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Souleymane LOUM

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Une rencontre économique sur le thème “Tunisie-Espagne : Réformes économiques et investissements” sera organisée lundi 26 février 2018, à l’UTICA, en présence du chef du Gouvernement, Youssef Chahed, et de son homologue espagnol, Mariano Rajoy, qui est accompagné de la secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Maria Luisa Poncela Garcia et d’une délégation multisectorielle d’hommes d’affaires espagnols, a annoncé la centrale patronale, vendredi 23 février 2018 dans un communiqué.

Cette rencontre, organisée par l’UTICA en collaboration avec la CEOE (Confédération Espagnole des Entreprises) et le Conseil d’affaires tuniso-espagnol, se tiendra en marge de la 8ème session de la réunion de haut niveau tuniso-espagnole. L’objectif est d’avoir “un regard croisé sur les potentialités économiques des deux pays, ainsi que de favoriser l’échange des expériences engagées par les deux pays en matière de réformes économiques“.

Il est à préciser que la 7ème session de la réunion de haut niveau tuniso-espagnole s’est tenue il y a dix ans, en novembre 2008, à Madrid. La séance de rattrapage urgeait donc !

La séance de clôture de la rencontre sera marquée par la signature du renouvellement du Protocole d’Accord instituant la création du Conseil d’affaires tuniso-espagnol entre l’UTICA et la CEOE.

Selon des statistiques publiées par la Chambre tuniso-espagnole, les exportations tunisiennes vers l’Espagne se sont élevées à 1 020 millions de dinars (MD) alors que les importations ont été de l’ordre de 1 750 MD. En 2016, l’Espagne a été le cinquième importateur de produits tunisiens et le sixième fournisseur du pays. Les investissements espagnols en Tunisie ont atteint 1 270,16 MD, en 2016.

En Tunisie, 64 entreprises à participation espagnole sont dénombrées et emploient 6554 travailleurs. En Espagne, près de 4 mille entreprises entretiennent des relations avec la Tunisie.

Un filon à exploiter !

Certes les liens entre la Tunisie et l’Espagne sont loin d’être du même niveau que ceux avec la France ou l’Italie, mais ça peut vite en prendre le chemin. Par ailleurs l’Espagne est un pays qui est allée très vite dans son décollage économique, certes fortement dopé par l’Union européenne, à coups de milliards d’euros, comme pour la Grèce et le Portugal, mais tout de même Madrid a des ressorts internes qui ont permis d’exploiter de manière optimale l’aide massive des pays européens. Et ça pour une Tunisie qui cherche encore sa voie, ça a valeur de pédagogie et de source d’inspiration.

L’Espagne n’est pas au meilleur de sa forme en ce moment, notamment à cause de difficultés politiques persistantes qui lui ont valu des années d’instabilité, avec des psychodrames récurrents autour de changements intempestifs de gouvernement. Le pays allait nettement mieux depuis le retour de Mariano Rajoy aux affaires, puis patatras : Les indépendantistes remettent ça en Catalogne, une crise que le gouvernement central a très mal gérée, ce qui lui a valu d’être au banc de la communauté européenne, avec tous les risques que cela draine pour sa démocratie. C’est donc le chef du gouvernement d’un pays balloté, aux abois à bien des égards, qui débarque à Tunis. Mais ne nous leurrons pas : l’UE ne lâchera jamais l’Espagne car si elle s’effondre, sous les coups de boutoir des indépendantistes, c’est tout l’édifice européen qui est menacé. Et ça ni la France, ni l’Allemagne, les deux poids lourds de l’Union, n’en veulent…

L’Espagne a des fondamentaux très solides, résiliente et qui a démontré sa capacité à aller vite dans les réformes, la croissance et l’emploi. La Tunisie a donc tout intérêt à saisir la perche que Rayoy va lui tendre, ici même à Tunis. De cette affaire dépend un rééquilibrage des échanges commerciaux avec l’Espagne pour rogner le volume des importations et accroitre celui des exportations. Et bien d’autres sujets que les collaborateurs de Chahed ont certainement déjà couchés sur le papier. En tout cas une chose est sûre : C’est une bonne nouvelle pour la Tunisie !

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Au vu de ce qu’a déballé le vice-président du Font National, Louis Aliot, dans l’émission “Bourdin Direct“, qui passe sur BFM TV et la radio RMC, on se dit que la Tunisie, le Maroc et l’Algérie ont bien de la chance que la formation d’extrême droite ne soit, pour le moment, qu’à la porte du pouvoir en France (la présidente du FN, Marine Le Pen, a été battue au second tour de la présidentielle de 2017 par Emmanuel Macron). Titillé par Jean Jacques Bourdin sur l’immigration en France, thème avec lequel Le pen et compagnie font leur beurre, Aliot s’est littéralement lâché sur les pays du Maghreb…

Si vous voulez dissuader les gens d’immigrer en France, il y a des mesures immédiates à prendre comme aller voir les pays d’origines qui nous envoient des migrants” dit-il. Puis, en dégainant les chiffres d’un rapport parlementaire publié mardi 20 février 2018 à l’Assemblée nationale française, il ajoute ceci : “Est ce que vous savez, aujourd’hui, quels sont les pays qui nous envoient le plus d’immigration ? Le Maroc, l’Algérie et la Tunisie (…). C’est quand même extraordinaire, trois anciennes colonies françaises dont une a voulu l’indépendance et qui aujourd’hui se fait professionnelle de la migration. Que ces gens-là s’occupent de leurs pays ! Ils ont des richesses incroyables ! Ils ont du pétrole, ils ont du gaz !” dit Aliot, visiblement très remonté (c’est très bon ça pour les petites affaires de son parti, devant un électorat très sensible à ces arguments). Ensuite, pour s’assurer un maximum d’effet, il assène : “Ils sont en train de faire crever leur jeunesse et en plus maintenant, ils nous envoient de l’immigration“.

Questionné sur le projet de loi Asile et Migration, qui sera soumis ce mercredi au Conseil des ministres français, le vice-président du FN, déclare, droit dans ses bottes, que rapatrier les migrants économiques est une “évidence“. Mais il se défend de remettre en cause “le droit d’asile” en direction des réfugiés politiques “persécutés dans leurs pays“.
Nous ne pouvons plus accueillir des migrants supplémentaires” en France, affirme-t-il, arguant le poids des dépenses pour les citoyens français.

Un écran de fumée

La question de l’immigration est le fonds de commerce de tous les mouvements d’extrême droite en Europe, donc la France n’est pas une particularité en la matière. D’ailleurs en Allemagne, le poids lourd de l’Union européenne, les déboires de la chancelière Angela Merkel ont commencé quand le Pegida a commencé à surfer sur les problèmes quasiment existentiels que posait l’accueil de centaines de milliers de migrants syriens et irakiens. Ce qu’Aliot se garde bien de dire, c’est que son pays, la France, aspire aussi de brillants médecins, chercheurs, ingénieurs, informaticiens… D’ailleurs ces dernières années combien de médecins tunisiens – et pas les plus mauvais ! – ont filé vers l’Hexagone ? Le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, assume d’ailleurs ce virage vers davantage de migrants, mais des migrants “bien choisis“, exactement comme le font les Etats-Unis et le Canada. De ce point de vue la France a beaucoup de trains de retard, que Macron a manifestement l’intention de rattraper. Cette facilitation des visas pour les étudiants n’a pas d’autre but.

La France certes est très préoccupée par son rayonnement culturel, la défense de la francophonie face à un anglais très conquérant, mais il y a aussi des impératifs économiques incontestables : Attirer les cerveaux du monde entier, notamment d’Afrique, pour espérer en garder le plus et assurer le sursaut de la 5ème puissance économique du monde. On ne peut pas le lui reprocher, les pays émetteurs de migrants n’ont qu’à faire ce qu’il faut pour retenir leurs élites et leurs plus brillants étudiants !

Pour faire le tour de la question, rappelons les derniers chiffres de l’INSEE en la matière, qui datent de 2013. D’après ces données, environ 30% des immigrés (légaux et illégaux) en France sont originaires du Maghreb. On avait dénombré 760.000 Algériens, 710.000 Marocains et 259.000 Tunisiens en France en 2013. Les Algériens formaient 13% du total des immigrés en France, les Marocains 12,2% et les Tunisiens 4,4%. Ce n’est pas négligeable, certes, mais ce n’est pas non plus cette invasion que le FN veut installer dans les têtes des Français dits, improprement d’ailleurs, de souche. Il faut relativiser, dans une population de près de 67 millions, quelques centaines de milliers d’immigrés ne devraient remuer personne, surtout quand ils ont un poids évident dans l’économie du pays…

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Seul comme un grand, Marwane Abassi vient d’obtenir la confiance de l’ARP pour occuper le poste de gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT). Il remplace ainsi Chedli Ayari, qui a présenté mercredi 14 février 2018 sa démission au chef du gouvernement. Abassi a remporté le vote par 134 voies sur 157 présents, 18 élus ont voté contre et 5 autres se sont abstenus…

Le nouveau gouverneur avait auparavant fixé deux priorités pour son action à la tête de la BCT : en premier lieu la maitrise de l’inflation et en second la réduction des deux déficits, celui de la balance commerciale et celui de la balance des paiements. Marwane Abassi a aussi évoqué une action à entreprendre en matière de décashing et d’introduction de nouveaux moyens de paiement.

Le nouveau gouverneur de la BCT a estimé que les indicateurs économiques actuels font peur et que le seul moyen de sortir de la crise réside dans le travail, la production et la productivité. Evoquant la question de la valeur du dinar, il a dit que c’est la résultante de la situation dans le pays et que le traitement du sujet du dinar doit se faire de manière à sauvegarder les intérêts économiques du  pays.

On retiendra quand même cette affirmation du nouveau gouverneurt devant les élus, leur disant “je ne suis pas un optimiste naïf”. Un marqueur à retenir pour les jours difficiles en perspective…

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Marwane Abassi débarque à la BCT, avec en bandoulière sa liste de diplômes et états de service longue comme le bras, et tous les problèmes du pays sont réglés. La production repart, partout, comme par enchantement. La CPG en a fini avec les sit-in et autres opérations nuisibles, et s’est remise à exporter, massivement. Tous les secteurs se sont mis à exporter. Les devises affluent et, mécaniquement, du fait de l’abondance de l’offre en monnaies étrangères, l’érosion du dinar est enrayée ; la monnaie retrouve de la vigueur, de la valeur et recommence à tutoyer les sommets avant tous ses déboires post-révolutionnaires. L’Etat, dont les coffres se remplissent à vue d’oeil grâce aux recettes fiscales, paye mieux ses agents, qui se donnent à fond au travail et font preuve de diligence dans le traitement des dossiers, notamment ceux liés à l’investissement ; toute l’économie du pays en tire un grand bénéfice. La croissance est de retour, forte. Les banquiers, qui ont les poches pleines, financent les entrepreneurs par centaines, par milliers… Nous devons arrêter ici notre économie-fiction, aux allures de poisson d’avril avant l’heure, et regarder la réalité en face : Chedli Ayari part mais les problèmes du pays eux restent…

Force est de reconnaitre que ce départ, ou plutôt son timing, avait, tout de même, du panache. En effet il est intervenu juste avant le lynchage programmé du désormais ex-directeur de la BCT. En déposant sa lettre de démission sur le bureau du chef du gouvernement mercredi 14 février 2018, Ayari a coupé l’herbe sous le pied des snipers du Parlement, qui salivaient à l’avance à l’idée de s’offrir le scalp de l’une des plus hautes autorités de la Tunisie. L’ex-patron de la plus puissante institution financière du pays s’est donc épargné une curée qui allait être sanglante, et a épargné au passage aux citoyens le spectacle navrant d’un show de parlementaires qui font une incursion dans des sujets qu’ils ne maitrisent absolument pas et que le miracle du départ précipité du dictateur a propulsés dans cette honorable Assemblée. Du coup la séance de ce jeudi après-midi à l’ARP sera une simple discussion de comptoir, pour adouber in fine le nouveau gouverneur de la BCT. A part ce gain personnel pour Ayari, pour son honneur, sa dignité, dont se souciait l’économie Radhi Meddeb, il y a le gain pour l’institution. En effet en tirant le tapis sous le pied des flingueurs de l’ARP, l’ex-gouverneur de la BCT a évité à son institution un déballage nauséabond qui allait jeter l’opprobre sur un organisme dont on se paye régulièrement la tête depuis la folle rumeur des lingots d’or qu’elle aurait remis à Leila Ben Ali.

