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Souleymane LOUM

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L’enquête sur la mort tragique de 11 nouveaux-nés au centre d’obstétrique et de néonatologie de l’hôpital La Rabta, les 7 et 8 mars 2019, est allée très vite. La directrice générale de la Santé au sein du ministère de la Santé, Nabiha Borsali Falfoul, a fait savoir au journal télévisé de la chaîne publique Wataniya 1 ce samedi 9 mars 2019 que l’administration d’un sérum contaminé a provoqué un choc septique qui a été fatal aux bébés.

Dans la journée, le témoignage poignant des parents, qui ont confié qu’ils avaient reçu la dépouille de leurs nourrissons dans des cartons, avait fait un tollé dans les réseaux sociaux et les appels à la démission du ministre de la Santé, le Professeur Abderraouf Cherif, avaient commencé à fuser. Il a fini par rendre son tablier dans la soirée. A noter qu’avant sa démission, le ministre auprès du chef du gouvernement, chargé des relations avec les Instances constitutionnelles et la Société civile et des Droits de l’Homme, Mohamed Fadhel Mahfoudh, l’avait invité, sur sa page Faceboook, à prendre ses responsabilités. De toute façon s’il ne l’avait pas fait il est très probable que le chef du gouvernement, qui a viré des tas de responsables pour beaucoup moins que ça; l’aurait débarqué pour éviter que tout le gouvernement soit éclaboussée par cette sombre affaire. N’empêche que ce drame de grande ampleur restera tout de même une tache sur la santé publique, au-delà de nos frontières…

 

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A quelques mois des élections, même les observateurs les plus avisés y perdent leur latin. Il est vrai que la scène politique est d’une incroyable complexité depuis que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a été débarqué par son parti, Nidaa Tounes, étiqueté à gauche et au centre, et qu’il a dû se bâtir une nouvelle majorité avec les islamistes et les députés de la Coalition nationale. Un scénario inédit, ubuesque diraient certains, mais dont la Tunisie post-révolutionnaire, adepte de toutes les expérimentations, s’accommode. Comme elle s’accommode des étranges relations entre Nidaa Tounes et Ennahdha, avec leur relation qu’on croyait indéfectible mais dont le divorce a été officiellement annoncé il y a quelques mois, par Nidaa. Pourtant cela n’a pas empêché le chef de file de ce dernier, le fils du président de la République, Hafedh Caïd Essebsi (HCE), de se rendre chez le leader des islamistes, Rached Ghannouchi. Un revirement spectaculaire que Néji Jalloul, cadre de Nidaa Tounes, a eu le plus grand mal à expliquer. Mais en la matière la dernière sortie de Béji Caïd Essebsi (BCE) n’est pas mal du tout !

Le flou artistique, en attendant BCE

Beaucoup ont vu dans la rencontre entre HCE et Ghannouchi un rapprochement dicté par un problème commun : Chahed. HCE aurait été mu par sa détestation du chef du gouvernement, qu’il cache mal et Ghannouchi par sa méfiance vis-à-vis d’un allié dont on connait encore très mal les ambitions et les véritables motivations. Sauf qu’après cette réunion qui a fait beaucoup jaser, des députés de Nidaa Tounes sont allés signer une pétition qu’ils ont déposée au Tribunal de première instance de Tunis pour exiger une enquête sur l’appareil secret d’Ennahdha. Le dit rapprochement Nidaa-Ennahdha a du plomb dans l’aile, d’emblée. Mais les islamistes ont également apporté la démonstration qu’ils restent les maitres dans l’art de la duplicité, de ventiler leurs oeufs dans plusieurs paniers, en disant haut et fort quelques heures à peine après l’aparté avec HCE qu’ils soutiennent le gouvernement de Chahed, l’ennemi juré de ce dernier. Conclusion : ce fut coup pour coup, 1 partout, la balle au centre. Mais Nidaa a un avantage, que n’a ni Tahya Tounes ni Ennahdha : BCE.

Un retour fracassant ?

Dans sa sortie d’hier, à la tonalité que l’on n’attendait guère, on a retrouvé le virtuose qui avait électrisé les militants, militantes surtout, en 2014 et était parvenu à déboulonner une Troïka chancelante, finie politiquement et qui attendait le coup de grâce. Mais cette fois il n’est plus question de ressortir les vieilles recettes, les vieux missiles contre des islamistes qui représenteraient le danger suprême. Trop éculée comme stratégie, personne ne goberait à nouveau ces arguments, surtout après que le président de la République a pactisé et gouverné avec Ennahdha. Alors Essebsi, qui sait que les citoyens en ont soupé des bisbilles, divergences et divisions d’une classe politique discréditée jusqu’à la lie, a inventé autre chose : “Unité nationale”, “la patrie avant les partis“, “égale distance entre les partis“, “neutralité absolue”, et d’autres slogans qu’il manie avec une extrême dextérité. Il installe déjà dans les têtes qu’il pourrait être le président de l’Unité nationale. Bien imaginé non ? Du reste c’est un job qu’il connait bien, puisque c’est ce qu’il faisait jusqu’à ce que son fils l’embarque dans sa guerre contre Chahed et jusqu’à ce qu’ils décrètent, ensemble, la fin de la lune de miel avec Ennahdha.

Chahed devra faire avec

BCE n’a pas un bilan à travailler, comme le chef du gouvernement, qui lui est contraint de se cramponner le plus longtemps possible à son fauteuil pour maquiller les réalisations qu’il va présenter aux électeurs. Le chef de l’Etat lui est libre, totalement, et n’a de compte à rendre à personne, ou presque, depuis toujours, par la magie de cette Constitution laquelle de ce point de vue présente des avantages. En plus il va profiter de la vitrine du Sommet des leaders arabes pour briller à la face des Tunisiens, ce qu’il a d’ailleurs commencé à faire en supervisant les préparatifs de la méga rencontre. Car dans cette affaire, ce n’est pas le chef du gouvernement qui sera le plus sous les projecteurs, mais bien celui de l’Etat. C’est ainsi. Jusqu’à la prochaine “revanche” de Chahed. Une chose est certaine : Les couteaux sont de sortie, déjà et les stratèges qui affinent les tactiques des uns et des autres sont déjà en action…

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Les promesses non tenues, c’est la maladie congénitale de Nidaa Tounes. On peut y ajouter d’autres variantes : les Rendez-vous manqués, les Virages ratés, etc. Bref, c’est toute cette bouillabaisse indigeste, surtout auprès des militants de la première heure, qui a valu à la formation bâtie par le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), sa descente aux enfers. Et on est loin de voir le bout du chapelet des promesses non tenues ! La dernière en date est l’éviction de l’instance dirigeante en place, pilotée par le fils du président de la République, Hafedh Caïd Essebsi (HCE), pour laisser BCE reprendre les rênes, jusqu’au Congrès électif. Rien n’a été fait, jusqu’ici. Le ménage n’est toujours pas fait à quelques semaines de ce rendez-vous capital, théoriquement. A ce stade il est légitime pour ceux dont le coeur bat encore pour BCE et Nidaa Tounes de craindre le pire…

Un vieux serpent de mer

Entre Nidaa et les promesses non tenues c’est une vieille histoire, presque depuis la naissance du parti. En fait ça a commencé exactement dès le lendemain de la victoire de Essebsi aux élections de 2014. Alors que le président de la République avait fait une campagne d’une rare violence contre les islamistes et leur projet de société qu’il a présenté comme funeste, avec les assassinats politiques et moult attentats qui ont émaillé le règne de la Troïka, il tourne casaque pour bâtir une coalition avec les islamistes, au motif qu’il ne dispose pas d’une majorité assez confortable au Parlement. Une frange non négligeable des militants pur jus ne lui ont jamais pardonné ce qui était à leur yeux une trahison, une forfaiture, et beaucoup ont déserté les rangs depuis. Le livre des malentendus entre l’état-major de Nidaa et les partisans ne s’est pas refermé depuis. Jusqu’à ce que BCE décide, contre toute logique, de se laver les mains des affaires intérieures de son parti, pour le laisser entre les mains destructrices de Essebsi fils. On connait la suite…

Nidaa Tounes, plus que jamais, apparait comme un malade qui refuse ostensiblement d’ingérer le médicament qui va le sauver, préférant à la place une lente décrépitude. Ce qui se passe au sein de cette formation défie toute logique. Alors qu’on nous promet un Congrès depuis des années, 2016 exactement, le seul rendez-vous capable de sauver ce qui reste des meubles, voire même requinquer le parti, certains se démènent pour faire capoter le congrès. Ceux-là même qui n’ont aucune once de popularité – vous les identifierez très aisément – et qui craignent le face-à-face avec les militants-électeurs. Résultats des courses : Jusqu’ici on n’a aucune date précise pour ce congrès, on sait juste qu’il aura lieu le mois prochain, ce qui est déjà un exploit pour HCE et compagnie.

Comme tout cela finira ?

Pendant ce temps BCE est de tous les combats (avec l’opposition, contre son chef de gouvernement; avec les avocats qui refusent de montrer patte blanche, un jeu très dangereux pour la Tunisie; pour l’égalité homme-femme dans l’héritage; aux côtés de Hamza Belloumi, face aux obscurantistes…), tous les combats sauf celui qu’il doit mener en premier : Sauver son parti. Il n’en parle pas, jamais, en tout cas pas publiquement et s’il est en train de s’activer dans les coulisses ça ne doit pas être assez efficace pour que ça s’ébruite. Aux dernières nouvelles le parti n’allait pas bien, quant à son avenir politique et celui de son fondateur, ils sont tout aussi mystérieux. HCE, par qui tous les problèmes sont arrivés, est toujours en place, solidement installé, encore plus depuis que Slim Riahi a débarrassé le plancher.

Si vous voulez savoir comment tout cela va finir, et bien c’est simple : Tahia Tounes et Ennahdha, sans se forcer ni être particulièrement brillants, ont toutes les chances d’être aux premières loges aux prochaines élections. Il est très probable que les deux formations se neutraliseront avec un score de près de 30% chacune, moins peut-être, ce qui ramené au paquet des votants et à la forte abstention qui se profile privera les deux partis d’une adhésion populaire assez forte pour transformer en profondeur le pays. Mais cela suffira à leur bonheur, puisque cela suffira pour gouverner, gouverner mal mais gouverner quand même. Quid de Nidaa Tounes ?? Et bien si le sursaut n’intervient pas très rapidement, on ira le chercher dans les bas fonds…

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Après une période d’attente très inhabituelle au Sénégal (on a voté le 24 février 2019), les résultats officiels provisoires viennent de tomber : Le président sortant, Macky Sall, repart pour un second mandat, de 5 ans, après un plébiscite des électeurs, 58,27% des voix. Idrissa Seck recueille 20,5%, Ousmane Sonko 15,67%, Issa Sall 4,07% et Madické Niang 1,48%. La CENA (Commission électorale nationale autonome), qui avait sans doute achevé le décompte des voix depuis un petit moment, a temporisé pour laisser la tension retomber. En effet la sortie du Premier ministre et directeur de campagne du président sortant dès le jour du vote, pour annoncer que son candidat l’avait emporté dès le premier tour avec 57% des voix, avait profondément irrité les concurrents, notamment Idrissa Seck et Ousmane Sonko. Ces derniers étaient montés au front pour marteler qu’un deuxième tour était incontournable. Maintenant les choses sont claires…

Mais le triomphe de Sall n’est pas une surprise du reste pour deux raisons essentiellement. D’abord en Afrique, où on est habitué aux règnes très longs, et même interminables, les électeurs ont coutume d’adouber les présidents sortants du fait que les pays sont souvent instables et les changements perturbent toutes les institutions, lesquelles n’ont pas la même solidité que dans les pays occidentaux. Par exemple au Nigeria les électeurs ont préféré reconduire le président en place malgré un très mauvais bilan. La deuxième raison pour laquelle les Sénégalais ont parié sur la continuité c’est que le président Macky Sall, contrairement à son homologue nigérian, affiche des réalisations palpables, il faut le reconnaître, dans le cadre du Plan Sénégal Emergent (PSE), un méga programme inédit en Afrique qui s’étale de 2014 à 2035, et qui recueille l’adhésion très forte des investisseurs étrangers. D’ailleurs lors du déplacement de Macky Sall à Paris, en décembre 2018, les bailleurs de fonds ont promis d’injecter 14 Milliards de dollars dans la deuxième phase du PSE.

