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Souleymane LOUM

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Al Moubadara, de Kamel Morjane, a été le premier à sauter le pas pour fusionner avec Tahya Tounes, le parti du chef du gouvernement, Youssef Chahed. En attendant les autres, surtout Al Baddil Ettounsi, piloté par Mehdi Jomaa et Machrouu Tounes, animé par Mohsen Marzouk. Cela fait un bail que Slim Azzabi, le chef de file de Tahya Tounes (en attendant que Chahed veuille bien descendre dans l’arène…), a ébruité des pourparlers avec ces deux-là, mais il ne se passe rien depuis ! Il faut dire aussi que Marzouk, un véritable OVNI sur la scène politique tunisienne – mais il n’est pas le seul -, est coutumier des négociations qui s’éternisent, qui squattent les gros titres des journaux plus que de raison pour finir en pétard mouillé. On se rappelle de son mariage avec Nidaa Tounes annoncé en grande pompe en août 2018, des noces qui sont finalement tombées à plat. Et Marzouk remet ça avec le Nidaa de Sofiene Toubel… Mais cette fois les choses devraient être différentes avec Tahya Tounes, pour la simple et bonne raison que ni lui ni Chahed n’ont le choix. C’est cela ou le péril de la division, des forces disparates et émiettées qui ne permettent à aucun parti dit progressiste d’émerger et d’exister face à l’ogre Ennahdha, et encore moins prétendre à jouer les premiers rôles dans la direction des affaires du pays. Même les islamistes ont compris tout le bénéfice qu’ils peuvent tirer d’un front progressiste fort en face d’eux et avec eux.

Il faut écouter Jelassi

Ennahdha, on le sait, est la meilleure de la place pour les contorsions, le double langage, la duplicité et autres joyeusetés de ce genre. Mais quand un de ses dirigeants, Abdelhamid Jelassi, déclare publiquement, le 22 mai 2019 sur Mosaïque FM, que le mouvement aimerait voir un solide partenaire pour gouverner avec lui, pour le coup il faut le croire. Sur cette affaire, plus question de double langage. Ennahdha, même auréolée par les prédictions des sondages pour les prochaines législatives, sait pertinemment qu’elle ne pourra pas piloter seule la très agitée Tunisie post-révolutionnaire. Le cuisant échec de la Troïka est là pour rappeler aux islamistes qu’il faut condamner cette porte et qu’il faut y aller avec les autres pour ne pas subir de nouveau la fronde de la rue, celle qui les a éjectés du pouvoir en 2014. Alors si Rached Ghannouchi et compagnie se mettent subitement à entonner la chanson du front progressiste autour de Chahed, ce n’est certainement pas par bon sentiment, c’est le fruit d’une stratégie dictée par la logique implacable des rapports de force dans le pays. Vous y ajoutez l’abstention aux prochains scrutins, qui pourrait être forte, vous obtenez tous les ingrédients d’un pouvoir qui sera de toute façon fragile, régulièrement mis à l’épreuve et qui devra en permanence prouver sa légitimité. Et Ennahdha, qui a été échaudée par les tempêtes de 2011-2014, n’a aucun intérêt à tester de nouveau les limites de sa popularité…

Jebali ne fera pas illusion

Pourtant la tentation de faire cavalier seul est toujours là pour les nahdhaouis, en la personne de Hamadi Jebali, l’ancien chef du gouvernement de la Troïka, qui n’a jamais caché son envie de s’asseoir sur le fauteuil de Habib Bourguiba. Mais ne s’installe pas au palais de Carthage qui veut. Jebali, même avec le costard d’indépendant qu’il veut se tailler, ne fait pas illusion : Il sera toujours le candidat d’Ennahdha. Le soutenir publiquement ? Pourquoi pas a dit cette dernièrement, mais elle l’a dit mollement, comme elle l’a dit pour le soutien de Kaïs Saïed ou Youssef Chahed. Le fait est que Ennahdha, qui n’a pas de poulain pour la présidentielle en dépit des efforts surhumains de Ghannouchi pour l’être (le sourire étincelant qu’il s’est offert, la cravate, etc.), temporise et attend de voir dans quel sens va tourner le vent. En attendant chaque jour avec sa déclaration, chaque jour avec son candidat, et d’ici les élections il y en aura un sacré paquet ! Mais ce dont on est certain c’est que pour rien au monde les islamistes ne risqueraient de s’aliéner l’actuel chef du gouvernement. Leurs relations étaient déjà très bonnes avec les postes très vue que Chahed leur a offerts dans son équipe, elles le sont encore plus depuis que Ennahdha a pesé de toute sa masse de 68 élus pour faire passer le gouvernement au Parlement. Alors pas question d’émettre des signaux négatifs en direction du locataire de la Kasbah qui reste, très objectivement, la meilleure carte d’Ennahdha pour une présidentielle qui n’est pas sa priorité mais sur laquelle il faut, tout de même, peser de tout son poids pour des tas de raisons (le contrôle de la diplomatie, de l’Armée…)

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Pour ceux qui en doutaient, l’Union européenne ne lâchera pas sur l’ALECA, elle harcèlera la Tunisie jusqu’au bout pour qu’elle signe, au plus vite, l’accord. Les moyens de pression dont dispose l’UE pour faire plier la “petite” Tunisie qui a eu l’outrecuidance de rechigner : L’argent, le nerf de la guerre. Le pays du jasmin en manque cruellement et justement son premier partenaire économique, l’UE, en a et en donne, en tout cas plus que les pays amis et frères du monde arabe, pour moult raisons. Mais les Européens aussi ont besoin de la Tunisie pour offrir des débouchés à leurs produits pour lesquels le marché commun de l’UE, aussi vaste soit-il, commence à être un peu étroit. Eh oui, il ne faut pas se leurrer, c’est une affaire éminemment économique, il n’est pas question de philanthropie, d’aide sociale ou de bons sentiments ! Les autorités tunisiennes freinent des quatre fers pour le moment, en s’adossant sur les rapports des experts sur les conséquences désastreuses, pour la Tunisie, de la ratification en l’état de l’ALECA, des rapports alarmants confortés par l’étude récente de l’OTE. Mais quoique promette le chef du gouvernement, Youssef Chahed, la Tunisie ne pourra pas tenir longtemps face à la pression de la diplomatie et aux Millions d’euros des Européens. Et on l’a nettement perçu lors de la visite du ministre des Affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui, les 16 et 17 mai 2019 à Bruxelles.

Les chèques et le reste

Jhinaoui a annoncé la signature d’un accord entre la Tunisie et l’UE pour impulser l’inclusion économique, sociale et politique des jeunes tunisiens. Concrètement les Européens ont lâché 60 Millions d’euros pour financer le programme “EU4Youth“. L’ISIE se frotte les mains également avec un chèque additionnel de 2 Millions d’euros pour l’aider à organiser les élections de 2019. Mais il y a eu ça aussi : “Nous avons confirmé notre souhait de développer davantage les relations économiques et commerciales entre l’UE et la Tunisie, en poursuivant les négociations sur un Accord de Libre Echange Complet et Approfondi (ALECA). L’ALECA aidera la Tunisie à diversifier son économie, à accroitre sa compétitivité et à développer ses exportations auprès de l’UE, qui est son plus grand partenaire commercial“,  indique la déclaration conjointe. Décidément, l’ALECA n’est jamais loin, et l’UE a l’art de l’évoquer en le mettant dans la même phrase que le statut de partenaire numéro 1 de la Tunisie, comme une sorte de petit rappel pour les plus optimistes, les autres diront avertissement subliminal ou carrément chantage…

La corde au cou

Le même communiqué dit aussi ceci : “Nous avons convenu de l’importance de maintenir notre commerce bilatéral aussi fluide que possible, exempt d’obstacles et barrières. L’Union européenne a noté l’annonce de la décision des autorités tunisiennes de lever dans les meilleurs délais les mesures commerciales mises en place en novembre 2018. La Tunisie a pris note du commentaire de la partie européenne que ces mesures ont un impact sur les produits européens“. Voilà, il faut le savoir : Les dirigeants tunisiens ont pris des engagements, qui de fait engagent aussi les citoyens. Des clameurs, des cris on en entendra prochainement, beaucoup, que ce soit de la part des agriculteurs, des industriels ou des experts tunisiens, mais encore faut-il que la Tunisie ait les moyens de son indignation. Quand on fait à peine 1,1% de croissance, il faut autre chose que les prédictions surréalistes de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement pour tenir la dragée haute à son premier partenaire commercial, premier donateur, premier investisseur, etc.

L’Ambassadeur de France avait averti

On ne savait pas que le partenariat Tunisie-UE n’était pas assez visible, on pensait qu’il était solidement imprimé dans toutes les têtes, surtout en terre tunisienne et que les liens avec l’Europe n’avaient nul besoin de promotion. C’est pourtant ce qui a été clairement demandé lors de la visite de Jhinaoui à Bruxelles : Faire un travail de pédagogie auprès des opinions publiques respectives pour magnifier la coopération entre la Tunisie et l’UE. Mais très vite on en vient au coeur du sujet : il s’agit surtout de valoriser à la face des citoyens tunisiens tout le bien que l’UE leur fait. C’est donc ça, exactement comme l’avait asséné l’Ambassadeur de France à Tunis, Olivier Poivre D’Arvor, devant le ministre tunisien du Commerce, Omar Béhi et un parterre de décideurs. Ni plus, ni moins. On en a maintenant la preuve : L’agitation et les rebuffades des Tunisiens devant l’ALECA ne passent plus. L’UE prend encore des gants pour signifier à la Tunisie son irritation, mais la patience des Européens a des limites…

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Un communiqué du ministère tunisien de la Justice, émis samedi 11 mai 2019, fait état de la libération provisoire, mais sous un strict contrôle judiciaire, de Belhassen Trabelsi, frère de Leila Ben Ali. Ainsi en a décidé, jeudi 9 mai 2019, la chambre de l’instruction de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, dans le sud de la France. Et pour que celui qui symbolise à lui tout seul toute une époque ne file pas entre les doigts de la justice française, ses passeports lui ont été retirés, on l’a contraint à garder la même adresse et il est obligé d’aller régulièrement rendre visite aux services français en charge de son contrôle. C’est costaud comme dispositif, mais le dossier le vaut largement. En effet on est au-delà des chefs d’inculpation de la justice, “blanchiment en bande organisée, recel, usage et complicité de faux documents administratifs“, presque des broutilles au regard de ce que représente Trabelsi pour une Tunisie qui a encore maille à partir avec les démons du passé. Alors se pose de nouveau la question lancinante de l’extradition du beau-frère de l’ancien président déchu. On a appris, dans le même communiqué, que la justice française tranchera avant la fin du mois prochain. Reste à gérer le retour de l’ex-homme d’affaires – affairiste diraient certains -, des affaires d’ailleurs qui lui valent ses déboires avec son pays. Mais un retour problématique à bien des égards.

