La Tunisie compte plus de 250 000 épiceries de proximité ou de quartier. La plupart d’entre elles ne sont pas en état de se permettre d’utiliser les caisses enregistreuses habituelles qui coûtent entre 3.000 et 4.000 dinars tunisiens. Les voir se livrer à l’arithmétique des prix des achats sur de petites calculatrices de poche est chose courante.
Tahar Mestiri, un consultant de la Banque mondiale et professionnel de l’informatique, a trouvé la solution. Il a fondé en 2013, une société, Hadrum SA, avec un fonds d’amorçage de 610.000 Dinars tunisiens levés sur son épargne personnelle et auprès d’investisseurs privés. Son entreprise a créé Ultimium, un tableau de bord infonuagique (cloud) qui organise les données financières des épiceries et des détaillants, rapporte « wamda », le site de l’entreprenariat de la région MENA.
Après avoir évalué l’idée, l’entreprise et ses potentiels, Hadrum SA a reçu en juin 2015, du fonds qatari Intilaq, un investissement 250 000 dollars pour l’aider à développer un produit commercialisable. L’entreprise a ensuite développé l’application caisse enregistreuse d’Ultimium et l’a testée en prototype sur le marché tunisien.
L’application de la caisse enregistreuse vise à aider les détaillants à garder une trace des renseignements personnels de leurs clients, tels que le nom, le numéro de téléphone et l’adresse e-mail pour pérenniser la fidélité des clients, et les achats. Elle aide également les chefs d’entreprises à gérer leurs ventes, les stocks et l’approvisionnement, en plus de leurs clients et fournisseurs.
Le logiciel de caisse enregistreuse est actuellement vendu dans les magasins d’ordinateurs tunisiens sous la forme d’un ensemble comprenant une tablette, une imprimante et un tiroir-caisse, en plus d’un abonnement d’un an à l’application Ultimium pour deux utilisateurs (le propriétaire et le caissier par exemple) à 1.500 dinars. Si les utilisateurs disposent de tous les équipements nécessaires, ils peuvent payer 30 dinars par mois pour l’abonnement Ultimium.
« Le client peut choisir une tablette / smartphone tant qu’elle est basée sur Android. [Il] peut également acheter la tablette si [il] a déjà l’imprimante, par exemple, », précise le promoteur.
Optimisation de la caisse enregistreuse
« Le plus dur lors de l’élaboration de la solution était l’application elle-même, dès lors que nous devions la faire fonctionner à la fois en ligne et hors ligne », a-t-il souligné. L’équipe Hadrum, comprenant Mestiri et cinq employés, a réussi à améliorer l’application grâce à un système de synchronisation cloud pour en faire un modèle hybride qui fonctionne lorsqu’il est connecté et déconnecté à la fois.
L’autre valeur ajoutée, selon l’équipe, était ce que les caméras de surveillance ont été incapables de filmer. « Grâce à cette solution, la fraude est presque impossible dès lors que le chef d’entreprise peut voir ce qui a été vendu physiquement et ce qui a été enregistré presque instantanément », ajoute Mestiri.
Afin d’assurer le suivi des demandes de prêt des clients, ce dernier a noué des partenariats avec des institutions de microfinance dont il n’a pas révélé les noms, qui utilisent le suivi des données du tableau de bord Ultimium et le service de gestion cloud.
« Nous leur fournissons, avec le consentement de leurs clients, un tableau de bord qui les informe de la façon dont le prêt est utilisé, ce qui est déjà chose faite, et des indicateurs financiers de chacun de leurs bénéficiaires de sorte que l’institution de microfinance soit au courant du statut de chaque client », a-t-il dit.
Hadrum a également joué un rôle dans la facilitation des paiements électroniques. Elle a signé une convention avec la Poste Tunisienne (qui offre aux utilisateurs des cartes de paiement électronique) pour permettre à ses clients d’utiliser l’e-dinar. En outre, si le client et le détaillant utilisent Mobicash, un système de paiement mobile prépayé, ils peuvent aussi effectuer des transactions directes via Ultimium.
Des tests en attendant les bénéfices
L’équipe est en train de tester le produit sur le marché tunisien, mais elle traite déjà avec trois clients qui l’utilisent au quotidien. Il s’agit d’une pâtisserie, d’une sorbeterie et d’un traiteur-livreur asiatique.
Toutes les données sont sécurisées à travers le cloud et les procédures de sécurité internes de la société qui sauvegardent, cryptent et isolent toutes les données sensibles.
Hadrum ne fait pas encore des bénéfices, ayant besoin de vendre au moins 500 magasins pour commencer à générer des profits. Toutefois, elle met le cap sur les grandes entreprises afin de pouvoir développer l’adoption de la plate-forme à travers différents circuits de distribution.
A l’échelle internationale, elle projette de pénétrer le marché européen à l’horizon 2018. Des pays européens comme la France sont en train de modifier les lois relatives aux caisses enregistreuses pour les rendre plus sûres et transparentes contre la fraude. En France par exemple, la fraude au titre des caisses enregistreuses est évaluée à 3 milliards d’euros par an.
« L’objectif est de créer sur le long terme un réseau de caisses enregistreuses connectées puisque nous voulons que chaque petit magasin ou détaillant puisse les utiliser », a affirmé, pour sa part, le responsable des investissements à au fonds qatari Intilaq.








