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Souleymane LOUM

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Les autorités tunisiennes, à la faveur du boom des projets dans les énergies renouvelables, avec leur lot de financements, ont voulu enterrer un peu trop vite les hydrocarbures. Mais ces dernières se sont avérées plus coriaces qu’on le croyait. En effet on le sait maintenant : La réalisation des centrales solaires est complexe, difficile à monter financièrement et prendra un peu de temps ; en attendant il faut bien griller du carburant. Mais mauvaise nouvelle pour la Tunisie : sa Loi de finances 2018 a fixé trop bas les prix du baril de pétrole, à 54 dollars à peine, et on se retrouve avec des tarifs flirtant avec les 69 dollars présentement, alors qu’on en est qu’au premier trimestre ! Avec en plus un dinar qui n’arrête pas de fondre par rapport aux principales devises. Autant dire une catastrophe pour les finances publiques, laquelle d’ailleurs se paye cash avec une aggravation du déficit budgétaire du fait du système de la compensation qui commence à inquiéter sérieusement le gouvernement. Alors c’est le branle-bas de combat pour tenter de réveiller des activités de prospection dont on avait voulu tasser le nombre de permis. Le ministre de l’Energie, des Mines et des Energies renouvelables, Khaled Kaddour, a appelé les représentants de l’autorité législative et exécutive à appuyer les efforts du ministère concernant la révision du cadre législatif et règlementaire des activités de prospection et de production des hydrocarbures en Tunisie, à travers la mise en place de nouvelles incitations afin d’attirer davantage d’investissements pour concrétiser la stratégie visant à promouvoir le secteur, à l’horizon 2030.

Cette stratégie exige, également, a dit Kaddour, la simplification des procédures administratives que le ministre a qualifiées de “compliquées” et ne répondant pas à la dynamique du secteur. Dynamique, le mot est peut-être un peu trop fort par rapport à ce qu’on a vu dernièrement sur le terrain, du fait en premier lieu de la raréfaction naturelle des découvertes pétrolières et de la réduction programmée des autorisations pour prospecter, compensées par un intérêt croissant pour les énergies dites propres. Mais là les autorités ont été bien obligées de faire le constat que le pétrole a encore un avenir, pour quelques décennies au moins, et qu’il va être de plus en plus cher, hissé par une demande mondiale dopée par la reprise économique à l’échelle planétaire. Alors séance de rattrapage pour l’équipe de Youssef Chahed. A l’occasion d’un séminaire sur le développement de la prospection dans le domaine de l’énergie, organisé vendredi 20 avril 2018, par la Société tunisienne des activités pétrolières (ETAP), le ministre de l’Energie a même tancé l’administration en affirmant que l’obtention d’un permis d’exploration par les sociétés pétrolières nécessite une période allant de 16 à 24 mois. Un délai trop long.

Un revirement sous la contrainte

La réalisation des objectifs de cette stratégie est impossible sans l’appui de nos partenaires du secteur des hydrocarbures“, a souligné Kaddour, appelant ces derniers (partenaires) à redoubler d’efforts en matière d’investissement, notamment en matière de prospection et d’exploration dans le cadre d’un partenariat gagnant-gagnant, permettant à la Tunisie de renouveler son stock de ressources énergétiques et à ses partenaires de réaliser des gains et de promouvoir leur activité.

Il a ajouté que le ministère vise, à travers cette démarche, à faire contribuer ses partenaires aux différentes réformes à engager dans le secteur, annonçant la tenue de rencontres avec les sociétés de distribution au cours de la semaine prochaine.

Le ministre a fait savoir que la stratégie du ministère à l’horizon 2030 est axée sur le renouvellement des ressources nationales en hydrocarbures, notamment l’intensification des opérations de prospection, de forage et d’exploitation des ressources conventionnelles traditionnelles et autres, outre la consolidation de l’exploitation des blocs libres non exploités et l’incitation à l’exploration au Nord et au Centre. Le mot est lâché : On parle bien d’intensification des opérations de prospection. Le gouvernement assume donc pleinement cette réorientation stratégique dictée par les difficultés du moment qui ont été mal anticipées, mais que redoutait déjà en janvier 2018 le ministre chargé des grandes réformes, Taoufik Rajhi.

Ce revirement a également pour objectifs d’améliorer la capacité de reconstituer les gisements moyennant l’incitation à l’investissement dans les nouvelles technologies et d’établir une politique dans le secteur du gaz pour mettre à profit le site stratégique de la Tunisie et promouvoir les activités internationales de l’ETAP dans les domaines de l’exploration, de la production et des services.

A noter que le déficit énergétique dans le secteur des hydrocarbures a atteint, en 2017, environ 3 millions de tonnes équivalent pétrole (Tep), soit 40% des besoins en énergies primaires contre 0,6 millions de Tep en 2010, au vu de la croissance des besoins en énergies primaires de 8,3 millions de Tep contre 9 millions de Tep en 2017.

Par ailleurs, la production enregistre, annuellement, une baisse de 6% et les investissements dans le domaine de l’exploration ont diminué passant de 400 millions de dollars en 2010 à 87 millions de dollars en 2017, en raison du non octroi de permis privés d’exploration, notamment entre les années 2014 et 2016, soit de 23 permis en 2017 à 53 en 2010. La tendance de ces dernières années est donc très nette, il s’agit donc clairement de l’inverser. En tout cas c’est ce qu’on a compris. Nous verrons ce qu’il en sera dans les mois à venir…

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Troisième jour de grève ouverte dans l’enseignement secondaire, et c’est toujours le silence de mort du côté du chef du gouvernement, Youssef Chahed. Pas un mot sur cette affaire qui engage, qu’il me pardonne de le lui rappeler, l’avenir de toute une nation. Pas un mot pour tenter de secouer des syndicats enivrés par leurs victoires du passé – autant de défaites pour les finances du pays, pour la transition économique en cours – et la place démesurée de leur centrale, l’UGTT, sur l’échiquier politique, au point de parler plus fort, et même de menacer ouvertement, les deux têtes de l’exécutif. Pas un mot pour tenter de consoler des parents d’élèves déboussolés, que cette ambiance de vacances avant l’heure à la maison et dans les rues désarçonne et terrorise. Des élèves à qui on ne peut même plus imposer la moindre petite corvée scolaire puisque dans leurs têtes, et on les comprend, l’année scolaire est morte et enterrée par leurs professeurs. Le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, nous avait parlé de l’année blanche comme d’une ligne rouge – encore une ! – qu’il ne tolérerait pas et qu’il va sauver l’année scolaire. Au train où vont les choses, il nous est impossible de croire aux promesses d’un Taboubi qui lui-même a l’air complètement largué, dépassé par les événements et incapable de tenir ses troupes. A moins que tout cela finisse par une capitulation du gouvernement. Ce ne serait pas la première fois…

La politique du “donner, sacrifier, pour s’acheter une paix sociale“, c’est la mère de tous les pépins de la Tunisie post-révolutionnaire. Cette étrange maxime, laquelle d’ailleurs n’a jamais fait ses preuves, n’est pas le fait de Chahed, elle a commencé du temps où son mentor, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, avait la charge de chef de gouvernement en 2011, dans un pays fortement bringuebalé par le brusque départ du dictateur. En 2016 BCE a invité à sa table la centrale syndicale pour dessiner l’avenir du pays après Habib Essid – le fameux Pacte de Carthage -, elle ne l’a jamais quittée. Et l’actuel chef du gouvernement est en train de se farcir cette situation ubuesque et unique à l’échelle de la planète. Encore une spécificité tunisienne qui coûte très cher !

Mauvais réflexes et pédagogie mortifère

Bon, il faut aussi admettre que Chahed a forcé le trait, dans le sens acheter la paix sociale. Après tout rien ne l’obligeait à sacrifier son brillant et sémillant ministre de l’Education, Néji Jalloul, dont le seul tort a été de bousculer et tenter de réformer un secteur auquel personne n’a osé s’attaquer ces dernières années. Et quand Jalloul a commencé à donner le tournis aux enseignants avec des décisions qu’ils ont vécues dans leur chair (interdiction des cours sups dans les garages et les arrière-cours, exigence d’assiduité, des activités parascolaires pour faire autre chose qu’assommer les élèves avec des cours, etc.), ils ont oublié toutes leurs doléances pour se focaliser sur une seule : La tête de Jalloul. Et si Hatem Ben Salem ne bouge pas une oreille en ce moment, c’est justement pour s’éviter le sort de son éphémère prédécesseur.

S’il suffisait de donner pour avoir la paix, les instituteurs n’auraient pas l’outrecuidance de revenir avec une liste de demandes longue comme le bras et une grève de deux jours, après tout ce qu’ils ont obtenu ! Des avantages d’ailleurs qui nous valent le coup de sang et la fuite en avant de leurs collègues du secondaire. Et oui, les compères de Lassaad Yacoubi veulent les mêmes choses que les instits, exactement (départ à la retraite à 55 balais, primes et autres joyeusetés), pour commencer, car on est au moins sûr de deux choses : Ils auront tout ou partie de ce qu’ils demandent, puis reviendront dans quelques mois, quelques années tout au plus, pour d’autres requêtes encore plus farfelues… encore et encore. Comme les autres, tous les autres. Et de l’autre côté les bailleurs de fonds, le FMI en tête, ahuris face aux déficits et dépenses publics exponentiels, s’impatientent et appellent à la raison, la dernière étape avant les vérités crues qui se paient cher sur le marché de la dette, avant un lâchage en rase campagne qui sonnerait le glas d’une Tunisie pour laquelle aucune des thérapies de ces 7 dernières années ne fonctionne jusqu’ici. Mais ça l’UGTT s’en moque éperdument…

Quant au tableau en termes de pédagogie pour des élèves qui sont en train de voir leurs profs, leurs modèles supposés, se livrer à cet odieux chantage, il est tout simplement mortifère pour un pays qui ne manque pas d’ennuis. Les élèves sont en train d’absorber tout ça, d’en apprendre, d’admirer même. Eux aussi vont prendre tout ça comme exemple, comme la voie royale pour arracher quelque chose à un Etat obtus et qui sabre les droits de ses enfants. Eux aussi reviendront dans quelques années pour poser les mêmes problèmes au pays, voire plus. Qui ose encore dire que Yacoubi et sa bande ne sont pas en train de commettre un crime contre la nation ?! Qu’ils ne sont pas en train de tuer l’avenir du pays ?!

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A trois semaines des élections municipales, les esprits se chauffent, pas du côté des citoyens, que hélas très peu de choses emballent en ce moment, mais du côté des partis politiques. Ces derniers ne sont certes pas des lumières dans leur capacité à prendre les Tunisiens par la main pour les embarquer dans le train d’une démocratie apaisée, mais ils ont au moins compris les gros enjeux – économiques et politiques – d’un scrutin qui va influer dans la direction des affaires du pays, décentralisation oblige. Mais la classe politique n’est pas la seule à s’intéresser à ce rendez-vous, il y a les amis et partenaires de la Tunisie aussi, pour les raisons qu’on a évoquées. L’Union européenne, la première partenaire, est celle qu’on voit et entend le plus, mais il y a aussi les Etats-Unis. Leur ambassadeur à Tunis, Daniel Rubinstein, a indiqué samedi 14 avril 2018 à Hammamet sud que les élections locales en Tunisie constituent “un point historique dans le processus de transition démocratique et un pas décisif sur la voie de la réalisation de la démocratie participative“.

Le choix courageux fait par le peuple tunisien est une source d’inspiration pour beaucoup. Ce qui s’est passé en Tunisie est cent pour cent tunisien et ceux qui croient toujours que l’artisan de cette révolution et de cette transition démocratique est américain ou européen se trompent“. Il a bien raison de préciser cela, la théorie du complot a la vie dure par ici !

Prenant part à la conférence des partenaires de l’organisation I Watch à Hammamet, l’ambassadeur des USA a affirmé : “c’est le peuple tunisien qui a choisi la voie de la démocratie et non les Etats Unis ou autres pays“. Les changements historiques et positifs amorcés par le peuple tunisien confirment le rôle crucial de la société civile dans la préservation de ces acquis et la réussite du processus démocratique, a-t-il dit.

Et d’ajouter : “Tout changement, progrès ou réforme n’est pas uniquement du ressort des gouvernements mais constitue le fruit d’une véritable coopération avec la société civile“.
Pour sa part, la conseillère politique de l’Union européenne en Tunisie a indiqué que l’UE a déployé une équipe d’observation électorale qui devra assurer à partir de lundi l’observation du processus électoral municipal en Tunisie.

Elle a souligné l’importance du rôle de la société civile dans la réussite du processus démocratique et un des principaux chantiers engagés en Tunisie, celui de la concrétisation de la décentralisation. Cette hauteur de vue n’a rien à voir avec l’agitation dans le microcosme politique local.

Le président d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, s’est exprimé dans la même journée, à l’ouverture de la campagne du ‎mouvement dans la délégation de Hraïria ‎‎(gouvernorat de Tunis). Bon, il a tenté de prendre une sorte de distance républicaine avec l’effervescence dans les états-majors des partis : “Les municipales de 2018 doivent asseoir une véritable démocratie“, a-t-il déclaré. Mais personne n’est dupe, ce que veulent surtout les islamistes, c’est s’ancrer définitivement dans toutes les localités du pays, après avoir raflé la mise à l’ARP, sans se fouler (68 députés, alors que le parti vainqueur des législatives de 2014, Nidaa Tounes, n’en a plus que 55). Cette ambition est légitime somme toute pour une formation politique, mais il faut l’assumer ouvertement, et ne pas verser dans l’escroquerie intellectuelle en affirmant que “54% des lites candidates d’Ennahdha sont ‎indépendantes“. Et c’est encore plus suspect quand Ghannouchi dit que Ennahdha a beaucoup oeuvré pour que ces municipales aient lieu, en dépit des forces occultes qui se sont activées pour faire capoter la gouvernance locale.‎ Quelles forces ? Soutenues par qui ? Pour quel dessein ? Le chef de file des islamistes en a trop dit ou pas assez….

