle a considéré comme une défaite après la grève générale du 22 décembre 2018 – puisque Chahed n’a rien lâché, en termes d’augmentations salariales -, surfe sur la fronde anti-Loi de finances et s’apprête à bloquer le pays, le 17 janvier prochain ? Peut-on réformer dans cette agitation permanente, et mortifère pour le peu de choses qui fonctionnent encore ?

La déraison et ses ravages

C’est à se demander ce que ces Messieurs, et Dames, lui trouvent de “sexy” au point de s’empoigner autant pour en prendre les rênes. Chahed avait dit, il y a quelques mois, quand les clameurs sur ses ambitions avaient commencé à fuser, qu’il ne se mettrait pas sur la route de son mentor, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), s’il décidait de briguer un autre mandat. Mais on ne le dira jamais assez : “Les promesses n’engagent que ceux qui y croient” dans le microcosme de la politique, comme le disaient Jacques Chirac et Charles Pasqua. Par ailleurs de l’eau a coulé sous les ponts depuis que Chahed a pris cet engagement de dégager la route pour BCE, et même de le soutenir. Les deux hommes, et leurs camps, sont maintenant à couteaux tirés, et la réconciliation n’est pas dans leurs petits papiers, pour le moment. Mais dans tous les cas Chahed doit savoir que s’il va à l’assaut du fauteuil du palais de Carthage en 2019, il y a des chances qu’il croise le fer avec un vieux briscard certes affaibli politiquement, mais qui reste très dangereux pour un jeune loup. L’exploitation très politique que le vieux lion fait de la grogne des avocats, jusqu’à se mettre en grande difficulté, démontre qu’il en a encore sous le pied. Maintenant si le projet secret de Chahed c’est de se contenter du palais de la Kasbah, là-bas il n’y aura que des coups à prendre, au regard du programme d’enfer que lui a concocté le FMI et des tensions sociales et politiques qui s’exacerbent exponentiellement. Bref, il faut être masochiste pour avoir encore un appétit pour le pouvoir en Tunisie, du moins ce qui en restera après que la défiance populaire croissante l’aura déchiqueté.

par -

Le problème des pays maghrébins est et a toujours été les rendez-vous manqués, les promesses non tenues, les égo surdimensionnés des chefs d’Etat, les guéguerres directes ou téléguidées (l’exemple du Front Polisario, agité dans les coulisses par Alger, face à Rabat; on verra ce que les pourparlers de Genève donneront, mais il ne faut pas trop rêver…), etc. Presque tout ce qui a été fait ces dernières années pour tenter de raisonner les dirigeants du Maghreb a échoué, même à grands coups d’études sur le gros potentiel économique de l’Union du Maghreb Arabe (UMA). Rien n’a fonctionné. Résultat des courses : C’est la débandade, le sauve-qui-peut. On plaque – ou plutôt on met dans les cartons, en attendant je ne sais quoi – une UMA qui n’a jamais dépassé le stade de la théorie pour filer vers les autres organisations régionales africaines lesquelles certes ne marchent pas du feu de Dieu, mais ont au moins le mérite d’avancer, même à petits pas, avec cette indolence propre aux Africains. Ainsi, le Maroc tente de forger son destin dans la CEDEAO, mais n’a pas attendu le quitus de l’adhésion pour faire de belles affaires sur le continent. La Tunisie, qui a déjà dans son escarcelle la COMESA (l’Egypte y est déjà solidement implantée), emboite le pas au Maroc en Afrique de l’Ouest : Objectif l’intégration dans la CEDEAO, bientôt. L’Algérie, qui s’est éveillée un peu tard sur son continent, a des ambitions africaines, mais il faudra faire avec les lenteurs et la léthargie qui caractérisent l’exécutif algérien. Quant à la Libye, et bien on repassera quand elle en aura fini avec son interminable guerre civile. A part ça il y a les projets bilatéraux très prometteurs entre la Tunisie et l’Algérie, à ajouter aux programmes en gestation dans 8 zones frontalières.

Il est question de changer le devenir de ces localités, dont les villes Haidra et Babouche, à travers un ambitieux plan de développement transfrontalier.
Ce projet a été mis sur la table par le ministre tunisien des Affaires locales et de l’Environnement, Mokhtar Hammami et Fatima Zohra Zerouati, ministre algérienne de l’Environnement et des Energies renouvelables. Les deux ministres représentent, actuellement, les gouvernements tunisien et algérien au sommet mondial du climat (COP24), lequel a commencé dimanche 2 décembre 2018 dans la ville de Katowice, en Pologne et s’achève demain vendredi 14 décembre 2018. L’affaire est très alléchante sur le papier, et on est pratiquement certain que tous les acteurs concernés vont dire banco tout de suite : “L’idée est d’aménager des espaces verts et des stations de relais et de repos dans huit zones frontalières. Le projet prévoit aussi la mise en place, ultérieurement, d’un programme de développement des villes situées sur les frontières des deux pays et l’établissement d’une dynamique non seulement de transit mais aussi de commerce et de services“, a confié, mercredi 12 décembre 2018, le ministre des Affaires locales à l’agence TAP.

De bonnes raisons d’y croire, cette fois ?

Pour rappel, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, avait souligné, en juillet 2018, lors de la première réunion des gouverneurs des régions frontalières des deux pays, la nécessité de promouvoir ces gouvernorats afin d’assurer la stabilité des habitants de ces régions, de hausser leur niveau de vie et renforcer la vigilance sécuritaire dans ces zones pour accompagner les efforts des deux Etats dans le combat contre le terrorisme.
La réunion des gouverneurs des régions frontalières entre la Tunisie et l’Algérie a été l’un des mécanismes de développement d’une coopération ciblée sur la bande frontalière. Cela dit, il était temps de bouger et ce dispositif est la moindre des choses quand on partage plus de 1000 kilomètres de frontière ! Par ailleurs l’Algérie a longtemps dédaigné son continent, confortablement assise sur les recettes de son pétrole, mais comme les hydrocarbures ne payent plus comme avant, il faut trouver autre chose, et vite avant que les gros ennuis ne commencent. C’est exactement la même logique qui est derrière l’activisme du Royaume-Uni en Afrique, après qu’elle s’est fermée les vannes très juteuses de l’Union européenne suite au vote en faveur du Brexit. Quant à la Tunisie, elle a aussi ses problèmes post-révolutionnaires qui rendent indispensable un mouvement vers le voisin algérien, vers le Maroc, les autres pays du continent africain, les pays asiatiques… Bref, tous ceux qui peuvent rapporter.

Tout cela pour dire que Tunis et Alger sont contrains de faire cause commune, pour leurs intérêts, leur survie économique et sécuritaire. Reste à croiser les doigts pour que tout ce qui a été annoncé en grande pompe aille à son terme, et qu’on ne retombe pas dans les mêmes travers qui ont fait de l’UMA un projet mort-né.

par -

Le combat contre la corruption a donné à Youssef Chahed ses premiers galons de chef de gouvernement et est la source, en grande partie, de sa popularité, quoiqu’en baisse ces derniers mois. Va-t-il capitaliser sur ça en 2019, au rendez-vous électoral ? Rien ne le garantit pour le moment, même si Zohra Idriss et Leila Chettaoui elles y croient dur comme fer. En attendant Chahed travaille son image et peaufine sa stature, en annonçant, par exemple, samedi 8 décembre 2018, la promulgation prochainement de deux décrets réglementaires relatifs à la loi n°10 de 2017 sur le signalement de la corruption et la protection des dénonciateurs. Deux précieux outils dans l’arsenal du gouvernement pour aller plus loin que les combats gagnés, ou presque, contre Chafik Jarraya, Yassine Channoufi, etc, des faits d’armes qui restent symboliques au regard de l’ampleur de la corruption dans le pays. Chahed certes a mis sur les rails d’autres dispositifs qui peuvent rapporter gros pour l’économie nationale, et soigner au passage sa cote personnelle : Le plan pour améliorer le classement “Doing Business”, la batterie de mesures pour freiner la fraude fiscale… Mais le fait est que ces programmes demandent du temps pour donner des résultats, au moins quelques années, or le chef du gouvernement a besoin de succès tout de suite, un bilan qu’il pourra présenter en 2019 quand il rendra son tablier pour éventuellement s’engager dans l’arène politique. La lutte contre la corruption, avec ses arrestations spectaculaires, a au moins cette vertu : Elle frappe les esprits, et ça c’est de l’or pour un politique.