Il faudra montrer patte blanche pour l’avoir

Les autorités tunisiennes ont beau arguer “leur pleine confiance en l’indépendance et la neutralité de la justice française pour une bonne application de la règle de droit” et elles ont beau avoir les meilleures relations du monde avec la France, il leur faudra quand même donner la garantie aux autorités françaises que les droits de Trabelsi seront respectés et qu’il aura un procès équitable. La France, “pays des droits de l’Homme“, dit-on, ne peut pas en exiger moins, ses propres citoyens ne l’accepteraient pas. Alors la Tunisie devra montrer patte blanche pour récupérer Belhassen. Et une fois qu’elle l’a elle devra prendre en main un dossier explosif, bien plus que celui du neveu de Leila Ben Ali, Imed Trabelsi, sur qui la justice s’est acharnée comme elle pouvait mais sans que cela calme l’élan vengeur de certains ou simplement que cela apaise une nation traumatisée par des décennies de dictature. Mais Belhassen c’est autre chose, c’est du lourd, avec des affaires plus importantes et qui impliquaient plus de monde. Donc le risque de déflagrations est beaucoup plus grand…

Un dossier très chaud

Si les autorités tunisiennes arrivent à mettre la main sur le frère de Leila Ben Ali, ce serait assurément un trophée pour divertir une population qui attend toujours les promesses de la Révolution et qui n’en goutte pour le moment que les affres, ce qui explique d’ailleurs que de plus en plus de gens regardent dans le rétroviseur et que Abir Moussi ait cette cote de popularité. Politiquement ça sera payant pour le gouvernement d’obtenir le rapatriement de cet homme, mais le temps de l’enchantement ne durera pas, évidemment. Par ailleurs Belhassen Trabelsi connait du monde, il a mouillé dans son business un paquet de personnes et ne se taira pas lors de son procès. Il parlera, il déballera. Et une fois ouverte la boîte de Pandore, il faudra passer derrière et faire le ménage.Il faudra avoir le courage de le faire, autrement toute cette affaire pourrait se retourner contre les autorités en place, dont la cote de confiance s’est déjà sérieusement érodée alors que les élections se profilent.

Une épreuve de plus

La Tunisie s’est très mal dépatouillée avec la Réconciliation nationale. Si ailleurs la chose a été très bien négociée, comme en Afrique du Sud ou au Rwanda, ici en Tunisie les passions vengeresses et le manque de clairvoyance ont tout fait capoter. Le processus n’a pas été conduit proprement, entre les contradictions de la population, les desseins inavoués des uns et les calculs des autres. Bref, l’affaire a manqué de sincérité, de franchise et a été polluée par des manoeuvres où l’intérêt national était la dernière des préoccupations. C’est ce qui explique les bisbilles entre l’IVD (Instance Vérité Dignité) et la Justice, avec au final une Justice transitionnelle qui n’a pas apporté au pays la potion pour cimenter la nation après la main de fer de la dictature et orienter tous les citoyens vers les mêmes objectifs. Et le retour de Belhassen Trabelsi est à coup sûr une épreuve de plus pour un pays qui a déjà tant de mal à gérer ses nombreux dossiers…

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La fête fut belle, pas une tête qui dépasse, aucun couac, en tout cas pas publiquement; aucune fausse note dans les médias ou ailleurs depuis le Congrès électif de Tahya Tounes. Personne n’en a dit du mal depuis près d’une semaine. C’est incroyablement long, une éternité même dans ce pays qui bouillonne et où il ne se passe pas un jour sans qu’on tombe à bras raccourcis sur quelqu’un, sur quelque chose, sur n’importe quoi ! Incontestablement le démarrage du parti du chef du gouvernement, Youssef Chahed, est une réussite. Vous me direz aussi que dans cette médiocrité politique ambiante, il suffit juste d’éviter les erreurs et errements de Nidaa Tounes et de calquer la légendaire discipline d’Ennahdha pour que le curseur soit mis au bon endroit. C’est le cas, pour le moment, avec Slim Azzabi comme chef d’orchestre. L’homme avait des ambitions, et n’a pas quitté le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE) et fait toutes ces réunions avec les députés de la Coalition nationale pour jouer les seconds couteaux. Il voulait être servi, c’est son droit, ses partisans lui ont donné ce qu’il voulait en en faisant leur chef de file, en attendant Chahed. Donc “tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes”. Enfin, pour l’instant, car des ombres au tableau il y en a.

Le problème Chahed

Le chef du gouvernement a choisi de demeurer à la Kasbah pour maquiller le plus possible son bilan, qui pèsera lourd, ou pas, face aux électeurs. Pour le moment cette stratégie est loin d’être payante, à en croire la descente aux enfers de sa cote de popularité. Les intentions de vote à l’élection présidentielle, le concernant, suivent la même tendance;  et c’est pire pour les législatives, d’après les dernières enquêtes. Chahed, puisqu’il a décidé de rester à la Kasbah le plus longtemps possible, devra trinquer, pour ce qu’il fait ou ne fait pas mais aussi pour tous les ratés des autres depuis la dite Révolution. Il peut revendiquer et même s’arroger le bon, mais aussi et surtout le moins bon. C’est injuste mais c’est ainsi. Ce sont les règles du jeu, et Chahed les a acceptées quand il s’est installé à la Kasbah, et encore plus quand il a commencé à nourrir des ambitions politiques…

BCE était beaucoup mieux loti en 2013, quand il a monté Nidaa Tounes. Certes il n’a jamais joué dans la même catégorie que Chahed et a beaucoup mois fait que lui; Essebsi avait la charge du pays pour à peine quelques mois (27 février 2011-24 décembre 2011, 9 mois 27 jours exactement), avec pour mission de conduire la transition, et pas la montagne de réformes qu’a lancées Chahed. Et quand il est revenu solliciter les électeurs en 2014, ils se sont rappelés son bilan plutôt honorable, avec un pays qui avait des allures de paradis par rapport aux difficultés de maintenant que doit se coltiner Chahed. Le travail de BCE, même sommaire, lui a suffi pour faire la différence lors des premières vraies élections générales et libres de l’histoire de la Tunisie. L’actuel chef du gouvernement n’aura pas cette chance. Lui va rester au pouvoir plus de 3 ans (depuis le 27 août 2016), il aura donc un bilan épais et devra le défendre face à des électeurs qui ont la dent dure contre tout et tout le monde, beaucoup plus qu’en 2014.

Condamnés à s’entendre

Quand le président de la République a bâti Nidaa, le terrain politique était beaucoup plus dégagé et l’agenda beaucoup moins compliqué : Faire mieux que la Troïka. Ce qui était presque un jeu d’enfant, au vu des horreurs, à tous les niveaux, qu’avait commises Ennahdha et compagnie. Il suffisait juste de s’engager, la main sur le coeur, à faire le contraire de ce qu’avait fait le trio de l’époque pour emporter l’adhésion des citoyens. Alors BCE ne s’est pas fait prier, et ça a marché. Par ailleurs il était l’un des rares à revendiquer le label progressiste, et c’est ce discours que les Tunisiens, surtout la gente féminine, voulaient entendre à ce moment précise après les inquiétantes dérives de la Troïka, que le pays n’a toujours pas soldées d’ailleurs. Chahed par contre a affaire à une rude concurrence, une myriade de 217 partis politiques; quant au label progressiste il n’est plus opérant puisqu’ils sont une pléthore à le brandir. Alors le chef du gouvernement devra inventer autre chose…

Nidaa Tounes va mal, très mal, le parti est même en lambeaux, mais il n’est pas mort. On ne sait pas ce qui en restera mais il en restera quelque chose à coup sûr, et ces vestiges reviendront. C’est un problème supplémentaire que devra gérer Tahya Tounes. Avec cette défiance populaire qui monte et l’abstention que tous les sondages prédisent forte, c’est le pire des scénarios que devra affronter Chahed. Manifestement il devra faire le deuil de la majorité parlementaire forte dont il rêvait et devra se résoudre à partager ce qu’il y aura, un très maigre paquet prédit-on, avec Nidaa et les autres, voire bâtir une coalition avec eux, si Azzabi achève son oeuvre dans ce sens. Chahed devra peut-être même faire ce que certains de ses partisans, notamment Leila Chettaoui, ont beaucoup reproché à Nidaa Tounes, au point de le quitter : Pactiser avec les islamistes et gouverner avec eux. Leila Chettaoui, une théoricienne de la première heure de Tahya Tounes mais qu’on ne voit et n’entend plus, très étrangement…

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On ne peut pas devenir maitre dans un art quand on n’a pas été disciple. La Tunisie continue de faire le difficile apprentissage de la démocratie et tente, tant bien que mal (plus mal que bien, pour le moment), de devenir le premier pays arabe à briller en la matière. Mais sa classe politique, qui hélas apprend en même temps que les citoyens, ne facilite pas la tâche. Pas un jour, une heure sans que les Tunisiens ne reçoivent en pleine poire les sorties de route de leurs “élites” politiques, autant de mauvaises nouvelles qui s’ajoutent à l’inflation, les grèves, les inquiétudes quant à l’avenir, etc. Des Tunisiens qui pourraient le faire payer très cher aux politiciens en s’abstenant massivement aux prochaines élections. Et ils ont été copieusement servis ces derniers jours avec une grosse anomalie chez Al Badil Ettounsi, la série noire qui continue chez Nidaa Tounes et une étrangeté du côté d’Ennahdha, pour ne citer que ceux-là…

Parachutage chez Jomaa

Faouzi Elloumi, un des ténors de Nidaa Tounes, a quitté la barque de manière fracassante. Mais ce qui l’est encore plus c’est comment il a atterri : à Al Badil, chez Mehdi Jomaa, sur le fauteuil de président du Bureau politique, directement, sans autres formalités ! Bon, personne ne doute des qualités personnelles de Faouzi Elloumi, de sa capacité à donner un coup de fouet au parti de Jomaa lequel, il faut le reconnaitre, a un mal fou à taper dans le coeur des électeurs. Mais ce parachutage est tout de même très étrange. En effet si c’est le président du parti qui a imposé ce choix, c’est grave; si les dirigeants du parti en ont décidé ainsi, c’est tout aussi problématique. En effet il est d’usage que ce type de poste soit confié à un militant de la première heure, qui a roulé sa bosse au sein du parti, s’est battu pour lui… Bref, c’est un poste qui se mérite, et ne s’offre pas de cette façon, comme on donne un gros cadeau de bienvenue. La chose n’est pas normale, elle surprend, choque même à certains égards, et assurément alimente la défiance populaire et le pessimisme ambiant. Nidaa Tounes avait aggravé son cas en procédant à un parachutage de la sorte, en installant Slim Riahi, de l’UPL, au secrétariat général, après la greffe entre les deux partis. On connait la suite…

Des nouvelles de Nidaa

En parlant de Nidaa Tounes, le parti est toujours plongé dans le psychodrame du Congrès de Monastir. Le parti traine comme un boulet, trop lourd, ses 2 Comités centraux, avec leurs deux présidents, le fils du chef de l’Etat, Hafedh Caïd Essebsi et le président du groupe parlementaire de Nidaa, Sofiene Toubel, chacun avec son secrétaire général, Néji Jalloul pour Essebsi et Abdelaziz Kotti pour Toubel. Un grand foutoir qui n’a que trop duré. Et maintenant les deux camps communiquent par communiqués interposés, et personne ne sait comment cette affaire finira. Et le fondateur du parti, Béji Caïd Essebsi, ne moufte toujours pas. Il est vrai que c’est plus difficile de tailler dans le vif quand la main risque de frapper son propre fils. Inutile de s’attarder sur le fait que cette affaire fait tache, qui s’ajoute aux autres, à quelques mois des élections. On ne s’explique pas comment Jalloul, qui pourtant en sait un rayon, s’est laissé embarquer dans cette sombre affaire. Puisque les élections des présidents des Comités centraux font l’objet de recours, il fallait avoir la sagesse de ne pas tremper dans cet imbroglio et d’attendre que les litiges soient tranchés, que le droit soit dit et que les deux belligérants soient départages. Au lieu de cela le patron de l’ITES a foncé tête baissée en s’affichant avec Essebsi fils. Quelle tête fera-t-il quand l’affaire sera arbitrée en faveur de Toubel ? En politique certaines erreurs sont des fautes majeures qui peuvent être fatales pour une carrière.