Le secrétaire général du mouvement Achaab, Zouheir Maghzaoui, a été aussi énigmatique. Il a invité, samedi 14 avril 2018, l’Instance Supérieure Indépendante des Elections (ISIE) à assumer sa responsabilité dans le contrôle des “crimes électoraux“, notamment l’argent politique sale, outre son rôle technique de premier plan. Comme si l’ISIE, dont on se rappelle les dérives financières du temps de Chafik Sarsar, des écarts consignés par un rapport de la Cour des Comptes et impunis à ce jour, avait les moyens, le pouvoir et la légitimité morale pour s’occuper de l’argent sale qui pourrait tourner. Le gouvernement a promis qu’il mettra les partis politiques au pas. On l’attend…

Maghzaoui a par ailleurs affirmé qu’il y a des tentatives délibérées d’empêcher l’adoption du Code des collectivités locales avant le déroulement des élections municipales. “Ces sont des tentatives très dangereuses car elles occultent devant les candidats et les électeurs les prérogatives du conseil municipal et ses relations avec l’autorité régionale et centrale et cachent une volonté d’altérer ses articles afin qu’ils servent les intérêts étroits des partis“, a-t-il indiqué. Al Bawsala a dit la même chose. De toute façon rien ne nous surprend de la part de ce qui nous sert d’élite politique. Le drame c’est qu’on ne voit pas à court et même à moyen terme ce qui pourrait inverser la tendance…

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La Chine a longtemps joué les seconds couteaux en Afrique, se rangeant sagement derrière les ténors (la France surtout, la Turquie, le Maroc…). C’est fini cette époque. Renversement total de la situation, à la faveur des ambitions démesurées de Pékin mais dont il a les moyens, et c’est toute la différence avec une Europe qui sort à peine d’années de récession. Des moyens Pékin en a tellement qu’il tient tête au président américain, dans une guerre commerciale où ils ne se font aucun cadeau. Mais pour l’Afrique, c’est une toute autre affaire, la Chine en a fait une amie, une partenaire de premier plan, à tel point qu’en très peu de temps elle est devenue le 1er investisseur étranger en terre africaine. La montée en puissance des Chinois au Maroc, 1e destination des investissements étrangers sur le continent et en Côte d’Ivoire, la championne de la croissance dans la zone UEMOA, l’illustrent parfaitement. Bonne nouvelle pour la Tunisie : Elle est aussi sur l’agenda de la superpuissance. On a vu les Chinois faire une descente dernièrement à Médenine, et pas pour faire du tourisme ; le numéro 1 du ciment en Chine est déjà sur les starting-blocks ; le constructeur automobile chinois Dongfeng s’est déjà installé, plus d’autres projets en vue… Bref, Pékin veut aller beaucoup plus loin avec Tunis, et vient de le faire savoir.

Les responsables du Conseil Chinois pour le Développement du Commerce International (CCPIT) et de la Chambre Chinoise de Commerce International (CCOIC) ont souligné, lors de la première réunion du Conseil des affaires tuniso-chinois tenue, vendredi 13 avril 2018, à Pékin, leur disposition à diversifier davantage les opportunités de coopération et de partenariat entre les entreprises chinoises et tunisiennes, pour l’élargir à de nouveaux secteurs à haute valeur ajoutée.

Selon un communiqué de l’ambassade de Tunisie à Pékin, la réunion s’inscrit dans le cadre d’un mémorandum d’entente signé en 2014, entre l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) et le Conseil chinois pour le développement du commerce international.

Les deux parties ont convenu d’approfondir les relations, d’intensifier les visites des délégations et de maintenir les réunions périodiques du Conseil des affaires. La réunion a rassemblé des entreprises tunisiennes et chinoises opérant dans les secteurs de l’agroalimentaire, des TIC, du textile, des industries chimiques et de l’ingénierie, de l’emballage, des services financiers, bancaires et des consultations ainsi que de l’infrastructure.

A cette occasion, l’ambassadeur de la Tunisie à Pékin, Dhia Khaled, a souligné le développement important des relations économiques et commerciales tuniso-chinoises et les perspectives prometteuses de leur évolution, notamment à la lumière de l’intensification des visites de haut niveau, précisant que la 9ème édition de la Commission mixte s’est tenue en février 2018 à Tunis.

La réunion a permis de passer en revue le climat d’investissement en Tunisie et les réformes inscrites dans la nouvelle loi sur l’investissement. Elle a été marquée, également, par l’organisation de réunions bilatérales de partenariat entre les entreprises des deux pays et la délimitation des nouvelles opportunités de partenariat et d’écoulement du produit tunisien en Chine.

Par ailleurs, l’ambassade tunisienne a organisé, en coopération avec la Banque industrielle et commerciale de Chine (une des plus grandes banques publiques chinoises) et la Chambre de commerce chinoise pour l’importation et l’exportation de ressources agricoles et animales, un forum d’affaires et de rencontres entre la délégation tunisienne et des entreprises des provinces de Zhejiang et de Hunan ayant un poids économique important en Chine et œuvrant pour une plus grande ouverture aux espaces extérieurs, dont les pays arabes et africains.

Mais tout ça c’est la charrue avant les boeufs. La Tunisie, en premier son vrai chef, d’après la Constitution, Youssef Chahed – mais ce chef qu’il ne veut pas, ou ne peut pas, être – devra faire le ménage chez elle pour se donner une chance de surfer sur la perche que lui tend la Chine. La première bataille à gagner est celle de la reprise de la production, une vraie reprise, forte, massive, et un arrêt de cette agitation sociale permanente mortifère pour l’économie du pays. Mais autant vous le dire tout de suite : L’affaire est très mal embarquée, avec ce sentiment, et plus que ça d’ailleurs, que la parole publique (il y en a trop d’ailleurs, et pas assez d’actes ; Chahed s’est tapé deux Conférences nationales en à peine 24 heures, pour ressasser des choses qu’ils avait déjà dites pour la plupart) ne pèse pas un gramme et que l’autorité de l’Etat reste plus que jamais un voeu pieux dans la post-révolution. Les Chinois, qui n’ont pas pour habitude d’écouter les mauvais bruits qui viennent d’ailleurs (les journaux, etc.) donneront une chance à la Tunisie, jusqu’au bout. Mais pas indéfiniment. Le désordre, les grèves en permanence, la surenchère des syndicats et autres chantages, la Chine ne connait pas, c’est d’ailleurs le cas de toutes les nations asiatiques. Alors la Tunisie aura le bénéfice du doute, mais la patience de Pékin aura des limites. D’autant plus que les candidats ne manquent pas en Afrique !

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On l’avait oublié celui-là, à cause de toute cette vaine agitation autour du remaniement ministériel, de la cession des entreprises publiques (laquelle in fine n’aura pas lieu, selon le chef du gouvernement), des municipales, de la débauche d’énergie de Youssef Chahed (2 conférences nationales en 24h, juste pour expliquer le bien-fondé de ses actions et promettre des lendemains qui chantent !)… Pourtant le rendez-vous avec le GAFI (Groupe d’action financière) est imminent, ce mois d’avril, et déterminant. La Tunisie ne devra pas se louper sur ses explications et surtout les preuves selon lesquelles elle est rentrée dans les rangs. Quand le couperet de l’Union européenne est tombée en février 2018 – la liste noire des “États susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme“ – les esprits se sont chauffés en Tunisie, une partie de l’opinion publique et des dirigeants accusant l’Union européenne de porter un coup sévère à une amie qui a tant de mal à se relever de ses déboires post-révolutionnaires. Les choses se sont calmées depuis. Au point qu’on commençait à oublier la rencontre clé avec les limiers du GAFI. L’ambassadeur de l’UE en Tunisie, Patrice Bergamini, a bien voulu nous le rappeler, gentiment, pour commencer. Bon, il fait aussi ce qu’il faut pour dégager sa responsabilité si une autre catastrophe survenait dans les jours à venir, ce que ne manqueraient pas de lui reprocher les Tunisiens.

Le gel des avoirs terroristes nécessite un travail de coordination, d’échange d’informations, de renseignement et de transparence“, a affirmé jeudi 12 avril 2018 Bergamini.
Cette démarche est essentielle pour parvenir à cibler les groupes et les individus, ainsi que les mouvements bancaires et financiers suspects“, a-t-il expliqué lors d’un séminaire à Tunis sur “le dispositif de gel des biens et des avoirs terroristes”, destinés aux experts.
Dans une déclaration à la TAP, Bergamini a fait savoir que la lutte contre le terrorisme se joue à plusieurs niveaux, notamment l’anticipation, l’alerte et la neutralisation.
Selon lui, au-delà de la coopération internationale, il y a un combat de terrain à engager à l’échelle locale et régionale. Il s’agit, explique-t-il, de travailler sur la détection en amont des individus et des groupes radicalisés, mais aussi sur la traque et la neutralisation des mouvements financiers suspects.
L’implication des banques et des assurances, entre autres partenaires clés dans cette lutte est primordiale“, a-t-il soutenu. La Banque Centrale de Tunisie (BCT), du temps de Chedly Ayari, est montée au front en septembre 2017. Mais aux dernières nouvelles les banques tunisiennes trainent les pieds, ce que n’avait pas manqué de souligner la BCT en février 2018. On n’a pas entendu que les choses ont bougé dans ce sens depuis l’arrivée de Marouane Abassi à la tête de l’institution financière, cela se saurait…

Et l’ambassadeur européen d’ajouter que ce combat suppose, par ailleurs, un maillage territorial, la coopération judiciaire au niveau des magistrats et un travail de coordination interministériel entre les différents services chargés de la lutte contre le terrorisme.
C’est, en fait, un combat tous azimuts qui va de la prévention jusqu’à la lutte sur le terrain, en passant par la diplomatie et la géopolitique“.
De son côté, l’ambassadeur de France en Tunis, Olivier Poivre d’Arvor estime que “si le terrorisme a pu se propager dans le monde entier c’est par ce qu’il y a eu d’importants financements qui ont soutenu ses actions“.
Aujourd’hui, poursuit-il, la lutte contre le terrorisme passe certainement par les actions sécuritaires, mais également à travers d’autres mécanismes comme les renseignements et l’échange d’informations qui permettent d’assécher ses sources de financement.
Cette rencontre de haut niveau doit permettre de jeter la lumière sur les outils efficaces pour traquer les systèmes de financement destinés au terrorisme, a fait remarquer le diplomate français.

Les autorités tunisiennes ont intérêt à écouter ce que disent ces deux émissaires, si ce n’est déjà fait. De toute façon c’est trop tard. Logiquement, le rapport que la Tunisie doit poser sur la table des experts du GAFI est déjà ficelé, le contraire n’est pas concevable vu les enjeux de cette réunion. Toutefois, si Bergamini et Poivre D’arvor éprouvent le besoin de marteler ces évidences – enfin, des évidences pour les Occidentaux -, c’est parce que la chose ne va pas de soi en Tunisie. Autre fait très inquiétant : Les deux diplomates, et amis de la Tunisie, faut-il le rappeler, n’ont à aucun moment salué les efforts que font les responsables locaux pour se mettre sur les rails de la transparence financière. Ils en savent un rayon en la matière, si des avancées avaient été enregistrées, ils les auraient soulignées. Il faut espérer, pour le bien du pays, que nous nous sommes trompés dans nos pressentiments car le GAFI lui ne fera pas dans le détail…

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La seule chose dont on est à peu près sûr à ce jour, c’est que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, va garder sa place, au moins dans les mois qui viennent, et probablement jusqu’aux prochaines élections générales de 2019. Non pas parce qu’il soit le meilleur Premier ministre – ça colle mieux avec ses vraies prérogatives – que la Tunisie post-révolutionnaire ait jamais eu, mais parce que tout simplement le pays n’a plus les moyens et le temps de se payer la crise politique qu’engendrerait un énième changement de chef de gouvernement (il serait le 8ème en 7 ans). La Tunisie a déjà plus qu’usé les nerfs de ses amis et soutiens, avec des bifurcations intempestives qui ne lui ont amené ni sursaut économique ni salut politique, à peine des bribes de programme pour relever le pays, et lesquels d’ailleurs attendent d’être concrétisés. Chahed est conscient du fait que cette situation délétère est son meilleur ennemi mais en même temps, paradoxalement, son meilleur ami. C’est ce qui explique son assurance quand il a fait face aux députés le 23 mars 2018. La scène politique aussi le sait, ce qui explique qu’ils soient de moins de moins à demander sa tête, même les irréductibles du Front populaire se sont calmés sur la question. Quant à l’UGTT, de départ du chef du gouvernement on est passé à une simple exigence de sang neuf pour donner du tonus à l’équipe de Chahed. Et les autres protagonistes de la scène politique ? Et bien chacun fait ses petits calculs, sa petite cuisine où très souvent la patrie et l’intérêt général n’ont que peu de place.

