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Souleymane LOUM

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L’agitation du remaniement ministériel est quelque peu retombée, et tant mieux pour nos yeux et nos oreilles, et pour le pays qui doit en finir avec ces interminables séances au Parlement qui grillent un précieux temps. Par contre les contrecoups de cette affaire eux vont s’étaler dans le temps, car ils vont façonner le paysage politique, et les manoeuvres ont déjà commencé. Le psychodrame autour du remaniement a précipité les événements, nous plongeant de fait dans une logique de recomposition de l’échiquier politique, une affaire qui est en gestation depuis que le parti sorti vainqueur des élections de 2014, Nidaa Tounes, a débarqué le chef du gouvernement, Youssef Chahed, après lui avoir collé moult “crimes”. Mais ce qu’ils avaient certainement sous-estimé, c’est la capacité de Chahed à retomber très rapidement sur ses pieds et à retourner la situation en sa faveur. Il se bâtit à la vitesse de la lumière une majorité, en pactisant avec le plus costaud au sein de l’ARP, Ennahdha et en faisant mouvement vers des partis dits satellites, Al Moubadara et Machrouu Tounes, mais qui peuvent faire la différence à l’ARP, et on l’a vu lors du vote confiance où pratiquement aucune voix n’a manqué. Alors nous y voilà : Un scénario complètement inédit dans l’histoire de la jeune démocratie. Tout cette agitation doit avoir, évidemment, une suite…

Le Grand Parti

Nidaa, pour le moment, se vautre un peu plus dans la fange, avec une pathétique et pitoyable chasse aux sorcières, contre ses députés qui ont voté Chahed, des élus qui de toute façon ont décidé de larguer le parti, et contre des ministres qui de toute façon ont quitté le navire. Quid de l’avenir de Chahed? Samir Dilou, député d’Ennahdha et Leila Chettaoui, du bloc parlementaire Coalition nationale, qui généralement ne sont d’accord sur rien, regardent dans la même direction, pour une fois. Dilou a ouvert le bal, le jour même du vote de confiance à l’ARP, en levant le véto sur le droit de Chahed à se présenter aux élections de son choix. Une nouveauté, car jusqu’ici Ennahdha faisait tout pour barrer la route de l’élection au chef du gouvernement, consciente du gros potentiel que lui confère sa popularité. Mais ça c’était avant la disgrâce de Chahed dans son propre parti et avant qu’il trouve chez les islamistes le réconfort et le soutien que Nidaa n’a jamais voulu lui apporter, dès ses premiers pas à la Kasbah. Ennahdha, qui n’a toujours pas de successeur attitré pour son leader historique Rached Ghannouchi, pourrait, très stratégiquement, se rabattre sur celui qu’elle a porté à bout de bras quand les siens jurèrent sa perte. Quant à Chettaoui, elle ne jure que par le Grand Parti au centre, avec Chahed à sa tête, et ça ne date pas d’hier, une formation qui happerait toutes les forces progressistes du pays, à commencer par ce qui reste de Nidaa Tounes. Elle l’a claironné dès le lendemain du sacre de Chahed, sur la RTCI et a enfoncé le clou sur sa page Facebook. Mais pour qu’il y ait un Grand Parti il faut qu’il y ait au préalable un Grand Chef, or de ce point de vue le mystère reste entier.

La grosse énigme Chahed

Tout le monde autour s’agite autour de lui, parle pour lui, le presse d’y aller mais lui ne pipe pas mot. A quelques mois des élections, Chahed maintient le suspense. Mais il ne pourra pas le garder longtemps, car une machine électorale ne se met pas en branle en quelques semaines, et 2019 c’est demain! S’il décide d’y aller – le contraire est toujours dans l’ordre du possible, après tout -, avec qui tentera-t-il l’aventure? Avec l’étiquette Ennahdha? Très peu probable, car sa stature dépasse les clivages politiques, et il aurait beaucoup plus à perdre en s’encartant chez les islamistes, même si ces derniers pourraient avoir intérêt à l’adouber ou à tout le moins être en excellents termes avec lui, ce qui est déjà le cas. Y aller seul, avec sa propre formation dont on voit déjà nettement les contours? Exploser toutes les lignes politiques actuelles, c’est le scénario le plus probable, le plus logique en tout cas, et de ce point de vue le président français, Emmanuel Macron, fait école. Retourner au bercail, à Nidaa Tounes, pour en porter les couleurs? C’est pas complètement à écarter, surtout si son ex-mentor, le chef de l’Etat, fait ce qu’il se refuse à faire jusqu’ici et qu’il aurait dû faire pour éviter l’implosion du parti qu’il a bâti : Peser de son poids pour réconcilier Chahed et les siens. Après tout le plus virulent des adversaires d’Ennahdha, Mohsen Marzouk, a pu faire la paix avec les islamistes, donc toutes les acrobaties sont possibles et en politique plus qu’ailleurs, les vérités d’aujourd’hui ne sont pas forcément celles de demain, et pas seulement en terre tunisienne!

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Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a livré ce lundi 12 novembre 2018 ce qui sera sans doute un de ses derniers grands combats avant les élections de 2019. A moins d’un psychodrame dont la jeune démocratie tunisienne a le secret, Chahed devrait pouvoir dérouler tranquillement jusqu’au prochain scrutin, et nous épargner ces cirques et shows tragicomiques récurrents au Parlement qui crament un précieux temps que le pays n’a pas. Sur le plan politique, il s’offre une éclaircie qui devrait lui dégager la voie pour faire avancer les réformes qu’il a déjà lancées, tenter d’obtenir les résultats économiques probants qui manquent encore à son tableau de chasse, organiser les joutes électorales de 2019 et remettre les clés de la maison. Pour faire quoi par la suite? Mystère total pour le moment. Mais une chose est sûre : En réussissant le tour de force de bâtir un tel front autour de lui qui lui a permis ce succès, il se met dans la meilleure des configurations pour monter une formation politique qui enjambe les clivages et qui pourrait aimanter toutes les sensibilités politiques du pays. Ce n’est pas rien ça! Quant à ses adversaires, qui étaient ses frères d’armes jusqu’à ce que le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi, les entraine dans son combat personnel, ils ont fui la plénière pour s’éviter une cuisante défaite en direct “au prix du déshonneur“, in fine ils ont eu la défaite et “le déshonneur“, pour paraphraser l’homme d’Etat britannique Winston Churchill (1874-1965).

Jusqu’au bout, jusqu’à ce matin, Nidaa Tounes aura tenu à continuer sa course folle vers l’abîme. Ils ont refusé de marcher sur les pas du président de la République, Béji Caïd Essebsi (BCE), qui leur avait pourtant tendu la perche en déclarant haut et fort qu’il ne veut pas être ce grain de sable dans la machine de Chahed. Pourtant s’il y a quelqu’un qui était directement concerné par la bravade du chef du gouvernement, c’est bien BCE, lui le fondateur du parti, lui qui a sorti Chahed de l’ombre du secrétariat d’Etat à l’Agriculture pour en faire ce ténor qui a fini par lui tordre le bras, dans les règles de l’art. En dépit de tout cela le chef de l’Etat s’est effacé, faisant bon coeur contre mauvaise fortune. Savoir accompagner, adouber et même applaudir celui qui est favorisé par les rapports de force du moment et que rien ne peut stopper est de la realpolitik, du pragmatisme, et c’est aussi un gage de survie dans un  microcosme où tous les coups, ou presque, sont permis. Le comité directeur de Nidaa Tounes, auquel manifestement l’arrivée de Slim Riahi ne fait pas du bien, a refusé l’inflexion que dicte la lecture de la situation politique actuelle. Mauvaise pioche.

Une responsabilité historique

Pourtant BCE leur avait mâché le travail et la pirouette était toute trouvée : Il fallait se concerter rapidement dans la foulée de la conférence de presse du chef de l’Etat pour pondre un communiqué sommaire entérinant l’enterrement de la hache de guerre, souhaitant bon vent à Chahed, levant l’hypothèque sur le vote de confiance et tout le toutim. Et le tour était joué! En politique il suffit parfois d’un simple affichage, d’une simple posture, même factice, pour se retrouver au centre du jeu, dans le camp de ceux qui font et défont. Nidaa Tounes, jusqu’au bout, a défié toutes les lois de la politique et s’est obstiné à livrer un combat d’arrière-garde, un combat perdu d’avance et a préféré se mettre sur la touche pour regarder le train passer. Jusqu’à ce matin, il pouvait encore limiter la casse en optant au moins pour l’abstention, ce qui lui aurait laissé une porte de sortie vers la réconciliation avec Chahed. L’affaire serait d’autant plus simple que le chef du gouvernement est un fils du parti, et tout ce qui a été dit et fait par les deux parties en conflit aurait pu être effacé d’un trait. Mais voilà, c’était sans compter sur les égos surdimensionnés, sur l’absence totale de la moindre jugeote politique, ceux-là même qui ont valu au parti son érosion au Parlement, à peine 51 députés, contre 86 en 2014.

Nidaa Tounes devra expliquer à ses électeurs comment il a combattu, jusqu’au bout, avec une rare débauche d’énergie, celui qui était sans doute le mieux placé pour éviter une victoire totale d’Ennahdha aux prochaines élections. Mais les dirigeants actuels ne seront pas les seuls à porter cette responsabilité historique, le chef de l’Etat également, pour ne pas avoir freiné à aucun moment son fils malgré la pléthore d’alertes et plaintes, devra payer le prix de son mutisme. Il aura échoué là où Habib Bourguiba avait réussi, et le Tribunal de l’Histoire ne le lui pardonnera pas. Il a peut-être réussi à se dégager de la bataille politico-constitutionnelle qui allait l’opposer à son ex-poulain, mais il ne parviendra pas à se défaire aussi facilement des dégâts que Essebsi junior a provoqués.

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Réunis dans l’hémicycle de l’ARP, au Bardo, pour se prononcer sur la requête du chef du gouvernement, Youssef Chahed, qui était venu solliciter leur confiance pour sa nouvelle équipe, les députés, à l’exception de ceux de Nidaa Tounes, lui ont accordé une majorité confortable. Chahed repart ainsi pour un tour, probablement jusqu’aux élections de 2019, sauf retournement spectaculaire de situation…

Le détail des votes :

Mohamed Karim Jamoussi, ministre de la Justice, a obtenu 131 voix, 24 contre et une abstention

Kamel Morjane, ministre de la Fonction publique, a obtenu 127 voix, 24 contre et sans abstentions

Abderraouf Chérif, ministre de la Santé, a obtenu 131 voix, 27 contre et sans absentions

Mokhtar Hammami, ministre des Collectivités locales et de l’Environnement, a obtenu 129 voix et 4 absentions

Hédi Makni, ministre des Domaines de l’Etat, a obtenu 130 voix, 19 contre et 3 abstentions

Sonia Bechikh, ministre des affaires de la Jeunesse et des Sports, a obtenu 131 voix, 22 contre et 1 abstention.

Saïda Lounissi, ministre de l’Emploi, a obtenu 129 voix, 25 contre et 3 abstentions

René Trabelsi, ministre du Tourisme, a obtenu 127 voix, 25 contre et 1 abstention.

Hichem Ben Ahmed, ministre du Transport, a obtenu 132 voix, 24 contre et sans abstentions.

Noureddine Salmi, ministre de l’Equipement, a obtenu 131 voix, 13 contre et 3 abstentions

Radhouane Ayara, ministre chargé de l’Immigration et des Tunisiens à l’étranger, a obtenu 125 voix, 25 contre avec 2 abstentions

Mohamed Fadhel Mahfoudh, ministre chargé des Relations avec les Instances constitutionnelles, a obtenu 131 voix, 22 contre et sans abstentions

Chokri Belhassen, ministre chargé du Suivi des projets et de l’Economie solidaire, a recueilli 130 voix, 23 contre et sans abstentions

Habib Dabbabi, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Industrie et des PME, chargé des PME, a obtenu 128, 20 contre avec 3 abstentions

Adel Jarboui, secrétaire d’Etat auprès du ministre du Transport, a obtenu 126 voix, 24 contre et sans abstentions

Ahmed Gaaloul, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Jeunesse et des sports, chargé du sport, a obtenu 115 voix, 23 contre et 8 abstentions.

