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Tunisie : Le dossier de corruption, dont Youssef Chahed ne veut toujours pas s’occuper !

Il fut un temps où l’Etat possédait l’unique fabricant de pneumatiques pour véhicules, la Stip à Msaken. L’Etat fera entrer l’entreprise en bourse. Sa banque de référence lâchera l’affaire et vendra ses parts. L’Etat lui-même lâchera aussi l’affaire, en ouvrant les vannes de l’importation illégale de pneumatiques dans les marchés parallèles de tout le territoire. L’affaire périclitera et sera finalement cédée à un homme d’affaires privé qui se débat, depuis, seul dans la boue.

Il fut un temps aussi où l’Etat tunisien possédait une autre usine à Sousse. Il s’agissait des AMS, les «Ateliers Mécaniques du Sahel». Le 25 octobre 2007, elle est cédée, au prix de 2,5 MDT au groupe tunisien Loukil. Le 7 juin 2012, elle est cotée sur le marché alternatif. Depuis, l’entreprise vit le calvaire du marché parallèle que l’Etat tunisien n’arrive toujours pas à endiguer, doublé du phénomène de la contrefaçon.

Il y a quelques années, les services anti-fraude du ministère du Commerce nous racontaient le cas de ce coutelier tunisien qui se faisait copier impunément ses créations, en Chine pour être revendues en Tunisie. «Chaque fois que nous le visitons pour verbaliser, il nous accueillait en demandant quel est le montant de la contravention et il nous la payait rubis sur l’ongle pour se débarrasser de nous», disait alors notre interlocuteur. Depuis, la loi a certes était modifiée et les sanctions alourdies.

Sauf qu’avec la prolifération des marchés parallèles, comme celui de «Tirr-Firr», traduisez «ni vu ni connu», de la région de Msaken au Sahel, il est presqu’impossible de verbaliser ou même de constater. Les marchandises contrefaites, avec tous les signaux visibles du fabricant d’origine, viennent toujours de Chine, mais aussi de Turquie, et accostent au port commercial de Sousse, ou par camions de la frontière algérienne, fabriqués non pas en laiton mais avec le «Zamak » qui est un matériau industriel cancérigène, et vendus moins cher à «Tirr-Firr».

Les nouveaux propriétaires des AMS, n’ont cessé depuis 2010, d’alerter les pouvoirs publics sur ce fléau qui menace désormais la pérennité des AMS et de ses emplois. Les chefs de gouvernement, Habib Essid, comme Youssef Chahed, font depuis la sourde oreille et ferment les yeux devant l’immense marché de corruption que génère ce trafic. Un marché estimé à 2 MDT par an, un manque à gagner pour les AMS.

Depuis 2010, l’entreprise a envoyé des plaintes à tous les ministres concernés des gouvernements successifs. La dernière a été envoyée le 1er juin au chef du gouvernement Youssef Chahed. Ce dernier était alors en pleine guerre contre la corruption et le «Fassed». Ce qui se passe aux AMS, ne semble toujours pas l’intéresser.

 

Copie de la plainte, envoyée en juin 2017, au chef du gouvernement tunisien

Deux faits attirent l’attention dans ce trafic qui sème la mort, celle de l’entreprise et celle du consommateur incrédule. D’abord, le fait que toutes ces contrefaçons entrent par le port de Sousse. L’une des ruses employées en janvier 2017, est d’utiliser le code de douane d’une personne qui dira qui s’auto-dénoncera en cas de prise en flagrant délit. L’autre manière est de dire, par la douane, qu’elle n’a pas qualité à faire le contrôle technique et sanitaire.

L’autre fait est qu’à chaque fois que les équipes de l’AMS réussissent à réunir toutes les conditions, auprès du ministère du Commerce et de la Douane, pour faire une descente chez le vendeur du marché parallèle en question, tout disparaît comme si ce commerçant avait reçu un avertissement. De qui ? Nul ne saurait le dire et le plaignant se refuse à accuser quiconque. Certains services du ministère du Commerce et la Douane seraient-ils infiltrés ? Nul ne peut non plus l’affirmer, même si le ministre du Commerce et de l’industrie, Zied Laadhari, s’en doute bien lors d’un entretien avec Africanmanager, tout en estimant que la multitude des parties prenantes dans le dossier du commerce parallèle, empêche jusque-là sa résolution.

En attendant, la contrefaçon plombe les comptes des AMS et ronge son chiffre d’affaires. L’importation de produits, contrefaits et cancérogènes, ne touche plus que la robinetterie, mais aussi les couverts (cuillères, fourchettes et couteaux). Quand est-ce que Chahed nous fera une de ses visites surprises dont il a le secret, accompagné de Zied Laadhari, originaire de Msaken et qui connaît très bien «Tirr-Firr» de la même ville ? Peut-être y trouvera-t-il un nouveau souffle à la guerre contre la corruption ?

 

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