Si les électeurs sénégalais se sont déplacés en masse pour reconduire l’actuel chef de l’Etat, avec un score si élevé, c’est parce qu’il y a un bilan à se mettre sous la dent. Par ici on a l’habitude de déloger les présidents, par la seule arme qui vaille pour le citoyen : La carte d’électeur. Abdou Diouf et Abdoulaye Wade ont été éjectés de la sorte, sans que ça fasse des vagues chez leurs partisans. Il y a donc des pratiques démocratiques qui commencent à prendre racine. Evidemment les opposants du président, notamment Idrissa Seck et Ousmane Sonko, ne verront pas les choses de la même façon et vont ameuter leurs partisans pour tenter de perturber le deuxième mandat de Macky Sall, comme ils l’ont fait pour le premier. Mais cette agitation, qui sera permanente, il faut s’y attendre, devrait rester dans les limites fixées par la loi et ne devrait pas plomber le pays de Léopold Sédar Senghor, qui a la spécificité de baigner dans un pacifisme ancré dans les traditions, contrairement à beaucoup d’autres nations du continent.

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Les choses s’accélèrent sur la scène politique, et même un peu trop, avec quelques dérapages incontrôlés, à quelques mois des élections. Parmi les nouveautés notables : deux des formations phares, Tahia Tounes et Nidaa Tounes, ont enfin avancé des dates pour leurs congrès électifs, avril 2019, toutes les deux, dans une espèce de mimétisme et de marquage à la culotte qui vont monter crescendo à mesure qu’approche le scrutin. Par ailleurs du côté de Tahia on a fermé l’épisode malheureux de Chawki Gaddes, une boulette qui n’aurait jamais dû passer tant elle était monumentale, et tout le monde l’avait vue sauf les partisans du chef du gouvernement, Youssef Chahed, manifestement. Du côté de Nidaa on s’est débarrassé de Slim Riahi, ou plutôt c’est lui qui a débarrassé le plancher. Là aussi Riahi n’aurait jamais dû être un problème pour le parti bâti par le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), dans la mesure où la greffe avec l’UPL n’aurait jamais dû avoir lieu. Mais bon, ce qui est fait est fait, tenons-nous en au fait que le retrait du sulfureux homme d’affaires éclaire le jeu politique au sein de Nidaa, et c’est plutôt une bonne chose pour eux. Mais c’est à peu près tout pour les bonnes nouvelles, pour les deux formations.

Une série de boulettes, qui pourraient se payer cher

Tahia Tounes a été secoué dès sa naissance par le tollé provoqué par le choix de son appellation, un boucan d’enfer auquel il fallait s’attendre, exactement comme avec le choix du président de l’INPDP, Chawki Gaddes, pour organiser des élections partisanes. Décidément les compagnons de lutte de Chahed manquent trop souvent de clairvoyance, ce qui en l’occurrence est une faute impardonnable quand on aspire à diriger le pays. Mais manifestement les esprits ne sont pas près de se calmer avec les bons sondages à l’actif du chef du gouvernement, qui impriment dans les têtes, et sur les visages aussi, cette étrange sensation que les élections sont déjà pliées avant même qu’on se présente devant les électeurs. Mohamed Ali Toumi, porte-parole d’Al Badil Ettounsi, fondé par l’ancien chef de gouvernement Mehdi Jomaa, en a rajouté une louche en disant publiquement, dans une grande radio de la place, sans la moindre gêne, que son parti est en pleines tractations avec Tahia Tounes pour établir le schéma politique de leur collaboration – comprenez par là la répartition des postes – et que la préférence d’Al Badil – comprenez par là celle de Mehdi Jomaa – est un atterrissage sur le fauteuil du palais de Carthage. Rien que ça !

On aurait dû le dire à Jomaa

Cette sortie n’a pas fait de vagues, rien. Aucun des observateurs de la vie politique, encore moins les citoyens, n’ont trouvé bizarre le fait qu’on discute de la répartition des postes avant même que les électeurs n’aient dit leur mot. De quel droit des candidats potentiels à des élections auxquelles ils ne sont jamais présentés envisagent de pactiser autour des désignations avant même le verdict du vote ? A ce qu’on sache un sondage, fût-il très bon, ne fait pas une élection, c’est même parfois un sacré piège. Demandez à François Fillon que tout le monde voyait au palais de l’Elysée, qu’occupe actuellement Emmanuel Macron. Demandez, ici chez nous, à Mehdi Jomma, qui était au zénith dans les sondages quand il était aux affaires, au même à Habib Essid, etc. Rappelons que la dernière fois que Jomaa et les siens se sont frottés à l’électorat, aux municipales de 2018, ça ne s’était pas très bien passé pour eux. Alors peut-être qu’il faudrait d’abord penser à refaire ses armes, à confectionner un programme très costaud et gagner l’élection avant de songer aux postes ! Rappelons enfin que le chef de l’Etat est élu au suffrage universel direct et qu’évoquer la question entre quatre murs, grisés par les bons sondages, n’a aucun sens.

Chahed et Jomaa devraient le dire à leurs collaborateurs

Nous baignons actuellement dans une atmosphère politique tellement surréaliste, avec des inepties en cascade qui ont fini par user les nerfs des citoyens, que personne n’a souligné qu’en s’exprimant de la sorte, Toumi élimine carrément BCE de l’équation de la présidentielle. Certes ce dernier n’est pas au meilleur de sa forme dans les sondages, mais encore une fois un sondage ne fait pas une élection, c’est une photographie du moment des mois avant un scrutin que le chaos politique ambiant rend très incertain de toute façon. Par ailleurs Essebsi vient d’apporter la démonstration en cognant sur son “ex”-compère, Rached Ghannouchi, qu’il a encore quelques arguments de campagne dans sa besace et que jusqu’ici il n’a pas officiellement enterré le rendez-vous de 2019. Alors méfiance Chahed et Jomaa, qui feraient mieux de calmer les ardeurs de leurs staffs en leur signifiant qu’il n’est jamais bon de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, et que le faire peut passer pour de l’outrecuidance et de l’arrogance, choses que les électeurs pourraient ne pas pardonner.

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La Commission électorale nationale autonome (CENA) avait presque tancé le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, pour avoir déclaré dès le soir du vote, le 24 février 2019, que le président sortant, Macky Sall, avait raflé la mise dès le premier tour avec 57% des voix. Ces propos avaient provoqué un tollé, notamment chez les deux principaux challengers du président Sall, Idrissa Seck et Ousmane Sonko, alors la CENA a demandé aux états-majors de tous les candidats de se garder de publier un quelconque résultat ou estimation, et d’attendre sagement les annonces officielles. Mais c’était sans compter sur les groupes de presse, qui ont de gros moyens et qui avaient dépêché des observateurs dans les bureaux de vote partout au Sénégal. Ils ont bravé les consignes de la CENA et donné le nom du vainqueur de la présidentielle de 2019.

Attendre jusqu’au vendredi 1er mars, date limite de la proclamation des résultats officiels, pour découvrir celui qui va gouverner le pays dans les cinq prochaines années, c’est trop demander à des électeurs rompus à la pratique démocratique et qui ont l’habitude de connaitre très tôt l’issue du vote. Ce fut le cas lors des élections de ces dernières années, sans que les résultats officiels ne soient contestés par les camps adverses ou la rue. D’après les estimations de Sénégo, Macky Sall garde son fauteuil avec une très confortable avance, il aurait même écrasé ses adversaires avec 60,7% des voix. Le second, Idrissa Seck, recueillerait 19,1% des voix; Ousmane Sonko est crédité de 14,4%; Issa Sall 3,9% et Madické Niang 1,9%. Donc un score pour le président sortant qui va même au-delà du chiffre avancé par le Premier ministre.

La CENA doit certainement avoir les mêmes, à peu de choses près, mais se garde de les publier le temps que les esprits des opposants se calment, eux qui soutiennent mordicus qu’un deuxième tour est inéluctable. Il est très probable que la grande majorité des citoyens sénégalais, depuis l’annonce de Dionne dimanche dernier, aient déjà digéré le fait que Sall allait rempiler, et que même si des remous ne sont pas à écarter, ce ne peut être qu’une agitation sporadique et relativement maitrisée, rien qui puisse perturber le fonctionnement du pays. On est loin du contexte délétère de 1988 ou de 2012, quand le président Abdoulaye Wade a voulu tripatouiller la Constitution pour faire de son fils, Karim Wade, son successeur légal, une dérive monarchique bloquée par la rue.

Si la CENA confirme les estimations de la presse, les vaincus, notamment Seck et Sonko, pourront se consoler en se disant que le paysage politique sera beaucoup plus dégagé dans 5 ans, après la fin du second et dernier mandat de Macky Sall, en vertu de la Constitution qu’il a lui-même changée pour écourter le règne des chef d’Etat et moderniser la vie politique sénégalaise, comme cela se pratique dans les grandes nations démocratiques du monde. Dans 5 ans il faudra compter avec Seck et Sonko, et ce ne sont pas les alliés de Sall qui vont les en empêcher, à condition que le député et ex-inspecteur des Finances se calme, qu’il mûrisse et qu’il enterre définitivement ses emportements et son langage guerrier qui effraient la grande majorité des citoyens sénégalais réputés pour leur tempérance.

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Il y a déjà un vainqueur dans cette élection présidentielle qui a passionné le pays : La démocratie sénégalaise. De l’avis unanime (la Commission électorale nationale autonome – CENA – et les observateurs étrangers, européens notamment), les opérations de vote se sont déroulées dans le calme dimanche 24 février 2019, après les épisodes de violence durant la campagne électorale, et les électeurs se sont déplacés massivement. Ce scrutin était très singulier dans la mesure où pour la première fois, comme l’avait promis le président sortant, Macky Sall, le système de parrainage a été mis en place et comme on pouvait s’y attendre il a taillé dans le vif. En effet à peine 5 candidats dont le sortant ont pu passer la barrière des signatures d’électeurs exigées pour avoir le droit de se présenter face aux citoyens. Et l’affaire a fait des vagues, notamment la disqualification du maire de Dakar, Khalifa Sall, condamné pour détournement de fonds publics et celle de Karim Wade, le fils de l’ex-président, Abdoulaye Wade, qui a lui aussi séjourné en prison pour enrichissement illicite. Cette agitation a fait craindre un scrutin mouvementé, il n’en a rien été. Reste maintenant à gérer la tension née du fait que le camp de Macky Sall revendique la victoire, dès le premier tour, ce que contestent énergiquement ses challengers.