Il a bien flairé le coup

Chahed a pris la parole au 3e congrès national de lutte contre la corruption, qui a eu lieu les 7 et 8 décembre 2018 à l’initiative de l’Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC). Il a insisté sur l’engagement du gouvernement à aller de l’avant sur la voie de la lutte contre la corruption et l’instauration de la gouvernance. Il a assuré que les différents intervenants; gouvernement, société civile, médias et organisations internationales poursuivront leurs efforts dans ce sens, dans un esprit de coopération et de partenariat, rapporte la TAP. Bon, ça c’est pour l’habillage, l’affichage, car la traque contre les corrompus et corrupteurs n’emballe pas grand monde, et pour cause : Beaucoup en croquent. Mais ça Chahed ne peut pas le dire, ce ne serait pas politiquement correct, alors il fait dans la méthode Coué, en se disant qu’à force de le marteler, la mayonnaise finira peut-être par prendre. Si ce combat était aussi populaire que le dit le chef du gouvernement, le président de l’INLUCC, Chawki Tabib n’aurait pas autant de mal à mettre la main sur les déclarations de biens, celles des responsables comme celles des professions jugées sensibles.

Dans son intervention, le chef du gouvernement s’est dit convaincu que la lutte contre la corruption est l’une des conditions pour la consécration de l’Etat de droit et la consolidation du processus démocratique. Il a rappelé le nombre indéniable de projets de loi en rapport avec la lutte anticorruption et le renforcement de la gouvernance soumis au Parlement et adoptés, depuis la prise de fonction de l’équipe gouvernementale.
Le peuple tunisien qui est parvenu à asseoir un régime démocratique et à adopter une Constitution garantissant les droits et libertés et favorisant une vie politique pluraliste aspire, aujourd’hui, à édifier une société débarrassée de la corruption, du népotisme et de la malversation, a-t-il soutenu. Le même peuple qui n’est pas étranger à cette petite corruption qui gangrène le pays, partout, mais tant qu’il y a la grande corruption, toutes les consciences sont tranquilles et la morale est sauve. Mais ça aussi Chahed ne peut pas le dire…

La “bonne” délation, et payée en plus !

Depuis l’adoption de la loi sur le signalement de la corruption et la protection des dénonciateurs, l’INLUCC a, à maintes reprises, appelé à la promulgation des deux décrets réglementaires prévus par cette même loi afin d’activer l’opération de signalement de la corruption et de l’encourager en plus de la protection des dénonciateurs.
Ces textes accordent des incitations aux structures en charge de la prévention de la corruption, définissent les mécanismes et les critères d’octroi de récompenses aux dénonciateurs qui ont pu empêcher des crimes de corruption dans le secteur public, dévoiler ses auteurs et permis de restituer les fonds extorqués.

Tabib a, de son côté, affirmé que la Tunisie avance “sûrement” sur la voie de la gouvernance et la lutte contre la corruption. Il a ajouté que des pas importants ont été accomplis dans ce sens tant au niveau institutionnel que législatif. Cette fois au moins il n’aura pas à s’époumoner et à courir dans tous les sens pour avoir ses déclarations de patrimoine, comme il l’a fait dernièrement à l’ARP pour aller débusquer des députés qui ont voté la loi anticorruption sans se faire prier mais qui en sont restés là, trainant les pieds jusqu’à l’expiration des délais pour déclarer leurs biens. Avec ces deux décrets, la machine va générer son propre carburant, plus besoin de l’alimenter, ça va rouler tout seul ! Dénoncer son patron, son collègue, son subalterne en étant calé dans son fauteuil, derrière son ordinateur, pour balancer un mail dont on est sûr que l’anonymat sera préservé pourrait devenir très vite un sport national. Je ne vous raconte pas l’ambiance dans les lieux de travail. La délation, mais la bonne délation, celle qui fait primer l’intérêt national, et si en plus on est payé pour ça, que demande le peuple !

par -

Dans un climat politique qui se tend incroyablement, à quelques encablures des élections de 2019, chaque partie et camp fourbit ses armes dans la perspective d’un combat qui risque d’être sanglant, à en croire la violence des coups qui sont déjà échangés dans l’arène politique. A l’ambiance des plus incertaines, le président de la République n’ayant encore renoncé à rien, même à 92 ans, il faut ajouter les incertitudes, tâtonnements et approximations d’une classe politique qui fait ses classes en matière de jeu démocratique, en même temps que les citoyens font leur douloureux apprentissage de la démocratie, un gros problème pour la Tunisie. Le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), a rangé pour le moment ses flèches contre le chef du gouvernement, Youssef Chahed, et attend l’artillerie lourde que lui a promise le secrétaire général de Nidaa Tounes, Slim Riahi, avec sa plainte contre Chahed pour tentative de coup d’Etat, déposée auprès du Tribunal militaire, excusez du peu ! Mais il y a un os, un gros : Riahi est à l’étranger, pour affaire dit-il. D’aucuns disent qu’il a fui et ne reviendra jamais, pour échapper aux tourments judiciaires, et pas des moindres, mais aussi parce que son affaire de putsch serait du flan, du bidon quoi. Si c’est le cas, ce sera un gros pépin pour son parti, d’abord et pour BCE ensuite. Mais on n’y est pas encore, alors BCE se dégage la voie et nettoie autour de lui, en jetant son dévolu sur Ennahdha. Quant au combat avec l’ex-poulain, Chahed, et bien il viendra en son temps… ou ne viendra pas.

Deux erreurs fatales en quelques mois

Le dossier dit du putsch est sans doute l’une des dernières affaires qui peut encore freiner un chef du gouvernement sur qui ont glissé toutes les cabales pour le faire tomber. Balancer un missile judiciaire pour stopper l’adversaire politique et faire place nette, BCE en sait un rayon. Les islamistes en font la douloureuse expérience en ce moment même. Mais pour arrêter Chahed, c’est une toute autre histoire. En effet, à part les allégations de Riahi, Nidaa Tounes n’a rien à se mettre sous la dent dans cette affaire. “Nada“. Aucun des cadres du parti n’a jusqu’ici jeté un oeil sur les éléments de preuve contre Chahed que détiendrait le secrétaire général, ce dernier claironne partout qu’il a du lourd contre le chef du gouvernement, mais personne n’a encore rien vu. Le président du bloc parlementaire de Nidaa, Sofiene Toubel, l’a d’ailleurs reconnu, en direct, sur le plateau de Meriem Belkhadi. Oser s’attaquer au chef du gouvernement, tout de même, avec des munitions aussi frêles, c’est très léger, et dangereux si la riposte judiciaire – plainte pour diffamation – venait; mais que Riahi ait réussi à embarquer avec lui tous les dirigeants anti-Chahed du parti, ça c’est encore plus léger. Nidaa Tounes a été incroyablement imprudent en acceptant que Riahi soit parachuté comme SG, avec en plus toutes ses casseroles judiciaires qui font un boucan infernal, une bizarrerie qui est passée comme une lettre à la Poste. Manifestement les errements du parti bâti par le président de la République continuent, avec cette curée insensée sur Chahed sans même avoir pris le temps de consulter les documents que prétend détenir Riahi.

C’est économique, mais aussi très politique !