On peut faire le pari que si le poulain du chef de l’Etat met la veilleuse sur les privatisations, la centrale patronale n’ira plus lui chercher des noises. Ou très peu, à part les revendications habituelles – du genre négociations sociales… pour gonfler les salaires. Et oui, les demandes autour du remaniement sont devenues une arme que l’UGTT agite en fonction de l’intensité des incursions des ministres sur le terrain de la privatisation de certaines entreprises publiques. Et pour le moment ça fonctionne plutôt bien puisque le chef du gouvernement et ses ministres en parlent de moins en moins, et même n’en parlent plus. Mais il n’y a pas que Noureddine Taboubi et les siens qui tirent sur la corde du remaniement, Rached Ghannouchi aussi. Le président du mouvement Ennahdha, véritable maitre du jeu au Parlement depuis que Hafedh Caïd Essebsi a eu la bonne idée de faire le vide autour de Nidaa Tounes, joue aussi à merveille sa partition. Il a redit dimanche 8 avril 2018 qu’il n’y aura pas de remaniement ministériel avant les municipales du 6 mai prochain. En voilà un qui au moins est fidèle à sa ligne car cela fait un bail qu’il soutient ça, et il y a une bonne raison derrière.

La foire aux stratégies

Ghannouchi et les siens tablent sur de bons résultats aux municipales, et ils peuvent se l’autoriser vu presque les conclusions de tous les sondages. Bon, tout cela est relativiser car son score et celui de Nidaa Tounes seront à priori très faibles, jetant l’opprobre sur leur représentativité, voire leur légitimité, mais que voulez-vous il faut bien qu’on déclare un ou des vainqueurs au terme du scrutin. Il faut bien qu’il y ait des gens pour tenir les municipalités. Et les islamistes attendant cette échéance pour exiger une réévaluation des forces politiques et par conséquent une reconfiguration des rapports de force dans le gouvernement. Cela fait belle lurette que Ghannouchi et compagnie crient sur tous les toits que leur poids dans l’équipe de Chahed ne reflète pas leur envergure à l’ARP et sur la scène politique. Jusqu’ici leur allié de circonstance, Nidaa Tounes, a pu repousser les velléités d’Ennahdha en arguant que la composition du gouvernement doit avant tout être calquée sur les résultats des élections législatives de 2014. La formation pilotée par le fils du président de la République pourra difficilement tenir cette position si les islamistes brillent le 6 mai 2018.

L’autre qu’on a entendu hier dimanche, c’est le président du parti Al-Moubadara, Kamel Morjane. Il nous a ressorti son plan de salut national lequel, enfin, permettra à l’intérêt général de prendre le dessus sur les calculs partisans, de requinquer le moral des Tunisiens et de faire repartir l’économie du pays. Morjane a lui aussi au moins le mérite d’être constant dans ce qu’il professe, ils ne sont pas nombreux sur la cène politique à pouvoir en dire autant. Sauf que les lumières de l’ancien patron de la diplomatie tunisienne, très respecté et un des rares rescapés de l’ère Ben Ali, ne pourront pas masquer ses calculs – et oui, même lui ! – et sa tragédie plus personnelle, on va dire. Voilà un personnage à qui on présidait le plus brillant des destins, dans les sondages aux dernières élections, mais in fine la mayonnaise n’a pas pris. Le missile Morjane a même explosé en plein vol, et a été supplanté par Abir Moussi, qui à défaut de provoquer une lame de fond occupe au moins le terrain, médiatiquement, notamment avec ses propositions sur une nouvelle Constitution, une musique que les partisans de Morjane, et bien d’autres, peuvent entendre. Bref, le numéro 1 du président d’Al-Moubadara, c’est avant tout Abir Moussi.

C’est à peu près tout ce qu’on retient pour ce lundi 9 avril. Du bruit, mais pas tant que ça en fait, à l’image d’une société et de ses citoyens qui attendent des choses qui tardent à venir. Certaines, hélas, ne viendront jamais, pas de sitôt en tout cas. La démobilisation est palpable et le pessimisme n’a jamais été aussi prégnant, nourri par le piètre spectacle servi par nos représentants, au Parlement et ailleurs. La Tunisie a du vague à l’âme. Même l’imminence des municipales n’arrive pas à sortir les Tunisiens de leur torpeur. Peut-être que la coupe du Monde y arrivera. On en revient aux fondamentaux de toujours : Le sport comme opium d’un peuple que 7 chefs de gouvernement n’ont pas pu emballer. Révolution vous avez dit ? Pour le moment on en reste au stade de la révolte, du soulèvement populaire. Pour le reste, on verra…

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Personne ne le conteste : l’Union européenne (UE) est, et de loin, le 1er partenaire de la Tunisie. Pour le volume des investissements, mais aussi pour les aides et dons de toute nature, sans parler de l’assistance technique dans moult domaines qu’on ne pourrait pas citer ici. La place de l’UE s’est encore confirmée lors de la rencontre “Tunisia 2020“, même si l’Observatoire Tunisien de l’Economie (OTE) déplore que rien n’ait été fait depuis cette méga rencontre pour corser le Budget de l’Etat. Mais l’UE n’est pas la seule en cause dans cette affaire, les autres bailleurs aussi. Les relations avec le 1er partenaire traversent par moments des zones de turbulence, la dernière en date est le classement de la Tunisie dans la liste noire des “”États susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme“. Bon, il faut dire que la Tunisie a effectivement des choses à se reprocher, a admis le porte-parole du gouvernement. A cette affaire, laquelle n’est pas encore tranchée, viennent s’ajouter ces bruits autour de notre huile d’olive, malmenée en France pour une histoire de pesticides et autres joyeusetés, qui retiennent l’attention. Une attaque à laquelle le ministère de l’Agriculture a répliqué avec la précision et les arguments qu’il fallait. Toutefois il y a une autre affaire, encore plus grave pour l’économie du pays, puisqu’il s’agit d’engagements sur des quotas de vente supplémentaires que l’UE n’a pas tenus…

D’abord le cadre : Dans l’optique d’appuyer l’économie tunisienne suite à l’attaque de Sousse du 26 Juin 2015, l’UE a ouvert davantage son marché à l’huile d’olive tunisienne, en l’exonérant des droits de douane. Mais ce dispositif est limité dans le temps, deux ans exactement, de 2016 au 31 décembre 2017. Reste maintenant à évaluer l’impact de cette mesure dont la Tunisie attendait tant. Chafik Ben Rouine, responsable des statistiques et des études quantitatives à l’OTE, s’en est chargé. Pour commencer, il revient sur le dispositif qui encadre les échanges entre la Tunisie et l’UE, s’agissant de l’huile d’olive. “L’exonération en cours s’inscrit dans le cadre plus récent de l’accord euro- méditerranéen signé en 1998 et notamment de l’article 3 du protocole n°1. (…). Les exportateurs tunisiens ne peuvent utiliser ces certificats que pour le mois octroyé avec une possibilité de report seulement sur le mois suivant en cas de non utilisation des certificats octroyés dans les limites ci-dessus“, indique l’auteur.


Maintenant on en vient à la fleur qui a été faite à la Tunisie, de 2016 à 2017. “Le 19 Avril 2016, le Parlement européen a adopté le règlement 2016/580 octroyant un quota supplémentaire dédouané de 35000 tonnes annuels d’huile d’olive vierge (…). Il est à noter également qu’au même moment avait lieu le premier round de négociation pour un Accord de Libre Echange Complet et Approfondi (ALECA) entre l’UE et la Tunisie un quota potentiel de 70000 tonnes d’huile d’olive dédouanées“. Mais il y a une condition, qui sonne comme le début des ennuis pour la Tunisie : “afin de «maintenir la stabilité du marché de l’huile d’olive dans l’Union», ces quotas supplémentaires ne peuvent être utilisés qu’après que la partie tunisienne épuise le volume de quota exonéré par le règlement 1918/2006, c’est-à-dire après épuisement du quota de 56700 tonnes”. Et ce n’est pas fini : “afin de rassurer les appréhensions des oléiculteurs européens, le règlement 2016/580 introduit la nécessité d’un rapport à mi-parcours afin d’évaluer l’impact de ce quota supplémentaire avec possibilité de suspendre ou corriger ce dernier si «le marché de l’huile d’olive de l’Union est affecté».

Comme le montre la figure 2, suite à la suppression des quotas mensuels, l’Union Européenne a octroyé la totalité du quota annuel de 56700 tonnes dès le mois de Janvier 2016. Ce quota étant épuisé, cela a ouvert la porte à l’utilisation du quota supplémentaire de 35000 tonnes après son adoption par le Parlement européen en Avril 2016. Nous observons que juste après son adoption, l’UE a octroyé environ 9000 tonnes de licences de dédouanement en Mai 2016, puis des sommes assez négligeables par la suite. Sur les 35000 tonnes potentielles, l’UE n’a octroyé que 10349 tonnes sur l’année 2016. Sur l’année 2017, les licences octroyées par l’UE dans le cadre du règlement 1918/2006 n’ont pas été toutes octroyées en Janvier comme en 2016 mais ont plutôt été étalées sur toute l’année de telle sorte qu’à la fin de l’année 2017 seulement 55994 sur 56700 tonnes ont été octroyées à la Tunisie. De cette façon, l’Union Européenne n’a pas permis à la Tunisie de profiter du quota supplémentaire de 35000 tonnes pour l’année 2017“.


Ainsi, en ce qui concerne le soutien temporaire dans le cadre du règlement 2016/580, il faut noter que le nombre de licences accordées par l’Union Européenne ne correspond pas à la quantité d’huile d’olive de Tunisie exportée effectivement exonérée de douanes. En effet, et étant donné que l’amendement de Novembre 2015 ne permet plus de suivre mois par mois la quantité d’huile d’olive exonérée, nous devons reprendre les éléments chiffrés du rapport de suivi pour l’année 2016 effectué par la Commission Européenne en décembre 2016. En effet, selon ce rapport seules 2557 tonnes ont effectivement été utilisées pour l’exonération de l’exportation de l’huile d’olive en 2016 dans le cadre du règlement d’exécution 2016/605. Comme le montre le tableau 1, seulement 7,3% du quota promis de 35000 tonnes a effectivement été utilisé en 2016 et 0% en 2017. En cumulé sur la période de soutien de deux ans (2016 et 2017), la Tunisie n’a finalement pu profiter que de 2557 tonnes de licences de dédouanement sur les 70000 promises soit 3,7% du soutien économique promis“.

Ce que l’auteur conclut de tout cela : “il apparaît que le soutien exceptionnel sur deux années que l’Union Européenne avait promis à la Tunisie dans le secteur de l’huile d’olive n’a pas été à la hauteur des promesses avec un taux de réalisation de 3,7% sur les deux ans par rapport aux quotas promis. En parallèle, la dérégulation des contingents mensuels a rendu plus opaque et moins prévisible l’utilisation effective des licences pour que la partie tunisienne puisse exporter sans droit de douanes sur le marché européen“.

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On avait cru que leur problème était Néji Jalloul. Il est parti, servi aux syndicats sur un plateau par un Youssef Chahed qui a la gâchette facile, les ennuis de l’Education nationale eux sont restés. On a même atteint un point culminant avec la prise en otage, et je pèse mes mots, des notes des élèves. Un fait sans précédent dans l’histoire, très tourmentée ces dernières années, de ce pays. Et c’est sans aucun doute une spécificité tunisienne, une de plus, qu’il est impossible de voir ailleurs dans le monde, surtout sa durée… une éternité ! Mais les enseignants sont loin d’être les seuls à dicter leur loi dans une Tunisie qui a perdu la boussole depuis que l’autorité de l’Etat s’est auto-dissoute. La STAM fait aussi sa loi au Port de Radès, avec les dégâts pour l’économie que l’on sait et que vient de dénoncer avec véhémence le Conseil des Chambres Mixtes, après la CONECT et la FTTH. Les chauffeurs de taxis, louagistes et autres transporteurs dictent aussi le tempo, et honneur suprême : Leurs problèmes se règlent à la présidence de la République, alors qu’il y a toute la hiérarchie pour cela, ou à la limite le secrétaire d’Etat au Transport, le ministre, voire le chef du gouvernement si tout cela ne suffisait pas. Mais jusqu’au chef de l’Etat, tout de même !

Mais tout va bien, tout ce beau monde est à l’abri de représailles, ou même d’un simple rappel à la loi ; l’UGTT, la toute puissante centrale syndicale, laquelle a reçu, il faut le rappeler, le prix Nobel de la paix pour services rendus à la nation, veille à ce que tous les criminels économiques vaquent tranquillement à leurs occupations. Mais que voulez-vous qu’il se passe d’autre ? Même le ministre de l’Education a esquivé quand on l’a invité dans la vénérable Assemblée nationale pour causer de la crise dans l’enseignement secondaire. Il avait mieux à faire ailleurs, parait-il du côté du palais de la Kasbah. L’avenir de nos enfants, celui du pays, le vrai, peut attendre. Noureddine Taboubi, Lassaad Yacoubi et compagnie avaient eux aussi mieux à faire ailleurs que de discutailler au Parlement. Eux, à la limite, on peut s’en passer, mais que le ministre se comporte de la sorte, ça dépasse l’entendement.

Un vieux serpent de mer

Les maux de l’école de la République ne datent pas d’aujourd’hui, mais leur plus grand symptôme est sans aucun doute la montée en puissance des établissements privés, où d’ailleurs pratiquement toute notre élite – politique et économique – a planqué ses enfants, ce qui explique peut-être son peu d’empressement à solutionner les problèmes de l’école publique. En fait, elle s’en moque. Du moins c’est ce qu’elle nous montre. Quant aux profs, cette privatisation de l’enseignement ne les gêne nullement (celle des entreprises publiques pose problème, mais pas l’éducation), ça leur fait même des classes moins chargées, moins d’heures de boulot, et ça leur fait surtout une planque dorée quand ils auront arraché la retraite à 55 ans. Une retraite pleine à 55 ans et une seconde carrière à un âge pas si avancé que ça, au lieu de se farcir du bénévolat dans les associations et aider là où l’Etat ne peut pas le faire, comme en Occident et ailleurs, que demande le peuple ?