S’il suffisait de…

Clap de fin pour Ayari, un trophée de plus pour Youssef Chahed. Le démon des sacrifices humains est revenu hanter le palais de la Kasbah. La tête du gouverneur de la BCT est allée enrichir la belle collection du chef du gouvernement, qui déborde de l’armoire ! Le temps n’y a rien fait, il continue de penser qu’en coupant une tête, et en faisant offrande aux détracteurs, tout allait s’arranger, mécaniquement. S’il suffisait de sacrifier quelqu’un pour solutionner tous les problèmes, ça se saurait. Le départ de Lamia Zribi du département des Finances, qu’on a accusée d’avoir accentué l’érosion du dinar par ses déclarations fracassantes, n’a en rien arrangé les affaires de la monnaie nationale. L’éjection de Néji Jalloul du ministère de l’Education n’a en rien calmé les enseignants, qui sont d’ailleurs en grève ce jeudi pour les mêmes sempiternelles raisons. Et enfin, dernier argument dans ce sens, le fait que 7 chefs de gouvernement ait défilé à la Kasbah depuis 7 ans sans que cela n’améliore d’un iota la situation du pays, au contraire, est bien la preuve que le sacrifice humain créateur, salutaire reste une vue de l’esprit au meilleur des cas, au pire un voeu pieux.

Ce ne sont pas une, deux ou trois têtes qu’il faudrait couper pour que ça soit salvateur pour la Tunisie, mais des centaines, voire des milliers. Dans n’importe quelle nation du monde vraiment démocratique, ce qu’a dit Chedli Ayari sur la tonne de correspondances adressées par la CTAF au gouvernement aurait suffi à déclencher une enquête parlementaire, mais pas comme celle sur les réseaux d’envoi de djihadistes ou sur la répression du 09 avril 2012, qui ont explosé en plein vol, mais une vraie enquête pour situer les responsabilités et édicter les sanctions qui s’imposent.

Terrain miné pour Abassi

Une institution qui pilote la politique monétaire inféodée au pouvoir politique, lequel par définition est soumis aux pressions populaires et au diktat des vents des élections, c’est impensable avec la Réserve Fédérale aux Etats-Unis, avec la Bundesbank en Allemagne, la Banque Centrale Européenne, etc.  Puisque nous ambitionnons de bâtir une vraie démocratie, comme les leurs, alors commençons par en appliquer les grands principes ! Mais en Tunisie on s’accommode des imperfections héritées de la centralisation forcenée de la 1e République. Ainsi, la Constitution actuelle donne la possibilité au chef du gouvernement de révoquer le gouverneur de la BCT sans même en exposer clairement le motif, ce qui s’est passé avec Ayari. Autant dire que la loi organique laquelle, théoriquement, fixe le mandat du patron de la BCT à 6 ans, c’est du flanc. Avant Ayari, Mustapha Kamel Nabli avait été débarqué par Moncef Marzouki pour un motif très futile, dérisoire, sans même que ça fasse une vague, à part celle de Nabli, qui s’était défendu énergiquement et brillamment à l’ARP, vainement.

Si Abassi ne parvient pas à écarter cette épée de Damoclès sur sa tête – la possibilité d’être révoqué à tout moment -, en réclamant et en obtenant une vraie indépendance pour l’institution, il n’avancera pas d’un pouce. Se contenter de plaider non coupable, même avec brio, sans avoir les moyens de sa politique, de changer les choses, mènera au même psychodrame qu’avec Ayari. Pour le plus grand malheur de la Tunisie, de moins en moins comprise par ses partenaires étrangers…

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L’Etat hébreu revient hanter l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Cette fois il s’agit de la criminalisation de la normalisation avec Israël, une affaire qui commence à devenir un vieux serpent de mer. Il était question, à un moment, dans la liesse de la confection de cette Constitution qu’on voulait “la meilleure du monde“, de le graver dans le texte fondateur de la 2ème République. Mais le Parlement a reculé devant l’immensité, la complexité et les implications de la tache. Le dossier est revenu, comme un boomerang, mais sous la forme d’un projet de loi que l’ARP devait examiner la semaine dernière. Deuxième recul : Les débats ont été reportés, malgré les vociférations du Front populaire, qui a accusé, vendredi 09 février 2018, la majorité parlementaire – Nidaa Tounes et Ennahdha – de “manipuler les procédures” et de “céder aux pressions pour faire capoter le projet de loi“. Le FP n’a pas tort, car sur ce coup la coalition au pouvoir est bien tentée de manger son chapeau, pour les raisons que l’on sait : Derrière Israël il y a les Etats-Unis. Se mettre à dos Tel-Aviv ça passe encore, mais irriter le pays de l’Oncle Sam, avec à sa tête l’irascible Donald Trump, c’est une toute autre histoire…

La dernière fois que la question israélo-palestinienne a mis le feu à l’ARP, c’est quand Trump a provoqué un tollé planétaire en reconnaissant Jérusalem comme la capitale de l’Etat hébreu. Depuis le président américain, sous les tirs nourris de la communauté internationale, a, semble-t-il, radouci le ton et tenu des discours où il y a comme une inflexion de sa politique internationale et de son rapport au monde. Il a même demandé à Israël de faire des concessions pour ne pas atomiser définitivement le processus de paix avec les Palestiniens, dont le pouls est au plus bas ces dernières années. Dans cette affaire, les USA ont presque été unanimement condamnés lors de l’Assemblée générale des Nations Unies. Mais les scènes qu’on a vues en Tunisie, que ce soit à l’ARP (avec des débats passionnés, enflammés et cet immense drapeau palestinien bien en évidence) et dans les rues, on ne les a pas vues même chez ceux qui prétendent être les premiers soutiens de la cause palestinienne et qui nous rebattent les oreilles avec ça lors des prêches du vendredi. Je parle, évidemment, des pays du Golfe. Elle est ainsi faite la Tunisie post-révolutionnaire : Entière, sans demi-mesures, passionnée… Certes la cause est juste, le combat légitime, l’action noble, mais sa flamboyance, ses fulgurances et ses excès mettent la diplomatie du pays dans une situation délicate.

Avoir les moyens de son indignation, “that is the question”

Avant cette affaire il y a eu l’assassinat, en pleine rue, devant sa maison, de Mohamed Zouari. C’était le 15 décembre 2016. Un meurtre que Israël avait, à demi-mots, revendiqué, en ayant même l’outrecuidance d’asséner qu’il allait continuer à traquer ceux qui menaçaient sa sécurité. La même ARP s’était embrasée autour de cette affaire, avec force condamnations, déclarations fracassantes, pour finir par exiger que toute la lumière soit faite par une Commission d’enquête parlementaire et que l’exécutif tunisien aille jusqu’au bout, en termes de représailles diplomatiques. Ce que le gouvernement s’était engagé à faire. On connait la suite. La passion, et c’est hélas récurrent, est retombée à l’ARP et d’autres sujets ont pris le dessus.  Zouheir Maghzaoui, député du Bloc démocrate, a bien relancé, samedi 10 février 2018, le ministre de l’Intérieur sur l’avancement de l’enquête, mais c’était surtout pour la forme. Ce dossier n’est plus une priorité pour l’ARP, et le ministre l’a bien compris, il s’est même permis de botter en touche en déclarant, le plus tranquillement du monde : “Je ne suis pas habilité à donner des détails sur ce dossier, état donné qu’il est désormais entre les mains du pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme”, rapporte Shems FM…

Israël, c’est un fait incontestable, est un Etat-voyou, le seul qui s’autorise à s’asseoir sur les résolutions de l’ONU sans qu’aucune tuile ne lui tombe sur la tête. On ne les compte plus les condamnations et injonctions des Nations Unies qu’ils a bravées, piétinées allègrement. Et ça n’empêche pas son Premier ministre de se balader partout dans le monde, alors que d’autres chefs d’Etats moins costauds se planquent et jouent à cache-cache avec la CPI, pour cause d’accusations de crimes de guerre, crimes contre l’humanité. Mais Israël lui n’en a commis aucun de ces crimes ! Il est vrai que quand on a les Etats-Unis comme soutien indéfectible, que ce soit avec un démocrate ou un républicain à la Maison Blanche (Barack Obama, quels que soient ses mérites par ailleurs, n’a pas fait mieux ou pire que Donald Trump sur ce dossier), on a le temps de voir venir. La même administration américaine que le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, était allé voir, pour, entre autres, le convaincre de ne pas raboter l’aide financière. Les mêmes Américains qui appuient en ce moment les entreprises tunisiennes à l’export et dont l’ambassadeur a pris des engagements, à Gasfa. Cette aide, dont la Tunisie a cruellement besoin, fixe justement les limites de l’indignation, de la protestation, quels que soient les motifs de la colère.

Pour avoir les moyens de son indignation, il ne faut pas tant dépendre du soutien étranger. Or la Tunisie est loin d’être en mesure de couper le cordon. C’est cette même logique qui pousse le berceau du printemps arabe à avaler la dernière gifle de la Commission européenne et à retourner à Bruxelles, pour plaider sa bonne foi et pour, in fine, quémander… une aide financière. Pour avoir une diplomatie qui peut se permettre d’envoyer paitre les Etats-Unis et l’Union européenne, il faut être assis sur une économie solide qui ne doit à aucun partenaire sa survie. C’est le cas de la Russie, de la Chine, de la Turquie dans une moindre mesure, etc. Mais je ne vous apprends rien en vous disant que la Tunisie est très loin de pouvoir en dire autant…

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Le président français, Emmanuel Macron, qu’on a vu danser au Sénégal, parader aux côtés de la star planétaire Rihanna et même s’exprimer dans la langue nationale, le Wolof, n’était pas là pour amuser la galerie ou pour se payer du bon temps. Il était surtout là pour ses petites affaires, avec beaucoup de sous à la clé. Alors qu’en Tunisie, où il était juste avant de débarquer au Sénégal, il a sorti son carnet de chèques et a dépensé, pas peu, à Dakar il a encaissé, et pas peu !

Macron a certes gratifié le Sénégal d’une visite officielle de 3 jours – du 1er au 3 février 2018 -, ce que les dirigeants du pays et leurs concitoyens ont beaucoup apprécié, mais les entreprises françaises ont également beaucoup apprécié ce voyage, et pour cause : Elles ont paraphé des contrats évalués à plus de 300 milliards de francs Cfa, rapporte MétroDakar. La France s’en sort finalement à peu de frais, à peine 47 milliards de Francs Cfa pour soutenir des projets locaux.

Dans le détail, le président français a octroyé à l’Etat sénégalais 15 millions d’euros (9,8 milliards de FCfa) pour bloquer l’avancée de la mer à Saint-Louis ; 25 millions d’euros (16 milliards de FCfa) pour retaper le patrimoine de la vieille ville et ancienne capitale du pays ; plus 12 millions d’euros (7 milliards Cfa) pour bâtir 17 collèges à Dakar, la capitale ; 41 millions d’euros (20,99) milliards Cfa pour tonifier les politiques publiques dans le domaine de l’approvisionnement en eau et l’assainissement. Voilà pour le Sénégal.