Et que fait le chef du gouvernement en ce moment ? Et bien il bouge, fait du terrain, travaille, promet et même dans certains cas règle des problèmes concrets, comme il l’a fait ce mercredi 05 décembre 2018 à Douar Hicher. Et demain jeudi 06 décembre il reçoit dans son palais de la Kasbah, pour une affaire de la plus haute importance : Le mode d’emploi pour que la Tunisie fasse des bonds en avant dans le classement “Doing Business“. Certes il s’agit de soigner les intérêts économiques du pays, à n’en pas douter mais l’affichage est aussi très politique, il ne faut pas s’y leurrer. En effet cet activisme sert aussi à imprimer dans la tête des citoyens ceci : Vous avez vu, pendant que mes détracteurs s’agitent dans la boue, dans des basses manoeuvres politiciennes où l’intérêt général est complètement absent, moi je travaille pour vous, vos enfants, votre avenir. C’est ça le message de Chahed. En attendant le bénéfice, là aussi très politique, qu’il pourrait tirer du dégonflement, comme une baudruche, du présumé dossier de Riahi, une affaire d’ailleurs que le chef du gouvernement s’est gardé jusqu’ici de commenter publiquement. Les conseils avisés de son staff sont sans doute passés par là, une sagesse et une clairvoyance auxquelles Nidaa Tounes ne peut pas prétendre, surtout depuis que l’ex-président du Club Africain en est le “patron”. Mais Chahed, quoiqu’incroyablement favorisé par la conjoncture politique actuelle, ne pourra pas s’exonérer de quelques succès économiques pour revendiquer les premiers rôles en 2019, si tel est son dessein. Rendez-vous demain, à la Kasbah, pour avoir une petite partie des solutions à même de blinder, éventuellement, son offre pour les élections de 2019.

par -

Nous avions écrit, il y a quelques mois, que le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), était en train de fourbir ses armes pour neutraliser son compagnon de circonstance, le leader d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, avant les prochaines joutes électorales, et bien il semble que les choses se précipitent. Les armes, c’est le Comité de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi qui les offre, sur un plateau, à BCE, avec le déballage sur l’appareil secret des islamistes qui aurait trempé dans les assassinats politiques ayant secoué le pays en 2013. Pas besoin de preuves pour l’instant pour étayer la posture du président de la République, et encore moins de décisions judiciaires – procès et jugement  – lesquelles de toute façon prendront beaucoup de temps, au meilleur des cas en 2019, les déclarations suffisent pour créer stupeur et tremblements auprès de l’opinion publique. Car les symboles sont forts, Belaïd et Brahmi, deux responsables politiques. Le chef de l’Etat avait fait de l’élucidation de cette affaire, toute l’affaire, une promesse de campagne phare aux élections de 2014, rien de consistant n’a été fait dans ce sens 4 ans après. BCE aura cette fois, peut-être, la possibilité de se refaire, dans la perspective d’un éventuel face-à-face avec les électeurs en 2019, mais aussi pour gommer le sentiment de compromission que son rapprochement avec Ghannouchi a provoqué dans la tête des militants, ou encore pour la postérité. L’égalité homme-femme dans l’héritage, qui ulcère les islamistes et pour laquelle BCE a reçu un satisfecit de l’ONU, est taillée pour les mêmes batailles.

Tout le monde s’excite pour une bonne raison

BCE, on l’avait un peu oublié à cause de sa passivité face au spectacle de son parti qui se désagrège et face aux gros dégâts provoqués par son fils, est un combattant. En 2014 il avait fait des étincelles lors de sa campagne électorale en trouvant des arguments qui firent mouche, pour déloger une Troïka qu’il avait réussi à ringardiser et même fait passer pour dangereuse pour la sécurité, la prospérité économique et l’avenir de la Tunisie. Et ça avait marché auprès des électeurs. Cette fois les armes de BCE sont infiniment plus lourdes, avec une capacité de destruction beaucoup plus importante. D’ailleurs la nervosité des dirigeants d’Ennahdha depuis que le chef de l’Etat a reçu, écouté et même relayé les arguments du Comité de Défense des deux martyrs démontre qu’il y a le feu au lac des islamistes. Au point qu’ils ont pondu un communiqué incroyablement maladroit, repris par Abdelhamid Jelassi mercredi 28 novembre 2018 sur Shems FM, des propos musclés que le chef de l’Etat a pris comme une menace, et il a bien raison, et saisira la justice à ce sujet. Ennahdha, qui a déjà une tonne d’ennuis, judiciaires, avec cette affaire d’appareil secret, n’avait pas besoin de s’attirer les foudres de BCE.

Si tout ce beau monde s’excite, c’est parce que l’affaire dépasse le cadre des munitions dont le locataire du palais de Carthage pourrait se servir pour rempiler aux élections de 2019, c’est la question de la survie même d’Ennahdha qui est sur la table. En effet si l’implication, de quelque manière que ce soit, de cadres du mouvement dans les horribles assassinats politiques de 2013 est prouvée, c’en est fini de l’existence légale des islamistes, et ce n’est pas le fait qu’ils aient porté à bout de bras Youssef Chahed lors du dernier vote de confiance qui va y changer quoi que ce soit. Bon, cette affaire ne sera pas ficelée en une journée, Ennahdha va se cabrer, batailler, ferrailler, politiquement et juridiquement, mais son sort serait scellé. En effet aussi bien en Tunisie qu’aux yeux de la communauté internationale, il n’y a pas de place pour un mouvement qui a des accointances avec des terroristes, surtout au niveau de responsabilité qui est celui de Ennahdha. Le président américain, Donald Trump, qui ne raffole pas des mouvements islamistes, serait le premier dirigeant étranger à décréter leur disparition, en Tunisie et ailleurs.

L’autre gros missile

L’autre arme de destruction massive des islamistes à la disposition de BCE, c’est son projet sur l’égalité homme-femme dans l’héritage. Sur cette affaite aussi le chef de l’Etat est dans la meilleure des postures, politiquement, par rapport aux nahdhaouis; en effet ces derniers se sont, tout seuls comme des grands, mis dans de beaux draps en clamant haut et fort qu’ils allaient voter contre au Parlement. Bon, ils l’ont fait après moult hésitations, comme à leur habitude, après avoir pris le temps de voir de quel côté allait tourner le vent. Pour ne pas renier leurs fondements, qui restent, tout de même, islamistes, ils étaient obligés de s’en tenir aux dogmes religieux : L’égalité successorale, pas question. Cette position a l’avantage de ne pas fâcher le gros du bataillon, leur électorat conservateur et en même temps elle a un large écho auprès de l’opinion publique, surtout auprès de la gente masculine. Normal, ce sont des mecs, par définition ils n’ont pas envie de partager, à parts égales, avec les nanas les sous, maisons, terres, bétail, etc. Mais problème pour Ennahdha : Cette position, aussi populaire soit-elle, va trouver ses limites à l’ARP où la même logique implacable qui a imposé le 3ème gouvernement de Chahed risque de prévaloir de nouveau.

En effet dans cette affaire, le bloc Nidaa Tounes va voter comme un seul homme le texte de BCE, le fondateur du parti, une manière de prendre leur revanche sur le camouflet que leur a administré Ennahdha, aux côtés de Chahed. Là pour le coup, le bloc Coalition nationale, dont on dit qu’il est acquis à la cause du chef du gouvernement, pourrait faire des infidélités à Ennahdha et voter aussi le projet dit moderniste du président de la République. Le Front populaire et Machrouu Tounes pourraient également s’y greffer. Etc. Donc on est à peu près sûr que les islamistes vont perdre la partie. Mais ils ne perdront pas que ça, ils vont également se couper définitivement de l’électorat local dit progressiste, notamment les femmes, qui pèsent lourd et s’aliéner les chancelleries occidentales auprès de qui Essebsi bénéficie d’une excellente image et qui le présentent, même à 92 ans, comme le meilleur rempart contre les obscurantistes de son pays.

par -

Comme à son habitude chaque fois qu’il est acculé, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, s’est montré très pugnace, combatif et même offensif quand il s’est agi de défendre son honneur face à ceux qui l’accusent d’avoir opéré un putsch constitutionnel pour faire passer en force son 3ème gouvernement, quand il s’est agi de défendre le projet de loi de finances 2019 lequel va présider aux destinées économiques de la Tunisie l’an prochain. Ceux qui lui préparent le costume dans lequel il n’aura qu’à rentrer en 2019 – Leila Chettaoui et compagnie – ont aimé le Chahed qu’ils ont vu au Parlement samedi 24 novembre 2018, ses détracteurs beaucoup moins, frustrés de voir toutes leurs attaques glisser sur le chef du gouvernement comme la pluie glisse sur la peau. Il est vrai que Chahed a du panache pour contrer les missiles, mais il n’est pas dit que ses ennemis n’auront pas le dernier mot au vu de tout ce que le locataire de la Kasbah a déballé devant les députés, ou plus précisément de tout ce qu’il s’est engagé à faire dans un laps de temps aussi court avant les élections de 2019.