L’Education nationale se coltine les anomalies depuis un bail. Néji Jalloul avait jeté un pavé dans la mare en assénant que son budget, le plus gros de tous les ministères, sert essentiellement à payer des salaires, à hauteur de 97%, des salaires que les enseignants veulent encore plus gros, alors que des miettes vont aux autres postes de dépense (activités sportives, clubs de dessin, peinture, musique…), pourtant déterminants pour l’équilibre de nos enfants et in fine leur réussite. Mais ça n’a l’air de gêner personne. Les autorités se complaisent dans la descente aux enfers du niveau général des élèves tunisiens, que démontrent tous les classements internationaux. Mais ça aussi n’empêche personne de roupiller la nuit, dans un pays où, paradoxalement, les écoles privées poussent comme des champignons, avec des agréments qui sont délivrés à la vitesse de la lumière (de la corruption dans l’air ?). Des écoles privées où il est impossible de s’assurer à 100% du niveau des enseignants, piochés très souvent dans la famille, les relations, le voisinage, avec des diplômes et des critères de sélection dont personne ne peut garantir la régularité. Mais ça aussi ne remue personne. Les parents s’endettent même parfois pour mettre leurs gosses à l’abri, au chaud, dans le privé, croient-ils. Ils s’en vantent même dans les réunions familiales, les diners entre potes, les brins de causette au bureau. Le “rikh tounsi” (la frime, la fanfaronnade), c’est aussi, hélas, une réalité…

Dans n’importe quel pays qui se respecte, le chef du gouvernement serait tout de suite monté au front pour déminer le terrain. Mais Youssef Chahed attend je ne sais quoi. A côté des saillies qu’il nous sert épisodiquement à l’ARP ou à la télévision, on aurait aimé de la réactivité et surtout des actions concrètes en direction d’un secteur aussi vital pour l’avenir de la nation que l’Education nationale. Mais même s’il sortait du bois maintenant, à cet instant précis, c’est déjà trop tard. Les agitateurs – Yacoubi et sa bande – ont compris que l’éducation n’était pas une priorité pour le gouvernement, c’est une sorte de blanc-seing pour toutes leurs turpitudes. Ils ne vont pas se gêner..

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Le dossier des privatisations est sans aucun doute l’un des plus grands mystères du moment. La nécessité de céder certaines entreprises publiques, toute l’entité ou partie, pour sauver l’économie du pays avait été véhément défendue par le chef du gouvernement, Youssef Chahed, lors de son dernier passage à l’Assemblée des Représentants du Peuple. D’ailleurs ce n’est pas sur cette affaire qu’il avait été le plus critiqué par les élus, preuve que certaines vérités en la matière sont établies et que la nécessite de la thérapie de choc proposée par Chahed fait déjà son bonhomme de chemin dans les têtes. Sauf que depuis ses envolées au Parlement, on n’entend pas beaucoup Chahed sur cette affaire, ses ministres non plus, sauf peut-être pour infirmer ce qu’avait dit leur chef. Par contre la fronde contre ces privatisations, l’UGTT surtout, elle on l’entend beaucoup en ce moment. Pas plus tard que lundi 02 avril 2018 dans la soirée, le secrétaire général adjoint de la centrale syndicale, Bouali Mbarki, a donné de la voix sur le plateau de l’émission de Myriam Belkadhi, sur Al Hiwar Ettounsi. Où est passé Chahed ? Pourquoi il garde le silence sur la question, alors qu’il a tout intérêt à battre le fer tant qu’il est chaud et qu’il ne doit surtout pas laisser “l’adversaire” occuper le terrain ?

Il n’a échappé à personne que les bruits émanant de la centrale syndicale et exigeant illico presto un remaniement ministériel sont montés proportionnellement à la cadence des sorties des ministres, experts et hommes d’affaires pour demander que certaines entreprises publiques soient cédées. Puis pendant un certain temps, plus rien, des deux côtés – le gouvernement et l’UGTT. Ce qui nous a poussé à émettre l’hypothèse selon laquelle tant que l’équipe de Chahed mettra en sourdine ses velléités de privatisation, la centrale syndicale en fera de même pour ses exigences de remaniement. Cette sorte d’armistice, de Paix des Braves vient d’être rompue par Mbarki, sans que quoi que ce soit ait bougé du côté du gouvernement. Ce dernier n’a pas moufté sur la question depuis un bon moment, comme si le mot d’ordre avait été : évitez toute escarmouche avec Noureddine Taboubi et compagnie. L’assaut du secrétaire général adjoint de la centrale syndicale a donc tous les attributs d’une tactique pour effrayer la partie adverse – le gouvernement – et la fixer derrière, dans la droite ligne du dicton “la meilleure défense c’est l’attaque“, ou du genre “qui veut la paix prépare la guerre“.

Petits arrangements avec la vérité

Le lien entre les privatisations et les exigences de remaniement, c’est le secrétaire général adjoint de la centrale syndicale qui l’a fait d’emblée dans son intervention chez Belkadhi. Tout de suite après avoir évoqué les problèmes à l’Education nationale et à la STAM (Société Tunisienne d’Acconage et de Manutention), il fustige cette étrange idée du chef du gouvernement de vendre le «peu» d’entreprises publiques qu’il y a encore – plus de 100 c’est pas peu, tout de même !-, et embraye en demandant un remaniement ministériel dans les meilleurs délais. Cela confirme notre hypothèse selon laquelle ce qui irrite le plus en ce moment l’UGTT c’est la privatisation. Une affaire qui draine un profond changement culturel, et même un bouleversement pour des dizaines de milliers d’employés, entre coupes dans les effectifs pléthoriques, des habitudes – des mauvaises – rayées d’un trait, idem pour la pléthore de privilèges et avantages, etc. Bref, une sacrée révolution qui explique que la centrale syndicale freine des quatre fers. Et pour que le chiffon rouge agisse encore plus dans la tête des citoyens, Mbarki assène : «Toutes les entreprises publiques que l’Etat a cédées dans le passé n’ont pas survécu”. Pourtant les “success stories” après privatisation font légion : l’UIB, la Banque du Sud, Magasin général, les Ciments Enfidha, les Ciments Artificiels Tunisiens, Assurances STAR… Pour ne citer que ceux-là.

Quand Mbarki dit que l’UGTT prône “la restructuration et le sauvetage” des entreprises publiques en difficulté, il se trouve que la privatisation est très souvent la première étape vers cette thérapie. C’est une solution gravée sur le marbre et qui a produit ses effets partout ailleurs dans le monde, mais c’est la dernière chose qu’on veut entendre par ici. C’est donc incontestablement un petit arrangement avec la vérité, avec la voie royale vers la guérison. Comme l’est aussi le fait de dire que les employés de la STAM “demandent d’augmenter les tarifs pour qu’il y ait plus de rentrées dans les caisses de la société (…), une manière de sauver les entreprises publiques“. Sauver cette entreprise-là, son pré-carré et ses salariés choyés, oui, peut-être, mais que fait Mbarki des conséquences de telles hausses pour l’attractivité du site Tunisie, son économie, des arguments exposés par les patronats à travers des communiqués ?

Enfin quand il dit que la plupart des revendications des enseignants du secondaire “ne sont pas financières, mais sont relatives à des réformes urgentes», il faut contrebalancer ça avec les propos du ministre, qui a affirmé que 90% des doléances des profs sont d’ordre financier. Et même derrière le fait de réclamer la retraite à 55 ans il y a le projet, pour certains enseignants, d’entamer une seconde carrière dans le privé, que ce soit en ouvrant leurs propres établissements – un vrai sport national ! -, en travaillant pour d’autres ou en donnant des cours sups dans les garages, une pratique que Néji Jalloul a combattue jusqu’au bout mais qui renait de ses cendres depuis son départ, si elle avait cessé…

De toute évidence le dossier des privatisations sera un des tournants du mandat de Youssef Chahed, tout autant sinon plus que la lutte contre la corruption, car il y a dans le paquet des entreprises dont l’Etat, et donc les contribuables, ne peuvent plus supporter la charge et les dépenses folles. Sur 88 entreprises publiques dénombrées par nos soins, 36 étaient déficitaires et le cumul des pertes du reste des EP (Caisses, Offices, et autres STEG et SONEDE) a dépassé les 6,5 Milliards DT en 2016. L’Office des céréales, qui est actionnaire à la BNA, a enregistré en 2016 une perte cumulée de plus de 845 MDT, la Transtu 914,8 MDT. Par ailleurs l’énorme pactole que les caisses publiques pourraient tirer de ces cessions financerait des centaines de projets, sans avoir besoin de recourir à des crédits étrangers dévastateurs pour les devises du pays, sans parler de leur surcoût (les intérêts, qui s’envolent du fait des mauvais classements, des mauvaises notes des agences à cause de la situation économique qui se dégrade et des réformes qui calent). Nous verrons très rapidement si Chahed a la capacité de mener cette bataille des privatisations à son terme ou si le combat cessera faute de combattants…

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Le ministère du Transport a invité les agents chargés d’acconage et de déchargement au port de Radès, en grève les 30 et 31 mars 2018, a reprendre leur activité pour assurer la continuité du service public au sein du port. Il a ainsi appelé les parties syndicales et professionnelles à faire valoir l’intérêt général du pays“.

La grève a causé un arrêt total du mouvement des navires et des marchandises, et a nui aux intérêts des importateurs et des exportateurs pendant deux jours, malgré la poursuite du dialogue entre la partie administrative et le syndicat de base“, lisait-on samedi 31 mars 2018 dans un communiqué du ministère.  “Service public“, intérêt général“… Si la situation du pays n’était pas aussi grave, on en aurait ri. Si exciter la fibre patriotique opérait encore, on n’aurait pas ces blocages cycliques de la production de phosphate, un fleuron de l’industrie tunisienne gros pourvoyeur de devises et gros contributeur des caisses publiques il n’y a pas si longtemps, épargnant à nos dirigeants l’humiliation de tendre la main pour payer les salaires. Si ce que fait le ministre du Transport, Radhouane Ayara, fonctionnait encore, les professeurs du secondaire ne bloqueraient pas les notes de leurs élèves au nom de la défense d’intérêts matériels. Etc. De deux choses l’une : Soit Ayara est le dernier des Mohicans, avec des valeurs surannées chevillées au corps ; soit il est complètement largué, déphasé, dépassé par un pourrissement généralisé qui a de quoi faire perdre le Nord. Auquel cas il ne serait pas le seul.

A entendre le ministre du Transport, cette grève de deux jours est l’anomalie suprême au pays des Bisounours, le méga problème du moment justifiant sa sortie qui en appelle au patriotisme. Or le port de Radès est malade depuis belle lurette, et attend toujours ses remèdes. En décembre 2015 déjà, le vice-président de la Chambre syndicale patronale des consignataires de navires, Walid Dziri, le qualifiait, sur Express Fm, de pire port de toute la Méditerranée, pire même que celui de Tripoli, ville qui a pourtant les problèmes que l’on sait. Et Dziri, déjà, avançait une perte de 700 millions de dinars tunisiens (MDT) du fait des délais d’attente pour décharger les conteneurs, trop longs. En avril 2016, le ministre du Commerce de l’époque, Mohsen Hassen, promettait de ramener ces délais à 6 jours, rapportait l’agence TAP. Engagement tenu deux après ? A l’évidence non, pour des changements qui avaient été annoncés pour 2017 ! En octobre de cette année, Tarek Cherif, le président de la CONECT, portait une violente charge contre le port de Radès, pour les mêmes raisons. Lui évalue les pertes nettes pour la Tunisie à 900 MDT. En novembre, toujours en 2017, les députés estimaient les dégâts de cette affaire à 700 MDT, pour l’Etat seulement. Je ne vous parle pas des opérateurs. Aux dernières nouvelles, la situation ne s’est guère améliorée. Alors que le ministre ne fasse pas comme si cette grève était le seul problème de son tristement célèbre port !

Ayara s’est tiré une balle dans le pied

Tout seul, comme un grand, le ministre des Transports s’est mis dans de beaux draps en tentant de donner des garanties à l’UGTT, très irritable en ce moment sur la question des privatisations. Le ministre a déclaré qu’il n’est pas question de céder une seule entreprise de son secteur. C’est plus qu’en espérait la centrale syndicale. Et ce d’autant plus que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, avait déclaré devant la représentation nationale qu’il faudra à un moment avoir le courage de se couper des bras pour sauver le corps, comprenez par là les entreprises non stratégiques du secteur public qui perdent un fric fou et en font perdre au contribuable. La tonalité guerrière avait même été plutôt appréciée par les observateurs et une bonne partie de l’opinion publique ; la potion amère jugée inéluctable par Chahed et un paquet d’experts commençait même à trotter dans la tête des citoyens. Puis, patatras, rétropédalage du ministre du Transport. Lui qui a pourtant une belle collection de canards boiteux dans son portefeuille, parmi lesquels la TRANSTU avec ses pratiques révoltantes et gaspillages d’un autre temps, TUNISAIR dont les bons résultats n’arrivent pas à masquer des méthodes de gestion désuètes, budgétivores et dont le climat social est délétère. Le gouvernement, l’Etat, le pays entier ont intérêt à se débarrasser de ces gouffres financiers, en les privatisant, mais comme le ministre a dit qu’il n’y a rien à vendre, circulons…

On ne peut pas imaginer que le ministre du Transport n’était pas en service commandé – missionné par Chahed – pour dire ces mots que l’UGTT voulait tant entendre. Le but de la manoeuvre était manifestement de calmer un Noureddine Taboubi dont les exigences de couper quelques têtes ministérielles, voire même celle du chef, sont montées exponentiellement aux bruits sur une cession de quelques bijoux de famille. Ce qui conforte notre hypothèse c’est que, étrangement, les attaques de Taboubi ont cessé dès que le gouvernement a mis en veilleuse son projet de privatisation, partielle ou totale, des lanternes rouges du public. Alors que Chahed avait intérêt à embrayer tout de suite après son discours tonitruant au Parlement, qui avait marqué les esprits. L’effet va passer très rapidement. Dans quelques semaines l’exécutif aura la tête dans le guidon avec les préparatifs des municipales. Après cap sur le Ramadan, puis la torpeur estivale. Puis la rentrée, avec son lot de tumultes sociaux. Ensuite toutes les têtes seront tournées vers les élections générales de 2019. Bref, il y a des chances que Chahed refile la patate chaude des privatisations à son successeur. Entre-temps il va se dépatouiller avec le FMI, pour tenter de lui faire gober les raisons du statu-quo. Mais ça il sait faire, et très bien même.