Vox Populi a chiffré les contrats engrangés par la France : Il y a d’abord l’acquisition par le Sénégal, pour 112 milliards de FCfa, de deux avions Airbus 330-900 neo. A ajouter au contrat lié à l’entretien du Train express régional (TER), plus de 100 milliards de francs Cfa. A noter que l’Agence française de développement (AFD) a injecté plus de 200 milliards de FCFa dans ce projet, que le Sénégal, devra, évidemment, rembourser, avec les intérêts. Enfin sachez que plus de 568 milliards de francs Cfa ont été investis dans le TER… des sous qui tombent directement dans les poches des boites françaises qui pilotent ce méga projet (Alstom, SNCF, RATP). Maintenant vous savez pourquoi Macron avait le sourire à Dakar…

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C’est l’histoire d’un énorme raté entre le GAFI, groupe d’action financière en charge de l’examen et l’élaboration des mesures de lutte contre le blanchiment de capitaux, et dont les avis font autorité en la matière dans le monde et la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen (PE). Une affaire qui pourrait couter très cher à la Tunisie, puisqu’il s’agit, ni plus ni moins, de statuer sur le fait de savoir si le berceau du printemps arabe a sa place dans la liste noire des “États susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme“. Alors que le GAFI, dont c’est le métier et qui mobilise des experts pour cela, a clairement félicité la Tunisie pour ses efforts en la matière et a décidé de la sortir du groupe des «pays à haut-risques et non-coopératifs» pour la placer dans la catégorie des «pays sous surveillance», c’est-à-dire qui s’activent pour hausser le niveau de leur dispositif et qui ont pris des engagements fermes dans ce sens. Alors pourquoi les arguments du GAFI et des responsables tunisiens qui avaient fait le déplacement à Bruxelles n’ont pas été pris en compte ? La Tunisie est-elle victime d’une cabale ou d’une incompréhension des bureaucrates européens qui appliquent de manière aveugle le principe de précaution jusqu’à enterrer les nuances des experts ?

Pourtant une députée européenne, Marie-Christine Vergiat, a énergiquement défendu la Tunisie, avec force démonstrations et en mettant les conclusions du GAFI sous le nez de ses collègues. Une partie des députés européens l’ont suivie, mais les autres sont restés inflexibles : Sacro-saint principe de précaution, qu’ils appliquent par ailleurs sur l’hygiène, la sécurité… Ils n’ont pas voulu accorder la moindre attention aux subtilités du GAFI, pas de distinguo entre «pays à haut-risques et non-coopératifs» et «pays sous surveillance», on met tout le monde dans le même panier. Alors que justement si, il faut des nuances car si c’est une broutille pour le PE, la Tunisie elle, qui se débat dans les affres de l’instabilité politique et du marasme économique depuis 7 ans, a beaucoup à perdre, elle qui a déjà tant bataillé pour s’extirper de la liste noire des paradis fiscaux.

Voilà l’intégralité du discours de “l’amie” de la Tunisie lors du débat au Parlement européen, lundi 05 février 2018 :
Je suis intervenue au Parlement européen en session plénière à Strasbourg le 5 février 2018 pour déposer au nom de mon groupe une objection contre l’inscription de la Tunisie sur la liste européenne des pays à risque concernant le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Retrouvez ci-dessous le contenu de mon intervention.

“Comme d’autres, j’ai vu apparaître avec surprise et incompréhension la Tunisie le 5 décembre 2017 sur la liste noire des paradis fiscaux piloté par le Conseil puis le 13 décembre sur celle des pays à hauts risques en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme pilotée, elle, par la Commission.

Pour la première, le Conseil est revenu sur sa décision le 23 janvier 2018 en profitant pour sortir 7 autres pays dont le Panama. Dont acte.

Mais pour l’autre, la Commission maintient sa position et je n’ai pas été convaincue par ses arguments le 29 janvier dernier lors de la réunion LIBE-ECON.

C’est pourquoi au nom de mon groupe j’ai déposé cette objection pour que la plénière puisse s’exprimer.

La question n’est pas la lutte contre le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme. Nous sommes tous d’accord pour aller de l’avant.

C’est une question d’affichage et de priorités en ce domaine.

La liste noire en question ne comportait début décembre que 11 pays, dont 5 pays du MENA – tous pays en guerre (Afghanistan, Irak, Syrie, Yémen) plus l’Iran mais pas la Libye ni aucun pays du Golfe. Que vient faire la Tunisie là-dedans ?

On nous dit en off bien sûr que d’autres pays vont venir y compris des pays européens. Permettez-moi d’être sceptique.

On nous dit aussi que l’inscription sur cette liste ne vaut pas sanction mais surveillance accrue ? C’est vrai. Mais quel signal envoie-t-on aux investisseurs et aux créanciers de la Tunisie ? Quels dégâts auront été faits d’ici à ce que la Commission revienne sur son acte délégué, le fera-t-elle et si oui quand ?

La Tunisie demeure fragile économiquement. Elle avance pas à pas dans sa transition démocratique. Faut-il rappeler que les nouvelles institutions n’ont vraiment commencé à travailler qu’en 2015 et que la modification de la législation sur ces sujets ont été parmi les premières mesures prises ?

Est-ce vraiment la meilleure façon de soutenir la Tunisie comme nous ne cessons de le proclamer que de la faire figurer sur cette liste.

L’évaluation du GAFI sur laquelle repose la décision de la Commission date de mai 2016. Or une nouvelle évaluation a été publiée le 6 décembre 2017, soit avant la publication de l’acte délégué. Le GAFI lui-même vient d’en tirer les conséquences pour sortir la Tunisie des pays à haut risque et la mettre sur la liste des pays sous surveillance ce qui entérine les avancées et les engagements du gouvernement tunisien : plus de 26 engagements honorés début décembre et d’autres depuis.
Alors pourquoi la Commission veut-elle à tout prix maintenir la Tunisie sur cette liste ? N’y avait-il pas d’autres pays à y inscrire de façon plus urgente, plus dangereux pour l’économie européenne. Est-ce si compliqué de refaire l’acte délégué ?

Comment travaille la Commission sur les pays du GAFI et selon quelles priorités.

Madame Mogherini a encore rappelé aujourd’hui que la stabilité de la Tunisie et la pleine réalisation de sa transition démocratique sont des questions prioritaires pour l’UE qui sera toujours aux cotés de la Tunisie.

Alors il faut agir en ce sens. Je crains personnellement que les enjeux soient autres et que l’on cherche à faire pression sur la Tunisie pour qu’elle mette en œuvre plus rapidement d’autres réformes et notamment certaines réformes dites structurelles.

Pour vraiment soutenir la Tunisie, je vous invite mes chers collègues à voter en faveur de cette objection pour mettre en cohérence les discours et les actes.”

Nous savons que la Tunisie travaille actuellement d’arrache-pied sur un plan de grande envergure, à partir des recommandations du GAFI, pour réformer en profondeur son système et sortir définitivement du viseur de l’instance internationale. Ni «pays sous surveillance», ni «pays à haut-risques et non-coopératifs», rien de tout ça, juste un pays normal, “clean”, comme tous ceux qui sont sortis des radars du GAFI, du Parlement européen. La Tunisie nourrit cette ambition, s’active dans ce sens, mais il y a du boulot jusqu’en avril 2018, date à laquelle elle doit déposer son rapport sur le bureau du GAFI, pour un verdict le mois d’après. En attendant elle doit faire ce qu’elle ne fait pas suffisamment en ce moment et qui lui a valu les déboires de la liste noire des paradis fiscaux : Installer ses quartiers à Bruxelles, y déployer une armada diplomatique pour travailler au corps les députés européens, être à l’affut des moindres frémissements pour réagir à temps et s’éviter les foudres du Parlement… Bref faire ce que font les autres, car l’Europe a changé. Les opinons publiques, travaillées par les mouvement de droite et d’extrême droite, sont de plus en plus rétives et incontrôlables, et ça bouscule les classes politiques. La chancelière allemande, la femme la plus puissante de la planète, en sait quelque chose, elle qui a un mal fou à former un gouvernement suite à son mini échec aux élections, malgré ses excellents résultats économiques…

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Se focaliser sur la partie vide du verre, la partie pleine. C’est toute la question après l’honneur qu’a fait à la Tunisie le président français, Emmanuel Macron, de lui réserver sa toute première visite d’Etat dans le monde arabe. Mais, forcément, après l’euphorie de ce séjour coloré, rythmé au point de donner le tournis, vie le temps du bilan. Le premier à sortir du bois est l’économiste et ancien ministre des Finances Hakim Ben Hammouda. Il a cassé un brin l’ambiance en assénant que les retombées du voyage du chef de l’Etat français ne sont pas à la hauteur de la difficile conjoncture et des besoins de l’économie tunisienne. L’expert a certes osé y aller de sa fausse note, dans un concert d’exaltation, mais il est loin d’être à le seul à tirer cette conclusion, les autres râlent derrière les murs, sans doute pour ne froisser celui qui avait l’air si ravi de fouler pour la deuxième fois le sol tunisien. Et puis ce n’est jamais bon de fâcher son premier partenaire économique et premier investisseur, quoi qu’on ait à lui reprocher.

Quand le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, a dit à la clôture du Forum économique Tunisie-France que son pays attend beaucoup de son meilleur “ami”, il faut comprendre par là qu’il attend de Paris plus que ce qu’il fait en ce moment. Et avant lui le ministre du Développement, Zied Ladhari, a dit à la tribune, et pas sur le ton de la plaisanterie, que la France ne comprend pas suffisamment les difficultés par lesquelles passe la Tunisie et la complexité de la transition en cours. Le message est on ne peut plus clair. Le souci c’est que Paris en fait déjà beaucoup, l’Agence Française de Développement (AFD) s’est engagée à hauteur de 1,2 milliard d’euros d’investissements en Tunisie entre 2016 et 2020. Elle n’est pas en mesure de donner plus, pour moult raisons…

Macron aussi a ses problèmes

La France est de retour“. Cette géniale invention de Macron est devenue le slogan de tous ses collaborateurs, et même un totem. Mais ce qui lui donne de la force c’est que c’est aussi une réalité, palpable en Europe, en Chine, en Afrique, où la diplomatie économique de l’ancienne puissance coloniale avait fini par s’émousser, par manquer de percussion et devenir complètement aphone au point de se faire damer le pion par l’Italie, sans parler des autres acteurs sur le continent africain (les Emirats arabes unis, la Chine, la Turquie, le Maroc…). Le 1er février 2018, au palais des Congrès de Tunis, lors du Forum Tunisie-France, nous avons pu toucher du doigt cette France de “retour“. Il y avait de l’électricité dans l’air, une surexcitation, des hôtesses partout, à l’affut des moindres demandes des participants. Mais l’agitation avait commencé la veille du Forum, avec des relances, au téléphone (à la presse, aux invités), pour s’assurer que Chahed et Macron feraient salle comble. Cette énergie, ce dynamisme, la France les avaient perdus. Et c’est justement ce que le candidat Macron avait promis aux électeurs de restaurer. C’est ce qui lui avait permis de coiffer au poteau sa rivale du deuxième tour, Marine Le Pen, épargnant à l’Hexagone, mais pas qu’elle (à la Tunisie aussi, au Maroc, à l’Algérie, à l’Europe… bref au monde entier) la dangereuse aventure avec une présidente d’extrême droite, dont on connait les envolées xénophobes, le penchant pour le protectionnisme économique, etc. Mais Macron n’avait pas promis que cela.