Vu d’ici, il y avait des aspects programmatiques dans le discours de Chahed, des dispositifs qui, s’ils donnent des résultats en 2019, pourraient, au-delà de leur impact dans l’économie du pays, pourraient être exploités par l’hypothétique candidat aux élections. C’est le cas de la batterie de mesures pour en finir avec l’évasion fiscale, les contrebandiers et tout ce que la Tunisie compte de délinquants financiers. Chahed est même allé jusqu’à déterrer une recette de l’ancien chef de gouvernement Mehdi Jomaa datant de 2014 pour soulager le portefeuille des citoyens : La Commission nationale de maitrise des prix. A ajouter à son volontarisme pour “vendre” le consommer local. Bref, le chef du gouvernement a tenté d’épater la galerie. Et si tout ça ne marchait pas? Je ne voudrais pas être pas être à la place de Chahed si tout ce qu’il a agité sous le nez de la représentation nationale ne fonctionne pas en 2019. Le moins qu’on puisse dire est que Chahed prospère encore sur le bénéfice du doute et qu’au niveau du palpable, macro économiquement et dans le porte-monnaie du consommateur, on attend encore. Bon, les gens raisonnables savent qu’il lui faudra du temps pour que les réformes sur les rails donnent des fruits, le problème c’est que du temps il pourrait en maquer et le couperet risque de tomber, sec, dès 2019. Et si on retranche l’effervescence de la période électorale et la surenchère de l’UGTT, la fenêtre de tir sera encore plus réduite. Et puis il y a ce que disent et font les propres soutiens, les nadhaouis, terriblement inquiétants.

Il n’y aura plus personne si ça foire

Tout avait pourtant bien commencé avec le député du mouvement Ennahdha Hedi Ben Brahem, qui a confié à la TAP suite au discours tonique de Chahed à l’ARP : “le gouvernement s’est fixé des objectifs ambitieux en termes de croissance (2,6% prévus pour cette année et 3,1% pour 2019), et de déficit budgétaire (4,9% prévus pour cette année et 3,9% pour 2019)“. Mais les choses vont se gâter très vite : Une croissance de 3,1% ne fera pas l’affaire pour doper le développement et l’emploi a déclaré l’élu d’Ennahdha. Il a concédé que le Budget de l’Etat pour l’année 2019 fait l’objet de pressions en raison du gonflement de la masse salariale et des dépenses de compensation des hydrocarbures et des matières premières, outre le service de la dette.
Ben Brahem a ajouté que le gouvernement a été obligé de la jouer petit bras pour l’enveloppe affectée aux dépenses de développement, à peine 6,15 milliards de dinars pour 2019, à cause de la montée continuelle de la masse salariale, de 6,5 milliards de dinars en 2010 à 16,5 milliards de dinars en 2019.
Il a également expliqué le repli des dépenses consacrées au développement par le service de la dette,, énorme, jusqu’à 8,7 milliards de dinars en 2019, à ajouter aux dépenses de compensation des hydrocarbures et des matières premières, tout aussi énormes.

Si ceux qui ont aidé le chef du gouvernement à écrabouiller son propre parti, Nidaa Tounes, s’étaient arrêtés à ces constats frappés au coin du bon sens, c’était parfait pour la ligne de défense de Chahed, mais il a fallu que dans la même journée les nahdhaouis brillent pas leur duplicité habituelle, leur double langage coutumier. En effet alors que Ben Brahem explique en partie les déboires futurs de Chahed par le gonflement de la masse salariale dans le public, d’autres députés d’Ennahdha, en premier l’ancien ministre Mohamed Ben Salem, défendent le droit des fonctionnaires à toucher les sous pour lesquels ils ont fait grève. Tout cela veut dire une seule chose : Les islamistes rôdent déjà leurs pirouettes et retournements de veste pour la campagne électorale, et si le chef du gouvernement venait à se louper économiquement en 2019 et qu’il avait le FMI aux trousses, il n’y aurait aucun nahdhaoui pour faire front avec lui. Donc il a intérêt à réussir, pour le bien de la Tunisie avant tout mais aussi pour son avenir personnel. Certes il est plus costaud politiquement que tous les chefs de gouvernement de l’après-révolution et a une incroyable capacité à survivre aux coups de ses adversaires, mais tout cela ne peut en rien lui donner droit à un quitus pour faire l’économie de quelques succès économiques et sociaux tangibles.

par -

L’agitation du remaniement ministériel est quelque peu retombée, et tant mieux pour nos yeux et nos oreilles, et pour le pays qui doit en finir avec ces interminables séances au Parlement qui grillent un précieux temps. Par contre les contrecoups de cette affaire eux vont s’étaler dans le temps, car ils vont façonner le paysage politique, et les manoeuvres ont déjà commencé. Le psychodrame autour du remaniement a précipité les événements, nous plongeant de fait dans une logique de recomposition de l’échiquier politique, une affaire qui est en gestation depuis que le parti sorti vainqueur des élections de 2014, Nidaa Tounes, a débarqué le chef du gouvernement, Youssef Chahed, après lui avoir collé moult “crimes”. Mais ce qu’ils avaient certainement sous-estimé, c’est la capacité de Chahed à retomber très rapidement sur ses pieds et à retourner la situation en sa faveur. Il se bâtit à la vitesse de la lumière une majorité, en pactisant avec le plus costaud au sein de l’ARP, Ennahdha et en faisant mouvement vers des partis dits satellites, Al Moubadara et Machrouu Tounes, mais qui peuvent faire la différence à l’ARP, et on l’a vu lors du vote confiance où pratiquement aucune voix n’a manqué. Alors nous y voilà : Un scénario complètement inédit dans l’histoire de la jeune démocratie. Tout cette agitation doit avoir, évidemment, une suite…

Le Grand Parti

Nidaa, pour le moment, se vautre un peu plus dans la fange, avec une pathétique et pitoyable chasse aux sorcières, contre ses députés qui ont voté Chahed, des élus qui de toute façon ont décidé de larguer le parti, et contre des ministres qui de toute façon ont quitté le navire. Quid de l’avenir de Chahed? Samir Dilou, député d’Ennahdha et Leila Chettaoui, du bloc parlementaire Coalition nationale, qui généralement ne sont d’accord sur rien, regardent dans la même direction, pour une fois. Dilou a ouvert le bal, le jour même du vote de confiance à l’ARP, en levant le véto sur le droit de Chahed à se présenter aux élections de son choix. Une nouveauté, car jusqu’ici Ennahdha faisait tout pour barrer la route de l’élection au chef du gouvernement, consciente du gros potentiel que lui confère sa popularité. Mais ça c’était avant la disgrâce de Chahed dans son propre parti et avant qu’il trouve chez les islamistes le réconfort et le soutien que Nidaa n’a jamais voulu lui apporter, dès ses premiers pas à la Kasbah. Ennahdha, qui n’a toujours pas de successeur attitré pour son leader historique Rached Ghannouchi, pourrait, très stratégiquement, se rabattre sur celui qu’elle a porté à bout de bras quand les siens jurèrent sa perte. Quant à Chettaoui, elle ne jure que par le Grand Parti au centre, avec Chahed à sa tête, et ça ne date pas d’hier, une formation qui happerait toutes les forces progressistes du pays, à commencer par ce qui reste de Nidaa Tounes. Elle l’a claironné dès le lendemain du sacre de Chahed, sur la RTCI et a enfoncé le clou sur sa page Facebook. Mais pour qu’il y ait un Grand Parti il faut qu’il y ait au préalable un Grand Chef, or de ce point de vue le mystère reste entier.