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Les protagonistes de cette navrante agitation au sein de l’Assemblée nationale se gardent bien de le dire, mais il ne faut pas être dupe : Derrière ces gesticulations puériles et aux effets désastreux dans la tête des citoyens, notamment les plus jeunes, il y a des enjeux beaucoup plus importants que la tête de la présidente de l’Instance Vérité et Dignité (IVD), Sihem Ben Sedrine. Cette dernière a-t-elle bien agi, mal agi, est-elle de bonne foi ou pas, là n’est pas notre propos. De toute façon tout a été dit là-dessus, et tous les acteurs, de quelque bord qu’ils soient, se sont copieusement exprimés sur la question. Il n’y a qu’à tendre l’oreille pour entendre et s’instruire de choses parfois innommables, donc à part en rajouter à la confusion et à la fange ambiantes, faire d’autres digressions sur le sujet n’éclairerait en rien un débat qui n’a que trop enflammé les esprits. Alors il faut voir ailleurs pour tenter de comprendre cette passion autour de cette affaire, comme d’ailleurs en son temps la loi sur la Réconciliation nationale, l’égalité homme-femme dans l’héritage, l’assassinat de Mohammed Zouari, les listes noires de l’Union européenne, etc. Bref, tous ces sujets dont nos chers députés se saisissent goulument, pour lesquels ils s’étripent devant leurs électeurs, à chaque fois avec encore plus d’excès langagiers, avant de les jeter aux oubliettes et de passer prestement à autre chose. Comme si de rien n’était. Mais les dégâts eux continuent, et inquiètent de plus en plus les amis de la Tunisie

Nidaa Tounes, qui pendant des mois a fermé les yeux sur le rôle “difforme et hideux” de Ben Sedrine (c’est eux qui le disent, cités par la TAP, après leur “exploit” du lundi 26 mars 2018 dans la soirée), l’accuse maintenant d’avoir causé le naufrage de l’IVD, comme “en attestent les membres élus” de l’Instance. Sauf que ça fait un bail que la présidente de l’IVD fait tout ce qu’on lui reproche en ce moment, les mêmes membres de l’Instance s’en sont plaints, certains sont même partis ou ont été poussés vers la sortie, mais jusqu’ici la direction de Nidaa Tounes n’a pas bronché. Alors qu’est-ce qui s’est depuis pour que l’IVD soit devenue subitement le problème numéro 1 du parti piloté par le fils du président de la République, qui s’est même fendu d’une saillie de haut vol sur la dangerosité de Ben Sedrine ? Cette dernière a prêté le flanc aux nidaïstes “héritiers” de Habib Bourguiba (au demeurant rien dans les actes qu’ils posent au quotidien ne le prouve, au contraire) en évoquant la question explosive de la – mauvaise – gestion des ressources naturelles du pays après l’indépendance, notamment l’affaire COTUNACE pour laquelle l’ambassade de France a dû monter au front. Pour Nidaa Tounes, en perte de vitesse depuis que Hafedh Caïd Essebsi est aux commandes, cette affaire est du pain béni.

Répétition générale, dans la perspective de 2019

Dans la perspective des élections municipales du 06 mai 2018, une répétition générale pour le scrutin de 2019 (législatif et présidentiel), quoi de mieux pour ressusciter ce qui est mort chez les partisans que de se draper avec la défense du leader historique Habib Bourguiba ? En l’absence de vision digne de ce nom, et encore moins un vrai contenu programmatique qu’on peut vendre immédiatement aux citoyens, en attendant 2019, Nidaa Tounes, plus borgne que jamais au pays des aveugles, exhume Bourguiba. Il fallait ça pour que le fondateur de la première République redevienne à la mode et que la défense de son héritage réapparaisse comme une impérieuse nécessité. La mayonnaise a très peu de chances de prendre, mais quand on ne sait plus à quel saint se vouer pour réveiller un parti – Nidaa Tounes – qui ne s’est jamais remis du retrait, même partiel, du président de la République, tout est bon à prendre, même un appât aussi grossier que la préservation de l’intégrité mémorielle du premier président de la Tunisie. Ennahdha aussi est agité par la problématique du rendez-vous de 2019 et se sert de la même affaire – l’IVD – pour son tour de chauffe.

Aucun élu nahdhaoui n’a voté en faveur du renouvellement du mandat de l’IVD, et même mieux : Un grand nombre d’entre eux se sont éclipsés dès que l’opération de vote a commencé. Pourquoi les islamistes ne sont pas restés jusqu’au bout pour, pour une fois, défendre leurs positions, pour voter pour, s’abstenir ou carrément voter contre et se frotter frontalement à Nidaa Tounes, qui au moins a eu le mérite de voter ? L’explication que nous a donnée le président du bloc parlementaire d’Enahdha, Noureddine Bhiri, ce mardi 27 mars 2018, sur Express FM : “la séance plénière tenue par l’ARP sur le renouvellement du mandat de l’IVD était illégale dès le début pour absence de quorum (…) Le quorum n’a pas été atteint ni au début de la séance le samedi 24 mars ni hier au vote», a-t-il affirmé, droit dans ses bottes. Mais pourquoi ils ont attendu le dernier moment pour disparaitre, au lieu de le faire dès le début du processus puisque toute cette affaire n’a pas une once de légalité, selon eux ? “Ennadha attendait de voir si le vote à l’ARP d’hier allait réellement avoir lieu“, rétorque Bhiri, qui en rajoute à la confusion en déclarant que le mouvement «allait étudier en parallèle le nouveau projet de loi de Nidaa Tounes concernant la justice transitionnelle». En vérité, sur ce sujet comme sur d’autres, les islamistes font ce qu’ils savent si bien faire : Le double langage, ménager la chèvre et le chou, manger à tous les râteliers, souffler le chaud et le froid, ratisser large, et que sais-je encore.

A mesure qu’approchent les municipales et encore plus les élections générales de 2019, tous les prétextes seront bons pour croiser le fer, même symboliquement ou artificiellement. C’est la condition pour pouvoir se présenter devant ses militants et leur vendre une offre et un programmes différents. Ben Sedrine est passée par là, ça aurait pu être un autre dossier. Il fallait de toute façon amorcer un divorce factice pour justifier un tant soit peu le droit de se présenter sous une bannière différente des autres. Pour les retrouvailles – une autre entente cordiale après les joutes électorales -, on verra après. Ainsi va la politique. Du moins ce que les Tunisiens en ont compris.

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Le problème de la fuite des médecins tunisiens, pour moult raisons, vers des cieux plus cléments, notamment la France, ne date pas d’aujourd’hui. Bon, il s’est accéléré depuis la dite Révolution, à la faveur de la paupérisation des structures de santé, du sous-équipement endémique des établissements de soins publics, de la montée des violences contre le personnel soignant, des poursuites judiciaires pour faute médicale, du lynchage médiatique au moindre petit écart, etc. Par contre ce qui est nouveau, c’est que la France est maintenant fortement concurrencée par la première économie européenne, l’Allemagne, pour capter les médecins tunisiens. Et ça c’est très inquiétant pour l’avenir du secteur de la santé local, car des moyens et des carottes qu’on peut agiter sous le nez des compétences étrangères, les Allemands en ont des tonnes. Et ce qui est encore plus terrifiant, c’est que la Tunisie n’a pas grand chose à opposer à cette concurrence “déloyale” et, disons-le franchement, criminelle pour un pays qui se débat dans des difficultés post-révolutionnaires de toutes sortes et qui a plus que jamais besoin de ses enfants, notamment les plus qualifiés. Le plus navrant dans cette affaire c’est que les coups viennent de l’Allemagne, qui pourtant multiplie les gages et actes de soutien de la transition politique et économique en cours au berceau du printemps arabe…

Près de 250 médecins tunisiens ont pris part samedi 24 mars 2018 à une journée d’information sur les opportunités de travail en Allemagne, organisée par Freiburg international Academy, à l’occasion de la tenue de son premier congrès, rapporte la TAP. 250 c’est pas peu, si on se dit qu’un bon paquet sera sûrement tenté par l’aventure et pourrait prendre le large.

Le directeur de l’Académie, Nebil Farhan, a déclaré à l’occasion que l’organisation de cette manifestation avec les médecins tunisiens a pour but l’identification du cadre législatif et la présentation des différents aspects du système de santé allemand. Cette rencontre, a-t-il ajouté, a aussi pour objectif, et il le dit sans prendre de gant, d’orienter les médecins voulant s’insérer dans le marché de l’emploi en Allemagne. Cela a au moins le mérite d’être clair !

L’Académie met le paquet

Freiburg international Academy sort le grand jeu pour appâter les candidats potentiels : Il prend en charge la mise à niveau, indispensable vu les décalages et la formation des médecins désirant s’implanter en Allemagne ; à terme des certificats homologués leur sont délivrés pour exercer leur métier dans différentes spécialités dans les hôpitaux allemands, a indiqué la même source. A noter que Freiburg international Academy ratisse large et ne pioche pas seulement en Tunisie, il fait le même “travail” chez les médecins migrants dans les pays émergents pour les aider, dit-il, à trouver du boulot en Allemagne, a indiqué la même source.

Le Dr Amine Kouki, médecin résident en Allemagne, a précisé que les médecins migrants ont à leur disposition des bourses pour achever leur formation en Allemagne. Le montant de cette bourse est estimé à 10 mille euros par médecin alors que le coût de la formation au sein de l’Académie est estimé à 4 mille euros, a ajouté Dr Kouki. Il y a donc une marge assez confortable pour les aspirants médecins. Ces bourses, a-t-il dit, sont octroyées principalement par le Bureau de l’emploi en Allemagne, le ministère de la Migration et des Réfugiés ainsi que des organisations non gouvernementales allemandes.

Zeineb Houli, médecin résident en Allemagne, a confié que son échec, deux ans de suite au concours de spécialisation en médecine, est la raison de son installation en Allemagne. Près de 2000 médecins sont recalés à ce concours, a-t-elle déploré, indiquant que seuls 500 médecins sont admis par an.

La résistance ne s’organise pas en Tunisie

Au sommet, je parle du ministre tunisien de la Santé, c’est presque le défaitisme total face à ce fléau qui gagne du terrain. Aujourd’hui l’Allemagne, demain ce sera d’autres pays développés qui viendront piller la Tunisie. Imed Hamammi a déclaré dernièrement, sans détours, que la Tunisie n’avait pas les moyens de retenir ses médecins, notamment les plus chevronnés. Tout ce que son département a trouvé pour retarder l’inévitable, c’est astreindre les jeunes médecins à un service d’au moins trois ans en Tunisie. Après advienne que pourra. Autant dire un pansement sur une jambe en bois. Et les bruits qu’on entend ne sont pas de nature à rassurer les étudiants en médecine et les inciter à envisager leur avenir dans leur pays. Ce n’est que le samedi 24 mars 2018, au terme de longues semaines de grève et sit-in, que les médecins résidents et internes ont pu trouver un accord avec le ministère de tutelle pour cesser leur mouvement à partir de ce dimanche. Pourvu d’ailleurs que cet accord tienne. Et que dire de cette atmosphère anxiogène de corruption et de trafic de médicaments vers des pays étrangers, pour laquelle le ministre de la Santé fait des aveux sans difficulté, froidement, comme s’il parlait de la pluie et du beau temps. Bref, on fait pas grand chose pour soigner le moral des troupes. Les Occidentaux eux savent quoi faire, et en ont les moyens. C’est toute la différence.