Une invention signée Ennahdha

On connaissait les morts qui votent, mais des morts qui font des dons à un parti c’est nouveau ! Du reste nous allons être un peu plus prudents, cette affaire n’ayant pas encore livré tous ses secrets (c’est le travail de la Cour des comptes). Mais ce qu’on peut dire en l’état c’est que l’explication très saugrenue du porte-parole du mouvement Ennahdha, Imed Khemiri, donne à l’affaire un caractère surréaliste. En effet il s’est borné à dire qu’il s’agissait d’erreurs dans les numéros de carte d’identité des donateurs. Des erreurs sur un nombre aussi grand, enfin de qui se moque-t-on ?? Tenter de faire passer les vessies pour des lanternes est une preuve de plus du manque de considération des acteurs politiques pour les citoyens. A force de balancer n’importe quoi à la face des Tunisiens et que finalement tout cela ne révulse plus grand monde à part les observateurs et autres analystes, ces Messieurs/Dames se disent que ça aussi ça peut passer, surtout quand c’est lâché par un parti que presque tous les sondages annoncent vainqueur aux prochaines législatives. Quand les électeurs prendront l’habitude d’utiliser la seule arme qui vaille dans une démocratie, la carte d’électeur, les politiciens cesseront de leur parler comme l’a fait Khemiri.

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Une délégation de businessmen s’est rendue en Arabie saoudite les 21 et 22 avril 2019, sous la houlette du ministre du Commerce, Omar Béhi. Pas moins de 25 hommes d’affaires, de moult secteurs, étaient du voyage, c’est pas peu ! Une affaire pourtant qui n’a pas fait grand bruit dans les médias, et pour cause : les Tunisiens, à part des promesses et des voeux pieux, n’ont rien ramené. Pour avoir droit aux gros titres, il en faut beaucoup plus. La Tunisie attendait beaucoup de ce déplacement, déception à l’arrivée, même si la diplomatie et le pari sur l’avenir empêchent les autorités tunisiennes de dire les choses comme nous les disons. Pourtant même le ministre saoudien du Commerce et de l’Investissement n’a pas caché le fait qu’il y ait, tout de même, un gros problème entre Tunis et Riyad, et a émis le souhait d’avoir “des solutions aux obstacles entravant l’accès des services et des investissements entre les deux pays frères”. Mais le fait n’est pas nouveau. Quand le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane, a débarqué en Tunisie, la seule qui a osé l’accueillir alors qu’il était vilipendé un peu partout dans le monde entier (à cause de l’affaire Khashoggi), il n’avait pas lâché les billets non plus. Bon, les choses se sont un peu mieux passées quand le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a visité le prince saoudien, mais on est loin du niveau du potentiel entre les deux pays. Et les raisons de cette panne il faut les chercher ailleurs : Le printemps arabe…

La fièvre révolutionnaire tunisienne avait littéralement terrorisé les chancelleries arabes, et elles avaient de bonnes raisons de l’être vu la manière avec laquelle ils administrent leurs citoyens : le bâton pour la population, la carotte pour s’acheter le silence et la collaboration des élites. Et c’est ainsi dans tout le monde arabe, ou presque. Alors quand ça s’agite du côté de la Tunisie avec une contamination possible dans tous ces pays où les droits des citoyens sont confisqués, c’est forcément une mauvaise nouvelle pour les dirigeants arabes. Mais là vu que le printemps arabe a été stoppé net, partout sauf en Tunisie (la Libye se débat dans une crise sanglante sans fin; en Syrie le maitre des lieux a été requinqué par la Russie et il est même question de le réintégrer dans la Ligue arabe; l’Egype est retournée sous le giron d’un “dictateur éclairé” qui file allègrement vers la présidence à vie…), les leaders arabes ont quelques bonnes raisons de jubiler. Et si en plus cette “petite” et insolente Tunisie, qui leur a donné tant de frayeurs et des salves de leçons de démocratie, va mal, politiquement et économiquement, et sollicite ces mêmes dirigeants arabes peu fréquentables, ils ne boudent pas leur plaisir !

La démocratie et la prospérité, surtout pas !

La Tunisie a développé un certain art dans sa capacité à soutirer de l’argent à ses bailleurs, le FMI en sait quelque chose. Mais là en l’occurrence pour les pays “amis et frère” du Golfe, il ne s’agit point de demander l’aumône, mais des investissements, ce que la Tunisie est en droit d’espérer vu le niveau de ses compétences et les opportunités qu’elle offre. Et les Tunisiens se démènent pour convaincre. ça marche pas, ou si peu. Tout le monde se souvient du tour de passe-passe du Qatar lors de la Conférence sur l’investissement, en 2016, où le pactole qui avait été annoncé avait finalement servi à rembourser des dettes, contractées avec le même Qatar. Bref, un montage financier un peu compliqué où le bénéfice pour la Tunisie a été infime. Idem pour le Sommet arabe à Tunis, où la fête fut belle, avec son lot d’amabilités, de belles phrases, de formules compassées, de démonstrations de compassion, mais rien à se mettre sous la dent, ou presque. La cause semble être entendue pour les pays arabes les plus riches : Aider la Tunisie oui, mais pas trop. Juste de quoi survivre, vivoter. Car si jamais le berceau du défunt printemps arabe arrivait à avoir et la démocratie et la réussite économique, ce ne serait pas bon pour les petites affaires des leaders arabes. Si ça marche en Tunisie, les citoyens de tout le monde arabe pourraient avoir une furieuse envie d’adopter le modèle, et ça c’est la dernière que souhaitent leurs dirigeants.

Vous me direz aussi qu’investir dans un pays – la Tunisie – qui rechigne à retourner au boulot depuis la dite Révolution, qui fait grève partout et tout le temps, et dont l’avenir politique est pour le moins incertain n’est pas non plus une sinécure. Oui, certes, mais la France le sait mieux que tout le monde et pourtant elle investit ! L’Italie aussi investit en Tunisie et y a de grands projets, l’Espagne également… Les pays arabes “amis et frères” pourraient et devraient en faire de même, en principe ! Mais si ces mêmes nations étaient capables de faire preuve de compassion, il y a longtemps que les Palestiniens auraient eu leur Etat. Il aurait suffi, il y a des décennies, de geler la production de pétrole pour quelques jours, histoire de tordre le bras au grand-frère américain d’Israël, pour que toutes les concessions soient possibles. Et pour les pays arabes ça n’aurait été qu’un tout petit sacrifice dans un train de vie fastueux. Ce n’est jamais arrivé, et la Palestine tend toujours la main à ses frères arabes pour quelques sous, pour une subsistance de plus en plus compliquée. La Tunisie aussi attend toujours le grand soir, de la part de ses “frères arabes”, qui ne viendra jamais.

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Les militants attendaient autre chose que ce qu’on a vu et entendu au Congrès électif de Monastir et dans les coulisses, pour finir en apothéose dans la capitale avec cette étrange élection des membres du Bureau politique (BP). Passons sur le caractère pléthorique, obèse de ce dernier, pas moins de 32 membres – de bonnes migraines en perspective lors des délibérations ! -, il y a surtout l’art et la matière qui heurtent les moeurs dans les démocraties en bonne santé et portent un coup sévère à la morale publique. Ce n’est pas ça qu’avait promis la direction de Nidaa Tounes aux militants, ce n’est pas la rupture qu’ils attendaient après un chapelet de psychodrames qui ont saigné le parti et fait fuir un paquet de cadres et partisans. Les horreurs de Monastir ont été dénoncées par les militants et même un dirigeant du parti, cela a même fait l’objet d’une plainte, déposée au Comité central de Nidaa Tounes, pour invalider la désignation (et non ‘élection’, puisque cela s’est passé en petit comité, avec des petits arrangements entre amis) des membres du BP. Mais voilà, cette affaire a été gérée comme l’a été le choix des nouveaux leaders du parti : à la hache. Incontestablement, Nidaa a raté là un rendez-vous pour amorcer son renouveau et retrouver un peu de crédibilité. C’est une très mauvaise affaire pour le parti, mais aussi pour Tahia Tounes…

Marché de dupes et foire d’empoigne

En voyant les déboires dans lesquels se débat son ancien parti, on se dit que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a bien fait de refuser la proposition de son mentor, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, de retourner à Nidaa Tounes. De toute façon BCE comme Chahed savaient pertinemment que la chose était de l’ordre de l’impossible. D’abord parce que le chef du gouvernement touche presque du doigt le rêve de bâtir lui-même sa légende et salive déjà. Comme exactement Essebsi du reste en 2013, quand il a monté de toutes pièces Nidaa Tounes. En politique ce n’est pas une tare et encore moins un crime que d’avoir des ambitions personnelles, et BCE en faisant cette offre, qui était plus un appât pour casser la dynamique de son ex-poulain qu’autre chose, en était parfaitement conscient. Le projet de Chahed n’est envisageable que s’il s’éloigne du terrain déjà miné par le fils du chef de l’Etat, Hafedh Caïd Essebsi.

Si BCE avait vraiment voulu que Chahed rentre au bercail, il aurait tendu la perche il y a des mois, tout au moins des semaines, en tout cas bien avant la grand-messe de Monastir. On n’invite pas un tel convive, qui vient forcément avec sa bande (Slim Azzabi, Leila Chettaoui et les autres), au dernier moment, quand tout le monde est à table et que les jeux sont faits, tous les postes importants presque dispatchés. Qu’allait faire le chef du gouvernement à Nidaa Tounes alors que le Congrès électif était déjà dégoupillé et que les ténors se bousculaient, déjà, pour avoir les meilleures places ?? Rien à part compter les points et constater la violence des coups échangés. Ridha Charfeddine, qui était en charge de l’organisation de cette affaire, a eu raison de fuir, pour ne pas y laisser sa chemise et sa réputation avec. Neji Jalloul, qui a participé à ce micmac et avait même son fauteuil dans ce BP bizarre, s’est certes retiré tardivement, mais au moins il l’a fait avant qu’on l’y oblige en annulant la séance de cooptation entre potes.

Tahia tiendra-t-il ses toutes ses promesses ?