La grosse énigme Chahed

Tout le monde autour s’agite autour de lui, parle pour lui, le presse d’y aller mais lui ne pipe pas mot. A quelques mois des élections, Chahed maintient le suspense. Mais il ne pourra pas le garder longtemps, car une machine électorale ne se met pas en branle en quelques semaines, et 2019 c’est demain! S’il décide d’y aller – le contraire est toujours dans l’ordre du possible, après tout -, avec qui tentera-t-il l’aventure? Avec l’étiquette Ennahdha? Très peu probable, car sa stature dépasse les clivages politiques, et il aurait beaucoup plus à perdre en s’encartant chez les islamistes, même si ces derniers pourraient avoir intérêt à l’adouber ou à tout le moins être en excellents termes avec lui, ce qui est déjà le cas. Y aller seul, avec sa propre formation dont on voit déjà nettement les contours? Exploser toutes les lignes politiques actuelles, c’est le scénario le plus probable, le plus logique en tout cas, et de ce point de vue le président français, Emmanuel Macron, fait école. Retourner au bercail, à Nidaa Tounes, pour en porter les couleurs? C’est pas complètement à écarter, surtout si son ex-mentor, le chef de l’Etat, fait ce qu’il se refuse à faire jusqu’ici et qu’il aurait dû faire pour éviter l’implosion du parti qu’il a bâti : Peser de son poids pour réconcilier Chahed et les siens. Après tout le plus virulent des adversaires d’Ennahdha, Mohsen Marzouk, a pu faire la paix avec les islamistes, donc toutes les acrobaties sont possibles et en politique plus qu’ailleurs, les vérités d’aujourd’hui ne sont pas forcément celles de demain, et pas seulement en terre tunisienne!

par -

Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a livré ce lundi 12 novembre 2018 ce qui sera sans doute un de ses derniers grands combats avant les élections de 2019. A moins d’un psychodrame dont la jeune démocratie tunisienne a le secret, Chahed devrait pouvoir dérouler tranquillement jusqu’au prochain scrutin, et nous épargner ces cirques et shows tragicomiques récurrents au Parlement qui crament un précieux temps que le pays n’a pas. Sur le plan politique, il s’offre une éclaircie qui devrait lui dégager la voie pour faire avancer les réformes qu’il a déjà lancées, tenter d’obtenir les résultats économiques probants qui manquent encore à son tableau de chasse, organiser les joutes électorales de 2019 et remettre les clés de la maison. Pour faire quoi par la suite? Mystère total pour le moment. Mais une chose est sûre : En réussissant le tour de force de bâtir un tel front autour de lui qui lui a permis ce succès, il se met dans la meilleure des configurations pour monter une formation politique qui enjambe les clivages et qui pourrait aimanter toutes les sensibilités politiques du pays. Ce n’est pas rien ça! Quant à ses adversaires, qui étaient ses frères d’armes jusqu’à ce que le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi, les entraine dans son combat personnel, ils ont fui la plénière pour s’éviter une cuisante défaite en direct “au prix du déshonneur“, in fine ils ont eu la défaite et “le déshonneur“, pour paraphraser l’homme d’Etat britannique Winston Churchill (1874-1965).

Jusqu’au bout, jusqu’à ce matin, Nidaa Tounes aura tenu à continuer sa course folle vers l’abîme. Ils ont refusé de marcher sur les pas du président de la République, Béji Caïd Essebsi (BCE), qui leur avait pourtant tendu la perche en déclarant haut et fort qu’il ne veut pas être ce grain de sable dans la machine de Chahed. Pourtant s’il y a quelqu’un qui était directement concerné par la bravade du chef du gouvernement, c’est bien BCE, lui le fondateur du parti, lui qui a sorti Chahed de l’ombre du secrétariat d’Etat à l’Agriculture pour en faire ce ténor qui a fini par lui tordre le bras, dans les règles de l’art. En dépit de tout cela le chef de l’Etat s’est effacé, faisant bon coeur contre mauvaise fortune. Savoir accompagner, adouber et même applaudir celui qui est favorisé par les rapports de force du moment et que rien ne peut stopper est de la realpolitik, du pragmatisme, et c’est aussi un gage de survie dans un  microcosme où tous les coups, ou presque, sont permis. Le comité directeur de Nidaa Tounes, auquel manifestement l’arrivée de Slim Riahi ne fait pas du bien, a refusé l’inflexion que dicte la lecture de la situation politique actuelle. Mauvaise pioche.

Une responsabilité historique

Pourtant BCE leur avait mâché le travail et la pirouette était toute trouvée : Il fallait se concerter rapidement dans la foulée de la conférence de presse du chef de l’Etat pour pondre un communiqué sommaire entérinant l’enterrement de la hache de guerre, souhaitant bon vent à Chahed, levant l’hypothèque sur le vote de confiance et tout le toutim. Et le tour était joué! En politique il suffit parfois d’un simple affichage, d’une simple posture, même factice, pour se retrouver au centre du jeu, dans le camp de ceux qui font et défont. Nidaa Tounes, jusqu’au bout, a défié toutes les lois de la politique et s’est obstiné à livrer un combat d’arrière-garde, un combat perdu d’avance et a préféré se mettre sur la touche pour regarder le train passer. Jusqu’à ce matin, il pouvait encore limiter la casse en optant au moins pour l’abstention, ce qui lui aurait laissé une porte de sortie vers la réconciliation avec Chahed. L’affaire serait d’autant plus simple que le chef du gouvernement est un fils du parti, et tout ce qui a été dit et fait par les deux parties en conflit aurait pu être effacé d’un trait. Mais voilà, c’était sans compter sur les égos surdimensionnés, sur l’absence totale de la moindre jugeote politique, ceux-là même qui ont valu au parti son érosion au Parlement, à peine 51 députés, contre 86 en 2014.

Nidaa Tounes devra expliquer à ses électeurs comment il a combattu, jusqu’au bout, avec une rare débauche d’énergie, celui qui était sans doute le mieux placé pour éviter une victoire totale d’Ennahdha aux prochaines élections. Mais les dirigeants actuels ne seront pas les seuls à porter cette responsabilité historique, le chef de l’Etat également, pour ne pas avoir freiné à aucun moment son fils malgré la pléthore d’alertes et plaintes, devra payer le prix de son mutisme. Il aura échoué là où Habib Bourguiba avait réussi, et le Tribunal de l’Histoire ne le lui pardonnera pas. Il a peut-être réussi à se dégager de la bataille politico-constitutionnelle qui allait l’opposer à son ex-poulain, mais il ne parviendra pas à se défaire aussi facilement des dégâts que Essebsi junior a provoqués.

par -

Réunis dans l’hémicycle de l’ARP, au Bardo, pour se prononcer sur la requête du chef du gouvernement, Youssef Chahed, qui était venu solliciter leur confiance pour sa nouvelle équipe, les députés, à l’exception de ceux de Nidaa Tounes, lui ont accordé une majorité confortable. Chahed repart ainsi pour un tour, probablement jusqu’aux élections de 2019, sauf retournement spectaculaire de situation…

Le détail des votes :

Mohamed Karim Jamoussi, ministre de la Justice, a obtenu 131 voix, 24 contre et une abstention

Kamel Morjane, ministre de la Fonction publique, a obtenu 127 voix, 24 contre et sans abstentions

Abderraouf Chérif, ministre de la Santé, a obtenu 131 voix, 27 contre et sans absentions

Mokhtar Hammami, ministre des Collectivités locales et de l’Environnement, a obtenu 129 voix et 4 absentions

Hédi Makni, ministre des Domaines de l’Etat, a obtenu 130 voix, 19 contre et 3 abstentions

Sonia Bechikh, ministre des affaires de la Jeunesse et des Sports, a obtenu 131 voix, 22 contre et 1 abstention.

Saïda Lounissi, ministre de l’Emploi, a obtenu 129 voix, 25 contre et 3 abstentions

René Trabelsi, ministre du Tourisme, a obtenu 127 voix, 25 contre et 1 abstention.

Hichem Ben Ahmed, ministre du Transport, a obtenu 132 voix, 24 contre et sans abstentions.

Noureddine Salmi, ministre de l’Equipement, a obtenu 131 voix, 13 contre et 3 abstentions

Radhouane Ayara, ministre chargé de l’Immigration et des Tunisiens à l’étranger, a obtenu 125 voix, 25 contre avec 2 abstentions

Mohamed Fadhel Mahfoudh, ministre chargé des Relations avec les Instances constitutionnelles, a obtenu 131 voix, 22 contre et sans abstentions

Chokri Belhassen, ministre chargé du Suivi des projets et de l’Economie solidaire, a recueilli 130 voix, 23 contre et sans abstentions

Habib Dabbabi, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Industrie et des PME, chargé des PME, a obtenu 128, 20 contre avec 3 abstentions

Adel Jarboui, secrétaire d’Etat auprès du ministre du Transport, a obtenu 126 voix, 24 contre et sans abstentions

Ahmed Gaaloul, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Jeunesse et des sports, chargé du sport, a obtenu 115 voix, 23 contre et 8 abstentions.