Le jeune président français a été élu dans un contexte très particulier. Il avait quitté le gouvernement de Manuel Valls, sous les quolibets et les railleries, surtout de ce dernier (ironie du sort : Valls lui a couru derrière pour avoir l’investiture de son mouvement aux législatives), parce qu’il était allé au bout de ce qu’il pouvait faire pour bousculer la France, en déverrouillant notamment un marché du travail corseté par un droit du travail trop protecteur pour les salariés au point d’effrayer les investisseurs. Macron avait entrepris ce travail en proposant une réforme en profondeur du Code du travail, mais il n’avait pas tous les leviers (surtout un Parlement acquis à sa cause) pour avancer. Maintenant il les a. Mais la France n’avait pas que ça comme problèmes : L’Etat a pris de mauvaises habitudes en s’endettant plus que de raison (2232 milliards d’euros en septembre 2017, 99,2% du PIB !) ; en dépensant plus qu’il ne faut pour son train de vie, ses fonctionnaires (on se croirait en Tunisie !); en entretenant une administration trop lourde et qui fait dormir les dossiers, mêmes les plus importants (les démarches pour investir, un peu comme la Tunisie quoi) ; en tapant trop dans les poches des entrepreneurs, des riches (un impôt qualifié de confiscatoire qui fait fuir les grosses fortunes, donc les investisseurs) ; en s’accommodant d’un taux de chômage trop élevé par rapport aux bons élèves de l’Europe, 9,4% en décembre 2017 (autour de 3,5% en Allemagne, près de 4% en Angleterre…), etc. Chahed, qui a vécu et travaillé en France, ne pouvait pas ignorer ses problèmes et ses limites. De là à penser qu’il a mystifié les Tunisiens en jouant à celui qui veut en soutirer plus à Macron, il n’y a qu’un pas…

Pas droit à l’erreur, tous les deux

Macron s’est engagé à corriger toutes les anomalies citées plus haut. Puisqu’il a rendez-vous avec ses électeurs dans un plus de 4 ans – ça va passer très vite ! – et qu’il n’a pas envie de subir le même sort que François Hollande (son impopularité du fait de son incapacité à réformer la France lui a interdit de briguer un deuxième mandat), alors il est tenu de faire ce qu’il avait dit, et de dire ce qu’il fait. Et ses électeurs ne lui pardonneraient pas de prêcher en France l’orthodoxie dans la gestion des deniers publics et de faire le contraire à l’extérieur, même si c’est pour tirer d’affaire un pays “frère” (il a lui-même utilisé ce terme au Parlement tunisien). Durant sa campagne, Macron s’était engagé à mettre un terme à l’ère sombre de la France-Afrique, où des montants colossaux circulaient, et atterrissaient souvent dans les poches de dirigeants qui faisaient tout sauf dépenser pour le bien des populations et de l’économie. Dans le cas de la Tunisie, la France est dans une position attentiste ; elle attend que Chahed, pour le temps qui lui reste avant les élections de 2019, remette le pays au travail, qu’il aille au bout des réformes qu’il a promises pour relancer la machine économique. Mais la France attend aussi que la situation politique se décante en Tunisie, pour avoir une stabilité, un cap dans la durée. Et seules les prochaines élections nous le diront. Si Macron veut temporiser pour doubler d’ici 5 ans les investissements en Tunisie, lesquels devront être rentables, rappelons-le, c’est pour aussi pour avoir le temps de voir venir. Il a beau adorer le berceau du printemps arabe et son président, Beji Caid Essebsi, 7 chefs de gouvernement en 7 ans, ça ne peut pas faire du bien à un pays, surtout à son économie…

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Sauver la Tunisie, son économie, une nécessité absolue, doublée d’une urgence, tout le monde en convient, même les esprits les plus retors. Le problème c’est comment, par quels voies et moyens. A ce niveau la cacophonie est de sortie, les désaccords profonds. Et c’est justement ce qui prive le gouvernement de la mobilisation de toutes les énergies vers le sursaut qui va tirer la Tunisie de ce mauvais pas. A en croire les bruits émanant de la rue, la potion proposée – la Loi de finances 2018 – par le chef d’orchestre, Youssef Chahed, adoubé par le principal bailleur de la Tunisie, le FMI, est trop amère. Si on se tourne du côté des partis politiques, le mécontentement, certes dicté par des calculs électoralistes et des intérêts partisans, est aussi criant. Les défections autour du Document de Carthage l’illustrent à merveille. Si on prend le pouls des organisations nationales phares, signataires du Pacte de Carthage auquel le chef du gouvernement doit sa légitimité, la discordance est de mise. Les sons de cloche entre l’UTICA, l’UGTT et l’UTAP sont tellement différents que la seule chose qu’on retient est la défense des intérêts des parties, exactement comme le font les partis politiques.

Majoul plus coriace que Bouchamaoui !

L’ex-présidente de l’UTICA, Wided Bouchamaoui, que ses soutiens ont suppliée de rester à la tête de la centrale patronale, disent-ils, a bataillé jusqu’au bout contre la Loi de finances 2018 et ce, dans tous les déplacements qu’elle faisait dans le pays. Elle s’est retirée certes, pour panser ses plaies et se recentrer sur son business, mais elle a laissé une empreinte et surtout des dernières volontés, un héritage prégnant. Dans son discours lors du Congrès électif, elle a demandé aux patrons de ne pas s’accoquiner avec le personnel politique, ce qui en dit long sur la cote d’amour des politiciens chez les entrepreneurs, mais elle a aussi demandé à ses collègues de ne pas brader leurs intérêts et de se défendre énergiquement. Choses que manifestement le successeur de Bouchamaoui, Samir Majoul, a l’intention de faire. Il l’a dit haut et fort dans une radio privée de la place, Shems FM et un de ses collaborateurs, Khaled Sallemi, l’a martelé à Africanmanager. Mieux, le nouveau patron des patrons va tenter de faire graver sur le marbre les préoccupations de son organisation, en demandant qu’un volet économique soit inséré dans le Document de Carthage. Nous ne sommes pas sûrs, à ce stade, que l’UTICA obtiendra gain de cause, mais on peut être certain qu’elle va tirer dans les pattes de Chahed, exactement comme l’a demandé Bouchamaoui. Mais peut-on reprocher à la centrale patronale de demander la lune, alors que médecins, enseignants, ouvriers des chantiers, juges et tous ceux qui s’activent dans ce pays le font ?!

Taboubi ne lâchera rien

Le secrétaire général de l’UGT T,  Noureddine Taboubi, est revenu samedi 27 janvier 2018 sur un de ses exercices favoris en ce moment : Tirer sur la classe politique et lui donner des cours magistraux. En a-t-il le droit, la légiitmité, la compétence ? C’est aux principaux intéressés, les politiciens, de le dire. Ce qu’on constate en tout cas c’est qu’ils ne mouftent pas face aux sorties au vitriol, répétées, du leader de la centrale syndicale. “La Tunisie fait face à des difficultés socioéconomiques qui imposent la conjugaison des efforts de tous“. Les partis politiques sont appelés à prendre leurs responsabilités pour offrir au pays un climat démocratique sain, respirable. C’est la dernière leçon administrée par Taboubi et rapportée par la TAP. C’était lors du neuvième congrès ordinaire de l’Union régionale du travail à Ben Arous. On ne prend pas beaucoup de risques en affirmant que là encore, comme les fois précédentes, les partis politiques ne piperont pas mot, ne répliqueront pas. Taboubi a peut-être raison, finalement, de dire ce qu’il dit. Mais il n’a pas dit que ça, il a aussi fait savoir que l’UGTT entend jouer son rôle national et politique, notamment pour imprimer sa marque dans les politiques ayant trait à la justice fiscale, la réforme des systèmes éducatifs et sanitaires et la mise en place d’un autre modèle de développement. Autre engagement de Taboubi, lequel assurément terrorise Chahed, à la tête d’un Etat qui dépense déjà trop pour ses fonctionnaires : l’UGTT ne lâchera rien sur les échéances fixées pour les négociations sociales. Comprenez par là les discussions autour des hausses de salaire. Au moins le chef du gouvernement est averti !

Zrar a des demandes, comme les autres 

L’UTAP était également de sortie samedi 27 janvier 2018. Décidément c’était une journée faste ! “L’agriculture est un secteur qui peut résoudre les problèmes de la Tunisie“, a déclaré le chef de file des agriculteurs et des pêcheurs, Abdelmajid Zar, lors de l’ouverture du 12ème congrès de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche de Nabeul. Il n’a pas tort quand il dit que son secteur “offre plusieurs solutions réelles qui pourront résoudre les problèmes du secteur, tels que l’exploitation des terres domaniales abandonnées, alors que des milliers de jeunes sont au chômage“. Entre autres doléances, il a demandé – lui aussi, comme tout le monde ! – que le gouvernement mette le paquet sur la stratégie de dessalement de l’eau de mer pour résoudre les problèmes cycliques de sécheresse, qui vont monter crescendo avec le réchauffement climatique. C’est justement l’objet du déplacement du ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Samir Taieb, à Djerba, dit-il, un voyage qui lui a valu bien des déboires à l’ARP, où il devait se présenter face à des députés très remontés et qui avaient une tonne de reproches à lui faire. Les élus n’ont pas du tout apprécié le fait que Taieb leur pose un gros lapin, et l’ont fait vertement savoir en boycottant la séance plénière à laquelle pourtant assistait le secrétaire d’Etat qui sans doute maitrise les dossiers aussi bien que son patron, voire plus. Une séance plénière ajournée, une de plus. C’est toute la Tunisie qui perd dans cette affaire un temps précieux, un luxe que pourtant elle ne peut plus se payer…

Le pays ne manque pas de projets, en dépit des lenteurs administratives et autres grains de sables – litiges fonciers surtout – dans la machine. Pas plus tard que le samedi 27 janvier 2018, on a appris que le gouvernement va se pencher, le 02 février 2018, sur le projet du port en eaux profondes d’Enfidha et que les études géotechniques pour la construction du barrage de Boulaâba, dans la délégation de Kasserine-nord, ont démarré. Donc des choses intéressantes pour l’économie du pays il s’en passe, ce qui fait défaut c’est une vraie unité nationale et une convergence de vues autour des intérêts supérieurs de la nation. La classe politique et les organisations nationales ont tort de minorer la capacité de nuisance de cette désunion.

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Les sondages de Sigma Conseil dévoilés le samedi 20 janvier 2018 le démontrent : Nidaa Tounes et Ennahdha, en instance de divorce, un hameçon factice auquel personne n’a vraiment mordu, tiennent encore le pays, mais de façon très ténue. Avec des scores très faibles en termes d’intentions de vote pour les prochaines municipales et législatives, ils pulsent encore mais sur un champ de ruines que le désenchantement de leurs électeurs a ravagé davantage. Et avec la masse d’abstentionnistes et d’indécis parmi les citoyens que les collaborateurs de Hassan Zargouni ont sondés, les deux ténors de la scène politique locale, dont la popularité s’est sérieusement érodée, ont du souci à se faire. Mais tout ce bouillonnement a une autre conséquence, encore plus grave car impactant la trajectoire du pays : Le socle du gouvernement d’Union nationale fond comme neige au soleil. L’équipe de Youssef Chahed n’est maintenant composée que d’éléments du mouvement Ennahdha, de Nidaa Tounes et du parti Al-Massar. Quant au Document de Carthage, qui est à l’origine de l’installation de Chahed à la Kasbah, de moins en moins de formations politiques lui sont fidèles. Le chef du gouvernement compte désormais ses soutiens sur les doigts d’une main : Ennahdha, Nidaa Tounes, Al Massar, Al Moubadara et de l’Union patriotique libre (UPL). Les difficultés du pays ne seront pas qu’économiques en 2018…

Après le mouvement Echaâb, le parti Al-Jomhouri et le parti Afek Tounes, Machrou Tounes vient de se joindre aux partis qui se sont retirés du Pacte de Carthage et du gouvernement piloté par Youssef Chahed. Pour le parti conduit par Mohsen Marzouk, le gouvernement actuel ne peut être qualifié de gouvernement d’union nationale dans la mesure où il est dominé par Ennahdha et Nidaa.
Il a, dans ce sens, appelé à réviser “le processus du Document de Carthage” et à former un gouvernement de compétences nationales. Le Document de Carthage est “dépassé“. Il ne peut plus représenter un cadre idoine pour l’application des accords convenus, d’après Machrou Tounes.
Selon lui, le gouvernement de coalition Ennahdha-Nidaa est désormais incapable d’apporter des solutions pour sortir le pays de la crise.

Début novembre dernier, “Al-Joumhouri” avait critiqué le Document de Carthage et quitté le navire de Chahed après avoir accepté la démission d’Iyed Dahmani, seul représentant du parti au gouvernement. Pour le parti, le gouvernement d’union nationale est désormais incapable de réaliser les priorités du Document de Carthage en l’absence d’une approche réformatrice cohérente.
Quant au mouvement Echaâb, il a estimé que le Document de Carthage a dévié de ses véritables objectifs. “La Tunisie a aujourd’hui besoin de nouveaux horizons pour jeter les jalons d’un projet national audacieux qui vient rompre avec la médiocrité et la mauvaise gouvernance et engager de grandes réformes de développement“, a-t-il affirmé. “Bien que nous ne soyons pas représentés dans le gouvernement, nous sommes directement concernés par la situation actuelle du pays“, a souligné le mouvement Echaâb.

Yassine Brahim, chef de file du parti Afek Tounes a estimé, quant à lui, que l’alliance entre Ennahdha et Nidaa a considérablement fragilisé l’unité nationale. La politique de consensus entre Ennahdha et Nidaa Tounes a échoué et vidé le Document de Carthage de tout sens, a-t-il affirmé.
Le 19 décembre 2017, le conseil national d’Afek Tounes avait pris la décision de se retirer du gouvernement. Les représentants du parti, deux ministres et deux secrétaires d’Etat ont choisi de démissionner du parti, mais ont été maintenus à leurs postes ministériels.

