AccueilActualités - Tunisie : Actualités en temps réelTunis : Le sacrifice «humain» de Chahed aux «Dieux du 1er mai»

Tunis : Le sacrifice «humain» de Chahed aux «Dieux du 1er mai»

Il y a quelques années, nous étions en délégation commerciale tunisienne au; , lorsque le président de ce pays africain, Joseph Kabila, annonça un remaniement ministériel vers 22 heures du soir. Ce soir de dimanche du 30 avril 2017, Youssef Chahed n’était pas loin d’égaler ce record. Il signait en tout cas une première du genre dans la Tunisie, depuis 7 ans nouvellement démocratique. Cela faisait des dizaines d’années, depuis 1986 lorsque Bourguiba annonçait chaque lundi un nouveau gouvernement que la Tunisie n’a pas connu un timing aussi incongru pour un changement de ministres.; C’est en effet ainsi qu’on pourrait appeler ce qui n’est pas encore un remaniement ministériel qui reste ainsi toujours d’actualité. Fadhel Abdelkefi n’a en effet pris que l’intérim de Lamia Zribi. Idem pour Slim Kalbouss qui prit à pied levé la place de Neji Jalloul. Youssef Chahed est coutumier de ce genre de changement. Bien avant les ministres des Finances et de l’Education, il avait remplacé au pied levé un ancien ministre des Affaires religieuses, qui fut limogé pour avoir critiqué le Wahhabisme saoudien, par celui de la Justice qui porta pendant 4 mois le chapeau en intérim.; * Lâché par quelques ténors de Nida, Jalloul est sacrifié sur l’autel syndicaliste; Et si pour la tête d’Abdeljelil Ben Salem, la demande saoudienne était urgente, la tête de Neji Jalloul était requise depuis plusieurs mois par un syndicaliste de deuxième rang et proche d’Ennahdha comme l’a révélé dimanche soir l’autre «grosse tête» syndicaliste Adnane Hajji. Lassaad Yaakoubi trouva appui, peut-être en compensation, auprès du SG de l’UGTT, un de ceux qui l’ont battu au terme du dernier congrès de la centrale syndicale. Le départ de Jalloul était donc attendu par tous ceux qui avaient parié sur l’inexistence d’aucun sens de la solidarité gouvernementale de la part de Youssef Chahed.; L’ancien ministre de l’Education avait pris en 2015 la suite du ministre Salem Labiadh dont le passage connut très peu de grèves. Entamant la réforme du système de l’éducation nationale, une réforme qui suscita le courroux des syndicats de l’enseignement, primaire et secondaire, qui finirent par demander sa tête après avoir désespéré que l’ancien chef de gouvernement tunisien Habib Essid, la leur donne. Volontiers frondeur avec un syndicat de l’enseignement, un brin provocateur dans ses sorties médiatiques qui n’en finissaient pas, Jalloul finit cependant par liguer contre lui plusieurs personnalités influentes du parti dont il est issu, Nida Tounes. Les fameux enregistrements fuités en mars dernier où un député-avocat connu avait clairement dit la décision de Nida de lâcher Neji Jalloul, en ont administré la preuve. Un mois plus tard, l’élu de Nida au poste de chef de gouvernement finit par lâcher lui aussi son ministre et s’autorise même d’en faire le «cadeau» du 1er mai qui pourrait amener l’UGTT à lui donner un petit répit dans son bras de fer avec les habitants de; qui venaient juste de lui signifier qu’il était désormais persona non grata. Le chef du gouvernement l’aurait en tout cas présenté en ces termes à l’ancien ministre de l’Education, alors qu’il l’informait de son sacrifice.; * Lamia victime de ses bourdes; Les choses diffèrent pour l’ancienne ministre des Finances Lamia Zribi. Issue du ministère du Développement et de la Coopération internationale, elle ne connut de celui des finances que les deux postes que celui de TradeNet et la BFME où elle fut promue sous l’ancien maître de céans, Slim Chaker. Protégée de l’un des membres influents de Nida, elle est appelée en août 2016 au poste de ministre des Finances du gouvernement Chahed qui avait pourtant short-listé deux autres personnalités du propre milieu des finances sans finalement les retenir. Le parcours de Lamia Zribi fut ensuite parsemé de plusieurs bourdes, surtout médiatiques mais toujours en lien avec ses fonctions et ses domaines d’intervention. La première eut lieu en présence de l’actuel SG de l’UGTT, lorsqu’elle lui fournit des données, économiques et financières, différentes de ce que lui avait auparavant fourni Youssef Chahed lors d’une séance de négociation sociale. Elle se fit alors passer son premier savon par le responsable syndical, ce qui ne tarda pas à parvenir aux oreilles du chef du gouvernement. La seconde bourde, l’ancienne ministre la commit indirectement. L’un des hauts cadres a reçu un représentant du FMI, à qui il donna des informations, jusque-là tenues confidentielles dans le cadre des négociations pour le déblocage de l’aide financière. Elle aurait alors reçu un savon, infligé directement par le chef du gouvernement. L’erreur fatale fut celle de sa déclaration radiophonique à propos de la valeur du Dinar tunisien. Une déclaration faite le 18 avril 2017, qui précipita tout le marché financier tunisien dans la tourmente et coûta très cher à l’économie tunisienne. Il n’est pas interdit, selon certains analystes des développements politiques tunisiens, que Chahed ait monnayé le lâchage de Neji Jalloul décidé par Nida, contre le lâchage, du côté de Nida, de la ministre des Finances dont les bruits de renvoi devinrent redondants dès sa seconde bourde.

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