Des calculs très politiques !

Hier soir, le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, a déclaré au siège de campagne de Macky Sall, à Dakar, que le sortant a raflé la mise dès le premier tour. «Sur la base des résultats que nous avons compilés, il faut féliciter le président Macky Sall pour sa réélection avec un minimum de 57% des voix», a-t-il dit, dans une ambiance survoltée. «Dès demain, ils se mettra au travail», a-t-il scandé, des propos auxquels ont répondu des manifestations de joie des militants présents, rapporte Jeune Afrique.

Cette déclaration a profondément irrité les principaux adversaire de Sall, Idrissa Seck et Ousmane Sonko, crédités de très bons scores. Les deux rejettent la «confiscation» du vote et ont organisé une conférence de presse dimanche soir pour le dire haut et fort. «Macky veut confisquer le résultat du vote, mais le peuple sénégalais ne l’acceptera pas !» a affirmé Seck devant ses partisans et ceux du jeune Sonko, 44 ans. Ce dernier, le phénomène politique sénégalais du moment, avait balancé un peu plus tôt sur les réseaux sociaux : «J’invite la jeunesse à protester devant tout média prenant la responsabilité de déclarer Macky Sall vainqueur au premier tour sans les résultats officiels. J’en appelle à la responsabilité des chefs religieux pour appeler le parti au pouvoir à la raison.»

Plier l’affaire dès le premier tour éviterait au président sortant un périlleux deuxième tour où le ‘tout sauf Macky‘ risque de faire de sacrés dégâts. En effet ses deux principaux concurrents ont déjà annoncé la couleur en s’affichant ensemble publiquement, pour défendre la même cause : Un deuxième tour, où le report des voix pourrait être massif pour le mieux placé des deux, Seck, dit-on. Sall le sait et tente, il faut le reconnaître, de mettre la pression sur la CENA. Ses adversaires en font de même, il faut aussi l’admettre, en décrétant, à la place de la Commission électorale, qu’un deuxième tour était inéluctable…

Un grand perdant : Wade

On ne dispose pas des résultats officiels, même partiels, à l’heure où on écrit ces lignes, mais ce qu’on sait d’ores et déjà c’est que cette élection a un grand perdant : L’ex-président, Abdoulaye Wade. En effet ce dernier, courroucé par l’élimination de son fils, avait appelé les électeurs à boycotter le vote, et il était revenu de sa résidence cossue de Versailles, en France, pour battre campagne et inciter les électeurs à rester chez eux. Il faut croire que sa consigne a été allègrement piétinée par la maturité politique des électeurs sénégalais. Mais l’ombre de Maître Wade, 92 ans, a tout de même plané sur cette élection. En effet 3 des 5 candidats sont des purs produits de la mythique formation de l’ex-président, le Parti Démocratique Sénégalais (PDS). Macky Sall a longtemps évolué sous les ailes de Wade et a même été son Premier ministre puis président du Parlement. Idrissa Seck a été directeur de campagne de Wade puis son Premier ministre. Quant à Madické Niang, il est encore officiellement un membre et dirigeant du PDS; face à l’appel au boycott de Wade, il a pris en main son destin personnel et s’est présenté, bravant la position du leader historique…

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Jeune Afrique avait récemment annoncé que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, allait quitter le palais de la Kasbah en mars prochain pour se jeter corps et âme dans la course électorale de 2019. Puis les collaborateurs avaient vite démenti. De toute façon c’est une question de temps, Chahed devra, et même assez rapidement, se défaire de sa charge de chef de gouvernement pour organiser son avenir politique, ce que personne ne peut faire à sa place. Ses partisans ont beau être débordants d’énergie, bourrés de bonne volonté et pressés d’en découdre, ils ne pourront pas tout faire à sa place. Il va falloir qu’il s’y colle, qu’il descende sur le terrain, mouille la chemise et mette la main dans le cambouis. Et on lui prédit des jours difficiles et beaucoup de nuits blanches, mais c’est ainsi dans toutes les démocraties. On n’a pas encore inventé autre chose de ce point de vue. Ce que ses partisans ont fait, c’est-à-dire lui préparer le costume électoral dans lequel il n’a qu’à se glisser c’est très bien, mais ça a ses limites.

Avec les moyens de l’Etat, et alors ?!

Chahed pour le moment reste dans l’ambiance relativement rassurante de la Kasbah – il commence à bien la connaître ! -, et le chèque qu’il vient de signer à l’UGTT lui garantit quelques mois d’accalmie... jusqu’en juillet 2019. Son poste actuel présente deux gros avantages principalement : ça lui offre un bouclier dans la mesure où il n’est pas obligé de répliquer aux tirs, qui fusent déjà. Il pourra toujours arguer, et ce n’est pas faux, qu’il est aux affaires, pour l’intérêt du pays, et qu’il n’est pas encore dans l’arène politique. Il n’a donc pas à dépenser son énergie pour autre chose que ça. Mais Chahed ne pourra pas en user et en abuser trop longtemps.

L’autre avantage de la Kasbah c’est que ça permet à Chahed de faire campagne à moindres frais, puisque c’est avec les moyens infiniment plus puissants de l’Etat. Et ce que dit et fait le chef de gouvernement pour le bonheur des populations c’est aussi ce que réalise le candidat aux élections. Et les citoyens-électeurs s’en rappellent forcément quand il reviendra mais cette fois dans son costume de leader de Tahia Tounes. Cela a le don d’énerver ses adversaires, mais c’est ainsi partout dans le monde. C’est ce qui explique le silence assourdissant de la classe politique, surtout ses adversaires, quand Chahed a déminé le terrain en signant le chèque que lui exigeait l’UGTT pour lever le mot d’ordre de la grève générale. On est, déjà, dans la séquence électorale, donc pas de quartier. Ce ne sont certainement pas ses concurrents qui vont féliciter le chef du gouvernement et lui donner de précieux points pour son “exploit” avec la centrale syndicale. Faut pas rêver !

Il en faudra plus, et Chahed le sait

A la décharge de ceux qui se taisent après l’accord paraphé par Noureddine Taboubi et Youssef Chahed, ce dernier a fait ce que sans doute les autres auraient fait à sa place pour s’éviter une grève générale très couteuse, pour l’économie du pays et son image à l’international : Payer. Donc il ne faut pas y voir un quelconque exploit, même si Chahed a eu le mérite de résister comme il a pu, en tout cas mieux que tous ses prédécesseurs, à part peut-être Mehdi Jomaa. Reste le casse-tête de la cagnotte qu’il a siphonnée, et qu’il va bien falloir renflouer, et si possible sans recourir à l’endettement et sans plonger tout de suite dans une loi de finances complémentaire, car guetté par le camp adverse.

Le tourisme s’est requinqué après des années de vaches maigres et il y a des chances que le déficit budgétaire reflue, un peu, enfin si le prix du baril du pétrole ne nous joue pas des tours cette année. C’est à peu près tout pour les bons indicateurs. La bataille de la croissance est loin d’être gagnée; le taux de chômage reste haut, trop haut; la production de phosphate n’est jamais vraiment repartie, et vient d’être paralysée pour la énième fois à Mdhilla, etc. Bref, les chantiers sont partout et Chahed sait qu’en dépit de ses bons sondages, il lui faudra muscler son bilan pour envisager avec sérénité le face-à-face avec les électeurs. C’est ce qui explique qu’il va se cramponner à la Kasbah le plus longtemps possible. Quand il fait une virée en France pour ramener des sous, c’est certes le chef de gouvernement qui s’active, pour le bien du pays, mais c’est aussi le potentiel candidat aux élections qui bouge pour étoffer son bilan. Ses adversaires ne sont pas du dupes, et se garderont bien de le féliciter pour ce qu’il va récolter. Ce sont des missiles qu’ils lui préparent, et certainement pas des applaudissements.

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Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément“, avait dit le poète et écrivain Nicolas Boileau. Le moins qu’on puisse dire est que l’affaire du chef du gouvernement, Youssef Chahed, Tahia Tounes, n’est pas claire. Certes on a le positionnement politique et l’idéologie, vaguement : Se mettre au centre et aimanter les déçus à gauche et ce qu’on appelle la droite locale modérée. En un mot faire ce qu’a fait avec brio en 2013 le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), mais le faire mieux et dans la durée pour s’éviter les tourments de Nidaa Tounes. Pour le reste, c’est plutôt le flou artistique qui prévaut du côté de Tahia Tounes. Pourtant, à quelques mois des élections, il est temps que les électeurs convoités par les partisans Chahed aient au moins quelques éléments de réponse. Nous parlons de la nécessité d’éclairer les lanternes sur les alliances stratégiques que le chef du gouvernement compte nouer, sur ce qu’il a l’intention de faire du pays et pas qu’économiquement, sur son projet de société, etc. Pour le moment les sons de cloche de la garde rapprochée de Chahed ne sont pas de nature à rassurer le coeur de cible du parti.

Le problème Ennahdha

Le chef du gouvernement n’a pas pu l’oublier, pas si vite : l’alliance avec Ennahdha explique en grande partie le crash de Nidaa Tounes. Bon, il y a bien la capacité de nuisance du fils du président de la République, Hafedh Caïd Essebsi, et les choses ne se sont pas bonifiées avec le parachutage de Slim Riahi, mais il faut reconnaitre que les ennuis ont commencé quand BCE a décrété, tout seul, qu’il lui était impossible de bâtir une majorité avec des sables mouvants, le Front populaire et l’UPL, et que Ennahdha était la solution, la seule. Beaucoup d’électeurs du président de la République ne lui ont jamais pardonné cette alliance jugée contre-nature, quoique dictée par la conjoncture de 2014. Les choses ne sont pas différentes d’ailleurs en 2019, au contraire. Mais le fait est que ces électeurs intransigeants classés à gauche, avec leur contingent dit laïc, sont bien là, ils existent et sont toujours aussi anti-Ennahdha. Ils existent comme du reste existent les islamistes. Mais ce que font en ce moment les partisans de Chahed pour récupérer les électeurs transis de BCE, et bien ils le font très mal. Et la dernière sortie de Sahbi Ben Fraj pour défendre Ennahdha, en pleine tempête Regueb, n’arrange rien à l’affaire.

Le chef du gouvernement devra bétonner sa position avec les siens, les ex-électeurs de Nidaa Tounes, très nombreux, avant de songer à migrer vers d’autres terrains. D’abord rassurer son camp, y faire le plein avant de compléter l’attelage par ce qu’on pourra bien ramasser en cours de route. C’est sa seule chance de briller au prochain scrutin. Ce qui est surréaliste c’est que ses partisans, et Chahed lui-même, ne semblent pas avoir saisi cette donne. Les choses ont commencé à mal tourner dès le Congrès électif de Monastir, le 27 janvier 2019. Des émissaires de Tahia Tounes ont commencé à claironner un peu partout, dans les radios et télés, qu’il n’était pas question d’une quelconque alliance avec les islamistes. Puis dans la même journée on a commencé à entendre que la porte ne serait pas fermée à Ennahdha si Tahia Tounes n’arrivait pas à décrocher une majorité confortable au Parlement. Et le lendemain, le lundi, un cadre du parti a eu le plus grand mal à défendre cette position sur la RTCI, face à l’intraitable Anis Morai. Le journaliste a littéralement malmené son interlocuteur, qui s’est pris les pieds dans le tapis en tentant de défendre cette tambouille islamo-modérée qui a valu à Nidaa Tounes sa descente aux enfers.