Basma Jebali, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires locales, a obtenu 128 voix, 22 contre

Samir Bachouel, secrétaire d’Etat auprès du ministre du Commerce chargé du commerce intérieur, a obtenu 126 voix, 23 contre et 4 abstentions

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Comme le gouverneur romain Ponce Pilate le fit avec les autorités juives de la Judée qui voulurent crucifier le prophète Insa, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi (BCE), s’est lavé les mains du gouvernement proposé par Youssef Chahed. Il ne faudra pas compter sur lui pour tenter de lui barrer la route, même s’il ne bénit cette affaire que du bout des lèvres. Il a dit, publiquement, qu’il en sera ainsi, il ne pourra pas se dédire, même si à l’occasion il décochera quelque coup de patte en direction de Chahed, avec le ressentiment de celui que son ex-protégé a broyé pour imposer sa volonté. Mais il n’oubliera pas la postérité, ce qu’il laissera aux générations futures, ce qu’il veut qu’on raconte sur lui une fois qu’il aura disparu. A 92 ans, le président de la République y pense certainement. Essebsi aimerait qu’on dise de lui ce qu’il a dit de Habib Bourguiba hier dans sa conférence de presse. Et mettre des bâtons dans les roues du chef du gouvernement qu’il a lui même “fabriqué“, comme il aime à le répéter, n’est certainement pas la meilleure façon de bâtir une légende. Alors il fait un repli très stratégique, et laisse passer.Son fils, le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi (HCE) et ses acolytes ont tenté de l’embarquer dans un combatdont il n’avait pas les moyens constitutionnels, il s’est laissé aller à quelques saillies, mais c’était surtout un baroud d’honneur, le dernier rugissement du vieux lion, histoire de montrer qu’il en a encore sous le pied. C’est tout. Savoir jusqu’où ne pas aller trop loin, dans un contexte politique aussi délétère et une situation économique aussi mauvaise, c’est aussi une marque de sagesse. HCE, Slim Riahi et compagnie ne peuvent pas en dire autant.

Il tire le tapis sous leurs pieds

BCE s’est subrepticement sorti de cet imbroglio, avec la dextérité qu’on lui connait et plutôt du panache. Les dizaines d’années de fréquentation des arcanes du pouvoir ont au moins servi à ça. Mais pendant qu’il se dégageait de ce bourbier, tout le monde a oublié celui par qui toute cette affaire est arrivée, celui qui contre toute logique a poussé dans les cordes le chef du gouvernement, un des leurs, le forçant à sortir le Machiavel qui était enfoui, jusqu’au “meurtre du père” – BCE -, avec ce gouvernement qu’il a concocté dans son dos. Tout le monde a oublié HCE. Même son cher papa l’avait oublié, pendant qu’il discourait et prenait un certain plaisir à épater la galerie, la presse. Pourtant s’il y a un grand perdant dans cette histoire, c’est bien Essebsi junior. Si son père, dans la position qui est la sienne, a pu retomber sur ses pieds en se contentant de dire que c’est lui qui a sorti Chahed de son chapeau et qu’il ne le lâchera jamais, la chose est beaucoup moins simple pour le directeur exécutif de Nidaa Tounes. Et il ne peut même pas compter sur son père pour assumer une part de cette cabale folle pour faire chuter le mieux placé d’entre eux pour présider aux destinées de la famille dite progressiste, Chahed. En réalité BCE et son fils se sont inter-stimulés pour atomiser le chef du gouvernement, mais le chef de l’Etat ne l’assumera jamais publiquement. Lui a au moins le privilège de faire ce qu’il veut dans l’ombre et d’afficher autre chose publiquement. Son fils ne peut pas en dire et faire autant.

Le dérapage, jusqu’au crash

Jusqu’à hier Nidaa Tounes était braqué dans son combat, traquant ses ministres pour qu’ils quittent le gouvernement, sous peine d’exclusion. Certains n’ont pas attendu la disgrâce et ont préféré quitter un navire en plein naufrage, leur parti, pour s’embarquer dans un bateau dont on ne sait pas où il accostera en 2019 (Chahed ira-t-il aux élections de 2019? Si oui sous quelles couleurs? Montera-t-il son propre parti politique? Disparaitra-t-il dans la nature – quelque part dans une organisation internationale – après ce qu’il aura considéré comme de bons et loyaux services?…). Nidaa Tounes en est là : il n’inspire confiance à personne, même pas à ses propres enfants, qui préfèrent les incertitudes de leur compagnonnage avec Chahed à la certitude de sombrer avec un parti qui a perdu la boussole. Peut-être que le Congrès électif annoncé pour janvier 2019 mettra un terme au massacre du parti, par le fils du président de la République, mais rien n’est moins sûr, le terrain étant déjà miné par la dernière fausse bonne idée, la fusion avec l’UPL et le parachutage de Slim Riahi au poste de secrétaire général. De tout cela le chef de l’Etat ne parlera pas, ni hier, ni demain. Trop compromettant, trop dangereux, trop explosif pour l’image qu’il est en train de forger pour la postérité.

Chahed fera face aux députés ce lundi 12 novembre 2018, pour solliciter leur confiance. La fenêtre de tir se réduit pour Nidaa Tounes. Il a déjà beaucoup perdu dans cette affaire, beaucoup trop. Il reste peu de temps pour limiter la casse et s’éviter une déroute au Parlement en tentant de stopper Chahed, comme on tenterait de stopper un train avec son corps. Les nidaïstes pourront toujours, d’ici ce week-end, choisir la voie de la raison en infléchissant leur position, en s’abstenant pendant le vote, à défaut de pouvoir voter pour par souci de cohérence. BCE leur a ouvert la brèche, à eux de s’y engouffrer.

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Son parti, Nidaa Tounes, lui a tendu la perche de la rupture, de l’affrontement le chef du gouvernement, Youssef Chahed, l’a saisie, en se drapant avec les outils que lui donne la Constitution. A plusieurs reprises, en entamant la présentation de sa nouvelle équipe, lundi 5 novembre 2018 à 20h, l’heure de la grand-messe des JT dans les grandes démocraties, Chahed a invoqué le texte fondamental pour couper l’herbe sous le pied de ceux qui allaient inéluctablement lui reprocher d’avoir évincé le chef de l’Etat, Béji Caïd Essesbsi (BCE), tout au long de sa tambouille pour former son gouvernement. C’est l’épilogue d’un bras de fer épique qu’a déclenché le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi (HCE), avec l’assentiment de son papa, le président de la République et dont d’ailleurs ce dernier se cachait de moins en moins. D’aucuns disaient que Chahed allait différer son remaniement jusqu’à son retour de la Mauritanie, où il était attendu hier pour une visite de deux jours, il a choisi le combat, tout de suite, sûr de son coup. C’est un chef du gouvernement éjecté de son parti, rappelons-le, qui s’est présenté hier devant les citoyens, affranchi du devoir d’allégeance envers son mentor, BCE, qui l’avait sorti de son chapeau pour relayer Habib Essid qu’il venait d’immoler. Donc, théoriquement, Chahed, viré – ils ont dit suspendu – par les siens, ne leur devait plus rien. Il a usé – abusé diront certains – de sa liberté. Toute la classe politique le bassinait avec le remaniement, et bien il le leur a servi, mais comme lui l’a voulu et en prenant de gros risques politiques, mais des risques calculés aussi.

Des coups, très politiques

On est entré hier, de plainpied, dans une configuration politique inédite depuis 2014. Jusqu’ici c’est BCE, vainqueur des dernières élections générales, qui dirigeait l’orchestre, même avec les pouvoirs limités que lui confère la Constitution (la politique étrangère, et donc le choix du ministre en charge de ce dossier et la Défense, avec la même prérogative). Jusqu’ici les remaniements se faisaient avec le chef de l’Etat, avec le chef du gouvernement qui notait, sur le coin d’une table, les désidératas du “patron” ou à tout le moins venait le voir pour valider ses choix avant d’aller devant le Parlement. Et bien toute cette tradition a volé en éclats hier, BCE a été royalement enjambé par son ex-poulain qui a fait sa petite cuisine dans son petit coin. D’où d’ailleurs la réaction outrée du palais de Carthage, avec un communiqué qui cache mal les mots aigres-doux, voire pire, qui ont dû être débités par le président de la République dont on connait les emportements. Mais à part les vociférations, que peut bien faire BCE pour stopper le locataire du palais de la Kasbah? Et bien pas grand chose…

D’abord constitutionnellement, il a les mains liées. Chahed le sait, BCE aussi le sait, ce qui a dû accentuer son ire. Et puis il y a le contexte, très favorable à Chahed. Et là aussi Essebsi, au fond de lui, doit apprécier à leur juste valeur les coups de l’élève Chahed, son élève à lui, devenu maître en un rien de temps dans l’art de jouer avec les cartes que la situation met dans ses mains. Que va faire en face le président de la République? Rien. Le chef du gouvernement a contourné le problème BCE en gardant les ministres, ceux des Affaires étrangères et de la Défense, dont les noms avaient été validés par le chef de l’Etat lui-même. Il pourra toujours, par dépit, parce que Chahed l’a zappé, exiger de ces deux ministres, sur qui la Constitution lui donne tous les droits, qu’ils démissionnent. Mais ça c’est la théorie, dans la pratique le président de la République ne prendra pas le risque de provoquer une crise politique de cette ampleur en bloquant les institutions, dans la situation dans laquelle est le pays. Une dangereuse aventure qui pourrait lui retirer le peu de crédit qui lui reste, après les dégâts qu’a provoqués son fils dans la machine de guerre qu’il a bâtie, Nidaa Tounes. Selon toute vraisemblance, BCE n’aura d’autre choix que d’avaler son chapeau et de laisser le bullzoser lui passer sur le corps.

Un risque calculé

En cooptant le ténor Kamel Morjane, des éléments de Machrouu Tounes et en gardant Samir Taieb dans son giron, il s’offre un bouclier politique pour baliser sa route vers le vote de confiance à l’ARP où la Coalition nationale, acquise à sa cause, lui a déjà mâché le travail. Sans parler de l’armada Ennahdha, qui sera encore plus “chahedophile” depuis qu’il a eu la bonne idée d’abord de garder les ministres d’obédience islamiste, en dépit des réserves sur leur rendement. Quant à Nidaa Tounes, maintenant de fait dans l’opposition, Chahed a accentué son trouble et ses déboires, qui n’étaient pas peu, en gardant ses ministres, d’ailleurs des poids lourds dans le gouvernement, ce qui permet au chef du gouvernement de garder les grands équilibres de son équipe, et donc du pays. C’est important pour ne pas heurter le processus d’élaboration de la Loi de finances 2019 et les pourparlers autour avec les parlementaires. C’est aussi important pour la continuité des liens avec les institutions financières internationales, en premier le FMI avec lequel la Tunisie a mis sur les rails des chantiers qu’il ne faut surtout pas perturber.

Le fait pour les ministres étiquetés Nidaa de choisir de rester aux côtés de Chahed, contre la volonté de HCE, au motif de servir l’intérêt général, ne veut pas dire qu’ils n’ont pas de soutien au sein de Nidaa Tounes. Il est même possible qu’on assiste à des scénarios ubuesques, du genre des députés qui se rebiffent et ignorent superbement les consignes de l’état-major, et donc votent en faveur de Chahed. A moins que le comité directeur de Nidaa choisisse la voie de la raison en adoubant, même du bout des lèvres, celui qui fut un des leurs. Ou à tout le moins donne la consigne de l’abstention, pour ne pas étaler davantage le piteux et navrant spectacle de la division. En attendant que la roue politique tourne, d’ici 2019. 

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Comme presque chaque week-end maintenant, les couteaux étaient de sortie sur la scène politique locale, et ça va monter crescendo à mesure qu’approche la fin de l’année 2018 et donc l’année électorale, 2019. Le samedi 3 novembre 2018, c’est Nidaa Tounes, une fois de plus, qui a régalé et il y a des chances que ces éruptions soit régulières du fait des raisons du grabuge devant le siège du parti aux Berges du Lac. C’est ce lieu que les membres de la coordination régionale et les bases de Nidaa à Kasserine ont choisi pour dénoncer ce que d’autres coordinations ont dénoncé : la fusion entre leur parti et l’Union patriotique libre (UPL), et le parachutage de Slim Riahi au poste de Secrétaire général. Il y a certes l’aspect sulfureux du personnage qui rebute et dérange, avec ses casseroles judiciaires qui font un boucan d’enfer, mais il y a aussi surtout le fait que ce poste ne se donne pas ainsi, avec cette facilité et cette rapidité déconcertantes, au bout de quelques heures de conciliabules sans aucune consultation des structures régionales, si d’ailleurs elles existent encore dans la tête de Hafedh Caïd Essebsi (HCE), le directeur exécutif de Nidaa. Pourtant Riahi fait ce qu’il ce qu’il peut pour entrer dans le costard de patron du parti sorti vainqueur des élections de 2014 – une sacrée promotion pour un apprenti politicien! -, il fait ce qu’il peut pour être à la hauteur de la fonction, mais la greffe ne prendra jamais.