Après son retrait fin 2016 du gouvernement et du Document de Carthage, l’Union patriotique libre (UPL) avait rejoint le 13 novembre 2017 le Document de Carthage. Bien qu’il ne détienne plus de portefeuilles ministériels, l’UPL a annoncé son retour au Document de Carthage et son soutien au gouvernement d’union nationale. L’annonce a été faite à l’issue d’une réunion de concertation regroupant Nidaa Tounes, Ennahdha et l’UPL.

Le président de la République Béji Caïd Essebsi avait proposé, le 2 juin 2016, la formation d’un gouvernement d’union nationale qui bénéficie de l’appui de la majorité des sensibilités politiques et sociales.
Les concertations autour de l’initiative présidentielle avaient abouti, le 13 juillet 2016, à la signature du “Document de Carthage”, un document de synthèse qui définit les priorités du gouvernement d’union nationale.
Le document de Carthage a été signé par les partis de Nidaa Tounes, Ennahdha, l’UPL, Afek Tounes, Machrou Tounes, le mouvement Echaab, l’Initiative Destourienne, le Parti Républicain (Al-Joumhouri) et la Voie Démocratique et Sociale (Al-Massar) et l’Union générale tunisienne du Travail (UGTT), l’Union tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA) et l’Union tunisienne de l’Agriculture et de la Pêche (UTAP).

Faut-il écouter Morjane ?

Le président du parti Al Moubadara, Kamel Morjane a déclaré le samedi 20 janvier 2018 à Nabeul que la Tunisie traverse une situation difficile. “Je n’aimerais pas être à la place du chef du gouvernement“, a-t-il lancé, soulignant que son parti s’attache aux objectifs du Document de Carthage et défend l’idée d’unité nationale et de consensus dont le pays a “fortement besoin“.
Présidant cet après-midi la commémoration du 66e anniversaire de la révolution du 18 janvier 1952, Morjane a estimé que la Tunisie a plus que jamais besoin d’une évaluation objective de la situation, en particulier de la part des parties qui veulent aider le pays et interagir positivement avec ce qui se passe.
Al Moubadara, a-t-il insisté, continue de soutenir le gouvernement et appelle toutes les parties à faire prévaloir l’intérêt national et à privilégier le travail consensuel. Le parti n’appuie pas non plus l’idée de changer le gouvernement tous les six mois ou tous les deux ans, d’autant, a-t-il dit, que la Tunisie n’a pas besoin de vivre des crises politiques successives.

Concernant le fait de confier à des membres du gouvernement la coordination des activités de leur parti lors des élections municipales, Kamel Morjane a estimé qu’une telle décision “est quelque peu difficile dans la mesure où le processus démocratique en Tunisie n’en est qu’à ses débuts“.
Si le chef du gouvernement est d’accord et juge que cela n’a pas de conséquences sur son gouvernement, c’est son droit. Mais il doit en assumer la responsabilité“, a ajouté Morjane.
Rappelons que Nidaa Tounes avait annoncé le 8 janvier 2018 la création d’un Conseil national en charge du suivi des élections municipales et de l’accompagnement des listes électorales du parti et la désignation de 29 délégués au sein des différentes coordinations régionales du parti pour assurer le suivi des élections municipales. Ce Conseil est composé, entre autres, de ministres et de secrétaires d’Etat en exercice, des conseillers à la présidence de la République ainsi que des députés à l’ARP. L’affaire a fait grand bruit et continue d’en faire, jusqu’à ce que l’ISIE (Instance Supérieure Indépendante pour les élections), en s’appuyant sur la législation en la matière, sorte du bois pour clamer haut et fort le bon droit de Nidaa Tounes à procéder de la sorte. Pas sûr que sa voix, même drapée avec la loi, aide à dépassionner le débat, surtout pour un organisme dont l’élection du président a été incroyablement compliquée, entre calculs, tambouille politicienne et psychodrames à l’ARP, jusqu’à jeter l’opprobre sur sa neutralité…

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L’actuel président de la République, Béji Caïd Essesbi, qui à 91 ans maintient le suspense sur ses intentions au scrutin de 2019, reste le favori des électeurs, d’après un sondage de Sigma Conseil dévoilé ce samedi 20 janvier lors de l’Open Sigma 2018. BCE est crédité de 11,8% des intentions de vote.

Vient ensuite, mais assez loin derrière, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, qui est plébiscité par 7,5% des sondés alors qu’il n’a encore pris de position ferme pour cette élection, se bornant à déclarer qu’il se rangerait derrière le chef de l’Etat s’il se représente. L’ancien président de la République et fondateur du parti Irada, Moncef Marzouki, talonne Chahed avec 7% des intentions de vote. Puis il y a Safi Saïd avec 4,5%, Hamma Hammami avec 3,6%, Samia Abbou avec 2,2%, Slim Riahi avec 2%, Mohamed Abbou avec 1,8%, Mehdi Jomâa avec 1,7% et Hechmi Hamdi avec 1,5%.

Mais là aussi comme pour les municipales et les législatives, les 24,1% d’indécis peuvent faire bouger les lignes, et pas peu, d’ici la présidentielle de 2019…

 

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Pour ceux qui la craignaient ou l’espéraient, il n’y aura pas de seconde Révolution. Non pas que ce ne démange pas une bonne partie des citoyens, mais c’est un fait : L’Histoire repasse très rarement par le même chemin. D’abord les nations qui ont connu ce soulèvement populaire, massif et très particulier qui débouche sur un renversement de toute la table – les institutions – ne sont pas nombreuses à l’échelle du globe. Ensuite partout où cela s’est produit, le bouleversement est tellement profond, les esprits tellement chamboulés et le traumatisme tellement fort que les citoyens préfèrent nettement les imperfections d’un système plus ou moins démocratique aux aléas et incertitudes d’une deuxième révolte, avec ses promesses de refondation. Ce fut le cas en Angleterre, après une longue fièvre révolutionnaire, de 1642 à 1649 ; aux Etats-Unis, là aussi après une longue gestation, de 1765 à 1783 ; en France en 1789 ; en Roumanie en 1989, etc.  Les Tunisiens aussi préféreront les tourments que leur inflige une classe politique très en-dessous des standards à une deuxième Révolution, à peine 6 ans après la première. Mais les politiques auraient tort de se congratuler derrière les murs, avec des sourires satisfaits, en se disant qu’ils ont échappé à la vague populaire qui allait les emporter. Car ce qui se profile est bien pire que ça, pour eux et pour l’avenir du pays.

Depuis le fameux 14 janvier 2011, les citoyens n’ont jamais eu autant l’impression d’être frappés par des décisions injustes, à tort ou à raison. La Loi de Finances 2018, la principale raison de la discorde, avec sa cohorte de ponctions fiscales, très maladroitement vendues à la population, a laissé de côté une grosse part de l’économie, le secteur informel, pour taper sur les mêmes contribuables, plus facilement prenables. Par ailleurs les députés ont bloqué Youssef Chahed dans son élan pour aller plus loin dans la taxation des cafés, restaurants, grossistes, etc., et l’idée des caisses enregistreuses a été abandonnée en rase campagne. Tous ces rendez-vous manqués, ajoutés aux autres dysfonctionnements dans le pays, alimentent le sentiment chez les citoyens, encore une fois à tort ou à raison, que les dirigeants ne sont pas là pour les défendre et faire prévaloir le principe d’équité. Et tout cela nourrit une démotivation et une démobilisation générales qui font de sacrés dégâts, à tous les niveaux, lesquels vont de la désobéissance civile à l’abstention aux élections (que les sondeurs prédisent forte aux prochaines municipales), en passant par le non respect des lois, la corruption, le manque de productivité au travail (qui est déjà un fléau dans la pléthorique administration tunisienne), les incivilités diverses et variées, la montée de la violence, la dissolution du patriotisme, un climat insurrectionnel permanent dans les gouvernorats, etc., etc.

Chronique d’un crash annoncé

Cette musique du “tous pourris” – en parlant de la classe politique – qui monte dangereusement chez les citoyens nous mène tout droit vers un divorce entre la population et leurs dirigeants. Et ce sont les institutions et l’unité nationale qui vont trinquer. Et puis il y a l’économie, le talon d’Achille de la Tunisie en ce moment. Sans une convergence des énergies vers le même idéal, à tous les niveaux, les précieux point de croissance que lorgne le chef du gouvernement resteront une chimère. Et c’est justement cette dynamique que cette loi de finances et la montée affolante des prix, devant laquelle le ministre de l’Industrie a déclaré son impuissance, sont en train de casser, en brisant d’abord le moral des citoyens, qui l’a déjà dans les chaussettes à cause de moult anomalies qui sont nous yeux et qui discréditent complètement nos élites. On a un président de la République dont les saillies sortent régulièrement du cadre que lui a fixé la Constitution, sans que personne ne s’en offusque ; on a un chef de gouvernement qui a été installé par un Pacte, lequel parasite son pouvoir et de ce fait l’empêche d’être pleinement efficace dans son action ; on a des organisations nationales qui ont leur mot à dire – un peu trop fort – dans la direction des affaires du pays, alors qu’ils n’ont reçu aucun mandat du peuple pour cela ; on a un parti majoritaire au Parlement, Ennahdha, qui est dans la coalition gouvernementale et l’opposition en même temps, et retourne avec dextérité sa veste au gré du vent, etc., etc.

Et quand on regarde vers le parti sorti vainqueur des législatives de 2014, qui a perdu bien des plumes depuis, Nidaa Tounes, que voit-on ? Une formation qui depuis sa naissance fuit comme la peste un Congrès électif, malgré les promesses et qui est sous la coupe du fils du chef de l’Etat, un directeur exécutif qui ne doit son ascension fulgurante qu’à son patronyme et au silence coupable du papa, qui ne pipe pas mot devant le naufrage de la machine qu’il a pourtant fabriquée. Et que vient de nous servir Nidaa dernièrement ? Une flopée de ministres pour piloter des délégations régionales en vue des municipales qui terrorisent la direction du parti. Des activités partisanes alors que les collaborateurs de Chahed sont censés s’occuper, dans toute la mesure du possible, de questions d’intérêt national, lesquelles ont encore plus de prégnance avec les difficultés actuelles. Emploi de temps de ministre, a-t-on l’habitude de dire, pour signifier des journées bien remplies. Alors comment y glisser du temps pour des élections locales ?! Mais Nidaa Tounes, plus que les autres, se moque éperdument de l’image qu’il renvoie aux citoyens, à ses électeurs et fait de la politique à la hache, sans vergogne, sans se soucier de la bienséance, des convenances. Tout cela va couter très cher au parti prochainement… et aussi au pays, hélas.

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C’est fait. La rupture, formelle du moins, entre les deux poids lourds de la scène politique, Nidaa Tounes et Ennahdha, dictée, rappelons-le, par les résultats désastreux de leur collusion aux législatives partielles de la circonscription d’Allemagne, semble cette fois consommée. Dans le communiqué publié ce samedi 06 samedi 6 janvier 2018 au terme de ce qu’il faut bien appeler une réunion de crise, Nidaa annonce son divorce avec Ennahdha, en vue des prochaines élections municipales. Le parti va jusqu’à évoquer une concurrence avec les islamistes, qu’on devine féroce, pour se disputer les voix des électeurs. Ce n’est pas tout : Le parti fait appel, pour bétonner ses listes des municipales, à toutes les compétences qui ont le désir ardent de défendre l’idéal d’un Etat civil et moderne et qui veulent barrer la route au projet islamiste d’Ennahdha.