Le spectre Belaïd et Brahmi

Le chef du gouvernement semble avoir sous-estimé le traumatisme profond provoqué par les assassinats politiques de 2013. Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi font partie, pour l’éternité, de l’inconscient collectif de la Tunisie post-révolutionnaire. Lors de la commémoration du 6ème anniversaire de la disparition tragique de Belaïd, à laquelle Chahed aurait dû assister, on a entendu des accusations terribles en direction de la justice, d’Ennahdha, du chef du gouvernement. Cette violente charge était censée sortir ce dernier de son silence très lourd sur un odieux crime qui a heurté la nation jusqu’au tréfonds. Rien. Cette fois pas plus que durant les autres commémorations et processions des familles de Belaïd et Brahmi, Chahed ne dira pas un mot. Des occasions ratées et un mutisme qui alimentent fatalement le doute, les suspicions, les accusations. Et ça c’est très mauvais pour tout projet politique…

Soyons clairs sur la question : à ce stade personne ne sait qui est coupable de quoi, qui a trempé dans quoi, qui a commandité quoi. La justice, tôt ou tard, finira par dire son mot et choper d’autres gros poissons, au-delà des exécutants qu’elle a déjà coincés. En attendant, quelques mots très forts de Chahed auraient suffi, juste pour montrer qu’il fait corps avec toux ceux que ces meurtres ont bouleversés, et ils sont nombreux. Ces paroles ne viendront pas, puisque toutes les occasions pour les prononcer ont été manquées. Les électeurs pourraient s’en rappeler quand le candidat Chahed viendra solliciter leurs voix…

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Le trop-plein, l’offre pléthorique, la bousculade, la concurrence acharnée au point de déboussoler les électeurs et compliquer leurs choix pour 2019, on y va tout droit. Que dis-je, on y est déjà ! A peine une semaine après la naissance du 216ème parti politique, celui que tout le monde attribue volontiers au chef du gouvernement, Youssef Chahed, un autre mouvement émerge. La “Rencontre Nationale du Salut”, c’est son nom. Bon, pour le moment ses initiateurs se gardent bien de le qualifier de formation politique, mais ça en a furieusement l’air. Justement qui sont-ils, ses initiateurs ? Mabrouk Korchid, ex-ministre des domaines de l’Etat et des Affaires foncières, étiqueté apolitique jusqu’ici, Samira Merai, ancienne ministre de la Santé et qui vient de larguer son parti, Afek Tounes (comme d’autres camarades, qui eux ont filé vers Tahia Tounes pour sécuriser leurs arrières) et d’autres personnalités nationales. Korchid et Merai ont une chose en commun : Ils ont été virés par Chahed; Korchid lors du dernier remaniement ministériel alors qu’il est de notoriété publique qu’il a beaucoup carburé et Merai a été débarqué en septembre 2017. De là à penser que l’idée de chasser sur les terres de Chahed, avec des états d’âme et une petite musique de vengeance en arrière-fond, leur trotte dans dans la tête, il n’y a qu’un pas…

Du réchauffé, point barre ?

De ce qu’on sait de la “Rencontre Nationale du Salut”, c’est que ce sont des personnalités nationales et des politiques qui l’ont montée. C’est vague, mais ça a le mérite d’exister et surtout d’interpeler, voire inquiéter, les autres partis dans l’arène. Ses initiateurs disent de ce mouvement qu’il reflète la volonté de se regrouper autour d’un projet national oeuvrant pour l’intérêt national.
D’après la Charte constitutive de l’initiative, qui s’est déjà propagée sur les réseaux sociaux pour être paraphée par tous ceux qui désirent y adhérer, l’objectif est de fédérer autour d’un projet national faisant prévaloir l’intérêt collectif. Un lieu commun, du réchauffé, certes, mais ça a le don de rassurer sur les intentions de ces personnalités un peu mystérieuses.
La charte comporte cinq points dont le plus saillant est le changement du régime politique. Une affaire qui parle à beaucoup vu la paralysie du système politique et les psychodrames affligeants qui émaillent toutes les décisions et votes du vrai détenteur du pouvoir en Tunisie, le Parlement.

Faire du Jomaa, Aïdi, Marzouk, différemment ?

Le document martèle la nécessité d’accorder la priorité au combat contre la corruption et le népotisme, la lutte contre le terrorisme et la défense de la souveraineté nationale.
Parmi les objectifs, figurent, également, la promotion de l’économie nationale à travers un modèle de développement retapé et fondé sur l’investissement et la technologie du savoir ainsi que la consécration de l'”Etat social”. Quand on vous disait que ça sent à plein nez une formation politique, mais à ce qu’on sache ce n’est pas un crime d’avoir des ambitions politiques. Le seul souci c’est que ce discours n’est pas très différent de ce que débitent Mehdi Jomaa, Saïd Aïdi, Mohsen Marzouk ou encore les partisans de Chahed pour justifier la mise sur pied de Tahia Tounes. Alors pourquoi Korchid, Merai et leurs compagnons ne sont pas allés se greffer aux autres partis qui défendent à peu près le même projet ? Mystère. Sans doute un peu à cause de cette maladie congénitale des hommes et femmes politiques, rongés par cet égo surdimensionné qui les pousse à toujours vouloir diriger, piloter eux-mêmes.

Korchid a la dent dure !

Dans une déclaration vendredi à l’agence TAP, Korchid a affirmé qu’un groupe de personnalités ayant servi l’Etat et des politiques qui ont foi en l’indépendance de la décision politique de la Tunisie ont décidé de lancer cette initiative politique. Il reconnait être un des instigateurs de cette action mais pas son dirigeant.
Il a ajouté que le projet ambitionne de sauver la Tunisie d’un processus qui a lamentablement échoué à tous les niveaux, en invitant “tous les patriotes qui désirent sauver le pays” à le rejoindre. Quand on vous disait qu’un petit air de vengeance flotte sur cette affaire. Mais l’histoire ne nous dit pas si l’ex-ministre et compagnie, en dépit de leurs envolées, ne finiront pas par faire comme beaucoup d’autres : Filer vers Tahia Tounes, après avoir bien fait monter les enchères, ou aller renforcer la concurrence, Nidaa Tounes par exemple. Affaire à suivre, de très près…

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Seulement une quinzaine de sociétés de Commerce International (SCI) bénéficient actuellement du programme Tasdir+, de soutien aux exportations. Nous ambitionnons, dès lors, de cibler davantage de SCI pour faire porter ce nombre à 50, voire 70 entreprises“, a indiqué, vendredi 1er février 2019, le Directeur coordinateur de TASDIR+, Riadh Bezzarga.
Intervenant lors d’une table ronde sur le programme “Tasdir+ : Opération coup de poing pour l’export pour les Sociétés de commerce international”, organisée à l’UTICA, il a précisé “qu’un appui technique à l’élaboration des business plan export et des primes financières exclusivement proposées pour l’export des produits agricoles et agroalimentaires, sont ainsi accordés aux SCI qui réalisent des performances à l’export sur de nouveaux marchés” .

Au total, 331 entreprises ont, jusque là, bénéficié du programme TASDIR+. L’objectif pour 2019 est d’attirer 300 nouvelles entreprises, ce qui permettra de dépasser les objectifs fixés bien avant la fin du programme“, a-t-il affirmé,
Une évaluation des résultats de Tasdir+ est envisagée après sa clôture en 2020. La possibilité de l’intégrer dans le cadre du Fonds de Promotion des Exportations (FOPRODEX) sera aussi étudiée“, a-t-il assuré.
Le nombre des SCI s’élève, selon le vice-président de la Chambre syndicale des sociétés de commerce international, Zied Jaouadi, à 4000 sociétés ayant totalisé en 2016 un chiffre d’affaires global de 3000 millions dinars dont 1000 MD sur l’Afrique.
Ces sociétés mettent un accent particulier sur le marché africain. Des missions de prospection sont envisagées, en 2019, au Kenya, Tanzanie, Ethiopie, Djibouti, République Démocratique du Congo, Bénin et au Nigeria“, a-t-il encore, souligné.

Le deuxième vice-président de la Chambre, Maher Ben Aissa a, de son côté, soutenu que “sur les 4000 SCI présentes en Tunisie, 800 seulement sont aujourd’hui actives. En 2016, leur contribution au total des exportations hors énergie a atteint 10,6%. Sur le marché africain, ce taux est aux alentours de 80%“.
Nous pourrons aller beaucoup plus loin si plus d’avantages nous sont accordés, si la problématique de la logistique notamment au niveau du port de Radès est solutionnée et si les obstacles aux financement sont atténués” a-t-il considéré.

Le Programme “TASDIR+”, financé par la Banque Mondiale, lancé sur une durée de 5 ans (2015-2020) et doté d’un budget global de 17 millions d’euros, ambitionne d’appuyer plus de 600 entreprises actives dans les secteurs des biens et des services.
Il vise la diversification des marchés à l’export, l’appui des filières/chaînes de valeurs pour l’accès aux marchés extérieurs et l’encouragement à l’implantation commerciale à l’étranger.

TAP

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Un très bon sondage, plus des personnalités qui se bousculent au portillon pour s’asseoir aux premières loges, le projet politique prêté au chef du gouvernement, Youssef Chahed, ne pouvait pas mieux partir. C’est même au-delà de toutes ses espérances pour quelqu’un qui, faut-il le rappeler, était un discret secrétaire d’Etat jusqu’à ce que le président de la République, Béji Caïd Essebsi (BCE), à la surprise générale, se mette en tête de sacrifier un pion, Habib Essid, pour le remplacer par un autre pion, Chahed. Enfin c’est ce qu’il croyait car le nouveau venu, après la docilité du départ, va très vite vouloir voler de ses propres ailes et entrer pleinement dans le costume que lui a taillé la Constitution. Et maintenant son propre politique, qui démarre en trombe, en attendant les ennuis qui viendront inéluctablement, exactement comme avec Nidaa Tounes. C’est le lot de toutes les grandes formations, des fourre-tout par définition où les égos des militants de la première heure et ceux des cooptés finissent fatalement par s’exprimer, et se télescoper. Mais on n’y est pas encore, l’heure est plutôt aux réjouissances avec une flopée de poids lourds du parti Afek Tounes qui ont annoncé samedi 26 janvier 2019 dans la soirée leur ralliement au nouveau projet politique attribué à Chahed.