Certains, surtout parmi les supporters de Chahed, pourraient se dire que toute cette agitation fait les affaires du locataire de la Kasbah et qu’il n’a qu’à se baisser pour en ramasser les fruits, vu que Nidaa et Tahia pêchent dans les mêmes eaux, l’électorat est le même, l’idéologie et les programmes sont les mêmes et que les seules différences sont des querelles de personnes, des divergences de forme. Bref, pas grand chose in fine. Mais en réalité c’est beaucoup plus compliqué que cela. Tous ces mauvais bruits pourraient démoraliser, démobiliser et pousser les électeurs de Nidaa, et donc de Tahia, à rester chez eux, en se disant que de toute façon ils sont “tous pourris”, une musique qui monte dans les salons de thé, les cafés, les lieux de travail, la rue. Chahed n’a rien à gagner dans la maladie de Nidaa, au contraire tout cela nourrit la défiance populaire et l’abstention, qu’on prédit forte aux prochains scrutins.

Les promoteurs de Tahia Tounes nous ont promis une autre façon de faire de la politique, de réconcilier les citoyens avec la politique… Bref, de réussir là où Nidaa Tounes a échoué. Mais ces slogans, très jolis sur le papier, sont plus faciles à scander qu’à concrétiser. Il ne faut pas perdre de vue le fait que les moules de Bourguiba et de Ben Ali n’ont pas fabriqué beaucoup de démocrates; pour nous tous, citoyens comme dirigeants, la chose démocratique est encore une nouveauté, et même une étrangeté à laquelle on s’essaie, qu’on tente de dompter, pour l’instant très maladroitement. Changer le fonctionnement interne des partis politiques, avec tous ces égos surdimensionnés, ces gros appétits pour le pouvoir et ses honneurs, c’est carrément kafkaïen. Alors les promesses de Tahia Tounes, on les jugera sur pièces.

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On nous cache tout, on nous dit rien. Plus on apprend plus on ne sait rien”. Nous n’avons pas trouvé mieux que ce célèbre refrain du non moins célèbre chanteur français Jacques Dutronc pour parler du flou artistique qui prévaut actuellement sur la scène politique tunisienne. On n’y voit rien, absolument rien, à quelques mois des élections. Même les sondages se contredisent. Et la photo entre le président de la République, Beji Caïd Essebsi et son ex-poulain (et peut-être futur, de nouveau !), le chef du gouvernement, Youssef Chahed, l’illustre parfaitement. Voilà deux hommes qui se tiraient dans les pattes il y a encore quelques semaines et qui se faisaient une féroce guerre interposée, dans une bataille de tranchées animée par des collaborateurs chargés de faire de ce que les deux têtes de l’exécutif ne peuvent pas s’autoriser publiquement. Et que dire de l’attaque du 20 mars. Et au finish ils posent ensemble, avec des mines réjouies. Très déconcertant ! Bon, on pourra arguer que les circonstances – le Sommet arabe durant lequel une ribambelle de chefs d’Etats et dirigeants ont défilé à Tunis – exigent que les deux têtes de l’exécutif fassent au moins semblant d’accorder leurs violons, mais il y a une autre raison objective qui explique cette détente apparente : Entre temps BCE a eu la confirmation que son ex-protégé lui dégagera la voie, et même l’appuiera, pour avoir un second mandat.

C’était écrit !

Le Sommet arabe de Tunis, c’était celui du chef de l’Etat, il était vraiment dans son élément, il y en avait que pour lui. Le chef du gouvernement, pour le coup, a été confiné dans un rôle de figuration, sagement assis derrière BCE. C’est normal somme toute, on était dans le jardin de ce dernier, le théâtre de la diplomatie, des incantations, des voeux pieux, des prières, sur la Palestine, parfois contre Israël, pour un monde arabe plus solidaire, pour une planète meilleure… Bref, rien qui soit dans les attributions du chef du gouvernement. Mais le BCE qu’on a vu c’est aussi le candidat de Nidaa Tounes à la présidentielle, confirmé en même temps que le Sommet par son fils, le vrai patron du parti – hélas diraient certains -, Hafedh Caïd Essebsi. Bon, BCE candidat de son parti ce n’était un secret pour personne, la seule petite inconnue c’est s’il a vraiment envie de rempiler et surtout à quel moment il l’officialisera. Mais à voir le mal qu’il se donne pour faire le vide autour de lui, jusqu’à dénier à son adversaire le droit de désigner un candidat, il y a très peu de doutes sur son envie d’en découdre encore en 2019.

Chahed, depuis le début, s’est engagé à se ranger derrière le chef de l’Etat s’il décidait de briguer un second mandat, et il l’a redit dernièrement. On peut croire qu’il ne se dédira pas et qu’il tiendra parole. Pour la bonne et simple qu’il ne pourra pas se renier dans quelques mois, trop risqué politiquement. Les trahisons ça paye rarement en politique. L’ancien Premier ministre français Edouard Balludur, enhardi par les excellents sondages, s’était mis en tête de trahir son mentor, Jacques Chirac. Au final sa cote de popularité se dégonfla comme une baudruche et il n’accéda même pas au deuxième tour de la présidentielle de 1995, et c’est Chirac qui fut élu. Nicolas Sarkozy lui aussi piétina Chirac pour passer, il passa en 2007 mais n’eut pas droit à un deuxième mandat présidentiel. L’autre raison, peut-être la meilleure, pour laquelle Chahed ne veut pas du fauteuil de BCE c’est que se contenter d'”inaugurer les chrysanthèmes“, nommer les ambassadeurs et les cadres de l’Armée, se balader aux quatre coins du globe au nom de son pays, c’est trop peu pour quelqu’un, très jeune qui plus est, qui a goûté à l’adrénaline et à l’excitation de la Kasbah.

Allez, un peu de politique-fiction

Pour que le job de chef de l’Etat soit vraiment intéressant pour Chahed, il faudrait qu’il ait plus de pouvoir, un projet qui trotte justement dans la tête de l’actuel président, et ce n’est certainement pas pour céder sa place de suite à quelqu’un d’autre avant d’avoir goutté un peu de la puissance de Habib Bourguiba ! Chahed pourrait aussi, s’il gagnait la présidentielle de cette année, proposer à ses électeurs un référendum pour renforcer son assise et élargir son costard constitutionnel. Mais pour cela il faudrait qu’il ait un bilan assez étoffé et probant pour que les citoyens acceptent de lui confier toutes les clés de la maison, ou presque. Cependant c’est pas gagné pour ce qui est du bilan. Et puis il y a l’obstacle BCE…

Le chef du gouvernement pourrait aussi, si son ex-mentor décide de se cramponner à Carthage, choisir la voie moins risquée des élections législatives, tenter de gagner ce scrutin et se bâtir une majorité au Parlement pour se préparer plus de prérogatives présidentielles, après BCE. Mais il faudra que sa majorité soit assez large pour ne pas être stoppé net par Ennahdha, qui est comme un poisson dans l’eau dans ce système qu’elle s’est bâti et profite de tous les attributs du pouvoir sans ses inconvénients, et qui ne bougera sur la question du changement du régime pour rien au monde. Bref, pour faire ce que Recep Tayyip Erdogan a réussi à faire (changer le modèle démocratique en s’octroyant des pouvoirs jugés démesurés par beaucoup), il faudrait que Chahed soit très costaud politiquement. Mais au rythme où vont les choses, à en croire les sondages, les meilleurs comme les mauvais, c’est mal parti. Jusqu’à ce qu’il nous apporte la preuve du contraire, Chahed n’est pas Erdogan, et la Tunisie c’est pas la Turquie !

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On ne peut pas comprendre la véhémence des propos du président de la République, Béji Caïd Essebsi, mercredi 20 mars 2019, si on ne revient pas sur le dernier baromètre politique de Sigma Conseil. Dans cette enquête, qui reste ce qu’elle est (une photographie du moment et non un état de fait figé qui scelle l’issue des élections), le parti bâti par le chef de l’Etat, Nidaa Tounes, reste, tout de même, incroyablement haut pour les législatives en dépit de toutes ses promesses non tenues depuis 2014. Certes pour ce qui est des chances de BCE à la présidentielle, c’est pas brillant, toujours à en croire ce sondage, mais les jeux sont loin d’être faits quand on voit les mouvements qui s’opèrent actuellement sur la scène politique et qui vont monter crescendo à mesure qu’approche la joute électorale.

Ça ne mange pas de pain !

Face à un chef de gouvernement, Youssef Chahed, qui était manifestement dans ses petits souliers et qui faisait par moments la tête des mauvais jours, BCE s’en est donné à coeur joie. Devant un parterre de personnalités qui étaient obligées de l’écouter religieusement, ou tout au moins de faire semblant, le président de la République a attaqué sec avec les mauvais indicateurs de l’économie et tiré tous azimuts, sur la classe politique mais surtout sur Chahed. Des tirs qui ne mangent pas de pain, d’autant plus que celui qui les décoche n’a aucune responsabilité dans ce qui va de travers dans le pays, en vertu d’une Constitution qui le réduit à portion congrue, ce dont il s’est plaint d’ailleurs et veut corriger, mais aussi parce que le chef du gouvernement a remanié son équipe sans son consentement, ce dont aussi il s’est plaint à la face de Chahed. Faire cavalier seul, comme l’a fait ce dernier, c’est très bien quand ça marche et quand on peut en revendiquer tous les lauriers, mais on ne vous rate pas quand ça coince. Et justement ça coince en ce moment, donc ça ne pouvait pas rater : BCE en a copieusement profité pour malmener son ex-protégé.

Vendeur de rêve, sans plus ?

Cette Constitution qui ne donne pas assez de pouvoir au chef de l’Etat, qu’Ennahdha a faite à sa mesure et qu’elle refuse catégoriquement de changer, BCE rêve de la changer, dit-il. On ne voit pas comment il s’y prendrait (vu le timing, avec un éventuel référendum à quelques mois des élections ou le passage par l’ARP face à un parti majoritaire qui freine des quatre fers), mais l’affichage suffit pour le moment, amplement. La ficelle est là, très grosse, trop peut-être, sous nos yeux, et BCE ne pouvait pas la manquer : l’économie est en panne, et pourrait aller beaucoup mieux si le président de la République avait plus de pouvoir. Pourtant, objectivement, rien n’est moins sûr que cette promesse subliminale du chef de l’Etat, mais on le sait, quand ça va mal les vendeurs de rêve ont plus de chances de prospérer.

