Rached Ghannouchi aura au moins réussi à repliquer, dans les municipalités, le même mode de destruction de la gouvernance de l’Etat, à l’échelle locale grâce aux municipales.

Voulues comme telles par l’ANC dans la Troïka de laquelle Ennahdha était un élément de poids, les élections législatives de 2014 avaient accouché d’un système de gouvernance «transgénique» où personne ne gouvernait, même pas le Parlement où la multitude des groupuscules politiques empêchait toute décision.

La preuve en est donnée depuis 3 ans, lorsque toute loi de finances qui y entre en ressort déplumée et vidée de tout sens et de tout moyen de faire appliquer la loi. Tout au moins, depuis 2015, les textes de loi étaient toujours soumis à une obligation de consensus politique où tous se retrouvaient, mais pas l’Etat, dans son besoin d’appliquer la loi et ses besoins de ressources pour gérer l’Etat et accomplir les vœux pieux d’une économie en quête de fonds pour le développement. Le tout, dans un mode de gouvernance hybride où les pouvoirs sont partagés entre législatif et exécutif, les deux taclés par une intelligente dispersion des prérogatives. Un Etat où le chef de l’Etat n’a que très peu de prérogatives et un chef de gouvernement aux mains liés face à des députés qui marchent dans des directions, la plupart du temps opposées.

Nidaâ muré dans le déni de sa débandade, Ennahdha qui crie victoire sur tous les toits et les indépendants qui gloussent de joie, sans qu’on ne sache jusqu’où ils vont le rester, personne n’ose encore tirer les conclusions qui s’imposent de ce nouveau scrutin qui fera le lit des prochaines législatives et présidentielles de 2019. Ennahdha y veillera, Nidaa s’y préparera peut-être et le reste de la scène politique en pleurera.

Le scrutin des proportionnelles au plus fort reste des municipales 2018 a déjà donné une mosaïque de conseils municipaux qui rendra certainement leurs assemblées ingérables et leurs décisions efficaces pour les citoyens, improbables. A l’exception de quelques municipalités où la personnalité et le charisme de certaines têtes de listes, comme celle de l’Ariana avec Fadhel Moussa, le reste devront s’arranger à coups d’alliances, peut-être bien douteuses, comme jadis entre Ennahdha et Nidaâ, de consensus forcé et d’ententes chroniques, pour essayer de bien gérer les affaires du citoyen. Les nouveaux maires qui sont dans ce cas, seront alors confrontés au difficile exercice de faire passer une décision, indépendante des desseins politiques, sociétaux ou simplement financiers de tel ou tel autre conseiller municipal, lui-même conseiller ou dirigé par sa formation politique d’origine ou de son sponsor officieux.

En paiera le prix, le citoyen qui espérait une notable amélioration de son quartier, qui espérait une bibliothèque ou un théâtre en lieu et place d’une mosquée, qui espérait arrêter un projet en dépassement de loi ou qui squattait un espace vert qui devait exister sur le plan d’aménagement du territoire de la commune. En naîtra, une autre forme de désillusion, cette fois de la classe dirigeante locale et pourrait remettre le pays, en 2019, entre les mains de ceux qui se présentent comme étant plus blancs que «bleus» et qui ont peur de Dieu !

Khaled Boumiza

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