Riadh Mouakher (secrétaire général du gouvernement actuel), Hafedh Zouari, Karim Hilali, Hajar ben Cheikh Ahmed, Noeman Kraa, Faten Kallel et Ismaël Ghadamesi ont donc formellement largué Yassine Brahim pour s’embraquer dans l’aventure Chahed. Bon, ils ont mis la forme en justifiant leur démission par “la déviation du Parti de Afek Tounes des idéaux qu’ils défendaient et l’emprise du président du parti et du groupe l’entourant sur les décisions prises sans référer aux bases et au reste des dirigeants du parti“, rapporte la TAP. Mais personne n’est dupe, si ces griefs étaient réellement fondés, ils auraient tout plaqué depuis belle lurette. En réalité il s’agit surtout de lâcher un projet – le rêve d’une Révolution économique impulsée par les grosses têtes aux côtés de Brahim – pour parier sur un avenir florissant, à en croire les sondages, et sur l’excellent départ de Chahed. Même si rien en la matière n’est jamais gravé sur le marbre. Les déboires du jeune président français en ce moment en sont la parfaite illustration. Lui aussi avait tout pour réussir, mais l’attelage hétéroclite qu’il a monté, dont une frange n’a aucune connaissance du fonctionnement de la politique et des rouages de l’Etat, a vite montré ses limites…

Un air de déjà vu, de déjà entendu

Les démissionnaires d’Afek Tounes ont déclaré que le nouveau projet politique auquel ils ont adhéré, et qui sera annoncé officiellement ce dimanche à Monastir, compte dans ses rangs de nombreuses et grandes figures nationales aux références politiques et intellectuelles variées qui ont pour dénominateur commun la préservation des acquis de l’indépendance et de la société moderniste. Ils ont souligné que ce nouveau projet politique reste ouvert à diverses forces démocratiques progressistes. Mais ça aussi on l’a entendu, et beaucoup, du côté de Nidaa Tounes à ses débuts, avant l’implosion que l’on a vue sous nos yeux…

Les nouveaux adhérents du projet politique prêté à Chahed sont d’avis que le parti politique qui émanera du congrès constitutif de Monastir “répondra aux aspirations des Tunisiens et au besoin d’un grand parti politique basé sur une vision claire de la gouvernance et de véritables réformes sans tomber dans les erreurs d’expériences politiques antérieures“. Ils font allusion aux sorties de route qui ont valu à Nidaa Tounes son crash. Là également on jugera sur pièces sur leur capacité à survivre aux maladies congénitales des grands partis formés en un temps record et qui vont très vite, trop vite peut-être, aux élections sans passer par la période de maturation qui permet de solutionner les problèmes internes avant d’en arriver à la complexité du pouvoir. Mouakher, Zouari, Hilali et compagnie promettent la lune, mais s’ils n’ont pas pu éviter le naufrage à un “petit” parti, rien ne nous garantit qu’ils feront des étincelles avec leur nouvelle formation, beaucoup plus grande, donc avec des problèmes démultipliés et des appétits plus aiguisés.

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On a vu le chef du gouvernement, Youssef Chahed, se démener au Forum de Davos pour tenter d’expliquer à ses bailleurs ses problèmes structurels et conjoncturels, les raisons de la panne économique du pays, les causes du retard pris par les réformes… Bref, les difficultés, et elles ne sont pas peu. Mais c’est un fait : il sera de plus en plus difficile de convaincre les investisseurs de desserrer les cordons de la bourse en l’absence de démonstrations sur la capacité de la Tunisie à se relever, et vite. C’est ce qui explique le demi-échec de la dernière sortie sur le marché international, quoi qu’en disent les autorités. Alors il semble que l’heure soit au changement de braquet, pour laisser place à une nouvelle philosophie dictée par les réalités du moment et théorisée par Chahed.

Le chef du gouvernement a affirmé ce jeudi 24 janvier 2019 qu’il faut à présent mettre en branle les réformes sans attendre l’aide étrangère. Il a ajouté, sur Express FM, que la Tunisie a suffisamment de compétences et est suffisamment armée, en dépit des problèmes dont elle souffre, pour gagner la bataille des réformes. Il a illustré son propos par le “Startup Act“, qui a été concocté pour doper l’entrepreneuriat privé chez les jeunes, notamment ceux de l’intérieur du pays, avec pour objectif de générer beaucoup d’emplois. 50 millions de dinars ont été décaissés dans cette optique.

Cap sur l’Afrique

Chahed a admis que la Tunisie a des problèmes, mais qu’ils ne sont pas différents de ceux des autres pays africains, surtout pour ce qui est de l’endettement. Il a invité le secteur privé à explorer davantage les possibilités offertes par ces pays, indiquant que la Tunisie avait depuis Habib Bourguiba mis sur les rails une politique consolidant les relations avec l’Afrique à travers la suppression du visa, l’accueil des étudiants africains ainsi que des liaisons aériennes avec les pays du continent

«La Tunisie demeure le meilleur pays du monde car elle a un grand vivier de compétences. Il faut juste que nous sachions résoudre nos problèmes tout seuls. La volonté et la détermination sont bien là et c’est cela qui fera de la Tunisie un pays avancé. Il faut semer et renforcer la culture du travail car rien n’est servi sur un plateau et le travail est l’unique voie pour réaliser nos ambitions», a conclu Chahed.

Mais il y a un os

On n’attendait par le chef du gouvernement à ce niveau, du moins pas avec cette tonalité. Son voyage à Davos a dû l’inspirer, notamment le fait d’avoir côtoyé l’homme fort du Rwanda et président en exercice de l’Union africaine, Paul Kagamé. En effet ce dernier est à la tête d’un pays qui va bien, socialement et économiquement, un des champions continentaux de la croissance et dont la capitale, Kigali, qui a aussi tapé dans l’oeil de la maire de Tunis, est l’une des villes les plus propres d’Afrique. Ça en fait des choses à envier aux Rwandais ! Et c’est sacrément motivant pour un chef de gouvernement qui a tout à faire dans ces domaines là. D’où, sans doute, ce discours tonique et tonifiant. Le seul hic c’est que cette Afrique dont il parle il n’y va pas assez, ne la fréquente pas assez, ne la travaille pas assez. En novembre 2016 déjà, nous lui suggérions d’aller chercher les marchés là où ils sont, en abondance, en Afrique, comme le fait le roi du Maroc. Plus de 2 ans après rien n’a bougé, ou si peu…

2 voyages (une visite au Soudan en mars 2017 plus une tournée au Niger, au Burkina Faso et au Mali, en avril de la même année) en Afrique subsaharienne en deux ans et demi, c’est vraiment maigrichon, quand d’autres dirigeants étrangers de premier plan défilent sur le continent. Ce discours qu’il a fait aurait fait mouche s’il l’avait prononcé dans un de ces pays dont il parle. Il évoquait l’Afrique de Bourguiba, où le leader historique avait tissé des liens très solides avec les présidents de l’époque, tels que le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny; Chahed aurait été très inspiré de se rendre dans ces pays, des ténors de la croissance, une dynamique durable saluée régulièrement par le FMI.

La Tunisie a, tout de même, posé des jalons très costauds sur le continent en intégrant le COMESA (le Marché commun de l’Afrique orientale et austral) et en nourrissant les mêmes ambitions pour la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest). A ajouter au fait qu’elle a déjà paraphé le document de la ZLECA (Zone de libre-échange continentale africaine). Tout ça c’est très bien, c’est même salutaire pour la Tunisie du fait de l’essoufflement chez le premier partenaire économique, l’Europe. On verra ce qui sera fait pour creuser davantage le sillon du pays du jasmin dans son propre continent, dans quelques mois et après les élections de cette année…

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Les dirigeants nidaïstes, manifestement, s’apprêtent à adouber le fondateur du parti, le président de la République, Béji Caïd Essebsi (BCE), pour les élections de 2019, même contre sa volonté. Ridha Belhaj, qui ne semble être revenu à Nidaa Tounes que pour ça – et aussi pour flinguer le chef du gouvernement, Youssef Chahed -, a été le premier à sortir du bois. Le chargé de la communication de Nidaa, Mongi Garbaoui, vient de lui emboiter le pas, avec des propos qui cachent mal la menace en direction de Chahed. Mais en réalité les leaders de Nidaa n’auront tout simplement pas le choix : Face à l’absence criante de présidentiables au sein du parti, BCE, malgré ses 92 ans, pourrait être contraint de rempiler. Si on part du principe que les carottes des législatives sont quasiment cuites, du fait de la plongée de la cote de popularité de Hafedh Caïd Essebsi et compagnie, et que le Congrès électif du parti ne pourra rien y changer dans ce court laps de temps, le vieux briscard pourrait être la seule carte pour empêcher que l’alliance stratégique Ennahdha-Chahed rafle toute la mise. Et de ce point de vue la démonstration de force lors du vote de confiance du 3ème gouvernement de Chahed est un sacré épouvantail.

Il n’a pas droit à la retraite

Ce serait donc ça la tragédie personnelle du chef de l’Etat : Ne pas avoir le droit d’aller à la retraite après tous les services qu’il a rendus au pays, notamment après le bouillonnement qui a suivi le départ précipité de Ben Ali. Etre obligé de ferrailler encore au scrutin de 2019, pour éviter que son parti soit rayé des tablettes, bouté hors de l’exécutif, c’est effectivement un sort très peu enviable à cet âge là. Mais il faut dire aussi que le vieux briscard n’a rien fait pour s’offrir une retraite tranquille, où il s’assoirait pour admirer son oeuvre, la voir évoluer, gagner des combats et présider aux destinées du pays. Ces choses là se préparent, se travaillent. Or le président de la République a laissé dériver le parti, l’a regardé couler, sous le magistère de son fils, qu’il a refusé jusqu’au bout de stopper. Et maintenant on en est là : le parti s’est vidé de son sang, pire, il a perdu le feu sacré qui a fait triompher BCE aux élections de 2014. Et pour finir Essebsi fils et sa bande ont sabré les fils ténus qui les reliaient à Chahed, qui était sans doute le plus apte, au regard de sa popularité attestée par les sondages, à reprendre le flambeau.

Mais la contrainte n’est pas la seule explication de ce qui se mijote actuellement autour du chef de l’Etat, il y a aussi cet appétit naturel pour le pouvoir, lequel crée une accoutumance et une dépendance dont on ne se remet jamais. Quand on voit la délectation manifeste de BCE quand il épate la galerie à chacune de ses sorties médiatiques et quand on voit le malin plaisir qu’il prend à cogner sur son ex-protégé, Youssef Chahed, on se dit qu’il est taillé pour le job. Un job très bien payé, couvert d’honneurs et de gloire, et où on se contente de parader aux quatre coins du monde, de dire son mot de temps en temps sur les affaires du pays… Il y a effectivement plus difficile dans la vie ! Mais si cette planque dorée fait les affaires de son occupant, il faut se demander ce qu’il en est pour la Tunisie.

Glavany avait raison

L’homme politique et ancien ministre français Jean Glavany avait provoqué un tollé en 2017 en évoquant l’avenir problématique du Maghreb arabe, à cause de ses dirigeants vieux et malades. La polémique est retombée depuis, certes, mais le problème reste entier. L’Algérie traine toujours le boulet de l’ère Bouteflika, une parenthèse que le pays ne veut toujours pas fermer. Bon, les citoyens, traumatisés par les années de plomb, se détournent des questions liées au pouvoir, mais ils savent tous que c’est le frère du président et les patrons de l’armée qui tirent toutes les ficelles. En Tunisie aussi les citoyens se désintéressent de plus en plus de la chose politique, mais ce n’est pas une raison pour leur imposer des directions opposées aux intérêts suprêmes de la nation. Envisager un second mandat à 92 ans, même si on a une forme étincelante, est une manière de boucher les horizons du pays, de confisquer les choix des citoyens pour un renouvellement immédiat qui parierait sur l’avenir. Et personne, pas même celui qui a sauvé le pays en février 2011, n’a le droit de faire ça à sa patrie.