Ce que nous dit ce sondage

Un Nidaa Tounes à 20% des intentions de vote aux législatives face à Ennahdha créditée de 24,7%, cela signifie que les électeurs de gauche n’ont pas disparu comme par enchantement, cela veut dire que les anti-islamistes, ceux qui se sont mobilisés par dizaines de milliers en 2013, tous les jours, devant le Parlement du Bardo pour exiger que la Troïka décampe sont bien là, très attentifs. Seulement avec les errements et les reniements de Nidaa Tounes, surtout son compagnonnage avec Ennahdha, pas question de redonner un blanc-seing au parti du chef de l’Etat. Les militants attendent un certain nombre de garanties, et le Congrès électif des nidaïstes apportera la première salve de réponses, notamment avec les choix de personnalités qui seront faits pour piloter le parti. La mauvaise nouvelle pour Tahya Tounes, le parti de Chahed, d’après le même sondage, c’est qu’il n’a pas profité des déboires de Nidaa pour siphonner ses partisans et le mettre définitivement à terre…

Le chef du gouvernement paye sans doute son image un peu brouillée et les bruits selon lesquels lui et Ennahdha c’est un peu la même famille. Il paye aussi son choix de rester à la Kasbah le plus longtemps possible, pour maquiller son bilan dans la perspective de la campagne électorale mais aussi pour que personne ne puisse lui “voler” ses réalisations, toujours en cours. Le hic c’est que de la sorte il rate des mois précieux pour marquer de son empreinte son parti, le façonner mais surtout incarner une image et un leadership qui à eux seuls pèsent lourd sur la cote de popularité. Il se refuse pour le moment à être le chef de Tahya Tounes, mais il ne pourra pas retarder encore longtemps cette échéance. Les mauvais sondages le lui rappelleront…

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L’enquête sur la mort tragique de 11 nouveaux-nés au centre d’obstétrique et de néonatologie de l’hôpital La Rabta, les 7 et 8 mars 2019, est allée très vite. La directrice générale de la Santé au sein du ministère de la Santé, Nabiha Borsali Falfoul, a fait savoir au journal télévisé de la chaîne publique Wataniya 1 ce samedi 9 mars 2019 que l’administration d’un sérum contaminé a provoqué un choc septique qui a été fatal aux bébés.

Dans la journée, le témoignage poignant des parents, qui ont confié qu’ils avaient reçu la dépouille de leurs nourrissons dans des cartons, avait fait un tollé dans les réseaux sociaux et les appels à la démission du ministre de la Santé, le Professeur Abderraouf Cherif, avaient commencé à fuser. Il a fini par rendre son tablier dans la soirée. A noter qu’avant sa démission, le ministre auprès du chef du gouvernement, chargé des relations avec les Instances constitutionnelles et la Société civile et des Droits de l’Homme, Mohamed Fadhel Mahfoudh, l’avait invité, sur sa page Faceboook, à prendre ses responsabilités. De toute façon s’il ne l’avait pas fait il est très probable que le chef du gouvernement, qui a viré des tas de responsables pour beaucoup moins que ça; l’aurait débarqué pour éviter que tout le gouvernement soit éclaboussée par cette sombre affaire. N’empêche que ce drame de grande ampleur restera tout de même une tache sur la santé publique, au-delà de nos frontières…

 

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A quelques mois des élections, même les observateurs les plus avisés y perdent leur latin. Il est vrai que la scène politique est d’une incroyable complexité depuis que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a été débarqué par son parti, Nidaa Tounes, étiqueté à gauche et au centre, et qu’il a dû se bâtir une nouvelle majorité avec les islamistes et les députés de la Coalition nationale. Un scénario inédit, ubuesque diraient certains, mais dont la Tunisie post-révolutionnaire, adepte de toutes les expérimentations, s’accommode. Comme elle s’accommode des étranges relations entre Nidaa Tounes et Ennahdha, avec leur relation qu’on croyait indéfectible mais dont le divorce a été officiellement annoncé il y a quelques mois, par Nidaa. Pourtant cela n’a pas empêché le chef de file de ce dernier, le fils du président de la République, Hafedh Caïd Essebsi (HCE), de se rendre chez le leader des islamistes, Rached Ghannouchi. Un revirement spectaculaire que Néji Jalloul, cadre de Nidaa Tounes, a eu le plus grand mal à expliquer. Mais en la matière la dernière sortie de Béji Caïd Essebsi (BCE) n’est pas mal du tout !

Le flou artistique, en attendant BCE

Beaucoup ont vu dans la rencontre entre HCE et Ghannouchi un rapprochement dicté par un problème commun : Chahed. HCE aurait été mu par sa détestation du chef du gouvernement, qu’il cache mal et Ghannouchi par sa méfiance vis-à-vis d’un allié dont on connait encore très mal les ambitions et les véritables motivations. Sauf qu’après cette réunion qui a fait beaucoup jaser, des députés de Nidaa Tounes sont allés signer une pétition qu’ils ont déposée au Tribunal de première instance de Tunis pour exiger une enquête sur l’appareil secret d’Ennahdha. Le dit rapprochement Nidaa-Ennahdha a du plomb dans l’aile, d’emblée. Mais les islamistes ont également apporté la démonstration qu’ils restent les maitres dans l’art de la duplicité, de ventiler leurs oeufs dans plusieurs paniers, en disant haut et fort quelques heures à peine après l’aparté avec HCE qu’ils soutiennent le gouvernement de Chahed, l’ennemi juré de ce dernier. Conclusion : ce fut coup pour coup, 1 partout, la balle au centre. Mais Nidaa a un avantage, que n’a ni Tahya Tounes ni Ennahdha : BCE.

Un retour fracassant ?

Dans sa sortie d’hier, à la tonalité que l’on n’attendait guère, on a retrouvé le virtuose qui avait électrisé les militants, militantes surtout, en 2014 et était parvenu à déboulonner une Troïka chancelante, finie politiquement et qui attendait le coup de grâce. Mais cette fois il n’est plus question de ressortir les vieilles recettes, les vieux missiles contre des islamistes qui représenteraient le danger suprême. Trop éculée comme stratégie, personne ne goberait à nouveau ces arguments, surtout après que le président de la République a pactisé et gouverné avec Ennahdha. Alors Essebsi, qui sait que les citoyens en ont soupé des bisbilles, divergences et divisions d’une classe politique discréditée jusqu’à la lie, a inventé autre chose : “Unité nationale”, “la patrie avant les partis“, “égale distance entre les partis“, “neutralité absolue”, et d’autres slogans qu’il manie avec une extrême dextérité. Il installe déjà dans les têtes qu’il pourrait être le président de l’Unité nationale. Bien imaginé non ? Du reste c’est un job qu’il connait bien, puisque c’est ce qu’il faisait jusqu’à ce que son fils l’embarque dans sa guerre contre Chahed et jusqu’à ce qu’ils décrètent, ensemble, la fin de la lune de miel avec Ennahdha.

Chahed devra faire avec

BCE n’a pas un bilan à travailler, comme le chef du gouvernement, qui lui est contraint de se cramponner le plus longtemps possible à son fauteuil pour maquiller les réalisations qu’il va présenter aux électeurs. Le chef de l’Etat lui est libre, totalement, et n’a de compte à rendre à personne, ou presque, depuis toujours, par la magie de cette Constitution laquelle de ce point de vue présente des avantages. En plus il va profiter de la vitrine du Sommet des leaders arabes pour briller à la face des Tunisiens, ce qu’il a d’ailleurs commencé à faire en supervisant les préparatifs de la méga rencontre. Car dans cette affaire, ce n’est pas le chef du gouvernement qui sera le plus sous les projecteurs, mais bien celui de l’Etat. C’est ainsi. Jusqu’à la prochaine “revanche” de Chahed. Une chose est certaine : Les couteaux sont de sortie, déjà et les stratèges qui affinent les tactiques des uns et des autres sont déjà en action…

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Les promesses non tenues, c’est la maladie congénitale de Nidaa Tounes. On peut y ajouter d’autres variantes : les Rendez-vous manqués, les Virages ratés, etc. Bref, c’est toute cette bouillabaisse indigeste, surtout auprès des militants de la première heure, qui a valu à la formation bâtie par le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), sa descente aux enfers. Et on est loin de voir le bout du chapelet des promesses non tenues ! La dernière en date est l’éviction de l’instance dirigeante en place, pilotée par le fils du président de la République, Hafedh Caïd Essebsi (HCE), pour laisser BCE reprendre les rênes, jusqu’au Congrès électif. Rien n’a été fait, jusqu’ici. Le ménage n’est toujours pas fait à quelques semaines de ce rendez-vous capital, théoriquement. A ce stade il est légitime pour ceux dont le coeur bat encore pour BCE et Nidaa Tounes de craindre le pire…

Un vieux serpent de mer

Entre Nidaa et les promesses non tenues c’est une vieille histoire, presque depuis la naissance du parti. En fait ça a commencé exactement dès le lendemain de la victoire de Essebsi aux élections de 2014. Alors que le président de la République avait fait une campagne d’une rare violence contre les islamistes et leur projet de société qu’il a présenté comme funeste, avec les assassinats politiques et moult attentats qui ont émaillé le règne de la Troïka, il tourne casaque pour bâtir une coalition avec les islamistes, au motif qu’il ne dispose pas d’une majorité assez confortable au Parlement. Une frange non négligeable des militants pur jus ne lui ont jamais pardonné ce qui était à leur yeux une trahison, une forfaiture, et beaucoup ont déserté les rangs depuis. Le livre des malentendus entre l’état-major de Nidaa et les partisans ne s’est pas refermé depuis. Jusqu’à ce que BCE décide, contre toute logique, de se laver les mains des affaires intérieures de son parti, pour le laisser entre les mains destructrices de Essebsi fils. On connait la suite…

Nidaa Tounes, plus que jamais, apparait comme un malade qui refuse ostensiblement d’ingérer le médicament qui va le sauver, préférant à la place une lente décrépitude. Ce qui se passe au sein de cette formation défie toute logique. Alors qu’on nous promet un Congrès depuis des années, 2016 exactement, le seul rendez-vous capable de sauver ce qui reste des meubles, voire même requinquer le parti, certains se démènent pour faire capoter le congrès. Ceux-là même qui n’ont aucune once de popularité – vous les identifierez très aisément – et qui craignent le face-à-face avec les militants-électeurs. Résultats des courses : Jusqu’ici on n’a aucune date précise pour ce congrès, on sait juste qu’il aura lieu le mois prochain, ce qui est déjà un exploit pour HCE et compagnie.

Comme tout cela finira ?

Pendant ce temps BCE est de tous les combats (avec l’opposition, contre son chef de gouvernement; avec les avocats qui refusent de montrer patte blanche, un jeu très dangereux pour la Tunisie; pour l’égalité homme-femme dans l’héritage; aux côtés de Hamza Belloumi, face aux obscurantistes…), tous les combats sauf celui qu’il doit mener en premier : Sauver son parti. Il n’en parle pas, jamais, en tout cas pas publiquement et s’il est en train de s’activer dans les coulisses ça ne doit pas être assez efficace pour que ça s’ébruite. Aux dernières nouvelles le parti n’allait pas bien, quant à son avenir politique et celui de son fondateur, ils sont tout aussi mystérieux. HCE, par qui tous les problèmes sont arrivés, est toujours en place, solidement installé, encore plus depuis que Slim Riahi a débarrassé le plancher.

