Chaussées éventrées, montagnes d’immondices, effluves malodorantes, caustique invasion des moustiques. Ce sont là quelques instantanés de l’image hideuse que les cités, les communes, les faubourgs ont l’habitude de renvoyer sans que les édiles et les échevins sourcillent ni trouvent matière à s’agacer. N’est-ce pas là une forme achevée de l’incurie municipale dont la Révolution a assombri les traits au point où l’on arrive à se demander si les municipalités ne n’ont pas été gagnées par le syndrome de Diogène caractérisant l’extrême négligence de la salubrité.; La question se pose avec d’autant plus de relief que des élections municipales sont en préparation pour se tenir en décembre de cette année et dont 99% des Tunisiens disent espérer une amélioration de leur environnement, selon le président de l’association SOS Biaa, cité par Middle East Eye. Pour cet écologiste convaincu, l’environnement est « une affaire locale » par excellence. La gestion des déchets, l’assainissement, la gestion des parcs et des espaces verts ou encore l’aménagement des plages sont, à l’origine, l’apanage des municipalités qui s’occupaient aussi de l’élimination des déchets liquides. Mais c’était compter sans le « coup d’Etat » ourdi en 2005 par l’Agence nationale de la gestion des déchets qui s’est accaparée la gestion et le traitement et a laissé aux municipalités le ramassage, explique-t-il.; C’est le cas aussi de l’Office national de l’assainissement qui a dessaisi les communes de cette attribution, mais l’ONAS ne collecte et ne traite que les eaux usées domestiques et exclut les déchets liquides dangereux. Seulement un tiers des communes urbaines bénéficient de services d’assainissement dont le taux de couverture s’amenuise drastiquement dans les zones rurales pour ne bénéficier qu’à 10 % des populations. Encore une preuve de l’échec du modèle centralisateur des agences.; Au demeurant, les crises environnementales qui ont éclaté depuis la Révolution ne sont pas du petit nombre.; Kasserine; est empoisonnée par des tonnes de mercure et de chlore. La côte de; est contaminée par des tonnes de phosphogypse radioactif.; , le centre industriel du sud du pays, étouffe des gaz toxiques rejetés par une usine d’acide phosphorique. Le bassin minier, d’où vient le phosphate, est un vivier de maladies respiratoires et épidermiques, de pauvreté et de chômage. Les décharges anarchiques débordent et se multiplient au grand dam des riverains.; Où va l’argent de l’aide ?; Selon le président de SOS Biaa, les crises sont d’autant plus inacceptables que la Tunisie reçoit plusieurs centaines de millions de dinars sous formes d’aides et de crédits pour l’environnement. Les statistiques de l’Organisme de coopération et de développement économique (OCDE) montrent que l’enveloppe allouée à l’infrastructure et aux services économiques, y compris la décentralisation et les services liés à l’environnement, a représenté 34 % de l’aide publique au développement reçue par la Tunisie entre 2014 et 2015, soit une somme d’environ 476 millions de dollars (plus de 420 millions d’euros).; « Le pouvoir central va-t-il lâcher le morceau ? » se demande-t-il pour souligner que la réponse devrait être fournie par le code des collectivités locales et ses textes réglementaires. Les documents devraient concrétiser le chapitre 7 de la Constitution de 2014, et opérer un transfert massif et progressif du pouvoir, de l’Etat avec ses ministères et ses agences centrales vers les collectivités locales (communes, régions, et districts).; D’après le directeur général des collectivités locales, le gouvernement a déjà dénombré plus de 1 652 services de proximité qui devraient être transférés des ministères l’Environnement, mais aussi de la Santé, de l’Equipement, de l’Education et du Transport aux conseils municipaux et régionaux élus. Or, à quelques mois des élections, annoncées pour décembre, ces documents fondateurs de la décentralisation ne sont pas prêts. Seule la loi électorale a été adoptée le 31 janvier dernier, à la défaveur des écologistes d’ailleurs. « On voulait des votes uninominaux où les candidats sont jugés et élus selon leurs propres compétences, on nous a imposé le vote par listes qui favorise les calculs politiques », regrette le président de l’Association pour la protection de Hammam-Lif. Agacé par l’ONAS qui déverse les eaux usées sur les plages de sa ville, l’activiste est intransigeant. « Nous avons déjà perdu la bataille du mode de scrutin, nous ne devons pas perdre la bataille des compétences, ni celle des financements », affirme-t-il d’un ton ferme.; Les activistes écologistes rejoignent ainsi les associations spécialisées dans les domaines de la gouvernance, de l’aménagement du territoire, des élections et des affaires locales pour insister sur la nécessité d’adopter le projet du code des affaires locales avant le 17 décembre prochain. L’été s’annonce chaud et pourri pour l’écologie.
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