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Les associations, ONG (organisations non gouvernementales), organisations nationales et la tentation du pouvoir. C’est une spécificité bien tunisienne, parmi d’autres, surtout depuis le 14 janvier 2011, date à laquelle toutes les cartes ont été rebattues, et redistribuées. Et pas toujours pour le salut de la nation d’ailleurs. Mais on en est là, et ce sera ainsi pour un paquet d’années encore. Le fait que le pouvoir tangue depuis la Révolution a donné l’occasion aux organisations nationales, notamment l’UTICA (Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat ) et l’UGTT (Union générale tunisienne du travail) de briller et même de se glisser dans les cercles de décision. Cela a parfois rendu de grands services au pays, comme ce fut le cas lors de la paralysie presque totale, politique et sociale, de 2013 quand la convergence de vues du Quartet a donné à la Tunisie un gouvernement d’union nationale. Et un Prix Nobel de la Paix au passage. Cela revigore,  et donne un sentiment de puissance, parfois même de toute-puissance. Il n’y qu’à voir le ballet des puissants de la Tunisie et d’ailleurs aux sièges des organisations nationales pour se rendre compte qu’elles sont dépositaires d’un morceau du pouvoir dans le pays, et pas un petit, et qu’elles sont de fait incontournables. A voir la sollicitude qui entoure en ce moment le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, pour éviter au pays une grève générale, on se rend compte que les centres de décision ne sont pas nécessairement ceux que nous dit notre belle Constitution, et que les rapports effectifs de force dictent leur loi. Cet état de fait, manifestement, donne des ailes à l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT).

A qui la faute ?

On a appris, par la TAP, ce mardi 15 janvier 2019, que l’UNFT lancera bientôt une série de négociations avec l’UGTT et d’autres organisations pour monter une alliance électorale qui prendra part aux joutes électorales élections de cette année. Il ne manquait plus que ça, diront certains ! Des associations et organisations nationales qui se muent en formations politiques, et chassent sur les terres des partis traditionnels. Mais si du reste la chose peut paraitre quelque peu ubuesque et même surréaliste, elle colle toutefois aux réalités locales. Il ne faut jamais oublier que c’est l’actuel président de la République, Béji Caïd Essebsi, qui est allé chercher l’UGTT, l’UTICA et l’UTAP dans leurs coins pour leur demander de dire leur mot dans la direction des affaires du pays, dans le cadre du Pacte de Carthage, un document enterré depuis. L’appétit est venu aux organisations en mangeant.

S’asseoir à la table des décideurs, de l’exécutif, ça crée des habitudes, des accoutumances. Et ça donne aussi des idées aux autres convives potentiels. Alors il ne faut pas s’étonner que l’UNFT tire la conséquence de cette configuration très particulière en concluant qu’il fallait directement aller à l’essentiel en disputant les places aux hommes et femmes dont c’est le “métier”, aux prochaines élections.

Qui s’y frotte s’y pique

Sur le papier, il est question de regrouper les différentes organisations professionnelles, dont l’UTICA, l’UGTT et d’autres organisation de la société civile afin de prendre part aux prochaines élections dans des listes de coalition, qui intègrent des indépendants a indiqué la présidente de l’UNFT, Radhia Jerbi. Et l’affichage est tout ce qu’il y a de plus attrayant, au risque de rendre jaloux les autres partis politiques : Donner la possibilité aux citoyens d’opérer d’autres choix qui répondent mieux à leurs attentes.
Et l’UNFT va ratisser large pour embarquer le plus d’organisations dans ce projet : l’Ordre des ingénieurs, celui des avocats, etc.

Si les organisations ont résisté jusqu’ici à la tentation de se jeter dans le bain politique, pour régler elles-mêmes leurs problèmes (‘on n’est jamais mieux servi que par soi-même’), c’est parce qu’il y a toujours la crainte d’avoir une posture partisane, avec le risque d’être lâché par une partie de ses troupes qui ne se retrouverait pas dans les clivages. Une organisation nationale est censée défendre des intérêts transversaux, impartiaux et par définition apolitiques, prétendre entrer dans l’arène politique pour mieux les défendre est assurément une grosse prise de risque. Le risque de se perdre dans son propre combat, de s’aliéner ses soutiens et même de se damner. Car le microcosme politique a ses codes, ses tics, ses pratiques qui ne sont pas ceux des associations et organisations. L’UGTT, très tentée par l’affaire et qui à chaque échéance électorale se trouve obligée de marteler qu’elle ne participe pas et ne soutient aucune liste partisane, pourrait en rester à cette tentation, idem pour l’UTICA et les autres, comme un rêve qu’on caresse mais auquel on ne se frotte jamais au risque de s’y piquer.

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C’est un fait : le chef du gouvernement, Youssef Chahed, entame 2019 avec la dégaine du futur “roi”. En tout cas le dernier sondage l’atteste, même si cela reste, rappelons-le, une photographie du moment et les choses peuvent mal tourner très rapidement. Le président français, Emmanuel Macron, en sait quelque chose, lui qui a battu presque tous les records d’impopularité dans un laps de temps très court, dépassant même son prédécesseur, François Hollande, qui n’a même pas osé briguer un second mandat. Sur le plan économique également Chahed peut se permettre de mettre le couvert sur un bilan très maigrichon et de parier sur l’avenir, avec le dernier classement du prestigieux magazine Forbes sur le climat des affaires. Mais là aussi ça reste un classement à conforter, et même à améliorer par les efforts palpables qu’il fera pour convaincre les investisseurs que ce n’était pas une météorite et qu’il y a effectivement du grain à moudre. Autre élément de taille : Forbes a fait son classement en reprenant les données de “Doing Business 2019”, entre autres, sans se donner la peine d’aller interroger la réalité du terrain économique tunisien. Peut-être que leur appréciation aurait été différente – pas en mieux – si le travail avait été fait autrement. Je dis bien peut-être.

Chahed devra trimer pour confirmer, pour le bien de l’économie du pays mais aussi pour prétendre à un avenir politique florissant, au moins pour le court terme, face à des électeurs qui donnent de moins en moins un état de grâce. Sur le plan social, les risques de pourrissement de la situation son réels, et sans paix sociale on ne peut rien bâtir de solide. Le chef du gouvernement s’apprête, ont confié ses proches à Africanmanager, à se jeter, enfin, dans la mêlée. Sous quelle forme ? Seul ou avec un attelage ? Le palais de Carthage ou se contentera-t-il de la Kasbah ? Beaucoup de questions et très peu de réponses pour le moment. Pour le moment le principal intéressé ne moufte pas, mais ses partisans bougent, s’agitent, beaucoup, mais dans la sérénité, celle qui caractérisent ceux à qui on aurait promis un triomphe aux prochaines élections, parce qu’entourés par des champs de ruine. Ce sombre tableau, avec des partis qui prennent de l’eau de toutes parts, donne des ailes, assurément. Mais est-ce suffisant pour s’offrir un quitus dans la durée ? Rien n’est moins sûr.

Des exemples d’explosions en plein vol à méditer

Des moyens Chahed en aura, beaucoup, pour faire à peu près tout ce qu’il veut, et bâtir son offre politique et programmatique en 2019. Je vois d’ici ceux qui vont s’égosiller en criant sur tous les toits que le chef du gouvernement va faire campagne avec les moyens de l’Etat, qu’il va mobiliser ses collaborateurs, que nous payons nous contribuables, pour lui confectionner son programme électoral, que tous ses déplacements officiels seront aussi des virées politiques, etc. Oui, ils auront raison, mais aucune démocratie dans le monde, même les plus accomplies, n’a trouvé la parade. Il est impossible, matériellement, de dissocier le candidat à l’élection du chef de l’exécutif chargé de conduire les affaires du pays, même jusqu’à la vieille du scrutin. C’est ainsi, et il faudra faire avec. Par contre les adversaires de Chahed devraient savoir, depuis le temps, qu’en dépit des gros moyens dont il disposera pour faire son beurre, rien ne lui assure un triomphe électoral en 2019, pas plus qu’un deuxième ticket gagnant pour le scrutin suivant . Si cela suffisait pour se carrer dans son fauteuil dans la durée, Moncef Marzouki serait encore à Carthage et Ali Larayedh à la Kasbah.

Chahed a vécu l’enfer avec son parti, et on pourra dire ce qu’on veut, ce n’est pas lui qui a dégainé le premier pour tirer. Par contre il n’a rien fait pour tendre la main à ses amis. Le président de la République et fondateur du parti, Béji Caïd Essebsi, n’a rien fait pour ramener Chahed au bercail, Hafedh Caïd Essebsi non plus, au contraire, mais le chef du gouvernement également a joué à fond la carte du pourrissement de la situation. Et en a très bien profité. Le chargé d’information de Nidaa Tounes, Mongi Harbaoui, a raison de souligner la “suffisance” et “l’arrogance” de Chahed, mais ce dernier pourrait lui rétorquer qu’en politique c’est de bonne guerre quand on a les atouts qui sont les siens. “Le meurtre du père” et le sacrifice des frères et soeurs, pour faire briller de mille feux sa propre étoile, ce n’est pas nouveau dans cet univers impitoyable. Sauf que la bonne pioche, les coups de maître, la “baraka” ne veulent dire si on n’est pas capable de transformer l’essai. Seuls des résultats tangibles, surtout économiques, sont une garantie de maintien. Le jeune président français avait lui l’arrogance et la suffisance de Chahed; lui aussi a écrasé tout sur son passage, même son mentor qui l’avait fait ministre des Finances, pour s’emparer de tous les leviers du pouvoir. Puis le doute est arrivé, ensuite la panne, la paralysie et l’impopularité, à une vitesse vertigineuse. Pour finir par cette défiance populaire et cette crise chronique des “gilets jaunes“. Alors attention Chahed ! L’histoire n’est pas encore écrite…

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L’année 2018 finit comme elle a commencé : Du bruit autour du chef du gouvernement, Youssef Chahed. Son programme ou absence de programme, ses échecs ou ses réussites, ses intentions ou plutôt les nombreuses qu’on lui prête, son avenir politique et son destin personnel, etc. Bref, il y a à boire et à manger. Pour ce qui est de la situation économique du pays, qu’on va inéluctablement coller à Chahed, le tableau n’est pas brillant, les perspectives ne le sont guère plus, à en croire les sombres prédictions de l’expert Azzedine Saïdane sur la RTCI ce week-end. Par contre pour ce qui est de la situation politique, Chahed a, indéniablement, la main. Quant à son ex-parti, Nidaa Tounes, il finit l’année sur les genoux; et pour 2019 ça sent le sapin et le roussi en même temps. D’où cette tentative désespérée de récupérer Chahed. Mais l’affaire a été tellement mal dégoupillée et la ficelle du piège tellement grosse que le chef du gouvernement l’a flairé à mille kilomètres, et n’a donc pas mordu à l’hameçon. La tragédie des nidaïstes, du moins ce qui en reste, continuera pour 2019. Pour ce qui est du destin personnel du chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, le fondateur du parti, il tente de reprendre la main à travers son initiative de rabibocher Chahed et Noureddine Tabboubi, le secrétaire général de l’UGTT, pour éviter au pays une deuxième grève générale qui ferait le plus mauvais des effets aux investisseurs, sans parler des dégâts pour l’économie nationale. Mais rien de ce qu’il fera ne pourra le requinquer politiquement depuis que son invention, le Pacte de Carthage, a explosé en plein vol, par la faute de son fils, Hafedh Caïd Essebsi, obsédé par la chute du gouvernement. BCE aurait été plus avisé de recoller les morceaux entre Chahed et son parti, car ça aussi ça pèse sur le destin de la nation.