Basma Jebali, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires locales, a obtenu 128 voix, 22 contre

Samir Bachouel, secrétaire d’Etat auprès du ministre du Commerce chargé du commerce intérieur, a obtenu 126 voix, 23 contre et 4 abstentions

par -

Comme le gouverneur romain Ponce Pilate le fit avec les autorités juives de la Judée qui voulurent crucifier le prophète Insa, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), s’est lavé les mains du gouvernement proposé par Youssef Chahed. Il ne faudra pas compter sur lui pour tenter de lui barrer la route, même s’il ne bénit cette affaire que du bout des lèvres. Il a dit, publiquement, qu’il en sera ainsi, il ne pourra pas se dédire, même si à l’occasion il décochera quelque coup de patte en direction de Chahed, avec le ressentiment de celui que son ex-protégé a broyé pour imposer sa volonté. Mais il n’oubliera pas la postérité, ce qu’il laissera aux générations futures, ce qu’il veut qu’on raconte sur lui une fois qu’il aura disparu. A 92 ans, le président de la République y pense certainement. Essebsi aimerait qu’on dise de lui ce qu’il a dit de Habib Bourguiba hier dans sa conférence de presse. Et mettre des bâtons dans les roues du chef du gouvernement qu’il a lui même “fabriqué“, comme il aime à le répéter, n’est certainement pas la meilleure façon de bâtir une légende. Alors il fait un repli très stratégique, et laisse passer.Son fils, le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi (HCE) et ses acolytes ont tenté de l’embarquer dans un combatdont il n’avait pas les moyens constitutionnels, il s’est laissé aller à quelques saillies, mais c’était surtout un baroud d’honneur, le dernier rugissement du vieux lion, histoire de montrer qu’il en a encore sous le pied. C’est tout. Savoir jusqu’où ne pas aller trop loin, dans un contexte politique aussi délétère et une situation économique aussi mauvaise, c’est aussi une marque de sagesse. HCE, Slim Riahi et compagnie ne peuvent pas en dire autant.

Il tire le tapis sous leurs pieds

BCE s’est subrepticement sorti de cet imbroglio, avec la dextérité qu’on lui connait et plutôt du panache. Les dizaines d’années de fréquentation des arcanes du pouvoir ont au moins servi à ça. Mais pendant qu’il se dégageait de ce bourbier, tout le monde a oublié celui par qui toute cette affaire est arrivée, celui qui contre toute logique a poussé dans les cordes le chef du gouvernement, un des leurs, le forçant à sortir le Machiavel qui était enfoui, jusqu’au “meurtre du père” – BCE -, avec ce gouvernement qu’il a concocté dans son dos. Tout le monde a oublié HCE. Même son cher papa l’avait oublié, pendant qu’il discourait et prenait un certain plaisir à épater la galerie, la presse. Pourtant s’il y a un grand perdant dans cette histoire, c’est bien Essebsi junior. Si son père, dans la position qui est la sienne, a pu retomber sur ses pieds en se contentant de dire que c’est lui qui a sorti Chahed de son chapeau et qu’il ne le lâchera jamais, la chose est beaucoup moins simple pour le directeur exécutif de Nidaa Tounes. Et il ne peut même pas compter sur son père pour assumer une part de cette cabale folle pour faire chuter le mieux placé d’entre eux pour présider aux destinées de la famille dite progressiste, Chahed. En réalité BCE et son fils se sont inter-stimulés pour atomiser le chef du gouvernement, mais le chef de l’Etat ne l’assumera jamais publiquement. Lui a au moins le privilège de faire ce qu’il veut dans l’ombre et d’afficher autre chose publiquement. Son fils ne peut pas en dire et faire autant.

Le dérapage, jusqu’au crash

Jusqu’à hier Nidaa Tounes était braqué dans son combat, traquant ses ministres pour qu’ils quittent le gouvernement, sous peine d’exclusion. Certains n’ont pas attendu la disgrâce et ont préféré quitter un navire en plein naufrage, leur parti, pour s’embarquer dans un bateau dont on ne sait pas où il accostera en 2019 (Chahed ira-t-il aux élections de 2019? Si oui sous quelles couleurs? Montera-t-il son propre parti politique? Disparaitra-t-il dans la nature – quelque part dans une organisation internationale – après ce qu’il aura considéré comme de bons et loyaux services?…). Nidaa Tounes en est là : il n’inspire confiance à personne, même pas à ses propres enfants, qui préfèrent les incertitudes de leur compagnonnage avec Chahed à la certitude de sombrer avec un parti qui a perdu la boussole. Peut-être que le Congrès électif annoncé pour janvier 2019 mettra un terme au massacre du parti, par le fils du président de la République, mais rien n’est moins sûr, le terrain étant déjà miné par la dernière fausse bonne idée, la fusion avec l’UPL et le parachutage de Slim Riahi au poste de secrétaire général. De tout cela le chef de l’Etat ne parlera pas, ni hier, ni demain. Trop compromettant, trop dangereux, trop explosif pour l’image qu’il est en train de forger pour la postérité.

Chahed fera face aux députés ce lundi 12 novembre 2018, pour solliciter leur confiance. La fenêtre de tir se réduit pour Nidaa Tounes. Il a déjà beaucoup perdu dans cette affaire, beaucoup trop. Il reste peu de temps pour limiter la casse et s’éviter une déroute au Parlement en tentant de stopper Chahed, comme on tenterait de stopper un train avec son corps. Les nidaïstes pourront toujours, d’ici ce week-end, choisir la voie de la raison en infléchissant leur position, en s’abstenant pendant le vote, à défaut de pouvoir voter pour par souci de cohérence. BCE leur a ouvert la brèche, à eux de s’y engouffrer.

par -

Son parti, Nidaa Tounes, lui a tendu la perche de la rupture, de l’affrontement le chef du gouvernement, Youssef Chahed, l’a saisie, en se drapant avec les outils que lui donne la Constitution. A plusieurs reprises, en entamant la présentation de sa nouvelle équipe, lundi 5 novembre 2018 à 20h, l’heure de la grand-messe des JT dans les grandes démocraties, Chahed a invoqué le texte fondamental pour couper l’herbe sous le pied de ceux qui allaient inéluctablement lui reprocher d’avoir évincé le chef de l’Etat, Béji Caïd Essesbsi (BCE), tout au long de sa tambouille pour former son gouvernement. C’est l’épilogue d’un bras de fer épique qu’a déclenché le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi (HCE), avec l’assentiment de son papa, le président de la République et dont d’ailleurs ce dernier se cachait de moins en moins. D’aucuns disaient que Chahed allait différer son remaniement jusqu’à son retour de la Mauritanie, où il était attendu hier pour une visite de deux jours, il a choisi le combat, tout de suite, sûr de son coup. C’est un chef du gouvernement éjecté de son parti, rappelons-le, qui s’est présenté hier devant les citoyens, affranchi du devoir d’allégeance envers son mentor, BCE, qui l’avait sorti de son chapeau pour relayer Habib Essid qu’il venait d’immoler. Donc, théoriquement, Chahed, viré – ils ont dit suspendu – par les siens, ne leur devait plus rien. Il a usé – abusé diront certains – de sa liberté. Toute la classe politique le bassinait avec le remaniement, et bien il le leur a servi, mais comme lui l’a voulu et en prenant de gros risques politiques, mais des risques calculés aussi.

Des coups, très politiques

On est entré hier, de plainpied, dans une configuration politique inédite depuis 2014. Jusqu’ici c’est BCE, vainqueur des dernières élections générales, qui dirigeait l’orchestre, même avec les pouvoirs limités que lui confère la Constitution (la politique étrangère, et donc le choix du ministre en charge de ce dossier et la Défense, avec la même prérogative). Jusqu’ici les remaniements se faisaient avec le chef de l’Etat, avec le chef du gouvernement qui notait, sur le coin d’une table, les désidératas du “patron” ou à tout le moins venait le voir pour valider ses choix avant d’aller devant le Parlement. Et bien toute cette tradition a volé en éclats hier, BCE a été royalement enjambé par son ex-poulain qui a fait sa petite cuisine dans son petit coin. D’où d’ailleurs la réaction outrée du palais de Carthage, avec un communiqué qui cache mal les mots aigres-doux, voire pire, qui ont dû être débités par le président de la République dont on connait les emportements. Mais à part les vociférations, que peut bien faire BCE pour stopper le locataire du palais de la Kasbah? Et bien pas grand chose…

D’abord constitutionnellement, il a les mains liées. Chahed le sait, BCE aussi le sait, ce qui a dû accentuer son ire. Et puis il y a le contexte, très favorable à Chahed. Et là aussi Essebsi, au fond de lui, doit apprécier à leur juste valeur les coups de l’élève Chahed, son élève à lui, devenu maître en un rien de temps dans l’art de jouer avec les cartes que la situation met dans ses mains. Que va faire en face le président de la République? Rien. Le chef du gouvernement a contourné le problème BCE en gardant les ministres, ceux des Affaires étrangères et de la Défense, dont les noms avaient été validés par le chef de l’Etat lui-même. Il pourra toujours, par dépit, parce que Chahed l’a zappé, exiger de ces deux ministres, sur qui la Constitution lui donne tous les droits, qu’ils démissionnent. Mais ça c’est la théorie, dans la pratique le président de la République ne prendra pas le risque de provoquer une crise politique de cette ampleur en bloquant les institutions, dans la situation dans laquelle est le pays. Une dangereuse aventure qui pourrait lui retirer le peu de crédit qui lui reste, après les dégâts qu’a provoqués son fils dans la machine de guerre qu’il a bâtie, Nidaa Tounes. Selon toute vraisemblance, BCE n’aura d’autre choix que d’avaler son chapeau et de laisser le bullzoser lui passer sur le corps.