Si vous voulez savoir comment tout cela va finir, et bien c’est simple : Tahia Tounes et Ennahdha, sans se forcer ni être particulièrement brillants, ont toutes les chances d’être aux premières loges aux prochaines élections. Il est très probable que les deux formations se neutraliseront avec un score de près de 30% chacune, moins peut-être, ce qui ramené au paquet des votants et à la forte abstention qui se profile privera les deux partis d’une adhésion populaire assez forte pour transformer en profondeur le pays. Mais cela suffira à leur bonheur, puisque cela suffira pour gouverner, gouverner mal mais gouverner quand même. Quid de Nidaa Tounes ?? Et bien si le sursaut n’intervient pas très rapidement, on ira le chercher dans les bas fonds…

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Après une période d’attente très inhabituelle au Sénégal (on a voté le 24 février 2019), les résultats officiels provisoires viennent de tomber : Le président sortant, Macky Sall, repart pour un second mandat, de 5 ans, après un plébiscite des électeurs, 58,27% des voix. Idrissa Seck recueille 20,5%, Ousmane Sonko 15,67%, Issa Sall 4,07% et Madické Niang 1,48%. La CENA (Commission électorale nationale autonome), qui avait sans doute achevé le décompte des voix depuis un petit moment, a temporisé pour laisser la tension retomber. En effet la sortie du Premier ministre et directeur de campagne du président sortant dès le jour du vote, pour annoncer que son candidat l’avait emporté dès le premier tour avec 57% des voix, avait profondément irrité les concurrents, notamment Idrissa Seck et Ousmane Sonko. Ces derniers étaient montés au front pour marteler qu’un deuxième tour était incontournable. Maintenant les choses sont claires…

Mais le triomphe de Sall n’est pas une surprise du reste pour deux raisons essentiellement. D’abord en Afrique, où on est habitué aux règnes très longs, et même interminables, les électeurs ont coutume d’adouber les présidents sortants du fait que les pays sont souvent instables et les changements perturbent toutes les institutions, lesquelles n’ont pas la même solidité que dans les pays occidentaux. Par exemple au Nigeria les électeurs ont préféré reconduire le président en place malgré un très mauvais bilan. La deuxième raison pour laquelle les Sénégalais ont parié sur la continuité c’est que le président Macky Sall, contrairement à son homologue nigérian, affiche des réalisations palpables, il faut le reconnaître, dans le cadre du Plan Sénégal Emergent (PSE), un méga programme inédit en Afrique qui s’étale de 2014 à 2035, et qui recueille l’adhésion très forte des investisseurs étrangers. D’ailleurs lors du déplacement de Macky Sall à Paris, en décembre 2018, les bailleurs de fonds ont promis d’injecter 14 Milliards de dollars dans la deuxième phase du PSE.

Si les électeurs sénégalais se sont déplacés en masse pour reconduire l’actuel chef de l’Etat, avec un score si élevé, c’est parce qu’il y a un bilan à se mettre sous la dent. Par ici on a l’habitude de déloger les présidents, par la seule arme qui vaille pour le citoyen : La carte d’électeur. Abdou Diouf et Abdoulaye Wade ont été éjectés de la sorte, sans que ça fasse des vagues chez leurs partisans. Il y a donc des pratiques démocratiques qui commencent à prendre racine. Evidemment les opposants du président, notamment Idrissa Seck et Ousmane Sonko, ne verront pas les choses de la même façon et vont ameuter leurs partisans pour tenter de perturber le deuxième mandat de Macky Sall, comme ils l’ont fait pour le premier. Mais cette agitation, qui sera permanente, il faut s’y attendre, devrait rester dans les limites fixées par la loi et ne devrait pas plomber le pays de Léopold Sédar Senghor, qui a la spécificité de baigner dans un pacifisme ancré dans les traditions, contrairement à beaucoup d’autres nations du continent.

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Les choses s’accélèrent sur la scène politique, et même un peu trop, avec quelques dérapages incontrôlés, à quelques mois des élections. Parmi les nouveautés notables : deux des formations phares, Tahia Tounes et Nidaa Tounes, ont enfin avancé des dates pour leurs congrès électifs, avril 2019, toutes les deux, dans une espèce de mimétisme et de marquage à la culotte qui vont monter crescendo à mesure qu’approche le scrutin. Par ailleurs du côté de Tahia on a fermé l’épisode malheureux de Chawki Gaddes, une boulette qui n’aurait jamais dû passer tant elle était monumentale, et tout le monde l’avait vue sauf les partisans du chef du gouvernement, Youssef Chahed, manifestement. Du côté de Nidaa on s’est débarrassé de Slim Riahi, ou plutôt c’est lui qui a débarrassé le plancher. Là aussi Riahi n’aurait jamais dû être un problème pour le parti bâti par le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), dans la mesure où la greffe avec l’UPL n’aurait jamais dû avoir lieu. Mais bon, ce qui est fait est fait, tenons-nous en au fait que le retrait du sulfureux homme d’affaires éclaire le jeu politique au sein de Nidaa, et c’est plutôt une bonne chose pour eux. Mais c’est à peu près tout pour les bonnes nouvelles, pour les deux formations.

Une série de boulettes, qui pourraient se payer cher

Tahia Tounes a été secoué dès sa naissance par le tollé provoqué par le choix de son appellation, un boucan d’enfer auquel il fallait s’attendre, exactement comme avec le choix du président de l’INPDP, Chawki Gaddes, pour organiser des élections partisanes. Décidément les compagnons de lutte de Chahed manquent trop souvent de clairvoyance, ce qui en l’occurrence est une faute impardonnable quand on aspire à diriger le pays. Mais manifestement les esprits ne sont pas près de se calmer avec les bons sondages à l’actif du chef du gouvernement, qui impriment dans les têtes, et sur les visages aussi, cette étrange sensation que les élections sont déjà pliées avant même qu’on se présente devant les électeurs. Mohamed Ali Toumi, porte-parole d’Al Badil Ettounsi, fondé par l’ancien chef de gouvernement Mehdi Jomaa, en a rajouté une louche en disant publiquement, dans une grande radio de la place, sans la moindre gêne, que son parti est en pleines tractations avec Tahia Tounes pour établir le schéma politique de leur collaboration – comprenez par là la répartition des postes – et que la préférence d’Al Badil – comprenez par là celle de Mehdi Jomaa – est un atterrissage sur le fauteuil du palais de Carthage. Rien que ça !

On aurait dû le dire à Jomaa

Cette sortie n’a pas fait de vagues, rien. Aucun des observateurs de la vie politique, encore moins les citoyens, n’ont trouvé bizarre le fait qu’on discute de la répartition des postes avant même que les électeurs n’aient dit leur mot. De quel droit des candidats potentiels à des élections auxquelles ils ne sont jamais présentés envisagent de pactiser autour des désignations avant même le verdict du vote ? A ce qu’on sache un sondage, fût-il très bon, ne fait pas une élection, c’est même parfois un sacré piège. Demandez à François Fillon que tout le monde voyait au palais de l’Elysée, qu’occupe actuellement Emmanuel Macron. Demandez, ici chez nous, à Mehdi Jomma, qui était au zénith dans les sondages quand il était aux affaires, au même à Habib Essid, etc. Rappelons que la dernière fois que Jomaa et les siens se sont frottés à l’électorat, aux municipales de 2018, ça ne s’était pas très bien passé pour eux. Alors peut-être qu’il faudrait d’abord penser à refaire ses armes, à confectionner un programme très costaud et gagner l’élection avant de songer aux postes ! Rappelons enfin que le chef de l’Etat est élu au suffrage universel direct et qu’évoquer la question entre quatre murs, grisés par les bons sondages, n’a aucun sens.

Chahed et Jomaa devraient le dire à leurs collaborateurs

Nous baignons actuellement dans une atmosphère politique tellement surréaliste, avec des inepties en cascade qui ont fini par user les nerfs des citoyens, que personne n’a souligné qu’en s’exprimant de la sorte, Toumi élimine carrément BCE de l’équation de la présidentielle. Certes ce dernier n’est pas au meilleur de sa forme dans les sondages, mais encore une fois un sondage ne fait pas une élection, c’est une photographie du moment des mois avant un scrutin que le chaos politique ambiant rend très incertain de toute façon. Par ailleurs Essebsi vient d’apporter la démonstration en cognant sur son “ex”-compère, Rached Ghannouchi, qu’il a encore quelques arguments de campagne dans sa besace et que jusqu’ici il n’a pas officiellement enterré le rendez-vous de 2019. Alors méfiance Chahed et Jomaa, qui feraient mieux de calmer les ardeurs de leurs staffs en leur signifiant qu’il n’est jamais bon de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, et que le faire peut passer pour de l’outrecuidance et de l’arrogance, choses que les électeurs pourraient ne pas pardonner.

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La Commission électorale nationale autonome (CENA) avait presque tancé le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, pour avoir déclaré dès le soir du vote, le 24 février 2019, que le président sortant, Macky Sall, avait raflé la mise dès le premier tour avec 57% des voix. Ces propos avaient provoqué un tollé, notamment chez les deux principaux challengers du président Sall, Idrissa Seck et Ousmane Sonko, alors la CENA a demandé aux états-majors de tous les candidats de se garder de publier un quelconque résultat ou estimation, et d’attendre sagement les annonces officielles. Mais c’était sans compter sur les groupes de presse, qui ont de gros moyens et qui avaient dépêché des observateurs dans les bureaux de vote partout au Sénégal. Ils ont bravé les consignes de la CENA et donné le nom du vainqueur de la présidentielle de 2019.

Attendre jusqu’au vendredi 1er mars, date limite de la proclamation des résultats officiels, pour découvrir celui qui va gouverner le pays dans les cinq prochaines années, c’est trop demander à des électeurs rompus à la pratique démocratique et qui ont l’habitude de connaitre très tôt l’issue du vote. Ce fut le cas lors des élections de ces dernières années, sans que les résultats officiels ne soient contestés par les camps adverses ou la rue. D’après les estimations de Sénégo, Macky Sall garde son fauteuil avec une très confortable avance, il aurait même écrasé ses adversaires avec 60,7% des voix. Le second, Idrissa Seck, recueillerait 19,1% des voix; Ousmane Sonko est crédité de 14,4%; Issa Sall 3,9% et Madické Niang 1,9%. Donc un score pour le président sortant qui va même au-delà du chiffre avancé par le Premier ministre.

La CENA doit certainement avoir les mêmes, à peu de choses près, mais se garde de les publier le temps que les esprits des opposants se calment, eux qui soutiennent mordicus qu’un deuxième tour est inéluctable. Il est très probable que la grande majorité des citoyens sénégalais, depuis l’annonce de Dionne dimanche dernier, aient déjà digéré le fait que Sall allait rempiler, et que même si des remous ne sont pas à écarter, ce ne peut être qu’une agitation sporadique et relativement maitrisée, rien qui puisse perturber le fonctionnement du pays. On est loin du contexte délétère de 1988 ou de 2012, quand le président Abdoulaye Wade a voulu tripatouiller la Constitution pour faire de son fils, Karim Wade, son successeur légal, une dérive monarchique bloquée par la rue.