De la déconfiture, encore et encore

Nidaa Tounes s’est, enfin, réveillé et s’est rendu compte de la capacité de nuisance du chef du gouvernement aux prochaines élections. Alors une invitation a été lancée en direction de Chahed, pour qu’il rentre au bercail. Mais le geste est arrivé très tard, trop tard. Et que dire de la forme et du fond de ce message censé ramener Chahed à de meilleurs sentiments. D’abord le choix de la personne chargée de lui tendre la perche : le responsable de la communication du parti, Mongi Harbaoui, l’un des snipers de Nidaa qui n’a jamais raté une occasion de flinguer le locataire de la Kasbah. Il y a avait certainement d’autres personnalités plus indiquées que ce franc-tireur pour tenter de dialoguer avec le “fils de Nidaa Tounes“.

Je passe sur le contenu de la main tendue en direction de Chahed, une seule ligne, à peine, le strict minimum syndical. Trop peu pour être crédible, et d’ailleurs Chahed n’y a toujours pas répondu presque une semaine après. C’est vous dire ! Viennent après les accusations, terribles : «les partisans de Youssef Chahed et ceux gravitant autour, notamment la Coalition nationale” sont accusés “de tentative de hold-up sur Nidaâ»;  il y a aussi le «narcissisme» du chef du gouvernement et son «arrogance à outrance». Ensuite la vantardise, que les faits ne justifient pas, et encore moins les perspectives du Congrès électif, lequel manifestement ne résoudra aucun des problèmes existentiels de Nidaa, un «dur à cuire». Un compte pour enfants que nous sert là Harbaoui, tant les problèmes du parti sont criants et connus de tous, parce qu’étalés sur la place publique.  Pour un expert de la communication – c’est pour ça qu’on l’a choisi, non ?-, on était en droit d’attendre autre chose que ce chapelet d’accusations et invectives hyper maladroites qui ne font que rajouter un peu plus d’huile sur le feu. Harboui a-t-il été mandaté pour débiter tout cela ? L’a-t-il sorti de sa tête, de son propre chef ? Ses mots ont-il dépassé sa pensée ? Mystère. En tout cas une chose est sûre : Se taire aurait sans doute été plus avisé que de pondre une telle calamité communicationnelle, une soupe indigeste où on tente en même temps de rattraper le retard incompréhensible pour répondre à l’offensive télévisée de Chahed et se réconcilier avec lui. Un sacré mélange des genres !

Ennahdha, quoi qu’on puisse dire d’elle, s’abstient au moins de commettre de telles boulettes, et en tire des bénéfices. Les islamistes certes ne sont pas au meilleur de leur forme, suite aux déflagrations de l’affaire de l’organisation secrète et la violente charge de l’ancien Ambassadeur des USA à Tunis. Mais Rached Ghannouchi et compagnie finissent l’année dans la même embarcation que Chahed, sans soute leur meilleur pari en ce moment pour retravailler une image sérieusement écornée.

Ça va être gai en 2019 !

Ce que sera le pays l’an prochain, et au-delà, des députés absentéistes et flemmards, et l’expression est faible, y travaillent. Il y aussi le travail de sape, hyper dangereux, que fait Sami Fehri, qui déroule comme il veut avec sa chaine, El Hiwar Ettounsi, plus faiseuse d’opinion que tous les discours de nos dirigeants ou que les leçons des parents en direction d’une jeunesse désorientée, déboussolée, perdue, ivre de cette liberté qui nous est tous tombée sur la tête le 14 janvier 2011. On a vu débouler sur le plateau de Fehri, samedi 29 décembre 2018, le rapeur Samara, qui sort à peine de prison. Le jeune homme avait été coincé par la police avec de la drogue. L’affaire aurait pu être un simple fait divers si le rapeur n’était pas archi connu et s’il n’avait n’avait pas été célébré sur le plateau comme un véritable héros, alors qu’il a été chopé avec de la cocaïne, tout de même ! Et l’ex-prisonnier de s’épancher sur son aventure, son arrestation rocambolesque sur l’autoroute et un récit palpitant qui finit par faire des policiers d’affreux méchants et Samara le héros incompris, injustement interpelé. Tout cela devant un Sami Fehri éberlué et un brin admiratif du rapeur, et face à des jeunes qui applaudissaient je ne sais quel exploit. A aucun moment on n’a entendu l’animateur-producteur-propriétaire lancer une réflexion sur le fait que le jeune homme avait commis un délit, que la drogue c’était mal et que ça détruit, que ça bousille nos enfants et l’avenir de la nation. Rien. En lieu et place on a vu la maman du rapeur rafler un billet pour aller à la “omra“, pour la récompenser de je ne sais quoi. Que fait la HAICA ? Suis-je le seul à remarquer que quelque chose ne tourne pas rond chez Fehri et qu’il va plus loin que les sociétés occidentales les plus libres ? Vous imaginez le même tableau chez Michel Drucker, Laurent Ruquier ou Arthur ?

Une année âpre se profile, violente politiquement, rude économiquement et agitée socialement. Donc s’il y a des voeux qu’il faut formuler, c’est de nous souhaiter mutuellement du courage, de l’abnégation et surtout d’avoir les moyens de nous accrocher pour affronter les tempêtes.

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Chaque Révolution a son lot de victimes expiatoires, boucs-émissaires diraient d’autres, des personnes phares sur qui se cristallisent la haine populaire et l’impérieuse nécessité de solder les dérives d’une époque, de punir un système qui a fauté, torturé, spolié, rudoyé, traumatisé ses citoyens. La France, pour prendre un exemple que nous connaissons bien, a eu aussi sa phase de “nettoyage; d’abord en pleine poussée de fièvre révolutionnaire, en 1793, avec la décapitation du roi Louis XVI et de son épouse, Marie-Antoinette, accusés de tous les maux. Ensuite Robespierre et compagnie ont entamé une longue et sanglante chasse aux sorcières qui a répandu le sang aux quatre coins de l’Hexagone. Il a fallu la restauration (1814-1830), avec Napoléon Bonaparte, pour ramener le calme dans un pays qui a brûlé tous les idéaux de la Révolution (liberté, égalité, fraternité). La Tunisie aussi, dans une moindre mesure certes, a connu la tentation des règlements de compte après le départ précipité du dictateur. Le président de la République, Béji Caïd Essebsi (BCE), avait tenté d’en sortir en proposant un projet de réconciliation nationale. L’affaire a capoté, les tourments du passé étant encore trop vivaces, alors ce sera in fine l’Instance Vérité et Dignité, et la sulfureuse réputation de sa présidente, Sihem Ben Sedrine, avec leur rendement diversement apprécié. Mais l’opinion publique ne tient toujours pas ses coupables, ses symboles des dérives du passé. Le flamboyant Borhene Bsaies, coincé par la justice pour une affaire d’emploi fictif à la Sotetel, en faisait partie. Sa libération, suite à une grâce présidentielle, au bout d’à peine 2 mois de prison alors qu’il était censé y rester 2 ans, a ulcéré la Commission d’amnistie et l’Association des magistrats tunisiens (AMT), et cette dernière l’a fait savoir hier mercredi 26 décembre 2018. L’AMT a remis ça ce jeudi, en convoquant cette fois la presse pour dire tout le mal qu’il pense du geste de BCE.

L’AMT marque des points

Le président de l’AMT, Anas Hamadi, a exprimé le mécontentement des membres de la structure suite à la grâce présidentielle accordée au dirigeant de Nidaa Tounes Borhene Bsaies, deux mois après le jugement rendu contre lui pour des crimes de corruption financière et de préjudice à l’administration.
Hamada a indiqué, lors d’une conférence de presse, que l’AMT a demandé au ministère de la Justice de révéler les détails du dossier. Il s’est avéré à ce propos que toutes les procédures judiciaires ont été respectées pour examiner le dossier de l’amnistie concernant Borhene Bsaies, sauf que la Commission en charge des dossiers d’amnistie au sein du ministère a refusé sa relaxation pour cause de non respect des conditions légales requises
Le président de la République n’a pas tenu compte de l’avis de la commission du ministère de la Justice et a décidé de gracier seulement Borhene Bsaies” a déploré Hamada, faisant observer que généralement la grâce présidentielle concerne un groupe de prisonniers ou une catégorie spécifique jugée dans des affaires de drogue ou de chèques. Cette mesure ne peut pas être accordée à une seule personne qui plus est inculpée dans des crimes de corruption financière.

Bsaies aurait dû se terrer !

Les arguments de l’AMT sont frappés au coin du bons sens, mais ils ne peuvent masquer le fait que le calvaire de Bsaies était plus une affaire de symbolisation des turpitudes et fautes de l’ancien régime qu’autre chose. Loin de nous l’idée de le dédouaner, il devait payer pour ce qu’il a fait et sans doute ne l’a-t-il pas assez fait, mais il faut aussi reconnaître que beaucoup d’autres ont fait pire ou au moins autant que lui; des milliers, des dizaines de milliers de personnes ont profité de l’ancien système, ont collaboré, se sont tues quand il fallait se lever pour dénoncer mais à ce qu’on sache elles n’ont pas toutes été traduites devant la justice. Bsaies, à lui tout seul, ne peut pas payer pour tout le monde, même s’il en énerve plus d’un avec son effronterie et sa fidélité absolue à un Hafedh Caïd Essebsi qui a finalement accéléré la désintégration de Nidaa Tounes, alors qu’il était censé, en tant que chargé des Affaires politiques, ouvrir d’autres horizons pour le parti.

Bsaies a été tiré d’affaire par BCE le 10 décembre 2018, il a donc fallu plus de deux semaines avant que l’AMT réagisse. C’est un peu tard, trop tard ! Ce sont deux semaines de trop pour qu’on les prenne au sérieux. Où étaient les magistrats ? Que faisaient-ils, alors que l’affaire a fait grand bruit dans les médias et l’opinion publique ? Mystère. Peut-être que c’est le retour prématuré de Bsaies sur la scène médiatique qui irrite les magistrats, et ils ne sont pas les seuls, plutôt que sa sortie de prison. L’ex-journaliste, qui devait savoir que sa libération allait être mal digérée par des citoyens qui ont la dent dure avec tout et tout le monde depuis le 14 janvier 2011, aurait dû se terrer, ou même filer à l’étranger pour se faire oublier et surtout faire oublier le coup de main du chef de l’Etat. Mais voilà, il n’a pas pu résister, il a fallu pondre ce texte insipide de remerciements dès le lendemain de sa libération. Après il pousse le mauvais goût jusqu’à faire ces traits d’humour complètement ratés sur le décès du journaliste Abdel Razzaq Zorgui. Il venait de rater, une fois de plus, une bonne occasion de se taire.