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Petite diplomatie aux côtés des ténors sur le continent africain (la Chine, la Turquie, la France, l’Italie, le Maroc…), la Tunisie joue crânement sa chance et est de tous les combats. Tunis a les ailes coupées, rabotées par des difficultés financières sans précédent et un Budget 2018 maigrichon où il n’y a que peu de place pour les dépenses liées à la diplomatie. Mais il n’y a pas que ça qui explique la faiblesse de la Tunisie dans son continent : Il y a aussi et surtout ce qu’il faut bien appeler les années de lévitation de notre diplomatie, des décennies durant lesquelles les dirigeants du pays ont regardé avec des yeux de Chimène une Union euro-méditerranéenne qui ne viendra jamais, pas plus que les efforts pour réanimer une Union du Maghreb Arabe plongée dans un coma profond ne donneront le moindre résultat. Mais même aujourd’hui, alors que ces affaires sont consommées, que les vérités sont établies et que personne ne conteste plus la place de l’Afrique sur l’échiquier économique mondial (une moyenne continentale de 5% de croissance ces 15 dernières années), la Tunisie ne fait pas ce qu’il faut pour rattraper son retard. Le Premier ministre, Youssef Chahed, reste un casanier invétéré, cloué ici à s’occuper de problèmes domestiques – comme ces bruits sur son départ – qui ne rapportent pas grand chose au pays, alors qu’il y a tant à faire et ramasser ailleurs, sur notre continent mais aussi en Asie. Chahed ne compte que deux voyages en Afrique subsaharienne (un au Soudan en mars 2017 et une tournée en avril 2017 au Niger, au Burkina Faso et au Mali), plus une visite qu’il va faire prochainement au Cameroun. Trop peu au regard des enjeux sur le continent et par rapport à la concurrence ! Mais l’espoir est permis…

La Tunisie fait ce qu’elle peut avec les maigres moyens qu’elle a. Mais même le peu qu’elle fait paye car elle appartient, et c’est une aubaine pour elle, à un continent où les possibilités sont infinies, les ressources illimitées et les chantiers innombrables. Le berceau du printemps arabe a de bonnes chances de prospérer dans le COMESA, même s’il faudra se dépatouiller avec l’Egypte, un redoutable concurrent aux appétits grandissants en Afrique. La Tunisie est également sur de bons rails pour intégrer, un jour, la CEDEAO ; son statut de membre observateur lui ouvre déjà bien des portes, alors que dire des bénéfices que va lui apporter une adhésion pleine et entière à la communauté économique ouest-africaine ? Le ministre des Affaires étrangères, Khemaies Jhinaoui, qui était à la tête de la délégation tunisienne participant aux travaux de la réunion extraordinaire de l’Union africaine (UA), du 17 au 21 mars 2018, à Kigali, Rwanda, a paraphé l’accord instaurant la zone de libre-échange continentale (ZLEC). Jhinaoui a pris la place du président de la République, Béji Caid Essebsi, qui était trop occupé par son annonce sur… un simple toilettage de la loi électorale. Une annonce qui n’en était pas en fait, alors que l’essentiel était ailleurs, il était dans ce qui s’est joué au Rwanda : “La signature de cet accord, qui mettra les bases de la plus vaste zone de libre-échange au monde en nombre de pays (54), constituera une opportunité aux femmes et aux hommes d’affaires tunisiens d’accéder au marché africain“, indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères publié mercredi 21 mars 2018.

Un géant en marche

On attend de cet espace – la ZLEC – qu’il dope littéralement le processus de développement et qu’il crée des emplois, par millions, par dizaines de millions, pour les jeunes du continent africain, dans la droite ligne des objectifs de développement durable et de l’agenda 2063 de l’UA. D’ailleurs les travaux se poursuivront après le sommet pour accorder les violons sur les dimensions légales de manière à mettre en forme et concrétiser l’accord en question, lequel entrera en vigueur après sa ratification par 22 états membres de l’UA.
A noter que le projet a été lancé en janvier 2012, lors de la 18e session ordinaire de la Conférence de l’UA ; à terme il va englober le marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), la communauté de développement d’Afrique australe (SADC), la communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union du Maghreb arabe et finalement la Communauté des Etats Sahélo-Sahariens.
A l’arrivée il n’y aura plus de barrières douanières entre les Etats africains, ce qui, théoriquement, n’empêchera pas les pays de définir leurs politiques commerciales nationales, tant que ça ne nuit pas au principe de libre concurrence et libre circulation des biens et personnes.
Autre objectif : Multiplier par deux le commerce intra-africain avec un gain annuel d’à peu près 35 milliards de dollars, d’ici 2021.
La ZLEC étendra ses tentacules sur un marché africain de 1,2 milliard de personnes, pesant un produit intérieur brut (PIB) de 2 500 milliards de dollars dans l’ensemble des 55 Etats membres de l’UA.
Rien que des choses très séduisantes, sur le papier. Reste à régler les problèmes conjoncturels et structurels, très nombreux, hélas.

Un géant aux pieds d’argile ?

Très souvent quand on parle de l’Afrique, on se focalise sur ses richesses, ses opportunités, ses marchés, en passant à côté de ses problèmes, ses risques, ses dangers, périls. La fin tragique de l’enlèvement des deux Tunisiens au Cameroun nous le rappelle pourtant. L’Afrique est aussi un continent où la bataille de la sécurité doit être gagnée, avant tout. Au Nigéria, pourtant 1ère économie du continent, la secte islamiste Boko Haram frappe comme bon lui semble, face à une armée complètement dépassée par les événements, et qui elle-même accentue le malheur des populations en détournant les aides qui lui sont destinées. Des islamistes qui traversent impunément la frontière et font des incursions meurtrières au Cameroun. En Afrique de l’Ouest ce sont leurs “confrères” d’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) ou du GSIM (Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans) qui sèment la terreur, au Mali (où les soldats sont régulièrement fauchés par dizaines), au Burkina Faso (où ils viennent de sévir pour la énième fois), en Côte d’Ivoire… Là aussi les frontières poreuses, surveillées par des unités armées sous-équipées, démotivées et corrompues, font les affaires des groupes djihadistes. On peut aussi y ajouter les remous en Afrique du Nord, en Egypte en ce moment, en Libye… Bref, l’Afrique est un continent tourmentée à ce niveau, et sans sécurité pont de salut pour l’économie.

L’autre gros problème, avant d’envisager un espace de la taille de la ZLEC, c’est de régler les problèmes structurels des organisations régionales. Dans toutes ces communautés (CEDEAO, CEEAC, COMESA…), les biens et personnes sont censés circuler en toute liberté, pourtant les tracasseries administratives sont encore d’actualité au niveau des frontières. Moult barrières se dressent encore sur la route des citoyens en transit, sans parler du racket, de la corruption, de l’insécurité. En Afrique on met souvent la charrue avant les boeufs, on annonce en grande pompe et festoie autour, comme avec l’affaire du passeport africain, alors que d’innombrables écueils sont soigneusement planqués sous le tapis. Cela ne durera pas indéfiniment. Il va bien falloir, un jour, exhumer les problèmes et les traiter, si le continent veut se donner une chance de passer, enfin, à la vitesse supérieure et en finir définitivement avec le sous-développement endémique.

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Rien qu’en voyant les mines réjouies du chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi et de son poulain, faut-il le rappeler, Youssef Chahed, on comprend tout : Il y a de fortes chances que le chef du gouvernement tienne encore, très probablement jusqu’aux prochaines élections. L’agitation du leader de l’UGTT, Noureddine Taboubi, pour obtenir, à tout le moins, les têtes de certains ministres, voire leur patron, a donc toutes les chances de faire pschitt, de tomber à plat dans un pays qui a épuisé ses munitions et n’a plus les moyens de renverser la table, surtout à quelques semaines de la réunion du FMI pour se prononcer sur la 3ème tranche du crédit, vitale pour des caisses publiques exsangues, et de la sortie sur le marché international pour collecter 1 milliard de dollars, tout aussi précieux. Et puis il y a le coup de massue de l’agence Moody’s, qui vient de descendre d’un cran la note souveraine de la Tunisie mais a surtout rappelé l’urgence des réformes à entreprendre pour s’éviter bien des déboires à l’avenir, dont d’autres mauvaises notes. Et si tout cela ne suffisait pas il y a les prochaines élections, en 2019, dont les préparatifs imposent le maximum de stabilité d’ici là. Paradoxalement, tout cela fait les affaires de Chahed et plaide pour son maintien. Et il le sait, il en joue et surjoue même, en mettant en avant systématiquement les difficultés du moment et le travail qu’il faut continuer, sans relâche, pour espérer un sursaut économique à moyen terme. Pas maladroit le Chahed sur ce coup ! On ne peut pas en dire autant pour son “adversaire” que personne n’attendait, Taboubi…

Le secrétaire général de l’UGTT s’est égosillé jusqu’au bout, tout seul, dans le désert. Du reste la chose – le remaniement – n’est pas complètement à écarter, après cette fameuse évaluation du rendement du gouvernement, mais ce qui est sûr c’est que ça n’aura pas l’ampleur que souhaite Taboubi, pour les raisons qu’on a avancées. Peut-être que son prédécesseur, Houcine Abassi, aurait au moins eu le réflexe de stopper à temps, saurait jusqu’où ne pas aller trop loin pour épargner au pays un dangereux tintamarre. Soyons clair sur la question : Il ne s’agit pas ici de blanchir Abassi, qui lui aussi a sa part de tourments qu’il a infligés à la Tunisie post-révolutionnaire, en débridant ses troupes et en prenant la tête de revendications sociales que le pays paye en ce moment et payera encore longtemps, mais là n’est pas notre propos présentement. Il s’agit juste de se demander si l’ex-leader de la centrale syndicale, dans pareille situation, n’aurait pas tiré la conclusion que réclamer la tête de certains ministres et même de leur chef est primo une cause perdue d’avance, et donc une source de discrédit pour une “institution” telle que l’UGTT ; deuxio une aventure périlleuse pour une nation qui fait face aux échéances citées plus haut. Abassi aurait peut-être agi différemment, ne serait-ce que par simple instinct de survie, par égard pour sa personne, au delà des considérations pour le bien de la Tunisie dont d’ailleurs on n’est jamais certain que ce soit le principal motif des actions des hommes et femmes qui nous dirigent.

Un silence qui en dit long

On ne voit pas et on n’entend pas Abassi. L’une de ses dernières apparitions publiques remonte au 31 janvier 2017, sur Nessma TV ; il venait juste de se décharger de sa mission de porte-drapeau des travailleurs et s’était fendu dune sortie au vitriol contre celui qui terrorisait toute la classe politique, de par sa popularité, Mehdi Jomaa, une intervention qui avait sacrément des allures de service rendu aux camarades… de la classe politique. Jomaa fait moins peur en ce moment, c’est un fait, car les sondages, étrangement, placent toujours en tête Nidaa Tounes et Ennahdha, malgré leurs échecs patents et leurs saillies très en-dessous du niveau requis pour des ténors politiques. Certes leurs cotes de popularité ont pris un sacré coup, mais que voulez-vous, “au royaume des aveugles, les borgnes sont rois“. Quant à Jomaa, on aurait tort de l’enterrer. Le président de l’UTICA en a fait le candidat idéal, d’autres, beaucoup d’autres, pourraient le suivre, quand il s’agira de piocher dans une offre politique famélique et qui afflige de plus en plus les électeurs au lieu de se bonifier avec le temps.

Pendant ce temps Abassi lui se terre, garde le silence, même quand son poulain – Taboubi – s’égare et amène avec lui le pays au bord du précipice. L’ex-leader de l’UGTT se tait, pour s’éviter toute déclaration qui pourrait offusquer une quelconque partie. Pas la meilleure des choses à faire quand on veut chapeauter le Conseil national du dialogue social, qu’on lui aurait, dit-on, promis. Une instance d’ailleurs qui va en rajouter aux problèmes de dissolution, d’éparpillement du pouvoir et d’ingouvernabilité en Tunisie.  Mais ça les Messieurs/Dames qui nous servent de pilotes s’en moquent éperdument. La preuve en est qu’aucun d’entre eux n’a répondu dans le fond ou même commenté les appels qui fusent de plus en plus, même dans le milieu financier, pour une révision du mode de scrutin afin d’offrir au pays une majorité confortable à même de le gouverner…

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Certes la formulation de notre titre peut heurter certains, pourtant c’est bien ce que vit la Tunisie en ce moment, un moment charnière de son histoire, après 7 chefs de gouvernement en 7 ans. Depuis le mardi 13 mars 2018, date à laquelle le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, véritable maitre du jeu, quoi qu’en dise la Constitution, a convoqué les signataires du Pacte de Carthage, la réunion qui était censée apporter des éclaircies, faute d’un autre cap, en a rajouté à la dangereuse confusion ambiante. Jusqu’à nous valoir une passe d’armes entre la porte-parole de la présidence de la République, Saïda Garrach et le leader de la centrale syndicale, Noureddine Taboubi, autour des véritables objectifs de cette rencontre. Le palais de Carthage soutient qu’il a été décidé de laisser tranquille le chef du gouvernement, Youssef Chahed, au moins jusqu’aux municipales. Autre son de cloche chez Taboubbi, qui affirme ce mercredi sur Express FM qu’un “remaniement ministériel dans les jours à venir est toujours possible”, après évaluation du rendement du gouvernement et que Chahed ne sera pas “épargné“. Au-delà du fait de savoir qui dit vrai dans cette affaire, ces cafouillages, dissonances et télescopage entre deux piliers de la vie du pays ne sont pas l’image de l’union nationale que la Tunisie vend en ce moment et qui lui a valu le prix Nobel. Mais il y a plus grave encore…

Ces quiproquos interviennent peu avant la réunion du Conseil d’administration du FMI pour se prononcer sur le décaissement de la 3ème tranche du crédit et peu avant la sortie des autorités sur le marché international, d’ici la fin de ce mois, pour ramasser un milliard de dollars. Ils se produisent aussi après le rapport de la BAD sur une croissance qui restera molle en 2018 et 2019. Autant vous dire que le berceau du printemps arabe ne fera pas le meilleur des effets aux investisseurs…

Par ailleurs le document de la BAD met en exergue les réformes que la Tunisie devra entreprendre et réussir, très rapidement, pour espérer un sursaut de l’économie à moyen terme. Mais si le chef de l’actuel gouvernement saute ou si son équipe est remaniée maintenant, en sachant qu’il aura une petite fenêtre de tir avant les préparatifs des élections de 2019, qui mènera ces réformes urgentes ? Cette agitation de l’UGTT est tout ce qu’il y a de plus périlleux pour le pays.

Le pire dans cette affaire c’est que la centrale syndicale a changé de musique plusieurs fois en quelques jours. Au départ elle s’accrochait à un remaniement ministériel, sans aller jusqu’à mettre le départ de Chahed dans l’équation. Puis patratas, la Commission administrative nationale de l’UGTT zappe complètement le sujet dans le communiqué publié au terme de sa réunion de dimanche dernier et met en avant d’autres sujets. Jusqu’au volte-face de Taboubi hier dans la soirée après la réunion de Carthage. C’est à ne rien y comprendre. A part peut-être la volonté de la centrale syndicale de démontrer que Chahed ne fait pas le poids devant elle et qu’on ne ferme pas la porte à l’UGTT. Un baroud d’honneur et une querelle de chapelle qui peuvent coûter au pays. C’est même déjà le cas.