Si la CENA confirme les estimations de la presse, les vaincus, notamment Seck et Sonko, pourront se consoler en se disant que le paysage politique sera beaucoup plus dégagé dans 5 ans, après la fin du second et dernier mandat de Macky Sall, en vertu de la Constitution qu’il a lui-même changée pour écourter le règne des chef d’Etat et moderniser la vie politique sénégalaise, comme cela se pratique dans les grandes nations démocratiques du monde. Dans 5 ans il faudra compter avec Seck et Sonko, et ce ne sont pas les alliés de Sall qui vont les en empêcher, à condition que le député et ex-inspecteur des Finances se calme, qu’il mûrisse et qu’il enterre définitivement ses emportements et son langage guerrier qui effraient la grande majorité des citoyens sénégalais réputés pour leur tempérance.

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Il y a déjà un vainqueur dans cette élection présidentielle qui a passionné le pays : La démocratie sénégalaise. De l’avis unanime (la Commission électorale nationale autonome – CENA – et les observateurs étrangers, européens notamment), les opérations de vote se sont déroulées dans le calme dimanche 24 février 2019, après les épisodes de violence durant la campagne électorale, et les électeurs se sont déplacés massivement. Ce scrutin était très singulier dans la mesure où pour la première fois, comme l’avait promis le président sortant, Macky Sall, le système de parrainage a été mis en place et comme on pouvait s’y attendre il a taillé dans le vif. En effet à peine 5 candidats dont le sortant ont pu passer la barrière des signatures d’électeurs exigées pour avoir le droit de se présenter face aux citoyens. Et l’affaire a fait des vagues, notamment la disqualification du maire de Dakar, Khalifa Sall, condamné pour détournement de fonds publics et celle de Karim Wade, le fils de l’ex-président, Abdoulaye Wade, qui a lui aussi séjourné en prison pour enrichissement illicite. Cette agitation a fait craindre un scrutin mouvementé, il n’en a rien été. Reste maintenant à gérer la tension née du fait que le camp de Macky Sall revendique la victoire, dès le premier tour, ce que contestent énergiquement ses challengers.

Des calculs très politiques !

Hier soir, le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, a déclaré au siège de campagne de Macky Sall, à Dakar, que le sortant a raflé la mise dès le premier tour. «Sur la base des résultats que nous avons compilés, il faut féliciter le président Macky Sall pour sa réélection avec un minimum de 57% des voix», a-t-il dit, dans une ambiance survoltée. «Dès demain, ils se mettra au travail», a-t-il scandé, des propos auxquels ont répondu des manifestations de joie des militants présents, rapporte Jeune Afrique.

Cette déclaration a profondément irrité les principaux adversaire de Sall, Idrissa Seck et Ousmane Sonko, crédités de très bons scores. Les deux rejettent la «confiscation» du vote et ont organisé une conférence de presse dimanche soir pour le dire haut et fort. «Macky veut confisquer le résultat du vote, mais le peuple sénégalais ne l’acceptera pas !» a affirmé Seck devant ses partisans et ceux du jeune Sonko, 44 ans. Ce dernier, le phénomène politique sénégalais du moment, avait balancé un peu plus tôt sur les réseaux sociaux : «J’invite la jeunesse à protester devant tout média prenant la responsabilité de déclarer Macky Sall vainqueur au premier tour sans les résultats officiels. J’en appelle à la responsabilité des chefs religieux pour appeler le parti au pouvoir à la raison.»

Plier l’affaire dès le premier tour éviterait au président sortant un périlleux deuxième tour où le ‘tout sauf Macky‘ risque de faire de sacrés dégâts. En effet ses deux principaux concurrents ont déjà annoncé la couleur en s’affichant ensemble publiquement, pour défendre la même cause : Un deuxième tour, où le report des voix pourrait être massif pour le mieux placé des deux, Seck, dit-on. Sall le sait et tente, il faut le reconnaître, de mettre la pression sur la CENA. Ses adversaires en font de même, il faut aussi l’admettre, en décrétant, à la place de la Commission électorale, qu’un deuxième tour était inéluctable…

Un grand perdant : Wade

On ne dispose pas des résultats officiels, même partiels, à l’heure où on écrit ces lignes, mais ce qu’on sait d’ores et déjà c’est que cette élection a un grand perdant : L’ex-président, Abdoulaye Wade. En effet ce dernier, courroucé par l’élimination de son fils, avait appelé les électeurs à boycotter le vote, et il était revenu de sa résidence cossue de Versailles, en France, pour battre campagne et inciter les électeurs à rester chez eux. Il faut croire que sa consigne a été allègrement piétinée par la maturité politique des électeurs sénégalais. Mais l’ombre de Maître Wade, 92 ans, a tout de même plané sur cette élection. En effet 3 des 5 candidats sont des purs produits de la mythique formation de l’ex-président, le Parti Démocratique Sénégalais (PDS). Macky Sall a longtemps évolué sous les ailes de Wade et a même été son Premier ministre puis président du Parlement. Idrissa Seck a été directeur de campagne de Wade puis son Premier ministre. Quant à Madické Niang, il est encore officiellement un membre et dirigeant du PDS; face à l’appel au boycott de Wade, il a pris en main son destin personnel et s’est présenté, bravant la position du leader historique…

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Jeune Afrique avait récemment annoncé que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, allait quitter le palais de la Kasbah en mars prochain pour se jeter corps et âme dans la course électorale de 2019. Puis les collaborateurs avaient vite démenti. De toute façon c’est une question de temps, Chahed devra, et même assez rapidement, se défaire de sa charge de chef de gouvernement pour organiser son avenir politique, ce que personne ne peut faire à sa place. Ses partisans ont beau être débordants d’énergie, bourrés de bonne volonté et pressés d’en découdre, ils ne pourront pas tout faire à sa place. Il va falloir qu’il s’y colle, qu’il descende sur le terrain, mouille la chemise et mette la main dans le cambouis. Et on lui prédit des jours difficiles et beaucoup de nuits blanches, mais c’est ainsi dans toutes les démocraties. On n’a pas encore inventé autre chose de ce point de vue. Ce que ses partisans ont fait, c’est-à-dire lui préparer le costume électoral dans lequel il n’a qu’à se glisser c’est très bien, mais ça a ses limites.

Avec les moyens de l’Etat, et alors ?!

Chahed pour le moment reste dans l’ambiance relativement rassurante de la Kasbah – il commence à bien la connaître ! -, et le chèque qu’il vient de signer à l’UGTT lui garantit quelques mois d’accalmie... jusqu’en juillet 2019. Son poste actuel présente deux gros avantages principalement : ça lui offre un bouclier dans la mesure où il n’est pas obligé de répliquer aux tirs, qui fusent déjà. Il pourra toujours arguer, et ce n’est pas faux, qu’il est aux affaires, pour l’intérêt du pays, et qu’il n’est pas encore dans l’arène politique. Il n’a donc pas à dépenser son énergie pour autre chose que ça. Mais Chahed ne pourra pas en user et en abuser trop longtemps.

L’autre avantage de la Kasbah c’est que ça permet à Chahed de faire campagne à moindres frais, puisque c’est avec les moyens infiniment plus puissants de l’Etat. Et ce que dit et fait le chef de gouvernement pour le bonheur des populations c’est aussi ce que réalise le candidat aux élections. Et les citoyens-électeurs s’en rappellent forcément quand il reviendra mais cette fois dans son costume de leader de Tahia Tounes. Cela a le don d’énerver ses adversaires, mais c’est ainsi partout dans le monde. C’est ce qui explique le silence assourdissant de la classe politique, surtout ses adversaires, quand Chahed a déminé le terrain en signant le chèque que lui exigeait l’UGTT pour lever le mot d’ordre de la grève générale. On est, déjà, dans la séquence électorale, donc pas de quartier. Ce ne sont certainement pas ses concurrents qui vont féliciter le chef du gouvernement et lui donner de précieux points pour son “exploit” avec la centrale syndicale. Faut pas rêver !

Il en faudra plus, et Chahed le sait

A la décharge de ceux qui se taisent après l’accord paraphé par Noureddine Taboubi et Youssef Chahed, ce dernier a fait ce que sans doute les autres auraient fait à sa place pour s’éviter une grève générale très couteuse, pour l’économie du pays et son image à l’international : Payer. Donc il ne faut pas y voir un quelconque exploit, même si Chahed a eu le mérite de résister comme il a pu, en tout cas mieux que tous ses prédécesseurs, à part peut-être Mehdi Jomaa. Reste le casse-tête de la cagnotte qu’il a siphonnée, et qu’il va bien falloir renflouer, et si possible sans recourir à l’endettement et sans plonger tout de suite dans une loi de finances complémentaire, car guetté par le camp adverse.

Le tourisme s’est requinqué après des années de vaches maigres et il y a des chances que le déficit budgétaire reflue, un peu, enfin si le prix du baril du pétrole ne nous joue pas des tours cette année. C’est à peu près tout pour les bons indicateurs. La bataille de la croissance est loin d’être gagnée; le taux de chômage reste haut, trop haut; la production de phosphate n’est jamais vraiment repartie, et vient d’être paralysée pour la énième fois à Mdhilla, etc. Bref, les chantiers sont partout et Chahed sait qu’en dépit de ses bons sondages, il lui faudra muscler son bilan pour envisager avec sérénité le face-à-face avec les électeurs. C’est ce qui explique qu’il va se cramponner à la Kasbah le plus longtemps possible. Quand il fait une virée en France pour ramener des sous, c’est certes le chef de gouvernement qui s’active, pour le bien du pays, mais c’est aussi le potentiel candidat aux élections qui bouge pour étoffer son bilan. Ses adversaires ne sont pas du dupes, et se garderont bien de le féliciter pour ce qu’il va récolter. Ce sont des missiles qu’ils lui préparent, et certainement pas des applaudissements.

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Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément“, avait dit le poète et écrivain Nicolas Boileau. Le moins qu’on puisse dire est que l’affaire du chef du gouvernement, Youssef Chahed, Tahia Tounes, n’est pas claire. Certes on a le positionnement politique et l’idéologie, vaguement : Se mettre au centre et aimanter les déçus à gauche et ce qu’on appelle la droite locale modérée. En un mot faire ce qu’a fait avec brio en 2013 le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), mais le faire mieux et dans la durée pour s’éviter les tourments de Nidaa Tounes. Pour le reste, c’est plutôt le flou artistique qui prévaut du côté de Tahia Tounes. Pourtant, à quelques mois des élections, il est temps que les électeurs convoités par les partisans Chahed aient au moins quelques éléments de réponse. Nous parlons de la nécessité d’éclairer les lanternes sur les alliances stratégiques que le chef du gouvernement compte nouer, sur ce qu’il a l’intention de faire du pays et pas qu’économiquement, sur son projet de société, etc. Pour le moment les sons de cloche de la garde rapprochée de Chahed ne sont pas de nature à rassurer le coeur de cible du parti.