Nidaa déterre ainsi les armes dont s’était servi le fondateur du parti, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, pour rafler la mise aux législatives et présidentielles de 2014, des arguments que BCE avaient rangés au nom de la sacro-sainte coalition, pour le bien, disait-il, de la nation. On verra si la magie va fonctionner de nouveau en l’absence de ce que des ténors du partis avaient laissé entendre et qui pour le coup aurait pu créer un vrai électrochoc mobilisateur : L’éviction du directeur exécutif de Nidaa, Hafedh Caïd Essebsi…

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L’année 2017 a fini sur une note inquiétante pour l’avenir du pays, il faut bien le reconnaitre, quelle que soit notre propension pour la méthode Coué et le besoin impérieux d’entretenir une lueur d’optimisme pour pouvoir continuer à avancer. Pour le coup, nous ferons l’impasse sur la situation économique et ses périls, que les experts ont abondamment dépeints et nous nous bornerons au contexte politique lequel, tout de même, imprime la direction de la Tunisie, à tous les niveaux. Pêle-mêle, l’année a fini avec l’élection du trublion Yassine Ayari, que rien, pas même les recours judiciaires contre le choix d’une poignée d’électeurs, n’empêchera de siéger à l’ARP. Il y a aussi les dissonances au sein de l’UPL, dont le patron, Slim Riahi, a jeté l’éponge, un départ, dit-on, bloqué par les cadres de son parti. Et puis il y a Nidaa Tounes, avec ses bruits autour de l’éviction imminente de Hafedh Caïd Essebsi pour rebondir et regagner une crédibilité qui s’est sérieusement érodée. Enfin il y a le Pacte de Carthage, presque déclaré cliniquement mort, au point que Kamel Morjane et l’UGTT ont proposé leurs services : L’un pour le réanimer l’autre pour le supplanter, s’il le faut. La confusion est telle que le président de la République, Béji Caid Essebsi, encore lui, est obligé de monter au front, à 91 ans, pour tenter de sauver les meubles et tirer d’affaire une classe politique dont l’incompétence est devenue notoire.

D’abord le premier parti politique du pays, selon les résultats des dernières législatives : Nidaa Tounes. Les nombreux détracteurs de HCE, au sein même de la formation ou en dehors, ont exulté quand ils ont appris que celui qui a brillé par sa capacité à faire le vide autour de lui (que ce soit pour la flopée de dirigeants qui sont partis ou les électeurs qui ont boudé les législatives partielles de la circonscription d’Allemagne) allait être éjecté. Mais depuis plus rien. Manifestement la direction du parti, ou plutôt ce qui se présente comme tel (nous rappelons qu’il n’y a toujours pas de date pour le Congrès électif), hésite à mettre fin à la plus grande imposture et au plus grand hold-up politiques de l’après-révolution… parce que justement l’intéressé s’appelle Essebsi et que l’ombre du père continue de planer et tient encore, quoi qu’on en dise, la dragée haute à ses collègues de la scène politique.

Il y a aussi l’UPL (Union patriotique libre), qui est rentré dernièrement au bercail – Pacte de Carthage -, pour mieux l’agiter avec la démission surprise de son chef de file. Le climat politique, auquel rien n’est épargné en ce moment, pouvait se passer de cette énième secousse. Aux dernières nouvelles, Slim Riahi a été empêché par les siens de claquer la porte. Mais on n’en a pas la confirmation depuis, le devoir d’informer les citoyens-électeurs étant le cadet des soucis des états-majors des partis. In fine, Riahi partira, partira pas ? Mystère le plus absolu pour le moment. Un suspense mortifère pour un Pacte de Carthage que BCE se propose de sauver, à défaut de l’élever de plusieurs crans.

Autre curiosité du moment : Afek Tounes. Les compagnons de Yassine Brahim ont, très officiellement, quitté le navire – Pacte de Carthage et gouvernement – le 16 décembre 2017, pour cause de désaccords très profonds avec les orientations économiques de Youssef Chahed (la Loi de finances 2018). Sauf que, patatras, deux jours après, le 18 décembre 2017, des cadres du parti, dont des membres du bureau exécutif, du bureau politique et du conseil national, pondent un communiqué pour dire haut et fort leur attachement au Pacte de Carthage et leur appui au gouvernement. D’ailleurs les quatre ministres d’Afek Tounes, que Brahim et compagnie avaient sommé de quitter l’équipe de Youssef Chahed, y sont encore. Au jour d’aujourd’hui, personne n’est pas capable de dessiner le futur de ce parti de grosses têtes qui était pourtant promis à un bel avenir.

Nous ferons l’impasse sur Ennahdha qui, pour le moment, parvient à mettre le couvert sur ses dissensions à la faveur de sa discipline militaire qui tient à la personne de Rached Ghannouchi. Mais quid après sa disparition de la scène politique ? Les islamistes n’ont pas anticipé et mettent la tête dans le sable pour tenter de conjurer ce qui va sans doute sonner le glas de la légendaire unité du mouvement. Nidaa Tounes est a été laminé par la même affaire, quand BCE s’en est, formellement du moins, lavé les mains. Ennahdha ne sera pas épargné…

La Tunisie n’a que l’ombre tutélaire du chef de l’Etat à se mettre sous la dent. Même Chahed, sur qui pourtant tous les regards sont tournés, lui cédera la priorité et même l’appuiera, dit-il, si BCE décide de rempiler au scrutin de 2019. Même le chef du gouvernement est obligé de se ranger derrière le vieux briscard de 91 ans, comme si la Tunisie n’avait pas droit à son ‘Emmanuel Macron’. Assurément Chahed n’a pas rendu service à la nation en confortant l’idée qu’après le président de la République ce sera le déluge, alors qu’il se doit, lui, le plus populaire des dirigeants de la place, de bâtir ici et maintenant son avenir et celui du pays…

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La BNA a annoncé la clôture des souscriptions à son emprunt obligataire subordonné de 50 millions de dinars.

Cet emprunt consolidera encore plus les fonds propres de la banque, confortera ses ratios de solvabilité et sa trésorerie et lui permettra de booster les concours à l’économie.

Ce recours réussi au marché des capitaux, dans la droite ligne de la stratégie de développement de la BNA, confirme la solidité financière de la BNA et certifie le capital-confiance dont elle jouit auprès des souscripteurs

 

 

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Demain mardi 26 décembre 2017, le président de la République, Béji Caid Essebsi, aura un hôte très spécial : Recep Tayyip Erdoğan. Le président turc, auréolé de son nouveau statut de défenseur de la cause palestinienne, quand les président arabes se terrent dans leurs palais au luxe insolent, débarque en Tunisie à l’invitation, il faut tout de même le souligner, de BCE. L’histoire ne nous dit pas ce que le chef de l’Etat tunisien a fait exactement pour l’attirer au berceau du “printemps arabe”, que Erdogan n’a certainement pas dû voir d’un bon oeil, lui dont les moeurs politiques s’éloignent du modèle démocratique tunisien, mais on est à peu près sûr que Essebsi a fait des pieds et des mains pour l’attirer ici. La chose n’a pas dû être aisée car si Erdogan sait que les autorités lui dérouleront le tapis rouge, il sait aussi qu’il ne pourra pas en demander autant à la société civile et aux organisations de défense des droits de l’Homme, qui font feu de tout bois depuis un fameux 14 janvier 2011. Et comme sur ce plan Erdogan est très loin de pouvoir montrer patte blanche – les Kurdes, ses opposants et les journalistes en savent quelque chose -, il y aura des étincelles dans l’air.

Le SNJT (Syndicat national des journalistes tunisiens) a mis ses habits de combat, et a promis de tout faire pour pourrir la visite de l’encombrant “ami” turc. Mais ne nous leurrons pas : Erdogan est un dur, un coriace, de la trempe de Vladimir Poutine, Kim Jong-un. Cette agitation à Tunis n’est pas une première pour lui, il s’y est préparé et y fera face. Et puis les autorités tunisiennes l’y aideront, elles qui tiennent enfin une occasion de converser directement et d’arracher des engagements fermes à l’un des responsables du déficit commercial qui affole le gouvernement, sans qu’il puisse faire quoi ce soit pour l’enrayer. Alors ce ne sont pas quelques cris des défenseurs des droits de l’Homme qui vont gâcher la fête, avec les accords que le président turc a amenés dans ses valises. La Tunisie a beau monter ses muscles devant les autorités émiraties, d’ailleurs de façon un peu puérile et irréfléchie quand on sait tout ce qu’elle a à perdre dans cette affaire, on le sait tous : Elle n’a pas les moyens de s’engager dans la voie que les moralisateurs publics (spécialistes auto-proclamés, pseudo-experts et autres commentateurs plus ou moins avisés) lui suggèrent. Alors oui : La contestation aura tous ses droits, car après tout on n’est pas dans une démocratie pour rien, mais la realpolitik – en l’occurrence l’économique – aussi aura ses droits, in fine.

Ce que Erdogan a laissé chez lui

On commençait à les oublier, l’actualité étant happée par d’autres sujets chauds (Jérusalem, Corée du Nord..), mais les purges d’Erdogan continuent de plus belle, au nom de sa prétendue lutte contre le “terrorisme“. Dans les faits, c’est un combat à mort contre le mouvement de son ennemi historique, Fethullah Gülen, qui aurait, selon Ankara, fomenté le coup d’état du 15 juillet 2016. Hier dimanche 24 décembre 2017, les autorités turques ont encore taillé dans les effectifs de l’enseignement et de l’armée. 2756 fonctionnaires de plus, accusés d’être acquis à la cause de Gülen, ont été limogés. Et bien que faisait Erdogan pendant ce temps ? Et bien il signait des contrats au Soudan, où Omar el-Béchir, un autre personnage peu recommandable qui a sur sa tête plusieurs mandats d’arrêt de la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, a multiplié les honneurs pour son invité.

Au total, près de 50.000 individus ont été placés derrière les barreaux et 150.000 autres éjectés de la fonction publique et du secteur privé depuis le dernier putsch raté. Le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a fait savoir que 110.000 fonctionnaires allait être recrutées en 2018 pour résorber le trou créé par ces purges massives. Quelque 36.000 postes sont à prendre dans les services hospitaliers et 20.000 dans l’éducation, a indiqué Yildirim. Mais ce qu’il n’a pas dit c’est que les autorités vont sans nul doute s’assurer de l’allégeance à Erdogan avant toute nouvelle embauche.

Rappelons que le théologien Fethullah Gülen, qui s’est réfugié en Pennsylvanie, aux USA, depuis 1999, dément catégoriquement être derrière le coup d’état raté qui a couté la vie à quelque 240 personnes.

A chaque fois que le président russe, Vladimir Poutine ou le président chinois, Xi Jinping, bougent quelque part dans le monde, ils sont accueillis par un torrent de protestations, au nom de la défense des droits humains qu’ils piétinent au quotidien, il faut tout de même le souligner. Ce fut le cas lors de la dernière visite de Poutine en France, en mai 2017, et avant lui Jinping, en mars 2014. Mais cela n’a jamais empêché quelque signature de contrat que ce soit, après les leçons de morale d’usage des autorités, pour faire plaisir aux journalistes et activistes de la société civile, des tirades d’ailleurs de plus en plus discrètes et courtes. Le monde a changé, hélas, et la raison d’Etat – les contrats pour faire tourner la machine économique et faire manger les populations – a tendance à occulter les élans passionnels et passionnés pour la vertu, la morale, les droits des uns et des autres.

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La hausse de la fiscalité “ne constitue pas la meilleure solution pour renforcer les recettes de l’Etat, mais alourdit les charges de l’entreprise“, a déclaré la présidente de l’UTICA (Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat), Wided Bouchamaoui, hier jeudi 21 décembre 2017 à Bizerte. La veille, le mercredi 20 décembre 2017, elle a dit ceci à Béja : “nous ne devons pas payer le prix de la propagation du commerce parallèle, ni d’autres phénomènes en l’occurrence la contrebande“, avant de prédire l’échec du gouvernement dans la mobilisation des ressources qu’il a prévues dans la loi de finances 2018, et par conséquent des prévisions complètement faussées. Le 19 décembre 2017 à Nabeul, Bouchamaoui avait dit, à peu près, la même chose. Même tonalité le 13 décembre 2017 à Gabès, et avant cela, le 22 novembre 2017, à Tozeur. Pour ceux qui en doutaient encore, la patronne des patrons a décidé d’endosser le costume de passionaria anti-Loi de finances, que d’ailleurs lui a volontiers cédé l’UGTT. Mais, paradoxe suprême, pendant que l’UTICA pourfend la loi de finances, le FMI (Fonds monétaire international) lui la défend, et l’encense presque. Alors soit ce texte fait les affaires de l’économie du pays et flingue les intérêts de certaines catégories, soit il ne fait ni l’un ni l’autre, soit il fait les deux !