C’est pas brillant

La lente agonie de Nidaa Tounes se passe dans le silence assourdissant des cadres du parti. Il y a bien Neji Jalloul qui a, enfin, moufté, en tentant une sortie pour dire le mal qu’il pense du comité directeur de Nidaa Tounes, mais c’était trop vague et trop timoré pour marquer les esprits, lui qui est pourtant réputé pour sa capacité à tailler dans le vif. Selma Elloumi a préféré mettre les voiles direction palais de Carthage pour, ont confié ses proches à Africanmanager, rabibocher le président de la République, Béji caïd Essebsi et son ex-poulain, le chef du gouvernement, Youssef Chahed. On jugera sur pièce. Et les autres dirigeants du parti? Rien. Motus et bouche cousue. Tout le monde se planque en attendant de voir de quel côté allaient tourner les vents de 2019… pour bien entendu aller dans le même sens. A part ça il y avait aussi ce week-end les saillies de l’ex-président de la République, Moncef Marzouki, très peu porté sur les nuances et qui a une nette préférence pour les tirs dans le tas. Et on a été servi !

A Gafsa, il nous a fait des tirades sur une corruption généralisée dans la vie politique et économique que même la révolution n’a pas pu abattre ; il nous a promis de s’attaquer résolument à la “moralisation” de la scène politique et d’oeuvrer pour hausser le niveau du débat politique, qui n’a jamais été aussi bas selon lui, rapporte la TAP. Bref, Marzouki, un commandant quasiment seul dans son navire, abandonné par presque tous ses officiers, n’a pas été avare en diatribes et en promesses. Mais rappelons-nous ce qu’a dit l’homme politique français Charles Pasqua sur les promesses : Elles “n’engagent que ceux qui y croient“. Rappelons-nous aussi ce qu’a été le sombre règne de Marouki : Un laisser-aller total qui nous a valu deux assassinats politiques et une pléthore d’attentats contre la Police et l’Armée nationales, avec son record de deuils nationaux. Nous n’avons pas le droit d’être amnésiques, pas après 4 petites années!

On l’avait presque oublié celui-là, et pourtant

A part ça il y a le confort et l’inconfort de Chahed, qui est certes tourmenté par son remaniement, objet de toutes les surenchères entre ses deux parrains, mais un Chahed qui paradoxalement n’a jamais été aussi costaud politiquement. En effet presque plus personne ne réclame sa tête, à part quelques politiciens qui ne représentent qu’eux-mêmes. Le combat contre le chef de gouvernement a fini par cesser faute de munitions ; le plus virulent de ses adversaires, HCE, a rangé ses armes, trop occupé à contenir les dégâts du loup qu’il a introduit dans la bergerie, la preuve ultime du génie politique déclinant de Essebsi père et une preuve de plus de l’absence totale de génie politique chez Essebsi fils. Ce ratage complet fait bien entendu les affaires de Chahed, qui en profite pour se faire oublier par les snipers de Nidaaa. Quant à l’UGTT, il y a longtemps que le départ du locataire du palais de la Kasbah n’est plus une priorité pour elle, braquée sur les négociations sociales pour la fonction publique. Ce n’est pas vraiment le moment de faire du raffut autour de Chahed, qui va très probablement encore décaisser à titre d’augmentations salariales, pour s’éviter une grève générale et pour se payer une tranche de paix sociale, un chèque sur lequel même le FMI pourrait fermer les yeux en dépit des lignes rouges qu’il a tracées.

Humiliation suprême pour Nidaa : Tout porte à croire, à en croire la première envolée de Riahi en tant que patron du parti, qu’ils vont avaler leur chapeau et revenir à la raison sur cette idée complètement folle d’éjecter du gouvernement la première force parlementaire du pays, donc de fait la première force politique, Ennahdha. Les dirigeants nidaïtes ont eu les yeux plus gros que le ventre, et ne se sont par rendus compte que, techniquement et arithmétiquement, ils pouvaient très bien sortir du gouvernement sans que cela stoppe net Chahed. En effet Nidaa s’est “damné” dans l’aile gauche du Parlement depuis qu’il s’est allié avec les islamistes, et ce ne sont pas ses grandes phrase sur la rupture et le retour dans le bercail des progressistes qui vont ramener le Front populaire et les autres à de meilleurs sentiments. Donc, de fait, Nidaa, n’a pas de majorité pour bloquer un gouvernement Chahed dont il ne ferait pas partie. Alors que Ennahdha, avec son armada de 68 élus qui votent comme un seul homme et qui n’ont jamais fait faux bond à Chahed, peut faire cause commune avec la “Coalition nationale” pour offrir un solide bouclier au chef du gouvernement, sans parler des indépendants dont la plupart ont la conviction que Chahed est le moins mauvais choix pour la période actuelle.

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Occuper le terrain, donner le tempo, dicter les sujets dont la presse et l’opinion publique vont faire leurs choux gras, c’est un art en politique mais c’est surtout la seule façon de marquer les esprits, de prendre date pour les échéances électorales. Et c’est exactement ce que Ennahdha est train de faire. On n’a entendu qu’elle ce week-end. Ennahdha qui appelle le chef du gouvernement, Youssef Chahed, à ouvrir les bras à toutes les formations politiques de la place (une négation du principe même des élections et des coutumes du jeu démocratique, avec une majorité pour gouverner et une opposition, mais les islamistes ne sont pas à une contradiction près). Ennahdha qui réaffirme sa fidélité au fameux consensus scellé à Paris avec le chef de l’Etat, une façon d’endormir ce dernier et les siens, pour ne pas déclencher une guerre frontale que les islamistes ne sont pas encore certains de pouvoir gagner (ça viendra peut-être). Ennahdha qui fait un vibrant plaidoyer pour les instances constitutionnelles, se montrant plus royaliste que le roi, le président de la République et son parti, Nidaa Tounes, pourtant sorti vainqueur des premières vraies législatives libres de l’histoire du pays. Ennahdha qui annonce, ô combien surprise, une refonte de l’appareil exécutif du mouvement. Etc. Bref, il n’y en avait que pour Rached Ghannouchi et compagnie. Et que font les autres pendant ce temps? Rien, ou pas grand-chose. En tout cas rien qui puisse être opposé et surtout contenir les déplacements très tactiques de l’état-major nahdhaoui. Des coups d’avance pour certains, même symboliquement, retard, cafouillages et ratés pour les autres, tout cela pourrait finir par la gueule de bois en 2019, et devinez pour qui.

“Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois”

Il ne faut pas s’y leurrer : Une élection ne se joue pas pendant la campagne électorale, elle est actée bien avant, avec des jalons posés des mois avant dans la tête des citoyens, de petits riens parfois, des postures qui finissent par s’imprimer dans les esprits et travailler les consciences dans la perspective de l’isoloir le jour du vote. Ce ne sont pas les professions de foi des candidats, très souvent fabriquées par des cabinets de communication n’ayant pas pied dans la réalité, qui font pencher la balance, mais plutôt les actes posés durant les mois précédant la joute électorale. Il faut être naïf pour croire le contraire, et la naïveté en politique c’est fatal. Faute de n’avoir pas compris que les élections ont déjà commencé et que le moindre geste, la moindre parole, la moindre prise de position comptent, les adversaires de Ennahdha risquent d’avoir un réveil difficile.

Certes la gymnastique et les grands écarts de Ghannouchi, d’un bout de l’échiquier politique à l’autre, ratissant très large, trop sans doute, ne pourront pas leurrer les analystes chevronnés, les experts, les observateurs chevronnés, les citoyens avisés, mais ils sont combien ? Ce ne sont pas à eux que les islamistes s’adressent, ils parlent d’abord à leurs militants et la masse d’électeurs indécis. Et dans un paysage sinistré où il y a un vrai désamour pour les partis, à en croire tous les sondages, faire le plein dans son camp et capter un paquet de voix chez les indécis et abstentionnistes peuvent faire la différence, sans même avoir besoin d’aller chasser chez les autres partis. On sera mal élu, certes, mais élu quand même, et tout à fait légitime pour gouverner une majorité silencieuse dont une partie est composée d’électeurs transis, déçus, qui sont revenus de leur passion pour des formations qui font tout pour qu’on les disqualifie.

Il est la solution à tous les problèmes!

On devait, en principe, avoir un vrai combat entre deux poids lourds en 2019. Mais voilà, le rendez-vous pourrait faire pschitt. D’abord il y a de fortes chances que la plupart des citoyens le boudent, ensuite parce qu’un des challengers, Nidaa Tounes, est loin de pouvoir présenter le même visage qu’en 2014. Ses traits se sont flétris depuis, sous les coups portés par son directeur exécutif, Hafedh Caïd Essebsi, le fils du chef de l’Etat, qui pense pouvoir se requinquer en se jetant dans les bras de Slim Riahi, le sulfureux chef de file de l’UPL (Union patriotique libre). Une énorme bourde politique, à en croire les réactions qui ont accueilli cette union contre-nature, presque autant que l’alliance avec les islamistes aux yeux de certains militants, et ils ne sont pas peu. La gauche radicale, le Front populaire et tout le toutim, aurait pu être une alternative pour les nidaïstes déçus ; Hamma Hammami et compagnie sont pour le moment épargnés par les scandales, les affaires et les foudres de la justice, leur crédibilité ne s’est pas érodée. Mais voilà, ils sont obsédés par leur combat pour faire la lumière sur les meurtres de Chokri Belaïd et Mohammed Brahmi, un combat nécessaire, absolument indispensable pour donner du crédit à la démocratie et l’Etat de droit en gestation. Le problème c’est que cette affaire, en raison de ses ramifications, pourrait s’éterniser et griller un temps précieux qui va manquer au FP pour structurer son offre politique en vue des prochaines élections. La vérité sur ces crimes qui ont souillé à jamais l’éphémère règne de la Troïka, c’est un peu court comme slogan pour prétendre jouer les premiers rôles en 2019.

La Coalition nationale, 3ème force politique à l’ARP, pourrait aussi être un recours, il l’est déjà pour le secrétaire général de Machrou Tounes, Mohsen Marzouk, qui a besoin d’être consolé et surtout ragaillardi politiquement après le coup tordu que lui a fait Ennahdha. Mais là aussi il y a un os : le bloc parlementaire, qui est loin d’être homogène – c’est aussi un gros problème -, n’est pas encore rentré dans le dur. Résistera-t-il au choc des égos? Si oui, il faudra après qu’il passe le cap pour se structurer en parti politique, et qu’il se trouve un bon chef, ce que Chahed ne veut pas ou ne peut pas être pour le moment. Le chef du gouvernement pourrait très bien aussi régler le problème de Nidaa Tounes, en incarnant ce leader que le Congrès électif de janvier 2019 va choisir. Et même Ennahdha, qui a manifestement d’excellentes relations avec Chahed et qui lui a servi de bouclier quand son propre parti, Nidaa Tounes, a juré sa perte, pourrait s’en accommoder. Mais seul Dieu sait ce que fera le chef du gouvernement une fois qu’il se sera déchargé du fardeau du Budget 2019.

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Le président du Conseil de la Choura d’Ennahdha, Abdelkarim Harouni, a-t-il voulu, sciemment, faire un gros coup politique, comme a tenté de le faire Nidaa Tounes en cooptant Slim Riahi (à en croire les réactions, cette initiative sortie de la tête d’on ne sait qui est un véritable flop)? A-t-il cherché, en annonçant un consensus avec Machrouû Tounes, à compromettre un virulent adversaire politique pour faire en sorte que ses électeurs se détournent de lui? Le dirigeant d’Ennahdha s’est-il simplement mal exprimé? Ou est-ce les citoyens-électeurs qui ont mal compris ses propos sur la fin de la guerre idéologique entre les islamistes et les dits modernistes de Machrouû Tounes? Une chose est sûre : sa déclaration a fait grand bruit et déstabilisé un peu plus un Mohsen Marzouk qui n’est pas au meilleur de sa forme, après le départ de ses députés vers la Coalition nationale et le statu-quo de son mariage avec Nidaa Tounes, pourtant annoncée en grande pompe. Après le démenti d’hier mercredi 24 octobre 2018, très copieux du reste et un peu alambiqué, Hassouna Nasfi remet ça ce jeudi, sur Express FM, preuve que Machrouû Tounes a bien évalué les dégâts que peuvent provoquer dans son électorat la grenade dégoupillée par les islamistes. Mais il n’est pas sûr que tout ce que diront Marzouk, Nasfi et compagnie pourra stopper les déflagrations.

Un mal fou pour convaincre!