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Comprenne qui pourra, ou qui voudra, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a abattu ses cartes lors de son intervention télévisée du 21 décembre 2018. Il n’a pas été très explicite sur les échéances, et surtout à quel moment il va prendre son destin politique personnel en main, de toute façon il ne pouvait pas en dire plus vu la délicatesse du moment, avec les recours et protestations qui ont accueilli sa Loi de finances et vu que le dispositif n’a même pas encore été mis sur les rails. N’empêche des messages il y en avait, à gogo, et pas voilés ou subliminaux ! Son ex-mentor, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), a été fixé; son fils, le président du Comité politique de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi (HCE) et le secrétaire général du parti, Slim Riahi, l’ont été également; idem pour le parti de Chahed – ou son ex-parti devrait-on dire dorénavant… Bref, il y en avait pour tout le monde. Ce qu’on a compris, c’est que l’envie d’y aller, d’en découdre avec ses adversaires le démange, depuis le temps qu’il avale leurs couleuvres, et il va manifestement y aller. Il faudrait être dingue ou être dégoutté par le pouvoir pour ne pas être tenté par les circonstances exceptionnelles qui l’ont mis sur un piédestal, et Chahed n’est ni dingue ni dégoutté par le pouvoir…

L’appétit lui est venu en mangeant

Son histoire c’est celle d’un homme que BCE a sorti de son chapeau pour remplacer au pied levé un supplicié, Habib Essid; c’est un type qui ne payait pas de mine au départ, et c’est pas une honte pour son jeune âge, mais il a vite découvert la faiblesse et les tares congénitales de ses congénères, alors son appétit est venu en mangeant. C’est pas que Chahed soit une lumière et encore moins un génial politicien, mais qui l’est vraiment dans la Tunisie post-révolutionnaire ? Ceux qui nous servent d’élite politique font leurs gammes en même temps que les citoyens apprennent les subtilités de cette démocratie qui nous est tombée sur la tête de manière inattendue le 14 janvier 2011, quoi qu’en disent certains. Mais Chahed lui assimile ses leçons plus vite que les autres, il a vite compris que ses adversaires, notamment ses amis d’hier, sont tellement médiocres, pour ne pas dire mauvais, qu’il lui suffit de se baisser pour ramasser la mise. Et c’est justement ce qu’il est en train de faire, en ménageant son ex-mentor, BCE, ce qui présente l’avantage de ne pas montrer Chahed comme un traitre, un renégat. De la sorte, il garde l’estime des nidaïstes purs jus et des fidèles du président de la République, et ils ne sont pas peu. Très bon pour les affaires du jeune loup, qui devra démontrer sa capacité à rassembler, ne serait-ce que pour aller au bout de son projet.

Ils ont bien bossé pour lui !

L’ascension de Chahed a commencé en fait quand Essebsi a fermé les yeux, obstinément, sur les gros dégâts provoqués par son fils, malgré le défilé à Carthage pour convaincre le papa qu’il fallait immédiatement siffler la fin de la récréation. Ivre de son pouvoir que plus rien ni personne n’a contesté, pas même les cadres du parti complètement lobotomisés, HCE est parti dans des dérapages fous et un grand délire, jusqu’à s’inventer des ennemis imaginaires, en premier Chahed, pourtant le mieux placé d’entre eux, à en croire tous les sondages, pour reprendre le flambeau du fondateur du parti, BCE. Essebsi fils a poussé le bouchon jusqu’à exiger la chute du gouvernement. Son obstination aura torpillé le Pacte de Carthage, dont d’ailleurs plus personne ne parle. Ça aussi c’est une grande victoire du chef du gouvernement, libéré de ces liens superflus et nuisibles sortis de la tête du président de la République. L’entreprise de démolition du parti a été parachevée par Slim Riahi, et son parachutage complètement raté au poste de secrétaire général. L’homme d’affaires, qui n’a aucun talent pour la politique, a eu la mauvaise idée de suivre HCE, encore moins doué que lui, dans son combat fou contre Chahed, jusqu’à monter cette affaire de coup d’Etat qui lui vaut son éloignement du territoire tunisien, avec l’épée de la justice militaire suspendue sur sa tête, l’obligeant à inventer l’étrange statut d’opposant numéro 1 à travers Facebook et depuis l’étranger.

Macron, Trump et Sall font la même chose

Nidaa Tounes est devenu un tel champ de ruines que même Chahed n’en veut plus. Il a bien raison d’éviter de se présenter à un Congrès électif lequel n’a même pas encore de date officielle, à quelques mois des élections, pour tenter de reprendre un parti où il n’y a que des coups à prendre, sans parler du risque d’un revers à cause de manoeuvres, manipulations et autres fraudes. Trop dangereux, alors que de sa position, avec un mouvement au centre, il pourrait aisément siphonner ce qui reste de Nidaa Tounes. Les moyens de l’Etat, avec lesquels il fait et fera campagne, feront le reste. Slim Riahi et Abir Moussi, qui lui reprochent d’user des biens de l’Etat pour bâtir sa légende aux quatre coins du pays et aimanter les électeurs, ont raison. C’est vrai ce qu’ils disent, le problème c’est que les démocraties, même les plus grandes, n’ont pas encore trouvé la parade. Tous les déplacements des dirigeants en place, quels qu’ils soient, sont également politiques par essence. Le président français, Emmanuel Macron, lui aussi utilisera les moyens de l’Etat pour briguer un second mandat. Le président américain, Donald Trump, fera exactement la même chose. Le président sénégalais, Macky Sall, qui était à Tunis il y a quelques jours, est en train de le faire, pour sa réélection en février 2019. Etc. Alors pourquoi Chahed ne ferait pas ce que font tous les dits démocrates font ??

Si Ennahdha l’a choisi, c’est que…

La boutique de Chahed semble très bien embarquée, au point que Ennahdha, qui n’a pas son pareil pour flairer le sens du vent, ne jure plus que par le chef du gouvernement. Du reste les islamistes, qui se sont aliénés le président de la République et presque toute la classe politique, qui n’en ont pas fini avec le gros dossier de leur organisation secrète et qui viennent de subir une violente charge qui vient d’outre-Atlantique, des USA (c’est certainement ce qui se dit aussi dans toutes les chancelleries occidentales), n’ont de toute façon pas le choix et doivent s’afficher avec un puissant qui a un label de progressiste, et Chahed, ami des Américains qui plus est, a les deux. C’est toute l’histoire d’un homme que les dieux de la politique ont favorisé. Toutefois l’histoire ne nous dit pas si des succès économiques tangibles, et il en faudra un paquet, seront au rendez-vous. Mais ça, c’est une autre… histoire.

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La visite du président sénégalais, Macky Sall, à Tunis, les 18 et 19 décembre 2018, confirme les ambitions de la Tunisie sur son continent, l’Afrique, laquelle lui doit son nom, faut-il le rappeler. Le chef de l’Etat djiboutien il y a quelques mois, maintenant celui du Sénégal, à la tête d’un pays dans une belle dynamique économique, parmi les champions continentaux de la croissance dont le FMI dit le plus grand bien et auquel la Tunisie a beaucoup de choses à proposer. Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi (BCE) et son hôte, Macky Sall, ont mis sur la table des sujets importants, ont parrainé une kyrielle d’accords mais les deux parties ont bien conscience qu’elles peuvent et doivent faire nettement mieux, en vertu des liens historiques très solides scellés par les leaders Habib Bourguiba et Léopold Sédar Senghor. Cela a d’ailleurs a été martelé par BCE et Sall, comme autant de rendez-vous qui permettent d’entrevoir de brillantes perspectives entre les deux nations. La Tunisie recevait aussi un poids lourd de la CEDEAO (Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest), organisation que la Tunisie ambitionne d’intégrer; elle bétonne d’ailleurs en ce moment son dossier, “lentement mais sûrement“, a confié à African Manager le chef de la diplomatie tunisienne, Khemaies Jhinaoui.

Un vrai virtuose !

C’est un BCE très forme, à l’esprit très affuté – vous me direz que c’est pas une nouveauté ! -, flanqué de sa garde rapprochée, Selma Elloumi Rekik et Noureddine Ben Ticha, qui a reçu le président sénégalais. Essebsi a multiplié les marques d’attention pour son hôte, son “sadikh” (ami) Macky Sall, lui présentant ses excuses parce qu’il est contraint de s’exprimer en arabe pour expliquer à ses concitoyens “ce qu’ils ont fait” avec ses invités. Il était même prêt à parler en français face au petit flottement qu’il y a eu pour actionner le traducteur de Sall. Sans notes, avec une précision et une dextérité qui bluffent toujours son auditoire, BCE a évoqué la trajectoire politique du Sénégal, a magnifié son expérience démocratique qui rayonne dans le continent et ailleurs. Ce qu’il s’est gardé de dire, mais on le comprend, c’est que la Tunisie s’est compliqué la tâche en ouvrant l’ère de la démocratie avec le nec plus ultra, la crème des systèmes politiques mais que fuient comme la peste la plupart des nations de la planète : Le régime parlementaire. C’est cela qui vaut à la Tunisie la plupart de ses déboires politiques. Alors que le Sénégal, de tout temps, depuis Senghor, s’est choisi un régime présidentiel, comme l’écrasante majorité des pays, et presque aucun citoyen sénégalais ne s’en plaint. C’est peut-être tout ça, et bien d’autres choses, que le chef de l’Etat tunisien avait en tête, mais qu’il ne pouvait évidemment pas déballer…

6 accords, mais c’est un début

Il n’y avait pas que la belle épopée de Senghor et Bourguiba au menu, Sall était aussi là pour travailler, pour signer des accords et poser des jalons pour des avancées bilatérales. Ainsi, un accord de coopération dans le domaine de l’Education a été signé. Un mémorandum d’entente dans les domaines de la Poste, des Technologie de l’Information, de la Communication et de l’Economie numérique a été paraphé. Un avenant à la convention culturelle signée entre le gouvernement tunisien et celui du Sénégal, en 1962, a été paraphé. Un programme exécutif de coopération culturelle a été conclu. Une convention de coproduction cinématographique et de coopération dans le domaine du cinéma a été également signée. Mais ce qu’attendaient sans doute les patronats et les hommes d’affaires des deux pays, c’est le protocole d’accord signé par le CEPEX (Centre de Promotion des Exportations) et l’ASEPEX (Agence Sénégalaise de Promotion des Exportations), sous l’oeil intéressé du ministre de l’Industrie, Slim Feriani et du premier vice-président de l’UTICA (Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat) Faouzi Elloumi.

L’avenir

Il est dans le souhait, exprimé par BCE, de revoir Macky Sall en Tunisie. L’avenir se lit dans les mots du président sénégalais en direction de son “ainé“, le “doyen“, celui avec qui il a évoqué des sujets d’intérêt commun et qui lui a certainement insufflé une bonne dose d’adrénaline, qui ne sera pas de trop dans le combat qu’il va livrer en février 2019, dans le cadre de l’élection présidentielle au Sénégal. L’avenir est dans l’invitation que Sall a lancée à BCE, pour venir le voir à Dakar; il est dans le souhait formulé par le chef de l’Etat sénégalais de revenir voir Essebsi en 2019, un vrai pari sur l’avenir politique des deux hommes, qui s’y verraient déjà ! Les adversaires de Sall, qui l’attendent de pied ferme pour la joute électorale de 2019, apprécieront le fait que l’actuel président ait déjà plié l’élection. L’avenir est dans le renforcement des liens entre les deux pays, entre une Tunisie qui s’ouvre des horizons avec les réformes sur les rails et qui a un savoir-faire à vendre dans moult domaines, et un Sénégal qui sera plus prospère grâce à la manne gazière et pétrolière et dont l’économie est portée par les grands chantiers du Plan Sénégal Émergent (PSE), dont la phase 2 (2019-2023) vient d’obtenir des engagements de financement de 14 milliards de dollars de la part du groupe consultatif de Paris (alors que le Sénégal en espérait 4,9). L’avenir s’entrevoit avec la CEDEAO, dans laquelle la Tunisie est membre observateur, pour le moment et dont le secrétaire général sera invité prochainement pour parapher d’importants accords préférentiels, a annoncé Jhinaoui à African Manager. Enfin l’avenir se dessine dans la ZLECA (Zone de Libre-Échange Continentale Africaine), un projet titanesque qui peut changer le destin de tout le continent et pour lequel la Tunisie a déjà signé.

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