Le problème Ennahdha

Le chef du gouvernement n’a pas pu l’oublier, pas si vite : l’alliance avec Ennahdha explique en grande partie le crash de Nidaa Tounes. Bon, il y a bien la capacité de nuisance du fils du président de la République, Hafedh Caïd Essebsi, et les choses ne se sont pas bonifiées avec le parachutage de Slim Riahi, mais il faut reconnaitre que les ennuis ont commencé quand BCE a décrété, tout seul, qu’il lui était impossible de bâtir une majorité avec des sables mouvants, le Front populaire et l’UPL, et que Ennahdha était la solution, la seule. Beaucoup d’électeurs du président de la République ne lui ont jamais pardonné cette alliance jugée contre-nature, quoique dictée par la conjoncture de 2014. Les choses ne sont pas différentes d’ailleurs en 2019, au contraire. Mais le fait est que ces électeurs intransigeants classés à gauche, avec leur contingent dit laïc, sont bien là, ils existent et sont toujours aussi anti-Ennahdha. Ils existent comme du reste existent les islamistes. Mais ce que font en ce moment les partisans de Chahed pour récupérer les électeurs transis de BCE, et bien ils le font très mal. Et la dernière sortie de Sahbi Ben Fraj pour défendre Ennahdha, en pleine tempête Regueb, n’arrange rien à l’affaire.

Le chef du gouvernement devra bétonner sa position avec les siens, les ex-électeurs de Nidaa Tounes, très nombreux, avant de songer à migrer vers d’autres terrains. D’abord rassurer son camp, y faire le plein avant de compléter l’attelage par ce qu’on pourra bien ramasser en cours de route. C’est sa seule chance de briller au prochain scrutin. Ce qui est surréaliste c’est que ses partisans, et Chahed lui-même, ne semblent pas avoir saisi cette donne. Les choses ont commencé à mal tourner dès le Congrès électif de Monastir, le 27 janvier 2019. Des émissaires de Tahia Tounes ont commencé à claironner un peu partout, dans les radios et télés, qu’il n’était pas question d’une quelconque alliance avec les islamistes. Puis dans la même journée on a commencé à entendre que la porte ne serait pas fermée à Ennahdha si Tahia Tounes n’arrivait pas à décrocher une majorité confortable au Parlement. Et le lendemain, le lundi, un cadre du parti a eu le plus grand mal à défendre cette position sur la RTCI, face à l’intraitable Anis Morai. Le journaliste a littéralement malmené son interlocuteur, qui s’est pris les pieds dans le tapis en tentant de défendre cette tambouille islamo-modérée qui a valu à Nidaa Tounes sa descente aux enfers.

Le spectre Belaïd et Brahmi

Le chef du gouvernement semble avoir sous-estimé le traumatisme profond provoqué par les assassinats politiques de 2013. Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi font partie, pour l’éternité, de l’inconscient collectif de la Tunisie post-révolutionnaire. Lors de la commémoration du 6ème anniversaire de la disparition tragique de Belaïd, à laquelle Chahed aurait dû assister, on a entendu des accusations terribles en direction de la justice, d’Ennahdha, du chef du gouvernement. Cette violente charge était censée sortir ce dernier de son silence très lourd sur un odieux crime qui a heurté la nation jusqu’au tréfonds. Rien. Cette fois pas plus que durant les autres commémorations et processions des familles de Belaïd et Brahmi, Chahed ne dira pas un mot. Des occasions ratées et un mutisme qui alimentent fatalement le doute, les suspicions, les accusations. Et ça c’est très mauvais pour tout projet politique…

Soyons clairs sur la question : à ce stade personne ne sait qui est coupable de quoi, qui a trempé dans quoi, qui a commandité quoi. La justice, tôt ou tard, finira par dire son mot et choper d’autres gros poissons, au-delà des exécutants qu’elle a déjà coincés. En attendant, quelques mots très forts de Chahed auraient suffi, juste pour montrer qu’il fait corps avec toux ceux que ces meurtres ont bouleversés, et ils sont nombreux. Ces paroles ne viendront pas, puisque toutes les occasions pour les prononcer ont été manquées. Les électeurs pourraient s’en rappeler quand le candidat Chahed viendra solliciter leurs voix…

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Le trop-plein, l’offre pléthorique, la bousculade, la concurrence acharnée au point de déboussoler les électeurs et compliquer leurs choix pour 2019, on y va tout droit. Que dis-je, on y est déjà ! A peine une semaine après la naissance du 216ème parti politique, celui que tout le monde attribue volontiers au chef du gouvernement, Youssef Chahed, un autre mouvement émerge. La “Rencontre Nationale du Salut”, c’est son nom. Bon, pour le moment ses initiateurs se gardent bien de le qualifier de formation politique, mais ça en a furieusement l’air. Justement qui sont-ils, ses initiateurs ? Mabrouk Korchid, ex-ministre des domaines de l’Etat et des Affaires foncières, étiqueté apolitique jusqu’ici, Samira Merai, ancienne ministre de la Santé et qui vient de larguer son parti, Afek Tounes (comme d’autres camarades, qui eux ont filé vers Tahia Tounes pour sécuriser leurs arrières) et d’autres personnalités nationales. Korchid et Merai ont une chose en commun : Ils ont été virés par Chahed; Korchid lors du dernier remaniement ministériel alors qu’il est de notoriété publique qu’il a beaucoup carburé et Merai a été débarqué en septembre 2017. De là à penser que l’idée de chasser sur les terres de Chahed, avec des états d’âme et une petite musique de vengeance en arrière-fond, leur trotte dans dans la tête, il n’y a qu’un pas…

Du réchauffé, point barre ?

De ce qu’on sait de la “Rencontre Nationale du Salut”, c’est que ce sont des personnalités nationales et des politiques qui l’ont montée. C’est vague, mais ça a le mérite d’exister et surtout d’interpeler, voire inquiéter, les autres partis dans l’arène. Ses initiateurs disent de ce mouvement qu’il reflète la volonté de se regrouper autour d’un projet national oeuvrant pour l’intérêt national.
D’après la Charte constitutive de l’initiative, qui s’est déjà propagée sur les réseaux sociaux pour être paraphée par tous ceux qui désirent y adhérer, l’objectif est de fédérer autour d’un projet national faisant prévaloir l’intérêt collectif. Un lieu commun, du réchauffé, certes, mais ça a le don de rassurer sur les intentions de ces personnalités un peu mystérieuses.
La charte comporte cinq points dont le plus saillant est le changement du régime politique. Une affaire qui parle à beaucoup vu la paralysie du système politique et les psychodrames affligeants qui émaillent toutes les décisions et votes du vrai détenteur du pouvoir en Tunisie, le Parlement.

Faire du Jomaa, Aïdi, Marzouk, différemment ?

Le document martèle la nécessité d’accorder la priorité au combat contre la corruption et le népotisme, la lutte contre le terrorisme et la défense de la souveraineté nationale.
Parmi les objectifs, figurent, également, la promotion de l’économie nationale à travers un modèle de développement retapé et fondé sur l’investissement et la technologie du savoir ainsi que la consécration de l'”Etat social”. Quand on vous disait que ça sent à plein nez une formation politique, mais à ce qu’on sache ce n’est pas un crime d’avoir des ambitions politiques. Le seul souci c’est que ce discours n’est pas très différent de ce que débitent Mehdi Jomaa, Saïd Aïdi, Mohsen Marzouk ou encore les partisans de Chahed pour justifier la mise sur pied de Tahia Tounes. Alors pourquoi Korchid, Merai et leurs compagnons ne sont pas allés se greffer aux autres partis qui défendent à peu près le même projet ? Mystère. Sans doute un peu à cause de cette maladie congénitale des hommes et femmes politiques, rongés par cet égo surdimensionné qui les pousse à toujours vouloir diriger, piloter eux-mêmes.

Korchid a la dent dure !

Dans une déclaration vendredi à l’agence TAP, Korchid a affirmé qu’un groupe de personnalités ayant servi l’Etat et des politiques qui ont foi en l’indépendance de la décision politique de la Tunisie ont décidé de lancer cette initiative politique. Il reconnait être un des instigateurs de cette action mais pas son dirigeant.
Il a ajouté que le projet ambitionne de sauver la Tunisie d’un processus qui a lamentablement échoué à tous les niveaux, en invitant “tous les patriotes qui désirent sauver le pays” à le rejoindre. Quand on vous disait qu’un petit air de vengeance flotte sur cette affaire. Mais l’histoire ne nous dit pas si l’ex-ministre et compagnie, en dépit de leurs envolées, ne finiront pas par faire comme beaucoup d’autres : Filer vers Tahia Tounes, après avoir bien fait monter les enchères, ou aller renforcer la concurrence, Nidaa Tounes par exemple. Affaire à suivre, de très près…

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Seulement une quinzaine de sociétés de Commerce International (SCI) bénéficient actuellement du programme Tasdir+, de soutien aux exportations. Nous ambitionnons, dès lors, de cibler davantage de SCI pour faire porter ce nombre à 50, voire 70 entreprises“, a indiqué, vendredi 1er février 2019, le Directeur coordinateur de TASDIR+, Riadh Bezzarga.
Intervenant lors d’une table ronde sur le programme “Tasdir+ : Opération coup de poing pour l’export pour les Sociétés de commerce international”, organisée à l’UTICA, il a précisé “qu’un appui technique à l’élaboration des business plan export et des primes financières exclusivement proposées pour l’export des produits agricoles et agroalimentaires, sont ainsi accordés aux SCI qui réalisent des performances à l’export sur de nouveaux marchés” .

Au total, 331 entreprises ont, jusque là, bénéficié du programme TASDIR+. L’objectif pour 2019 est d’attirer 300 nouvelles entreprises, ce qui permettra de dépasser les objectifs fixés bien avant la fin du programme“, a-t-il affirmé,
Une évaluation des résultats de Tasdir+ est envisagée après sa clôture en 2020. La possibilité de l’intégrer dans le cadre du Fonds de Promotion des Exportations (FOPRODEX) sera aussi étudiée“, a-t-il assuré.
Le nombre des SCI s’élève, selon le vice-président de la Chambre syndicale des sociétés de commerce international, Zied Jaouadi, à 4000 sociétés ayant totalisé en 2016 un chiffre d’affaires global de 3000 millions dinars dont 1000 MD sur l’Afrique.
Ces sociétés mettent un accent particulier sur le marché africain. Des missions de prospection sont envisagées, en 2019, au Kenya, Tanzanie, Ethiopie, Djibouti, République Démocratique du Congo, Bénin et au Nigeria“, a-t-il encore, souligné.

Le deuxième vice-président de la Chambre, Maher Ben Aissa a, de son côté, soutenu que “sur les 4000 SCI présentes en Tunisie, 800 seulement sont aujourd’hui actives. En 2016, leur contribution au total des exportations hors énergie a atteint 10,6%. Sur le marché africain, ce taux est aux alentours de 80%“.
Nous pourrons aller beaucoup plus loin si plus d’avantages nous sont accordés, si la problématique de la logistique notamment au niveau du port de Radès est solutionnée et si les obstacles aux financement sont atténués” a-t-il considéré.

Le Programme “TASDIR+”, financé par la Banque Mondiale, lancé sur une durée de 5 ans (2015-2020) et doté d’un budget global de 17 millions d’euros, ambitionne d’appuyer plus de 600 entreprises actives dans les secteurs des biens et des services.
Il vise la diversification des marchés à l’export, l’appui des filières/chaînes de valeurs pour l’accès aux marchés extérieurs et l’encouragement à l’implantation commerciale à l’étranger.

TAP

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