Comme l’a fait la direction de son parti à travers un communiqué, le député Nasfi a catégoriquement démenti l’existence de tout consensus entre Machrouû Tounes et Ennahdha. Il a ajouté que l’entretien entre le secrétaire général du parti, Mohsen Marzouk et Abdelkarim Harouni avait un seul but : Trouver des solutions pour tirer la Tunisie de ce mauvais pas. Pour bien bétonner son argumentaire et rassurer des militants affolés, il a martelé que le mouvement islamiste est un «concurrent politique» et que les «divergences fondamentales» entre les deux formations demeurent. Pour faire encore plus d’effet, il a ajouté que même sur le plan éthique, un consensus est inconcevable car Ennahdha est déjà embarqué dans une aventure de ce type, avec Nidaa Tounes et avec le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi.

L’élu de Machrouû Tounes ne s’arrête pas là : «Mohsen Marzouk a rencontré Abdelkarim Harouni dans le cadre des pourparlers autour des outils pour solutionner la crise politique et nous n’avons pas dissimulé nos intentions. S’il y a quelque consensus que ce soit, nous serons les premiers à l’annoncer, mais ce n’est pas le cas. Nous n’avons paraphé aucun accord ni entamé les discussions à propos d’un éventuel consensus. Il y a beaucoup de divergences de fond entre nous et Ennahdha autour des sujets d’envergure nationale et de la plus haute importance, nos positions n’ont pas varié et ne le feront jamais», a asséné Nasfi. Les affirmations étaient péremptoires et le ton presque véhément. En temps normal, dans un contexte politique normal, dans un parti comme les autres, les assurances auraient peut-être suffi. Mais là ça risque d’être un peu court…

La sortie de route de trop?

Le problème n’est pas ce qui s’est dit lors de cette fameuse réunion entre Marzouk et Harouni, le problème c’est cette rencontre elle-même. Elle n’aurait jamais dû avoir lieu. En effet qu’est-ce qu’un type comme Marzouk peut bien raconter à l’émissaire d’un camp sur lequel il ne cesse de taper et qu’il accuse d’être la source de tous les maux, politiques et économiques, du pays? Quel bénéfice politique peut-il tirer de conciliabules avec une partie dont les positions sont notoirement connues comme étant aux antipodes? Markouk est foncièrement, radicalement anti-islamiste, du moins c’est ce qu’il laisse paraitre dans presque toutes ses sorties publiques. Et il avait réussi à fédérer les plus anti du camp dit progressiste qui voyaient d’un mauvais oeil l’alliance entre Nidaa Tounes et Ennahdha. Alors le voir causer avec cette dernière de questions d’intérêt national, dit-il, après tout le fiel qu’il a déballé sur les islamistes, ça ne peut que brouiller davantage le positionnement et les messages de Machrouû Tounes.

Marzouk, qui a eu un excellent départ quand il a largué Nidaa, s’est perdu en cours de route. Son leadership, devenu illisible, a fait de son parti un OVNI sur la scène politique, une formation impossible à situer sur l’échiquier politique. L’annonce de ses noces avec Nidaa a sans doute déboussolé un peu plus des partisans qui pensaient que s’allier avec les nidaïstes c’était s’accoquiner avec Ennahdha, autant dire le diable, aux yeux de certains. Tout cela a certainement dopé la vague de départs des élus de Machrouû Tounes vers la Coalition nationale. Puis est venue cette affaire de consensus avec Ennahdha, dont les islamistes doivent savourer en ce moment même les retombées. Ce pourrait bien être le baiser de la mort pour un Marzouk qui nourrissait encore des ambitions pour 2019.

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Tout le monde se demandait ce que le conseil de la Choura du mouvement  Ennahdha allait bien pouvoir pondre en réponse à la situation politique très trouble du pays, voire inextricable : Un président de République qui s’est brouillé avec son poulain qu’il a installé à la Kasbah et qui ne sait plus comment s’en débarrasser, un chef du gouvernement que son éviction de fait de son parti arrange plutôt mais qui hésite à en tirer les conséquences en sonnant le rassemblement autour de lui (monter sa propre formation), un parti sorti majoritaire des élections de 2014 qui est laminé et désespéré au point de s’allier avec le leader politique le plus sulfureux et le plus énigmatique de la place, etc. Ennahdha se devait d’avoir de la ressource pour sortir quelque chose qui soit à la hauteur du contexte politique, incroyablement compliqué. A l’arrivée le conseil de la Choura n’est pas allé chercher bien loin, il a puisé dans ses veilles recettes pour dire son mot mais finalement le moins possible pour ne fâcher personne, parfois une chose et son contraire pour ménager la chèvre et le chou, un subtile équilibre – certains diraient duplicité, double langage… – dans lequel les islamiste excellent. Mais pourquoi changer une potion qui fait gagner, qui a permis au mouvement de rester au centre du jeu politique et même la première force du Parlement alors qu’il était censé jouer les seconds rôles après sa défaite au scrutin de 2014?

Samir Dilou, dirigeant d’Ennahdha, avait carrément fermé la porte aux intentions prêtées au chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, de faire usage de l’article 99 de la Constitution pour éjecter le chef du gouvernement, Youssef Chahed. Le ton de Dilou était sans appel : BCE ne pourra pas compter sur les islamistes pour faire déguerpir le locataire du palais de la Kasbah. Il avait dit ça le 17 octobre 2018, le mouvement a redit à peu près la même chose le 20 octobre 2018 : Pas question de bousiller la stabilité gouvernement et de provoquer une crise politique majeure dans une période aussi délicate. Mais Ennahdha a ajouté autre chose qui tempère, adoucit le caractère un peu abrupt des propos de Dilou à la radio : Elle a mandaté le président du mouvement, Rached Ghannouchi, pour mener des pourparlers avec le président de la République et le chef du gouvernement ainsi qu’avec toutes les personnalités, partis et organisations pour faire émerger un consensus – un label tunisien décidément ! – pour venir à bout de la crise qui sévit le pays, a fait savoir le président du conseil Abdelkarim Harouni, repris par la TAP.

Pourquoi Ghannouchi et les siens ont éprouvé le besoin de dépasser leur statut de spectateur dans l’empoignade entre Carthage et la Kasbah et de jouer les entremetteurs? Pour les mêmes raisons que quand ils ont réaffirmé fidélité à leur compagnon, le président de la République, même quand celui-ci a crié sur les toits que l’entente cordiale était morte et que son fils, directeur exécutif de Nidaa Tounes, s’est empressé de clouer le cercueil du consensus pour s’autoriser à chasser dans le camp dit moderniste, ce qu’il s’est empressé de faire en avalant l’UPL. Ennahdha en reste à sa stratégie, devenue sa marque de fabrique : Ratisser large, le plus possible, ne jamais mettre tous les oeufs dans le même panier. En l’occurrence dans le contexte actuel, l’équilibre est encore plus délicat, entre un BCE qui n’est pas au meilleur de sa forme niveau popularité, à en croire les sondages, sans parler de son grand âge (91 ans) mais qui est tenté par le rendez-vous de 2019 et un Chahed mieux loti dans les enquêtes d’opinions mais sur qui il est impossible de faire le moindre pronostic pour le prochain scrutin (partira, partira pas?). Dans cette configuration, même le plus chevronné des analystes ne peut s’avancer sur la figure qui va émerger aux prochaines élections. Alors Ennahdha, prudemment, joue sur tous les tableaux.

Une autre illustration de cette stratégie : Le conseil de la Choura a invité “le gouvernement à ouvrir la porte aux revendications des travailleurs, des fonctionnaires et des chômeurs et à dialoguer avec la centrale syndicale afin de s’accorder sur des décisions tenant compte en même temps des revendications et des moyens du pays“. Le mouvement se garde bien de dire comment, concrètement, le chef du gouvernement va s’y prendre pour satisfaire les doléances de l’UGTT avec l’état des finances publiques, avec le déficit qu’il se coltine et avec le marquage très serré du principal bailleur, le FMI. Mais ça Ennahdha s’en moque, l’essentiel pour lui est ailleurs : Il est dans cet affichage, cette posture qui fait de lui le seul mouvement qui parle encore, même de manière feinte ou intéressée, de la nécessité de préserver la paix sociale, la stabilité gouvernementale et d’éviter une crise politique qui compliquerait davantage la situation du pays. Les autres partis, Nidaa Tounes en tête, ont d’autres chats à fouetter, englués dans des calculs et initiatives désespérés pour retrouver une magie qui n’opère plus auprès des militants. Ennahdha certes ne pourra pas duper les analystes, experts et fin observateurs, mais face à des électeurs dont la culture politique est à faire, cette petite musique dissonante, aux relents d’intérêt général, pourrait faire recette.

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Les Caïd Essebsi ont osé et c’est passé, dans une indifférence générale, ou quasiment, les militants de Nidaa Tounes, enfin le peu qui en reste, étant complètement anesthésiés, groggy, assommés par une cascade de tuiles qui leur tombent sans répit sur la tête depuis que Hafedh Caïd Essebsi (HCE) s’est autoproclamé leader (on n’a toujours pas de date pour le premier Congrès électif). Ils ont osé parachuter un secrétaire général, et pas n’importe qui : Le sulfureux et énigmatique – et ces expressions sont faibles – Slim Riahi, qui fut à la tête d’un UPL (Union patriotique libre) moribond, avant l’électrochoc de la fusion avec les vestiges de Nidaa Tounes. Ils ont osé cette bizarrerie politique, dans cette Tunisie post-révolutionnaire de tous les possibles, de toutes les expérimentations, même les plus improbables. C’est aussi ça, hélas, le dur apprentissage de la démocratie. Le pays est entré dans cette dernière par la mauvaise porte, le régime parlementaire, le nec plus ultra des systèmes politiques auquel peu de nations osent s’essayer; le calvaire de la Tunisie continue avec des recettes qu’on ne voit dans aucune démocratie digne de ce nom. Et maintenant on a ça : Le parachutage du secrétaire général dans un parti, accueilli par le silence des militants et cadres de la première heure, mises à part quelques molles vociférations dans les structures régionales. Une greffe qui a été faite pour de mauvaises raisons, dit-on et qui de toute façon ne prendra pas pour moult raisons.

Le bal des éclopés

Indignez-vous!” recommandait l’ancien résistant français Stéphane Hessel dans son célébrissime ouvrage paru en 2010, manifestement les nidaïstes et les citoyens en général ont perdu cette capacité à s’indigner, à se révolter, malmenés par mille tourments du quotidien. Mais voilà, quand tu ne t’occupes pas de la politique, elle s’occupe de toi. Quand on se détache de la chose commune, quand on s’en détourne et qu’on laisse d’autres, très mal avisés, la piloter à leur guise, ça produit ce montre politique que le directeur exécutif de Nidaa Tounes et sa garde rapprochée viennent d’inventer. On attendait le rapprochement avec Machrou Tounes, lequel présente au moins l’avantage d’avoir un ex-secrétaire de Nidaa Tounes à sa tête, un homme de la maison quoi, mais comme Mohsen Marzouk lambinait, louvoyait, hésitait sur la nature du mariage – il est compliqué aussi le Marzouk! – Slim Riahi l’a doublé. Il est arrivé avec armes et bagages et a tout offert. Lui n’a ni le temps ni les moyens de se payer des atermoiements, il lui fallait une alliance solide – pour combien de temps ? – tout de suite avec toutes les casseroles, judiciaires, qu’il traine, alors c’est allé très vite. L’union avec Nidaa a été scellée très rapidement, la formation bâtie par le chef de l’Etat ayant également besoin de faire une bonne annonce, elle qui n’a qu’un chapelet de mauvaises nouvelles à présenter ces dernières années, avec le départ de plus de la moitié de ses députés, sans parler des militants. Il fallait de toute façon trouver quelqu’un pour tenter de colmater la brèche, devenue béante avec le temps. Ça tombe bien, Riahi “était sur le marché”. Le seul hic c’est que c’est un sacré client.

