AccueilLa UNETunisie : 2018, une année à l’identique, ou presque

Tunisie : 2018, une année à l’identique, ou presque

Les Tunisiens vont se réveiller le 1er janvier 2018 sur de nouvelles mesures fiscales. Quoi de bien inédit dans cela ? Certes, mais cette année-ci, le gouvernement semble avoir fait preuve beaucoup d’imagination pour taper dans le portefeuille du contribuable, et de témérité pour ne pas y aller du dos de la cuiller. Une voracité fiscale que l’on peut expliquer par le souci de maîtriser le déficit budgétaire qui serait ramené à 4,9% mais qui est de nul effet ou presque sur l’ordonnance générale du développement.

Sous cet angle, elle ne cultive aucune singularité par rapport à ce qui fait dans le pays depuis 7 ans. L’économiste Hédi Sraiëb, croit dur comme fer que « l’année 2018 ne s’annonce pas mieux que les années précédentes ». Et il explique dans une interview à TAP qu’ « il n’y a pas de signes avant-coureurs d’un mieux-être général. Le pays a besoin d’une nouvelle ambition et d’une alliance politique plus déterminée à combattre les divers fléaux qui accablent le pays. Sans doute faudra-t-il attendre les élections générales de 2019 en espérant qu’une majorité plus homogène puisse se dégager ».

Forcément, d’ailleurs, la loi de finances 2018, qui est l’instrument d’exécution de la politique économique et financière de l’Etat, est dans la logique de celles qui l’ont précédée, en ce sens surtout qu’elle procède par petites touches qui ne modifient pas sensiblement les équilibres, relève l’analyste économique. Pour lui, les couches moyennes continuent à être la vache à lait. La partie supérieure s’en sort du fait de l’absence d’un impôt réellement progressif tandis que la partie inférieure voit ses conditions matérielles d’existence se détériorer un peu plus chaque année. Dit autrement « les professions libérales vont bien tandis que les employés et les cadres moyens souffrent, sans parler d’une jeunesse en désespérance, et une ruralité de plus en plus en grande précarité ! ».

Logique de surenchère

Concernant les dossiers auxquels le gouvernement devrait s’atteler en priorité dès le début de l’année, Hédi Sraieb affirme n’entrevoir aucune embellie sur le court terme. « La logique qui prévaut est encore celle de la surenchère : les salaires courent derrière l’inflation, l’investissement quand il existe se cantonne dans le secteur foncier et immobilier spéculatif, ou bien encore dans les branches à faibles risques et à fort rendement à court terme « , explique-t-il.

Et de poursuivre : « J’ai quelques doutes quant à la réussite de la énième expérience d’union nationale et d’une réelle sortie par le haut de la crise multiforme. Il faudrait qu’une nouvelle majorité se dessine autour d’une  » austérité vertueuse « . J’attends par là des sacrifices également et équitablement consentis. Un ensemble de mesures aux effets plus ou moins différés dans le temps mais aussi à forte portée symbolique « .

Pour lui,  » redonner espoir est vital pour l’avenir du vivre ensemble. On ne peut certes pas attendre qu’un profond changement se réalise en une seule législature. Mais il convient d’envoyer un signal fort de rupture avec l’ancien régime « .

Pour un rééchelonnement de la dette

L’économiste a plaidé en faveur d’un rééchelonnement de la dette et sa restructuration ultérieure comme cela s’est fait dans de nombreux pays en difficulté et aussi d’un gel des importations  » devise-vore « . « Il conviendrait également d’organiser une conférence tripartite sur l’emploi et les rémunérations, qui déboucherait sur une modération salariale contre des créations d’emploi pérennes et engager une réforme fiscale digne de ce nom, c’est-à-dire progressive, permettant un élargissement de l’assiette fiscale et une contribution plus conséquentes des 10% de la population qui détiennent plus de 40% des richesses du pays « .

L’économiste concède cependant que « l’action du gouvernement est contrainte par une conjoncture socio-économique difficile, les marges de manœuvre étant réduites comme l’illustre la lutte contre la corruption qui après un démarrage en fanfare semble désormais s’essouffler pour ne pas dire à l’arrêt ». Mais le gouvernement, bien qu’il soit issu d’un large consensus, « ne semble pas en mesure de faire beaucoup mieux que ses prédécesseurs tant les forces de diverses inerties sont puissantes : Toujours pas de véritable réforme fiscale, toujours pas de répression des activités illicites… », a-t-il regretté.

Une croissance de 5% est impossible !

Une véritable sortie de crise n’interviendrait, selon lui, « qu’avec un taux autour de 5%, mais cela est proprement impossible dans le cadre du régime économique actuel « .

La tendance des principaux indicateurs des finances publiques, n’est pas, selon lui, pour infirmer ses dires.  » Déficit extérieur comme déficits publics sont pris dans un mécanisme de spirale ascendante « , a-t-il dit.

Enrayer cette « dynamique désastreuse supposerait », toujours selon lui,  » de rompre avec notre modèle de développement. Il ne fait plus mystère à personne que la politique mise en œuvre est une fuite en avant : emprunter pour combler les dérives, et du même coup s’endetter pour rembourser ».

 » Le principal obstacle à la reprise est le refus d’investir des détenteurs de capitaux. Il n’est pas exagéré de dire que c’est la  » grève de l’investissement  » qui entretient le marasme. Le taux d’investissement en témoigne, il a perdu près de 10% au cours des dernières années passant de 18% à tout juste 9% « , a-t-il affirmé.

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