Le moins qu’on puisse dire est que Bouchamaoui est fidèle à sa ligne. Dès que le projet de la loi de finances 2018 a été dévoilé, elle a tiré dessus, à boulets rouges. Elle avait même menacé de se saborder – dissoudre carrément l’UTICA -, de se retirer du Pacte de Carthage, de geler tous les investissements, sans parler de la grève générale qu’elle avait agitée sous le nez de Chahed, qui lui avait d’ailleurs vertement répondu en déclarant qu’il ne cédait pas au chantage. De tout cela il n’est rien resté, sauf la protestation. Nous n’avons d’ailleurs jamais cru, pas une seule seconde, que la centrale patronale allait en arriver à ces extrémités, pour la simple raison que le remède serait pire que le mal. In fine, il est toujours préférable de payer quelques millions de dinars de plus, au nom du renflouement des finances publiques, que d’en perdre des dizaines en faisant grève ou en se retirant de l’Accord de Carthage, où on a une vue imprenable sur la direction des affaires du pays. Affaires au sens business du terme, aussi. De ce point le repli de l’UGTT était beaucoup plus stratégique, elle qui a très vite compris que le vote du texte de Chahed était plié et qu’il fallait recentrer l’action sur ce qui était encore sauvable (pouvoir d’achat, hausse des salaires, les prix, bloquer la privatisation des entreprises publiques, etc.)

Le combat d’arrière-garde de Bouchamaoui, à notre avis, a un autre objectif, maintenant que les carottes sont cuites. Il s’agit de faire le maximum de bruit pour effrayer Chahed et faire en sorte qu’il ne regarde pas dans la direction des patrons quand il va, prochainement, demander d’autres sacrifices, dans le cadre de la loi de finances complémentaire. Puisque manifestement on ne pourra pas y couper, et même beaucoup plus tôt que prévu, l’UTICA fait de son mieux pour éviter que le glaive fiscal s’abatte deux fois sur les entrepreneurs dans la même année.

Le FMI fait dans la diplomatie !

Le communiqué de presse de la délégation du FMI, dirigée par Björn Rother et qui a séjourné à Tunis du 30 novembre au 13 décembre 2017, était assez surréaliste. Pour la première fois depuis le 14 janvier 2011, l’institution de Bretton Woods a volontiers rangé le langage très chirurgical et incisif des experts pour emprunter une formulation que ne renierait pas les politiciens les plus avisés ou les diplomates les plus chevronnés. Le FMI a écrit que finalement la loi de finances 2018, avec les engagements pris par le gouvernement, notamment le lancement des réformes sans cesse différées, était “ambitieuse”, qu’elle était une bonne base de travail et que le pire pouvait être évité. Sur ce, il a été décidé de débloquer la 3ème tranche du prêt de 2,9 Milliards de dollars. Pour la 4ème tranche, on repassera. Sauf que là en l’occurrence, rien, très objectivement, ne permet au FMI de décréter que demain sera mieux qu’aujourd’hui, rien à part le principe du politiquement correct pour ne pas plomber le moral du malade et surtout pour ne pas émettre des signaux qui feront que derrière les autres bailleurs, qui suivent tout ça de très près, vont arrêter de perfuser.

Tous les indicateurs le montrent : La Tunisie va au devant de sérieux ennuis budgétaires, notamment avec un baril du pétrole qui a, déjà, dépassé les 60 dollars alors que la Loi de finances 2018 l’a prédit à 54 dollars. Mais ça, le FMI ne peut le dire, ne peut plus dire. La Tunisie est à un stade très délicat où tout exercice de vérité peut fracasser le socle de confiance sans lequel aucun investissement n’est envisageable. Alors le FMI y va avec doigté. Sans être une banque lambda, l’institution financière n’en a pas moins les tics et surtout la finalité : Faire en sorte que le “client” reste dans le circuit, qu’il reste solvable pour rendre ce qu’il doit. Mais les Etats-membres du FMI ne réclament pas que des remboursements et les intérêts qui vont avec, ils cherchent aussi à éviter aux “clients” une faillite qui ferait que toute l’économie mondialisée, avec sa sacro-sainte logique d’économie de marché et de consommation, serait affectée. C’est l’un fondements même des institutions de Bretton Woods (FMI, Banque mondiale). Alors oui, l’UTICA et le FMI ont des lectures divergentes sur la LF 2018, mais ils ont chacun de bonnes raisons…

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La nature a horreur du vide, on le sait. Mais les milieux médiatiques ont encore plus horreur du vide. Et ce qui le remplit en ce moment, en Tunisie comme ailleurs, ce sont les commisérations autour de ce malheureux classement sur la fameuse liste noire, celle des 17 paradis fiscaux sur lesquels l’Union européenne a jeté l’opprobre, les 47 autres étant dans l’anti-chambre grise, dans laquelle d’ailleurs sera logée la Tunisie dès qu’elle sortira de la ‘noire’. Enfin, tout ça est un peu complexe et pas très ragoutant, j’en conviens. Alors focalisons-nous sur le fait du moment : Il ne se passe pas un jour sans qu’une personnalité, d’ici ou d’ailleurs, se fende d’une sortie pour exprimer son indignation suite à cette “injustice qui a frappé la Tunisie. Cette affaire occupe presque tout l’espace, jusqu’au trop-plein. Le dernier événement de ce type est la parution ce mercredi 20 décembre 2017 dans le très sérieux et respecté journal britannique «Financial Times» d’un appel intitulé «La Tunisie n’a jamais été un paradis fiscal et elle n’en est pas un aujourd’hui». Ce qui attire surtout l’attention, car le propos n’est pas nouveau, ce sont les signataires de ce texte, une douzaine d’économistes, éminents professeurs et personnalités politiques : Farid Abbes, Christian de Boissieu, Elisabeth Guigou, Denis MacShane, Radhi Meddeb, Jacques Sapir… Que du très lourd ! Le seul hic c’est que tout ce beau monde s’égosille pour un problème qui de toute façon sera bientôt réglé, alors que les vrais problèmes de la Tunisie eux restent…

On ne peut rien retirer du mérite de ces défenseurs passionnés de la Tunisie, qui ont sans doute le berceau du printemps arabe chevillé au corps, mais on se demande si cette démarche n’est pas un coup dans l’eau, dans la mesure où suffisamment de garanties ont été données sur le fait que le tir allait bientôt être rectifié. D’ailleurs tout le monde en convient, même à demi-mots, la Tunisie n’aurait jamais dû y être. Un peu de lobbying et d’activisme, comme l’ont fait le Maroc et le reste de la troupe des sauvés in extremis, aurait pu permettre d’éviter à la Tunisie cette grosse tuile, dont elle n’avait vraiment pas besoin, à côté de ses autres gros problèmes conjoncturels et structurels. Mais voilà, le mal est fait et sera, vraisemblablement, réparé assez rapidement. Par contre si toutes ces bonnes volontés veulent vraiment aider la Tunisie, elles peuvent déplacer cette bataille sur le terrain d’un soutien massif de l’UE à la Tunisie. Là par contre il y a à faire, et beaucoup.

De l’aide, et après ?

La dernière fois que les députés tunisiens ont tenté le coup pour mettre en avant l’urgence d’un Plan Marshall, ils ont reçu une volée de bois vert au Parlement européen, pour ensuite sortir de là avec une liste de conditions et préalables de 70 points qu’il faudrait un siècle, au meilleur des cas, pour remplir. Et depuis rien, ou pas grand chose. Enfin pas du niveau des 20 Milliards d’euros de financements dont la Tunisie avait besoin, et dont elle a toujours besoin d’ailleurs. On ne peut nier le fait que l’UE reste le premier partenaire et soutien de la Tunisie, même si depuis les envolées de la Conférence internationale sur l’investissement le moteur ronronne un peu, mais là on parle de niveau d’aide, de niveau insuffisant pour tirer définitivement le pays de ce mauvais pas. Au lieu de se noyer dans la diversion avec un problème qui n’aurait jamais dû l’être, qui a déjà grillé beaucoup de temps et va encore en griller quand la Tunisie sortira officiellement de cette “liste noire”. Et oui, il faut bien que tout le monde se congratule, pour avoir sauvé la vaillante Tunisie.

Reste que, à la décharge du partenaire européen, la Tunisie ne s’est pas mise dans les meilleures dispositions pour profiter de la rampe de lancement qui lui offrirait l’UE. Même si cette dernière déversait dans le pays des dizaines de milliards d’euros, ils seraient immédiatement engloutis, comme le désert aspire la pluie. Toujours à cause de ces réformes qui calent, et que tentent de pousser le FMI et dont la plus importante est sans doute un arsenal de mesures pour réduire les dépenses publiques. Des dépenses déjà budgétivores et qui vont encore monter en 2018 quand on voit le prix actuel du baril de pétrole, 64 dollars, alors que la Loi de finances l’avait, dans un élan d’optimisme béat, prédit à 54 dollars. Et puis il y a les tensions politiques, permanentes et qui viennent de monter d’un cran avec la découverte par Nidaa Tounes, ô divine surprise, de la félonie d’Ennahdha dans la fange de ces législatives partielles en Allemagne qui ternissent encore un peu plus l’image des deux ténors politiques de la place. Rassurons-nous, Nidaa ne va pas renverser toute la table, trop d’intérêts en jeu, en premier les leurs, évidemment, mais les signaux de cette coalition qui bat de l’aile sont suffisamment inquiétants pour arriver aux oreilles du soutien européen. Et bien entendu tout cela, en plus de la panne des réformes à engager d’urgence, finira par faire beaucoup, beaucoup trop à un moment…

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On nous cache tout, on nous dit rien. Plus on apprend plus on ne sait rien“, a dit le chanteur français Jacques Dutronc dans un de ses tubes. Le souci avec ces trois-là, c’est qu’ils ne cachent même plus, gorgés de certitudes, imbus d’eux-mêmes, dans un paysage politique sinistré où les borgnes sont rois et qui attend désespérément son sauveur, que Youssef Chahed n’a pas envie d’être. Ou a peur d’être. N’est pas Emmanuel Macron qui veut ! La dernière fois qu’on avait entendu parler des basses manœuvres de ce qu’il faut bien appeler une Troïka, c’était lors de l’élection du président de l’ISIE (Instance Supérieure Indépendante des Elections), à l’ARP. Le psychodrame avait duré et l’accouchement avait été incroyablement difficile. Mais voilà, il y avait les calculs, les arrière-pensées, chacun des protagonistes de cette triste affaire voulant s’assurer que le boss de l’ISIE serait acquis à sa cause. Mauvais point Nidaa Tounes, Ennahdha et l’UPL, mais ils n’en ont cure. De toutes les  façons, ce n’est pas la première couleuvre qu’ils font avaler à leurs électeurs, et ce ne sera pas la dernière. Ils ont fait leur petite cuisine et nous ont servi un président de l’ISIE. Ce dernier fait ce qu’il peut pour nous garantir sa neutralité et un ciel sans nuage sur son instance. Il devra convaincre. Mais ses mentors viennent de lui compliquer la tâche en tramant une sombre affaire de report des municipales, sans aucune explication qui tienne la route. Encore un coup fourré contre la démocratie…

De tous les partis, c’est sans doute Ennahdha, pour les raisons que l’on sait, qui est le mieux préparé pour le scrutin municipal. Et son chef de file, Rached Ghannouchi, claironnait partout qu’il n’était pas question d’ajourner ces élections une deuxième fois et que c’était même une ligne rouge. Alors que s’est-il passé pour qu’il tourne casaque en si peu de temps ? Il ne faut pas être devin pour comprendre que c’est Nidaa Tounes, ou plutôt son impréparation, qui est la cause de cette requête – le report des municipales – aussi saugrenue que périlleuse pour la transition politique que la Tunisie traîne comme un boulet. De toutes les  façons, cela ne peut pas venir de l’UPL (Union patriotique libre) car Ghannouchi & Co n’ont que faire de Slim Riahi & Co. C’est Nidaa qui compte aux yeux des nahdhaouis, mais attention, pour des raisons objectives, et pas pour les beaux yeux de son fondateur, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, et encore moins ceux de son fils, Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif du parti. Donc Ennahdha a fait une fleur au locataire du palais de Carthage en demandant, le plus officiellement du monde, le report des municipales, un geste stupéfiant qui provoque beaucoup de remous en ce moment dans les milieux politiques, rendant ce pays encore plus énigmatique et problématique, surtout aux yeux de ses soutiens étrangers. Mais ce n’est pas la seule largesse de Ghannouchi pour son “copain” BCE.