Rien à gagner, tout à perdre

Il y a de ces faux politiques dont on ne se relève pas. Nidaa Tounes les a enchainés ces derniers temps, et la dernière en date risque de précipiter le naufrage du parti sorti vainqueur de la joute électorale de 2014. Le désespoir mène à tout, décidément, même à penser que s’acoquiner avec Riahi peut permettre de sauver les meubles, une cécité politique que les Essebsi paieront chèrement. Que pourrait-faire de plus l’ex-président du Club Africain, à part précipiter Nidaa dans sa tombe ? Que va-t-il dire de pertinent lors des réunions face à des militants qui ont roulé leurs bosses, qui ont trimé pour leur parti et en ont certainement à apprendre à leur nouveau chef de file ? A part l’opprobre, le déshonneur et la compromission, qu’est-ce que Nidaa va gagner dans cet attelage hétéroclite et contre-nature ? Rien, en réponse aux trois questions. Ce n’est pas la poignée d’élus de Riahi, une quinzaine, qui va faire retrouver aux Essebsi leur lustre d’antan, encore moins changer les rapports de force au Parlement. Ça c’est acté. S’unir à un parti, l’UPL, qui a manifestement atteint son plafond de verre avec son score de 2014 et ne pouvait faire que de la figuration aux prochaines élections est la sortie de route de trop pour Essebsi père et fils. Alors que la solution est là : Youssef Chahed et sa cote auprès des citoyens, et un paquet de députés acquis à sa cause…

A part faire de la politique à la hache, en exhibant grossièrement ses millions – il le fait de moins en moins, juges aux trousses oblige – et épater la galerie avec sa cohorte de voitures de location rutilantes lors des campagnes électorales, Slim Riahi n’a rien fait d’autre depuis qu’il est revenu de la Libye où d’ailleurs personne ne sait ce qu’il faisait exactement. HCE et l’homme d’affaires, sous l’assentiment du papa depuis le palais de Carthage, se sont agrippés, comme on le fait pour une bouée de sauvetage, avec la déraison et les excès qui vont avec l’instinct de survie, l’essentiel étant de sauver sa peau, croit-on. Erreur fatale. Mais comme personne, je parle des cadres de Nidaa Tounes avant tout, ne signale la dangerosité de l’aventure et puisque la sénescence politique a frappé la présidence de la République, manifestement aggravée par l’arrivée de Habib Essid, alors on continue la série de boulettes… jusqu’au crash aux prochaines élections.

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Il y a plus grave que ce qu'il a fait à la Sotetel

Son parcours de rescapé de l’ère Ben Ali s’est arrêté mardi 02 octobre 2018 dans la soirée, stoppé net par la brigade de police de la station Tunis marine. Le sémillant, virevoltant et très flamboyant Borhene Bsaies, qui a pu passer entre les gouttes des règlements de compte ayant suivi le départ précipité du dictateur est derrière les barreaux, pour 2 ans au plus, rattrapé justement par les casseroles du passé. La justice, sur ce coup et sur d’autres, a pris tout son temps pour faire tomber celui qui était censé relever Nidaa Tounes, en sa qualité de chargé des affaires politiques et dont on connait le brillant bilan à ce poste. Après une traque de 7 ans – l’instruction du dossier a commencé en 2011 -, sa condamnation a été confirmée, pour une affaire d’emplois fictifs à la SOTETEL (Société tunisienne d’entreprises de télécommunications). La chose est grave, certes, mais c’est sans commune mesure avec les dégâts que Bsaies a causés dans le parti sorti vainqueur des élections de 2014, rappelons-le, Nidaa Tounes, avec les dégâts qu’il a causés dans le pays…

Les rendez-vous manqués

Quand Bsaies a débarqué, ou plutôt a été recruté (passons sur les bruits sur les coûts exorbitants de cette cooptation, que le principal intéressé a toujours démentis), en mars 2017, Nidaa Tounes filait déjà du mauvais coton et était même en état de déliquescence avancée par rapport au bel héritage laissé par le fondateur, le chef de l’Etat, Beji Caïd Essebsi. La nouvel recrue était censée réorganiser la boutique, ravaler la façade, fourguer une marchandise qui soit comestible pour des militants déboussolés et que le retrait de BCE a laissé orphelins. Mais il était censé surtout mettre en musique le Congrès électif, le tout premier, car la capacité de nuisance du fils du président de la République et directeur exécutif du parti, Hafedh Caïd Essesbsi, était déjà presque unanimement reconnue. Et qu’a fait Bsaies de son cahier de charges ? Qu’a-t-il fait tout ce temps ? Rien. A part pérorer sur les plateaux de télévision et de radio où sa verve et sa faconde inouïe font mouche à chaque fois face à des journalistes et des contradicteurs qui n’ont pas la même aisance que lui, le désormais ex-chargé des affaires politique n’a rien fait. Ou plutôt si : il a aidé HCE dans son entreprise de démolition de Nidaa ; il a même osé lâcher sur El Hiwar Ettounsi, chez Samir Wafi, devant une assistance ébahie, qu’il serait fidèle à Essebsi junior comme il l’a été avec Ben Ali, jusqu’au bout…

Résultat des courses : à force de cacher ce qui ne devait pas l’être et de taire ce qui ne devait pas l’être, Bsaies a participé à détraquer la machine de guerre de BCE, laquelle a amorcé une course folle vers l’abîme que rien ni personne ne semblent pouvoir stopper… à part peut-être Chahed, mais comme ils n’en veulent pas…

Bsaies n’est pas le seul !

Mais dans les rangs de ceux qui regardent mourir le parti il n’y pas que Bsaies, il y a aussi le très bavard député Abdelaziz Kotti (qui a d’ailleurs été l’un des rares cadres de Nidaa à défendre publiquement Bsaies, il y aussi Mongi Harbaoui… Mais vous l’avez constaté vous-même : ils ne bousculent pas !). Kotti qui avait bruyamment claqué la porté, pour cause de coups tordus au sein du parti et qui aimait déverser sa bile dans les émissions TV et radiophoniques. Et qu’a-t-il fait depuis son retour ? Rien. Alors qu’il jurait ses grands dieux qu’il était justement revenu pour corriger la trajectoire mortifère du parti. Même chose pour Ridha Belhaj. Lui aussi était parti, pour les mêmes raisons – les manoeuvres de Essebsi fils – et est revenu. Bon, il a été moins prétentieux que Kotti pour son retour, on peut le lui reconnaitre, mais au niveau de la capacité de nuisance il les bat tous ! C’est lui qui a ranimé le front anti-Chahed à Nidaa quand il montrait des signes de faiblesse et a conforté HCE dans la traque du chef du gouvernement. Avec le résultat que l’on sait : un groupe parlementaire déplumé d’à peine 41 députés, contre 86 en 2014, au 3ème rang des forces à l’ARP et à laquelle il faudra soustraire 4 autres élus qui s’apprêteraient à filer. Voilà l’oeuvre de Kotti, Belhaj. Mais ils ne sont pas les seuls, il y aussi Néji Jalloul, Faouzi Elloumi, Sofiene Toubel, etc. Tous coupables au moins par leur silence. Nidaa Tounes se meurt, dans l’indifférence générale, celle de ses dirigeants mais celle aussi de sa poignée de militants qui ne commentent même plus les mauvaises nouvelles.

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La tragédie des

Dans un paysage politique en pleine recomposition, grâce ou à cause du chef du gouvernement, Youssef Chahed, toutes les formations se cherchent, les unes plus inspirées que les autres. Ce dimanche 30 septembre 2018, les seconds couteaux – il faut bien appeler un chat un chat ! – étaient de sortie. Et chacun fait comme il peut pour exister dans un jeu politique monopolisé par les “grands”, Ennahdha et Nidaa Tounes (beaucoup moins grand depuis que le fils du chef de l’Etat préside à ses destinées). Le secrétaire général de Machrouû Tounes, Mohsen Marzouk, a déclaré aujourd’hui que l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) est l’un des piliers de l’Etat et reste au cœur de la solution générale à la crise politique actuelle. Il a ajouté que “le rôle des principales organisations nationales doit être reconnu, même si nous sommes en désaccord avec elles en matière de politique sociale“. Il faut bien exister, alors sortir l’UGTT de son chapeau ou autre choses…

S’exprimant lors d’une conférence organisée, dimanche à Tunis, à l’initiative de son mouvement sur “les enjeux socioéconomiques et les moyens de sortir de la crise“, Marzouk a appelé les parties en conflit à s’asseoir à la table du dialogue pour discuter de la création d’un pôle national moderne. Un appel qui a très peu de chances d’être entendu, la politique étant par définition une affaire d’écuries, bien distinctes et qui ne se coalisent que pour les besoins d’un succès électoral ponctuel, avant de repartir de plus belle dans les affrontements.

Pour faire bonne mesure et rassurer ses troupes, enfin ce qui en reste après la razzia de la “Coalition nationale” au Parlement, Marzouk a ajouté une tirade sur la paralysie du pays depuis des mois dans tous les domaines pour des raisons purement politiques, soulignant que son mouvement œuvrera à unifier les rangs pour éviter l’attisement de la crise entre les protagonistes d’autant plus que la question est liée à l’avenir du pays.

La porte est encore ouverte entre le président de la République et le chef du gouvernement“, a t-il dit, ajoutant qu’il est nécessaire de réorganiser les priorités car le plus important est de sortir de cette crise dans les prochains jours”. Bref, des incantations, des voeux pieux. Marzouk ferait mieux de se concentrer sur son projet de fusion-coalition parlementaire (et que sais-je encore) avec Nidaa Tounes, une affaire manifestement en panne puisque personne n’en parle depuis l’annonce en grande pompe.

On a entendu également ce dimanche le secrétaire général du parti Al-Joumhouri, Issam Chebbi. Il a déclaré que le régime politique en place a pris expiration et que le gouvernement actuel ne fait que gérer les affaires courantes avec des établissements et des structures qui sont incapables de trouver des solutions aux problèmes socioéconomiques ou d’entreprendre des réformes qui permettent de faire sortir le pays de la crise profonde dans laquelle il est plongé.
Dans une déclaration aux médias en marge d’un meeting populaire organisé par son parti au parc Bir Belahsen à l’Ariana, Chebbi a ajouté que la majorité politique a échoué dans sa mission dans les domaines de la réforme et du développement se trouvant dans une situation de rivalité politique et se soucie peu des préoccupations des Tunisiens.
Le secrétaire général du parti Al-Joumhouri a, d’autre part, annoncé que son parti envisage de lancer une initiative consistant en la création d’observatoires dans toutes les circonscriptions électorales en prévision des prochaines échéances électorales.
Il a ajouté que le peuple tunisien a perdu confiance en les partis politiques au pouvoir, notamment Nidaa Tounes et le mouvement Ennahdha.

Son frère, Ahmed Nejib Chebbi, qui a un appétit féroce pour le pouvoir et arrive à peine à la cacher dans ses sorties médiatiques, dit exactement la même chose ; il prédit même, toutes les semaines, la chute du gouvernement et la disparition de Chahed. Ce dernier est toujours là, plus confortablement assis, alors qu’en face les rangs de ses ennemis se dépeuplent. Les Chebbi devraient donc laisser tomber les prédictions, les prémonitions et se contacter un programme béton pour 2019. Qui sait peut-être que cette fois la mayonnaise prendra, enfin.

Enfin on a entendu le secrétaire général du mouvement Al Chaab, Zouhair Maghzaoui, dire que les forces nationales sont appelées à être vigilantes et à se réunir pour présenter une alternative réelle et un projet national autour duquel se rassembleront tous les Tunisiens et Tunisiennes au cours des élections de 2019 étant donné que la crise dans notre pays est une crise de projet et non de personnes.
Maghzaoui a indiqué, dans une déclaration médiatique, en marge d’une réunion tenue à El Ksar (gouvernorat de Gafsa) en présence des adhérents au parti dans la région, que le parti effectue actuellement des réunions avec les forces nationales pour les appeler à se réunir autour d’une réelle alternative, indiquant qu’en cas d’échec pour parvenir à cette alternative, le mouvement Al Chaab aura son propre candidat à l’élection présidentielle et ses candidats aux élections législatives.

Encore une histoire de rassemblement, de projet national, une autre variante de l’union nationale montée par Ennahdha et Nidaa Tounes avec les succès que l’on sait. Chez Al Chaab aussi on fait dans les recettes éculées, élimées et qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ont donné la preuve de leur inefficacité. Mais d’ici les élections de 2019 ils ont le temps de trouver quelque chose de plus alléchant. En tout cas c’est la condition de la survie politique. Mais cela est valable aussi pour les prétendus gros poissons de la scène politique.