Un risque calculé

En cooptant le ténor Kamel Morjane, des éléments de Machrouu Tounes et en gardant Samir Taieb dans son giron, il s’offre un bouclier politique pour baliser sa route vers le vote de confiance à l’ARP où la Coalition nationale, acquise à sa cause, lui a déjà mâché le travail. Sans parler de l’armada Ennahdha, qui sera encore plus “chahedophile” depuis qu’il a eu la bonne idée d’abord de garder les ministres d’obédience islamiste, en dépit des réserves sur leur rendement. Quant à Nidaa Tounes, maintenant de fait dans l’opposition, Chahed a accentué son trouble et ses déboires, qui n’étaient pas peu, en gardant ses ministres, d’ailleurs des poids lourds dans le gouvernement, ce qui permet au chef du gouvernement de garder les grands équilibres de son équipe, et donc du pays. C’est important pour ne pas heurter le processus d’élaboration de la Loi de finances 2019 et les pourparlers autour avec les parlementaires. C’est aussi important pour la continuité des liens avec les institutions financières internationales, en premier le FMI avec lequel la Tunisie a mis sur les rails des chantiers qu’il ne faut surtout pas perturber.

Le fait pour les ministres étiquetés Nidaa de choisir de rester aux côtés de Chahed, contre la volonté de HCE, au motif de servir l’intérêt général, ne veut pas dire qu’ils n’ont pas de soutien au sein de Nidaa Tounes. Il est même possible qu’on assiste à des scénarios ubuesques, du genre des députés qui se rebiffent et ignorent superbement les consignes de l’état-major, et donc votent en faveur de Chahed. A moins que le comité directeur de Nidaa choisisse la voie de la raison en adoubant, même du bout des lèvres, celui qui fut un des leurs. Ou à tout le moins donne la consigne de l’abstention, pour ne pas étaler davantage le piteux et navrant spectacle de la division. En attendant que la roue politique tourne, d’ici 2019. 

par -

Comme presque chaque week-end maintenant, les couteaux étaient de sortie sur la scène politique locale, et ça va monter crescendo à mesure qu’approche la fin de l’année 2018 et donc l’année électorale, 2019. Le samedi 3 novembre 2018, c’est Nidaa Tounes, une fois de plus, qui a régalé et il y a des chances que ces éruptions soit régulières du fait des raisons du grabuge devant le siège du parti aux Berges du Lac. C’est ce lieu que les membres de la coordination régionale et les bases de Nidaa à Kasserine ont choisi pour dénoncer ce que d’autres coordinations ont dénoncé : la fusion entre leur parti et l’Union patriotique libre (UPL), et le parachutage de Slim Riahi au poste de Secrétaire général. Il y a certes l’aspect sulfureux du personnage qui rebute et dérange, avec ses casseroles judiciaires qui font un boucan d’enfer, mais il y a aussi surtout le fait que ce poste ne se donne pas ainsi, avec cette facilité et cette rapidité déconcertantes, au bout de quelques heures de conciliabules sans aucune consultation des structures régionales, si d’ailleurs elles existent encore dans la tête de Hafedh Caïd Essebsi (HCE), le directeur exécutif de Nidaa. Pourtant Riahi fait ce qu’il ce qu’il peut pour entrer dans le costard de patron du parti sorti vainqueur des élections de 2014 – une sacrée promotion pour un apprenti politicien! -, il fait ce qu’il peut pour être à la hauteur de la fonction, mais la greffe ne prendra jamais.

C’est pas brillant

La lente agonie de Nidaa Tounes se passe dans le silence assourdissant des cadres du parti. Il y a bien Neji Jalloul qui a, enfin, moufté, en tentant une sortie pour dire le mal qu’il pense du comité directeur de Nidaa Tounes, mais c’était trop vague et trop timoré pour marquer les esprits, lui qui est pourtant réputé pour sa capacité à tailler dans le vif. Selma Elloumi a préféré mettre les voiles direction palais de Carthage pour, ont confié ses proches à Africanmanager, rabibocher le président de la République, Béji caïd Essebsi et son ex-poulain, le chef du gouvernement, Youssef Chahed. On jugera sur pièce. Et les autres dirigeants du parti? Rien. Motus et bouche cousue. Tout le monde se planque en attendant de voir de quel côté allaient tourner les vents de 2019… pour bien entendu aller dans le même sens. A part ça il y avait aussi ce week-end les saillies de l’ex-président de la République, Moncef Marzouki, très peu porté sur les nuances et qui a une nette préférence pour les tirs dans le tas. Et on a été servi !

A Gafsa, il nous a fait des tirades sur une corruption généralisée dans la vie politique et économique que même la révolution n’a pas pu abattre ; il nous a promis de s’attaquer résolument à la “moralisation” de la scène politique et d’oeuvrer pour hausser le niveau du débat politique, qui n’a jamais été aussi bas selon lui, rapporte la TAP. Bref, Marzouki, un commandant quasiment seul dans son navire, abandonné par presque tous ses officiers, n’a pas été avare en diatribes et en promesses. Mais rappelons-nous ce qu’a dit l’homme politique français Charles Pasqua sur les promesses : Elles “n’engagent que ceux qui y croient“. Rappelons-nous aussi ce qu’a été le sombre règne de Marouki : Un laisser-aller total qui nous a valu deux assassinats politiques et une pléthore d’attentats contre la Police et l’Armée nationales, avec son record de deuils nationaux. Nous n’avons pas le droit d’être amnésiques, pas après 4 petites années!

On l’avait presque oublié celui-là, et pourtant

A part ça il y a le confort et l’inconfort de Chahed, qui est certes tourmenté par son remaniement, objet de toutes les surenchères entre ses deux parrains, mais un Chahed qui paradoxalement n’a jamais été aussi costaud politiquement. En effet presque plus personne ne réclame sa tête, à part quelques politiciens qui ne représentent qu’eux-mêmes. Le combat contre le chef de gouvernement a fini par cesser faute de munitions ; le plus virulent de ses adversaires, HCE, a rangé ses armes, trop occupé à contenir les dégâts du loup qu’il a introduit dans la bergerie, la preuve ultime du génie politique déclinant de Essebsi père et une preuve de plus de l’absence totale de génie politique chez Essebsi fils. Ce ratage complet fait bien entendu les affaires de Chahed, qui en profite pour se faire oublier par les snipers de Nidaaa. Quant à l’UGTT, il y a longtemps que le départ du locataire du palais de la Kasbah n’est plus une priorité pour elle, braquée sur les négociations sociales pour la fonction publique. Ce n’est pas vraiment le moment de faire du raffut autour de Chahed, qui va très probablement encore décaisser à titre d’augmentations salariales, pour s’éviter une grève générale et pour se payer une tranche de paix sociale, un chèque sur lequel même le FMI pourrait fermer les yeux en dépit des lignes rouges qu’il a tracées.