Il y a aussi cette élection législative partielle en Allemagne, laquelle d’ailleurs ne passionne pas les électeurs aux dernières nouvelles, et on les comprend. C’est une affaire cousue de fil blanc et qui a tout ce qu’il faut pour inspirer du dégoût aux citoyens, même ceux qui ont le devoir civique chevillé au corps. Ennahdha, dès le départ, a tué le suspense en faisant savoir qu’il n’allait pas mettre un candidat sur la voie de Nidaa Tounes, lui dégageant ainsi une voie royale. Les islamistes ne s’arrêtent pas là, ils appellent carrément à voter pour le candidat de Nidaa, et même mieux : 3 dirigeants du mouvement auraient battu campagne pour lui dans une mosquée, d’après le post sur Facebook d’une militante de Machrou Tounes ! Situation ubuesque, mais somme toute normale dans un pays où on foule au pied, de plus en plus, les règles élémentaires de la démocratie. Toutefois il ne faut pas s’y leurrer : Le grand gagnant dans cette affaire, c’est Ennahdha.

Chacun sa tambouille, et au diable la bienséance !

Les citoyens avaient fait leur choix aux législatives de 2014 : Exit la Troïka. Mais BCE n’a pas transformé l’essai et a opté pour le compagnonnage avec les islamistes, au motif qu’il lui faut une majorité costaude et fiable pour atteindre les objectifs de la révolution. Et fiables ils le sont les nahdhaouis ! Les députés godillots votent comme un seul homme, suivant scrupuleusement les consignes de leur état-major, les dirigeants ont une discipline quasi militaire, malgré quelques rebuffades par-ci par là, parfois juste pour amuser la galerie ou pour donner l’impression d’un mouvement qui vit, débat, bref un vrai parti démocratique. Et la divine surprise a été cette majorité qu’ils ont raflée au Parlement sans le moindre effort, juste en regardant Nidaa Tounes se vider de son sang (son bloc parlementaire a perdu presque 30 élus depuis 2014). Mais voilà, malgré ces succès, Ennahdha sait qu’il lui sera impossible de gouverner seul ce pays, l’opposition serait trop vive, de la même nature que celle qui les a éjectés du pouvoir après les assassinats politiques et les erreurs d’orientation économique majeures. Alors on se tape Nidaa Tounes, malgré le dégout que ce parti inspire à la frange radicale du mouvement islamiste – il ne faut pas se leurrer, ils sont là, tapis dans l’ombre. Mais Ennahdha sait aussi son chapeau, en attendant des jours meilleurs. Et puis qui sait, s’ils sont sages, BCE aidera peut-être Ghannouchi à s’asseoir sur le fauteuil du palais de Carthage, le rêve, pas secret du tout, du leader des islamistes et pour lequel il a consenti quelques “sacrifices”, du genre costards qui brillent de mille feux et les cravates qu’il se farcit.

Quant à la machine de guerre de BCE, elle a perdu de sa superbe, elle est même un champ de ruines sous le brillant magistère du ténébreux HCE, sans doute le plus mystérieux des dirigeants politiques de la place. Celui qui ne sort de sa réserve qu’à de rares occasions, pour nous abreuver de ses lumières et de ses fulgurances intellectuelles, de préférence sur sa page Facebook, boudant ostensiblement les entretiens avec les journalistes de la télévision, et encore plus les débats avec les autres, soi-disant, ténors politiques. C’est pourtant avec eux qu’il aurait le plus de choses à dire, à nous dire. A moins qu’il n’ait pas grand chose à déballer. HCE, on le sait, n’a pas les talents, la verve et les qualités de son papa, alors il exerce là où il est le plus doué : il coupe les fortes têtes, toutes celles qui dépassent. Abdelaziz Kotti est bien revenu, après avoir claqué bruyamment la porte, mais il ne faut rien attendre de celui qui a ajouté le déshonneur au discrédit. Le fils de BCE, qui a une trouille bleue des électeurs, au point d’avoir reculé devant le test de la circonscription d’Allemagne, a in fine fait le vide autour de lui, s’ouvrant un boulevard vers le Congrès électif du parti, qu’il a manifestement réussi à faire reculer, une fois de plus, alors qu’il s’était engagé à l’organiser avant les municipales. Borhen Bsaies était venu, entre autres, pour fignoler ce rendez-vous. Lui aussi n’aura pas tenu parole. Entretemps HCE a fait ses calculs : Il serait dans de bien meilleures dispositions en convoquant le Congrès après les municipales, avec des maires qui lui auront préparé le terrain parce qu’ils lui devront leur désignation sur ses listes.

Enfin l’UPL, la météorite politique de la place, qui doit son installation fulgurante dans le paysage politique aux millions que Riahi a généreusement dégainés. Un pactole d’ailleurs, et c’est le moins… et le plus qu’on puisse en dire, aux origines douteuses et qui lui doivent ses nombreux déboires avec la justice. Hasard du calendrier, coïncidence, etc., le patron de l’UPL a fait un retour fracassant vers le Pacte de Carthage quand il avait tous les juges du pays – j’exagère un peu – à ses trousses. Il est vrai que quand on se drape avec le parti sorti vainqueur des législatives – Nidaa Tounes – et qui de fait a des pions partout, on est en bien meilleure posture pour échapper aux foudes de la justice. Ennahdha en sait quelque chose, lui qui est, pour le moment, à l’abri des grosses tuiles, pourtant les dossiers brûlants ne manquent pas ! Riahi, en faisant corps avec HCE et Ghannouchi, se paye le meilleur blindage contre les missiles des juges. Pour le plus grand malheur de la jeune démocratie.

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L’adhésion du Maroc à la CEDEAO est presque actée. Le royaume chérifien a pris soin de bien bétonner son dossier et d’agiter toutes les carottes qu’il faut sous le nez des dirigeants ouest-africains. Le travail au corps a commencé avec les poids lourds de l’organisation ouest-africaine. D’abord le Sénégal, pays “ami et frère” avec qui le Maroc a déjà d’excellentes rapports, à tous les niveaux et depuis longtemps. Puis la Côte d’Ivoire, avec de solides liens économiques que le roi Mohammed VI et Alassane Ouattara ont tissés au fil du temps. Il y a également le Ghana, avec qui Rabat vient de réchauffer les relations, et les contrats ont tout de suite suivi ! Enfin il y a le Nigeria, avec qui le Maroc va construire un gazoduc, l’un des projets les plus importants du continent. Muhammadu Buhari, à la tête de la première économie du continent, va en fait échanger le gaz contre de l’engrais marocain (le royaume sera bientôt 1er producteur mondial, devant les USA), dont il a cruellement besoin pour nourrir ses 190 millions de concitoyens. Tous ces pays sont autant de soutiens, très forts, du dossier marocain à la CEDEAO. Mais pendant que les chefs d’Etat festoient dans la perspective de cette intégration, les experts s’inquiètent des possibles retombées négatives d’un tel projet. Et ils argumentent. La Tunisie, qui a à peu près le même profil économique que le Maroc et qui file aussi vers la CEDEAO, sera sur le gril prochainement.

«Je ne suis pas pour que le Maroc soit admis dans la CEDEAO. C’est un énorme handicap en tout (…). Nous avons énormément de problème avec ce PIB de 100 milliards. Le PIB du Maroc, c’est la somme du PIB de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Ghana à la fois. Le Sénégal  n’y gagne rien et nous perdons (…). Beaucoup de secteurs vont péricliter. La clémentine sénégalaise, la tomate, les carottes vont disparaître, parce que le Maroc a de meilleures dotations factorielles et une meilleure politique agricole. Le Maroc a plus de 300 barrages. La petite industrie sénégalaise ne pourra pas soutenir cette compétition (…). La compétitivité de l’économie marocaine est plus grande. Je ne vois pas un seul élément où nous pouvons gagner». Ces mots, qu’on n’a pas l’habitude d’entendre, ont été prononcés dans une radio de grande écoute, Sud FM, par le Pr Moustapha Kassé, un éminent économiste sénégalais, par ailleurs membre de l’académie l’Académie Hassan II des Sciences et Techniques du Maroc. Ces arguments ont été abondamment repris depuis dans des émissions télévisées où des experts ont étalé leur science en la matière, forçant parfois un peu le trait, comme c’est souvent le cas quand il s’agit d’exciter les peurs et flatter la déraison. Cette musique, assurément, va monter à mesure qu’approche l’officialisation de l’adhésion du royaume. Mais il ne faut pas qu’elle nous détourne de la question de fond, à laquelle il faut répondre objectivement : Le Maroc fera-t-il du bien à l’une des communautés économiques les plus structurées et prospères du continent ?

Des enjeux colossaux, pour toutes les parties

Mohammed VI, est parvenu, c’est incontestable, à verrouiller le cadre national – appelez cela protectionnisme si vous voulez – pour laisser le temps aux fleurons locaux d’émerger, grossir et s’imposer dans tous les segments. Au royaume pratiquement dans tous les secteurs clés (BTP, Agroalimentaire, Assurances, Banques, Grande distribution, Hydrocarbures, Transports, etc.), ce sont des sociétés marocaines qui font la loi. A présent les entreprises ont atteint une maturité, un niveau de maitrise, une expertise et une palette d’offres que le marché local de 32 millions de consommateurs n’est plus en mesure d’absorber. Vu que le marché européen s’essouffle, les entreprises du royaume se sont, tout naturellement, tournées vers l’Afrique subsaharienne, avec les succès que l’on sait, adossées sur la puissance financière du ténor continental Attijari Bank. Mais, et là aussi c’est un fait, le Maroc a aussi de gros problèmes, conjoncturels et structurels : Un chômage des jeunes qui monte, notamment dans les villes, des disparités régionales criantes, etc. Le pays a donc besoin de nouveaux marchés pour faire tourner les entreprises, absorber les demandeurs d’emplois et engranger des recettes fiscales pour financer les projets publics.

Le Maroc passera à la vitesse supérieure au niveau de ses exportations, déjà florissantes, une fois membre de la CEDEAO. En effet la disparition des barrières douanières et les accords préférentiels avec les pays ouest-africains permettront à Rabat de damer définitivement le pion à la concurrence : La Chine, la Turquie, la France, l’Italie… Pour le Maroc l’enjeu est donc colossal. Il l’est également pour les nations ouest-africaines…

Un ami qu’il faut surveiller de très près

Si les pays de la CEDEAO ont un tel appétit pour le Maroc, c’est parce qu’ils ont bien perçu le potentiel que représente un plus grand rapprochement avec le royaume. En effet ce sont pour la plupart des pays qui sont dans une belle dynamique de croissance, frôlant très souvent des taux à deux chiffres ; ce sont des pays qui ont des matières premières et ont la confiance des bailleurs de fonds, et donc disposent de capitaux, mais manquent de structures de transformation. Ils ont besoin du coup de main des partenaires, dont le Maroc, pour hausser le niveau de leur industrie, des infrastructures et de leur recherche-développement sans lesquelles aucune économie ne peut véritablement prospérer sur des bases saines. Donc il ne faut pas être effrayé outre mesure par les ambitions marocaines, il faut les voir comme un relais pour le développement de la CEDEAO toute entière. Il faudra juste veiller à ce que le Maroc joue le jeu, sincèrement, pour éviter le syndrome de l’Allemagne au sein de l’Union européenne.

En effet, comme l’Allemagne vis-à-vis de ses partenaires européens, le Maroc est assis sur un gros excédent commercial avec les pays de l’Afrique subsaharienne et est en train de réduire davantage l’espace, déjà minuscule, des produits étrangers sur son marché. Un protectionnisme pour le coup scandaleux sur lequel il va falloir que le Maroc rende des comptes avant d’intégrer la CEDEAO, pour ne pas justement à en arriver à la situation d’une UE dont la croissance est plombée par une Allemagne qui a gigantesques réserves d’argent, du fait des excédents commerciaux, mais qui ne veut pas les injecter dans des méga projets pour relancer la demande dont l’industrie européenne a cruellement besoin. Le Maroc est donc un ami qu’il faut sans doute accueillir dans la famille, mais qu’il faut surveiller de très près…

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