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Au Forum tuniso-libyen jeudi 27 septembre 2018, dans ses dossiers ce vendredi, demain ailleurs, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, bouge, s’active, travaille, comme si de rien n’était, comme si le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, n’avait pas parlé de lui, ne lui avait pas suggéré de dégager. Chahed, de par son attitude, sans même avoir besoin de commenter ou réagir aux propos de son désormais ex-mentor, répond (il faut rappeler à ceux qui l’auraient oublié, à cause de la violence des coups entre les palais de Carthage et de la Kasbah, que c’est BCE qui a sorti de son chapeau l’actuel chef du gouvernement et a maintenant le plus grand mal à l’y faire retourner). Comme il avait ignoré superbement Hafedh Caïd Essebsi, le directeur exécutif de Nidaa Tounes, qui l’avait sommé de s’expliquer sur ses rapports avec le parti, ce qu’il n’a toujours pas fait jusqu’à ce jour, Chahed snobe le président de la République. Pourtant ce dernier lui a conseillé – ce qui dans la bouche de BCE est une injonction – de se présenter au Parlement pour se refaire une légitimité politique qu’il aurait perdue. Ce n’est pas rien, tout de même, ce qu’a dit Essebsi ! Mais voilà, son ex-poulain a manifestement pris la décision de passer outre et de continuer allègrement son chemin, une posture que lui permet une bonne lecture du contexte politique actuel. BCE rugit encore un peu mais ne peut plus rien contre Chahed, politiquement parlant, et tout le monde semble l’avoir bien compris. Tout le monde sauf le président de la République. Ses collaborateurs, en premier son conseiller politique, Habib Essid, l’ex-chef de gouvernement que BCE avait immolé, auraient oublié de réveiller le chef de l’Etat. Ou auraient peur de ses foudres. En tout cas la lévitation du locataire du palais de Carthage est surréaliste, pathétique et dangereuse.

Faire d’une guerre personnelle une crise politique

Tout le sens des gestes du président de la République en ce moment, c’est de faire croire à l’opinion publique que le chef du gouvernement a embarqué le pays dans une guerre politique qui le mènera à sa perte. C’est ce que BCE a encore tenté de faire dans sa dernière interview, mais la manoeuvre est tombée à plat, complètement ratée. Et les commentateurs qui étaient de sortie après l’étrange discours-entretien ont pointé les incohérences d’un chef de l’Etat qui met sur le même niveau un chef de parti autoproclamé, fût-il son fils et un chef de gouvernement. Ne pas voir que le départ de Essebsi junior ferait un bien fou à Nidaa Tounes, en stoppant d’abord l’hémorragie de militants et de députés, et que celui de Chahed plongerait le pays dans l’incertitude totale à quelques mois des élections est au mieux le signe patent d’une cécité politique qui aurait atteint BCE, au pire une tentative désespérée de dégager la voie pour lui-même ou pour HCE, ce qui de toute façon ne servirait à rien vu leur cote d’amour auprès des citoyens, d’après les sondages.

Quand il s’est agi de fomenter l’exécution de Essid, il y avait du monde autour du président de la République. L’affaire est passée comme une lettre à la Poste, la classe politique, l’opinion publique et surtout une belle majorité parlementaire ayant fait corps pour valider une décapitation qu’on croyait salvatrice pour la nation. Tout le monde y croyait. Mais on s’est réveillé depuis et on s’est rendu compte que l’ex-chef de gouvernement n’avait pas autant de tares que ce que ses bourreaux avaient déballé sur la place publique, et que le contexte social et politique post-révolutionnaire explique en grande partie l’impossibilité à aller plus vite que la musique pour faire le bonheur de tous. D’ailleurs les difficultés de Chahed pour faire tourner la machine économique démontrent, si besoin en était, que Essid ne méritait peut-être pas le sort qu’il a eu. Les citoyens savent tout maintenant, ou presque, il est impossible de les berner une deuxième fois. Mais ça aussi le chef de l’Etat semble ne pas l’avoir compris…

Faire chuter un arbre avec une paille !

La situation politique du moment est sans appel avec ceux qu’il faut bien qualifier de clan Essebsi – BCE et son fils -, puisqu’ils se comportent comme tel en dépit de tout bon sens. Ils sont les seuls – l’UGTT se fait moins entendre sur la question, braquée sur les négociations sociales – à réclamer avec insistance la tête de Chahed, un cri dans le désert face à des partis politiques qui ont d’autres chats à fouetter, et pas des moindres (d’abord la question de leur structuration avant de se mettre en ordre de bataille pour 2019, si joute électorale il y a). Et que dire des citoyens, complètement désintéressés par cette chasse à l’homme, préoccupés par leur pouvoir d’achat et dont le niveau de culture politique, quoi qu’on en dise, leur permet maintenant de résister aux manoeuvres politiciennes. Quant aux forces politiques au Parlement, là aussi c’est sans appel pour Essebsi père et fils : Ce n’est pas avec 41 élus (86 en 2014) que Nidaa Tounes va faire tomber le chef du gouvernement. Et encore parmi ces 41 beaucoup sont contre la folle aventure de HCE, et le peu qui reste du bloc parlementaire pourrait se fracasser si on le forçait à se prononcer sur le limogeage de Chahed.

Alors qu’en face ce dernier est assis sur l’appui, maintenant assumé publiquement, de la “Coalition nationale”, laquelle affiche présentement 43 députés et pourrait très vite monter en puissance. Sans parler du soutien réaffirmé de Ennahdha au chef du gouvernement, avec ses 68 élus, des islamistes qui découvrent de jour en jour, avec beaucoup de délectation, qu’ils ont eu du flair et ont parié sur le bon cheval, un Chahed très élégant du reste et qui ne fait pas des misères aux ministres nahdhaouis. Bref, les temps ont changé, mais ça aussi un BCE qui n’a pas conscience des limites de son aura et de sa verve héritée de Bouguiba, qui a perdu pied et tout sens de la réalité semble l’ignorer…

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Laisser mourir Nidaa Tounes, est-ce la consigne ?!

Une flopée de cadres à Sfax, 14 exactement, le même paquet à Ben Arous dont une députée, à ajouter aux 9 autres élus qui ont largué dernièrement les amarres, après le départ des députés qui ont formé l’ossature de Machrou Tounes et son bloc parlementaire, après le départ de Mohsen Marzouk, après celui de Saïd Aïdi, après… après… Et maintenant il se dit qu’un poids lourd, dans le parti et au sein du gouvernement, la ministre du Tourisme, Selma Elloumi Rekik, a elle aussi envie de prendre le large. Bientôt on ne se posera plus la question qui est parti – ils seront trop nombreux -, mais qui est resté – très peu -, pour faciliter le décompte. Nidaa Tounes, la formidable machine de guerre bâtie de ses mains par le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, en 2012 fond comme neige au soleil, s’effrite de toutes parts, inexorablement. Le pire dans cette affaire c’est que le fils du président de la République, Hafedh Caïd Essebsi, par qui tout ce désastre est arrivé, a réussi par on ne sait quel tour de force à repousser le Congrès électif, le tout premier depuis la naissance du parti (une grosse anomalie pour une grande formation, dans une prétendue démocratie !), jusqu’en janvier 2019, au meilleur des cas. Cela veut dire que cette hémorragie a des chances de continuer, et même de s’accélérer… pour précipiter la mort de l’oeuvre de BCE. Alors que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, lui restera manifestement ; lui qui cristallise toute la haine de HCE au point de le détourner de la gestion de Nidaa, une gestion saine, a toutes les chances de demeurer. Et que fait le président de la République pendant ce temps ? Il s’emmure dans son palais cossu de Carthage, dans un mutisme incompréhensible.

La tragédie du vieux lion

C’est le refus de Ben Ali, ou son impossibilité à agir pour freiner la cupidité de ses proches, notamment les Trabelsi, qui avait accéléré sa perte. L’actuel président de la République file droit vers la même tragédie, une tragédie personnelle mais aussi nationale car les déflagrations plongent le pays dans des bruits incessants et une instabilité politique qui sont ses meilleurs ennemis. La Tunisie n’avait pas besoin de ça, et ne le pardonnera jamais à BCE, qui avait pourtant écrit son nom en lettres d’or dans les annales de l’histoire en dirigeant énergiquement la nation dans un moment où elle se cabrait comme un cheval fou, en février 2011, en pleine poussée de fièvre révolutionnaire. Tout ça a été terni par son entêtement à laisser son fils manipuler plus que de raison des fils hautement explosifs. Et pourtant ce ne sont pas les coups de semonce et alertes qui ont manqué, la dernière en date est celle de Zohra Driss, qui était de tous les combats aux côtés de Essebsi, avant de tout plaquer. Où est passé l’ancien secrétaire général du parti, Taïeb Baccouche, qu’on a vu à un moment s’agiter dans les coulisses après avoir été reçu au palais de Carthage ? Lui au moins avait la stature qu’il faut pour imposer les correctifs dont le parti a grand besoin. Que font Néji Jalloul, Faouzi Elloumi, etc. ? Pourquoi ils se taisent tous devant ce naufrage ? C’est comme si tout ce beau monde s’était donné le mot pour rester sagement assis et regarder le navire sombrer… pour laisser Chahed piloter autre chose à la place ?? Etrange attitude…

Pourtant “l’ennemi” aurait pu être la solution

Sourd (aux nombreux appels à la raison) et aveugle (face au spectacle d’un parti qui se désagrège sous ses yeux, pendant qu’il pourchasse un ennemi imaginaire), Essebsi junior n’est pas muet pour autant. On l’a beaucoup entendu dernièrement, beaucoup plus que d’habitude en tout cas, et si ce n’est pas lui personnellement c’est un de ses lieutenants qui s’y colle. Où sont-ils planqués en ce moment ? Mystère. Eux qui étaient si prompts à organiser des réunions nocturnes dans des officines secrètes qui ont valu au parti tous ses déboires font de l’apnée maintenant. Personne ne s’occupe de ce parti à la dérive, ne parle pour lui, ne tente quoi que ce soit pour le sauver. Il n’y a plus personne ! Et il faut que ce soit les démissionnaires de Ben Arous qui rappellent au supposé leader, HCE, les conséquences de sa traque implacable et insensée, alors qu’il aurait dû faire de Chahed une chance, qu’il aurait dû s’adosser sur ses résultats économiques, qui commencent à venir, pour perpétuer le feu de sacré chez Nidaa Tounes, maintenant que son fondateur est au crépuscule de sa vie politique. Mais il n’en sera rien, manifestement…

Le beau rôle !

Quant à Chahed, et bien il se délecte d’une situation qui tourne à son avantage, après avoir essuyé la tempête. Son positionnement n’a jamais été aussi confortable, après le soutien réaffirmé du bataillon Ennahdha et après avoir implosé, directement ou indirectement, le rang de ses ennemis. Et c’est encore plus vrai depuis que la “Coalition nationale” a émergé au Parlement, un bloc parlementaire lequel même s’il prétend n’avoir posé aucun acte d’allégeance au chef du gouvernement ne sera pas un obstacle pour lui, au contraire. Quand Chahed rétorque à l’ultimatum surréaliste de HCE que lui s’occupe des affaires du pays et n’a pas le temps pour la petite tambouille, il a raison, c’est ce qu’il fait effectivement mais il faut aussi preuve d’une grande habileté politique. En effet aux yeux de l’opinion publique – ses futurs électeurs, peut-être -, trimer pour l’intérêt national c’est quand même autre chose que ces politiciens, de Nidaa et d’ailleurs, qui se vautrent dans la fange pour des intérêts personnels. Et qui s’excite, s’énerve, attaque, cogne pour ces bas calculs ? Suivez notre regard. Et qui dégage une impression de force tranquille face aux assauts, et n’a d’yeux que pour le bien suprême de la nation ? Regardez vers la Kasbah. Bon, la réalité est plus nuancée que ça, et surtout beaucoup moins manichéenne – le bon d’un côté, les méchants de l’autre -, mais c’est cela que perçoivent les citoyens, et ça pourrait être très payant électoralement pour l’un, et fatal pour les autres. C’est la photographie du moment. Cela reste un instantané, qui n’est pas gravé sur le marbre et pourrait muter d’ici les élections de 2019, mais pour le moment cela suffit au bonheur du chef du gouvernement. En attendant qu’il abatte ses cartes. Ou pas.

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Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, leur fait perdre le nord, il les rend tous dingues, ses pseudo-soutiens comme ses ennemis déclarés. Le fait est qu’il est devenu un OVNI politique, sans doute le plus intriguant depuis la dite révolution laquelle a engendré une pagaille monstre dans le pays, presque à tous les niveaux. Obscur – que ce qualificatif nous soit pardonné – secrétaire d’Etat dans le gouvernement Essid, c’est lui que le président de la République, Béji Caïd Essebsi, a sorti de son chapeau, à la surprise générale, pour remplacer un éphémère 6ème chef de gouvernement qui n’a pourtant pas démérité (mais on ne le saura que bien plus tard, hélas). L’appétit venant en mangeant, Chahed, aidé en cela par sa fraicheur, sa jeunesse, son énergie et son volontarisme débordants, s’est découvert des lubies d’homme d’Etat que ses parrains, du moins son camp ou ce qui en reste, lui dénient maintenant au point d’oeuvrer pour sa “disparition”. Au point de lui balancer cet ultimatum surréaliste : Tu dis clairement que t’es avec nous et l’affiche publiquement, ou bien tu déguerpis. Alors que l’intéressé, jusqu’ici, n’a pas dit un mot sur les intentions qu’on lui prête : il fomenterait un putsch, à la tête de la “Coalition nationale” à l’ARP, pour siphonner Nidaa Tounes, enfin le peu qui en reste. On ne connait pas encore l’auteur de cette brillante initiative, mais une chose est sûre : En endossant cette affaire, Hafedh Caïd Essesbsi, le directeur exécutif du parti, rend un grand service à Chahed.