On y perd son latin, son arabe…

Le problème majeur du gouvernement, c’est sa faiblesse congénitale, du fait même qu’il doit son installation au Document de Carthage, lequel se déchire sous nos yeux. La Tunisie semblait s’accommoder de cette dilution du pouvoir, son émiettement entre le Parlement, la présidence de la République, celle du gouvernement, le Pacte de Carthage, la coalition au pouvoir, et que sais-je encore. On touche en ce moment même les limites de cet attelage hétéroclite qui ne donne au pays ni cap économique, ni stabilité politique. Le président de la République a été le premier à monter au front pour tenter de juguler ce flou artistique qui préside aux destinées du pays. Mais son initiative en faveur d’un régime présidentiel – un retour en arrière en fait, avec les inflexions que requiert le cadre démocratique actuel – a tourné court. En effet BCE a battu en retraite, en arguant qu’il ne lui revient pas d’être le porte-drapeau d’une réforme de cette envergure et qu’il laisse le Parlement en décider. Ce qui revient de fait à geler l’affaire car évidemment Ennahdha, qui mène la danse actuellement à l’ARP, ne va pas scier la branche sur laquelle il est assis en ouvrant la voie à la présidentialisation du pouvoir, alors que les islamistes n’ont pas de présidentiable, à ce jour.

Cette affaire gelée, d’autres voies se sont élevées pour suggérer autre chose, un peu moins compliquée, sur le papier du mois : l’enterrement du système à la proportionnelle aux législatives pour basculer dans un scrutin à la majorité, lequel a au moins l’avantage, comme son nom l’indique, de dégager une majorité nette, claire pour gouverner le pays, ce que la 2ème République n’a pas été capable de réaliser jusqu’ici. Cette idée a été portée dernièrement par un homme qui fait autorité en la matière : Le professeur Rafaa Ben Achour. Puis récemment par un juge commissaire d’Etat Général au Tribunal Administratif, Karim Jamoussi. Tout cela pour dire que le projet est loin d’être saugrenu. Mais encore faut-il que les principaux acteurs de ce dossier suivent. Et là c’est loin d’être gagné.

Les deux poids lourds de la scène politique locale, Nidaa Tounes et Ennahdha, qui n’ont jamais été aussi frêles, pourraient être paralysés, de peur, par la simple idée de prendre, l’un ou l’autre, le pouvoir en triomphant dans une élection à la majorité. Comment gouverner un pays si rétif quand on bat des records d’impopularité sondage après sondage ? La perspective a de quoi angoisser plus d’un. Par ailleurs, avec le marquage à la culotte que se font les deux ténors, personne n’a envie de jouer vraiment le jeu, au risque de voir l’autre tirer, seul, les marrons du feu. N’est pas démocrate qui veut ! Donc de ce point de vue cette cohabitation-coalition émolliente, que l’on doit au scrutin à la proportionnelle, a quelque chose de douillet, de rassurant, de confortable, car on est moins de tâter du pouvoir, sans forcément en assumer seul les risques. Et évidemment ce ne sont pas les “petits” partis de la coalition, pour qui c’est une aubaine tout ça, qui iraient dégommer ce que Nidaa et Ennahdha n’osent pas attaquer. Le système politique qu’on a sous les yeux a donc des chances de durer encore. Pour le plus grand malheur de la patrie.

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Après un démarrage en trombe, en conclave avec les banques pour plancher sur le problème de la liquidité et forger la politique du secteur, le nouveau gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Marouane Abassi et ses collaborateurs ont dévoilé ce jeudi 08 mars 2018, devant la presse, les grands axes de son plan d’action. L’essentiel pour redresser la barre y est, il faudra après y ajouter une bonne dose de courage, beaucoup d’imagination et une persévérance à toute épreuve pour aller au bout de cette affaire. Car la situation économique du pays est compliquée, périlleuse à bien des égards, et d’ailleurs le patron de la BCT ne s’en cache pas.

Le communiqué qui a été émis suite à la rencontre plante d’emblée le décor : l’institution en charge de la politique monétaire de la Tunisie assume ses responsabilités, toutes ses responsabilités. “La Loi N° 2016-35 relative au statut de la Banque centrale de Tunisie (BCT) stipule clairement que l’objectif premier de la Banque centrale est de maintenir la stabilité des prix“, indique le texte dont Africanmanager a reçu copie. C’est on ne peut plus clair. Restent les moyens pour toucher au but : “Pour atteindre son objectif de stabilité des prix, la BCT ajuste le niveau de son taux directeur, qui influe directement, via les mécanismes de transmission de la politique monétaire, sur les conditions de financement de tous les agents économiques et, par conséquent, sur la croissance et la stabilité des prix“, dit le communiqué. Le souci c’est que de la croissance il n’y en a pas eu en 2017, en tout cas pas au niveau escompté par le chef du gouvernement et les citoyens. Ce ne sont pas les 1,9% qui vont faire redémarrer significativement la machine économique, remplir les caisses des entreprises et du Trésor publics, gonfler le flux des recettes fiscales, donner du boulot aux jeunes, etc. Idem pour la stabilité des prix. Là aussi l’inflation qu’on a eue en 2017 et celle que la BCT nous prédit pour 2018 sont très parlantes en termes d’instabilité des prix.

Le cadre opérationnel de la mise en œuvre de la politique monétaire est conçu pour orienter le taux d’intérêt interbancaire au jour le jour vers des niveaux proches du taux directeur de la BCT. En effet, le taux au jour le jour a une influence directe sur le taux moyen mensuel du marché monétaire, qui est un taux de référence largement utilisé par le système bancaire tunisien. Par conséquent, le cadre opérationnel joue un rôle important en garantissant que la BCT arrive à atteindre son objectif de préservation de la stabilité des prix“. D’ailleurs Abassi n’a pas mis beaucoup de temps pour faire mouvement dans ce sens, et  très énergiquement. Mais il faudra du temps pour en récolter les fruits, au meilleur des cas en 2019. Donc patience…

Quant aux causes de cette inflation qui monte, monte et empêche les dirigeants du pays, mais pas qu’eux, de dormir, la BCT en dit les choses suivantes :

L’inflation a affiché une tendance à la hausse depuis le début de 2016, enregistrant une forte accélération en février 2018 pour atteindre 7,1% en glissement annuel contre 4,6% au même mois de l’année. Les principaux facteurs sous-jacents aux pressions inflationnistes sont :

  • la hausse des cours mondiaux des matières premières.
  • La dépréciation importante du taux de change du dinar en raison d’un déficit croissant du compte courant.
  • La hausse de nombreux taux d’imposition (TVA, taxes à la consommation et droits de douane) selon la loi de finances 2018.
  • L’augmentation des prix intérieurs de l’énergie.
  • L’augmentation des prix des services privés (santé, transport et autres).
  • La baisse de la production domestique d’aliments frais (persistance de faibles précipitations).
  • La persistance de la perturbation des canaux de distribution et le comportement de majoration excessif des prix“.

Voilà pour les explications. Place maintenant à la recette de la BCT pour nous corriger tout ça et nous mijoter une embellie qui rendra le sourire à tout le monde :

En fonction des indicateurs avancés sur la croissance de l’économie et des prévisions de l’inflation, la Banque centrale prendra les mesures nécessaires dans le cadre d’une politique monétaire proactive.

Ce stance de politique monétaire contribuera à rétablir des taux d’intérêt réels positifs afin d’améliorer l’allocation des ressources et de stimuler l’épargne intérieure. Au total, nous prévoyons que la liquidité bancaire s’améliorerait parallèlement à la reprise de l’économie nationale (compte courant, exportations, tourisme, IDE …)

Aussi, et en tant qu’outil principal dans la stratégie de réduction du volume de refinancement, les opérations d’open market sous forme d’achat ferme seront réactivées incessamment“. Chiche ! A part peut-être deux éléments : D’abord le fait que les dattes et l’huile d’olive, deux produits par définition aléatoires car dépendant du climat et des saisons, pèsent autant dans les exportations du pays. La Tunisie mérite mieux que ça, au regard de ses talents ; il faudrait, par exemple, un poids plus important des produits à haute valeur ajoutée lesquels eux ne dépendent de rien d’autre que la matière grise et surtout rapportent plus ! Demandez aux Chinois, aux Sud-Coréens, aux Indiens, etc. Autre bémol : Cette focalisation sur le tourisme, un secteur tout aussi aléatoire. Les attentats du Bardo et de Sousse, hélas, nous le rappellent encore…

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Incontestablement, ce qu’a déballé Faouzi Elloumi, membre du comité politique et chargé des grandes réformes économiques et financières de Nidaa Tounes, le jeudi 1er mars 2018, et pas en prenant des gants, est un marqueur qu’il faut bien retenir pour les prochains mois, les prochaines échéances électorales. Peu de gens ont tiqué là-dessus, mais ces critiques acerbes sur l’absence de vrais programmes du chef du gouvernement, Youssef Chahed, son manque de vision et le pilotage en vue qu’il pratique, ajoutés à sa paralysie du fait des divergences de vues, et d’intérêts, au sein de son équipe préfigurent un sauve-qui-peut au sein du parti de Chahed, Nidaa Tounes, le laissant seul se dépêtrer avec un bilan dont les siens, manifestement, ont déjà anticipé les mauvais résultats. Bon, il y a longtemps qu’on avait compris que la Tunisie n’est pas une démocratie comme les autres, qu’il lui faudra beaucoup de temps pour qu’elle en prenne le chemin, mais tout de même cette sortie au vitriol de Elloumi contre un des siens, commanditée, on peut en être certain, par le directeur exécutif du parti, Hafedh Caïd Essebsi (qui l’a été trop longtemps, en fuyant comme la peste un Congrès électif !), nous fait dire que le parti sorti vainqueur des législatives de 2014 vient de faire deux pas en arrière par rapport aux moeurs politiques dans les démocraties qui se respectent. Nidaa Tounes a commencé à faire de la politique politicienne, sur ce qu’il aurait déjà qualifié de dépouille du chef du gouvernement, et il y a des raisons à cela, dont chacun jugera de l’objectivité… ou non.

Quand la musique des bisbilles entre HCE et le poulain de son papa, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, a commencé à monter, les deux intéressés sont montés au front pour tenter de vite éteindre l’incendie qui avait commencé à prendre sur la place publique. On a même vu passer une photo où les deux protagonistes, flanqués de Sofiene Toubel, s’affichaient, tout sourires. On avait donc cru que la hache de guerre était définitivement enterrée, avec de bonnes raisons de le croire puisque depuis les assurances du fils de BCE quant à un soutien sans réserves de la politique de Chahed, il n’y a pas eu de coup de canif au pacte tacite. Jusqu’à cette intervention musclée de Faouzi Elloumi. Mais entre temps beaucoup de choses se sont passées, et pas à l’avantage du chef du gouvernement. La croissance, qu’il avait prédite au-delà de 2% en 2017, s’est finalement arrêtée à 1,9%. Ce ne sera pas suffisant pour rogner sérieusement le taux de chômage, très haut, trop haut, plus de 15%. Et puis il y a cette crise d’autorité, prégnante. Nous allons faire l’économie des incivilités qui foisonnent impunément, et juste évoquer le cas de la Compagnie de Phosphate de Gafsa (CPG), où rien n’a pas pu calmer les protestataires, malgré le déversement d’avantages et d’emplois, dont d’ailleurs la compagnie n’a pas besoin. Même l’UGTT a fini par jeter l’éponge, face aux exigences folles des sit-ineurs, après les 7000 recrutements promis. Etrangement, et malgré les appels de toutes parts, surtout l’UTICA, le chef du gouvernement tremble à la perspective d’appliquer la loi, quoiqu’en dise son ministre des Mines.