Humiliation suprême pour Nidaa : Tout porte à croire, à en croire la première envolée de Riahi en tant que patron du parti, qu’ils vont avaler leur chapeau et revenir à la raison sur cette idée complètement folle d’éjecter du gouvernement la première force parlementaire du pays, donc de fait la première force politique, Ennahdha. Les dirigeants nidaïtes ont eu les yeux plus gros que le ventre, et ne se sont par rendus compte que, techniquement et arithmétiquement, ils pouvaient très bien sortir du gouvernement sans que cela stoppe net Chahed. En effet Nidaa s’est “damné” dans l’aile gauche du Parlement depuis qu’il s’est allié avec les islamistes, et ce ne sont pas ses grandes phrase sur la rupture et le retour dans le bercail des progressistes qui vont ramener le Front populaire et les autres à de meilleurs sentiments. Donc, de fait, Nidaa, n’a pas de majorité pour bloquer un gouvernement Chahed dont il ne ferait pas partie. Alors que Ennahdha, avec son armada de 68 élus qui votent comme un seul homme et qui n’ont jamais fait faux bond à Chahed, peut faire cause commune avec la “Coalition nationale” pour offrir un solide bouclier au chef du gouvernement, sans parler des indépendants dont la plupart ont la conviction que Chahed est le moins mauvais choix pour la période actuelle.

par -

Occuper le terrain, donner le tempo, dicter les sujets dont la presse et l’opinion publique vont faire leurs choux gras, c’est un art en politique mais c’est surtout la seule façon de marquer les esprits, de prendre date pour les échéances électorales. Et c’est exactement ce que Ennahdha est train de faire. On n’a entendu qu’elle ce week-end. Ennahdha qui appelle le chef du gouvernement, Youssef Chahed, à ouvrir les bras à toutes les formations politiques de la place (une négation du principe même des élections et des coutumes du jeu démocratique, avec une majorité pour gouverner et une opposition, mais les islamistes ne sont pas à une contradiction près). Ennahdha qui réaffirme sa fidélité au fameux consensus scellé à Paris avec le chef de l’Etat, une façon d’endormir ce dernier et les siens, pour ne pas déclencher une guerre frontale que les islamistes ne sont pas encore certains de pouvoir gagner (ça viendra peut-être). Ennahdha qui fait un vibrant plaidoyer pour les instances constitutionnelles, se montrant plus royaliste que le roi, le président de la République et son parti, Nidaa Tounes, pourtant sorti vainqueur des premières vraies législatives libres de l’histoire du pays. Ennahdha qui annonce, ô combien surprise, une refonte de l’appareil exécutif du mouvement. Etc. Bref, il n’y en avait que pour Rached Ghannouchi et compagnie. Et que font les autres pendant ce temps? Rien, ou pas grand-chose. En tout cas rien qui puisse être opposé et surtout contenir les déplacements très tactiques de l’état-major nahdhaoui. Des coups d’avance pour certains, même symboliquement, retard, cafouillages et ratés pour les autres, tout cela pourrait finir par la gueule de bois en 2019, et devinez pour qui.

“Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois”

Il ne faut pas s’y leurrer : Une élection ne se joue pas pendant la campagne électorale, elle est actée bien avant, avec des jalons posés des mois avant dans la tête des citoyens, de petits riens parfois, des postures qui finissent par s’imprimer dans les esprits et travailler les consciences dans la perspective de l’isoloir le jour du vote. Ce ne sont pas les professions de foi des candidats, très souvent fabriquées par des cabinets de communication n’ayant pas pied dans la réalité, qui font pencher la balance, mais plutôt les actes posés durant les mois précédant la joute électorale. Il faut être naïf pour croire le contraire, et la naïveté en politique c’est fatal. Faute de n’avoir pas compris que les élections ont déjà commencé et que le moindre geste, la moindre parole, la moindre prise de position comptent, les adversaires de Ennahdha risquent d’avoir un réveil difficile.

Certes la gymnastique et les grands écarts de Ghannouchi, d’un bout de l’échiquier politique à l’autre, ratissant très large, trop sans doute, ne pourront pas leurrer les analystes chevronnés, les experts, les observateurs chevronnés, les citoyens avisés, mais ils sont combien ? Ce ne sont pas à eux que les islamistes s’adressent, ils parlent d’abord à leurs militants et la masse d’électeurs indécis. Et dans un paysage sinistré où il y a un vrai désamour pour les partis, à en croire tous les sondages, faire le plein dans son camp et capter un paquet de voix chez les indécis et abstentionnistes peuvent faire la différence, sans même avoir besoin d’aller chasser chez les autres partis. On sera mal élu, certes, mais élu quand même, et tout à fait légitime pour gouverner une majorité silencieuse dont une partie est composée d’électeurs transis, déçus, qui sont revenus de leur passion pour des formations qui font tout pour qu’on les disqualifie.

Il est la solution à tous les problèmes!

On devait, en principe, avoir un vrai combat entre deux poids lourds en 2019. Mais voilà, le rendez-vous pourrait faire pschitt. D’abord il y a de fortes chances que la plupart des citoyens le boudent, ensuite parce qu’un des challengers, Nidaa Tounes, est loin de pouvoir présenter le même visage qu’en 2014. Ses traits se sont flétris depuis, sous les coups portés par son directeur exécutif, Hafedh Caïd Essebsi, le fils du chef de l’Etat, qui pense pouvoir se requinquer en se jetant dans les bras de Slim Riahi, le sulfureux chef de file de l’UPL (Union patriotique libre). Une énorme bourde politique, à en croire les réactions qui ont accueilli cette union contre-nature, presque autant que l’alliance avec les islamistes aux yeux de certains militants, et ils ne sont pas peu. La gauche radicale, le Front populaire et tout le toutim, aurait pu être une alternative pour les nidaïstes déçus ; Hamma Hammami et compagnie sont pour le moment épargnés par les scandales, les affaires et les foudres de la justice, leur crédibilité ne s’est pas érodée. Mais voilà, ils sont obsédés par leur combat pour faire la lumière sur les meurtres de Chokri Belaïd et Mohammed Brahmi, un combat nécessaire, absolument indispensable pour donner du crédit à la démocratie et l’Etat de droit en gestation. Le problème c’est que cette affaire, en raison de ses ramifications, pourrait s’éterniser et griller un temps précieux qui va manquer au FP pour structurer son offre politique en vue des prochaines élections. La vérité sur ces crimes qui ont souillé à jamais l’éphémère règne de la Troïka, c’est un peu court comme slogan pour prétendre jouer les premiers rôles en 2019.

La Coalition nationale, 3ème force politique à l’ARP, pourrait aussi être un recours, il l’est déjà pour le secrétaire général de Machrou Tounes, Mohsen Marzouk, qui a besoin d’être consolé et surtout ragaillardi politiquement après le coup tordu que lui a fait Ennahdha. Mais là aussi il y a un os : le bloc parlementaire, qui est loin d’être homogène – c’est aussi un gros problème -, n’est pas encore rentré dans le dur. Résistera-t-il au choc des égos? Si oui, il faudra après qu’il passe le cap pour se structurer en parti politique, et qu’il se trouve un bon chef, ce que Chahed ne veut pas ou ne peut pas être pour le moment. Le chef du gouvernement pourrait très bien aussi régler le problème de Nidaa Tounes, en incarnant ce leader que le Congrès électif de janvier 2019 va choisir. Et même Ennahdha, qui a manifestement d’excellentes relations avec Chahed et qui lui a servi de bouclier quand son propre parti, Nidaa Tounes, a juré sa perte, pourrait s’en accommoder. Mais seul Dieu sait ce que fera le chef du gouvernement une fois qu’il se sera déchargé du fardeau du Budget 2019.

FOCUS 🔍

Aures Auto, distributeur officiel de DS Automobiles en Tunisie, a organisé mardi 4 décembre 2018 un point de presse pour annoncer le lancement de...

Le meilleur des RS

Homme d’affaire, Nafaa Ennaifer n’en est pas à son premier coup de gueule. Il s’en prend dans ce Post sur sa page officielle à...

PRESSE LOCALE

INTERVIEW

2018 aura finalement été une bonne année pour le tourisme tunisien. La plupart des marchés classiques ont connu progressivement une reprise. La destination Tunisie...

AFRIQUE

Alors que le président sortant, Joseph Kabila, interdit de troisième mandat, par la Constitution, pensait avoir bien ficelé une cohabitation qui lui permettrait de...

Reseaux Sociaux

SPORT

Le comité directeur du CS Sfaxien s'est vu accordé 2000 tickets supplémentaires pour la rencontre opposant la formation sfaxienne à l'équipe ougandaise de Vipers...