Le contraire du résultat escompté

Les circonstances exceptionnelles créent parfois des vocations. Jusqu’au jour d’aujoud’hui, personne n’est sûr à 100% que Chahed a envie de monter son propre mouvement et de filer vers le fauteuil du palais de Carthage. Personne. Tous ceux qui en parlent – nous en faisons partie, évidemment – ne nourrissent leurs analyses qu’avec des supputations, des conjectures, certes avec quelques indices ou au mieux des confidences lâchées par ses proches, mais tout ça relève de l’interprétation. Et nous pouvons tous nous tromper, in fine. Mais force est de constater que cette terrible animosité entre le chef du gouvernement et son propre parti, du moins ceux qui parlent en son nom, est de nature à réveiller des instincts de combat chez tout homme normalement constitué, encore plus quand on a goutté à l’adrénaline que procure la chose politique. Essebsi junior (le papa, mentor de Chahed, rappelons-le, est aux abonnés absents jusque-là) s’est fendu d’une déclaration pour dire qu’il n’a aucun problème avec Chahed, et moins de 24 heures après il le somme, même s’il s’est soigneusement planqué derrière la bande, de s’expliquer sur ses relations avec son parti et de signer un pacte de non-agression. Il n’a aucun problème avec Chahed, un compte de fée qu’il devrait plutôt raconter aux enfants, quand on sait l’acharnement qu’il a mis à demander sa tête dans toutes les réunions autour du Document de Carthage 2, le fameux 64ème point, lequel a d’ailleurs fait capoter la signature du Pacte, alors qu’il y a eu accord sur les 63 autres axes.

La dernière attaque frontale de HCE est la dernière d’une série de croche-pattes qui ont pourri le mandat de Chahed, l’ont littéralement pollué avec des annonces, des réunions nocturnes pour comploter contre lui, des menaces même pas voilées, des virées chez papa pour obtenir la disgrâce du locataire du palais de la Kasbah, etc. Bref, Essebsi fils n’a rien épargné à Chahed. On peut difficilement croire que tous ces assauts ne donnent pas à Chahed, à un moment ou à un autre, l’envie de rendre les coups, en commençant d’abord par arracher à HCE ce qu’il affectionne le plus, la direction de Nidaa Tounes, au Congrès de janvier prochain ou en taillant la route tout seul, en créant son propre parti, ce qui serait plus probable, mais, on le redit encore, à ce stade ça reste des conjectures…

Même Ennahdha pourrait s’en accommoder

Le moins qu’on puisse dire est que le pays est sinistré politiquement et attend l’homme providentiel. BCE, même s’il garde le mystère sur ses intentions en 2019, est au crépuscule de sa carrière politique, à 91 ans ; Rached Gannouchi, le chef de file des islamistes, a un gros appétit pour le fauteuil de Bourguiba mais c’est le fauteuil qui ne veut pas de lui, à en croire les sondage ; HCE est le dernier que les citoyens voudraient voir à Carthage, là aussi à en croire tous les sondages ; Hamma Hammami est populaire mais il fonctionnerait comme un épouvantail pour les milieux économiques et financiers ; Moncef Marouki a la cote, auprès d’une frange non négligeable de la population, mais ses aspects tranchants et peu diplomates pourraient nous valoir une société divisée, morcelée ; Mehdi Jomaa et Saïd Aïdi sont des valeurs sûres, ils ont montré leur amour pour la patrie en plaquant des postes très juteux à l’étranger et en accourant au chevet de la Tunisie post-révolutionnaire (il faut espérer qu’ils ne le regretteront pas in fine), mais leur mayonnaise ne prend pas pour le moment… Reste Chahed, le plus crédible de la place, même si la rose s’est un peu fanée depuis, selon les enquêtes d’opinions. D’après ces dernières, seuls Samia Abbou et Néji Jalloul pourraient rivaliser, mais il est fort probable que ces derniers optent pour leurs positions actuelles, qui leur offrent notoriété et affection populaire, sans les désagréments que présenterait une aventure sur le devant de la scène politique.

En toute logique, Chahed devrait donner aux dirigeants de Nidaa Tounes les garanties, même sommaires, qu’ils lui exigent. Dire le contraire maintenant signifierait qu’il rompt de fait avec ses parrains, qu’il assume au grand jour ses ambitions présidentielles, ce qui lui enlèverait la légitimité qui l’a amené à la Kasbah. On l’imagine mal affronter une telle tempête à quelques mois de l’adoption de la loi de finances 2019. Trop tôt pour se lancer, si c’est ce qu’il veut réellement. Donc pour le moment HCE et compagnie devraient avoir les assurances qu’ils veulent, en attendant que Chahed sorte vraiment du bois, en 2019. Une affaire qu’attendent beaucoup de ses soutiens, et même Ennahdha, qui pourrait très bien s’accommoder d’une étoile politique qui a été plutôt magnanime avec les ministres nahdhaouis, malgré les tas de reproches qu’on peut leur faire sur leur rendement et leur maitrise des gros dossiers dont ils ont la charge.

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Que reste-t-il de la machine de guerre fabriquée par le président de la République, Béji Caïd Essebsi et qui avait brillé aux élections de 2014 ? Qu’en restera-t-il au scrutin de 2019 ? Manifestement pas grand chose au rythme où le parti se vide de son sang, sous le brillant magistère de Hafedh Caïd Essebsi, fils du chef de l’Etat. 8 députés viennent de claquer la porte du bloc parlementaire de Nidaa Tounes (il n’en reste que 46, pour 86 au départ, et une poignée de militants) pour filer vers la “Coalition nationale”. 8 de plus, martyrisant un peu plus ce parti que son propre fondateur refuse toujours obstinément de prendre en main sous prétexte qu’il se doit de prendre de la hauteur, du haut de son fauteuil du palais de Carthage, au motif que son statut lui interdit de mettre son nez dans les affaires partisanes. Mais personne n’est dupe, si la main du vieux lion tremble, hésite, c’est parce qu’elle redoute d’écraser le fils. Les sacrés liens du sang et leur pouvoir de nuisance, dont le pays croyait s’être débarrassés un fameux 14 janvier 2011. Et bien non. Zohra Driss, Moncef Sellami, Ahmed Saïdi, Issam Mattoussi, Lamia Dridi, Jalel Guedira, Mohamed Rachdi et Marwa Bouazzi sont partis, ils ont quitté un navire en plein naufrage. La même Zohra Driss qui avait récemment adressé un message coup de poing à BCE. Il faut croire qu’elle n’a pas eu la patience d’attendre que Essebsi fasse mouvement…

Le coupable ? Toujours le même

Zohra Driss a confirmé l’information à la TAP, avec une indication qui montre que cette affaire est actée : Les 8 désormais ex-nidaïstes vont officiellement déposer leur démission au bureau de l’Assemblée des représentants du peuple mercredi prochain.
Elle a ajouté que la décision a été prise il y a environ une semaine, en raison de ce qu’elle a qualifié de “déception” quant à la manière d’administrer Nidaa Tournes. Le directeur exécutif de Nida Tounes, Essebsi junior, est accusé, mais ce n’est pas nouveau, d’avoir la “mainmise sur tous les pouvoirs” et de faire comme si les structures et dirigeants du parti n’existaient pas. En fait le parti n’était même pas géré, HCE, aveuglé par sa haine obsessionnelle du chef du gouvernement, Youssef Chahed, a oublié qu’il pourchassait un des leurs, que la cible, en principe, parlait et agissait au nom du parti, qu’il avait des soutiens au sein du parti et que cette persécution que rien n’explique rationnellement (il se dit que Chahed refuse de nommer les hommes de Essebsi fils à des postes clés, qu’il met ses “amis” en prison sans le consulter, qu’il refuse même de lui répondre au téléphone… C’est bien ce qu’on disait, il n’y a rien de rationnel derrière cette haine tenace) risquait de faire imploser la formation. HCE a oublié que son rôle était de rassembler, il a oublié qui il était, la valeur de ce qu’il a entre les mains et ce qu’il est venu faire au poste qui est lien, il a oublié les difficultés du pays qui exigeaient autre chose de sa part. Il s’est oublié. L’addition est salée.

L’ombre de Chahed derrière le loup

Dès sa naissance, fin août 2018, le bloc parlementaire, qui affichait 33 députés – des indépendants, des déçus de Machrou Tounes et Nidaa Tounes, des élus de l’UPL – a été suspecté d’être téléguidé par Chahed, pour faire exploser le front de ses ennemis au Parlement, dont des élus de son parti (je sais, tout ça est un peu kafkaïen…). Et devinez qui était le plus terrorisé par cette affaire ? Nidaa Tounes, évidemment, un bloc qui n’est plus que l’ombre de lui-même et que la moindre bourrasque secoue. Bien entendu les accusations en direction du chef du gouvernement ont redoublé d’intensité quand il l’ont vu prendre langue avec les 8 députés le jour même de l’annonce de leur démission de Nidaa, samedi 08 septembre 2018. Mohamed Rachdi a beau dire que ce sont eux-mêmes qui ont sollicité un entretien avec Chahed, pour causer “des préparatifs de l’année parlementaire et du projet de la loi de finances pour l’année 2019” et “la question de la démission n’a pas été évoquée au cours de cette rencontre“, les adversaires et faux amis de Chahed continueront de voir son ombre derrière la “Coalition nationale“, de le voir partout. Chahed fait peur à tout le monde, sa popularité, même en baisse, selon les sondages, fait peur. Au point que même la forteresse Ennahdha ne parle plus que de la présidentielle, et surtout de la manière d’empêcher Chahed d’y aller, alors que l’intéressé n’a pas pipé mot sur cette échéance ! Mais puisque ses parrains ont la faculté de lire dans ses pensées…

Rached Gannouchi et compagnie se donnent-ils tout ce mal pour rendre service également à BCE, qui ne voudrait pas croiser le chef du gouvernement sur la route de la présidentielle ? Abdellatif Mekki, dirigeant du mouvement Ennahdha, l’a laissé entendre, ici même, sur Africanmanager. Vrai ou pas, manoeuvre politique ou pas, le fait est que Chahed les empêche tous de dormir. Et ce sera encore le cas pendant un bon moment, et encore plus quand il aura quitté la Kasbah et qu’il se mettait en tête de jouer les cartes qu’il a en main pour se forger un destin national.

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La dernière fois qu’on a entendu le ministre de l’Equipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire, Mohamed Salah Arfaoui, évoquer les grands chantiers sur les rails, c’était pour tenter de couper court à des bruits sur l’assèchement de ses finances. C’était en juin 2018. Le ministre jurait presque qu’il avait ce qu’il faut pour aller au bout de ses projets. Un mois avant, en mai 2018, on a vu vent de gros problèmes pour faire avancer le Réseau Ferroviaire Rapide (RFR), dont les habitants d’une capitale engorgée attendent beaucoup, dont l’économie du pays attend beaucoup. On a appris qu’il manquait 3 milliards de dinars pour boucler le financement du projet, ce qui n’est pas peu. Avant cela, en novembre 2017, il y a eu le passage mouvementé du ministre à l’ARP, pour s’expliquer sur des affaires de corruption, entre autres ratés, face à des députés féroces et survoltés. Mémorable aussi le coup de sang du ministre, en août 2017, ulcéré par l’insouciance, ou plutôt le “Jem’enfoutisme” des ouvriers du chantier de l’autoroute Gabes-Sfax alors qu’ils étaient en retard sur les délais. Etc. Bref, presque à chaque fois que Arfaoui monte au front, c’est pour s’exprimer sur des problèmes, des choses qui ne tournent pas rond dans son département et qui forcément suscitent l’intérêt de l’opinion publique, car les projets du ministre (routes, ponts, échangeurs…) tout le monde les attend, l’économie du pays les attend. Là il nous dit, pour une fois, que tout baigne, ou presque, que l’état d’avancement de la majorité des méga projets d’infrastructure en Tunisie est dans les délais et sera accéléré afin d’assurer leur entrée en exploitation vers la fin de 2018 ou début 2019. Faut-il le croire ?

