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Tunisie : Une Troïka en chasse une autre, en changeant ce qu’il faut changer !

A force de se fourvoyer et de fonctionner si confusément, l’échiquier politique en Tunisie a lamentablement failli à la vocation qui est normalement celle d’un parti politique dans les démocraties qui se décrivent comme telles voire dans celles de fraîche date où l’apprentissage est synonyme d’accrocs et d’à-coups. Passe encore pour cette surpopulation déraisonnable de la scène politique avec un compteur qui marque 210 partis dont nul ne sait à quoi ils peuvent servir. Une configuration qui a rigoureusement besoin d’un aggiornamento avec des ressorts clairs, convenus et au service d’un renouveau orienté vers un exercice sain de la chose publique.

Trois formations politiques sont en train de former le projet d’en mettre en place un sous l’appellation de « Coordination politique » une sorte de « Troïka » dont les acteurs-fondateurs sont Nidaâ Tounès, le mouvement Ennahdha et l’Union patriotique libre (UPL). A première vue, rien ne les rapproche, tant leurs stratégies, intérêts et visions sont différents voire antinomiques. Mais à y regarder de près, on ne serait pas en peine d’y voir un conglomérat de partis ayant vocation à faire office d’un gouvernement alternatif excluant les autres signataires du Pacte de Carthage dont est issu le gouvernement dit d’union national présidé par Youssef Chahed. C’est déjà fait pour « Al-Joumhouri » qui n’en garde pas moins un pied dans le Pacte de Carthage. Resteront alors Al-Maçar et Afek Tounès. Au vu des attaques virulentes que leur a livrées le directeur exécutif, Hafedh Caïd Essebsi, par presse interposée, on ne serait pas loin de comprendre que leur sort est en train d’être scellé.

Afek et Al-Maçar sur un siège éjectable

Si Afek est décrié comme « un parti doté d’une représentation politique sans commune mesure avec son poids effectif » et qui « aurait choisi de faire de la critique de ses deux partenaires l’unique programme de son action », Al Maçar, lui, est stigmatisé pour avoir « dérogé à ses principes et adopté une politique fluctuante… dont les dirigeants n’ont pas suffisamment digéré les transformations et les mutations de cette période et transformé leur parti en un club fermé dirigé par des retraités ». Un réquisitoire dont il est entendu qu’il indique la porte de sortie à ces deux formations politiques d’autant plus indésirables quelles  sont encombrantes. D’après ce scénario, elles  feront place nette pour que soit accueilli au gouvernement l’UPL, qui avait pourtant claqué la porte du Pacte de Carthage pour le réintégrer avec force éloges.

Nidaâ, Ennahdha et UPL, voici donc le triumvirat qui constituerait la pierre angulaire de la nouvelle formation gouvernementale dont on dit qu’elle sera en place après l’adoption du projet de loi des finances 2018, en tout cas au cours du premier semestre de l’année prochaine. Serait-ce une garantie de stabilité politique que rechercheraient du moins les deux partis prépondérants de cette Troïka, présentée comme une coordination dont « les fondements de l’action se résument à l’intérêt général de la Tunisie et la stabilité du pays » ?

Un consensus héréditaire !

Il est permis d’en douter au regard des « desseins inavouables » prêtés à l’un et à l’autre, aux agendas si distincts voire irréconciliables mais mis sous le boisseau alors que des échéances électorales majeures sont inscrites sur le court et le moyen terme. C’est comme si l’on a affaire à une réédition du consensus noué par Rached Ghannouchi et Béji Caïd Essebsi, avec la seule différence que c’est le fils qui remplace le géniteur. En témoigne cette communion aux expressions variées et multiples que le mouvement Ennahdha cherche à institutionnaliser en faisant cause commune avec Hafedh Caïd Essebsi dont le parti Nidaâ lui servira de parapluie quitte à sacrifier une partie de sa ligne politique et de ses convictions. Une entente qui s’est déclinée entre autres dans la décision « tactique » du parti de Ghannouchi de soutenir la candidature d’un Nidaiste aux élections législatives partielles en Allemagne.

Un aggiornamento, disions-nous plus haut ! Mais un aggiornamento qui sent l’artifice à des kilomètres à la ronde, pour ne pas dire une chose de l’ordre de la méchanceté. Certes, il s’agit d’une tentative de reconfiguration de l’échiquier politique, mais point dans le sens qui s’attache à un aggiornamento qui désigne une volonté de changement, d’ouverture et de modernité. Traduisez : une quête sournoise de conquérir le pouvoir alors que 2019 approche à grands pas et  que GHannouchi et Hafedh Caïd Essebsi ne sont pas indemnes de la velléité d’y être présents, après avoir, l’un et l’autre, tout fait pour éliminer le chef du gouvernement en place, Youssef Chahed, malgré les derniers assauts d’amabilité que HCE vient de témoigner au locataire de la Kasbah. N’a-t-il pas juré ses grands dieux qu’il ne lui en veut pas, qu’il est en contact quasi quotidien avec le chef du gouvernement et n’a-t-il pas accusé des « courtiers de vouloir troubler la stabilité des institutions de l’État et envenimer le climat politique à travers de fausses rumeurs » ?

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