Si Chahed tombe, ils tomberont aussi

A un plus d’un an des élections, ça ne sent pas bon pour le chef du gouvernement. Le bilan économique pour le moment est maigrichon, et il a très peu de temps, de moyens et surtout ne dispose pas d’un appui franc et massif de son camp pour pouvoir inverser la tendance. Et cela, bien entendu, n’a pas échappé aux requins, même au sein de son parti, qui ont flairé l’odeur du sang. Chahed se drapait jusqu’ici avec la gloire que lui a conférée sa lutte très volontariste contre ce qu’il appelle la grosse corruption. Mais depuis les arrestations spectaculaires d’il y a quelques mois, pas grand chose. La corruption, la grosse comme la petite, court toujours. Ce qui d’ailleurs a valu à la Tunisie la mauvaise note de Transparency international dans son dernier rapport… en plus des plaintes et récriminations du président de l’INLUCC, Chawki Tabib. La mauvaise santé des réserves en devises, qui fondent comme neige au soleil, est venue s’ajouter aux déboires du chef du gouvernement. On nous dit que les recettes du tourisme, des dattes et de l’huile d’olive vont tout régler, comme si on pouvait sérieusement miser sur des secteurs aussi aléatoires et faire l’économie d’une ambition dans les produits à haute valeur ajoutée, comme tous les pays qui ont décollé économiquement. C’est peut-être aussi cela le manque de vision que dénonçait Elloumi…

Mais les cadres de Nidaa Tounes ont tort de penser qu’ils pourront se désolidariser aussi promptement du bilan de Chahed. Celui dont ils disaient il y a quelques mois qu’il était sur la bonne voie, dont ils revendiquaient même les avancées et qu’ils défendaient publiquement ne peut pas être, subitement, ce type sans aucun talent que l’homme d’affaires vient de dépeindre. La ficelle est trop grosse pour être gobée par les électeurs transis de la formation bâtie par le chef de l’Etat. Et même si Chahed était devenu ce qu’ils disent, ils n’ont aucune crédibilité pour le dire. Idem pour BCE. Lui aussi ne pourra pas prendre ses distances avec la copie que va rendre Chahed, car c’est lui, faut-il le rappeler, qui nous l’a amené, et presque imposé après l’exécution en règle de Habib Essid, à qui lui et ses députés avaient collé tous les maux de la Tunisie. Le temps nous a démontré que les choses sont beaucoup plus compliquées que ce qu’on a tenté de nous imprimer dans le crane. Si Chahed tombe, les siens tomberont aussi. Et d’ailleurs l’érosion sans précédent de la popularité de son parti montre que le processus a déjà commencé, malgré les fanfaronnades des dirigeants qui crient déjà, sans que rien ne les y autorise, à la victoire de Nidaa Tounes aux municipales de mai 2018…

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Le message adressé au nouveau gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Marouane El Abassi, par le chef du gouvernement, en l’envoyant seul dans la fosse aux lions le 15 février 2018, était on ne peut plus clair : Il va devoir aller au charbon, tout seul, et en assumer toutes les conséquences, seul. Comme l’a dit l’homme politique français Georges Clémenceau (1841-1929) : “Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, qui ont tous été remplacés“. Les cimetières de Chahed ne dérogent pas à la règle. Alors ce n’est pas avec le fraichement désigné que Chahed va faire dans le détail. Et l’intéressé le sait. Alors il fait vite, très vite même, pour tenter de conjurer le sort et attaquer les gros chantiers qui peuplent son bureau.

L’un de ses tout premiers gestes a été de convoquer les patrons des banques pour confectionner avec eux une feuille de route. Il fait ce que fait l’élite du pays depuis 2011 : la direction collégiale, la quête du consensus pour, croit-elle, dégager la route et se donner toutes les garanties de succès, un succès dessiné collectivement. Les déboires actuels de la Tunisie sont toutefois la preuve que cette recette, dont on a fait une panacée, ne fait que diluer la capacité à trancher et avancer, ne fait que fragiliser l’exécutif, lequel doit faire moult contorsions avant de prendre la moindre décision. Des mesures d’ailleurs contestées presque tout de suite après, car par définition réformer c’est aller à contre-courant des intérêts de certaines parties. En Tunisie on s’entête à faire le contraire de ce que le bons sens dicte. Alors nous ne sommes pas sûrs que la direction prise par Abassi, en associant les banquiers dans l’orientation de ses affaires, soit la bonne, et encore moins de sa capacité à réussir là où la coalition à la tête du pays n’a pas enregistré la moindre once de progrès pour la nation. Et puis il y a l’autre gros dossier d’Abassi : le rendez-vous avec le GAFI, dès ce mois d’avril, pour tenter de desserrer l’étau de l’Union européenne autour de la Tunisie. Un train qu’il se doit de prendre en marche, avec très peu de temps pour retomber sur ses pieds. Et là aussi il n’a pas droit à l’erreur…

Abassi a affirmé, mardi 28 février 2018, que les autorités tunisiennes œuvrent assidûment à achever, avant la fin de cette année, l’élaboration du plan d’action avec le Groupe d’action financière (GAFI) ou FATF (Financial Action Task Force).
Abassi, qui préside Commission Tunisienne des Analyses Financières (CTAF), a rappelé, lors d’une conférence internationale sur “La poursuite des crimes de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme“, que la Tunisie est inscrite sur la liste des Etats coopératifs sous contrôle et non pas sur la liste noire du GAFI.
La conférence, qui se tient les 27 et 28 février 2018 à Tunis, est organisée à l’initiative du GAFI en coopération avec les groupes régionaux de type GAFI (Europe, Asie, Amérique, Moyen-Orient e et Afrique.
Le gouverneur de la BCT a rappelé que le groupe d’examen de la coopération internationale relevant du GAFI a loué, au cours de sa réunion tenue la semaine dernière à Paris, les réalisations de la Tunisie dans ce domaine.
Abassi a mis l’accent sur l’importance des défis auxquels font face les banques tunisiennes et les unités de renseignements financiers concernant les dossiers de l’économie numérique, les TIC et les espaces financiers outre les crimes cybernétiques et l’échange de monnaies virtuelles.
La Tunisie, précise encore Abassi, est consciente de ces dangers et œuvre à adhérer à l’effort international visant à éviter leurs impacts.

Rappelons que la décision du Parlement européen d’inclure la Tunisie sur la liste noire des pays les plus exposés au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme explique en partie la démission du président du CTAF et ancien gouverneur de la BCT, Chedly Ayari. Abassi a donc bien raison de faire de ce dossier une priorité. Après cela il va falloir attaquer, très vite, le problème du classement de la Tunisie dans l’antichambre de la liste noire des paradis fiscaux – la liste grise. Mais qu’il se rassure : Il ne sera pas seul à bord. Le chef du gouvernement, dans la perspective des élections de 2019, quelle que soit sa décision à ce moment-là, joue très gros également…

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Une rencontre économique sur le thème “Tunisie-Espagne : Réformes économiques et investissements” sera organisée lundi 26 février 2018, à l’UTICA, en présence du chef du Gouvernement, Youssef Chahed, et de son homologue espagnol, Mariano Rajoy, qui est accompagné de la secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Maria Luisa Poncela Garcia et d’une délégation multisectorielle d’hommes d’affaires espagnols, a annoncé la centrale patronale, vendredi 23 février 2018 dans un communiqué.

Cette rencontre, organisée par l’UTICA en collaboration avec la CEOE (Confédération Espagnole des Entreprises) et le Conseil d’affaires tuniso-espagnol, se tiendra en marge de la 8ème session de la réunion de haut niveau tuniso-espagnole. L’objectif est d’avoir “un regard croisé sur les potentialités économiques des deux pays, ainsi que de favoriser l’échange des expériences engagées par les deux pays en matière de réformes économiques“.

Il est à préciser que la 7ème session de la réunion de haut niveau tuniso-espagnole s’est tenue il y a dix ans, en novembre 2008, à Madrid. La séance de rattrapage urgeait donc !

La séance de clôture de la rencontre sera marquée par la signature du renouvellement du Protocole d’Accord instituant la création du Conseil d’affaires tuniso-espagnol entre l’UTICA et la CEOE.

Selon des statistiques publiées par la Chambre tuniso-espagnole, les exportations tunisiennes vers l’Espagne se sont élevées à 1 020 millions de dinars (MD) alors que les importations ont été de l’ordre de 1 750 MD. En 2016, l’Espagne a été le cinquième importateur de produits tunisiens et le sixième fournisseur du pays. Les investissements espagnols en Tunisie ont atteint 1 270,16 MD, en 2016.

En Tunisie, 64 entreprises à participation espagnole sont dénombrées et emploient 6554 travailleurs. En Espagne, près de 4 mille entreprises entretiennent des relations avec la Tunisie.

Un filon à exploiter !

Certes les liens entre la Tunisie et l’Espagne sont loin d’être du même niveau que ceux avec la France ou l’Italie, mais ça peut vite en prendre le chemin. Par ailleurs l’Espagne est un pays qui est allée très vite dans son décollage économique, certes fortement dopé par l’Union européenne, à coups de milliards d’euros, comme pour la Grèce et le Portugal, mais tout de même Madrid a des ressorts internes qui ont permis d’exploiter de manière optimale l’aide massive des pays européens. Et ça pour une Tunisie qui cherche encore sa voie, ça a valeur de pédagogie et de source d’inspiration.

L’Espagne n’est pas au meilleur de sa forme en ce moment, notamment à cause de difficultés politiques persistantes qui lui ont valu des années d’instabilité, avec des psychodrames récurrents autour de changements intempestifs de gouvernement. Le pays allait nettement mieux depuis le retour de Mariano Rajoy aux affaires, puis patatras : Les indépendantistes remettent ça en Catalogne, une crise que le gouvernement central a très mal gérée, ce qui lui a valu d’être au banc de la communauté européenne, avec tous les risques que cela draine pour sa démocratie. C’est donc le chef du gouvernement d’un pays balloté, aux abois à bien des égards, qui débarque à Tunis. Mais ne nous leurrons pas : l’UE ne lâchera jamais l’Espagne car si elle s’effondre, sous les coups de boutoir des indépendantistes, c’est tout l’édifice européen qui est menacé. Et ça ni la France, ni l’Allemagne, les deux poids lourds de l’Union, n’en veulent…

L’Espagne a des fondamentaux très solides, résiliente et qui a démontré sa capacité à aller vite dans les réformes, la croissance et l’emploi. La Tunisie a donc tout intérêt à saisir la perche que Rayoy va lui tendre, ici même à Tunis. De cette affaire dépend un rééquilibrage des échanges commerciaux avec l’Espagne pour rogner le volume des importations et accroitre celui des exportations. Et bien d’autres sujets que les collaborateurs de Chahed ont certainement déjà couchés sur le papier. En tout cas une chose est sûre : C’est une bonne nouvelle pour la Tunisie !

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Au vu de ce qu’a déballé le vice-président du Font National, Louis Aliot, dans l’émission “Bourdin Direct“, qui passe sur BFM TV et la radio RMC, on se dit que la Tunisie, le Maroc et l’Algérie ont bien de la chance que la formation d’extrême droite ne soit, pour le moment, qu’à la porte du pouvoir en France (la présidente du FN, Marine Le Pen, a été battue au second tour de la présidentielle de 2017 par Emmanuel Macron). Titillé par Jean Jacques Bourdin sur l’immigration en France, thème avec lequel Le pen et compagnie font leur beurre, Aliot s’est littéralement lâché sur les pays du Maghreb…

Si vous voulez dissuader les gens d’immigrer en France, il y a des mesures immédiates à prendre comme aller voir les pays d’origines qui nous envoient des migrants” dit-il. Puis, en dégainant les chiffres d’un rapport parlementaire publié mardi 20 février 2018 à l’Assemblée nationale française, il ajoute ceci : “Est ce que vous savez, aujourd’hui, quels sont les pays qui nous envoient le plus d’immigration ? Le Maroc, l’Algérie et la Tunisie (…). C’est quand même extraordinaire, trois anciennes colonies françaises dont une a voulu l’indépendance et qui aujourd’hui se fait professionnelle de la migration. Que ces gens-là s’occupent de leurs pays ! Ils ont des richesses incroyables ! Ils ont du pétrole, ils ont du gaz !” dit Aliot, visiblement très remonté (c’est très bon ça pour les petites affaires de son parti, devant un électorat très sensible à ces arguments). Ensuite, pour s’assurer un maximum d’effet, il assène : “Ils sont en train de faire crever leur jeunesse et en plus maintenant, ils nous envoient de l’immigration“.

Questionné sur le projet de loi Asile et Migration, qui sera soumis ce mercredi au Conseil des ministres français, le vice-président du FN, déclare, droit dans ses bottes, que rapatrier les migrants économiques est une “évidence“. Mais il se défend de remettre en cause “le droit d’asile” en direction des réfugiés politiques “persécutés dans leurs pays“.
Nous ne pouvons plus accueillir des migrants supplémentaires” en France, affirme-t-il, arguant le poids des dépenses pour les citoyens français.

Un écran de fumée

La question de l’immigration est le fonds de commerce de tous les mouvements d’extrême droite en Europe, donc la France n’est pas une particularité en la matière. D’ailleurs en Allemagne, le poids lourd de l’Union européenne, les déboires de la chancelière Angela Merkel ont commencé quand le Pegida a commencé à surfer sur les problèmes quasiment existentiels que posait l’accueil de centaines de milliers de migrants syriens et irakiens. Ce qu’Aliot se garde bien de dire, c’est que son pays, la France, aspire aussi de brillants médecins, chercheurs, ingénieurs, informaticiens… D’ailleurs ces dernières années combien de médecins tunisiens – et pas les plus mauvais ! – ont filé vers l’Hexagone ? Le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, assume d’ailleurs ce virage vers davantage de migrants, mais des migrants “bien choisis“, exactement comme le font les Etats-Unis et le Canada. De ce point de vue la France a beaucoup de trains de retard, que Macron a manifestement l’intention de rattraper. Cette facilitation des visas pour les étudiants n’a pas d’autre but.

La France certes est très préoccupée par son rayonnement culturel, la défense de la francophonie face à un anglais très conquérant, mais il y a aussi des impératifs économiques incontestables : Attirer les cerveaux du monde entier, notamment d’Afrique, pour espérer en garder le plus et assurer le sursaut de la 5ème puissance économique du monde. On ne peut pas le lui reprocher, les pays émetteurs de migrants n’ont qu’à faire ce qu’il faut pour retenir leurs élites et leurs plus brillants étudiants !

Pour faire le tour de la question, rappelons les derniers chiffres de l’INSEE en la matière, qui datent de 2013. D’après ces données, environ 30% des immigrés (légaux et illégaux) en France sont originaires du Maghreb. On avait dénombré 760.000 Algériens, 710.000 Marocains et 259.000 Tunisiens en France en 2013. Les Algériens formaient 13% du total des immigrés en France, les Marocains 12,2% et les Tunisiens 4,4%. Ce n’est pas négligeable, certes, mais ce n’est pas non plus cette invasion que le FN veut installer dans les têtes des Français dits, improprement d’ailleurs, de souche. Il faut relativiser, dans une population de près de 67 millions, quelques centaines de milliers d’immigrés ne devraient remuer personne, surtout quand ils ont un poids évident dans l’économie du pays…

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