Petit exercice de vérité

Actuellement, 5000 chantiers d’infrastructure, répartis sur tout le territoire, sont en cours de réalisation, avec un coût d’investissement de l’ordre de 8 Milliards de Dinars, a confié Arfaoui à la TAP. Il a rappelé, par ailleurs, que parmi ces méga projets figurent l’autoroute Gafsa-Jelma et Gafsa-Sidi Bouzid- Kasserine, dans une seconde étape, puis le projet de la sortie de la ville de Tunis et le pont de Bizerte…
Mais il y aussi les trains qui ne sont pas arrivés à l’heure : le ministre a reconnu qu’il n’a pas à ce jour les financements pour monter certains projets dont les routes transversales reliant les régions de l’ouest aux ports. Seule éclaircie dans ce sombre tableau : le pactole pour financer la route faisant la jonction entre Kasserine et Sfax est acquis. Voilà, les mêmes travers qu’avec le RFR : ça cloche au niveau du nerf de la guerre, l’argent. La Tunisie aurait-elle les yeux plus gros que le ventre, en lançant des projets de cette dimension sans avoir au préalable bétonné leur financement ? Les bailleurs auraient-ils fait faux bond après s’être engagés à décaisser ? Est-ce la faute aux sempiternelles lourdeurs administratives, qui font que même investir, aider sont la croix et la bannière ? Mystère. Ce qui est sûr c’est qu’il y a un gros problème sous le ciel tunisien, avec tous ces projets annoncés en grande pompe dont le pays attend beaucoup mais qui restent pour le moment dans les cartons, ou au mieux sont stoppés en plein élan…

Ce que le ministre ne dit pas

Ce que Arfaoui se garde de dire, ou qu’il évoque très peu, ce sont ces lenteurs dans l’exécution des chantiers qui pourrissent la vie des automobilistes, sans parler des points de croissance cramés, car, rappelons-le, les infrastructures sont la condition sine qua non de tout développement. Ceux qui ont fait un tour du côté des échangeurs de Séjoumi (à l’ouest de la capitale). ou qui ont le malheur d’habiter dans les parages en savent un rayon sur l’art de plomber l’avancement des chantiers. Difficile de garder son self-control devant ces ouvriers indolents, qui bougent à la vitesse de l’escargot, s’ils ne sont pas complètement à l’arrêt, pour cause de pause-café ou simplement pour papoter en petits comités, alors que des pans entiers du chantier sont complètement désertés. Et cela fait des mois que cela dure ! Une éternité. Quand est-ce ce cirque va finir ? Nul ne le sait. Le ministre se garde bien de donner des indications sur le sujet. Comme il se garde d’émettre la moindre critique en direction des entreprises en charge de la réalisation de ces projets-fleuve. Il est vrai que les syndicats ont la grève facile, et cherchent le moindre prétexte pour débrayer et en profiter pour poser sur la table des revendications matérielles. Alors Arfaoui ne moufte pas, il ne bouge pas une oreille, mais il n’est pas le seul, tout le gouvernement se couche sur ces affaires. Son patron, Youssef Chahed, procède bien à quelques remontées de bretelles, à l’occasion, surtout pour donner du grain à moudre aux médias, mais ça dure le temps d’une visite. Dès son départ tout retombe comme un soufflet…

Tout le monde se rappelle de la séquence calamiteuse de cet accident provoqué par les ouvriers de chantier à Mellassine, un quartier populaire de Tunis niché près de la banlieue nord-ouest. Manifestement faute d’avoir les plans de la Sonede ou simplement par négligence – on attend toujours les conclusions définitives de l’enquête -, une pelleteuse avait perforé une conduite principale d’eau, provoquant le désarroi des populations dans plusieurs quartiers de la capitale. On retiendra la sortie d’anthologie du ministre, qui craignant sans doute le retour de flammes des syndicats, s’était borné à dire que ce genre d’incident pouvait arriver. Nous n’avions pas fait de commentaire à l’époque face à cette réplique stupéfiante. Et nous n’allons pas en faire non plus présentement, les faits parlant d’eux-mêmes. Mais puisque Arfaoui est étiqueté indépendant, puisqu’il ne fait pas partie des ministres de Nidaa Tounes qui guettent les coups de fil de Hafedh Caïd Essebsi pour savoir quand le chef – Youssef Chahed – va tomber et quel maroquin ils vont avoir dans le prochain gouvernement, on peut espérer que son travail ne sera pas pollué par le débat politique nauséabond du moment et qu’il continuera à faire tout ce qu’il peut dans son département, jusqu’au bout, pour l’intérêt de la nation.

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Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, vient encore d’apporter la preuve qu’il sait tailler dans le vif, sans états d’âme, du moins c’est ce qu’il laisse paraitre dans son discours musclé suite au grand nettoyage dans le secteur de l’énergie et des mines. C’est même plus qu’un coup de balai puisque c’est tout un ministère qui a été rayé des tablettes, pour être fusionné avec le département de l’Industrie (on ne sait pas comment Slim Feriani va se dépatouiller avec toute cette charge !). Le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, s’en est ému, publiquement, mais c’est à peu près le seul responsable, le personnel politique commente ça avec tiédeur, en essayant de voir le bénéfice, politique, qu’il peut en tirer… en tirant sur Chahed. Quant aux citoyens, bringuebalés par mille problèmes (l’inflation ; les dépenses de la rentrée scolaire ; la hausse des prix du carburant laquelle, on le sait maintenant, s’inscrit dans la durée, etc.), ils évoquent, entre deux collations, ces têtes décapitées comme un fait divers, un de plus et dont on sait par avance qu’il ne changera en rien leur quotidien, et encore moins celui du pays. Et tout ce beau monde regarde ça comme une affaire qui ne le concerne guère, comme un dossier trop compliqué, aux embranchements complexes et où il est impossible, pour le moment, d’identifier le vrai et le faux malgré le grand déballage des acteurs de cette affaire. Reste les problèmes du pays, et de Chahed. Eux ils sont bien là, palpables.

Les experts le savent, les discours du FMI ont tendance à prendre une forte coloration politique, ou diplomatique si vous voulez, pour justement ne pas achever la bête que l’institution est en train de sauver. Parce qu’elle sait que ses communiqués sont épiés par les autres bailleurs et que le moindre signe de démobilisation de sa part peut enclencher une spirale infernale qui pourrait briser la confiance, et faire déguerpir les autres soutiens de la Tunisie. Alors le FMI fait gaffe à ce qu’il dit, et verse volontiers dans la technique de la dissertation de philosophie : Thèse, Antithèse, Synthèse. De ce point de vue sa dernière note sur l’économie tunisienne est très parlante. Certes il y a le lot habituel d’encouragements, pour ne pas plomber le moral des élèves (les autorités), il y a aussi des remarques objectives sur les progrès accomplis et les bonnes résolutions et orientations prises pour les prochaines années. Mais il y a également des recommandations sur ce qui reste à faire, et il y a un sacré paquet. Tout est là, sous nos yeux, pas besoin de lire entre les lignes pour mesurer les difficultés qui attendent Chahed, et surtout le travail qu’il faudra abattre pour toucher la quatrième tranche du prêt de 2,8 milliards de dollars, une bouffée d’air dont les caisses du pays ont cruellement besoin.

Les gros pépins, dès ce mois

Certes le FMI s’est félicité des efforts faits pour les dépenses sociales, pour justement acheter la paix sociale sans laquelle tout l’édifice pourrait s’effondrer (c’est pas dit texto dans le communiqué, mais l’argument avait déjà été exposé). Mais l’institution souligne également la nécessité de continuer à réduire sensiblement le déficit
budgétaire. Or c’est justement le contraire que demande l’UGTT au gouvernement, et a même menacé samedi 1er septembre 2018 de paralyser le secteur public par une grève générale si Chahed ne montre pas plus de célérité dans les négociations sur les augmentations de salaire. Et que dire de l’année scolaire, déjà prise en otage par le Syndicat de l’enseignement secondaire, pour les mêmes raisons, des sous, malgré les assurances du secrétaire général de l’UGTT.

De l’argent, qu’il n’a pas, c’est ce que tout le monde demande à Chahed. Or on sait que le projet de la Loi de Finances 2019 n’édicte pas de nouvelles taxes, aussi bien pour les entreprises – l’UTICA et la CONECT veillent au grain – que pour les citoyens. Cela tombe bien, ces derniers en ont soupé avec un endettement auprès des banques qui atteint des sommets, pour les besoins de la consommation. Mais si personne ne paye plus, comment le chef du gouvernement se dégagera des marges de manoeuvre pour sortir les billets que tout le monde lui demande ? Ce ne sont pas les recettes du tourisme, même à leur plus haut niveau depuis des années, qui vont tirer Chahed d’affaire ; et encore moins les revenus du phosphate, qui sont tout ce qu’il y a de plus aléatoire.

C’est pas un bon chef de gouvernement qu’il faut à la Tunisie pour la prochaine période, c’est un magicien, un illusionniste, un alchimiste des calmants économiques, mais aussi un sacré puncheur politique pour survivre face aux coups qui pleuvent de partout. Chahed se défend pas mal en ce moment, mais combien de temps tiendra-t-il encore ? Pourra-t-il passer entre les gouttes jusqu’au scrutin de 2019 ? Si les attaques depuis son propre camp se sont un peu calmées, c’est parce qu’à part Chahed et Néji Jalloul, tous les autres ténors du parti se feraient écraser aux prochaines élections. Alors on ménage un peu le chef du gouvernement, sauf quelques tirs sporadiques, juste pour montrer que les anti-Chahed ne tournent pas dans le sens du vent de la popularité du locataire de la Kasbah. Reste à savoir si Chahed, qui en a bavé avec les siens, aura envie d’être cet homme providentiel capable de sauver Nidaa Tounes d’une déroute certaine en 2019. “Qu’on me donne l’envie, l’envie d’avoir envie“, disait le chanteur français Johnny Hallyday. C’est toute la problématique avec Chahed. A moins qu’il ait un tout autre dessein : Faire cavalier seul en montant sa propre formation politique… ou larguer les amarres pour des lendemains plus paisibles et surtout plus juteux dans un de ces organismes internationaux qu’il connait bien et qui le recevraient avec les égards dus à son rang d’ex-chef de gouvernement.

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Le spectre de la violence contre les étrangers refait surface en Afrique du Sud, après la vague qui a ciblé l’an dernier la communauté nigériane principalement. 4, morts c’est le bilan de la chasse aux migrants déclenchée cette semaine dans le township de Soweto, une banlieue du sud-ouest de Johannesburg. On parle d’attaques “ciblées” et pillages de magasins gérés par les étrangers, au motif qu’ils écouleraient des produits périmés, rapporte Africanews

«Les habitants faisaient circuler des textos que tous les commerçants étrangers de la région devraient emballer et quitter les environs», a déclaré Adetola Olubajo, le président de la communauté nigériane en Afrique du Sud, cité par l’agence de presse nigériane (NAN). Il touche du bois, pour le moment, aucun membre de sa communauté résidant en Afrique du Sud n’a subi des violences. Ce n’était pas le cas l’an dernier. Les autorités nigérianes étaient même montées au front pour dénoncer le traitement réservé à leurs ressortissants…

Ainsi va l’Afrique du Sud, un pays hanté par la violence, avec des populations noires qui l’ont subie pendant des décennies d’apartheid et la reproduisent, à la moindre occasion, pour extérioriser un mal-être social et une paupérisation que la libération n’a pas réussi à gommer. Le pays fait même partie des nations les plus criminogènes d’Afrique et du monde, et on parle de crimes de sang…

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L’Iran avoue, après les révélations hier sur ses missiles balistiques et le renforcement de son dispositif militaire en Irak. Un haut cadre du ministère iranien de la Défense, cité par l’agence de presse iranienne Irna, a affirmé ce samedi 1er septembre 2018 que Téhéran va grossir son arsenal militaire, et pas que pour les missiles et pas qu’en Irak. Alors bluff ou vraie stratégie militaire ? On le saura très vite.

Améliorer nos capacités balistiques (…) et acquérir des avions de chasse de nouvelle génération, des navires gros porteurs de longue portée et des sous-marins avec diverses capacités d’armement font partie des nouveaux plans du ministère“, a déclaré Mohamed Ahadi, vice-ministre de la Défense pour les affaires internationales, rapporte Reuters.

L’Iran provoque donc ouvertement les Etats-Unis, qui viennent de corser les sanctions économiques et vont en appliquer d’autres, à cause justement de ces fameux missiles, du flou autour de l’avenir du nucléaire iranien après l’expiration de l’Accord de 2015 à Vienne et des ingérences iraniennes dans des conflits au Moyen-Orient (soutien militaire de milices chiites au Yémen, du Hezbollah au Liban et en Syrie…). En bravant les USA de la sorte, l’Iran met également ses soutiens européens dans une posture délicate, eux qui tentent de sauver l’Accord nucléaire…

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